Voulez-vous toujours boycotter les produits Molson?

20 août 2010 à 7:21 | Publié dans Non classé | 2 Commentaires
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Image promotionnelle de Budweiser, récupérée au http://popsop.com/28000

Un militant du Parti Québécois a déjà dit que son parti avait le don de « s’autopeluredebananiser ». On pourrait dire la même chose de la direction des Canadiens de Montréal. Dans des conditions normales, un échange de deux gardiens de la Ligue américaine de hockey n’aurait pas dû faire tout un tapage. Mais voilà, l’échange de Cédrick Desjardins au Lightning de Tampa Bay a déclenché la fureur de nombreux amateurs parce qu’il touche deux nerfs sensibles du public montréalais que la direction du Canadien a déjà passablement écorchés : les gardiens et la présence francophone et québécoise au sein du Tricolore.

Réglons d’abord deux points. Premièrement, on entend déjà des fins finauds dire que des conditions normales, ça n’existe pas à Montréal, parce que les « fefans » sont chialeux, irrationnels et ignorants. J’ai déjà pris la défense des fans montréalais dans un autre billet : je n’y reviendrai donc pas. Deuxièmement, d’autres raisonneurs mentionnent que Desjardins n’est pas Québécois parce qu’il est né à Edmundston, au Nouveau-Brunswick. Rappelons que Desjardins est né à quelques kilomètres à peine du Québec et a grandi à La Pocatière. D’autre part, ne commençons pas à chipoter sur les détails de québécitude : la table est assez grande pour toute la famille, y compris pour Desjardins, Benoît Pouliot, Francis Bouillon (né à New York) et les autres demi-proto-quasi-Québécois à un détail près.

Feu de poubelle

Pierre Gauthier, le directeur général des Canadiens, a réussi l’exploit de transformer cet échange de club-école en un autre feu de poubelle que le service des communications du Tricolore devra éteindre. Rappelons le contexte. Après avoir échangé Jaroslav Halák, le héros des séries, il a ignoré les offres de Patrick Lalime et de Martin Biron, deux gardiens auxiliaires en quête de contrat, pour embaucher Alex Auld, un gardien auxiliaire aux statistiques comparables à celles deux précédents. De plus, Auld a obtenu un montant supérieur à celui finalement accordé à Biron par les Rangers. Comme Desjardins venait d’écouler une année exceptionnelle chez les Bulldogs de Hamilton (le club-école des Canadiens), les amateurs déçus se sont rabattus sur l’espoir, mince mais existant, qu’il puisse venir livrer concurrence à Price. Desjardins, un jeune homme de 24 ans, est décrit comme travaillant et compétiteur, des qualités également attribuées à Jaroslav Halák.

Dans une entrevue à CKAC, Desjardins a affirmé que lui-même et son agent ont signifié au Canadien que le jeune homme ne pouvait attendre plus longtemps une chance de se faire valoir dans la LNH. Gauthier, qui avait mis sous contrat Auld et Curtis Sanford, l’a envoyé courir sa chance à Tampa Bay. Donald Beauchamp, vice-président aux communications du Canadien, affirme : « C’est comme une faveur que nous faisons à Cédrick Desjardins car Curtis Sanford et Robert Mayer seront nos gardiens avec les Bulldogs de Hamilton cette saison. »

Mais qui Beauchamp croit-il tromper? De toute évidence, Gauthier voulait éviter que les amateurs scandent le nom d’un gardien québécois au Centre Bell dès que Carey Price y accorderait son premier mauvais but. Lorsque Jaroslav Halák, à l’automne dernier, a signifié à Bob Gainey, alors directeur général, du Canadien qu’il voulait jouer davantage ou changer d’équipe, il s’est opposé à une fin de non-recevoir : il constituait une solution de rechange, en cas de défaillance de Carey Price. Après son départ, Cédrick Desjardins est devenu cette solution de rechange. Et soudainement, l’ancien bras droit de Gainey se montre plus généreux envers Desjardins que son prédécesseur envers Halák? Le problème, c’est que si Carey Price flanche, il n’y a plus de gardien à développer à court et à moyen terme. Alex Auld et Curtis Sanford sont vieillissants et ne peuvent mener une équipe aux séries éliminatoires. Robert Mayer et Petteri Simila, les autres gardiens de la pépinière tricolore, sont encore loin de la LNH.

Les Éclairs de Tampa Bay

D’autres détails de cette transaction chicotent. De toutes les équipes de la LNH, fallait-il vraiment que Gauthier accepte l’offre de Tampa Bay, qui est en train de se développer une filière québécoise enviable? Desjardins y a probablement été recommandé par Guy Boucher, son ancien entraîneur à Hamilton et l’actuel entraîneur du Lightning. En plus de Guy Boucher et de ses deux adjoints (tous Québécois), Julien BriseBois, l’ancien DG des Bulldogs, pour seconder Steve Yzerman, le DG du Lightning. De plus, Yzerman a embauché Simon Gagné pour compléter le trio de Vincent Lecavalier et de Martin St-Louis. Gagné est un autre de ces Québécois dont le Canadien a décliné l’offre, cette fois parce qu’il n’y avait plus d’espace sous le plafond salarial. Si vous faites le calcul, en comptant les joueurs et les entraîneurs, Tampa Bay compte plus de Québécois et de francophones que le Canadien. Et les Québécois de Tampa Bay sont meilleurs que ceux de Montréal. Ajoutez-y Dominic Moore, un Ontarien largué par le Tricolore alors qu’il aurait pu lui rendre d’autres fiers services. En quelques semaines à peine dans l’uniforme bleu-blanc-rouge, Moore, qui s’exprime couramment en français, a prouvé son utilité au CH et a gagné l’estime des amateurs en quelques semaines à peine. Pourtant, en septembre, il rejoindra Gagné, Lecavalier et leurs coéquipiers sous le soleil de la Floride.

Au fait, qu’a obtenu le Canadien en retour de Desjardins? Les droits de la LNH sur un gardien finlandais, Karri Ramo, qui joue actuellement en Russie et qui y restera encore pour y écouler la dernière année de son contrat. Il possède une expérience totale de 48 matchs dans la LNH, dans laquelle il n’a rien cassé.

Le retour du chouchou

De plus, la transaction a été conclue et annoncée le jour même de l’anniversaire de Carey Price. Évidemment, plusieurs se sont empressés de relever l’ironie, comme s’il s’agissait d’un autre cadeau au jeune homme pour le conforter dans son statut d’« avenir du Canadien ». Dans le milieu politique, on essaie d’éviter ce genre de coïncidence. Si un ministre avait été en charge de ce dossier, son personnel aurait tout fait pour repousser la transaction d’un jour ou deux. Manifestement, Pierre Gauthier est totalement inconscient de ce genre de détail. Du coup, Donald Beauchamp doit gérer les conséquences rocambolesques que peuvent avoir sur une transaction de club-école des années de mauvaise gestion des gardiens et de la question francophone.

Gauthier aurait voulu faire de Carey Price l’un des joueurs les plus détestés de l’histoire du Canadien qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Comme si ce n’était pas assez, le contrat de Price n’est pas encore conclu, et on chuchote que l’agent du jeune gardien tient la dragée haute à Gauthier, maintenant que son poulain est confirmé seul et unique numéro un, sans concurrent qui soit francophone, talentueux… ou les deux à la fois.

L’ABC du boycott

Alors, voulez-vous toujours boycotter les produits Molson? Parce que si c’est le cas, commencez donc par vous renseigner. Après l’échange d’Halák, j’ai poussé un soupir de lassitude en lisant le commentaire d’un internaute disant que dorénavant, il troquera la Molson pour de la Heineken. Pour son information et pour la vôtre, Molson distribue la Heineken, ainsi que plusieurs autres marques connues au Québec.

De mon côté, je n’ai pas choisi rationnellement de boycotter les bières Molson. Néanmoins, c’est plus fort que moi : quand je vois une bouteille de bière distribuée par Molson, j’ai l’impression de me faire rire de moi. Du coup, il m’est devenu impossible d’avaler une gorgée de leur houblon. Êtes-vous réellement décidé à ne plus verser un sous dans les caisses du commanditaire des Canadiens? Alors vous devrez éviter les bières dont la marque comprend les noms suivants :
- Molson;
- Coors;
- Rickard’s;
- Corona;
- Heineken;
- Miller;
- Black Ice;
- Laurentide;
- O’Keefe’s;
- Tornade;
- quelques autres encore, dont la liste complète se trouve sur ce site.

Cette liste est trop longue à retenir? Vérifiez simplement le nom du distributeur sur l’étiquette ou la boîte. Par ailleurs, comme bière de substitution, je vous recommande toutes les microbrasseries québécoises, ainsi que tout ce qui porte le nom de Bud ou de Budweiser. Pourquoi ces deux dernières marques? Parce qu’elles sont produites par Anheuser-Busch, dont le siège social se trouve à Saint-Louis, le nouveau domicile de Jaroslav Halák.

Les racistes (André Boisclair/fans de P.K. Subban)

12 avril 2010 à 7:00 | Publié dans Chroniques politiques | 2 Commentaires
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Pardon à tous les habitués de mes billets pour ce long hiatus. Pour ceux qui ne connaissent pas le concept, mon blogue porte sur la politique et le hockey, et compare des incidents de ces deux univers pour relever ce qu’ils ont en commun. Voir mes précédents billets pour comprendre.
J’avoue que la motivation m’a manqué depuis les Jeux Olympiques. Cependant, comme nos CHéris n’ont que peu de chances devant les Caps (mais gardons la foi), je dois me hâter de publier mes derniers billets avant le fin de la valse du printemps. En effet, j’ai l’intention de me pencher sur un autre projet dont je vous reparlerai bientôt.

On a vu, dans le débat sur les accommodements raisonnables, comment le contexte culturel et social peut modifier considérablement le jugement que l’on porte sur un incident. Dans la culture francophone, faire référence aux stéréotypes physiques propres à une ethnie est généralement vu comme un manque de tact, voire même de jugement; dans la culture canadienne anglaise, c’est directement perçu comme du racisme. Ces différences culturelles peuvent causer des malentendus dans le monde de la politique comme dans celui du hockey.

Les « yeux bridés »

En 2007, lors d’un discours devant les étudiants de l‘Université du Québec à Trois-Rivières, André Boisclair, alors chef du Parti québécois, a vanté l’ardeur et l’engagement des Asiatiques dans leurs études. Lorsqu’il était à l’Université Harvard, a-t-il dit, le tiers des étudiants qu’il côtoyait avaient les « yeux bridés ». En voulant applaudir les Asiatiques, il s’est plutôt attiré des problèmes avec les médias canadiens-anglais, qui ont traduit l’expression par « slanted eyes ». Cette expression anglaise, contrairement à son équivalent français, a une connotation péjorative; au malentendu culturel s’est ajouté une difficulté de traduction. Évidemment, de nombreux Canadiens anglais en ont profité pour vomir une autre vague de fiel sur le Québec en général et sur les souverainistes en particulier. Pendant que de nombreux chroniqueurs anglophones accusaient carrément Boisclair d’insensibilité, voire même de racisme, il était défendu par plusieurs commentateurs francophones et même par ses adversaires politiques québécois, Jean Charest et Mario Dumont. Aux yeux de la plupart des Québécois, André Boisclair a simplement utilisé une figure de style pour faire référence à une minorité visible dans le but de la louanger. Encore une fois, les deux solitudes ont montré le fossé qui les séparait.

L’affaire Subbanator

Photo d'Eric Bolte, reprise sur le blogue Sexe, sports & rock 'n roll, sur Canoë.ca

Le 11 mars dernier, pendant un match entre les Canadiens et les Oilers au Centre Bell, la caméra de RDS s’est arrêtée pendant plusieurs secondes sur deux spectateurs. La figure barbouillée de noir, une perruque afro sur la tête et un chandail sur le dos avec le logo du Tricolore et le mot « Subbanator », les deux fans soulevaient une pancarte demandant où était leur idole, le jeune défenseur noir P.K. Subban. Celui-ci, qui était venu en renfort pendant deux matchs pour le Tricolore et avait ébloui la foule montréalaise, était ensuite retourné aux Bulldogs de Hamilton.  L’accoutrement de ses deux admirateurs a indigné de nombreux anglophones : l’affaire a été discutée sur Team 990, et un blogueur de Toronto a fait tout un scandale sur le dos des infâmes partisans du CH, appuyé par d’autres blogueurs du Canada anglais. Au banc des accusés : les employés du Centre Bell, qui ont laissé entrer ces deux monstres d’insensibilité, le caméraman de RDS qui les a filmés, ainsi que les animateurs Pierre Houde et Benoît Brunet, qui n’ont pas relevé le racisme manifeste de cet accoutrement. De plus, la photo des deux spectateurs a passé sur le blogue du journaliste Benoît Rioux, de Canoë, sans soulever de tollé parmi les lecteurs francophones; le Sportnographe s’est contenté de faire du sarcasme en commentant que les fans de P.K. Subban « ont de la grosse classe ». Cette indifférence, aux yeux de nombreux partisans des Maple Leafs, ne peut évidemment s’expliquer que d’une seule façon : les partisans des Canadiens et les Québécois en général sont racistes, ignorants et stupides.

À première vue, on peut juger que le déguisement de ces deux hommes est simplement ridicule, stéréotypé et d’un goût douteux. Néanmoins, pourquoi le caractère « offensant », si évident aux yeux des anglophones, a échappé aux employés du Centre Bell, au personnel de RDS, à Benoît Rioux et aux gens du Sportnographe? Pour répondre à cette question, il faut s’arrêter un moment et parler d’un épisode de l’histoire culturelle de l’Amérique anglo-saxonne qui n’a pratiquement jamais franchi la barrière linguistique au Québec : les « minstrel shows ». Jusqu’aux années 1950, des Blancs montaient des spectacles dans lesquels, le visage noirci, ils jouaient des personnages noirs dotés des pires stéréotypes : ignorants, stupides, superstitieux… Ces spectacles ont laissé un souvenir douloureux dans la mémoire collective américaine, qui a fait de « blackface » un terme péjoratif en anglais, une injure aussi grave que le mot commençant par la lettre N. Pour avoir une idée de l’héritage des « minstrel shows » et des « blackfaces » dans la culture américaine, je vous recommande le film Bamboozled, de Spike Lee.

Il y a quelques années à peine, dans le Québec quasiment isolé de ce phénomène, des humoristes blancs, lorsqu’ils personnifiaient des célébrités noires, se peignaient encore le visage en brun foncé et arboraient des perruques crépues. Les « minstrel shows » sont tellement inconnus dans la Belle Province que les termes « minstrel » et « blackface » n’ont même pas d’équivalents en français. Pas étonnant, donc, que les deux admirateurs de Subban aient commis ce faux pas en toute innocence (dans les deux sens du terme). Par ailleurs, ils ne sont pas les seuls : dans son édition d’octobre 2009, l’édition française du magazine Vogue a publié des photos du mannequin néerlandais Lara Stone, blanche et blonde, maquillée en noire. Alors que le président de l’organisme français SOS Racisme s’est contenté de taper le magazine sur les doigts pour son manque de tact, d’autres regroupements noirs français, mais aussi des commentateurs américains, ont carrément parlé de racisme.

Lara Stone pour le Vogue France d'octobre 2009. Photo reprise du blogue Jezebel.com

Quand un même incident est analysé dans des contextes culturels aussi différents, il est normal que la controverse s’installe. Il devient encore plus difficile de dissiper les malentendus lorsque certaines personnes, sous des dehors vertueux, profitent de l’occasion pour rabaisser et diaboliser des gens qu’elles méprisent. Le « Quebec bashing » a encore un excellent fond de commerce au Canada anglais. D’un autre côté, l’humour gras et facile qui a tant de succès au Québec le rend parfois vulnérable aux accusations de racisme et d’insensibilité. Rappelons le Bye Bye 2008 : des comédiens y ont interprété l’animateur Denis Lévesque débitant à Barack Obama des énormités vulgaires sur les Noirs. Le but était de ridiculiser Lévesque, et non Obama. Néanmoins, les blagues de mauvais goût se sont retournées contre les producteurs de l’émission, qui ont reçus des centaines de plaintes.

Dans l’affaire Subbanator, le mot de la fin revient à l’hilarant Mike Boone, de Habs Inside/Out, qui a fait une remarque piquante sur ces deux fans un peu trop enthousiastes de P.K. Subban : [traduction] « bannissez ces bouffons de l’aréna, ou bien renommez-le le Centre Jolson ». Boone fait ici un jeu de mots avec le Centre Molson (l’ancien nom du Centre Bell) et Al Jolson, l’artiste américain dont le nom est devenu synonyme de « minstrel show ». Ironiquement, Jolson, qui a fait découvrir le jazz à l’Amérique blanche, avait de nombreux amis parmi les Noirs et a combattu la discrimination raciale dans le monde du spectacle.

Al Jolson dans le film The Jazz Singer. Droits d'auteurs : Warner Bros.

Aux armes, citoyens!

Notons, enfin, que les Canadiens anglais n’ont pas le monopole des âneries lorsqu’il s’agit de diaboliser le voisin. Gilles Duceppe, dans un récent discours, s’est mis les pieds dans les plats en affirmant que les militants bloquistes étaient des « résistants » contre le Canada; le terme évoquait la Résistance française contre l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Franchement. Il y a toutes sortes de raisons légitimes de croire à l’indépendance du Québec (ou, au contraire, à l’unité canadienne); cependant, comme René Lévesque lui-même l’a souligné, le Canada n’est quand même pas un goulag. Connaissez-vous beaucoup de militants souverainistes qui ont pris le maquis?

Gestion de crise (André Boisclair/Andrei Markov)

4 février 2010 à 9:13   | Publié dans Chroniques politiques | 1 Commentaire
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Photomontage d’après la Presse canadienne (André Boisclair, repris dans canoe.ca) et canadiens.com (Andrei Markov, repris dans fanatique.ca)

En relations publiques, on appelle la « gestion de crise » la gestion des communications dans les médias à l’occasion d’un évènement qui pourrait entacher la réputation d’un individu ou d’une organisation. En fait, l’expression « gestion de crise » a un sens plutôt large, puisqu’il s’agit souvent de gérer les contrecoups d’un incident avant que celui-ci ne se développe en crise véritable. Autant une bonne gestion de crise permet de résorber un évènement qui aurait pu avoir de graves conséquences, autant une mauvaise gestion de crise peut transformer un incident banal en immense scandale.

Lorsqu’on se met les pieds dans les plats, la meilleure façon de s’en sortir est souvent de tout avouer immédiatement en exprimant ses regrets et en affirmant avoir tiré une précieuse leçon de ses erreurs. Tiger Woods aurait dû suivre ce précepte : ses longues journées de silence, à l’ère de l’information-minute, auront probablement causé plus de dommage que le nombre réel ou supposé de ses maîtresses.

Pendant mes années de militantisme politique, la pire gestion de crise qu’il m’a été donnée de voir est celle qui a entouré l’affaire Boisclair. En pleine course à la chefferie du Parti québécois, les médias ont révélé qu’André Boisclair, le principal candidat de cette course et ancien ministre des Affaires municipales et de l’Environnement, avait autrefois consommé de la cocaïne alors qu’il était en exercice. Pétri d’orgueil, Boisclair a d’abord évité de répondre, malgré les preuves manifestes. Il a ensuite parlé d’« erreurs de jeunesse », avant que les médias réussissent à prouver qu’il avait consommé alors qu’il était ministre. Acculé au pied du mur, le candidat a fini par admettre l’évidence, avant de se déclarer victime des journalistes – un truc qui ne fonctionne jamais – puis d’affirmer, chaque fois que quelqu’un revenait sur le sujet, qu’il voulait « parler d’autre chose » – un truc qui fonctionne encore moins que le précédent.

Boisclair a remporté la course de justesse, mais a lamentablement perdu les élections générales qui ont suivi quelques mois après. Cette gestion de crise complètement catastrophique, en plus de conduire la carrière de du jeune politicien au naufrage, a causé des dommages profonds au Parti québécois. Peu après la démission de Boisclair, c’est une formation amochée et divisée que Pauline Marois a repris en main. Si Boisclair avait admis dès le départ qu’il avait consommé, il aurait pu limiter les dégâts : il aurait pu prétendre que l’ivresse du pouvoir lui avait monté à la tête, mais qu’il s’était repris à temps, et que cette dangereuse erreur avait fait de lui un homme plus mûr et plus réfléchi. Comme les Québécois aiment les repentis, on peut parier qu’ils lui auraient pardonné assez facilement.

Pourquoi l’altercation entre Andrei Markov et Carey Price a provoqué beaucoup plus de réactions que celle entre Michael Cammalleri et Maxim Lapierre? À la défense de Price, il faut mentionner que le jeune gardien est actuellement la cible préférée des éternels insatisfaits toujours à la recherche de coupables. De plus, les disputes font partie du quotidien des vestiaires sportifs. Cependant, si l’incident a suscité autant d’intérêt, c’est qu’il touche indirectement au cœur d’une question qui taraude depuis des semaines les amateurs et les journalistes : Carey Price a-t-il, oui ou non, des problèmes d’attitude envers ses coéquipiers qui nuisent au rendement de l’équipe? Malgré toute l’attention qu’ils retiennent, les gardiens ne sont vraiment pas le principal problème du Canadien. Cependant, le comportement de Price – bris de bâtons, blâmes envers ses défenseurs, départs prématurés de l’entraînement et de la période d’échauffement alors qu’il ne joue pas le match du même soir – soulève des inquiétudes chez les observateurs depuis déjà un certain temps.

Les journalistes auraient pu épargner beaucoup de temps et de salive à tout le monde en posant directement aux joueurs cette seule question sur les relations entre Price et le reste de l’équipe. Malheureusement, la majorité d’entre eux ont préféré chipoter sur les détails de l’incident, insister pour avoir la teneur exacte des propos tenus et gloser sur leur signification; bref, au lieu de s’attaquer au cœur du problème, ils ont tourné autour du pot. De quoi avaient-ils peur? De se faire haïr des joueurs? De se faire expulser du vestiaire?

Le joueur à qui a été confiée la « gestion de crise », Andrei Markov, s’est révélé lamentable dans cet exercice. Il a accusé les journalistes de « chercher des histoires » avant de leur déclarer tout net qu’ils devaient supporter l’équipe en ces temps difficiles! Je ne sais pas si notre meilleur défenseur a une conception soviétique du rôle des médias, mais le rôle fondamental du journaliste, celle qui définit sa profession, est de rapporter les faits. Quant au Canadien, il compte déjà sur un service de communication et un service de marketing pour lessiver le cerveau de sa clientèle. D’ailleurs, l’accusation de Markov était parfaitement injuste : certes, l’incident a fait beaucoup de bruit, mais la plupart des commentateurs ont rappelé que ces prises de becs sont monnaie courante dans les équipes professionnelles de sport, voire même positives dans la mesure ou elles permettent de régler des conflits latents.

De son côté, Maxim Lapierre nous a ressorti la rhétorique éculée de la « famille unie » et des « frères qui se chicanent ». Personnellement, je ne connais aucune famille dont les frères et sœurs ont chacun leur agent et renégocient leur contrat avec leurs parents à des intervalles de quelques années. Josh Gorges, réputé le meilleur ami de Price dans le vestiaire, a livré une réponse encore pire : « Je présume que ça vient avec le fait d’être gardien de but à Montréal », a-t-il déclaré, comme si cette excuse représentait une absolution de tout ce qui pouvait être reproché à son camarade. Personne n’a pensé à demander à Gorges pourquoi les mêmes blâmes ne sont pas adressés à l’autre gardien, Jaroslav Halák? Carey Price lui-même n’a pas aidé sa cause avec sa momerie sur la patinoire, lorsqu’il a fait un câlin à Markov tout en souriant aux caméras d’un air narquois. Price est réputé pour son sens de l’humour, mais il en a déjà fait un meilleur usage que dans ce cas-ci.

Qu’auraient pu faire Markov et les autres pour répondre de façon satisfaisante aux questions tout en sauvant la face et en protégeant la confidentialité des affaires de vestiaire? Plutôt que de prendre les journalistes à rebrousse-poil, ils auraient pu se montrer « désolés que cet incident ait soulevé les inquiétudes du public » (c’est toujours une bonne chose de tenir compte des sentiments du public, c’est lui qui paie après tout); expliquer que des athlètes professionnels « ont souvent une forte personnalité » (pour indiquer au passage que Price n’est pas le seul doté d’un caractère bien trempé); et rassurer les gens en rappelant que de tels incidents donnaient l’occasion aux joueurs de régler des malentendus (afin que les partisans y voient des retombées positives plutôt que des raisons de s’inquiéter). La façon dont les joueurs du Tricolore, embarrassés, ont tout fait pour minimiser l’affaire et ont traité les journalistes de haut n’a rien de rassurant, bien au contraire. On sentait que la tension n’avait pas disparu. L’incident est clos, mais le malaise demeure.


Voulez-vous un exemple de « gestion de crise » bien faite? Regardez du côté de Chicago. Le 23 janvier dernier, après une défaite gênante de 5-1 à Vancouver aux mains des Canucks, des joueurs des Blackhawks ont fait la fête torses nus dans une limousine avec une flopée de jolies filles. Évidemment, les photos ont rapidement fait le tour de la planète Web. L’un des joueurs concernés, Patrick Kane, a déclaré : « Ce n’est pas comme ça qu’on veut représenter l’équipe, mais on en a discuté à l’interne avec l’équipe. Ça s’est réglé dans le vestiaire. » L’enfant terrible des Blackhawks, qui avait eu une dispute l’été dernier avec un chauffeur de taxi pour une histoire de vingt cents, a ajouté : « J’ai 21 ans. Il est probablement temps de grandir un peu. » Rassurés, les médias ont tourné l’histoire en dérision : sans faire tout un plat de l’histoire, ils se sont quand même fait plaisir en se payant la tête des joueurs. La direction a rapidement déploré l’évènement avant de déclarer l’affaire close.

Voilà comment emballer un incident en peu de temps. Pas besoin de déchirer ses vêtements, ni de se raser la tête et de verser des cendres dessus. Vous faites un petit acte de contrition, vous déclarez avoir acquis de l’expérience et vous mettez le public dans votre petite poche arrière. Mais pour ça, il faut mettre son orgueil de côté. Plusieurs joueurs du Canadien en semblent tout bonnement incapables.


Alors que la blogosphère sportive montréalaise est repartie dans un autre cycle de « Careybashing », je suis désolée que mon nouveau billet porte sur un autre incident concernant Carey Price. Cependant, je m’attarde davantage aux réactions de ses coéquipiers que sur sa propre contribution. Dans un précédent billet, je vous avais avertis que Price reviendrait souvent dans mon blogue, puisque je parle d’image publique et que Price, à cause de sa position et de son impulsivité, est vulnérable aux incidents médiatisés.

La vie publique (Pauline Marois/les frères Kostitsyn)

14 novembre 2009 à 7:41   | Publié dans Chroniques politiques | 1 Commentaire
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Jusqu’à quel point peut-on s’informer de la vie privée des athlètes? La discussion s’est particulièrement enflammée au mois de février dernier, lorsque la presse nous révélait les fréquentations douteuses des frères Kostitsyn et les nuits trépidantes d’autres joueurs fêtards. La question se pose également en politique, où les choix personnels des élus peuvent parfois se montrer contradictoires avec leurs positions politiques.

En réalité, il s’agit d’un faux débat, puisque toute personne jouissant d’une certaine notoriété doit gérer non seulement sa vie professionnelle et sa vie privée, mais également, ce qu’on pourrait appeler sa « vie publique », c’est-à-dire cette facette de son quotidien qui sert d’interface entre les deux autres. Que ce soit au restaurant, à l’épicerie ou sur la rue, dans un contexte qui n’est ni intime ni professionnel, une personne se trouve exposée au regard public, donc au jugement d’autrui. Généralement, on s’attend à ce que la vie publique d’une vedette corresponde à ce qu’il prône dans sa vie professionnelle.

De nombreuses vedettes du divertissement, que ce soit dans le domaine du cinéma ou de la chanson, n’ont pratiquement aucune vie privée, puisque celle-ci se dissout constamment dans leur vie publique sous l’œil de la caméra. Les carrières de ces vedettes carburent même davantage aux potins qu’à leur contribution artistique. C’est le cas, notamment, de Britney Spears, d’Angelina Jolie et de nombreuses autres célébrités d’Hollywood.

Dans le cas des politiciens, leur vie privée est jugée à la hauteur de l’image qu’ils veulent projeter… et des exigences morales de leurs commettants, lesquelles varient en fonction des mœurs locales. Ainsi, aux États-Unis, un adultère peut mettre fin à la carrière d’un politicien, alors qu’au Québec, on n’oserait même pas questionner un politicien sur le sujet. La famille présidentielle américaine est disséquée dans tous ses aspects, jusqu’aux animaux de compagnie. Ici, c’est à peine si on entend parler de temps en temps de Michèle « Michou » Dionne, l’épouse de Jean Charest; l’homosexualité d’André Boisclair n’a pas empêché son élection à la tête du Parti québécois, signe que l’homophobie s’affaiblit au Québec. Par contre, sa consommation passée de cocaïne s’est révélée gênante pour un ancien ministre. De même, lorsque La Presse a révélé en 2003 que Jean Charest était abonné à une clinique médicale privée, on y a vu un témoignage d’hypocrisie par rapport à son engagement de défendre le secteur public de la santé.

La cabane à Pauline

Pendant toute sa carrière politique, et surtout depuis qu’elle est parvenue à la tête du Parti québécois, Pauline Marois a dû composer avec certaines facettes de sa vie publique qui ne correspondait pas au goût de ses électeurs. Le Parti québécois se targue d’être social-démocrate, donc de favoriser la répartition de la richesse et l’égalité des chances pour tous. Dans une province où la richesse et l’intellectualisme sont suspects, madame Marois n’avait pas bonne presse avec sa garde-robe griffée, ses bijoux et son train de vie plus que confortable. Pour faire taire ses détracteurs, elle avait invité un journaliste de TVA dans son chalet en Charlevoix pour prouver que la demeure n’avait rien de luxueux. En guise de réponse, Jean-René Dufort, alias Infoman, a réalisé un reportage sur la somptueuse maison que madame Marois habitait avec son mari à l’Île-Bizard. Cette maison, mise en vente depuis pour la modique de 8 millions de dollars, avait suscité la raillerie des médias et des humoristes.

Pour passer la rampe, les politiciens n’ont pas le choix que de gommer certains aspects de leur vie personnelle, pourtant légitimes. Pourquoi serait-il interdit à madame Marois d’aimer les beaux vêtements et les bijoux, puisqu’elle a les moyens de se les offrir? Pourtant, pour avoir la possibilité de devenir chef du PQ, elle n’a eu d’autre choix que de se monter une garde-robe beaucoup modeste et terne. L’éducation est le seul aspect de l’idéal social-démocrate que madame Marois a embrassé sans retenue en envoyant tous ses enfants à l’école publique, contrairement à nombre de ses confrères et consœurs qui ont préféré confier leurs rejetons à des collèges privés… sans s’en vanter, bien sûr.

Dis-moi qui tu fréquentes…

Souper avec des membres du crime organisé est-il un péché pour un joueur de hockey? A priori, non, puisque le métier de hockeyeur n’a rien à voir avec celui de mafioso, sauf si le joueur prend des paris sur les matchs. Ce n’était pas le cas des frères Kostitsyn, qui ont eu des liens étroits avec Pasquale Mangiola, arrêté dans le cadre de l’opération Axe l’hiver dernier.

Lors de la parution du reportage de La Presse qui a mis au jour cette relation, de nombreux fans ont hurlé au sensationnalisme. La situation posait pourtant un assez gros problème d’éthique. Au delà des buts, les athlètes sont payés pour inspirer leurs fans. Ils sont engagés pour projeter ce que le sport idéalise de mieux : le courage, la discipline, la persévérance, l’effort, l’esprit d’équipe. Cette exigence ne les oblige pas à être blancs comme neige, mais elle les astreint à une certaine moralité. Un joueur ne peut pas se procurer des caisses d’alcool et des dizaines de jolies femmes en versant des milliers de dollars à un trafiquant de drogue, alors que des centaines d’amateurs assis dans les gradins connaissent au moins un proche dont la vie a été ravagée par l’alcoolisme, la toxicomanie ou la prostitution.

Certes, il en aurait fallu davantage pour déshonorer franchement la vénérable institution du Bleu-Blanc-Rouge. Néanmoins, si des fréquentations avec des mafieux ne sont pas suffisantes pour vous choquer, vous avez vraiment la morale élastique, dans une province marquée par une guerre entre des motards qui ont tué des innocents, terrorisé des commerçants et enrôlé d’innombrables femmes et jeunes dans la prostitution de rue.

Dans le monde du hockey, les Kostitsyn ne sont pas les premières victimes de leurs fréquentations douteuses. Au sommet de sa carrière à Montréal, José Théodore a été rattrapé par des photos de lui prises des années auparavant en compagnie de Hells Angels, peu de temps après l’incarcération d’une bonne partie de sa famille pour prêt usuraire. Les frères Kostitsyn auraient dû comprendre que s’ils voulaient de l’alcool et des filles, la SAQ et les bars leur offraient tout ce qu’il faut. Bref, avoir un mafieux comme fournisseur est tout sauf une bonne idée.

La fréquentation de mafieux n’est pas le seul péché qu’un joueur puisse commettre. Il n’est pas interdit aux joueurs de faire la fête, mais ils ne peuvent pas se saouler la veille d’un match et se présenter amochés à l’entraînement le lendemain alors que l’amateur moyen, qui paie son billet le gros prix, se ferait engueuler par son patron s’il faisait la même chose à son travail.

Ceux qui pensent que les médias font la vie dure aux joueurs du Canadien devraient y réfléchir à deux fois. Si Guillaume Latendresse était un joueur de football ou de baseball aux États-Unis, ses tribulations sentimentales auraient eu autant de répercussions que la relation de Tony Romo avec Jessica Simpson, ou celles d’Alex Rodriguez avec Madonna. À Montréal, les joueurs ont peut-être la vie un peu moins tranquille qu’ailleurs dans la LNH, mais est-ce vraiment normal que des athlètes soient payés des millions sans subir les inconvénients du vedettariat, pour pratiquer un sport dans des marchés moribonds comme l’Arizona et la Floride? L’anomalie n’est peut-être pas Montréal, mais Phœnix, Tampa Bay et la Caroline, où les hockeyeurs ont la paix, mais où ils n’attirent pas les foules non plus. De tous les Glorieux, le seul qui est peut-être à plaindre est Roman Hamrlik, lui qui s’est retrouvé sous les projecteurs deux fois, d’abord à cause du même mafieux que fréquentaient les frères Kostitsyn, puis d’une participante à Loft Story. Dans son cas, on peut commencer à parler de malchance.

Depuis l’avènement de Facebook et de Twitter, le commun des mortels, à l’instar des célébrités, doit aussi gérer sa propre vie publique. Maintenant que chacun étale son quotidien sur les réseaux sociaux, Facebook est un moyen très tendance de déclarer ou de provoquer son divorce, de s’arranger pour perdre son emploi, de régler ses comptes avec ses amis et de commettre devant public d’autres joyeusetés pour lesquelles on se gardait autrefois une petite gêne.

La morale de l’histoire : pour avoir une vie privée, commencez donc par la garder privée. Après ça, votre vie publique sera plus facile à gérer, et elle ne viendra pas empoisonner votre vie professionnelle. Et puis, tenez-vous loin des mafieux et des pseudo-vedettes de pacotille. Foi de Roman Hamrlik.

Mutinerie à bord (chefs du PQ/entraîneurs du CH)

27 octobre 2009 à 7:10 | Publié dans Chroniques politiques | 5 Commentaires
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Après quatre victoires, Bob Gainey doit respirer mieux : suite à la défaite contre Ottawa, quelques voix, rares mais perceptibles, avaient déjà, oui, déjà, commencé à remettre en question le jugement de Jacques Martin, selon une bonne vieille habitude des partisans du Canadien. Une habitude qu’ils partagent avec les militants du Parti Québécois.

À l’occasion de la démission du chef péquiste André Boisclair, chroniqueurs et caricaturistes se sont régalés de bons mots sur ce parti qui a la réputation de dévorer ses chefs. Depuis le départ en 1985 de René Lévesque, le chef fondateur, cinq autres ont démissionné, le plus souvent à la suite de dissensions internes. Les trois derniers, Bernard Landry, André Boisclair et Pauline Marois, se sont succédés entre 2001 et 2007. Pour comprendre un tel phénomène, il faut rappeler que le Parti québécois est avant tout une coalition. Divers groupes de militants y poussent chacun les intérêts qui leur tiennent à cœur : les uns veulent accélérer le processus d’accession à la souveraineté, les autres mettent en priorité la défense du français, ceux-ci sont avant tout des militants de gauche, ceux-là représentent les syndicats. De plus, le degré d’intransigeance varie d’un groupe à l’autre : si certains acceptent de mettre en veilleuse leur cause préférée, le temps que le parti reprenne suffisamment de place dans l’échiquier politique, d’autres ne sont prêts à aucun compromis.

Tous les chefs du Parti québécois ont été obligés de ménager ces différentes factions, car ces militants sont aussi de précieux bénévoles, prêts à travailler gratuitement sur le terrain; les « purs et durs » comme on les surnomme, dépensent une énergie folle pour « la cause », donc pour le parti. De plus, tout marginaux qu’ils soient, ces groupes peuvent facilement obtenir de la visibilité dans les médias friands de controverses. Le plus tapageur de ces groupes, le SPQ libre, a même obtenu droit de cité dans le parti. Au Parti libéral du Québec, si pointilleux quand il s’agit de l’obéissance, jamais on n’aurait toléré un tel « État dans l’État ». Même l’ADQ, pourtant moins sévère, aurait trouvé le moyen d’étouffer une telle initiative dans l’œuf. Que la dissension s’exprime, soit, mais dans les règles et le bon goût. D’ailleurs, le SPQ libre est réputé avoir obtenu la tête d’André Boisclair. Avant lui, Lucien Bouchard a claqué la porte en 2001, excédé des reproches qui lui étaient adressés au sein du parti par rapport à l’affaire Michaud. Après plusieurs années de querelles intestines, les « purs et durs » étaient venus à bout de la patience de l’un des premiers ministres les plus charismatiques que le Québec a connus.

Dans un vestiaire de hockey, il y a toujours « un tiers des joueurs qui ne t’aime pas, un tiers des joueurs qui t’aime et un tiers qui balance entre les deux », a expliqué Guy Carbonneau lors de la conférence de presse qui a suivi son congédiement du poste d’entraîneur-chef du Canadien. On lui avait demandé s’il y avait des « pommes pourries »; sans les nommer, M. Carbonneau a fait allusion aux joueurs qui allaient devenir autonomes sans compensation au mois de juillet suivant.

De l’aveu même de Georges Laraque, attaquant du Tricolore, lorsqu’une équipe va mal, il est plus facile de congédier l’entraîneur que les joueurs. De plus, le loquace ailier a confirmé un secret de Polichinelle : la saison dernière, l’équipe était divisée en clans. « Il y a des gars qui ne se parlaient pas, a raconté Laraque. Il y avait des cliques. Les Français ici, les Russes là, les Tchèques dans un coin, les Anglos dans l’autre. Les gars s’occupaient de leurs petites affaires sans jamais penser à l’équipe. »

Tout comme un premier ministre peut être plus populaire auprès de la population que dans son propre parti, un entraîneur peut être plus populaire auprès des partisans que de ses propres joueurs. Les partisans et de nombreux chroniqueurs ont jeté le blâme sur les joueurs, des « bébés gâtés millionnaires », et Guy Carbonneau a reçu une chaleureuse ovation au gala des Artis. Évidemment, on a fébrilement recherché les responsables de son éviction. Les chroniques des joueurnalistes, les blogues de fans et les commentaires connexes ont avancé les spéculations les plus probables comme les plus farfelues : Alex Kovalev, Carey Price, Andrei Markov… et même Mathieu Dandenault! Des mois après ce congédiement, on en discutait encore. Dans cette intrigue qui ressemblait à une mauvaise imitation des romans d’Agatha Christie, Saku Koivu a tenu le rôle de principal suspect. « Koivu a eu la tête d’un autre coach », persiflaient ses détracteurs. Comment, se disait-on, le capitaine pouvait-il toujours occuper ce poste alors que pas moins de six entraîneurs avaient été éjectés pendant son règne? Et puis, le fils du propriétaire n’était-il pas un ami proche du joueur finlandais? Malgré quelques plaidoyers en sa faveur, dont celui tout récent de Laraque, Saku Koivu a servi de coupable tout désigné à ceux qui en avaient besoin.

Guy Carbonneau n’est que le dernier de la longue suite d’entraîneurs qui se sont succédés derrière le banc des Canadiens. Avant lui, Jacques Demers, Mario Tremblay, Alain Vigneault, Michel Therrien et Claude Julien, pour ne nommer que ceux-là, ont été sacrifiés à l’indiscipline des joueurs et à la mauvaise humeur des partisans.

Pour l’instant, Jacques Martin est bien en selle. La chimie semble bien installée chez les joueurs, le système de l’entraîneur commence à produire des effets, l’équipe connaît une série de victoires… En tenant ses ouailles dans le droit chemin, Jacques Martin devrait piloter les Glorieux pendant un bon bout de temps.

Espérons-le, du moins, car ce serait triste si on commençait à plaisanter que le Canadien change plus souvent d’entraîneur que le Parti québécois change de chef. Ce serait encore plus triste si on commençait à plaisanter que le Parti québécois change plus souvent de chef que le Canadien change d’entraîneur.

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- Comme prévu, j’ai acheté le livre de Bob Sirois, Le Québec mis en échec, mais je n’ai pas encore eu le temps de le lire. Ma critique arrivera bientôt. Avant que le sujet soit passé de mode, j’espère.

- À l’instar de nombreux internautes, je trouve que la guerre des pro-Price et des pro-Halák, sur Internet, prend vraiment des proportions ridicules. Ça me rappelle les adolescentes d’il y a dix ans qui se chamaillaient pour déterminer qui, des Backstreet Boys ou de *NSYNC, était le meilleur boys band.

Le patin dans la bouche (Bernard Landry/Tomas Plekanec)

11 octobre 2009 à 9:24   | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire
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L’anglais possède une jolie expression pour désigner les gaffes verbales : on dit que la personne s’est « mis le pied dans la bouche ». On a beau fouiller, il n’y a pas d’équivalent dans la langue française qui exprime aussi bien le pétrin dans lequel se met celui qui commet une telle bévue, dont les conséquences peuvent le poursuivre longtemps.

L’ancien premier ministre du Québec Bernard Landry est probablement l’un des meilleurs gaffeurs que la classe politique québécoise ait connus. Il a déjà déclaré à propos des démunis qu’il s’expliquait mal qu’au Québec, des parents puissent envoyer leurs enfants le ventre vide à l’école, « quand on constate que les oiseaux avec une cervelle grosse comme cela – il a alors représenté la tête d’un oiseau avec son pouce et son index – parviennent à nourrir leurs petits ». À propos des organismes féministes, il a laissé tomber : « Ne me parlez pas des groupes de femmes, a-t-il dit, je préfère rencontrer le président de la Sun Life », l’institution financière qui, en 1978, avait déménagé son siège social à Toronto en réaction à l’adoption de la loi 101.

Mais le plus beau but qu’il a compté dans son propre filet, si on peut dire, est sa déclaration sur les « chiffons rouges ». En 2001, le gouvernement fédéral promettait d’accorder 18 millions de dollars à l’Aquarium de Québec, à condition que le bilinguisme y soit respecté et que le drapeau canadien y soit présent. Bernard Landry s’était alors emporté : « Le Québec n’a pas l’intention de faire le trottoir pour des bouts de chiffons rouges. » L’expression, traduite par « red rags » en anglais (ce qui se rapproche davantage de « torchons rouges »), avait provoqué l’indignation au Canada anglais, et Landry avait été accusé de mépris à l’endroit du drapeau canadien. Il a eu beau répéter que l’expression était tirée de la tauromachie et qu’elle ne visait pas l’unifolié, ses explications en ont laissé plus d’un sceptique.

En politique, tout est dans la perception. Bernard Landry a eu beau s’expliquer et s’excuser, ces propos sont revenus le hanter longtemps. Il a fallu des années avant que certains journalistes, dont Lysiane Gagnon, admettent qu’ils avaient peut-être mal interprété sa déclaration.

Invités à s’exprimer plusieurs fois par jour sur des sujets aussi variés et délicats que la pauvreté, l’environnement, la condition féminine, l’éducation et la santé, les politiciens les plus en vue ne peuvent échapper à l’inéluctable gaffe qu’ils finissent par commettre un jour ou l’autre. Les bévues font partie de toute carrière politique. Les joueurs de hockey, heureusement pour eux, ne patinent pas sur des glaces aussi minces, mais ils doivent eux aussi faire de leur mieux pour éviter toute controverse. C’est pourquoi des spécialistes en communications les suivent constamment pour leur mettre dans la bouche des mots soigneusement pesés en fonction des circonstances. Même s’ils n’ont aucune formation en relations publiques, les joueurs en arrivent eux-mêmes à développer des réflexes de prudence lorsqu’ils se font pointer un micro sous le nez.

Malgré toutes ces précautions, il arrive que la gaffe réussisse à se trouver un chemin. Elle est patiente, la gaffe, elle attend son heure, elle profite de la première occasion pour se faufiler et prendre le devant de la scène là où on s’y attend le moins. Lors des séries éliminatoires de 2008, la gaffe s’est trouvé un véhicule pour le moins surprenant : Tomas Plekanec, le deuxième centre, un joueur plutôt réservé et peu habitué à la controverse. Insatisfait de son travail pendant les trois premières parties de la série contre Boston, Plekanec a déclaré : « Je joue comme une fillette. » La journaliste Marie-Claude Lortie, de La Presse, s’est indignée de ces propos, les qualifiant d’odieux et exigeant qu’il fasse ses excuses aux fillettes. Un nombre impressionnant d’internautes se sont empressés de se moquer d’elle et de la traiter de féministe extrémiste, avec une hargne virulente et fielleuse. Son collègue Patrick Lagacé, pourtant en désaccord avec elle, a commenté : « Évidemment, un tas de tatas en ont profité pour dire un tas de vacheries à Marie-Claude, prouvant (mille fois plus que l’”affaire” Plekanec) que la société a encore du chemin à faire et que certains d’entre nous descendent fraîchement de l’arbre (quand il n’y vivent pas encore à temps partiel). » En fait, dans une société dont les repères sexuels sont bousculés, de nombreux hommes se sont servis de cet incident pour tenter d’asseoir leur mainmise sur le sport professionnel, un domaine dans lequel ils ont l’impression de pouvoir retrouver une masculinité plus traditionnelle.

Cet exemple démontre la difficulté de se prononcer en public sur quelque sujet que ce soit : tout y est interprété de façon manichéenne, selon la lentille que l’on veut bien porter. Honnêtement, je ne crois pas qu’il y avait dans les propos de Plekanec de quoi le pendre aux portes de la ville. Mais sa comparaison demeure tout de même une indélicatesse. On aura beau dire – et c’était l’argument le plus couramment opposé à Mme Lortie – que jamais les filles ne se tailleront une place à la LNH, il demeure que se servir de l’image d’une fillette pour dénigrer son propre travail, c’est dévaloriser indirectement les fillettes. Lorsque j’étais enfant, mon idole était Patrick Roy, et mon rêve, de devenir la première gardienne de but du Canadien. Si Roy avait tenu des propos semblables à ceux de Plekanec, j’aurais été inconsolable. Les fillettes prennent tous les commentaires au premier degré; vous aurez beau dire que je n’aurais jamais fait la LNH, je n’étais quand même pas à un âge ou on avait le droit de me piétiner mes rêves. Les années et la maturité s’en seraient très bien chargés, de façon beaucoup moins brutale.

La réaction de Marie-Claude Lortie était franchement exagérée, mais Tomas Plekanec s’est quand même mis le pied, ou plutôt le patin dans la bouche avec ses propos. Si les journalistes étaient revenus l’embêter avec cette déclaration, comment aurait-il pu s’en sortir? La meilleure solution aurait été l’humour. Il aurait pu déclarer quelque chose du genre : « Vous avez raison, je jouais tellement mal que même des fillettes m’auraient battu », ou encore : « Je suis content que mes fans s’inquiètent de mon rendement au point où même les fillettes viennent me botter le derrière ». Ainsi, il aurait pu se dédouaner auprès de ses plus jeunes admiratrices sans s’abaisser à d’humiliantes excuses au nom de la rectitude politique.

En vertu d’une sorte de justice karmique, Tomas Plekanec paie encore pour sa déclaration percutante, puisque de nombreux partisans s’en servent pour le traiter de fillette chaque fois qu’il connaît une quelconque baisse de régime. Toutes celles qui trouvaient ses propos misogynes doivent se consoler en constatant qu’il est maintenant lui-même victime du machisme de certains fans. Malgré tout, il est désolant que les propos des politiciens comme des joueurs de hockey soient interprétés de façon si subjective, et de toutes les façons possibles, au point où ils en sont forcés de recourir à la langue de bois pour se protéger. Si nous étions plus indulgents à propos de leurs gaffes, les personnalités publiques se permettraient peut-être de parler de façon plus spontanée. Se mettre le patin dans la bouche ne veut pas dire être obligé de se trancher la langue avec.

Les belles-mères (anciens chefs du PQ/anciens entraîneurs du CH)

25 septembre 2009 à 7:05 | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire
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Les journalistes politiques ont donné le nom de « belles-mères » à ces anciens politiciens notoires qui se prononcent régulièrement sur les affaires publiques et, en particulier, celles de leur parti. L’expression a été utilisée pour la première fois en 1981 par Claude Ryan, alors chef du Parti libéral du Québec, lorsqu’il a expliqué qu’il ne voulait pas de l’ancien premier ministre Robert Bourassa comme candidat car il ne voulait pas de « belles-mères dans la maison ». Aujourd’hui, toutefois, l’expression fait davantage référence aux anciens chefs encore vivants du Parti québécois, dont certains ont plongé le PQ dans l’embarras en exprimant publiquement leur opinion personnelle sur des sujets chauds.

Les belles-mères sont agaçantes : elles jouissent d’une certaine notoriété et d’un fond de crédibilité, assez du moins pour avoir accès aux micros. Toutefois, comme elles n’ont plus d’attaches offficielles avec leur ancien parti, elles ne peuvent pas être contrôlées. Il n’y a guères de choses qu’un communicateur de parti politique ne craigne davantage qu’une belle-mère. Pendant la campagne électorale de 2003, l’ancien premier ministre Jacques Parizeau a mis son successeur, Bernard Landry, dans l’eau chaude avec des déclarations controversés sur ses fameux propos du soir du référendum de 1995. L’attaché de presse de Landry, Hubert Bolduc, s’est alors exclamé : « La première minute qu’il a voulu mettre l’ongle de l’orteil dans la campagne, qu’est-ce que j’ai dit? Quelqu’un dans ses culottes avec une enregistreuse! », ponctuant sa déclaration d’un juron bien senti. Ironiquement, Bernard Landry est lui-même devenu, peu de temps après, une belle-mère aussi loquace que Jacques Parizeau. D’autres belles-mères, notamment Lucien Bouchard et Pierre-Marc Johnson, se font toutefois plus discrètes.

Le Canadien possède lui aussi ses belles-mères, qui se sont fait entendre haut et fort pendant la rocambolesque saison du Centenaire. Les anciens entraîneurs Jean Perron à TQS (maintenant V), Pat Burns à CKAC et Jacques Demers au Réseau des sports ont tous une tribune en or pour critiquer la formation actuelle du Tricolore. Des trois, Jean Perron a certainement été le plus percutant lorsqu’il a publiquement dénoncé Carey Price, Chris Higgins et Sergei Kostitsyn, les fêtards impénitents du Canadien. Les belles-mères ont souvent dans leur carnet d’adresse d’excellentes sources de renseignements, et Jean Perron avait manifestement conservé celles de l’époque où il était entraîneur du Tricolore.

Évidemment, la nouvelle a provoqué la mauvaise humeur des trois larrons, mais aussi celle de Guy Carbonneau, alors entraîneur en poste au Canadien. Pour justifier son ingérence, Perron a raconté vingt fois plutôt qu’une qu’il avait lui-même perdu son poste d’entraîneur à cause de trois joueurs, Chris Chelios, Shayne Corson et Petr Svoboda, qui avaient percuté un lampadaire avec leur voiture alors qu’ils venaient de briser le couvre-feu. Perron a affirmé qu’il ne voulait pas que Carbonneau, son ancien joueur, connaisse le même sort. Les belles-mères ont aussi ça en commun : elles sont remplies de bonnes intentions. Lorsque Bernard Landry a exigé un moratoire sur l’implantation de la réforme scolaire, pourtant conçue et mise en place par son propre parti, il a dit s’inquiéter non pas en tant que politicien, mais que « grand-père qui a des enfants à l’école ».

D’autres ne se trouvent même pas d’excuses : mettez un micro sous le nez de Guy Lafleur, et il vous dira ce qui lui passe par la tête. Par exemple, avant même que Saku Koivu parte de Montréal, Lafleur l’invitait à faire ses valises et déclarait avoir déjà conseillé lui-même à Réjean Houle (le directeur général du Canadien de 1996 à 2000) de se débarrasser du petit Finlandais. Vous entendrez souvent de la bouche des belles-mères : « je vous l’avais bien dit ».

En politique comme au hockey, on râle contre les belles-mères, on les critique, on trouve leurs propos déplacés. Alors pourquoi ont-elles toujours autant de succès? Parce que, pour le public comme pour les journalistes, les belles-mères ont un avantage indéniable : elles font jaser. On peut toujours compter sur elles pour apporter de l’eau au moulin du potinage.

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