La langue de travail et la langue du public
28 décembre 2011 à 9:52 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireTags : Aislin, Alex Kovalev, Alexander Semin, anglais, Blackhawks, Blues, Boston, Brian Gionta, Bruins, Canadiens, Capitals, Carey Price, Chicago, CROP, Détroit, français, Geoff Molson, Jaroslav Halák, Journal de Montréal, La PResse, langue, Lighning, marketing, Montréal, NHL Center Ice, Nordiques, Ottawa, Penguins, Perry Pearn, Pierre Gauthier, Pittsburgh, QMI, Québec, Randy Cunneyworth, Ray Lalonde, Red Wings, Saint-Louis, San Jose, Sénateurs, Sharks, Tampa Bay, The Gazette, Washington
« Un cadeau de Noël parfaitement bilingue pour Pierre Gauthier… » (Aislin, The Gazette, 21 décembre 2011
Depuis la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur-chef intérimaire des Canadiens de Montréal, les passions se déchaînent. Les émotifs ne se trouvent pas que du côté des défenseurs de la langue française, mais aussi des adulateurs inconditionnels de la Flanelle, dont bien peu parviennent à argumenter sans tomber dans l’agressivité.
Je n’ai pratiquement pas entendu de critiques contre Cunneyworth lui-même, et pour cause : la plupart des gens ont pitié du pauvre Ontarien qui n’a pas demandé à se retrouver dans un tel imbroglio… et qui n’avait peut-être même pas la connaissance suffisante du terrain pour prévoir la controverse. La même excuse n’est valable ni pour Pierre Gauthier, ni pour Geoff Molson.
Intérim mon œil
Pourquoi s’offusquer de l’unilinguisme de Cunneyworth, s’il exerce ses fonctions que par intérim? Parce que, Gauthier étant Gauthier, presque personne n’a vraiment cru à cet « intérim » au départ. Gauthier a nommé Cunneyworth entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école des Canadiens; Gauthier a promu Cunneyworth au rang d’entraîneur adjoint des Canadiens cette saison; Gauthier a renvoyé Perry Pearn, un autre entraîneur adjoint, et a augmenté les responsabilités de Cunneyworth. De toute évidence, le mot « intérim » n’était là que pour acheter du temps en espérant que quelques victoires feraient passer la pilule de l’unilinguisme. Il a fallu la colère du public pour que cet intérim se confirme.
Il n’y a pas suffisamment d’espace nécessaire ici pour réfuter tous les arguments fallacieux contre la nécessité du bilinguisme pour le poste d’entraîneur-chef des Canadiens. Allons-y donc pour l’un des arguments principaux, celui concernant les relations entre les joueurs et entraîneurs, d’une part, et le public, d’autre part. Ces relations commencent d’abord par les incontournables entrevues.
Don’t have anything to say, but will speak anyway
Pourquoi s’intéresser à la langue des entraîneurs et des joueurs, puisqu’il est supposé que ceux-ci ne disent jamais rien d’intéressant et rabâchent toujours les mêmes clichés? Je ne sais pas, mais ces « clichés » sont pourtant religieusement écoutés et scrutés à la loupe match après match par les journalistes et les amateurs. C’est rendu à un point tel que, pendant les arrêts de jeu, les entraîneurs et les joueurs répondent au micro alors qu’ils sont au banc! Leurs propos inintéressants semblent soudainement intéresser beaucoup de monde… Du coup, imaginez que seuls deux joueurs d’une équipe de l’extérieur du Québec puissent s’exprimer en anglais, et que les joueurs vedettes comme les entraîneurs ne puissent s’exprimer qu’en russe. Pensez-vous que les journalistes anglo-saxons suivraient longtemps les exploits de cette équipe? Poser la question, c’est y répondre.
Pour n’importe quelle entreprise et ses représentants, parler la langue de leurs clients et de leur public est une compétence indispensable. Dans les équipes de la LNH, même les joueurs russes sont capables, au bout d’un certain temps, de donner une entrevue en anglais; il n’y a qu’Alexander Semin (Capitals de Washington) qui n’y est parvenu qu’en septembre dernier, au début de sa sixième saison dans la LNH, et cette anomalie n’a pas manqué d’être soulignée à Washington.
Avec le français, il faut faire davantage de compromis. Avec l’internationalisation du hockey de la LNH et la fréquente permutation des joueurs, il est impossible que toute la formation tricolore s’exprime en français; ce ne l’est plus depuis des dizaines d’années, d’ailleurs. De toute façon, ce que la vaste majorité du public veut, c’est davantage de français, pas l’élimination de l’anglais.
La présence du français n’en demeure pas moins essentielle, même chez les joueurs et les entraîneurs. Plusieurs ont parlé de « respect » de la part d’une « institution » qui est « davantage qu’une entreprise », etc. J’ajouterais le plus important : le français fait surtout partie du fonds de commerce des Canadiens. Sous la férule du magicien Ray Lalonde, son service de marketing a exploité à fond la fierté canadienne-française et l’histoire des icônes francophones du Tricolore pour transformer une concession médiocre en formidable machine à sous. La leçon n’a jamais été totalement oubliée, puisque cette même équipe de marketing a été capable de faire apprendre quelques mots de français à Brian Gionta et à Carey Price à l’occasion du tournage d’annonces publicitaires (voir ici les progrès de Price en français).
Les joueurs saltimbanques
Ça fait longtemps qu’on nous répète que le travail des joueurs et des entraîneurs n’est pas de faire des relations publiques, mais de « gââââââââgner ». Pourtant, quand on sort de la bulle montréalaise, on se rend compte qu’ailleurs, les organisations et les joueurs ne ménagent pas leur salive pour séduire le public. Annonces télévisées, vidéos promotionnelles, distribution de billets de saison à la porte par les joueurs, concours et activités de socialisation avec les fans… Ailleurs qu’à Montréal, les joueurs vont à la rencontre de leurs partisans bien plus souvent qu’à l’occasion de la visite annuelle aux hôpitaux pédiatriques. Les Blackhawks de Chicago font rire le public avec leur interprétation loufoque des cantiques de Noël; les Sharks de San Jose dévoilent leurs « talents » professionnels hors de la sphère sportive; les Red Wings de Détroit se font acteurs, le temps du tournage d’annonces télévisées (ici et ici); huit joueurs des Blues de Saint-Louis enregistrent une lecture à voix haute du poème « ’Twas the night before Christmas », et ceux de leurs partisans capables d’identifier dans l’ordre les voix de ces joueurs ont la chance de gagner des billets pour des matchs en janvier. Dans quelle langue se font tous ces efforts de promotion? En anglais, bien sûr.
Bien avant le début de la controverse « Cunneyworth », les apologistes de la Flanelle ont affirmé préférer la compétence à la langue. Belle façon de se fourvoyer : la langue, autant celle de travail que celle du public, fait partie des compétences. Cette donnée fondamentale est souvent oubliée parce que dans presque toute la Ligue nationale de hockey, la langue de travail quotidienne (entraînements, parties, réunions) et la langue de promotion auprès du public est la même, l’anglais. Il n’y a qu’à Montréal (et peut-être bientôt à Québec) que la langue de travail n’est pas la même que celle de la majorité du public. Cet état de fait complique la situation, bien sûr, mais la langue du public n’en demeure pas moins aussi importante que la langue de travail. Grâce au travail monumental de Ray Lalonde et à quelques idoles adulées comme Alex Kovalev et Jaroslav Halák, cette importance a été gommée pendant des années; des joueurs moyens sont devenus des célébrités royales quasiment inaccessibles, tenus en serre chaude par l’organisation. Toutefois, il était inévitable que le voile se déchire tôt ou tard. Si les Canadiens ne veulent pas commencer la saison prochaine dans une fournaise infernale, ils doivent trouver rapidement des solutions.
La fin du déni
Il y a les fausses solutions, bien sûr, comme se reposer sur les sectaires de la Flanelle drapés dans la rectitude politique. Ces apologistes traitent les unilingues francophones d’attardés et les défenseurs du français de racistes et de xénophobes; ils nient la dimension promotionnelle du travail des joueurs et accusent les médias de faire tout un plat avec la langue. Pourtant, les sondages de QMI (Journal de Montréal) et de CROP (La Presse) confirment la colère de la majorité des amateurs face à l’attitude de Tricolore au sujet de la langue française. Ces tentatives de bâillonner les amateurs par la honte ne fonctionnent plus. Les Canadiens ne sont pas un groupe vedette de rock en tournée mondiale. Ils sont une entreprise québécoise dont la majorité de la clientèle est francophone.
Curieusement, les intransigeants des Canadiens affirment qu’ils n’ont pas à s’occuper de la langue française, puisqu’ils sont une entreprise privée. Comme si les entreprises privées présentes au Québec n’avaient aucune responsabilité concernant le français! Nulle entreprise ne peut ignorer le contexte social dans lequel elle évolue. D’un autre côté, chaque partisan qui quitte le Titanic tricolore pour se tourner vers une autre équipe se fait immanquablement traiter de « traître » par ces mêmes fanatiques intraitables, comme si l’« entreprise privée » qu’est le Canadien redevenait tout à coup une religion dont chaque apostat méritait la pendaison.
Voter avec son portefeuille
De plus en plus d’amateurs francophones de hockey, conscients de l’hypocrisie de la haute direction des Canadiens, s’affranchissent de cette pensée unique et offrent leur appui à une autre organisation. Ils observent plusieurs équipes pour diverses raisons : le nombre de francophones (Lighning de Tampa Bay, Penguins de Pittsburgh), la proximité de l’équipe (Sénateurs d’Ottawa, Bruins de Boston), ou même le transfert d’un joueur aimé (Blues de Saint-Louis). D’autres militent pour le retour des Nordiques. Grâce à Internet, à NHL Center Ice et au probable retour des Nordiques, le statut de monopole du Canadien commence à s’effriter, et l’arrogance de sa direction aussi. Puisque les Canadiens n’offrent officiellement plus cette dimension culturelle unique sur laquelle ils ont bâti leur fortune, il est normal que les amateurs soient de plus en plus tentés de « magasiner » ailleurs une équipe qui ne leur tient pas un double langage.
Remplacez votre Molson par une autre bière québécoise
24 août 2010 à 7:10 | Publié dans Non classé | 3 CommentairesTags : Alcan, Alex Kovalev, Anheuser-Busch, Blanche de Chambly, Bleue, Bleue légère, Blues, boycott Molson, Brutopia, Bud Light, Bud Light Lime, Budweiser, Bulldogs, Canadiens, canucks, Edmonton, Festibière, Fin du monde, français, francophones, Geoff Molson, George Gillett, Guy Lévesque, Hamilton, Hydro-Québec, Jaroslav Halák, Jean-François Joannette, Jets, L'amère à boire, Labatt, Les 3 brasseurs, Lightning, Maple Leafs, Marc de Foy, Maudite, Microbrasseries du Québec, Mike Ribeiro, Montréal, Nordiques, Oilers, Pierre Gauthier, Québec, Saint-Louis, Sapporo, Sleeman, SNC-Lavalin, Steve Bégin, Tampa Bay, Toronto, Unibroue, vancouver, Winnipeg

Microbrasseries du Québec, par Jean-François Joannette et Guy Lévesque. Saint-Constant, Éditions Broquet, 2009, 280 p.
Hé bien! Dans mon dernier billet, je commentais l’idée de boycotter Molson d’un point de vue extérieur, tout en mentionnant ma propre contribution. D’après les commentaires reçus, on croirait presque que je suis à la tête du mouvement! Au début, j’ai été un peu piquée, puis je me suis amusée de voir que mon billet dérangeait à ce point. Mes détracteurs m’ont fait comprendre qu’il y avait là une belle occasion de m’amuser avec la controverse.
Je pensais répondre aux objections dans la section des commentaires, mais l’espace requis me fait plutôt opter pour un nouveau billet.
Pourquoi boycotter Molson?
Chacun a ses raisons, mais le motif général est la lassitude de nombreux amateurs des Canadiens de se faire prendre pour acquis par la direction du club et l’impression d’avaler des couleuvres à répétition. Ce peut être :
- l’échange ou l’abandon de joueurs populaires (Mike Ribeiro, Steve Bégin, Alex Kovalev, Jaroslav Halák);
- l’indifférence face au talent francophone et québécois (faible nombre de Québécois et de francophones repêchés ou embauchés, embauche d’un Canadien-anglais comme entraîneur des Bulldogs de Hamilton);
- l’absence d’aide et d’encouragement aux joueurs à apprendre le français;
- la hausse des prix (billets, bière, nourriture);
- toutes ces réponses.
Geoff Molson n’occupe pas encore le poste de président. Pourquoi le prendre pour cible?
Ce n’est pas Geoff Molson personnellement qui est visé, mais toute l’organisation des Canadiens. Même pendant les années où George Gillett était propriétaire, Molson était le commanditaire exclusif de bière des Canadiens, et une section entière de l’amphithéâtre s’appelait déjà la zone Molson Ex.
Si je délaisse la Molson, ne vais-je pas nuire à des travailleurs québécois?
Ça dépend par quelle bière vous la remplacez, si vous la remplacez, bien sûr. Si vous tenez à encourager l’emploi et le savoir-faire québécois, optez pour l’une des dizaines de microbrasseries qui offrent des centaines de marques de bière. Presque toutes les régions du Québec ont un ou plusieurs microbrasseurs. De plus, dans la région de Montréal, de nombreux pubs brassent leur propre bière, dont les 3 brasseurs, L’amère à boire et le Brutopia.
À noter que la brasserie Unibroue a été achetée par Sleeman, elle-même acquise par le brasseur japonais Sapporo. Ça n’enlève rien à la grande réussite québécoise du brasseur de la Maudite, de la Blanche de Chambly et de la Fin du monde. Néanmoins, si vous préférez encourager les brasseurs émergents, vous verrez à votre épicerie locale et dans de nombreux bars que le choix ne manque pas.
Et la Budweiser? N’est-ce pas une bière américaine?
Je mentionnais dans mon dernier billet que la Budweiser est originaire de Saint-Louis, la ville où jouera Jaroslav Halák à partir de la prochaine saison. La Budweiser a été créée par Anheuser-Busch, qui a des liens commerciaux très étroits avec Labatt.
Ce qui est intéressant, c’est qu’au Canada, la Budweiser et la Bud Light (et possiblement la Bud Light Lime) sont fabriquées à la brasserie Labatt de LaSalle.
Enfin, pour répondre à la question de certains, Molson fabriquera bel et bien de la Labatt Bleue et Bleue légère, mais les stocks produits sont entièrement destinés aux États-Unis. L’article mis en hyperlien explique les causes de cette étrange situation, qui découle des fusions d’entreprises de l’industrie de la bière et des lois américaines contre le monopole.
Bref, vous pouvez siroter une Budweiser ou, mieux encore, une bière locale sous le nez de Pierre Gauthier en toute tranquillité : ce seront encore les travailleurs québécois qui en profiteront. Par ailleurs, je rappelle aux partisans du retour des Nordiques que Labatt a donné son appui à un nouvel amphithéâtre à Québec.
Molson et les Canadiens contribuent à l’économie locale en créant des emplois, en achetant à des fournisseurs locaux, en contribuant à des projets communautaires etc. Ne devrions-nous pas leur être reconnaissants?
Félicitations aux Canadiens pour leurs projets communautaires. Cependant, il faut s’enlever de la tête que notre économie et nos emplois dépendent de Molson et des Canadiens. D’abord, les microbrasseries créent aussi de l’emploi et achètent à des fournisseurs locaux; d’ailleurs, la grande majorité des nouveaux emplois sont créés par de petites et moyennes entreprises.
Ensuite, les Canadiens sont plus dépendants de leur public que l’inverse : l’argent que l’amateur ne dépensera plus dans la bière Molson ou les produits des Canadiens seront dépensés ailleurs ou épargnés, ce qui ne ferait pas de tort aux finances personnelles de certains. Les Canadiens, par contre, tirent essentiellement leur survie du public québécois.
Par ailleurs, c’est très louable, les projets communautaires, mais ça n’achète pas au Canadien l’autorisation de se moquer de sa clientèle francophone (lire Marc de Foy à ce sujet) À en lire certains, nous devrions être confits de gratitude devant les dames patronnesses du Bleu-Blanc-Rouge qui sont bien gentilles de nous faire la charité. Sachez d’abord qu’il est devenu courant, voire indispensable, pour toutes les entreprises d’investir dans la communauté. Hydro-Québec, Alcan, SNC-Lavalin, Bombardier et tous les géants commanditent des spectacles, des œuvres de bienfaisance et d’autres projets communautaires. Les Canadiens ne sont pas une exception.
Ajoutons, enfin, que “le CH ne s’est jamais gêné pour envisager le recours à l’aide gouvernementale “: http://bit.ly/9nkNZJ ni pour faire de la publicité déguisée en pédagogie dans les écoles et avec l’aide d’une généreuse subvention du ministère de l’Éducation, à même vos taxes et impôts, s’il-vous-plaît.
Alors la reconnaissance, disons qu’elle devrait se manifester dans les deux sens.
N’y a-t-il pas d’autres causes plus nobles? La politique, l’environnement, la défense du français, la pauvreté?
Certes, mais ce site parle de sport. Qu’est-ce que qui vous dit que je ne m’intéresse pas à d’autres choses en dehors du hockey? Je suis capable de marcher et de mâcher de la gomme en même temps.
Par ailleurs, j’ai milité plusieurs années en politique et je me suis présentée deux fois comme candidate aux élections provinciales, pendant lesquelles j’ai pris la parole sur de nombreux sujets, notamment l’environnement, l’économie, l’éducation, le filet social et le système de santé. J’ai présenté un mémoire à la Commission parlementaire sur l’éducation et j’ai toujours voté. Alors côté implication politique, j’ai probablement une longueur d’avance sur tous mes détracteurs réunis.
Un boycott, est-ce vraiment utile?
On verra bien. Personnellement, j’ai expliqué dans mon dernier billet que, boycott ou pas, je n’étais plus capable d’avaler une bière distribuée par Molson, car j’avais l’impression de remplir les poches de deux entreprises, Molson et les Canadiens, qui rient de leurs clients. Ces entreprises n’auront plus un sou de ma poche, que ce soit chez moi, dans un festival, dans un bar ou n’importe où.
Ça fait des années qu’on entend des appels isolés au boycott de Molson, mais personne ne suit vraiment parce que chacun est isolé et croit que son choix est vain. Si de nombreuses personnes affirment leur choix de délaisser les produits de Molson en faveur d’autres boissons fabriquées ici, alors ces personnes auront l’impression que leur choix fait vraiment une différence.
Lorsque la LNH a voulu absorber la défunte Association mondiale de hockey, elle a d’abord refusé de garder les équipes canadiennes de la Ligue, soit les Oilers d’Edmonton, les Jets de Winnipeg et les Nordiques de Québec, à cause des pressions de leurs concurrents, soit les Canadiens de Montréal, les Maple Leafs de Toronto et les Canucks de Vancouver. Les amateurs des trois équipes en danger ont alors boycotté les produits Molson. Le chiffre d’affaires a chuté, forçant la famille Molson, alors propriétaire des Canadiens, à réviser sa position et à donner son accord à l’inclusion des équipes.
S’il fallait que la sauce prenne, et que de plus en plus de gens se détournent des produits Molson, alors la direction pourrait être forcée de faire des changements. Surtout si Labatt contribue au retour des Nordiques à Québec…
Varia :
- Mon projet avance, mais il n’est pas encore prêt. Il portera sur la langue française et le hockey. Je le présenterai dès que possible, et sûrement avant le début de la saison. Par ailleurs, il est possible que je parle encore de politique au passage, mais je ne ferai plus de chroniques de comparaison entre la politique et le hockey comme je l’ai fait pendant la saison 2009-2010.
- J’ai mon billet pour aller voir les Blues contre les Canadiens à Saint-Louis le 10 mars 2011 (vous pouvez acheter le vôtre au blues.nhl.com. Par ailleurs, les Blues vendent des forfaits pour des groupes de quatre personnes permettant de rencontrer des joueurs de l’équipe. Si ça vous intéresse, faites-moi signe, et je vous mettrai au courant de tous les détails.
- Pour les nouveaux fans du Lightning de Tampa Bay, on ne sait pas encore quand les billets pour les matchs individuels seront en vente. Pour l’instant, seuls les billets de saison sont en vente.
Voulez-vous toujours boycotter les produits Molson?
20 août 2010 à 7:21 | Publié dans Non classé | 2 CommentairesTags : Alex Auld, Anheuser-Busch, Benoît Pouliot, bière, boycott, Budweiser, Canadiens, Carey Price, Cédrick Desjardins, Curtis Sanford, Dominic Moore, Donald Beauchamp, Francis Bouillon, francophones, gardiens, Guy Boucher, Jaroslav Halák, Julien BriseBois, Karri Ramo, Lightning, Ligue américaine de hockey, Martin Biron, Martin St-Louis, Molson, Montréal, Parti québécois, Patrick Lalime, Petteri Simila, Pierre Gauthier, Robert Mayer, Saint-Louis, Simon Gagné, Steve Yzerman, Tampa Bay, Vincent Lecavalier
Un militant du Parti Québécois a déjà dit que son parti avait le don de « s’autopeluredebananiser ». On pourrait dire la même chose de la direction des Canadiens de Montréal. Dans des conditions normales, un échange de deux gardiens de la Ligue américaine de hockey n’aurait pas dû faire tout un tapage. Mais voilà, l’échange de Cédrick Desjardins au Lightning de Tampa Bay a déclenché la fureur de nombreux amateurs parce qu’il touche deux nerfs sensibles du public montréalais que la direction du Canadien a déjà passablement écorchés : les gardiens et la présence francophone et québécoise au sein du Tricolore.
Réglons d’abord deux points. Premièrement, on entend déjà des fins finauds dire que des conditions normales, ça n’existe pas à Montréal, parce que les « fefans » sont chialeux, irrationnels et ignorants. J’ai déjà pris la défense des fans montréalais dans un autre billet : je n’y reviendrai donc pas. Deuxièmement, d’autres raisonneurs mentionnent que Desjardins n’est pas Québécois parce qu’il est né à Edmundston, au Nouveau-Brunswick. Rappelons que Desjardins est né à quelques kilomètres à peine du Québec et a grandi à La Pocatière. D’autre part, ne commençons pas à chipoter sur les détails de québécitude : la table est assez grande pour toute la famille, y compris pour Desjardins, Benoît Pouliot, Francis Bouillon (né à New York) et les autres demi-proto-quasi-Québécois à un détail près.
Feu de poubelle
Pierre Gauthier, le directeur général des Canadiens, a réussi l’exploit de transformer cet échange de club-école en un autre feu de poubelle que le service des communications du Tricolore devra éteindre. Rappelons le contexte. Après avoir échangé Jaroslav Halák, le héros des séries, il a ignoré les offres de Patrick Lalime et de Martin Biron, deux gardiens auxiliaires en quête de contrat, pour embaucher Alex Auld, un gardien auxiliaire aux statistiques comparables à celles deux précédents. De plus, Auld a obtenu un montant supérieur à celui finalement accordé à Biron par les Rangers. Comme Desjardins venait d’écouler une année exceptionnelle chez les Bulldogs de Hamilton (le club-école des Canadiens), les amateurs déçus se sont rabattus sur l’espoir, mince mais existant, qu’il puisse venir livrer concurrence à Price. Desjardins, un jeune homme de 24 ans, est décrit comme travaillant et compétiteur, des qualités également attribuées à Jaroslav Halák.
Dans une entrevue à CKAC, Desjardins a affirmé que lui-même et son agent ont signifié au Canadien que le jeune homme ne pouvait attendre plus longtemps une chance de se faire valoir dans la LNH. Gauthier, qui avait mis sous contrat Auld et Curtis Sanford, l’a envoyé courir sa chance à Tampa Bay. Donald Beauchamp, vice-président aux communications du Canadien, affirme : « C’est comme une faveur que nous faisons à Cédrick Desjardins car Curtis Sanford et Robert Mayer seront nos gardiens avec les Bulldogs de Hamilton cette saison. »
Mais qui Beauchamp croit-il tromper? De toute évidence, Gauthier voulait éviter que les amateurs scandent le nom d’un gardien québécois au Centre Bell dès que Carey Price y accorderait son premier mauvais but. Lorsque Jaroslav Halák, à l’automne dernier, a signifié à Bob Gainey, alors directeur général, du Canadien qu’il voulait jouer davantage ou changer d’équipe, il s’est opposé à une fin de non-recevoir : il constituait une solution de rechange, en cas de défaillance de Carey Price. Après son départ, Cédrick Desjardins est devenu cette solution de rechange. Et soudainement, l’ancien bras droit de Gainey se montre plus généreux envers Desjardins que son prédécesseur envers Halák? Le problème, c’est que si Carey Price flanche, il n’y a plus de gardien à développer à court et à moyen terme. Alex Auld et Curtis Sanford sont vieillissants et ne peuvent mener une équipe aux séries éliminatoires. Robert Mayer et Petteri Simila, les autres gardiens de la pépinière tricolore, sont encore loin de la LNH.
Les Éclairs de Tampa Bay
D’autres détails de cette transaction chicotent. De toutes les équipes de la LNH, fallait-il vraiment que Gauthier accepte l’offre de Tampa Bay, qui est en train de se développer une filière québécoise enviable? Desjardins y a probablement été recommandé par Guy Boucher, son ancien entraîneur à Hamilton et l’actuel entraîneur du Lightning. En plus de Guy Boucher et de ses deux adjoints (tous Québécois), Julien BriseBois, l’ancien DG des Bulldogs, pour seconder Steve Yzerman, le DG du Lightning. De plus, Yzerman a embauché Simon Gagné pour compléter le trio de Vincent Lecavalier et de Martin St-Louis. Gagné est un autre de ces Québécois dont le Canadien a décliné l’offre, cette fois parce qu’il n’y avait plus d’espace sous le plafond salarial. Si vous faites le calcul, en comptant les joueurs et les entraîneurs, Tampa Bay compte plus de Québécois et de francophones que le Canadien. Et les Québécois de Tampa Bay sont meilleurs que ceux de Montréal. Ajoutez-y Dominic Moore, un Ontarien largué par le Tricolore alors qu’il aurait pu lui rendre d’autres fiers services. En quelques semaines à peine dans l’uniforme bleu-blanc-rouge, Moore, qui s’exprime couramment en français, a prouvé son utilité au CH et a gagné l’estime des amateurs en quelques semaines à peine. Pourtant, en septembre, il rejoindra Gagné, Lecavalier et leurs coéquipiers sous le soleil de la Floride.
Au fait, qu’a obtenu le Canadien en retour de Desjardins? Les droits de la LNH sur un gardien finlandais, Karri Ramo, qui joue actuellement en Russie et qui y restera encore pour y écouler la dernière année de son contrat. Il possède une expérience totale de 48 matchs dans la LNH, dans laquelle il n’a rien cassé.
Le retour du chouchou
De plus, la transaction a été conclue et annoncée le jour même de l’anniversaire de Carey Price. Évidemment, plusieurs se sont empressés de relever l’ironie, comme s’il s’agissait d’un autre cadeau au jeune homme pour le conforter dans son statut d’« avenir du Canadien ». Dans le milieu politique, on essaie d’éviter ce genre de coïncidence. Si un ministre avait été en charge de ce dossier, son personnel aurait tout fait pour repousser la transaction d’un jour ou deux. Manifestement, Pierre Gauthier est totalement inconscient de ce genre de détail. Du coup, Donald Beauchamp doit gérer les conséquences rocambolesques que peuvent avoir sur une transaction de club-école des années de mauvaise gestion des gardiens et de la question francophone.
Gauthier aurait voulu faire de Carey Price l’un des joueurs les plus détestés de l’histoire du Canadien qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Comme si ce n’était pas assez, le contrat de Price n’est pas encore conclu, et on chuchote que l’agent du jeune gardien tient la dragée haute à Gauthier, maintenant que son poulain est confirmé seul et unique numéro un, sans concurrent qui soit francophone, talentueux… ou les deux à la fois.
L’ABC du boycott
Alors, voulez-vous toujours boycotter les produits Molson? Parce que si c’est le cas, commencez donc par vous renseigner. Après l’échange d’Halák, j’ai poussé un soupir de lassitude en lisant le commentaire d’un internaute disant que dorénavant, il troquera la Molson pour de la Heineken. Pour son information et pour la vôtre, Molson distribue la Heineken, ainsi que plusieurs autres marques connues au Québec.
De mon côté, je n’ai pas choisi rationnellement de boycotter les bières Molson. Néanmoins, c’est plus fort que moi : quand je vois une bouteille de bière distribuée par Molson, j’ai l’impression de me faire rire de moi. Du coup, il m’est devenu impossible d’avaler une gorgée de leur houblon. Êtes-vous réellement décidé à ne plus verser un sous dans les caisses du commanditaire des Canadiens? Alors vous devrez éviter les bières dont la marque comprend les noms suivants :
- Molson;
- Coors;
- Rickard’s;
- Corona;
- Heineken;
- Miller;
- Black Ice;
- Laurentide;
- O’Keefe’s;
- Tornade;
- quelques autres encore, dont la liste complète se trouve sur ce site.
Cette liste est trop longue à retenir? Vérifiez simplement le nom du distributeur sur l’étiquette ou la boîte. Par ailleurs, comme bière de substitution, je vous recommande toutes les microbrasseries québécoises, ainsi que tout ce qui porte le nom de Bud ou de Budweiser. Pourquoi ces deux dernières marques? Parce qu’elles sont produites par Anheuser-Busch, dont le siège social se trouve à Saint-Louis, le nouveau domicile de Jaroslav Halák.
Halák et ses « fefans » émotifs
24 juin 2010 à 7:30 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireTags : Toronto, Carey Price, Tomas Plekanec, Georges Laraque, Bob Gainey, Scott Gomez, Jaroslav Halák, LNH, Andrei Kostitsyn, Roman Hamrlik, Blues, Flyers, Blackhawks, Chicago, Pierre Gauthier, Ottawa, Sénateurs, Pittsburgh, Penguins, Washington, Capitals, Philadelphie, Maple Leafs, Coupe Stanley, Nordiques, Québec, Saint-Louis, BP, Toyota, Congrès américain, Pavol Demitra, Christer Olsson, Original Six, Trophée du Président, Match des Étoiles, fefans, Francis Bouillon, Dany Dubé, Martin Leclerc, Yvon Pedneault, Scott Burnside, Ken Campbell, Jaroslav Spacek
Depuis l’échange de Jaroslav Halák, on entend de nombreux prétentieux sermonner les partisans en colère qui menacent de se révolter. Ces grands penseurs divisent les fans montréalais en deux classes. Eux-mêmes forment la classe minoritaire : des gens rationnels, sensés, connaisseurs, qui réfléchissent à long terme et approuvent Carey Price comme le seul choix évident. L’autre classe, majoritaire, rassemble les « fefans » émotifs, bipolaires, ignares, chialeux et myopes qui divinisent aveuglément Halák. Je ne reprends pas ici le débat Price-Halák; je dénonce seulement l’arrogance de ceux qui veulent discréditer ou faire taire les amateurs furieux de cet échange.
Je ne vise pas les sincères admirateurs de Price, dont plusieurs ont exprimé leur sympathie à ceux d’Halák parce qu’ils comprennent ce qu’ils auraient eux-mêmes ressenti si leur propre favori avait été échangé. Je ne vise pas les fans qui, contents ou déçus de l’échange, ont choisi de donner le bénéfice du doute à la direction.
Ceux que je dénonce sont les moralisateurs qui portent un jugement sur le commun des mortels dans le seul but de s’en différencier. Leur obsession n’est ni Price, ni Halák, ni même les Canadiens : leur obsession, c’est de s’élever au-dessus de la populace. Ils se servent dans ce but de tout un arsenal de sophismes méprisants, dont voici les principaux :
« Revenez-en, c’est fait! » : Pardon? À peine un mois jour pour jour s’est écoulé depuis l’élimination du Canadien, une semaine depuis l’échange, et il faudrait déjà enterrer au plus sacrant le gardien qui nous a émerveillé de ses exploits, qui nous a impressionnés par sa force de caractère et son humilité? Les fans se font souvent traiter de vire-capot, mais ne vous attendez quand même pas à ce qu’ils digèrent cette décision avant longtemps.
« C’est le choix de l’organisation » : Autrement dit, fermez-la, continuez à remplir le Centre Bell et à acheter des guenilles, parce que de toute façon vous n’avez aucun pouvoir, sauf celui d’ouvrir vos portefeuilles. Une belle attitude de mouton résigné, conséquence directe du monopole malsain des Canadiens de Montréal sur le hockey de la LNH au Québec.
« Ce sont des hommes de hockey, ils savent ce qu’ils font » : Ben oui, mon kiki. Le président de BP connaît aussi son affaire, tout comme celui de Toyota. Ça n’a pas empêché ni l’un ni l’autre d’être convoqués au Congrès américain après que leurs compagnies respectives se soient royalement plantées. Pierre Gauthier est peut-être compétent, mais il n’est pas immunisé contre les erreurs : à titre de directeur-général des Sénateurs d’Ottawa, il a déjà échangé Pavol Demitra aux mêmes Blues de Saint-Louis contre le Suédois Christer Olsson. Après 20 parties, Olsson est rentré en Europe. Demitra a passé six saisons fructueuses avec les Blues avant de poursuivre sa carrière ailleurs. Alors oui, Gauthier peut se planter, tout comme il est arrivé à Bob Gainey de se planter avant lui. Faire aveuglément confiance à la direction, c’est comme donner un chèque en blanc à votre garagiste pour qu’il fasse toutes les réparations qu’il veut sur votre voiture.
« Halák était trop gourmand » : les Canadiens n’ont même pas communiqué avec lui, ni avec son agent. De toute façon, pour ce qu’il a donné et la façon dont il a été traité, Halák avait moralement le droit de leur faire cracher le maximum, ne serait-ce que pour leur apprendre à épeler le mot « respect » en français, en anglais, en slovaque et en douze autres langues au moins.
« La direction du CH ne doit rien aux fans » : celle-la, c’est la meilleure que j’ai lue. Et les millions en profits que l’équipe a empochés, ils sont tombés du ciel? Ils ont poussé dans les arbres? Ramenez une équipe à Québec, et vous allez voir que la direction du CH va se rendre compte qu’après tout, elle doit quelque chose aux fans, si jamais elle voit des gens dans les rues avec des chandails des Nordiques sur le dos et une diminution des cotes d’écoute de ses propres matchs. C’est ce que les Blackhawks de Chicago ont compris lorsque leur aréna s’est vidé, il y a de ça plusieurs années. Et on parle de l’une des Original Six, pas d’une équipe dans le désert.
« Le hockey, c’est une business » : Peut-être, mais la business du sport professionnel, comme celle des arts, c’est de vendre de l’émotion. Et de l’émotion, Halák nous en a fournie à la tonne. D’ailleurs, si les Canadiens sont une business, les partisans sont ses clients. Ces clients peuvent exercer leur jugement. Le marketing a peut-être réussi jusqu’ici à masquer les faiblesses de l’équipe, mais le départ d’un joueur qui a conquis le cœur des partisans sans l’aide du service de marketing risque de changer la donne.
« Vous êtes des émotifs » : Une bonne part de hockey est faite d’émotion. Si nous suivions vos principes, chers cerveaux logiques et rationnels, les Canadiens, cette petite équipe de huitième rang se serait fait balayer par Washington en quatre matchs, non, en trois matchs. C’est ce qu’ont prédit les savants experts. Néanmoins, c’est avec de l’émotion que les Glorieux ont renversé coup sur coup les gagnants du Trophée du Président, puis les champions en titre de la Coupe Stanley. Ils ont été éliminés par une équipe, les Flyers de Philadelphie, qui ont eux-mêmes comblé un déficit de 0-3 dans leur série précédente en puisant dans leurs émotions. Les experts ne font pas foi de tout. Le rôle des experts est de faire des calculs, et celui des joueurs est de défier leurs prédictions. Tout comme Halák a défié tous ceux qui lui ont prédit que sa petite taille et son rang de repêchage le destinaient, au mieux, à une carrière d’honnête auxiliaire. Je suis émotive? Merci du compliment.
« Vous êtes des girouettes » : Cette accusation est dirigée vers les amateurs qui ont voté pour envoyer Price au Match des Étoiles, en janvier 2009, puis l’ont vilipendé quelques mois plus tard. Cet argument est de mauvaise foi : le Match des Étoiles a eu lieu avant que le public ne soit mis au courant des virées nocturnes de Price et de ses habitudes de prima donna. En fait, le public en général a évolué dans un sens plutôt logique, même si Price a payé très cher pour ses erreurs.
« Price est encore là, rallions-nous tous derrière lui, soyez patients avec lui, etc. » : Price ne mérite ni le blâme, ni les huées. Ce n’est pas lui qui a pris la décision d’échanger Halák. D’un autre côté, les amateurs ne sont pas obligés de l’encourager si le cœur ne leur en dit pas. Après tout, l’applaudir revient à approuver l’échange d’Halák. Ordonner aux fans de se rassembler derrière Price ressemble à la stratégie de la cage à homard chère à Jacques Parizeau : laissons un seul choix aux partisans, pour qu’ils soient obligés de s’y faire. Je ne serai pas patiente avec Price et je ne le soutiendrai pas, puisqu’il me laisse maintenant indifférente.
Par ailleurs, les deux joueurs obtenus dans l’échange semblent intéressants et méritent d’être découverts. Le problème, ce n’est pas ce que le Canadien a obtenu, c’est ce qu’il a cédé.
« Si vous êtes pas contents, il y a 29 autres équipes » : c’est en effet une option. Toutefois, ceux qui conservent un sentiment d’appartenance envers le Canadien ont le droit de garder un œil critique et un esprit lucide. Personnellement, j’aime mieux une foule d’amateurs passionnés mais exigeants à un troupeau de moutons dociles et obéissants. Il n’y a que les fans des Maple Leafs de Toronto qui sont assez bêtes pour accepter n’importe quelle forme de médiocrité, pourvu qu’elle soit ornée d’une feuille d’érable bleue.
« Vous êtes des traîtres si vous lâchez les Canadiens » : Cet argument contredit le précédent, mais aucune logique ne freine les spécialistes de la mauvaise foi. D’ailleurs, les Canadiens ne sont pas une armée, et Pierre Gauthier n’est pas notre général. Nombre de partisans aiment l’équipe, mais conservent un goût amer de l’institution avec son marketing débridé, son carrousel d’entraîneurs renvoyés, son indifférence envers le repêchage local et le traitement réservé à certains de ses joueurs (rappelez-vous de Francis Bouillon).
Vous êtes écœurés par l’échange d’Halák? Votre colère est légitime. Ne vous laissez pas marcher sur les pieds par les arrogants qui utilisent les faux arguments ci-dessus. Manifestez ou quittez le navire, mais ne vous sentez pas obligés de vous écraser.
Plusieurs commentateurs (Dany Dubé, Martin Leclerc, Yvon Pedneault, Scott Burnside, Ken Campbell) croient que Gauthier n’aurait pas choisi Price par aveuglément volontaire, mais aurait été coincé par le plafond salarial. Autrement dit, il ne devait pas choisir entre Halák et Price, mais entre Halák et Tomas Plekanec. Ce dernier était moins facile à remplacer, d’où l’échange. Pourquoi ne pas l’avoir dit ouvertement? Parce que le contrat avec Plekanec n’était pas encore conclu. Parce que c’était sans doute moins pire de coller à Price l’étiquette de chouchou que celle de bouche-trou. Enfin, parce que la colère des amateurs se serait tournée vers d’autres hauts salariés de l’équipe, notamment Scott Gomez (7,3 M$), Roman Hamrlik (5,5 M$) et Jaroslav Spacek (3,83 M$). Sans compter le demi-million que le contrat de Georges Laraque enlèvera à la masse salariale pendant encore deux saisons.
De mon côté, tant qu’à taper sur quelqu’un, je choisis Andrei Kostitsyn. Repêché en première ronde la même année où Halák l’a été en neuvième, l’aîné des « frères K » a touché 3,25 M$ cette saison, contre 750 000 $ pour le Slovaque. Si vous faites le calcul, ça veut dire que ce gros jambon a reçu plus du quadruple du salaire de son coéquipier pour pratiquer l’art de patiner en dormant.
Mais la direction du Canadien sait ce qu’elle fait, n’est-ce pas? Ce sont des hommes de hockey, pas vrai?
Misère. La prochaine saison va être longue.
Qui veut noyer Halák l’accuse de la rage
18 juin 2010 à 7:45 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Andrei Markov, échange, Blues, Carey Price, François Gagnon, Jaroslav Halák, Jean-François Bégin, Jeux Olympiques, KHL, L'Actualité, La Semaine, Michael Cammalleri, Pierre Gauthier, Saint-Louis, Sénateurs d'Ottawa, séries éliminatoires, Scott Gomez, Sergei Kostitsyn, spinning, Tomas Plekanec, vuvuzela
En fait, le véritable proverbe est « qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage », de la pièce Les Femmes savantes, de Molière.
Que Jaroslav Halák soit échangé, je peux le concevoir, même si c’est à mes yeux une bourde monumentale. Qu’on veuille faire de Carey Price le gardien d’avenir, je peux le concevoir.
Mais ceux qui prétendent que c’est le bon choix parce que Jaroslav Halák ne voulait pas revenir à Montréal de toute façon, font preuve d’une une ânerie sans fond.
Depuis l’élimination des Canadiens, des soi-disants connaisseurs prétendent qu’Halák ne voulait rien entendre de signer avec Montréal. Ils s’appuient sur sa lassitude vis-à-vis des journalistes pendant les séries éliminatoires. Halák n’a pas été le seul joueur à montrer son impatience devant les médias, une réaction bien normale après six semaines épuisantes de séries éliminatoires.
Pendant dix ans, chaque point de presse d’Andrei Markov lui semblait aussi agréable qu’une séance chez le dentiste. Il a pourtant signé de nouveau avec Montréal, lui qui aurait pu facilement se trouver un poste ailleurs. Scott Gomez a déjà traité les journalistes d’ugly mugs (« bouilles affreuses »). Ça ne l’a pas empêché de professer un enthousiasme sincère envers Montréal, même vers la fin de la saison et pendant les séries. Tomas Plekanec, interrogé sur sa performance décevante en séries, a répliqué avec agacement : « Ai-je été si mauvais? » Plekanec, l’un des agents libres sans compensation les plus convoités, veut pourtant revenir; son agent a récemment déclaré que les négociations entre son client et le Canadien allaient bon train. Un joueur peut aimer Montréal et ses partisans sans être obligé d’aimer les journalistes. Tout le monde n’est pas Michael Cammalleri.
Par ailleurs, on ressort encore cette rumeur stupide voulant qu’Halák ait demandé à être échangé en décembre dernier. Correction : Halák a demandé à jouer davantage, point-barre. Il a dit à l’organisation : faites-moi jouer ou échangez-moi. Ce n’était pas le désir de quitter Montréal, mais celui d’obtenir davantage de temps de glace qui l’a poussé à entreprendre cette démarche.
D’autres internautes lancent qu’Halák était sur le point de signer un contrat avec la KHL, ou encore que son agent a une réputation épouvantable à travers la Ligue, etc. N’en jetez plus, la cour est pleine.
Je ne sais pas si ce sont certains fans finis de Carey Price sont à l’origine de ces rumeurs. Toutefois, je soupçonne une opération de spinning (dorage) pour faire passer la pilule aux amateurs. Puisque le public de Montréal veut « Jaro », essayons de le convaincre que « Jaro » ne voulait pas de Montréal. Même François Gagnon et Jean-François Bégin avaient renchéri en affirmant qu’Halák en avait assez du cirque montréalais. Gagnon en rajoute une couche dans son blogue aujourd’hui. Gagnon est un journaliste consciencieux, mais un commentateur émotif. Partisan des Sénateurs d’Ottawa qui subit les tortures des fans les plus déchaînés des Canadiens, il aime livrer des interprétations douteuses afin de les faire souffrir à leur tour et de leur rendre la monnaie de leur pièce. S’il le pouvait, il accuserait directement les fans d’être responsables du départ d’Halák.
Sauf que certains faits contredisent ces fabulations sur ce que pense Halák de Montréal. Pendant la série contre les Flyers de Philadelphie, le magazine L’Actualité a envoyé un journaliste préparer un reportage sur la famille et le quartier d’enfance de Halák. Le reportage et les commentaires de ses parents ne laissent aucunement croire qu’Halák était malheureux à Montréal. Peu de temps avant ces déclarations, le gardien lui-même avait accepté de donner une entrevue exclusive parue dans le magazine La Semaine, une décision que l’on prend lorsqu’on veut soigner ses relations avec le public. Ce n’est pas exactement le genre de comportement de quelqu’un qui veut fuir à tout prix.
Numéro un, à Montréal ou ailleurs
Absolument rien ne prouve que Jaroslav Halák voulait quitter Montréal. Ce qu’il voulait, c’est un poste de numéro un. Souhaitons-lui la meilleure des chances avec les Blues de Saint-Louis. Il sera superbe dans son nouvel uniforme bleu.
Bien sûr, Halák, au centre de rumeurs d’échange depuis quelques années, était préparé à cette possibilité. Rester à Montréal n’était certainement pas une question de vie ou de mort pour lui. Toutefois, prétendre qu’il voulait prendre les jambes à son cou est une manœuvre odieuse destinée à faire taire ses admirateurs consternés et furieux de son départ.
Pierre Gauthier lui-même a affirmé que le jeune homme aimait Montréal et sa communauté. Accordons à Gauthier le mérite d’assumer pleinement sa décision : il a choisi Price. Il n’a pas tenté de trouver des prétextes et il semble prêt à vivre avec la colère des nombreux fans montréalais. C’est tout à son honneur.
Price meilleur… devant les médias
Parlons maintenant de Carey Price, qui n’a apparemment plus personne pour lui disputer son trône. Il a du potentiel, soit. Il a pris de la maturité, d’accord. D’ailleurs, je dédie une baffe à tous les imbéciles qui le hueront au Centre Bell la saison prochaine, à moins qu’il n’envoie un doigt d’honneur au public.
Certains vont trop loin en garantissant déjà que Price sera assurément à la hauteur. Ces fans finis prétendent que Price est fin prêt parce qu’il a démontré de la maturité devant les journalistes. Price veut davantage demeurer à Montréal que son collègue slovaque, selon François Gagnon, parce qu’il compose mieux avec l’attention qu’on lui porte. Comprendre : il a mieux « performé » devant les journalistes.
Cet argument au sujet des médias me fait décrocher la mâchoire. Depuis des années, on nous serine qu’un joueur doit être choisi pour son talent et non pour son aisance avec les médias. Des journalistes et des amateurs ont voulu nous vendre Markov comme capitaine, malgré son peu d’aisance devant les médias, en nous jurant que jamais, au grand jamais, un capitaine n’a eu pour rôle de représenter l’équipe auprès des médias. Pour la même raison, ces mêmes journalistes et amateurs ont pris la défense de Saku Koivu, qui ne parlait toujours pas français devant les médias presque dix ans après être devenu capitaine.
Et maintenant, on veut nous faire gober qu’il est normal de sacrifier un gardien accompli, travailleur, dévoué et aimé de ses coéquipiers et du public, un gardien qui a joué les héros devant les puissants Capitals de Washington et les Penguins de Pittsburgh, sous prétexte qu’il n’a pas fait preuve d’assez de chaleur devant les médias? Tant de mauvaise foi me révolte.
Oh, mais il faut ajouter que Price a pris de la maturité. La preuve, c’est qu’il a grondé Sergei Kostitsyn lorsqu’il a quitté l’entraînement avant la fin. Excusez-moi, pardon. La preuve est entendue, Price deviendra un grand gardien, que dis-je, une légende, et mènera les Canadiens à la Coupe Stanley, puisqu’il a été capable de remettre Kostitsyn à sa place.
Les dés encore pipés en faveur de Price
Si je fais de l’ironie, ce n’est pas pour rabaisser le potentiel de Price. Néanmoins, comme disent les anglophones, « the proof is in the pudding »; on juge quelqu’un par ses résultats et non par ses promesses. Certes, Price n’est plus le jeunot immature qu’il était à son arrivée à Montréal. Si Halák n’avait pas été là, j’aurais parié sur lui. Mais voilà, Halák est devenu une valeur sûre, beaucoup plus sûre que Price en tout cas. Price n’a pas mené son équipe à la troisième ronde des éliminatoires en passant par dessus les récipiendaires du trophée du Président et les champions en titre de la Coupe Stanley. Price n’a pas surpris tous les experts aux Jeux Olympiques en traînant son équipe nationale jusqu’au pied du podium. De plus, à son dernier départ sur la glace, le seul endroit qui compte, Price a démontré toute l’étendue de sa maturité… en écopant de deux stupides pénalités pour conduite antisportive. Alors sa maturité, mettons que je mets encore un gros point d’interrogation dessus.
J’insiste : le problème n’est pas d’avoir gardé Price, mais d’avoir sacrifié Halák pour lui. Price n’est pas un deux de pique, bien au contraire. Néanmoins, ceux qui disent que c’est garanti avec Price, qu’il deviendra un dieu sur patins à l’âge de 25 ou 26 ans, gardez-vous une petite gêne, je vous prie. Attendez qu’il se soit bâti une fiche respectable de victoires, de pourcentages d’arrêts et de nombres de buts accordés par match, en plus de se comporter sagement sur la patinoire et à l’extérieur. À ce moment-là, il sera passé de gardien prometteur à gardien confirmé.
En préférant Price à Halák, Pierre Gauthier a sacrifié un gros « oui » pour miser sur un énorme « peut-être ». De plus, il a déclaré avoir assuré à Price qu’il serait de retour l’automne prochain. Sur ce point, il aurait mieux fait de se taire : en confirmant que les dés était déjà pipés en faveur de Price, Gauthier vient de lui recoller l’étiquette de « chouchou » dont le jeune homme a eu tant de peine à se débarrasser. Toute vérité n’est pas bonne à dire. C’est peut-être ce qui m’enrage véritablement : encore une fois, Halák a été traité non pas comme un joueur utile pour le Canadien, mais comme un obstacle à la progression de Price. Espérons que ce dernier fera preuve de plus d’habileté que son directeur général pour se gagner l’estime des partisans.
Bon, je vous laisse, je me magasine une vuvuzela sur Internet pour aller en jouer sous les fenêtres de Pierre Gauthier.
Départ de Bob Gainey – L’usure du temps
9 février 2010 à 3:21 | Publié dans Non classé | 3 CommentairesTags : Alex Kovalev, Bob Gainey, Carey Price, Don Lever, Georges Laraque, Guy Boucher, Jaroslav Halák, Pierre Gauthier, Scott Gomez, Trevor Timmins
À l’occasion du départ de Bob Gainey de son poste de directeur général, je laisse momentanément de côté ma formule habituelle de chronique pour vous livrer mon opinion sur le sujet, en espérant que vous y trouviez un certain intérêt.
Lorsqu’il est temps d’évaluer le travail qu’un dirigeant accomplit à son poste, il faut faire la différence entre le respect qui lui conféré et la confiance qui lui est accordée. Le cas de Bob Gainey permet de faire la démonstration de cette différence. M. Gainey devait quitter son poste, non pas parce qu’il n’avait pas le respect de la plupart des partisans, mais parce qu’il n’en avait plus la confiance. La nouvelle de son départ ne surprend à peu près personne, si ce n’est qu’elle survient plus tôt que prévu.
On peut féliciter M. Gainey d’avoir survécu tant d’années dans un rôle aussi critiqué que celui de directeur général des Canadiens de Montréal, lui qui est demeuré plus longtemps en poste que plusieurs premiers ministres et de nombreux ministres. Les directeurs généraux et les entraîneurs subissent le même phénomène que les politiciens, celui de l’usure du pouvoir. Probablement nul autre que Bob Gainey lui-même ne sait avec certitude quel effet a eu sur lui la disparition de sa fille, mais même sans ce drame, la stagnation de l’équipe aurait eu raison de la bonne volonté de n’importe qui.
Quelques réussites
Bob Gainey n’a pas fait que des mauvais coups. Il a obtenu Alex Kovalev, qui, à défaut de travailler à plein régime, a fait les délices de nombreux amateurs de prouesses sur la glace. Il a acquis des joueurs qui ont rendu de fiers services, comme Josh Gorges, Robert Lang, Mathieu Schneider et Glen Metropolit. Ajoutons-y l’échange Pouliot-Latendresse et l’acquisition de Marc-André Bergeron, qui ont apporté un soutien déterminant au Tricolore. Enfin, l’embauche de Guy Boucher chez les Bulldogs de Hamilton a radicalement transformé le développement des espoirs du Canadien.
C’est surtout le culot de Gainey qui force l’admiration. Excusez la crudité de l’image, mais il fallait des couilles grosses comme des pamplemousses et dures comme le béton pour mettre Alex Kovalev deux jours au « repos » tout en le gardant au sein de l’équipe, renvoyer Guy Carbonneau cinq semaines après avoir déclaré que son embauche était son meilleur coup, dynamiter son propre plan quinquennal en laissant aller des joueurs établis comme Kovalev et Saku Koivu, signer sept nouveaux joueurs en même temps et mettre Georges Laraque à la porte en plein milieu de la saison. Grosses et dures, je vous dis.
La décision la plus risquée de M. Gainey fut d’acquérir Scott Gomez et son lourd contrat en échange de Chris Higgins, le fêtard le plus incorrigible de l’équipe. L’idée de Gainey était de réunir Gomez et Brian Gionta, deux anciens complices des Devils, pour ensuite attirer d’autres joueurs. On sait que l’arrivée de Gomez a eu une influence sur Brian Gionta, peut-être pas autant que le salaire accordé, mais une certaine influence quand même. Il est probable que la signature de ces deux vétérans ait pu rassurer Michael Cammalleri sur le sérieux du Canadien et le convaincre de signer, toujours avec l’appui d’une offre salariale alléchante. Une fois ce noyau d’attaquants dans son panier, Bob Gainey a pu se tourner vers le marché des défenseurs. Scott Gomez n’a peut-être pas provoqué un effet domino aussi automatique qu’on le croit, mais il a donné le coup d’envoi d’un remodelage majeur de l’équipe. Aujourd’hui, le « pari Gomez » ressemble à un gâteau à moitié levé, mais quand même mangeable. Même si le rendement des Glorieux demeure discutable, l’équipe est, selon le témoignage de Georges Laraque lui-même, beaucoup plus unie que celle de l’an passée, et ne fait plus honte à ses partisans en dehors de la glace.
De nombreux échecs
Malgré ces points positifs, la liste des déceptions s’avère longue, trop longue. On n’a qu’à penser aux échanges de Mike Ribeiro et de Steve Bégin ainsi qu’aux congédiements de Claude Julien et de Guy Carbonneau, qui ont laissé l’image d’une organisation à la merci de ses joueurs. À son habitude de ne pas renégocier de contrat avant la fin de la saison, ce qui a causé entre autres le départ de Mark Streit. Aux contrats onéreux accordés à Georges Laraque, à Hal Gill, à Jaroslav Spacek et à Roman Hamrlik, malgré l’apport certain de celui-ci à la défense. À l’absence quasi-totale de défenseurs droitiers. Au manque d’encadrement des jeunes joueurs, dont les débordements en dehors de la patinoire ont entaché la saison du Centenaire.
On ne sait pas encore avec certitude si le renouvellement de l’équipe est déficient à cause d’un mauvais repêchage ou d’un mauvais développement, mais comme ces deux volets relèvent du directeur général, cet échec doit être ajouté au bilan de M. Gainey. Pendant des années, Trevor Timmins, le dépisteur en chef, a été mis au banc des accusés, jusqu’à ce que Don Lever, ami de M. Gainey et entraîneur des Bulldogs de Hamilton pendant quatre ans, soit remplacé par Guy Boucher. Les jeunes se sont soudainement mis à progresser. Le jeune Mathieu Carle a déclaré : « J’en ai plus appris en six semaines avec Guy Boucher que lors des deux saisons précédentes ». Du coup, on s’interroge sur la responsabilité de M. Lever dans le plafonnement de choix de première ronde comme Kyle Chipchura et Max Pacioretty.
Enfin, parlons de la désastreuse gestion des gardiens de buts. Le choix de Carey Price plutôt que d’un gros centre, au repêchage de 2005, peut très bien se défendre. Price aurait très bien pu devenir un grand gardien pour le Canadien, si les décisions douteuses de Gainey n’avaient pas compromis son développement. En déroulant le tapis rouge à son protégé et en le couronnant numéro un sans le faire passer par les étapes requises, Bob Gainey a privé Price d’une préparation adéquate pour le rôle difficile auquel il le destinait. En le qualifiant de « pur-sang » et en le défendant becs et ongles contre la moindre critique de la presse et des fans, il n’a fait que retourner ceux-ci encore davantage contre le jeune homme. En multipliant les injustices envers Jaroslav Halák, il a renforcé la détermination de ce dernier, mettant ainsi la table pour l’énième chapitre de l’amère controverse des gardiens, qui divise encore aujourd’hui les partisans et les commentateurs.
Encore aujourd’hui, Carey Price se cherche, tandis que Jaroslav Halák se demande quelles acrobaties doit-il encore accomplir pour être enfin reconnu comme un véritable numéro un. Price n’est peut-être pas le seul gardien jeté trop tôt dans la fosse aux lions : son collègue Steve Mason, des Blue Jackets de Colombus, connaît lui aussi une seconde année difficile, et les contre-performances de son équipe ont coûté le poste de l’entraîneur Ken Hitchcock. Ondrej Pavelec, à Atlanta, vit lui aussi un ressac après des débuts éblouissants. En faisant patienter Jaroslav Halák aussi longtemps dans le rôle de second, Bob Gainey lui aurait-il rendu service sans s’en rendre compte?
Amateurs désabusés
Quoiqu’il en soit, malgré le respect que mérite l’ancien numéro 23 et le courage dont il a fait preuve dans l’exercice de son poste, Bob Gainey, par une longue série d’erreurs, a perdu la confiance des amateurs. Je ne parle pas ici de l’habituelle confrérie de grognons qui veulent mettre tout le personnel à la porte après deux défaites, accompagnée de l’autre cohorte de bien-pensants qui se croient meilleurs que tout le monde en accusant les méchants journalistes et les partisans hystériques d’avoir eu la tête du directeur général. Je parle de la moyenne des ours, de l’ensemble des fans, déçus du plan quinquennal, déçus du jeune gardien qui tarde à grandir, déçus des nombreux échanges à perte, déçue de la stagnation de l’équipe, année après année. À peu près plus personne ne croyait à ses promesses, même s’il a fait de son mieux pour les remplir. Il mérite le respect, mais a fait son temps. Il n’était plus l’homme de la situation.
Et la vie continue…
Avec la venue de Pierre Gauthier, de nombreux internautes se sont plaints que la direction jetait de la poudre aux yeux, puisque cet adjoint de Bob Gainey a la même philosophie de travail. « Quatre trente sous pour une piastre », commente-t-on, d’autant plus que l’ex-directeur général devient maintenant « conseiller spécial ». Attendons, on ne sait jamais; peut-être que Pierre Gauthier va prendre son temps avant d’orienter l’équipe selon son propre style. De toute façon, l’heure n’est pas aux grands chambardements.
Je vous surprendrai peut-être en affirmant que le départ de Bob Gainey est une bonne nouvelle pour Carey Price. Depuis longtemps, le jeune homme traîne l’étiquette de « chouchou à Gainey ». Enfin, il sera en mesure de prouver sa valeur sans équivoque, et ne pourra plus se faire accuser de favoritisme chaque fois qu’il sera renvoyé devant le filet. Le traitement royal dont il bénéficiait pendant l’ère Gainey lui était devenu un lourd fardeau.
On ne peut savoir avec certitude si Bob Gainey a choisi le moment de son départ ou s’il a été « démissionné », pour reprendre l’expression chère aux politiciens. Cependant, ce départ à quelques semaines de la date limite des transactions est troublant. M. Gainey se doute-t-il que le marché des transactions ne lui offre que peu d’options? Après les transferts étonnants de Dion Phaneuf et de Jean-Sébastien Giguère à Toronto, ainsi que d’Ilya Kovalchuk au New Jersey, Gainey craignait-il de se faire reprocher de ne pas pouvoir accomplir de coups aussi fumants? Voulait-il s’épargner cette dernière humiliation? De toute façon, il ne sert plus à rien de poser la question. Mieux vaut continuer d’encourager l’équipe, qui se bat toujours pour accéder aux séries. Encore une fois.
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