Remplacez votre Molson par une autre bière québécoise

24 août 2010 à 7:10 | Publié dans Non classé | 3 Commentaires
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Microbrasseries du Québec, par Jean-François Joannette et Guy Lévesque. Saint-Constant, Éditions Broquet, 2009, 280 p.

Hé bien! Dans mon dernier billet, je commentais l’idée de boycotter Molson d’un point de vue extérieur, tout en mentionnant ma propre contribution. D’après les commentaires reçus, on croirait presque que je suis à la tête du mouvement! Au début, j’ai été un peu piquée, puis je me suis amusée de voir que mon billet dérangeait à ce point. Mes détracteurs m’ont fait comprendre qu’il y avait là une belle occasion de m’amuser avec la controverse.

Je pensais répondre aux objections dans la section des commentaires, mais l’espace requis me fait plutôt opter pour un nouveau billet.

Pourquoi boycotter Molson?
Chacun a ses raisons, mais le motif général est la lassitude de nombreux amateurs des Canadiens de se faire prendre pour acquis par la direction du club et l’impression d’avaler des couleuvres à répétition. Ce peut être :
- l’échange ou l’abandon de joueurs populaires (Mike Ribeiro, Steve Bégin, Alex Kovalev, Jaroslav Halák);
- l’indifférence face au talent francophone et québécois (faible nombre de Québécois et de francophones repêchés ou embauchés, embauche d’un Canadien-anglais comme entraîneur des Bulldogs de Hamilton);
- l’absence d’aide et d’encouragement aux joueurs à apprendre le français;
- la hausse des prix (billets, bière, nourriture);
- toutes ces réponses.

Geoff Molson n’occupe pas encore le poste de président. Pourquoi le prendre pour cible?
Ce n’est pas Geoff Molson personnellement qui est visé, mais toute l’organisation des Canadiens. Même pendant les années où George Gillett était propriétaire, Molson était le commanditaire exclusif de bière des Canadiens, et une section entière de l’amphithéâtre s’appelait déjà la zone Molson Ex.

Si je délaisse la Molson, ne vais-je pas nuire à des travailleurs québécois?
Ça dépend par quelle bière vous la remplacez, si vous la remplacez, bien sûr. Si vous tenez à encourager l’emploi et le savoir-faire québécois, optez pour l’une des dizaines de microbrasseries qui offrent des centaines de marques de bière. Presque toutes les régions du Québec ont un ou plusieurs microbrasseurs. De plus, dans la région de Montréal, de nombreux pubs brassent leur propre bière, dont les 3 brasseurs, L’amère à boire et le Brutopia.
À noter que la brasserie Unibroue a été achetée par Sleeman, elle-même acquise par le brasseur japonais Sapporo. Ça n’enlève rien à la grande réussite québécoise du brasseur de la Maudite, de la Blanche de Chambly et de la Fin du monde. Néanmoins, si vous préférez encourager les brasseurs émergents, vous verrez à votre épicerie locale et dans de nombreux bars que le choix ne manque pas.

Et la Budweiser? N’est-ce pas une bière américaine?
Je mentionnais dans mon dernier billet que la Budweiser est originaire de Saint-Louis, la ville où jouera Jaroslav Halák à partir de la prochaine saison. La Budweiser a été créée par Anheuser-Busch, qui a des liens commerciaux très étroits avec Labatt.
Ce qui est intéressant, c’est qu’au Canada, la Budweiser et la Bud Light (et possiblement la Bud Light Lime) sont fabriquées à la brasserie Labatt de LaSalle.
Enfin, pour répondre à la question de certains, Molson fabriquera bel et bien de la Labatt Bleue et Bleue légère, mais les stocks produits sont entièrement destinés aux États-Unis. L’article mis en hyperlien explique les causes de cette étrange situation, qui découle des fusions d’entreprises de l’industrie de la bière et des lois américaines contre le monopole.
Bref, vous pouvez siroter une Budweiser ou, mieux encore, une bière locale sous le nez de Pierre Gauthier en toute tranquillité : ce seront encore les travailleurs québécois qui en profiteront. Par ailleurs, je rappelle aux partisans du retour des Nordiques que Labatt a donné son appui à un nouvel amphithéâtre à Québec.

Molson et les Canadiens contribuent à l’économie locale en créant des emplois, en achetant à des fournisseurs locaux, en contribuant à des projets communautaires etc. Ne devrions-nous pas leur être reconnaissants?
Félicitations aux Canadiens pour leurs projets communautaires. Cependant, il faut s’enlever de la tête que notre économie et nos emplois dépendent de Molson et des Canadiens. D’abord, les microbrasseries créent aussi de l’emploi et achètent à des fournisseurs locaux; d’ailleurs, la grande majorité des nouveaux emplois sont créés par de petites et moyennes entreprises.
Ensuite, les Canadiens sont plus dépendants de leur public que l’inverse : l’argent que l’amateur ne dépensera plus dans la bière Molson ou les produits des Canadiens seront dépensés ailleurs ou épargnés, ce qui ne ferait pas de tort aux finances personnelles de certains. Les Canadiens, par contre, tirent essentiellement leur survie du public québécois.
Par ailleurs, c’est très louable, les projets communautaires, mais ça n’achète pas au Canadien l’autorisation de se moquer de sa clientèle francophone (lire Marc de Foy à ce sujet) À en lire certains, nous devrions être confits de gratitude devant les dames patronnesses du Bleu-Blanc-Rouge qui sont bien gentilles de nous faire la charité. Sachez d’abord qu’il est devenu courant, voire indispensable, pour toutes les entreprises d’investir dans la communauté. Hydro-Québec, Alcan, SNC-Lavalin, Bombardier et tous les géants commanditent des spectacles, des œuvres de bienfaisance et d’autres projets communautaires. Les Canadiens ne sont pas une exception.
Ajoutons, enfin, que “le CH ne s’est jamais gêné pour envisager le recours à l’aide gouvernementale “: http://bit.ly/9nkNZJ ni pour faire de la publicité déguisée en pédagogie dans les écoles et avec l’aide d’une généreuse subvention du ministère de l’Éducation, à même vos taxes et impôts, s’il-vous-plaît.
Alors la reconnaissance, disons qu’elle devrait se manifester dans les deux sens.

N’y a-t-il pas d’autres causes plus nobles? La politique, l’environnement, la défense du français, la pauvreté?
Certes, mais ce site parle de sport. Qu’est-ce que qui vous dit que je ne m’intéresse pas à d’autres choses en dehors du hockey? Je suis capable de marcher et de mâcher de la gomme en même temps.
Par ailleurs, j’ai milité plusieurs années en politique et je me suis présentée deux fois comme candidate aux élections provinciales, pendant lesquelles j’ai pris la parole sur de nombreux sujets, notamment l’environnement, l’économie, l’éducation, le filet social et le système de santé. J’ai présenté un mémoire à la Commission parlementaire sur l’éducation et j’ai toujours voté. Alors côté implication politique, j’ai probablement une longueur d’avance sur tous mes détracteurs réunis.

Un boycott, est-ce vraiment utile?
On verra bien. Personnellement, j’ai expliqué dans mon dernier billet que, boycott ou pas, je n’étais plus capable d’avaler une bière distribuée par Molson, car j’avais l’impression de remplir les poches de deux entreprises, Molson et les Canadiens, qui rient de leurs clients. Ces entreprises n’auront plus un sou de ma poche, que ce soit chez moi, dans un festival, dans un bar ou n’importe où.
Ça fait des années qu’on entend des appels isolés au boycott de Molson, mais personne ne suit vraiment parce que chacun est isolé et croit que son choix est vain. Si de nombreuses personnes affirment leur choix de délaisser les produits de Molson en faveur d’autres boissons fabriquées ici, alors ces personnes auront l’impression que leur choix fait vraiment une différence.
Lorsque la LNH a voulu absorber la défunte Association mondiale de hockey, elle a d’abord refusé de garder les équipes canadiennes de la Ligue, soit les Oilers d’Edmonton, les Jets de Winnipeg et les Nordiques de Québec, à cause des pressions de leurs concurrents, soit les Canadiens de Montréal, les Maple Leafs de Toronto et les Canucks de Vancouver. Les amateurs des trois équipes en danger ont alors boycotté les produits Molson. Le chiffre d’affaires a chuté, forçant la famille Molson, alors propriétaire des Canadiens, à réviser sa position et à donner son accord à l’inclusion des équipes.
S’il fallait que la sauce prenne, et que de plus en plus de gens se détournent des produits Molson, alors la direction pourrait être forcée de faire des changements. Surtout si Labatt contribue au retour des Nordiques à Québec…

Varia :
- Mon projet avance, mais il n’est pas encore prêt. Il portera sur la langue française et le hockey. Je le présenterai dès que possible, et sûrement avant le début de la saison. Par ailleurs, il est possible que je parle encore de politique au passage, mais je ne ferai plus de chroniques de comparaison entre la politique et le hockey comme je l’ai fait pendant la saison 2009-2010.
- J’ai mon billet pour aller voir les Blues contre les Canadiens à Saint-Louis le 10 mars 2011 (vous pouvez acheter le vôtre au blues.nhl.com. Par ailleurs, les Blues vendent des forfaits pour des groupes de quatre personnes permettant de rencontrer des joueurs de l’équipe. Si ça vous intéresse, faites-moi signe, et je vous mettrai au courant de tous les détails.
- Pour les nouveaux fans du Lightning de Tampa Bay, on ne sait pas encore quand les billets pour les matchs individuels seront en vente. Pour l’instant, seuls les billets de saison sont en vente.

Voulez-vous toujours boycotter les produits Molson?

20 août 2010 à 7:21 | Publié dans Non classé | 2 Commentaires
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Image promotionnelle de Budweiser, récupérée au http://popsop.com/28000

Un militant du Parti Québécois a déjà dit que son parti avait le don de « s’autopeluredebananiser ». On pourrait dire la même chose de la direction des Canadiens de Montréal. Dans des conditions normales, un échange de deux gardiens de la Ligue américaine de hockey n’aurait pas dû faire tout un tapage. Mais voilà, l’échange de Cédrick Desjardins au Lightning de Tampa Bay a déclenché la fureur de nombreux amateurs parce qu’il touche deux nerfs sensibles du public montréalais que la direction du Canadien a déjà passablement écorchés : les gardiens et la présence francophone et québécoise au sein du Tricolore.

Réglons d’abord deux points. Premièrement, on entend déjà des fins finauds dire que des conditions normales, ça n’existe pas à Montréal, parce que les « fefans » sont chialeux, irrationnels et ignorants. J’ai déjà pris la défense des fans montréalais dans un autre billet : je n’y reviendrai donc pas. Deuxièmement, d’autres raisonneurs mentionnent que Desjardins n’est pas Québécois parce qu’il est né à Edmundston, au Nouveau-Brunswick. Rappelons que Desjardins est né à quelques kilomètres à peine du Québec et a grandi à La Pocatière. D’autre part, ne commençons pas à chipoter sur les détails de québécitude : la table est assez grande pour toute la famille, y compris pour Desjardins, Benoît Pouliot, Francis Bouillon (né à New York) et les autres demi-proto-quasi-Québécois à un détail près.

Feu de poubelle

Pierre Gauthier, le directeur général des Canadiens, a réussi l’exploit de transformer cet échange de club-école en un autre feu de poubelle que le service des communications du Tricolore devra éteindre. Rappelons le contexte. Après avoir échangé Jaroslav Halák, le héros des séries, il a ignoré les offres de Patrick Lalime et de Martin Biron, deux gardiens auxiliaires en quête de contrat, pour embaucher Alex Auld, un gardien auxiliaire aux statistiques comparables à celles deux précédents. De plus, Auld a obtenu un montant supérieur à celui finalement accordé à Biron par les Rangers. Comme Desjardins venait d’écouler une année exceptionnelle chez les Bulldogs de Hamilton (le club-école des Canadiens), les amateurs déçus se sont rabattus sur l’espoir, mince mais existant, qu’il puisse venir livrer concurrence à Price. Desjardins, un jeune homme de 24 ans, est décrit comme travaillant et compétiteur, des qualités également attribuées à Jaroslav Halák.

Dans une entrevue à CKAC, Desjardins a affirmé que lui-même et son agent ont signifié au Canadien que le jeune homme ne pouvait attendre plus longtemps une chance de se faire valoir dans la LNH. Gauthier, qui avait mis sous contrat Auld et Curtis Sanford, l’a envoyé courir sa chance à Tampa Bay. Donald Beauchamp, vice-président aux communications du Canadien, affirme : « C’est comme une faveur que nous faisons à Cédrick Desjardins car Curtis Sanford et Robert Mayer seront nos gardiens avec les Bulldogs de Hamilton cette saison. »

Mais qui Beauchamp croit-il tromper? De toute évidence, Gauthier voulait éviter que les amateurs scandent le nom d’un gardien québécois au Centre Bell dès que Carey Price y accorderait son premier mauvais but. Lorsque Jaroslav Halák, à l’automne dernier, a signifié à Bob Gainey, alors directeur général, du Canadien qu’il voulait jouer davantage ou changer d’équipe, il s’est opposé à une fin de non-recevoir : il constituait une solution de rechange, en cas de défaillance de Carey Price. Après son départ, Cédrick Desjardins est devenu cette solution de rechange. Et soudainement, l’ancien bras droit de Gainey se montre plus généreux envers Desjardins que son prédécesseur envers Halák? Le problème, c’est que si Carey Price flanche, il n’y a plus de gardien à développer à court et à moyen terme. Alex Auld et Curtis Sanford sont vieillissants et ne peuvent mener une équipe aux séries éliminatoires. Robert Mayer et Petteri Simila, les autres gardiens de la pépinière tricolore, sont encore loin de la LNH.

Les Éclairs de Tampa Bay

D’autres détails de cette transaction chicotent. De toutes les équipes de la LNH, fallait-il vraiment que Gauthier accepte l’offre de Tampa Bay, qui est en train de se développer une filière québécoise enviable? Desjardins y a probablement été recommandé par Guy Boucher, son ancien entraîneur à Hamilton et l’actuel entraîneur du Lightning. En plus de Guy Boucher et de ses deux adjoints (tous Québécois), Julien BriseBois, l’ancien DG des Bulldogs, pour seconder Steve Yzerman, le DG du Lightning. De plus, Yzerman a embauché Simon Gagné pour compléter le trio de Vincent Lecavalier et de Martin St-Louis. Gagné est un autre de ces Québécois dont le Canadien a décliné l’offre, cette fois parce qu’il n’y avait plus d’espace sous le plafond salarial. Si vous faites le calcul, en comptant les joueurs et les entraîneurs, Tampa Bay compte plus de Québécois et de francophones que le Canadien. Et les Québécois de Tampa Bay sont meilleurs que ceux de Montréal. Ajoutez-y Dominic Moore, un Ontarien largué par le Tricolore alors qu’il aurait pu lui rendre d’autres fiers services. En quelques semaines à peine dans l’uniforme bleu-blanc-rouge, Moore, qui s’exprime couramment en français, a prouvé son utilité au CH et a gagné l’estime des amateurs en quelques semaines à peine. Pourtant, en septembre, il rejoindra Gagné, Lecavalier et leurs coéquipiers sous le soleil de la Floride.

Au fait, qu’a obtenu le Canadien en retour de Desjardins? Les droits de la LNH sur un gardien finlandais, Karri Ramo, qui joue actuellement en Russie et qui y restera encore pour y écouler la dernière année de son contrat. Il possède une expérience totale de 48 matchs dans la LNH, dans laquelle il n’a rien cassé.

Le retour du chouchou

De plus, la transaction a été conclue et annoncée le jour même de l’anniversaire de Carey Price. Évidemment, plusieurs se sont empressés de relever l’ironie, comme s’il s’agissait d’un autre cadeau au jeune homme pour le conforter dans son statut d’« avenir du Canadien ». Dans le milieu politique, on essaie d’éviter ce genre de coïncidence. Si un ministre avait été en charge de ce dossier, son personnel aurait tout fait pour repousser la transaction d’un jour ou deux. Manifestement, Pierre Gauthier est totalement inconscient de ce genre de détail. Du coup, Donald Beauchamp doit gérer les conséquences rocambolesques que peuvent avoir sur une transaction de club-école des années de mauvaise gestion des gardiens et de la question francophone.

Gauthier aurait voulu faire de Carey Price l’un des joueurs les plus détestés de l’histoire du Canadien qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Comme si ce n’était pas assez, le contrat de Price n’est pas encore conclu, et on chuchote que l’agent du jeune gardien tient la dragée haute à Gauthier, maintenant que son poulain est confirmé seul et unique numéro un, sans concurrent qui soit francophone, talentueux… ou les deux à la fois.

L’ABC du boycott

Alors, voulez-vous toujours boycotter les produits Molson? Parce que si c’est le cas, commencez donc par vous renseigner. Après l’échange d’Halák, j’ai poussé un soupir de lassitude en lisant le commentaire d’un internaute disant que dorénavant, il troquera la Molson pour de la Heineken. Pour son information et pour la vôtre, Molson distribue la Heineken, ainsi que plusieurs autres marques connues au Québec.

De mon côté, je n’ai pas choisi rationnellement de boycotter les bières Molson. Néanmoins, c’est plus fort que moi : quand je vois une bouteille de bière distribuée par Molson, j’ai l’impression de me faire rire de moi. Du coup, il m’est devenu impossible d’avaler une gorgée de leur houblon. Êtes-vous réellement décidé à ne plus verser un sous dans les caisses du commanditaire des Canadiens? Alors vous devrez éviter les bières dont la marque comprend les noms suivants :
- Molson;
- Coors;
- Rickard’s;
- Corona;
- Heineken;
- Miller;
- Black Ice;
- Laurentide;
- O’Keefe’s;
- Tornade;
- quelques autres encore, dont la liste complète se trouve sur ce site.

Cette liste est trop longue à retenir? Vérifiez simplement le nom du distributeur sur l’étiquette ou la boîte. Par ailleurs, comme bière de substitution, je vous recommande toutes les microbrasseries québécoises, ainsi que tout ce qui porte le nom de Bud ou de Budweiser. Pourquoi ces deux dernières marques? Parce qu’elles sont produites par Anheuser-Busch, dont le siège social se trouve à Saint-Louis, le nouveau domicile de Jaroslav Halák.

Le partage de la tarte (péréquation canadienne/parité de la LNH)

6 juin 2010 à 7:29 | Publié dans Chroniques politiques | 2 Commentaires
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Ce billet sera la dernière chronique de Patinage hors glace de la saison et la dernière chronique de comparaison entre le hockey et la politique. En effet, Patinage hors glace adoptera une nouvelle orientation en prévision de la prochaine saison. Plus de détails à venir.

Tarte aux pommes. Photo tirée du site www.mccormick.com.

Que ce soit au sein d’une famille, d’une entreprise ou d’un pays, le partage des ressources, plus particulièrement des ressources financières, engendre inévitablement des conflits et des frustrations. Les moins nantis se plaignent de ne pas avoir assez de ressources pour bien vivre et se développer, tandis que les plus riches ont l’impression de faire arracher le fruit de leur travail par des partenaires qui ne font pas leur juste part pour produire de la richesse. Dans le cas de grandes entités, comme le Canada ou la Ligue nationale de hockey, les querelles sont envenimées par la complexité d’un système de redistribution des ressources dont chacun fait sa propre interprétation intéressée.

La péréquation canadienne : l’or noir et les billets verts

Le Canada applique entre les provinces un système de redistribution de la richesse appelé la péréquation, dont l’objectif est de « donner aux gouvernements provinciaux des revenus suffisants pour les mettre en mesure d’assurer les services publics à un niveau de qualité et de fiscalité sensiblement comparable », selon la Loi constitutionnelle de 1982.

La plupart des querelles portent sur le calcul complexe des revenus de chaque province qui déterminent quel montant elle aura à verser ou à recevoir. Comme une partie de ces revenus proviennent des perceptions sur les ressources naturelles, les gouvernements provinciaux peuvent tenter de modifier les tarifs en conséquence. Ainsi, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a récemment expliqué qu’il serait contre-productif de monter les tarifs d’électricité (une mesure fort impopulaire, au demeurant), parce que les paiements de péréquation reçus seraient diminués en conséquence. Claude Picher, chroniqueur économique à La Presse, a dénoncé cette mentalité de pique-assiette. Si Hydro-Québec avait vendu son électricité aux prix du marché au lieu de l’offrir à rabais à la population québécoise, les Québécois seraient collectivement aussi riches que les Albertains. L’Alberta, le sait très bien, elle qui verse le plus de péréquation aux autres provinces grâce aux revenus de son exploitation pétrolière. De nombreux Québécois font la leçon à l’Alberta sur l’exploitation des sables bitumineux à un coût environnemental élevé; personne n’est contre la vertu, mais disons qu’ils seraient en meilleure position pour faire valoir leur point de vue si leurs services sociaux ne dépendaient pas des revenus de cette même exploitation.

Raymond Bachand, ministre des Finances du Québec. © André Pichette, La Presse.

Par ailleurs, les provinces qui versent l’argent de la péréquation froncent parfois les sourcils en voyant la façon dont il est utilisé. Pendant la campagne électorale de 2007, Jean Charest, premier ministre sortant, a promis une baisse d’impôts de 950 millions de dollars. Or, cette baisse correspondait presque entièrement à la somme de péréquation supplémentaire que Stephen Harper, premier ministre du Canada, venait de consentir au Québec. Jean Charest venait d’arracher cette somme à force plaider que le Québec en avait besoin pour répondre à ses nombreux besoins en services sociaux, notamment pour réduire les listes d’attente dans le système de santé. Et voilà qu’il jetait tout cet argent dans des baisses d’impôts électoralistes! Évidemment, cette annonce a eu le plus mauvais effet auprès des gouvernements des provinces nanties. Déjà, elles avaient l’impression de financer le généreux système québécois de garderies, qui n’a pas son pareil en Amérique du Nord.

Depuis un certain temps, le Québec traîne une mauvaise réputation dans le dossier de la péréquation. Évidemment, si elle versait de l’argent pour la péréquation au lieu d’en recevoir, il lui serait plus facile de financer ses généreux programmes sociaux, de donner l’exemple en matière environnementale et de faire respecter les domaines de compétences de l’Acte constitutionnel de 1867. En Espagne, la région de la Catalogne a une différence linguistique et culturelle est aussi marquée que celle du Québec par rapport au Canada. Elle a toutefois un meilleur pouvoir de négociation, car elle est la région la plus industrialisée du pays, et l’une des plus riches. Autrement dit, elle a le gros bout du bâton grâce à son économie solide et prospère, alors que le Québec ne peut en dire autant.

La parité dans la LNH : le respirateur artificiel

Afin de mieux vendre le hockey aux États-Unis, la Ligue nationale de hockey pratique elle-même une forme de péréquation dont le niveau de complexité donne aux comptables des équipes des maux de tête semblables à ceux des fiscalistes canadiens. En gros, les dix clubs ayant empoché le plus de revenus doivent en verser une partie aux dix clubs ayant les revenus les plus faibles. De plus, un plafond (improprement appelé « cap salarial », un calque de l’anglais) est imposé à la masse salariale qu’un club peut verser à ses joueurs, afin d’éviter le genre de spirale inflationniste qui a causé le déménagement des équipes ne pouvant plus suivre la parade, notamment les Jets de Winnipeg (devenus les Coyotes de Phœnix) et les Nordiques de Québec (devenus l’Avalanche du Colorado). Ces deux principales formes de redistribution de la richesse, le plafond salarial et les redevances, ont donné lieu à un phénomène appelé la « parité ». Les équipes sont maintenant mieux équilibrées et plus compétitives, et l’époque des « dynasties », ces équipes qui remportaient trois ou quatre coupes Stanley d’affilée, est bel et bien terminée.

Cependant, cette parité a ses effets pervers. Les contraintes du plafond salarial obligent des équipes à se départir de joueurs qu’elles ont elles-mêmes repêchés et formés lorsque leur prix sur le marché devient trop élevé (les Devils du New Jersey ont perdu Brian Gionta au profit des Canadiens de Montréal pour cette raison). La formation des équipes devient alors un carrousel dans lequel les joueurs changent d’adresse au gré de l’offre et de la demande, ainsi que de la marge de manœuvre des directeurs généraux. « C’est triste, commente Marc-André Bergeron, des Canadiens de Montréal. Je crois que les partisans méritent de s’attacher à leurs joueurs, de les regarder grandir et évoluer dans leur carrière. » Bergeron est lui-même l’un de ces joueurs qui ont passé toute leur carrière ans leurs valises, changeant d’équipe d’une saison à l’autre ou presque.

De plus, la redistribution des revenus aide la LNH à maintenir sur respirateur artificiel des équipes implantées dans des régions où le hockey ne fait pas partie de la culture. On n’a qu’à penser à la saga des Coyotes de Phœnix, dont la faillite a mené au rachat du club par la Ligue, au désespoir des amateurs de hockey de Winnipeg et de Québec, qui espéraient que l’équipe soit transférée près de chez eux. Mais surtout, les amateurs des clubs les plus prospères, notamment ceux de Toronto, de Montréal et de Vancouver, ont l’impression que le commissaire Gary Bettman leur fait les poches pour financer sa lubie d’implanter le hockey dans le sud des États-Unis, dont les équipes notoirement déficitaires jouent régulièrement dans des arénas à moitié vides malgré la distribution de billets gratuits.

C’est d’autant plus enrageant que dans ces marchés déserts, les joueurs de hockey peuvent toucher le même salaire que leurs confrères du Nord sans avoir à satisfaire les milliers, voire les millions d’amateurs exigeants. Ils n’ont pas non plus à affronter les dizaines de journalistes coriaces de marchés intraitables comme Montréal, Toronto, New York, Vancouver et Boston, pour n’en nommer que quelques-uns, où le hockey est une folie, voire même une religion. À Montréal, les « maudits fans » et les « maudits journalistes » sont régulièrement accusés de tenir les meilleurs joueurs loin du Tricolore.

Vincent Lecavalier, du Lightning de Tampa Bay. Archives La Presse Canadienne.

Prenez l’exemple de Vincent Lecavalier, du Lightning de Tampa Bay. Le Lightning est une autre de ces franchises dont les finances fragiles sont tenues à flot grâce, entre autres, à la générosité des équipes du Nord dont la prospérité est garantie par un immense bassin d’amateurs fidèles et passionnés. La rumeur court que le Québécois ne veut rien entendre de venir jouer pour les Canadiens. Évidemment, il est normal que Lecavalier, qui a été repêché et formé par le Lightning, se soit montré loyal envers l’organisation en signant une entente de plusieurs années assortie d’une clause de non-mouvement. Par contre, ce joueur est quand même payé la somme faramineuse de 10 millions de dollars par année pour répondre aux questions de deux journalistes et demi en moyenne, conserver son incognito et garder ses orteils dans le sable sous le chaud soleil de la Floride. Vous trouvez ça juste?

Si ce n’était de l’entêtement du commissaire Bettman à maintenir des équipes dans la Sun Belt, le beau Vincent, à dix millions de dollars, aurait été obligé de s’enlever les orteils du sable, de faire ses valises pour le Nord et de justifier son chèque de paie dans un vrai marché de hockey, avec un vrai public, une vraie meute de journalistes et une véritable pression. Avec les Rangers de New York, les Bruins de Boston ou les Maple Leafs de Toronto, par exemple.

Ou même avec les Canadiens de Montréal.

Haute spéculation (actions en Bourse/joueurs de la LNH)

24 mai 2010 à 6:38   | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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Cette chronique sera l’avant-dernière de la saison. Au lieu de parler de politique et de hockey, elle mêlera plutôt le hockey et la finance. La dernière chronique reviendra à la politique, après quoi je prendrai une pause avant de réfléchir à l’orientation future de mon blogue.

Auteur inconnu. Récupéré de : http://www.jokesy.com/2009-01/

Cette année, pour la première fois, j’ai participé à un pool. Je n’ai pas encore déterminé avec certitude l’équivalent français adéquat pour ce terme, mais les pistes les plus prometteuses sont poule et hockey de fantaisie. Je vous reviendrai là-dessus si mes recherches sont concluantes. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le concept de pool, en voici les règles de base : chacun des participants sélectionnent un certain nombre de joueurs pour se bâtir une équipe fictive; chaque joueur vaut un certain nombre de points selon ses statistiques de la saison précédente; chaque participant a un nombre maximum de points en banque pour intégrer des joueurs à sa liste; à la fin de la saison, le participant dont les joueurs sur sa liste ont collectivement amassé le plus grand nombre de buts et de passes gagne les sommes ou le prix mis en jeu. À mon bureau, par exemple, le gagnant s’est fait payer un dîner à la Cage au Sports. L’autre façon de bâtir son équipe est de procéder par « repêchage » : chaque participant, à tour de rôle, choisit un joueur parmi ceux disponibles, et on recommence jusqu’à ce que chaque participant ait atteint le nombre maximal de joueurs; évidemment, les joueurs les plus prisés seront sélectionnés les premiers.

Outils et spécialistes à votre disposition

Dès que je suis rentrée dans le monde des pools, j’ai été fascinée par sa complexité et sa frénésie. En fait, les poolers me faisaient tout simplement penser aux spéculateurs en Bourse. Toute une industrie s’est développée autour des pools de plusieurs sports. Au début de la saison, plusieurs revues publient un numéro spécial consacré aux pools, en plus des guides annuels. Chaque joueur y est décortiqué selon ses forces et ses faiblesses, son âge, ses blessures, son ardeur au travail, sa tendance à produire de façon régulière ou bien par séquences, etc. Des sites Web offrent des services de gestion de pool. Vous pouvez également télécharger des logiciels de gestion de pool et d’aide au repêchage. Enfin, en août dernier, le magazine Pool Pro a été lancé pour tous les amateurs de pools de hockey.

Droits d'auteurs : The Hockey News. Récupéré de http://www.thehockeynews.com/listings/60-Special-Issues.html.

Ce travail d’analyse me fait penser à celui des revues financières spécialisées qui analysent dans le moindre détail les entreprises cotées en Bourse : le chiffre d’affaires, les investissements dans la recherche et développement, l’état des infrastructures, l’appartenance à un secteur aux performances régulières ou volatiles, les projets d’expansion, les membres du conseil d’administration, etc.

De plus, tout comme des analystes financiers gagnent leur vie à écrire des articles pour vous recommander tel titre ou vous déconseiller tel autre, des journalistes et chroniqueurs sportifs profitent du début de chaque saison pour vous recommander de prendre certains joueurs et d’en éviter d’autres. Certains joueurs, comme Sidney Crosby (Penguins de Pittsburgh) et Alex Ovechkin (Capitals de Washington), sont considérés comme des « blue chips », des joueurs de premier ordre, qui vous rapporteront à coup sûr beaucoup de buts et de passes, mais qui vous coûteront beaucoup de « points d’achats ». D’autres, comme Marian Gaborik (Rangers de New York), étaient considérés à éviter à cause de leur propension à rater des matchs pour cause de blessures. Les recrues sont évaluées comme des entreprises en démarrage, en fonction de leur réussite dans les rangs mineurs.

Certaines entreprises en difficulté ont mauvaise réputation et sont dédaignés des investisseurs. Certains acheteurs, cependant, prévoient une reprise des affaires et achètent les actions de ces entreprises à un faible prix pour ensuite les revendre lorsque l’entreprise va mieux et que son cours est remonté. Les poolers expérimentés repèrent également les joueurs qui ne coûtent pas cher parce qu’ils ont connu une mauvaise saison à cause de circonstances sur lesquelles ils n’avaient aucun contrôle. C’est le cas de Tomas Plekanec (Canadiens de Montréal), qui avait connu une saison misérable en 2008-2009, subissant les contrecoups d’une saison épouvantable pour toute son équipe. Il s’est joliment rattrapé cette année, se hissant au premier rang de son équipe et au vingt-huitième de la LNH, au grand bonheur des poolers qui avaient flairé la bonne affaire en l’intégrant à leur équipe.

Droits d'auteur : AP Photo/Richard Drew. Récupéré du site http://www.livescience.com.

Ça prend du flair

Évidemment, une fois la saison commencée, il arrive que des événements viennent contrecarrer les plans des poolers. Un joueur se blesse, un autre ne produit pas autant que prévu. Les investisseurs craignent aussi de telles catastrophes : l’incendie d’une usine, une poursuite intentée contre une entreprise, tout peut influencer les titres boursiers. Il faut alors décider s’il vaut mieux vendre les actions de cette entreprise ou attendre patiemment que la situation s’améliore. Dans de nombreux pools, un mécanisme permet d’échanger des joueurs, mais il y a une limite au nombre d’échanges. Vient alors l’angoisse de la décision. Tout comme l’investisseur se demande quel est le bon moment pour vendre telle action et d’acheter telle autre, le pooler se demande s’il doit laisser partir un joueur improductif qui pourrait très bien se réveiller, ou prendre tel autre qui connaît une saison extraordinaire mais pourrait se blesser à tout moment. On comprend ainsi les poolers qui, chaque jour, se jettent frénétiquement sur les statistiques des joueurs qui viennent d’être mises à jour, pendant que les investisseurs consultent fiévreusement les cotes boursières. Les uns comme les autres sont soumis aux aléas de la fortune.

Auteur inconnu. Récupéré dans http://www.sentences.org/stock-market-mentality/

Le pool peut prendre une importance démesurée dans la vie des participants. On peut citer comme témoignage la publicité radio de la compagnie d’assurances Essor à CKAC. Un homme un raconte qu’il est en train de devenir quelqu’un d’important et d’acquérir des chose : il a une nouvelle maison, une nouvelle voiture, une conjointe avec qui il attend son premier enfant… et il est au premier rang des poolers à son travail! Si j’étais sa conjointe, je ne serais pas excitée d’apprendre que mon conjoint met son pool de bureau au même rang que la fondation d’une famille.

La loi de la jungle

S’il y a une leçon que j’ai tirée de ma participation au pool de mon travail, c’est qu’à la Bourse comme dans les pools, mieux vaut ne pas parier gros si on n’est pas un vrai connaisseur. Peu importe les chroniqueurs, les revues, les statistiques : la constitution d’un pool ou d’un portefeuille n’est pas aussi scientifique qu’il n’y paraît, et de nombreux joueurs comme de nombreuses actions sont sélectionnés à cause d’une réputation surfaite et non en raison d’une analyse rigoureuse. Combien d’investisseurs ont fait faillite parce qu’ils ont dépensé une fortune sur un « coup de cœur »? Combien de poolers sont-ils passés à côté d’un joueur d’un excellent rendement parce qu’ils n’aimaient pas son arrogance?

Et les résultats? me demanderez-vous d’un ton narquois. Ils ont été pitoyables. Anze Kopitar (Kings de Los Angeles) s’est révélé une heureuse surprise, mais Michael Cammalleri (Canadiens de Montréal) a produit en deçà des attentes en plus de manquer six semaines à cause d’une blessure au genou, Jonathan Cheechoo (Sénateurs d’Ottawa) a été médiocre, et tous mes échanges se sont avérés des fiascos. Après m’être maintenue en milieu de peloton une bonne partie de la saison, j’ai misérablement coulé au dernier rang des poolers de mon bureau. Ça m’apprendra.

Varia :

- Autre indice que le hockey ressemble à la politique : les entraîneurs, comme les politiciens, parlent pour ne rien dire. Ceux qui comprennent l’anglais pourront apprécier la démonstration qu’en fait Mike Boone, de La Gazette, à l’aide de la retranscription d’un point de presse de Jacques Martin, entraîneur-chef des Canadiens de Montréal.

- S’il y a une chose, une seule, qui me dégoûte dans le hockey, c’est la fierté que retirent certains joueurs de se faire casser les dents, comme si cette « blessure de guerre » leur faisait mériter une médaille. Jeudi dernier, Claude Giroux, des Flyers de Philadelphie, a perdu deux dents après un double-échec de Josh Gorges (Canadiens de Montréal). Il a déclaré qu’il avait « toujours rêvé de perdre une dent en jouant au hockey, et là [il en a] perdu deux ».
Le journaliste Luc Gélinas a vanté le courage de Ian Laperrière, des Flyers de Philadelphie, qui, après s’être fait casser sept dents en bloquant un tir, a demandé la permission à son soigneur de retourner au jeu.
Hier, le défenseur Duncan Keith, des Blackhawks de Chicago, a bloqué un tir… et a reçu la rondelle en plein sur la bouche, se faisant fracasser sept dents. L’une d’entre elles s’est logée dans sa gorge, le forçant à tousser pour la recracher. Malgré tout, il s’est fait injecter suffisamment d’analgésiques pour retourner au jeu avant la fin de la période et récolter une aide sur le but qui a permis aux siens d’égaliser la marque avant de l’emporter 4-2 sur les Sharks de San José.
Ma mère a toujours été d’une insistance maniaque pour que ses enfants prennent un soin jaloux de leurs dents. C’est probablement la raison pour laquelle ces fractures de dents me lèvent le cœur, et encore plus le « courage » primitif de ces joueurs qui en font si peu de cas.

- En relations publiques, chaque détail compte. Samedi, les billets pour assister au match de séries entre les Canadiens de Montréal et les Flyers de Philadelphie comportait la photo de Carey Price accompagnée de Jacques Plante et de Ken Dryden. Banal, direz-vous. Les billets étaient imprimés depuis trois mois, explique l’organisation des Canadiens.
Peut-être. Sauf qu’étant donné l’historique de la controverse des gardiens, Allan Walsh, l’agent de Jaroslav Halák s’est permis un rappel à l’ordre à l’endroit de l’organisation, qui a souvent traité son client comme un bouche-trou, alors qu’il est maintenant le héros des séries dans son équipe. Walsh, qui assume sans complexes son personnage d’agent arrogant et baveux, se sert de cette réputation pour faire le travail ingrat de « chialage » nécessaire à la défense des intérêts de son client, qui peut ainsi demeurer le gentil garçon poli que Montréal a toujours apprécié.

Les transfuges (deux députés de l’ADQ/Mike Komisarek)

22 septembre 2009 à 10:16   | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire
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« TRANSFUGE. n.m. Celui qui, à la guerre, abandonne les troupes dont il fait partie pour passer à l’ennemi. Il se dit aussi, figurément, de Quiconque [sic] abandonne son parti pour passer dans le parti contraire. » Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition.

Mike Komisarek n’est pas à proprement parler un transfuge, mais dans l’esprit des partisans du Tricolore, c’est tout comme. Sa décision de passer aux Maple Leafs n’en faisait ni plus ni moins qu’un infâme aux yeux des adorateurs de la Sainte Flanelle. Pourquoi une telle hargne, alors que l’entente de l’ex-Glorieux Steve Bégin avec les tout autant détestés Bruins de Boston n’a soulevé aucune vague?

Il faut dire que Steve Bégin a été chassé de Montréal, et que le chemin du retour lui était barré. Komisarek, lui, a grandi dans l’organisation; on lui prédisait un brillant avenir et on fondait de grands espoirs en lui. Celui en qui on voyait un meneur, un pilier de l’équipe, le successeur de Saku Koivu, est parti comme un rat fuyant un navire en flammes.

En réalité, Komisarek était dans son bon droit lorsqu’il s’est entendu avec Toronto. Son contrat avec le Canadien était arrivé à terme, et aucune obligation juridique ne le retenait à Montréal. De plus, à la fin de la dernière saison, le rouquin, moralement épuisé, semblait avoir franchement besoin de changer de décor. Ce costume de capitaine qu’on lui avait taillé, peut-être n’en a-t-il jamais voulu. Toutefois, en politique comme au hockey, la perception est reine. Le seul fait qu’il ait choisi Toronto - Toronto! - a suffi pour le faire passer aux yeux de ses anciens partisans de futur capitaine à vil mercenaire uniquement motivé par l’argent.

Lorsque les membres d’une équipe passe chez le concurrent, peu importe les plus nobles raisons qu’ils peuvent donner, la seule motivation que leur prête le public est l’intérêt personnel, en particulier l’intérêt lucratif. C’est ce qu’ont découvert avec douleur les anciens députés de l’Action démocratique du Québec Pierre Michel Auger et André Riedl lorsqu’ils ont traversé la chambre, comme le dit l’expression, pour aller rejoindre le Parti libéral du Québec. Comme vous vous en souvenez sûrement, l’ADQ était en très mauvaise posture à ce moment-là, et le premier ministre Jean Charest n’attendait que cette occasion pour déclencher des élections générales et mettre son adversaire au plancher. Les deux députés ont eu beau plaider que l’ADQ était trop autocratique à leur goût, tant les chroniqueurs que les électeurs étaient convaincus qu’ils ne cherchaient qu’à conserver leur poste.

Qu’il ait été motivé par l’argent ou sincèrement inspiré par l’équipe, Komisarek a eu le bon sens de ne pas gaspiller de salive à se défendre. Il a laissé tomber avec philosophie : « c’est ça, la compétition, et ce qui rend le sport si formidable: tu passes constamment de héros à vilain ».

Alors, que doit  faire le partisan? Lâcher prise et pardonner au gros défenseur, parce que c’est l’attitude la plus adulte à adopter? Ou laisser cours à sa rage et le huer aussi copieusement que s’il avait recouvert la statue de Maisonneuve de papier de toilette avant de partir?

En fait, il importe peu que la décision du défenseur soit légitime ou non. Le véritable enjeu est ailleurs : lorsqu’un joueur quitte pour une ville détestée, la terreur secrète des partisans (et fort probablement des joueurs) est de le voir revenir battre son ancienne équipe à son domicile même. Vous vous souvenez de Michael Ryder, n’est-ce-pas? Celui qui, lors de la série Montréal-Boston en 2008, faisait voler des avions de papier dans la galerie de presse, est revenu un an plus tard dans l’uniforme des Bruins infliger une cuisante humiliation à ses anciens coéquipiers. C’est pourquoi le 1er octobre, à Toronto, les joueurs du Tricolore ne peuvent montrer aucune pitié envers Komisarek : ils doivent l’écraser, l’aplatir en purée sur la bande, sans ménagement, sans état d’âme. Pas pour se venger. Simplement pour se convaincre, et convaincre leurs partisans, qu’ils ont surmonté son départ, et que la page Mike Komisarek est définitivement tournée.

Le soir de l’élection provinciale de 2008, les militants de l’ADQ, atterrés, voyaient leur parti ramené sous la barre des douze députés qui leur auraient assuré le statut de parti officiel. Mince consolation : le même soir, les « traîtres », Auger et Riedl, étaient mis à la porte par leurs propres électeurs.

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