La langue de travail et la langue du public
28 décembre 2011 à 9:52 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireMots-clefs : Aislin, Alex Kovalev, Alexander Semin, anglais, Blackhawks, Blues, Boston, Brian Gionta, Bruins, Canadiens, Capitals, Carey Price, Chicago, CROP, Détroit, français, Geoff Molson, Jaroslav Halák, Journal de Montréal, La PResse, langue, Lighning, marketing, Montréal, NHL Center Ice, Nordiques, Ottawa, Penguins, Perry Pearn, Pierre Gauthier, Pittsburgh, QMI, Québec, Randy Cunneyworth, Ray Lalonde, Red Wings, Saint-Louis, San Jose, Sénateurs, Sharks, Tampa Bay, The Gazette, Washington
« Un cadeau de Noël parfaitement bilingue pour Pierre Gauthier… » (Aislin, The Gazette, 21 décembre 2011
Depuis la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur-chef intérimaire des Canadiens de Montréal, les passions se déchaînent. Les émotifs ne se trouvent pas que du côté des défenseurs de la langue française, mais aussi des adulateurs inconditionnels de la Flanelle, dont bien peu parviennent à argumenter sans tomber dans l’agressivité.
Je n’ai pratiquement pas entendu de critiques contre Cunneyworth lui-même, et pour cause : la plupart des gens ont pitié du pauvre Ontarien qui n’a pas demandé à se retrouver dans un tel imbroglio… et qui n’avait peut-être même pas la connaissance suffisante du terrain pour prévoir la controverse. La même excuse n’est valable ni pour Pierre Gauthier, ni pour Geoff Molson.
Intérim mon œil
Pourquoi s’offusquer de l’unilinguisme de Cunneyworth, s’il exerce ses fonctions que par intérim? Parce que, Gauthier étant Gauthier, presque personne n’a vraiment cru à cet « intérim » au départ. Gauthier a nommé Cunneyworth entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école des Canadiens; Gauthier a promu Cunneyworth au rang d’entraîneur adjoint des Canadiens cette saison; Gauthier a renvoyé Perry Pearn, un autre entraîneur adjoint, et a augmenté les responsabilités de Cunneyworth. De toute évidence, le mot « intérim » n’était là que pour acheter du temps en espérant que quelques victoires feraient passer la pilule de l’unilinguisme. Il a fallu la colère du public pour que cet intérim se confirme.
Il n’y a pas suffisamment d’espace nécessaire ici pour réfuter tous les arguments fallacieux contre la nécessité du bilinguisme pour le poste d’entraîneur-chef des Canadiens. Allons-y donc pour l’un des arguments principaux, celui concernant les relations entre les joueurs et entraîneurs, d’une part, et le public, d’autre part. Ces relations commencent d’abord par les incontournables entrevues.
Don’t have anything to say, but will speak anyway
Pourquoi s’intéresser à la langue des entraîneurs et des joueurs, puisqu’il est supposé que ceux-ci ne disent jamais rien d’intéressant et rabâchent toujours les mêmes clichés? Je ne sais pas, mais ces « clichés » sont pourtant religieusement écoutés et scrutés à la loupe match après match par les journalistes et les amateurs. C’est rendu à un point tel que, pendant les arrêts de jeu, les entraîneurs et les joueurs répondent au micro alors qu’ils sont au banc! Leurs propos inintéressants semblent soudainement intéresser beaucoup de monde… Du coup, imaginez que seuls deux joueurs d’une équipe de l’extérieur du Québec puissent s’exprimer en anglais, et que les joueurs vedettes comme les entraîneurs ne puissent s’exprimer qu’en russe. Pensez-vous que les journalistes anglo-saxons suivraient longtemps les exploits de cette équipe? Poser la question, c’est y répondre.
Pour n’importe quelle entreprise et ses représentants, parler la langue de leurs clients et de leur public est une compétence indispensable. Dans les équipes de la LNH, même les joueurs russes sont capables, au bout d’un certain temps, de donner une entrevue en anglais; il n’y a qu’Alexander Semin (Capitals de Washington) qui n’y est parvenu qu’en septembre dernier, au début de sa sixième saison dans la LNH, et cette anomalie n’a pas manqué d’être soulignée à Washington.
Avec le français, il faut faire davantage de compromis. Avec l’internationalisation du hockey de la LNH et la fréquente permutation des joueurs, il est impossible que toute la formation tricolore s’exprime en français; ce ne l’est plus depuis des dizaines d’années, d’ailleurs. De toute façon, ce que la vaste majorité du public veut, c’est davantage de français, pas l’élimination de l’anglais.
La présence du français n’en demeure pas moins essentielle, même chez les joueurs et les entraîneurs. Plusieurs ont parlé de « respect » de la part d’une « institution » qui est « davantage qu’une entreprise », etc. J’ajouterais le plus important : le français fait surtout partie du fonds de commerce des Canadiens. Sous la férule du magicien Ray Lalonde, son service de marketing a exploité à fond la fierté canadienne-française et l’histoire des icônes francophones du Tricolore pour transformer une concession médiocre en formidable machine à sous. La leçon n’a jamais été totalement oubliée, puisque cette même équipe de marketing a été capable de faire apprendre quelques mots de français à Brian Gionta et à Carey Price à l’occasion du tournage d’annonces publicitaires (voir ici les progrès de Price en français).
Les joueurs saltimbanques
Ça fait longtemps qu’on nous répète que le travail des joueurs et des entraîneurs n’est pas de faire des relations publiques, mais de « gââââââââgner ». Pourtant, quand on sort de la bulle montréalaise, on se rend compte qu’ailleurs, les organisations et les joueurs ne ménagent pas leur salive pour séduire le public. Annonces télévisées, vidéos promotionnelles, distribution de billets de saison à la porte par les joueurs, concours et activités de socialisation avec les fans… Ailleurs qu’à Montréal, les joueurs vont à la rencontre de leurs partisans bien plus souvent qu’à l’occasion de la visite annuelle aux hôpitaux pédiatriques. Les Blackhawks de Chicago font rire le public avec leur interprétation loufoque des cantiques de Noël; les Sharks de San Jose dévoilent leurs « talents » professionnels hors de la sphère sportive; les Red Wings de Détroit se font acteurs, le temps du tournage d’annonces télévisées (ici et ici); huit joueurs des Blues de Saint-Louis enregistrent une lecture à voix haute du poème « ’Twas the night before Christmas », et ceux de leurs partisans capables d’identifier dans l’ordre les voix de ces joueurs ont la chance de gagner des billets pour des matchs en janvier. Dans quelle langue se font tous ces efforts de promotion? En anglais, bien sûr.
Bien avant le début de la controverse « Cunneyworth », les apologistes de la Flanelle ont affirmé préférer la compétence à la langue. Belle façon de se fourvoyer : la langue, autant celle de travail que celle du public, fait partie des compétences. Cette donnée fondamentale est souvent oubliée parce que dans presque toute la Ligue nationale de hockey, la langue de travail quotidienne (entraînements, parties, réunions) et la langue de promotion auprès du public est la même, l’anglais. Il n’y a qu’à Montréal (et peut-être bientôt à Québec) que la langue de travail n’est pas la même que celle de la majorité du public. Cet état de fait complique la situation, bien sûr, mais la langue du public n’en demeure pas moins aussi importante que la langue de travail. Grâce au travail monumental de Ray Lalonde et à quelques idoles adulées comme Alex Kovalev et Jaroslav Halák, cette importance a été gommée pendant des années; des joueurs moyens sont devenus des célébrités royales quasiment inaccessibles, tenus en serre chaude par l’organisation. Toutefois, il était inévitable que le voile se déchire tôt ou tard. Si les Canadiens ne veulent pas commencer la saison prochaine dans une fournaise infernale, ils doivent trouver rapidement des solutions.
La fin du déni
Il y a les fausses solutions, bien sûr, comme se reposer sur les sectaires de la Flanelle drapés dans la rectitude politique. Ces apologistes traitent les unilingues francophones d’attardés et les défenseurs du français de racistes et de xénophobes; ils nient la dimension promotionnelle du travail des joueurs et accusent les médias de faire tout un plat avec la langue. Pourtant, les sondages de QMI (Journal de Montréal) et de CROP (La Presse) confirment la colère de la majorité des amateurs face à l’attitude de Tricolore au sujet de la langue française. Ces tentatives de bâillonner les amateurs par la honte ne fonctionnent plus. Les Canadiens ne sont pas un groupe vedette de rock en tournée mondiale. Ils sont une entreprise québécoise dont la majorité de la clientèle est francophone.
Curieusement, les intransigeants des Canadiens affirment qu’ils n’ont pas à s’occuper de la langue française, puisqu’ils sont une entreprise privée. Comme si les entreprises privées présentes au Québec n’avaient aucune responsabilité concernant le français! Nulle entreprise ne peut ignorer le contexte social dans lequel elle évolue. D’un autre côté, chaque partisan qui quitte le Titanic tricolore pour se tourner vers une autre équipe se fait immanquablement traiter de « traître » par ces mêmes fanatiques intraitables, comme si l’« entreprise privée » qu’est le Canadien redevenait tout à coup une religion dont chaque apostat méritait la pendaison.
Voter avec son portefeuille
De plus en plus d’amateurs francophones de hockey, conscients de l’hypocrisie de la haute direction des Canadiens, s’affranchissent de cette pensée unique et offrent leur appui à une autre organisation. Ils observent plusieurs équipes pour diverses raisons : le nombre de francophones (Lighning de Tampa Bay, Penguins de Pittsburgh), la proximité de l’équipe (Sénateurs d’Ottawa, Bruins de Boston), ou même le transfert d’un joueur aimé (Blues de Saint-Louis). D’autres militent pour le retour des Nordiques. Grâce à Internet, à NHL Center Ice et au probable retour des Nordiques, le statut de monopole du Canadien commence à s’effriter, et l’arrogance de sa direction aussi. Puisque les Canadiens n’offrent officiellement plus cette dimension culturelle unique sur laquelle ils ont bâti leur fortune, il est normal que les amateurs soient de plus en plus tentés de « magasiner » ailleurs une équipe qui ne leur tient pas un double langage.
Le jugement de Dieu
23 décembre 2011 à 11:30 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireMots-clefs : Allan Walsh, amende, Blues, Boston, Brendan Shanahan, Bruins, Buffalo, Canadiens, Chris Stewart, Colin Campbell, commotion cérébrale, coup à la tête, Détroit, Devils, Drew Doughty, Duel, Gregory Campbell, Ivanhoé, Joe Vitale, Jordin Tootoo, jugement de Dieu, Kings, Kristopher Letang, LNH, Los Angeles, Martin Brodeur, Max Pacioretty, Milan Lucic, Montréal, Moyen-Âge, nashville, New Jersey, Niklas Kronwall, Norman Flynn, Paul Gaustad, Penguins, Pittsburgh, predators, Red Wings, Ryan Miller, Sabres, Saint Louis de France, Saint-Louis, Salomon, suspension, T.J. Oshie, Tim Thomas, Walter Scott

Joute médiévale. Image d’origine inconnue, tirée du blogue Courelle 2.
Au Moyen-Âge, il existait une tradition qui permettait aux gens de régler leurs conflits ou de laver leur réputation lorsque la loi ne pouvait pas les aider. Cette tradition s’appelait « le jugement de Dieu », car il s’agissait pour la ou les parties qui s’estimaient lésées ou calomniées de passer une épreuve qui, en cas de réussite, prouverait que Dieu estime leur cause juste.
Le jugement prenait plusieurs formes, dont l’une était le duel. Les deux personnes en conflit devaient s’affronter dans une joute à cheval ou en combat par l’épée, l’appui de Dieu envers le juste lui assurant la victoire. Si l’une des deux parties ne peut pas combattre (par exemple s’il s’agit d’une femme, d’un enfant ou d’un vieillard), il peut se faire représenter par un « champion », un preux chevalier qui combattra pour lui.
Le passage littéraire qui illustre le mieux cette tradition se trouve dans Ivanhoé, de Walter Scott. Publié au début du XIXe siècle, ce récit est situé dans l’Angleterre du roi Richard Ier, dit Cœur-de-Lion. Comme ce souverain réputé juste est parti en croisade, son maléfique frère Jean en profite pour usurper le trône et régner en despote. Au cours du récit, la belle juive Rébecca, injustement accusée de sorcellerie, demande le jugement de Dieu contre son accusateur. Le seul chevalier qui accepte de la défendre est Ivanhoé. Évidemment, le vaillant héros écrase son adversaire, pourtant un combattant réputé, et blanchit ainsi Rébecca de toutes les accusations pesant contre elle. Dieu s’est prononcé en faveur de Rébecca, et son persécuteur meurt de ses blessures, puni par le Seigneur d’avoir voulu la faire condamner à mort. La vérité et la justice ont vaincu le pouvoir et la corruption.
Complètement débile, dites-vous ? Vous allez objecter, avec raison, que Dieu ne prenait aucune part à ces règlements de comptes. N’importe quel nanti pouvait s’assurer les services d’un gros fier-à-bras pour régler ces querelles en son nom; Dieu n’était mentionné que pour satisfaire les superstitions religieuses de l’époque.
Les nouveaux chevaliers

Ces preux redresseurs de torts défendent la veuve et de l’orphelin sur la patinoire. Les fameux frères Hanson du film Slap Shot. Photo du journal The Star.
Pourtant, cette façon de raisonner n’est pas si différente de celle sous-jacente aux bagarres dans la Ligue nationale de hockey. Le scénario est habituellement le suivant : un joueur de l’équipe A en blesse un de l’équipe B par un coup illégal. Plus le coup est vicieux, plus la blessure est grave et plus le blessé est important pour l’équipe, plus l’offense est grande. Par conséquent, les coéquipiers exigent réparation par une bagarre. Si le joueur qui a infligé la blessure est vaincu, l’humiliation est censée lui servir de leçon. S’il est vainqueur, alors il ressort la tête haute, et ses accusateurs doivent se fermer la gueule à jamais. Évidemment, cette justice bestiale n’a aucune logique; le plus gros matamore de la Ligue pourrait tout aussi bien casser les jambes de qui bon lui semble, puis défoncer la figure de quiconque oserait lui en faire reproche.
Ce genre de règlement de comptes, proche de la vendetta, reprend pourtant de la vigueur dans la LNH. Il y a quelques temps, les Sabres de Buffalo se sont fait reprocher de ne pas avoir réglé le compte de Milan Lucic, des Bruins de Boston, lorsque celui-ci est entré en collision avec leur gardien vedette Ryan Miller et lui a causé une commotion cérébrale. Lucic n’a reçu aucune suspension pour ce coup, une décision controversée qui a amené certains à suggérer aux Sabres de réserver le même traitement au gardien de Boston à leur rencontre suivante. Ils ont plutôt envoyé leur « champion » de service, Paul Gaustad, se battre contre Lucic… qui lui a fichu une humiliante raclée. L’orgueil déjà bouffi des fans de Boston n’en a qu’enflé davantage. Cependant, même si Gaustad avait remporté ce duel, l’image du hockey n’en serait pas sortie grandie pour autant. Le jugement des poings est encore plus grossier que celui de Dieu.
Douze poids, trente-six mesures
Dès l’Antiquité, les civilisations ont ressenti le besoin de remplacer la justice privée, mue par la raison du plus fort, par une justice collective et procédurale, confiée à des juges indépendants et expérimentés. On pense entre autres au récit du roi Salomon, réputé le plus sage des souverains hébreux, et à l’histoire du roi français Saint Louis, qui a été le premier à tenter d’enrayer le duel médiéval expliqué ci-dessus. Les juges ne sont pas à l’abri de l’erreur, mais doivent toujours être impartiaux et de bonne foi. Le respect de cette autorité dépend de leur crédibilité, afin que l’ordre et l’équité puissent supplanter la tyrannie de la force brute.
Actuellement dans la LNH, les arbitres font office de policiers en distribuant des « contraventions », et Brendan Shanahan, vice-président et directeur des opérations hockey, remplit le rôle de juge dans les cas lourds en prononçant l’acquittement ou en décernant des suspensions ou des amendes. Shanahan est déjà beaucoup plus sévère que son prédécesseur, le pitoyable Colin Campbell. Malgré tout, les bagarres se poursuivent, et plusieurs joueurs continuent de distribuer des mises en échec dangereuses qui infligent des commotions cérébrales à leur victime.
De toute évidence, Shanahan n’arrive pas à se faire respecter. Il ne s’aide pas lui-même en manquant de constance dans les sentences décernées, comme le démontre Norman Flynn. Pendant les matchs hors-concours, Shanahan n’hésitait pas à donner des suspensions de cinq matchs et plus. Depuis que la saison régulière est commencée, il est devenu soudainement beaucoup plus débonnaire. De plus, il a du mal à justifier des sentences très variées pour des coups illégaux franchement similaires. Du coup, la LNH est encore accusée de favoritisme. Donnons-en un exemple : Chris Stewart, des Blues de Saint-Louis, reçoit une sentence méritée de trois matchs de suspension pour sa mise en échec illégale sur Niklas Kronwall, des Red Wings de Détroit; par contre, Drew Doughty, le défenseur étoile des Kings de Los Angeles, s’en tire avec une amende de 2 500 $US pour une mise en échec à peine moins dangereuse sur T.J. Oshie, des Blues. Apparemment, la Ligue a toujours autant de peine à sévir envers les joueurs vedettes. Du coup, ceux-ci continuent de faire ce qui leur chante en toute impunité.
En outre, de nombreux intéressés renâclent devant la nouvelle sévérité des suspensions. Martin Brodeur, des Devils du New Jersey, accuse carrément Shanahan de nuire à l’image du hockey, rien de moins. Max Pacioretty (Canadiens de Montréal), qui a cassé le nez de Kristopher Letang (Penguins de Pittsburgh) avec un coup d’épaule, se plaint que sa sentence est injuste. L’agent Allan Walsh traite la procédure de Shanahan de « kangaroo court » (tribunal fantoche). À la dernière réunion de directeurs généraux, certains d’entre eux ont accusé Shanahan d’être trop dur; d’autres, d’être trop mou. On voit bien que les dirigeants sont bien d’accord pour enrayer le fléau des coups à la tête… en autant que leurs protégés n’en subissent pas les conséquences.
Le résultat de cette cacophonie? Les joueurs n’ont pas plus confiance qu’avant en l’autorité de la LNH et continuent de faire régner leur propre justice. Lorsqu’il a annoncé que Milan Lucic ne serait pas suspendu pour sa charge contre Ryan Miller, Shanahan avait promis que sa décision surprenante n’encourageait surtout pas les joueurs à se livrer à une chasse aux gardiens. Pourtant, samedi dernier, c’était au tour de Jordin Tootoo (Predators de Nashville) de foncer sur Miller. Cette fois-ci, les Sabres n’ont pas attendu : ils ont foncé en meute sur Tootoo pour lui faire regretter son geste. Ils sentaient sans doute que Dieu appuyait leur juste cause. On sentait dans ce défoulement collectif un désaveu de l’autorité de Shanahan. Deux jours plus tard, Joe Vitale (Penguins de Pittsburgh) bousculait le gardien Tim Thomas (Bruins de Boston); les joueurs des Bruins lui ont aussitôt sauté dessus, et Gregory Campbell a engagé avec lui un combat qu’il a perdu. Bousculer Thomas aura donc été un pari gagnant pour Vitale. Mais pour la LNH et le hockey, ces incidents récents témoignent d’une régression vers la barbarie médiévale.
Rions un peu : les fans des Flyers dans l’eau chaude
7 novembre 2011 à 11:12 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireMots-clefs : canucks, Flyers, Hockey Fights Cancer, Joe Thornton, Jonathan Toews, Montréal, Philadelphie, Pittsburgh, Puck Daddy, Ryan Miller, Saint-Louis, Sidney Crosby, vancouver, Zdeno Chara
Cet article a été publié le 18 octobre dernier dans le réseau social Le Grand Club. J’effectue présentement la mise à jour de ce blogue. Toutes mes excuses pour le retard.

La nouvelle est passée inaperçue à Montréal, mais elle a causé tout un émoi à Philadelphie. Mercredi dernier, les Flyers recevaient les Canucks de Vancouver pour leur premier match à domicile. L’écran géant a affiché les visages de trois joueurs : Sidney Crosby, capitaine des rivaux détestés de Pittsburgh, Ryan Miller, qui a donné du fil à retordre aux Flyers lors des dernières séries, et Jonathan Toews, capitaine de l’équipe qui a raflé la coupe Stanley aux Flyers en 2010. Spontanément, plusieurs partisans se sont mis à huer. Mais voilà, les trois joueurs apparaissaient dans une publicité de « Hockey Fights Cancer », la campagne annuelle de la Ligue nationale de hockey contre le cancer. Oups…
Voici la publicité en question :
Évidemment, l’occasion était bonne de casser du sucre sur le dos des fans sportifs de Philadelphie, qui ont déjà la plus mauvaise réputation de toute l’Amérique du Nord. Après tout, on parle des mêmes qui ont lancé des balles de neige au Père Noël en le huant. Cependant, le chroniqueur Puck Daddy a pris la défense des malheureux en invoquant des réflexes trop rapides envers des rivaux naturels.
Loin de moi l’idée d’accabler de honte nos amis partisans des Flyers présents sur ce site. Je trouvais seulement cocasse de voir le public d’un aréna se fourvoyer à ce point. Pour les consoler, rappelons que l’incident n’a pas empêché les Flyers d’avoir le dessus 5-4 sur les Canucks.
Morale de l’histoire : attendez deux secondes avant de huer un joueur, juste le temps de mesurer le contexte. Même si c’est Zdeno Chara apparaissant à Montréal, ou Joe Thornton à Saint-Louis…
Une soirée au Scottrade Center
19 mars 2011 à 7:00 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireMots-clefs : Andy Mcdonald, articles, Ben Bishop, Blues, Brian Gionta, Canadiens, Charles Glenn, Chris Stewart, Coupe Stanley, David Backes, Edgar Degas, Flyers, Gateway Arch, Gooey Butter Cake, hymnes nationaux, Jacques Martin, Jake Allen, Jaroslav Halák, Lars Eller, Louie, Mardi Gras, Matt D’Agostini, Max Pacioretty, Montréal, Oh When the Blues, Original Six, Paul Mara, Penguins, Peoria, Philadelphie, Pittsburgh, Rivermen, Ryan Reaves, Saint-Louis, Saint-Patrick, Scottrade Center, T.J. Oshie, Towel Man, Ty Conklin, Zdeno Chara
Le 10 mars dernier, j’ai eu la chance d’assister au match entre les Canadiens de Montréal et les Blues de Saint-Louis, au Scottrade Center. Malheureusement, mes photos ne sont pas très bonnes, alors j’espère que mes mots pourront vous transmettre une partie de l’enchantement de cette soirée.
Ma première visite a eu lieu le matin même, lorsque je suis allée faire des emplettes à la boutique. J’ai jasé avec le caissier, qui m’a mentionné avoir entendu parler des nouveaux fans des Blues au Québec, ainsi que de la terrible mise en échec de Zdeno Chara sur Max Pacioretty, et de l’enquête policière qui pourrait avoir lieu.
Voici quelques tee-shirts de joueurs. J’ai évidemment acheté celui de Jaroslav Halák. Comme vous pouvez le constater, Chris Stewart a rapidement monté en grade dans le service de marketing des Blues.

J’ai dû résister à ce tee-shirt avec de ravissantes roses bleues, ainsi qu’au sac fourre-tout juste à côté.

Il y a des articles pour ceux qui veulent afficher leur allégeance, mais qui ne portent pas très bien le bleu.

Enfin, comme nous étions deux jours avant la parade de la Saint-Patrick, les partisans des Blues pouvaient également se mettre au vert. J’ai vu plusieurs fans porter ces articles le soir du match.

Maintenant, pour les collectionneurs maniaques, voici respectivement les chapeaux en forme de tête-de-Louie, le grille-pain des Blues et la section pour animaux avec vêtements, gamelles et laisses pour vos amis à quatre pattes.
Chapeaux en tête-de-Louie :

Grille-pain :

Articles pour animaux :

Au total, j’ai pris un tee-shirt de Jaroslav Halák du modèle bleu foncé, celui avec le Gateway Arch sur le devant; deux épinglettes, un porte-clés et un drapeau pour ma voiture. Ce dernier achat est une véritable excentricité, mais je voulais savoir combien de temps il tiendrait sur ma voiture avant d’être arraché.
Je suis donc retournée à l’aréna le soir même. Ma photo du Scottrade Center ne rend pas justice à l’élégance de l’édifice, alors voici une photo repiquée du Web.

Une foule se dirige vers l’aréna; d’ailleurs, deux agents font la circulation autour du Scottrade Center avant et après les matchs. La photo ci-dessous a été prise après le match, alors que les derniers spectateurs attendaient de pouvoir traverser la rue :

J’assiste à une partie du réchauffement. Il y a un nombre respectable de fans du Canadien, dont quelques-uns s’approchent de la bande pour prendre des photos de Jaroslav Halák lorsque celui-ci laisse sa place à Ty Conklin devant le filet. J’étais dans la dernière rangée de la section 116 (en vert sur la carte ci-dessous), à une hauteur parfaite pour voir l’ensemble du jeu sans être trop loin.

Le Scottrade Center est un aréna chaleureux. Le public y est principalement composé de partisans de longue date qui appuient leurs favoris avec ferveur. Rien à voir avec les foules clairsemées du sud des États-Unis, qui semblent compter davantage de curieux d’un soir que de véritables connaisseurs.
Depuis la fondation du club en 1967, les Blues se sont enracinés dans la ville et ont adopté plusieurs traditions. J’ai la chance d’assister à la plus belle d’entre elles : la performance de la chanson Oh When the Blues par Charles Glenn, le chanteur officiel des Blues.
Glenn est la version locale de Charles Prévost-Linton, c’est-à-dire qu’il s’occupe habituellement des hymnes nationaux. Ce soir-là, cependant, des militaires canadiens et américains chantent les hymnes en l’honneur de la collaboration entre les armées du Canada et des États-Unis en Afghanistan. Rassurez-vous, l’hymne canadien était bilingue. Je remarque que quelques partisans des Canadiens tiennent des pancartes souhaitant bon rétablissement à Max Pacioretty et fustigeant Gary Bettman.
La partie commence enfin. On s’attendait à un duel de gardiens, mais les deux équipes au complet semblent intenses. J’ai lu par après les reportages mentionnant que les Canadiens étaient encore amorphes suite à l’incident Pacioretty. De mon siège, ça ne me semblait pas le cas. De la façon dont les joueurs bagarraient pour la rondelle, on aurait dit qu’ils semblaient davantage préoccupés par l’honneur de leur gardien respectif que les gardiens eux-mêmes! Rendons à Price ce qui lui revient : il a fait plusieurs arrêts splendides en première période. Et comme un bon gardien fait sa chance, il s’est fait sauver deux ou trois fois par les poteaux! De son côté, le quatrième trio des Canadiens a réussi à enfiler la rondelle derrière Halák. Mais l’infatigable David Backes réussit à niveler la marque sur un but bizarre, alors que Price a semblé perdre le contrôle de la rondelle.
Pendant la partie, je converse avec mes voisins, des natifs de Saint-Louis et partisans de longue date. Ils me posent quelques questions pour me mettre à l’épreuve; je les convaincs, grâce à ma connaissance des joueurs et de la position des Blues dans le classement, que je suis une authentique partisane. Mon voisin immédiat, Bill, me raconte avoir été déçu de l’échange de Lars Eller. Partisan depuis 1985, Bill a beaucoup de respect pour Halák, mais il ne comprend pas encore pourquoi les Blues se sont départis d’un attaquant prometteur pour prendre un autre gardien, surtout avec Ben Bishop et Jake Allen à Peoria. Je comprends ce qu’il ressent; après tout, lorsque Carey Price a été repêché en 2005, personne ne comprenait pourquoi les Canadiens avaient sélectionné un autre gardien alors qu’ils avaient besoin d’un gros centre. Halák aura encore besoin de temps pour gagner la confiance de l’ensemble du public de Saint-Louis.
Mes voisins me font remarquer une autre tradition locale : chaque fois que la cloche sonne pour souligner un autre but des Blues, un homme dans la section 314 fait tourner une serviette au-dessus de sa tête, puis au dernier son de cloche, la lance dans la foule. Cet homme, connu à Saint-Louis sous le surnom de Towel Man, accomplit religieusement son œuvre depuis 1990!
Au premier entracte, un hot-dog jumbo chèrement payé me sert de souper. Puis, dès le début de la deuxième période, les Blues s’affirment : Andy McDonald compte un but habile sur lequel Price ne pouvait rien. Paul Mara et Ryan Reaves tentent ensuite de mettre de l’action avec une bagarre qui tombe à plat. J’en profite pour envoyer le restant de mon Coke rejoindre le hot dog dans mon estomac.
Pendant ce temps, la mascotte Louie fait des siennes. Il se frotte le derrière sur l’épaule et le côté de la figure d’un partisan des Canadiens. Plus tard, un message à l’écran géant invite la foule à danser, puis montre des spectateurs en action au son de la musique. Un partisan des Canadiens danse particulièrement bien et avec entrain; Louie lui jette du maïs soufflé dessus, puis lui vide sur la tête un contenant gigantesque de maïs soufflé, presque aussi gros que lui-même. Enfin, il lui recouvre la tête et les épaules avec le contenant, sous les rires de la foule. Quelques minutes plus tard, l’énorme peluche bleue vient dans ma section et s’amuse avec les enfants (mon siège se trouvait juste devant la section réservée aux familles). J’attends mon tour, puis je fais un gros câlin au nounours. Mmmmmmmmmm, c’est doux, j’ai envie de le ramener à l’hôtel! Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de me faire prendre en photo avec lui.

Photo : Dallin Merrill, photo mise en ligne le 28 mars 2009, http://dallin-erin.blogspot.com/2009_03_01_archive.html
L’atmosphère n’est pas si harmonieuse sur la glace. David Backes et Brian Gionta s’accrochent. Backes tombe sur les genoux, et Gionta, frustré, lui donne un coup au visage avec son bâton qu’il tient à deux mains. Je suis déçue de ce geste : je croyais que Gionta avait meilleur caractère. De plus, ce petit coup survient à peine deux jours après que Max Pacioretty s’est fait assommer. Heureusement, le geste est sans conséquence pour Backes, mais Gionta va réfléchir deux minutes au cachot.
Au deuxième entracte, je reviens devant les comptoirs de bouffe. Les billets du Scottrade Center sont à bon prix, mais la bière, elle, est aussi chère qu’au Centre Bell. Une concession vend du Gooey Butter Cake, un dessert local qui fait la fierté de Saint-Louis. Comme je n’ai pas eu l’occasion d’en goûter, j’en commande un. Il s’agit en fait d’une version miniature du véritable « Gooey Butter Cake », un genre de crème pâtissière au goût prononcé de beurre, frite puis recouverte de sucre en poudre. Le mien était servi avec un petit plat de confiture. Heureusement qu’on me donne aussi des serviettes en papier pour essuyer les dégâts.
Trosième période. Une autre belle tradition du Scottrade Center est de diffuser une vidéo comparant Saint-Louis à la ville des visiteurs : célébrités, festivals, mets traditionnels… Tout ce que je me rappelle, c’est que le Mardi Gras de Saint-Louis a été opposé au festival Montréal en lumière, et la poutine au « Gooey Butter Cake ». Les deux sont aussi nocifs pour la santé, je vous le garantie. Je trouve sympathique que l’organisation des Blues donne un aperçu des autres villes de la Ligue nationale de hockey.
Les joueurs commençaient à s’essouffler à la fin de la deuxième période. Il était donc normal qu’ils se montrent un peu brouillons en troisième, avec des gestes imprécis. Pendant ce temps, mes voisins et moi-même devenons nerveux : nous nous disons que les Blues se sont assis trop souvent sur une mince avance avant de la laisser filer entre leurs doigts. C’est alors qu’arrive la surprise du match : Matt D’Agostini, un ancien des Canadiens complètement oublié dans le duel Price-Halák, compte un but de toute beauté aux dépens du Tricolore. Explosion de joie au Scottrade Center! Jacques Martin retire son gardien, mais ça ne fait que permettre à T.J Oshie d’ajouter un but à sa fiche en comptant dans un filet désert.
La partie est finie. Les joueurs donnent une accolade chaleureuse à Jaroslav Halák avant de saluer la foule et de retraiter au vestiaire. Halák, nommé première étoile du match, décrit un cercle sur la glace pendant que Louie fait des salamalecs devant lui. Il demeure ensuite au banc pour répondre aux questions d’un journaliste de la télévision. J’ai réussi à immortaliser ce moment à la manière d’Edgar Degas :
Plus tard, c’est avec le sourire broché d’une oreille à l’autre qu’il répondra aux questions de Renaud Lavoie, de RDS (merci à Mario pour la vidéo) :
Devant les comptoirs fermés, les partisans excités échangent leurs commentaires en sortant. Un groupe de partisans des Canadiens se fait huer en sortant d’une section. La foule s’écoule dans la rue sous la direction vigilante des agents de la circulation. Je prends en photo un groupe de partisans des Canadiens qui ont la mine basse; l’un d’eux me crie d’une voix amusée : « Paparazzi! Paparazzi! »
À l’hôtel, j’exulte. Les Blues ont gagné; Halák, sans avoir eu à se surpasser, a offert une solide performance. De son côté, Carey Price n’a pas a rougir de son travail; il a été le meilleur des siens dans la défaite. Et non, je n’ai pas dansé la danse de l’avantage numérique, même si j’en ai eu l’occasion. De toutes les traditions du Scottrade Center, c’est la seule que je n’aime pas.
Cependant, je suis sortie de l’aréna convaincue que les Blues ne devraient jamais déménager de Saint-Louis. Il s’agit de l’une des rares équipes de la LNH qui ont réussi à s’imprégner de l’atmosphère de leur ville et à se bâtir une culture propre, comme les Flyers, les Penguins et les Original Six. Tout ce qui leur manque, c’est une coupe Stanley. Avec la jeune équipe qui commence à éclore, ils seront à surveiller les prochaines saisons.
Halák et ses « fefans » émotifs
24 juin 2010 à 7:30 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireMots-clefs : Toronto, Carey Price, Tomas Plekanec, Georges Laraque, Bob Gainey, Scott Gomez, Jaroslav Halák, LNH, Andrei Kostitsyn, Roman Hamrlik, Blues, Flyers, Blackhawks, Chicago, Pierre Gauthier, Ottawa, Sénateurs, Pittsburgh, Penguins, Washington, Capitals, Philadelphie, Maple Leafs, Coupe Stanley, Nordiques, Québec, Saint-Louis, BP, Toyota, Congrès américain, Pavol Demitra, Christer Olsson, Original Six, Trophée du Président, Match des Étoiles, fefans, Francis Bouillon, Dany Dubé, Martin Leclerc, Yvon Pedneault, Scott Burnside, Ken Campbell, Jaroslav Spacek
Depuis l’échange de Jaroslav Halák, on entend de nombreux prétentieux sermonner les partisans en colère qui menacent de se révolter. Ces grands penseurs divisent les fans montréalais en deux classes. Eux-mêmes forment la classe minoritaire : des gens rationnels, sensés, connaisseurs, qui réfléchissent à long terme et approuvent Carey Price comme le seul choix évident. L’autre classe, majoritaire, rassemble les « fefans » émotifs, bipolaires, ignares, chialeux et myopes qui divinisent aveuglément Halák. Je ne reprends pas ici le débat Price-Halák; je dénonce seulement l’arrogance de ceux qui veulent discréditer ou faire taire les amateurs furieux de cet échange.
Je ne vise pas les sincères admirateurs de Price, dont plusieurs ont exprimé leur sympathie à ceux d’Halák parce qu’ils comprennent ce qu’ils auraient eux-mêmes ressenti si leur propre favori avait été échangé. Je ne vise pas les fans qui, contents ou déçus de l’échange, ont choisi de donner le bénéfice du doute à la direction.
Ceux que je dénonce sont les moralisateurs qui portent un jugement sur le commun des mortels dans le seul but de s’en différencier. Leur obsession n’est ni Price, ni Halák, ni même les Canadiens : leur obsession, c’est de s’élever au-dessus de la populace. Ils se servent dans ce but de tout un arsenal de sophismes méprisants, dont voici les principaux :
« Revenez-en, c’est fait! » : Pardon? À peine un mois jour pour jour s’est écoulé depuis l’élimination du Canadien, une semaine depuis l’échange, et il faudrait déjà enterrer au plus sacrant le gardien qui nous a émerveillé de ses exploits, qui nous a impressionnés par sa force de caractère et son humilité? Les fans se font souvent traiter de vire-capot, mais ne vous attendez quand même pas à ce qu’ils digèrent cette décision avant longtemps.
« C’est le choix de l’organisation » : Autrement dit, fermez-la, continuez à remplir le Centre Bell et à acheter des guenilles, parce que de toute façon vous n’avez aucun pouvoir, sauf celui d’ouvrir vos portefeuilles. Une belle attitude de mouton résigné, conséquence directe du monopole malsain des Canadiens de Montréal sur le hockey de la LNH au Québec.
« Ce sont des hommes de hockey, ils savent ce qu’ils font » : Ben oui, mon kiki. Le président de BP connaît aussi son affaire, tout comme celui de Toyota. Ça n’a pas empêché ni l’un ni l’autre d’être convoqués au Congrès américain après que leurs compagnies respectives se soient royalement plantées. Pierre Gauthier est peut-être compétent, mais il n’est pas immunisé contre les erreurs : à titre de directeur-général des Sénateurs d’Ottawa, il a déjà échangé Pavol Demitra aux mêmes Blues de Saint-Louis contre le Suédois Christer Olsson. Après 20 parties, Olsson est rentré en Europe. Demitra a passé six saisons fructueuses avec les Blues avant de poursuivre sa carrière ailleurs. Alors oui, Gauthier peut se planter, tout comme il est arrivé à Bob Gainey de se planter avant lui. Faire aveuglément confiance à la direction, c’est comme donner un chèque en blanc à votre garagiste pour qu’il fasse toutes les réparations qu’il veut sur votre voiture.
« Halák était trop gourmand » : les Canadiens n’ont même pas communiqué avec lui, ni avec son agent. De toute façon, pour ce qu’il a donné et la façon dont il a été traité, Halák avait moralement le droit de leur faire cracher le maximum, ne serait-ce que pour leur apprendre à épeler le mot « respect » en français, en anglais, en slovaque et en douze autres langues au moins.
« La direction du CH ne doit rien aux fans » : celle-la, c’est la meilleure que j’ai lue. Et les millions en profits que l’équipe a empochés, ils sont tombés du ciel? Ils ont poussé dans les arbres? Ramenez une équipe à Québec, et vous allez voir que la direction du CH va se rendre compte qu’après tout, elle doit quelque chose aux fans, si jamais elle voit des gens dans les rues avec des chandails des Nordiques sur le dos et une diminution des cotes d’écoute de ses propres matchs. C’est ce que les Blackhawks de Chicago ont compris lorsque leur aréna s’est vidé, il y a de ça plusieurs années. Et on parle de l’une des Original Six, pas d’une équipe dans le désert.
« Le hockey, c’est une business » : Peut-être, mais la business du sport professionnel, comme celle des arts, c’est de vendre de l’émotion. Et de l’émotion, Halák nous en a fournie à la tonne. D’ailleurs, si les Canadiens sont une business, les partisans sont ses clients. Ces clients peuvent exercer leur jugement. Le marketing a peut-être réussi jusqu’ici à masquer les faiblesses de l’équipe, mais le départ d’un joueur qui a conquis le cœur des partisans sans l’aide du service de marketing risque de changer la donne.
« Vous êtes des émotifs » : Une bonne part de hockey est faite d’émotion. Si nous suivions vos principes, chers cerveaux logiques et rationnels, les Canadiens, cette petite équipe de huitième rang se serait fait balayer par Washington en quatre matchs, non, en trois matchs. C’est ce qu’ont prédit les savants experts. Néanmoins, c’est avec de l’émotion que les Glorieux ont renversé coup sur coup les gagnants du Trophée du Président, puis les champions en titre de la Coupe Stanley. Ils ont été éliminés par une équipe, les Flyers de Philadelphie, qui ont eux-mêmes comblé un déficit de 0-3 dans leur série précédente en puisant dans leurs émotions. Les experts ne font pas foi de tout. Le rôle des experts est de faire des calculs, et celui des joueurs est de défier leurs prédictions. Tout comme Halák a défié tous ceux qui lui ont prédit que sa petite taille et son rang de repêchage le destinaient, au mieux, à une carrière d’honnête auxiliaire. Je suis émotive? Merci du compliment.
« Vous êtes des girouettes » : Cette accusation est dirigée vers les amateurs qui ont voté pour envoyer Price au Match des Étoiles, en janvier 2009, puis l’ont vilipendé quelques mois plus tard. Cet argument est de mauvaise foi : le Match des Étoiles a eu lieu avant que le public ne soit mis au courant des virées nocturnes de Price et de ses habitudes de prima donna. En fait, le public en général a évolué dans un sens plutôt logique, même si Price a payé très cher pour ses erreurs.
« Price est encore là, rallions-nous tous derrière lui, soyez patients avec lui, etc. » : Price ne mérite ni le blâme, ni les huées. Ce n’est pas lui qui a pris la décision d’échanger Halák. D’un autre côté, les amateurs ne sont pas obligés de l’encourager si le cœur ne leur en dit pas. Après tout, l’applaudir revient à approuver l’échange d’Halák. Ordonner aux fans de se rassembler derrière Price ressemble à la stratégie de la cage à homard chère à Jacques Parizeau : laissons un seul choix aux partisans, pour qu’ils soient obligés de s’y faire. Je ne serai pas patiente avec Price et je ne le soutiendrai pas, puisqu’il me laisse maintenant indifférente.
Par ailleurs, les deux joueurs obtenus dans l’échange semblent intéressants et méritent d’être découverts. Le problème, ce n’est pas ce que le Canadien a obtenu, c’est ce qu’il a cédé.
« Si vous êtes pas contents, il y a 29 autres équipes » : c’est en effet une option. Toutefois, ceux qui conservent un sentiment d’appartenance envers le Canadien ont le droit de garder un œil critique et un esprit lucide. Personnellement, j’aime mieux une foule d’amateurs passionnés mais exigeants à un troupeau de moutons dociles et obéissants. Il n’y a que les fans des Maple Leafs de Toronto qui sont assez bêtes pour accepter n’importe quelle forme de médiocrité, pourvu qu’elle soit ornée d’une feuille d’érable bleue.
« Vous êtes des traîtres si vous lâchez les Canadiens » : Cet argument contredit le précédent, mais aucune logique ne freine les spécialistes de la mauvaise foi. D’ailleurs, les Canadiens ne sont pas une armée, et Pierre Gauthier n’est pas notre général. Nombre de partisans aiment l’équipe, mais conservent un goût amer de l’institution avec son marketing débridé, son carrousel d’entraîneurs renvoyés, son indifférence envers le repêchage local et le traitement réservé à certains de ses joueurs (rappelez-vous de Francis Bouillon).
Vous êtes écœurés par l’échange d’Halák? Votre colère est légitime. Ne vous laissez pas marcher sur les pieds par les arrogants qui utilisent les faux arguments ci-dessus. Manifestez ou quittez le navire, mais ne vous sentez pas obligés de vous écraser.
Plusieurs commentateurs (Dany Dubé, Martin Leclerc, Yvon Pedneault, Scott Burnside, Ken Campbell) croient que Gauthier n’aurait pas choisi Price par aveuglément volontaire, mais aurait été coincé par le plafond salarial. Autrement dit, il ne devait pas choisir entre Halák et Price, mais entre Halák et Tomas Plekanec. Ce dernier était moins facile à remplacer, d’où l’échange. Pourquoi ne pas l’avoir dit ouvertement? Parce que le contrat avec Plekanec n’était pas encore conclu. Parce que c’était sans doute moins pire de coller à Price l’étiquette de chouchou que celle de bouche-trou. Enfin, parce que la colère des amateurs se serait tournée vers d’autres hauts salariés de l’équipe, notamment Scott Gomez (7,3 M$), Roman Hamrlik (5,5 M$) et Jaroslav Spacek (3,83 M$). Sans compter le demi-million que le contrat de Georges Laraque enlèvera à la masse salariale pendant encore deux saisons.
De mon côté, tant qu’à taper sur quelqu’un, je choisis Andrei Kostitsyn. Repêché en première ronde la même année où Halák l’a été en neuvième, l’aîné des « frères K » a touché 3,25 M$ cette saison, contre 750 000 $ pour le Slovaque. Si vous faites le calcul, ça veut dire que ce gros jambon a reçu plus du quadruple du salaire de son coéquipier pour pratiquer l’art de patiner en dormant.
Mais la direction du Canadien sait ce qu’elle fait, n’est-ce pas? Ce sont des hommes de hockey, pas vrai?
Misère. La prochaine saison va être longue.
Rituels et superstitions
16 mai 2010 à 7:14 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireMots-clefs : Église catholique, Billy Goat, Boston, Bruins, Centre Bell, Chicago, Coupe Stanley, Cubs, fans, Flyers, Gazette, Jacques Demers, Jaroslav Halák, Josh Freed, Penguins, Philadelphie, Pittsburgh, rituels, Sainte-Anne de Beaupré, Série mondiale, Scott Hartnell, superstitions
Un petit billet hors de l’ordinaire, portant sur les superstitions dans le sport. Pas de politique cette fois-ci, puisqu’il n’y a pas de superstition dans ce domaine. Fort heureusement!
Juste avant le dernier match contre les Penguins, je soupais chez mes parents, qui m’avaient invitée à regarder la partie. Lorsque mon père m’a offert du vin à boire, j’ai poliment décliné, expliquant que je ne buvais jamais d’alcool pendant les parties. Les quelques fois où je me suis débouché une bière devant la télévision, les Canadiens ont perdu.
Mes parents n’en croyaient pas leurs oreilles. Eux qui avaient élevé leur fille dans la pensée cartésienne et l’athéisme absolu, découvraient qu’elle se livrait à la superstition. « C’est un rituel, pas une superstition », expliquai-je en vain. Mon père, qui ne manque jamais une occasion de me tirer la pipe, a refusé cette justification et s’est moqué de moi.
Comme les joueurs, de nombreux fans ont leurs rituels pour repousser le mauvais sort loin de leur équipe ou simplement pour apaiser leur tension pendant les matchs. Alors que germait en moi l’idée de ce billet, Josh Freed, de la Gazette, a publié un article sur les rituels et les superstitions des fans de la Flanelle et d’autres équipes, tant du hockey que d’autres sports. L’un de ses amis, pas exemple, a entendu sa fille chanter Na na na hey hey goodbye pendant deux parties de la série contre les Penguins. Les deux fois, les vilains manchots sont revenu de l’arrière et ont remporté la partie. Lorsqu’elle a récidivé, mercredi dernier, son père l’a immédiatement arrêtée. On se souvient également que le mot en « B » (blanchissage) est tabou tant que l’autre équipe n’a pas marqué.
Il y a également certaines croyances collectives qui ont la vie dure. Ainsi, les Cubs de Chicago, au baseball, seraient victimes de la fameuse malédiction du Billy Goat. Le 6 octobre 1945, le propriétaire de la taverne Billy Goat s’est présenté au match avec sa chèvre. L’odeur de l’animal indisposant les autres spectateurs, on demanda à son propriétaire de quitter les lieux. C’est alors qu’il a déclaré que les Cubs ne gagneraient plus jamais. Les Cubs perdirent la Série mondiale cette année-là et n’ont jamais pu accéder à la finale, malgré toutes les tentatives de briser la malédiction, y compris par le neveu du propriétaire du Billy Goat.
À Montréal, il est commun de croire que les « fantômes du Forum », ceux des glorieuses légendes du passé qui occupaient le temple qui a abrité de nombreuses victoires, n’ont jamais digéré que l’équipe déménage ses pénates au Centre Bell, en 1996. Peut-être que la vaillance de l’équipe actuelle et les nombreuses qualités sportives de son gardien convaincront-ils les nobles spectres d’emménager dans la nouvelle demeure des Glorieux, qui accèdent à la troisième ronde pour la première fois depuis 1993, année de leur dernière Coupe Stanley.
De plus, chez les fans montréalais, beaucoup de rituels et d’expressions sont tirées de la religion catholique. Il ne s’agit pas d’un renouveau religieux, mais d’une forme de paganisme joyeux qui recycle la culture religieuse pour l’amalgamer à sa culture sportive. De toute façon, avec tout ce dont l’Église catholique s’est rendue responsable, probablement que la seule chose pour laquelle il est encore décent de prier à l’Église est une victoire des Canadiens. On se souvient du fameux pèlerinage de Jacques Demers à Sainte-Anne de Beaupré, juste avant la conquête de la Coupe de 1993.
À part l’abstention d’alcool, je pratique à l’occasion un autre rituel. Comme j’habite au Quartier chinois, je vais souvent, entre deux périodes, me chercher un pâté à la viande, un dessert asiatique et un jus dans l’une des petites pâtisseries du coin. Or, j’ai remarqué que lorsque je prenais comme dessert une pâtisserie au haricot rouge, les Glorieux remportaient la partie. Il arrivait même qu’après une mauvaise période, je revienne avec mon souper puis, aussitôt que j’attaquais mon dessert au haricot rouge, les joueurs du Tricolore reprenaient de l’énergie. Je n’utilise pas ce truc à toutes les parties, pour ne pas abuser de la chance, mais inutile de vous dire que mercredi dernier, chez mes parents, j’avais apporté ma précieuse pâtisserie au haricot rouge.
Et vous quelles sont vos superstitions… euh, je veux dire, quels sont vos rituels?
Varia :
- Un curieux débat a récemment éclos à Montréal. Qui est le véritable responsable des succès des Canadiens, Jaroslav Halák ou la brigade défensive? Débat stupide à mon avis, puisque les deux ne sauraient fonctionner l’un sans l’autre. Les défenseurs bloquent l’enclave et laissent tirer les adversaires de la périphérie. Halák a donc raison d’êter modeste et de souligner le mérite de ses défenseurs. Cependant, un tel système ne fonctionnerait pas si les défenseurs n’avaient pas une confiance totale et absolue envers leur gardien. Halák leur inspire cette confiance.
- D’habitude, je respecte les adversaires, mais comme toute règle a son exception, je fais aller ma langue de vipère sur les Flyers, que j’ai toujours détestés pour leur mentalité primitive. Alors allons-y avec les blagues douteuses :
- Savez-vous pourquoi autant de Flyers sont édentés? Parce que ça les fait paraître plus sexy aux yeux des dames de Philadelphie.
- Savez-vous pourquoi les Flyers se laissent casser les dents? Pour ne plus avoir la corvée de les brosser.
- Savez-vous pourquoi Scott Hartnell ne se fait pas couper les cheveux? Parce qu’ils sont englués à son casque de toute façon.
- La mascotte de Bruins de Boston vous a avertis : ne sortez jamais avec une fan des Flyers, même si elle rase sa moustache.
Guerre de nerfs (Jean Charest/Bruce Boudreau)
8 mai 2010 à 6:41 | Publié dans Chroniques politiques | 1 CommentaireMots-clefs : Action démocratique du Québec, alex ovechkin, arbitres, Boston, Bruce Boudreau, Bruins, Capitals, Devils, Facebook, Flyers, Jacques Martin, Jaromir Jagr, Jaroslav Halák, Jean Charest, Jean-Lévy Champagne, José Théodore, Martin Brodeur, Martin Otis, Matt Cooke, Maxim Lapierre, Mike Green, New Jersey, P.K. Subban, Parti libéral du Québec, Penguins, Philadelphie, Pierre McGuire, Pittsburgh, Ryan Miller, Sidney Crosby, Tomas Plekanec, Washington

Jean Charest (photo tirée de Cyberpresse, droits d’auteur : Gesca); Bruce Boudreau (photo tirée de Cyberpresse, droits d’auteur : AP)
Les séries éliminatoires sont au hockey ce qu’une campagne électorale est à la politique: un sprint, des heures de fou où on carbure à l’adrénaline et pendant lesquelles à peu près tous les autres volets de la vie des politiciens et des athlètes – famille, amis, loisirs – prennent le bord. La même situation s’applique aux autres participants à cette folle aventure, notamment les journalistes et les employés des organisations politiques et sportives.
Tous ceux qui croient que le sport n’a rien de « politique » dans le sens large du terme devront se raviser. Pendant les séries éliminatoires encore plus que pendant la saison, les athlètes et les entraîneurs se livrent une guerre de nerfs tant en dehors de la patinoire que sur la glace. Plusieurs d’entre eux y vont de déclarations controversées et des tactiques plus ou moins subtiles dans le but de déstabiliser l’adversaire. Ces déclarations font dévier l’attention sur des détails qui n’ont pas une grande influence sur le jeu lui-même, mais qui font vadrouiller la meute de journalistes et de sympathisants qui gravitent autour des partis et des équipes.
Beaucoup de bruit pour rien
Il est courant, en politique, de faire mousser tout un scandale autour de déclarations plus ou moins controversées d’un personnage afin de détourner l’attention des « vraies affaires », comme on dit, c’est-à-dire de dossiers importants comme le budget, l’état des routes, les résultats des élèves à l’écoles, les soins donnés dans les hôpitaux… On jette de la boue sur l’adversaire pour détourner l’attention de ses propres échecs. Jean Charest, premier ministre du Québec et chef du Parti libéral, est passé maître dans l’art de faire ce genre d’écran de fumée.
Pendant la campagne électorale de 2007, Charest avait fait ses choux gras de déclarations naïves (et parfois même imbéciles) de candidats peu expérimentés de l’Action démocratique du Québec. Les recherchistes du PLQ avaient fouillé le passé de tous les candidats adéquistes et avaient déterré toutes les déclarations, les textes et même les photos de pages Facebook qui pouvaient le moindrement causer de l’embarras à l’ADQ. Ainsi, le jeune Martin Otis, candidat dans la circonscription de Gatineau, avait candidement avoué avoir été « parachuté » dans le comté (envoyé dans le comté d’une autre région de la province), mais que par respect pour les électeurs, il ferait son possible pour faire du porte-à-porte les fins de semaine. Jean Charest s’était moqué sans retenue du jeune homme, alors que son parti, comme tous les partis d’ailleurs, comptait sur des candidats « poteaux », ces candidats sans aucune chance de l’emporter mais qui permettent à leur parti d’être représentés dans tous les comtés, condition indispensable pour participer au débat des chefs. « Le poteau s’est planté », a commenté Charest dans un bel élan d’hypocrisie. Un autre candidat adéquiste, Jean-Lévy Champagne dans Hochelaga-Maisonneuve, a été victime de sa page Facebook, dans laquelle le jeune étudiant avait affichée une photo de party le représentant costumé avec un simple feuillage pour préserver la pudeur.
Il est certes utile de prêter attention à ces détails. En général, ces incidents insignifiants n’ont en soi rien d’important. Cependant, si un politicien accumule les gaffes, il devient peu à peu un boulet pour son parti, et se fait éventuellement montrer la porte. C’est ce qui est arrivé à André Boisclair, dont l’échec a moins à voir avec son homosexualité et sa consommation passée de cocaïne, qu’avec son manque flagrant de jugement vis-à-vis des médias et de son propre parti. D’un autre côté, il est désolant de constater à quel point la vie politique peut tourner autour de ces niaiseries.
Mes années de militantisme politique et mes deux campagnes électorales à titre de candidate me permettent de vous confirmer qu’il se gaspille une somme épouvantablement monumentale d’énergie, de temps et d’efforts à gérer ce genre d’âneries qui n’ont rien à voir avec le système de santé, le réseau d’éducation, les finances publiques ou les autres enjeux cruciaux pour l’avenir de notre société. C’est d’ailleurs en partie ce qui explique mon retrait de la politique après les élections de 2008. La majorité des gens qui entrent en politique, que ce soit à titre d’employé, de bénévole ou de candidat, le font avec l’intention sincère d’améliorer le sort des gens et de faire évoluer la société pour le mieux. Nombre d’entre eux, comme moi, quittent la politique, parfaitement dégoûtés par un immobilisme crasse qui éteindrait l’enthousiasme de n’importe quel volontaire, eût-il l’énergie d’un P.K. Subban.
Je te tiens par la barbichette…
Même pendant la saison, des propos hors glace peuvent retenir l’attention des journalistes et des amateurs. Citons l’escarmouche entre le joueur Maxim Lapierre et l’analyste Pierre McGuire lorsque ce dernier a affirmé que le jeune homme se faisait une réputation de lâche dans la LNH.
Cependant, pendant les séries éliminatoires comme dans les campagnes électorales, la guerre des mots bat son plein. Cette année, chez les Canadiens de Montréal, c’est Tomas Plekanec qui l’a involontairement lancée en affirmant que les gardiens des Capitals de Washington n’étaient pas Martin Brodeur ni Ryan Miller. José Théodore, le gardien partant des Caps, a rétorqué « Tomas qui? Jagr? » en faisant allusion à Jaromir Jagr, brillant attaquant autrefois membre du Tricolore. Plekanec lui a cloué le bec en comptant le but gagnant de la première partie de la série. Puis Alex Ovechkin, des Caps, a prétendu avoir vu la main de Jaroslav Halák trembler; Mike Green a affirmé que les Canadiens n’avaient pas beaucoup de ressources pour battre son équipe. Bruce Boudreau, l’entraîneur-chef de Washington, a laissé entendre que Jacques Martin, celui de Montréal, avait peut-être espionné l’un de ses entraînements. Boudreau et les Capitals pensaient utiliser la cohorte de journalistes montréalais à leur avantage pour déstabiliser les Canadiens, en jouant un genre de jeu de chicken dans lequel ils croyaient bien avoir le dernier mot. Ils étaient bien naïfs : les joueurs du Tricolore, habitués au zoo médiatique, n’ont pas bronché et se sont concentrés sur le jeu, avec le résultat qu’on connaît.
En deuxième ronde, Matt Cooke, des Penguins de Pittsburgh, sous-entendu que le jeune défenseur P.K. Subban, des Canadiens, faisait exprès de tourner sa lame de patin vers le haut lorsqu’il se faisait mettre en échec pour tenter de blesser ses adversaires. Peine perdu : le Canadien a fait le gros dos, et la série est maintenant égale à 2-2. Par ailleurs, les Penguins ne semblent pas vouloir s’embarquer dans le même genre de duel médiatique qui a fini par ridiculiser les Capitals. On peut quand même s’attendre à quelques autres escarmouches verbales d’ici la fin de la ronde. Et, sait-on jamais, à un autre chapitre contre les Bruins de Boston ou les Flyers de Philadelphie, puisque nos glorieux Schtroumpfs n’ont peut-être pas fini de nous surprendre.
Varia :
- Non, je ne crois pas à une conspiration anti-Canadiens chez les arbitres. Il y a certains soirs, toutefois, où ma raison vacille et je commence à croire vraiment que certaines vedettes sont vraiment protégées par les zèbres. Visionnez la vidéo des punitions non signalées contre les Penguins lors du quatrième match.
- Sidney Crosby me déçoit beaucoup. Je ne voulais pas croire qu’il se comporte vraiment comme une princesse qui aurait mal dormi la nuit dernière à cause d’un petit pois sous son matelas. J’ai changé d’avis depuis, et cette vidéo devrait contribuer à convaincre les sceptiques.
- Retour sur mon billet précédent : je vous parlais de l’attitude des fans d’ailleurs. À ma connaissance, rien ne bat les fans des Rangers de New York pendant la série éliminatoire de 2003 contre les Devils du New Jersey. Martin Brodeur venait de se faire remettre ses papiers de divorce suite à une aventure avec la femme de son beau-frère. Dans les gradins du Madison Square Garden, des spectateurs brandissaient des pancartes se moquant de ses déboires conjugaux, notamment une parodie des publicités de MasterCard : Billet pour un match des séries : 95 $. Pension alimentaire à ton ex : 9 millions $. Coucher avec ta belle-sœur : ça n’a pas de prix. » Ça n’a tout de même pas empêché les Devils de remporter la Coupe Stanley cette année-là. La dureté du mental…
À la défense des fans montréalais
2 mai 2010 à 1:40 | Publié dans Non classé | 2 CommentairesMots-clefs : alex ovechkin, Alexander Semin, Boston, Brian Boucher, Brian Elliott, Brian Gionta, Bruce Boudreau, Bruins, canucks, Capitals, Coyotes, Dave Tippett, Dennis Wideman, Devils, Don Cherry, Don Maloney, fans, Flyers, Jaroslav Halák, John Tortorella, Leafs AbomiNation, Maple Leafs, Marian Hossa, Mike Green, mike richards, New Jersey, New York, Ottawa, Pascal Leclaire, Penguins, Philadelphie, Phœnix, Pittsburgh, Rangers, Roberto Luongo, Sénateurs, Scott Gomez, Semyon Varlamov, Tim Thomas, Toronto, vancouver, Vincent Lecavalier, Washington
De nombreux accusateurs reprochent aux fans du Canadien d’être exigeants, arrogants, vulgaires, bipolaires, minables et chauvinistes (entre autres), de huer n’importe quand et pour n’importe quelle raison, de ne pas connaître leur hockey, de parler à travers leur chapeau.
Ceux des autres villes seraient polis, respectueux, connaisseurs et appuieraient leur équipe inconditionnellement. Les autres clubs n’ont pas à composer avec un troupeau de journalistes lèche-bottes, fielleux et hypocrites. Bref, Montréal, c’est le goulag, l’enfer pour les pauvres joueurs, surtout ceux du Canadien qui haïssent leurs propres fans qu’ils voient comme des bourreaux sanguinaires.
Et si Montréal n’était pas si pire? Une comparaison rapide avec d’autres villes permettrait de dégonfler ce mépris injustifié pour les fans de la plus ancienne équipe professionnelle de hockey au monde. Que reproche-t-on aux fans des Canadiens, au juste? Et comment leurs défauts se comparent-ils avec ceux des fans d’ailleurs?
1. Ils sont cruels avec leurs gardiens : Vancouver a déjà été qualifiée de « cimetière de gardiens ». Encore cette saison, Roberto Luongo a été mis sur la sellette chaque fois qu’il connaissait un passage à vide. À Philadelphie, avant que Brian Boucher n’entre dans sa bulle en séries, le rendement des gardiens était si pitoyable que des spectateurs dans la foule tenaient des pancartes avec l’inscription « Mettez-moi dans les buts ». Après une saison difficile, Pascal Leclaire (Sénateurs d’Ottawa) a pris la relève de Brian Elliott en séries et s’est montré brillant lors d’une partie qui s’est terminée en faveur de son équipe après pas moins de trois périodes de prolongation. Après l’élimination des Sénateurs malgré un effort honorable de Leclaire, il a commenté : « Il y a deux semaines, j’étais un jambon et là, je suis l’ami de tout le monde dans la rue ».
2. Ils huent leur équipe : Écoutez attentivement les matchs sur la route. Cette année, j’ai entendu au moins la foule du New Jersey, celle de Boston et celle des Rangers huer leur équipe lorsque celle-ci ne performait pas. Boston, en particulier, s’est particulièrement fait étriller par sa propre foule à cause d’une série d’insuccès à domicile. Les Capitals se sont également fait huer au terme de leur septième match.
3. Ils huent leurs anciens joueurs : Demandez à Marian Hossa quel accueil lui est réservé à Pittsburgh, qu’il a déserté en faveur de Détroit pour augmenter ses chances de gagner la Coupe Stanley. Brian Gionta s’est fait huer cette année au New Jersey, et Scott Gomez à l’aréna de ses deux équipes précédentes, les Devils et les Rangers.
4. Ils martyrisent le joueur mal-aimé de leur équipe : Tim Thomas se fait régulièrement huer cette saison dans son propre aréna; avant lui, le défenseur Dennis Wideman était la tête de Turc des fans bostonnais. Par ailleurs, le blogueur à la source de cette information se plaint de la baisse de qualité des spectateurs au TD Garden (tiens donc, cela ne rappelle-t-il pas un certain discours sur la foule du Centre Bell?). Gomez se faisait huer au Madison Square Garden lorsqu’il portait l’uniforme des Rangers. En passant, Gomez n’est pas le seul à se faire reprocher son onéreux contrat : le Vinny Calculator vous permet de mesure le montant que gagne Vincent Lecavalier par but, par minute de jeu et selon ses autres statistiques, en plus de faire une comparaison avec votre propre salaire.
5. Ils sont violents envers les fans des autres équipes : il n’y a pas qu’à Montréal que les fans de l’extérieur se font malmener. Les fans des Bruins de Boston et ceux des Flyers de Philadelphie ne sont pas réputés pour être des enfants de chœur non plus, et aucun aréna de la LNH n’est à l’abri de violence entre spectateurs. Et que dire des émeutes, voire même des morts qui surviennent régulièrement dans les stades européens de soccer?
6. Ils sont chauvinistes : allez voir les commentaires de l’article de TSN sur l’ultime défaite des Capitals. Les Russes comme Alex Ovechkin, Alexander Semin et Semyon Varlamov s’en prennent plein la gueule. Et que dire de Don Cherry? En plus de mépriser ouvertement les francophones et les Européens, il a pris récemment l’habitude de massacrer ostensiblement les noms des gardiens européens. Semyon Varlamov a ainsi été rebaptisé « Varlamakov » (également désigné « Russe, ou peu importe ce qu’il est »). Jaroslav Halák a été renommé « Havlak » et « Havacock » (« cock », pour ceux qui l’ignorent, désigne l’appendice reproducteur masculin en anglais).
7. Ils sont arrogants, sans classe et casseurs : toujours dans la section des commentaires de TSN, vous seriez surpris de voir le nombre de gens heureux que les Canadiens aient rabattu le caquet des Capitals et de leurs fans, surnommés les « Craps fans ». Par ailleurs, cette même section est le lieu d’une jolie querelle entre fans des Capitals et ceux des Penguins, entre pro-Ovechkin et pro-Sidney Crosby. Si vous cherchez là un exemple de classe, vous serez déçus. Pour ce qui est de la casse, un article de la Gazette nous apprend comment la police de plusieurs villes, notamment Calgary et Edmonton, doivent composer avec les manifestations spontanées de fans en liesse.
8. ils remplissent l’aréna et achètent de la guenille malgré le rendement moyen de l’équipe : la Leaf Nation cultive la médiocrité depuis plus de quarante ans, et pourtant ;es Maple Leafs de Toronto remplissent leur aréna en vendant les billets les plus chers de la LNH. Brian Burke, le directeur général, a même parlé de « maladie bleue et blanche » pour qualifier l’attitude de ses joueurs qui se sentent à l’aise dans une ville où, selon lui, le hockey est « un culte, une religion » (tiens, tiens, comme à Montréal). Par ailleurs, de nombreuses autres organisations vendent le maximum de guenilles, tout comme le Tricolore, mais rien ne bat le catalogue du légendaire club de soccer Real de Madrid, qui comprend de la lingerie féminine.
9. Ils ne sont fans de l’équipe que lorsqu’elle gagne : cette accusation contredit la précédente, mais aucune logique n’arrête les pourfendeurs des fans des Canadiens. Par ailleurs, il n’y a pas qu’à Montréal que les fans se font accuser de revenir au Tricolore uniquement lorsque celui-ci vit des succès. À Washington, les fans de longue date sont en froid avec les « bandwagon fans », ces fans qui ont découvert récemment les Capitals avec l’arrivée d’Alex Ovechkin. Par ailleurs, les Coyotes de Phœnix sont la saveur du mois en Arizona. Chapeau à l’entraîneur Dave Tippett et au directeur général Don Maloney, qui ont interdit la moindre allusion à la situation financière de l’équipe et à son possible déménagement dans le vestiaire des joueurs, et qui ont tirée de ceux-ci à une saison inespérée. Pendant la première ronde des séries éliminatoires, l’aréna Jobing.com était plein. Pariez, cependant, qu’on y entendra à nouveau les mouches voler quelques semaines après le début de la prochaine saison.
10. Ils sont bipolaires et veulent régulièrement jeter tout le monde dehors : vous auriez dû voir la panique s’installer chez les fans des Capitals après la sixième partie entre Washington et Montréal. Après la septième, de nombreux fans voulaient faire table rase et mettre à la porte le directeur général, l’entraîneur, l’entraîneur-adjoint responsable de la défense, les joueurs, etc. De plus, ils étaient nombreux à faire la file pour gifler Bruce Boudreau, Alex Ovechkin, Alexander Semin et Mike Green.
11. Les maudits journalistes : nourris par les maudits fans, ils font supposément partie des raisons pour lesquelles aucun joueur ne voudrait venir à Montréal à moins de crever de faim. Il est vrai que la métropole québécoise a le plus gros contingent de journalistes sportifs entièrement consacrés à une seul équipe. Cependant, les médias qui couvrent les Rangers de New York, réputés particulièrement durs, mettent régulièrement à l’épreuve les nerfs du bouillant entraîneur John Tortorella. Chez les Flyers de Philadelphie, le capitaine Mike Richards a boudé les médias qui s’étaient intéressés d’un peu trop près à la vie nocturne de certains joueurs. Enfin, les journalistes de Toronto, dont le marché ressemble en tout points à celui de Montréal (sauf pour le nombre de Coupes Stanley remportées), sont tellement désabusés que deux d’entre eux ont publié un livre entier, intitulé “Leafs AbomiNation”: http://bit.ly/b4qij, sur la médiocrité des Maple Leafs.
Les faits ci-dessus ont été réunis grâce à une recherche rapide, mais une enquête exhaustive pourrait déterrer bien autre chose encore. Ce billet n’a pas pour but d’excuser les pires stupidités commises par le public montréalais. Mettre le feu à des voitures, tabasser des fans de Boston, huer l’hymne américain et huer un gardien alors qu’il a obtenu la troisième étoile dans une défaite où il a livré une prestation honorable : ce n’est pas avec ce genre d’exploit qu’on entretient une fierté centenaire.
Cessons de croire, toutefois, que les fans des Canadiens sont les pires de toute la LNH. Montréal a la plus forte densité d’amateurs de hockey au kilomètre carré. Forcément, il en découle des avantages, mais aussi des inconvénients. On comprend pourquoi les joueurs du Tricolore disent que le Centre Bell est le meilleur endroit où gagner… et le pire où perdre.
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