La langue de travail et la langue du public

28 décembre 2011 à 9:52 | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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« Un cadeau de Noël parfaitement bilingue pour Pierre Gauthier… » (Aislin, The Gazette, 21 décembre 2011

Depuis la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur-chef intérimaire des Canadiens de Montréal, les passions se déchaînent. Les émotifs ne se trouvent pas que du côté des défenseurs de la langue française, mais aussi des adulateurs inconditionnels de la Flanelle, dont bien peu parviennent à argumenter sans tomber dans l’agressivité.
Je n’ai pratiquement pas entendu de critiques contre Cunneyworth lui-même, et pour cause : la plupart des gens ont pitié du pauvre Ontarien qui n’a pas demandé à se retrouver dans un tel imbroglio… et qui n’avait peut-être même pas la connaissance suffisante du terrain pour prévoir la controverse. La même excuse n’est valable ni pour Pierre Gauthier, ni pour Geoff Molson.

Intérim mon œil

Pourquoi s’offusquer de l’unilinguisme de Cunneyworth, s’il exerce ses fonctions que par intérim? Parce que, Gauthier étant Gauthier, presque personne n’a vraiment cru à cet « intérim » au départ. Gauthier a nommé Cunneyworth entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école des Canadiens; Gauthier a promu Cunneyworth au rang d’entraîneur adjoint des Canadiens cette saison; Gauthier a renvoyé Perry Pearn, un autre entraîneur adjoint, et a augmenté les responsabilités de Cunneyworth. De toute évidence, le mot « intérim » n’était là que pour acheter du temps en espérant que quelques victoires feraient passer la pilule de l’unilinguisme. Il a fallu la colère du public pour que cet intérim se confirme.
Il n’y a pas suffisamment d’espace nécessaire ici pour réfuter tous les arguments fallacieux contre la nécessité du bilinguisme pour le poste d’entraîneur-chef des Canadiens. Allons-y donc pour l’un des arguments principaux, celui concernant les relations entre les joueurs et entraîneurs, d’une part, et le public, d’autre part. Ces relations commencent d’abord par les incontournables entrevues.

Don’t have anything to say, but will speak anyway

Pourquoi s’intéresser à la langue des entraîneurs et des joueurs, puisqu’il est supposé que ceux-ci ne disent jamais rien d’intéressant et rabâchent toujours les mêmes clichés? Je ne sais pas, mais ces « clichés » sont pourtant religieusement écoutés et scrutés à la loupe match après match par les journalistes et les amateurs. C’est rendu à un point tel que, pendant les arrêts de jeu, les entraîneurs et les joueurs répondent au micro alors qu’ils sont au banc! Leurs propos inintéressants semblent soudainement intéresser beaucoup de monde… Du coup, imaginez que seuls deux joueurs d’une équipe de l’extérieur du Québec puissent s’exprimer en anglais, et que les joueurs vedettes comme les entraîneurs ne puissent s’exprimer qu’en russe. Pensez-vous que les journalistes anglo-saxons suivraient longtemps les exploits de cette équipe? Poser la question, c’est y répondre.

Pour n’importe quelle entreprise et ses représentants, parler la langue de leurs clients et de leur public est une compétence indispensable. Dans les équipes de la LNH, même les joueurs russes sont capables, au bout d’un certain temps, de donner une entrevue en anglais; il n’y a qu’Alexander Semin (Capitals de Washington) qui n’y est parvenu qu’en septembre dernier, au début de sa sixième saison dans la LNH, et cette anomalie n’a pas manqué d’être soulignée à Washington.

Avec le français, il faut faire davantage de compromis. Avec l’internationalisation du hockey de la LNH et la fréquente permutation des joueurs, il est impossible que toute la formation tricolore s’exprime en français; ce ne l’est plus depuis des dizaines d’années, d’ailleurs. De toute façon, ce que la vaste majorité du public veut, c’est davantage de français, pas l’élimination de l’anglais.

La présence du français n’en demeure pas moins essentielle, même chez les joueurs et les entraîneurs. Plusieurs ont parlé de « respect » de la part d’une « institution » qui est « davantage qu’une entreprise », etc. J’ajouterais le plus important : le français fait surtout partie du fonds de commerce des Canadiens. Sous la férule du magicien Ray Lalonde, son service de marketing a exploité à fond la fierté canadienne-française et l’histoire des icônes francophones du Tricolore pour transformer une concession médiocre en formidable machine à sous. La leçon n’a jamais été totalement oubliée, puisque cette même équipe de marketing a été capable de faire apprendre quelques mots de français à Brian Gionta et à Carey Price à l’occasion du tournage d’annonces publicitaires (voir ici les progrès de Price en français).

Les joueurs saltimbanques

Ça fait longtemps qu’on nous répète que le travail des joueurs et des entraîneurs n’est pas de faire des relations publiques, mais de « gââââââââgner ». Pourtant, quand on sort de la bulle montréalaise, on se rend compte qu’ailleurs, les organisations et les joueurs ne ménagent pas leur salive pour séduire le public. Annonces télévisées, vidéos promotionnelles, distribution de billets de saison à la porte par les joueurs, concours et activités de socialisation avec les fans… Ailleurs qu’à Montréal, les joueurs vont à la rencontre de leurs partisans bien plus souvent qu’à l’occasion de la visite annuelle aux hôpitaux pédiatriques. Les Blackhawks de Chicago font rire le public avec leur interprétation loufoque des cantiques de Noël; les Sharks de San Jose dévoilent leurs « talents » professionnels hors de la sphère sportive; les Red Wings de Détroit se font acteurs, le temps du tournage d’annonces télévisées (ici et ici); huit joueurs des Blues de Saint-Louis enregistrent une lecture à voix haute du poème « ’Twas the night before Christmas », et ceux de leurs partisans capables d’identifier dans l’ordre les voix de ces joueurs ont la chance de gagner des billets pour des matchs en janvier. Dans quelle langue se font tous ces efforts de promotion? En anglais, bien sûr.

Bien avant le début de la controverse « Cunneyworth », les apologistes de la Flanelle ont affirmé préférer la compétence à la langue. Belle façon de se fourvoyer : la langue, autant celle de travail que celle du public, fait partie des compétences. Cette donnée fondamentale est souvent oubliée parce que dans presque toute la Ligue nationale de hockey, la langue de travail quotidienne (entraînements, parties, réunions) et la langue de promotion auprès du public est la même, l’anglais. Il n’y a qu’à Montréal (et peut-être bientôt à Québec) que la langue de travail n’est pas la même que celle de la majorité du public. Cet état de fait complique la situation, bien sûr, mais la langue du public n’en demeure pas moins aussi importante que la langue de travail. Grâce au travail monumental de Ray Lalonde et à quelques idoles adulées comme Alex Kovalev et Jaroslav Halák, cette importance a été gommée pendant des années; des joueurs moyens sont devenus des célébrités royales quasiment inaccessibles, tenus en serre chaude par l’organisation. Toutefois, il était inévitable que le voile se déchire tôt ou tard. Si les Canadiens ne veulent pas commencer la saison prochaine dans une fournaise infernale, ils doivent trouver rapidement des solutions.

La fin du déni

Il y a les fausses solutions, bien sûr, comme se reposer sur les sectaires de la Flanelle drapés dans la rectitude politique. Ces apologistes traitent les unilingues francophones d’attardés et les défenseurs du français de racistes et de xénophobes; ils nient la dimension promotionnelle du travail des joueurs et accusent les médias de faire tout un plat avec la langue. Pourtant, les sondages de QMI (Journal de Montréal) et de CROP (La Presse) confirment la colère de la majorité des amateurs face à l’attitude de Tricolore au sujet de la langue française. Ces tentatives de bâillonner les amateurs par la honte ne fonctionnent plus. Les Canadiens ne sont pas un groupe vedette de rock en tournée mondiale. Ils sont une entreprise québécoise dont la majorité de la clientèle est francophone.

Curieusement, les intransigeants des Canadiens affirment qu’ils n’ont pas à s’occuper de la langue française, puisqu’ils sont une entreprise privée. Comme si les entreprises privées présentes au Québec n’avaient aucune responsabilité concernant le français! Nulle entreprise ne peut ignorer le contexte social dans lequel elle évolue. D’un autre côté, chaque partisan qui quitte le Titanic tricolore pour se tourner vers une autre équipe se fait immanquablement traiter de « traître » par ces mêmes fanatiques intraitables, comme si l’« entreprise privée » qu’est le Canadien redevenait tout à coup une religion dont chaque apostat méritait la pendaison.

Voter avec son portefeuille

De plus en plus d’amateurs francophones de hockey, conscients de l’hypocrisie de la haute direction des Canadiens, s’affranchissent de cette pensée unique et offrent leur appui à une autre organisation. Ils observent plusieurs équipes pour diverses raisons : le nombre de francophones (Lighning de Tampa Bay, Penguins de Pittsburgh), la proximité de l’équipe (Sénateurs d’Ottawa, Bruins de Boston), ou même le transfert d’un joueur aimé (Blues de Saint-Louis). D’autres militent pour le retour des Nordiques. Grâce à Internet, à NHL Center Ice et au probable retour des Nordiques, le statut de monopole du Canadien commence à s’effriter, et l’arrogance de sa direction aussi. Puisque les Canadiens n’offrent officiellement plus cette dimension culturelle unique sur laquelle ils ont bâti leur fortune, il est normal que les amateurs soient de plus en plus tentés de « magasiner » ailleurs une équipe qui ne leur tient pas un double langage.

Boycott des produits Molson : le débat se poursuit!

25 août 2010 à 10:13 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Ça chauffe! Le débat engendré par mes deux précédents billets prend de l’ampleur. Merci à ceux et celles qui font des commentaires positifs ou qui apportent des objections intéressantes. Évidemment, j’ai eu aussi droit à certains commentaires aigres-doux, enfin, plus aigres que doux, mais ça fait partie du jeu. Jusqu’à maintenant, aucun commentaire n’a été agressif ou vulgaire au point de devoir être effacé. Je découvre sur le tas les joies de la controverse, et savez-vous quoi? J’aime ça. Plus on me critique, plus je m’intéresse à ce boycott. Par ailleurs, que ceux qui apportent des objections rationnelles ne cessent surtout pas de le faire : vous m’obligez à faire des recherches supplémentaires et à raffiner ma réflexion.

Je ne reviendrai pas sur certaines critiques auxquelles j’ai déjà répondu dans mes deux premiers billets sur le sujet. Certains devraient apprendre à bien lire un texte avant de formuler des critiques dont la réponse se trouve déjà dans ledit texte.

Je poursuis donc le débat en répondant à vos questions et à vos objections.

Pourquoi prendre Molson pour cible, au lieu du Centre Bell et des Canadiens?
En fait, je n’ai même pas mentionné le boycott du Centre Bell et des Canadiens, tellement il me semblait évident que c’était inclus dans le boycott des produits Molson. Si vous boycottez les produits Molson à cause des Canadiens, ce serait plutôt étrange de vous voir acheter des produits dérivés des Canadiens ou mettre les pieds au Centre Bell.
Par contre, il n’y a qu’une petite partie du public du Tricolore qui assiste aux matchs. La majorité exprime son appui en écoutant les matchs, en achetant les produits dérivés et en achetant les produits des commanditaires. Par conséquent, comme la brasserie Molson est, depuis des dizaines d’années, le principal commanditaire des Canadiens, il représente un des moyens les plus faciles faire pression sur la direction du Tricolore. D’ailleurs, je ne réinvente pas la roue : pour manifester son mécontentement contre des institutions, des artistes et des entreprises, un moyen archi-connu est de boycotter de leurs commanditaires, de leurs fournisseurs et de leurs clients.

Pourquoi cibler la famille Molson? Franchement, je préfère les Molson comme propriétaires plutôt que Pierre-Karl Péladeau.
Ne détournons pas le débat, qui ne porte pas sur la qualité de Pierre-Karl Péladeau comme propriétaire possible d’une équipe de la LNH. D’ailleurs, le but du boycott n’est pas de déloger les propriétaires actuels du Tricolore, mais plutôt d’exercer des moyens de pression pour que la direction cesse les agissements répétés qui exaspèrent de nombreux amateurs (voir le billet précédent).
Ensuite, il a été objecté que la famille Molson n’est maintenant propriétaire que de parts minoritaires de la brasserie. Je ne sais pas si c’est vrai, mais ça importe peu, car c’est la brasserie est ciblée en tant que commanditaire, plutôt que la famille en tant que propriétaire. En fait, la brasserie n’a pas participé à l’achat. Les acheteurs sont les trois frères Molson (Geoff, Andrew et Justin), commandités par plusieurs partenaires, dont Bell Canada, Woodbridge et le Fonds de solidarité FTQ. Un boycott des produits Molson aurait été tout aussi logique du temps de George Gillett. Évidemment, les liens entre la famille propriétaire et la brasserie commanditaire renforce l’effet d’un boycott (à l’opposé, l’achat des Canadiens par la famille a fait grimper la valeur de la brasserie en Bourse, même si la brasserie n’a pas participé à l’achat). Enfin, pour ceux qui ne l’auraient pas compris, Geoff Molson n’est pas ciblé en tant que personne, mais le boycott est un moyen de pression sur lui à titre de propriétaire et sur les autres dirigeants afin de les pousser à l’action.

Un boycott, qu’ossa donne?
J’ai déjà expliqué dans mon précédent billet comment les amateurs de hockey du Canada, en boycottant les produits de Molson, avaient forcé la brasserie à accepter la venue de quatre nouvelles équipes dans la LNH (dont les Nordiques de Québec). Les grands brasseurs sont peut-être solides, mais pas aussi invulnérables qu’on pourrait le croire à la croissance des microbrasseries. Il y a quelques années, le Bureau de la concurrence du Canada reconnaissait que Molson et Labatt avaient recours à des pratiques déloyales de concurrence contre les microbrasseries, signe que les deux géants se méfient de leurs petits concurrents. Cependant, le Bureau avait fermé le dossier, car il jugeait que ces pratiques n’avaient pas eu l’effet escompté sur les parts de marché. En juin dernier, on apprenait que les microbrasseries avaient augmenté leur part de marché à près de 7 % au Québec. L’industrie brassicole québécoise est l’une des plus dynamiques du continent. Enfin, Molson Coors et Labatt doivent faire faire à la concurrence du vin qui gruge ses parts de marché.

De toute façon, boycott ou pas, j’ai déjà expliqué que j’étais incapable d’avaler une gorgée des produits distribués par Molson parce que ça me donne l’impression d’encourager la direction du Canadien à se moquer des amateurs.

Et toi, combien de bières de Molson buvais-tu avant de les boycotter?
Question intéressante, car il est effectivement trop facile de « boycotter » des produits qu’on a jamais acheté auparavant. Pour ma part, je suis une buveuse occasionnelle, mais je n’ai pas compté mes consommations mensuelles. Ma bière préférée était la Corona (distribuée par Molson) et j’appréciais beaucoup les bières Rickard’s (également distribuées par Molson). Je consomme également plusieurs bières québécoises locales, surtout la Boréale, des Brasseurs du Nord. J’ai abandonné les Rickard’s. J’avais remplacé la Corona par de la Bud Light Lime, mais comme elle est brassée au Royaume-Uni comme la Miller Chill est distribuée par Molson, je vais m’informer sur la Chihuahua mexicaine, des Brasseurs de Montréal. Les amateurs de bière à la lime dans la région de Québec peuvent essayer la Pale Ale lime et framboise, de La Barberie.

Une remarque en passant au petit comique qui m’a relacée plusieurs fois pour que je réponde à cette question : je ne sais pas si vous êtes à la retraite, en vacances ou au chômage, mais moi, je ne vais pas vérifier les commentaires toutes les heures pour la bonne raison que je travaille. Oui, Monsieur, j’ai un emploi. Alors faites ce que vous voulez de votre temps, mais ne vous étonnez pas si je ne vous réponds pas dans la minute, parce que je n’y suis pas obligée. Pour répondre à une de vos objections, nous avons festoyé au printemps quand le principal responsable des victoires, qui inspirait ses coéquipiers et les partisans, était encore avec l’équipe. C’est un peu logique que nous n’ayons plus le goût à la fête maintenant qu’il a été échangé.

Molson fait vivre des travailleurs québécois.
Ça aussi, j’y ai répondu auparavant. Il n’y aucune différence entre un travailleur québécois à l’emploi de Molson et un travailleur québécois à l’emploi d’une microbrasserie. Alors si le consommateur, dans son droit de consommateur, remplace les produits Molson par des produits de microbrasseries québécoises, sa consommation favorise simplement certains travailleurs québécois plutôt que d’autres. Ensuite, pour répondre à une autre commentateur, des microbrasseries ont commencé à faire leurs propres activités sociales; La Barberie, par exemple, a recueilli plus de 30 000 $ pour Leucan.
Je devine que certains commentateurs sont probablement à l’emploi de la brasserie Molson. Les travailleurs de microbrasseries ont autant de valeur que ceux des brasseries Molson et Labatt et méritent autant d’être encouragés. De plus, les emplois des microbrasseries ne risquent pas d’être délocalisés demain matin dans un autre pays lorsque les actionnaires décideront que la main-d’œuvre coûte trop cher. Alors vive les microbrasseries. Et si jamais le chiffre de vente de Molson baisse, vous serez en mesure de fournir une explication à vos patrons. Merci beaucoup.

Pourquoi ne pas boycotter les ailes de poulet de la Cage, tant qu’à faire?
Excellente idée! Merci de la suggestion! De toute façon, je trouve leurs ailes sont très ordinaires, alors dans mon cas, ce ne sera pas un gros sacrifice. De plus, la dernière fois que j’y ai été, la serveuse a perdu mon coupon de huit ailes, et la gérante m’a facturé les ailes et a eu le culot de me demander le pourboire en plus. Alors je rajoute la Cage aux Sports à ma liste d’exclusion, puisque les autres choix de restaurant ne manquent pas. Merci encore de cette recommandation!

Malheureusement, je devrai poursuivre ce débat dans un autre épisode. Dans mon prochain billet, je répondrai à d’autres objections soulevées. Pour éviter l’éparpillement, je retiendrai les commentaires avant de les afficher et d’y répondre. Ne vous inquiétez pas : les seuls commentaires exclus seront les commentaires vulgaires, agressifs ou redondants.

Remplacez votre Molson par une autre bière québécoise

24 août 2010 à 7:10 | Publié dans Non classé | 3 Commentaires
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Microbrasseries du Québec, par Jean-François Joannette et Guy Lévesque. Saint-Constant, Éditions Broquet, 2009, 280 p.

Hé bien! Dans mon dernier billet, je commentais l’idée de boycotter Molson d’un point de vue extérieur, tout en mentionnant ma propre contribution. D’après les commentaires reçus, on croirait presque que je suis à la tête du mouvement! Au début, j’ai été un peu piquée, puis je me suis amusée de voir que mon billet dérangeait à ce point. Mes détracteurs m’ont fait comprendre qu’il y avait là une belle occasion de m’amuser avec la controverse.

Je pensais répondre aux objections dans la section des commentaires, mais l’espace requis me fait plutôt opter pour un nouveau billet.

Pourquoi boycotter Molson?
Chacun a ses raisons, mais le motif général est la lassitude de nombreux amateurs des Canadiens de se faire prendre pour acquis par la direction du club et l’impression d’avaler des couleuvres à répétition. Ce peut être :
- l’échange ou l’abandon de joueurs populaires (Mike Ribeiro, Steve Bégin, Alex Kovalev, Jaroslav Halák);
- l’indifférence face au talent francophone et québécois (faible nombre de Québécois et de francophones repêchés ou embauchés, embauche d’un Canadien-anglais comme entraîneur des Bulldogs de Hamilton);
- l’absence d’aide et d’encouragement aux joueurs à apprendre le français;
- la hausse des prix (billets, bière, nourriture);
- toutes ces réponses.

Geoff Molson n’occupe pas encore le poste de président. Pourquoi le prendre pour cible?
Ce n’est pas Geoff Molson personnellement qui est visé, mais toute l’organisation des Canadiens. Même pendant les années où George Gillett était propriétaire, Molson était le commanditaire exclusif de bière des Canadiens, et une section entière de l’amphithéâtre s’appelait déjà la zone Molson Ex.

Si je délaisse la Molson, ne vais-je pas nuire à des travailleurs québécois?
Ça dépend par quelle bière vous la remplacez, si vous la remplacez, bien sûr. Si vous tenez à encourager l’emploi et le savoir-faire québécois, optez pour l’une des dizaines de microbrasseries qui offrent des centaines de marques de bière. Presque toutes les régions du Québec ont un ou plusieurs microbrasseurs. De plus, dans la région de Montréal, de nombreux pubs brassent leur propre bière, dont les 3 brasseurs, L’amère à boire et le Brutopia.
À noter que la brasserie Unibroue a été achetée par Sleeman, elle-même acquise par le brasseur japonais Sapporo. Ça n’enlève rien à la grande réussite québécoise du brasseur de la Maudite, de la Blanche de Chambly et de la Fin du monde. Néanmoins, si vous préférez encourager les brasseurs émergents, vous verrez à votre épicerie locale et dans de nombreux bars que le choix ne manque pas.

Et la Budweiser? N’est-ce pas une bière américaine?
Je mentionnais dans mon dernier billet que la Budweiser est originaire de Saint-Louis, la ville où jouera Jaroslav Halák à partir de la prochaine saison. La Budweiser a été créée par Anheuser-Busch, qui a des liens commerciaux très étroits avec Labatt.
Ce qui est intéressant, c’est qu’au Canada, la Budweiser et la Bud Light (et possiblement la Bud Light Lime) sont fabriquées à la brasserie Labatt de LaSalle.
Enfin, pour répondre à la question de certains, Molson fabriquera bel et bien de la Labatt Bleue et Bleue légère, mais les stocks produits sont entièrement destinés aux États-Unis. L’article mis en hyperlien explique les causes de cette étrange situation, qui découle des fusions d’entreprises de l’industrie de la bière et des lois américaines contre le monopole.
Bref, vous pouvez siroter une Budweiser ou, mieux encore, une bière locale sous le nez de Pierre Gauthier en toute tranquillité : ce seront encore les travailleurs québécois qui en profiteront. Par ailleurs, je rappelle aux partisans du retour des Nordiques que Labatt a donné son appui à un nouvel amphithéâtre à Québec.

Molson et les Canadiens contribuent à l’économie locale en créant des emplois, en achetant à des fournisseurs locaux, en contribuant à des projets communautaires etc. Ne devrions-nous pas leur être reconnaissants?
Félicitations aux Canadiens pour leurs projets communautaires. Cependant, il faut s’enlever de la tête que notre économie et nos emplois dépendent de Molson et des Canadiens. D’abord, les microbrasseries créent aussi de l’emploi et achètent à des fournisseurs locaux; d’ailleurs, la grande majorité des nouveaux emplois sont créés par de petites et moyennes entreprises.
Ensuite, les Canadiens sont plus dépendants de leur public que l’inverse : l’argent que l’amateur ne dépensera plus dans la bière Molson ou les produits des Canadiens seront dépensés ailleurs ou épargnés, ce qui ne ferait pas de tort aux finances personnelles de certains. Les Canadiens, par contre, tirent essentiellement leur survie du public québécois.
Par ailleurs, c’est très louable, les projets communautaires, mais ça n’achète pas au Canadien l’autorisation de se moquer de sa clientèle francophone (lire Marc de Foy à ce sujet) À en lire certains, nous devrions être confits de gratitude devant les dames patronnesses du Bleu-Blanc-Rouge qui sont bien gentilles de nous faire la charité. Sachez d’abord qu’il est devenu courant, voire indispensable, pour toutes les entreprises d’investir dans la communauté. Hydro-Québec, Alcan, SNC-Lavalin, Bombardier et tous les géants commanditent des spectacles, des œuvres de bienfaisance et d’autres projets communautaires. Les Canadiens ne sont pas une exception.
Ajoutons, enfin, que “le CH ne s’est jamais gêné pour envisager le recours à l’aide gouvernementale “: http://bit.ly/9nkNZJ ni pour faire de la publicité déguisée en pédagogie dans les écoles et avec l’aide d’une généreuse subvention du ministère de l’Éducation, à même vos taxes et impôts, s’il-vous-plaît.
Alors la reconnaissance, disons qu’elle devrait se manifester dans les deux sens.

N’y a-t-il pas d’autres causes plus nobles? La politique, l’environnement, la défense du français, la pauvreté?
Certes, mais ce site parle de sport. Qu’est-ce que qui vous dit que je ne m’intéresse pas à d’autres choses en dehors du hockey? Je suis capable de marcher et de mâcher de la gomme en même temps.
Par ailleurs, j’ai milité plusieurs années en politique et je me suis présentée deux fois comme candidate aux élections provinciales, pendant lesquelles j’ai pris la parole sur de nombreux sujets, notamment l’environnement, l’économie, l’éducation, le filet social et le système de santé. J’ai présenté un mémoire à la Commission parlementaire sur l’éducation et j’ai toujours voté. Alors côté implication politique, j’ai probablement une longueur d’avance sur tous mes détracteurs réunis.

Un boycott, est-ce vraiment utile?
On verra bien. Personnellement, j’ai expliqué dans mon dernier billet que, boycott ou pas, je n’étais plus capable d’avaler une bière distribuée par Molson, car j’avais l’impression de remplir les poches de deux entreprises, Molson et les Canadiens, qui rient de leurs clients. Ces entreprises n’auront plus un sou de ma poche, que ce soit chez moi, dans un festival, dans un bar ou n’importe où.
Ça fait des années qu’on entend des appels isolés au boycott de Molson, mais personne ne suit vraiment parce que chacun est isolé et croit que son choix est vain. Si de nombreuses personnes affirment leur choix de délaisser les produits de Molson en faveur d’autres boissons fabriquées ici, alors ces personnes auront l’impression que leur choix fait vraiment une différence.
Lorsque la LNH a voulu absorber la défunte Association mondiale de hockey, elle a d’abord refusé de garder les équipes canadiennes de la Ligue, soit les Oilers d’Edmonton, les Jets de Winnipeg et les Nordiques de Québec, à cause des pressions de leurs concurrents, soit les Canadiens de Montréal, les Maple Leafs de Toronto et les Canucks de Vancouver. Les amateurs des trois équipes en danger ont alors boycotté les produits Molson. Le chiffre d’affaires a chuté, forçant la famille Molson, alors propriétaire des Canadiens, à réviser sa position et à donner son accord à l’inclusion des équipes.
S’il fallait que la sauce prenne, et que de plus en plus de gens se détournent des produits Molson, alors la direction pourrait être forcée de faire des changements. Surtout si Labatt contribue au retour des Nordiques à Québec…

Varia :
- Mon projet avance, mais il n’est pas encore prêt. Il portera sur la langue française et le hockey. Je le présenterai dès que possible, et sûrement avant le début de la saison. Par ailleurs, il est possible que je parle encore de politique au passage, mais je ne ferai plus de chroniques de comparaison entre la politique et le hockey comme je l’ai fait pendant la saison 2009-2010.
- J’ai mon billet pour aller voir les Blues contre les Canadiens à Saint-Louis le 10 mars 2011 (vous pouvez acheter le vôtre au blues.nhl.com. Par ailleurs, les Blues vendent des forfaits pour des groupes de quatre personnes permettant de rencontrer des joueurs de l’équipe. Si ça vous intéresse, faites-moi signe, et je vous mettrai au courant de tous les détails.
- Pour les nouveaux fans du Lightning de Tampa Bay, on ne sait pas encore quand les billets pour les matchs individuels seront en vente. Pour l’instant, seuls les billets de saison sont en vente.

Halák et ses « fefans » émotifs

24 juin 2010 à 7:30 | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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Caricature de Serge Chapleau, La Presse, 19 juin 2010.

Depuis l’échange de Jaroslav Halák, on entend de nombreux prétentieux sermonner les partisans en colère qui menacent de se révolter. Ces grands penseurs divisent les fans montréalais en deux classes. Eux-mêmes forment la classe minoritaire : des gens rationnels, sensés, connaisseurs, qui réfléchissent à long terme et approuvent Carey Price comme le seul choix évident. L’autre classe, majoritaire, rassemble les « fefans » émotifs, bipolaires, ignares, chialeux et myopes qui divinisent aveuglément Halák. Je ne reprends pas ici le débat Price-Halák; je dénonce seulement l’arrogance de ceux qui veulent discréditer ou faire taire les amateurs furieux de cet échange. 

Je ne vise pas les sincères admirateurs de Price, dont plusieurs ont exprimé leur sympathie à ceux d’Halák parce qu’ils comprennent ce qu’ils auraient eux-mêmes ressenti si leur propre favori avait été échangé. Je ne vise pas les fans qui, contents ou déçus de l’échange, ont choisi de donner le bénéfice du doute à la direction. 

Ceux que je dénonce sont les moralisateurs qui portent un jugement sur le commun des mortels dans le seul but de s’en différencier. Leur obsession n’est ni Price, ni Halák, ni même les Canadiens : leur obsession, c’est de s’élever au-dessus de la populace. Ils se servent dans ce but de tout un arsenal de sophismes méprisants, dont voici les principaux : 

« Revenez-en, c’est fait! » : Pardon? À peine un mois jour pour jour s’est écoulé depuis l’élimination du Canadien, une semaine depuis l’échange, et il faudrait déjà enterrer au plus sacrant le gardien qui nous a émerveillé de ses exploits, qui nous a impressionnés par sa force de caractère et son humilité? Les fans se font souvent traiter de vire-capot, mais ne vous attendez quand même pas à ce qu’ils digèrent cette décision avant longtemps. 

« C’est le choix de l’organisation » : Autrement dit, fermez-la, continuez à remplir le Centre Bell et à acheter des guenilles, parce que de toute façon vous n’avez aucun pouvoir, sauf celui d’ouvrir vos portefeuilles. Une belle attitude de mouton résigné, conséquence directe du monopole malsain des Canadiens de Montréal sur le hockey de la LNH au Québec. 

« Ce sont des hommes de hockey, ils savent ce qu’ils font » : Ben oui, mon kiki. Le président de BP connaît aussi son affaire, tout comme celui de Toyota. Ça n’a pas empêché ni l’un ni l’autre d’être convoqués au Congrès américain après que leurs compagnies respectives se soient royalement plantées. Pierre Gauthier est peut-être compétent, mais il n’est pas immunisé contre les erreurs : à titre de directeur-général des Sénateurs d’Ottawa, il a déjà échangé Pavol Demitra aux mêmes Blues de Saint-Louis contre le Suédois Christer Olsson. Après 20 parties, Olsson est rentré en Europe. Demitra a passé six saisons fructueuses avec les Blues avant de poursuivre sa carrière ailleurs. Alors oui, Gauthier peut se planter, tout comme il est arrivé à Bob Gainey de se planter avant lui. Faire aveuglément confiance à la direction, c’est comme donner un chèque en blanc à votre garagiste pour qu’il fasse toutes les réparations qu’il veut sur votre voiture. 

« Halák était trop gourmand » : les Canadiens n’ont même pas communiqué avec lui, ni avec son agent. De toute façon, pour ce qu’il a donné et la façon dont il a été traité, Halák avait moralement le droit de leur faire cracher le maximum, ne serait-ce que pour leur apprendre à épeler le mot « respect » en français, en anglais, en slovaque et en douze autres langues au moins. 

« La direction du CH ne doit rien aux fans » : celle-la, c’est la meilleure que j’ai lue. Et les millions en profits que l’équipe a empochés, ils sont tombés du ciel? Ils ont poussé dans les arbres? Ramenez une équipe à Québec, et vous allez voir que la direction du CH va se rendre compte qu’après tout, elle doit quelque chose aux fans, si jamais elle voit des gens dans les rues avec des chandails des Nordiques sur le dos et une diminution des cotes d’écoute de ses propres matchs. C’est ce que les Blackhawks de Chicago ont compris lorsque leur aréna s’est vidé, il y a de ça plusieurs années. Et on parle de l’une des Original Six, pas d’une équipe dans le désert. 

« Le hockey, c’est une business » : Peut-être, mais la business du sport professionnel, comme celle des arts, c’est de vendre de l’émotion. Et de l’émotion, Halák nous en a fournie à la tonne. D’ailleurs, si les Canadiens sont une business, les partisans sont ses clients. Ces clients peuvent exercer leur jugement. Le marketing a peut-être réussi jusqu’ici à masquer les faiblesses de l’équipe, mais le départ d’un joueur qui a conquis le cœur des partisans sans l’aide du service de marketing risque de changer la donne. 

« Vous êtes des émotifs » : Une bonne part de hockey est faite d’émotion. Si nous suivions vos principes, chers cerveaux logiques et rationnels, les Canadiens, cette petite équipe de huitième rang se serait fait balayer par Washington en quatre matchs, non, en trois matchs. C’est ce qu’ont prédit les savants experts. Néanmoins, c’est avec de l’émotion que les Glorieux ont renversé coup sur coup les gagnants du Trophée du Président, puis les champions en titre de la Coupe Stanley. Ils ont été éliminés par une équipe, les Flyers de Philadelphie, qui ont eux-mêmes comblé un déficit de 0-3 dans leur série précédente en puisant dans leurs émotions. Les experts ne font pas foi de tout. Le rôle des experts est de faire des calculs, et celui des joueurs est de défier leurs prédictions. Tout comme Halák a défié tous ceux qui lui ont prédit que sa petite taille et son rang de repêchage le destinaient, au mieux, à une carrière d’honnête auxiliaire. Je suis émotive? Merci du compliment. 

« Vous êtes des girouettes » : Cette accusation est dirigée vers les amateurs qui ont voté pour envoyer Price au Match des Étoiles, en janvier 2009, puis l’ont vilipendé quelques mois plus tard. Cet argument est de mauvaise foi : le Match des Étoiles a eu lieu avant que le public ne soit mis au courant des virées nocturnes de Price et de ses habitudes de prima donna. En fait, le public en général a évolué dans un sens plutôt logique, même si Price a payé très cher pour ses erreurs. 

« Price est encore là, rallions-nous tous derrière lui, soyez patients avec lui, etc. » : Price ne mérite ni le blâme, ni les huées. Ce n’est pas lui qui a pris la décision d’échanger Halák. D’un autre côté, les amateurs ne sont pas obligés de l’encourager si le cœur ne leur en dit pas. Après tout, l’applaudir revient à approuver l’échange d’Halák. Ordonner aux fans de se rassembler derrière Price ressemble à la stratégie de la cage à homard chère à Jacques Parizeau : laissons un seul choix aux partisans, pour qu’ils soient obligés de s’y faire. Je ne serai pas patiente avec Price et je ne le soutiendrai pas, puisqu’il me laisse maintenant indifférente.
Par ailleurs, les deux joueurs obtenus dans l’échange semblent intéressants et méritent d’être découverts. Le problème, ce n’est pas ce que le Canadien a obtenu, c’est ce qu’il a cédé. 

« Si vous êtes pas contents, il y a 29 autres équipes » : c’est en effet une option. Toutefois, ceux qui conservent un sentiment d’appartenance envers le Canadien ont le droit de garder un œil critique et un esprit lucide. Personnellement, j’aime mieux une foule d’amateurs passionnés mais exigeants à un troupeau de moutons dociles et obéissants. Il n’y a que les fans des Maple Leafs de Toronto qui sont assez bêtes pour accepter n’importe quelle forme de médiocrité, pourvu qu’elle soit ornée d’une feuille d’érable bleue. 

« Vous êtes des traîtres si vous lâchez les Canadiens » : Cet argument contredit le précédent, mais aucune logique ne freine les spécialistes de la mauvaise foi. D’ailleurs, les Canadiens ne sont pas une armée, et Pierre Gauthier n’est pas notre général. Nombre de partisans aiment l’équipe, mais conservent un goût amer de l’institution avec son marketing débridé, son carrousel d’entraîneurs renvoyés, son indifférence envers le repêchage local et le traitement réservé à certains de ses joueurs (rappelez-vous de Francis Bouillon). 

Vous êtes écœurés par l’échange d’Halák? Votre colère est légitime. Ne vous laissez pas marcher sur les pieds par les arrogants qui utilisent les faux arguments ci-dessus. Manifestez ou quittez le navire, mais ne vous sentez pas obligés de vous écraser.


 

Plusieurs commentateurs (Dany Dubé, Martin Leclerc, Yvon Pedneault, Scott Burnside, Ken Campbell) croient que Gauthier n’aurait pas choisi Price par aveuglément volontaire, mais aurait été coincé par le plafond salarial. Autrement dit, il ne devait pas choisir entre Halák et Price, mais entre Halák et Tomas Plekanec. Ce dernier était moins facile à remplacer, d’où l’échange. Pourquoi ne pas l’avoir dit ouvertement? Parce que le contrat avec Plekanec n’était pas encore conclu. Parce que c’était sans doute moins pire de coller à Price l’étiquette de chouchou que celle de bouche-trou. Enfin, parce que la colère des amateurs se serait tournée vers d’autres hauts salariés de l’équipe, notamment Scott Gomez (7,3 M$), Roman Hamrlik (5,5 M$) et Jaroslav Spacek (3,83 M$). Sans compter le demi-million que le contrat de Georges Laraque enlèvera à la masse salariale pendant encore deux saisons. 

De mon côté, tant qu’à taper sur quelqu’un, je choisis Andrei Kostitsyn. Repêché en première ronde la même année où Halák l’a été en neuvième, l’aîné des « frères K » a touché 3,25 M$ cette saison, contre 750 000 $ pour le Slovaque. Si vous faites le calcul, ça veut dire que ce gros jambon a reçu plus du quadruple du salaire de son coéquipier pour pratiquer l’art de patiner en dormant. 

Mais la direction du Canadien sait ce qu’elle fait, n’est-ce pas? Ce sont des hommes de hockey, pas vrai? 

Misère. La prochaine saison va être longue.

Le partage de la tarte (péréquation canadienne/parité de la LNH)

6 juin 2010 à 7:29 | Publié dans Chroniques politiques | 2 Commentaires
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Ce billet sera la dernière chronique de Patinage hors glace de la saison et la dernière chronique de comparaison entre le hockey et la politique. En effet, Patinage hors glace adoptera une nouvelle orientation en prévision de la prochaine saison. Plus de détails à venir.

Tarte aux pommes. Photo tirée du site www.mccormick.com.

Que ce soit au sein d’une famille, d’une entreprise ou d’un pays, le partage des ressources, plus particulièrement des ressources financières, engendre inévitablement des conflits et des frustrations. Les moins nantis se plaignent de ne pas avoir assez de ressources pour bien vivre et se développer, tandis que les plus riches ont l’impression de faire arracher le fruit de leur travail par des partenaires qui ne font pas leur juste part pour produire de la richesse. Dans le cas de grandes entités, comme le Canada ou la Ligue nationale de hockey, les querelles sont envenimées par la complexité d’un système de redistribution des ressources dont chacun fait sa propre interprétation intéressée.

La péréquation canadienne : l’or noir et les billets verts

Le Canada applique entre les provinces un système de redistribution de la richesse appelé la péréquation, dont l’objectif est de « donner aux gouvernements provinciaux des revenus suffisants pour les mettre en mesure d’assurer les services publics à un niveau de qualité et de fiscalité sensiblement comparable », selon la Loi constitutionnelle de 1982.

La plupart des querelles portent sur le calcul complexe des revenus de chaque province qui déterminent quel montant elle aura à verser ou à recevoir. Comme une partie de ces revenus proviennent des perceptions sur les ressources naturelles, les gouvernements provinciaux peuvent tenter de modifier les tarifs en conséquence. Ainsi, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a récemment expliqué qu’il serait contre-productif de monter les tarifs d’électricité (une mesure fort impopulaire, au demeurant), parce que les paiements de péréquation reçus seraient diminués en conséquence. Claude Picher, chroniqueur économique à La Presse, a dénoncé cette mentalité de pique-assiette. Si Hydro-Québec avait vendu son électricité aux prix du marché au lieu de l’offrir à rabais à la population québécoise, les Québécois seraient collectivement aussi riches que les Albertains. L’Alberta, le sait très bien, elle qui verse le plus de péréquation aux autres provinces grâce aux revenus de son exploitation pétrolière. De nombreux Québécois font la leçon à l’Alberta sur l’exploitation des sables bitumineux à un coût environnemental élevé; personne n’est contre la vertu, mais disons qu’ils seraient en meilleure position pour faire valoir leur point de vue si leurs services sociaux ne dépendaient pas des revenus de cette même exploitation.

Raymond Bachand, ministre des Finances du Québec. © André Pichette, La Presse.

Par ailleurs, les provinces qui versent l’argent de la péréquation froncent parfois les sourcils en voyant la façon dont il est utilisé. Pendant la campagne électorale de 2007, Jean Charest, premier ministre sortant, a promis une baisse d’impôts de 950 millions de dollars. Or, cette baisse correspondait presque entièrement à la somme de péréquation supplémentaire que Stephen Harper, premier ministre du Canada, venait de consentir au Québec. Jean Charest venait d’arracher cette somme à force plaider que le Québec en avait besoin pour répondre à ses nombreux besoins en services sociaux, notamment pour réduire les listes d’attente dans le système de santé. Et voilà qu’il jetait tout cet argent dans des baisses d’impôts électoralistes! Évidemment, cette annonce a eu le plus mauvais effet auprès des gouvernements des provinces nanties. Déjà, elles avaient l’impression de financer le généreux système québécois de garderies, qui n’a pas son pareil en Amérique du Nord.

Depuis un certain temps, le Québec traîne une mauvaise réputation dans le dossier de la péréquation. Évidemment, si elle versait de l’argent pour la péréquation au lieu d’en recevoir, il lui serait plus facile de financer ses généreux programmes sociaux, de donner l’exemple en matière environnementale et de faire respecter les domaines de compétences de l’Acte constitutionnel de 1867. En Espagne, la région de la Catalogne a une différence linguistique et culturelle est aussi marquée que celle du Québec par rapport au Canada. Elle a toutefois un meilleur pouvoir de négociation, car elle est la région la plus industrialisée du pays, et l’une des plus riches. Autrement dit, elle a le gros bout du bâton grâce à son économie solide et prospère, alors que le Québec ne peut en dire autant.

La parité dans la LNH : le respirateur artificiel

Afin de mieux vendre le hockey aux États-Unis, la Ligue nationale de hockey pratique elle-même une forme de péréquation dont le niveau de complexité donne aux comptables des équipes des maux de tête semblables à ceux des fiscalistes canadiens. En gros, les dix clubs ayant empoché le plus de revenus doivent en verser une partie aux dix clubs ayant les revenus les plus faibles. De plus, un plafond (improprement appelé « cap salarial », un calque de l’anglais) est imposé à la masse salariale qu’un club peut verser à ses joueurs, afin d’éviter le genre de spirale inflationniste qui a causé le déménagement des équipes ne pouvant plus suivre la parade, notamment les Jets de Winnipeg (devenus les Coyotes de Phœnix) et les Nordiques de Québec (devenus l’Avalanche du Colorado). Ces deux principales formes de redistribution de la richesse, le plafond salarial et les redevances, ont donné lieu à un phénomène appelé la « parité ». Les équipes sont maintenant mieux équilibrées et plus compétitives, et l’époque des « dynasties », ces équipes qui remportaient trois ou quatre coupes Stanley d’affilée, est bel et bien terminée.

Cependant, cette parité a ses effets pervers. Les contraintes du plafond salarial obligent des équipes à se départir de joueurs qu’elles ont elles-mêmes repêchés et formés lorsque leur prix sur le marché devient trop élevé (les Devils du New Jersey ont perdu Brian Gionta au profit des Canadiens de Montréal pour cette raison). La formation des équipes devient alors un carrousel dans lequel les joueurs changent d’adresse au gré de l’offre et de la demande, ainsi que de la marge de manœuvre des directeurs généraux. « C’est triste, commente Marc-André Bergeron, des Canadiens de Montréal. Je crois que les partisans méritent de s’attacher à leurs joueurs, de les regarder grandir et évoluer dans leur carrière. » Bergeron est lui-même l’un de ces joueurs qui ont passé toute leur carrière ans leurs valises, changeant d’équipe d’une saison à l’autre ou presque.

De plus, la redistribution des revenus aide la LNH à maintenir sur respirateur artificiel des équipes implantées dans des régions où le hockey ne fait pas partie de la culture. On n’a qu’à penser à la saga des Coyotes de Phœnix, dont la faillite a mené au rachat du club par la Ligue, au désespoir des amateurs de hockey de Winnipeg et de Québec, qui espéraient que l’équipe soit transférée près de chez eux. Mais surtout, les amateurs des clubs les plus prospères, notamment ceux de Toronto, de Montréal et de Vancouver, ont l’impression que le commissaire Gary Bettman leur fait les poches pour financer sa lubie d’implanter le hockey dans le sud des États-Unis, dont les équipes notoirement déficitaires jouent régulièrement dans des arénas à moitié vides malgré la distribution de billets gratuits.

C’est d’autant plus enrageant que dans ces marchés déserts, les joueurs de hockey peuvent toucher le même salaire que leurs confrères du Nord sans avoir à satisfaire les milliers, voire les millions d’amateurs exigeants. Ils n’ont pas non plus à affronter les dizaines de journalistes coriaces de marchés intraitables comme Montréal, Toronto, New York, Vancouver et Boston, pour n’en nommer que quelques-uns, où le hockey est une folie, voire même une religion. À Montréal, les « maudits fans » et les « maudits journalistes » sont régulièrement accusés de tenir les meilleurs joueurs loin du Tricolore.

Vincent Lecavalier, du Lightning de Tampa Bay. Archives La Presse Canadienne.

Prenez l’exemple de Vincent Lecavalier, du Lightning de Tampa Bay. Le Lightning est une autre de ces franchises dont les finances fragiles sont tenues à flot grâce, entre autres, à la générosité des équipes du Nord dont la prospérité est garantie par un immense bassin d’amateurs fidèles et passionnés. La rumeur court que le Québécois ne veut rien entendre de venir jouer pour les Canadiens. Évidemment, il est normal que Lecavalier, qui a été repêché et formé par le Lightning, se soit montré loyal envers l’organisation en signant une entente de plusieurs années assortie d’une clause de non-mouvement. Par contre, ce joueur est quand même payé la somme faramineuse de 10 millions de dollars par année pour répondre aux questions de deux journalistes et demi en moyenne, conserver son incognito et garder ses orteils dans le sable sous le chaud soleil de la Floride. Vous trouvez ça juste?

Si ce n’était de l’entêtement du commissaire Bettman à maintenir des équipes dans la Sun Belt, le beau Vincent, à dix millions de dollars, aurait été obligé de s’enlever les orteils du sable, de faire ses valises pour le Nord et de justifier son chèque de paie dans un vrai marché de hockey, avec un vrai public, une vraie meute de journalistes et une véritable pression. Avec les Rangers de New York, les Bruins de Boston ou les Maple Leafs de Toronto, par exemple.

Ou même avec les Canadiens de Montréal.

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