Jaroslav Halák doit réapprendre à gagner
19 mars 2011 à 7:00 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireMots-clefs : 110 %, Association de l’Est, Association de l’Ouest, Blue Jackets, Blues, Brian Gionta, Canadiens, canucks, Capitals, Carey Price, Columbus, David Perron, Détroit, Guy Carbonneau, Jaroslav Halák, Josh Gorges, Marc Denis, Michael Cammalleri, Montréal, Peoria, Red Wings, Roman Hamrlik, Saint-Louis, T.J. Oshie, Ty Conklin, vancouver, Washington
Cet article a initialement été publié le 19 novembre 2010 sur le site du Grand Club. Lorsque j’ai voulu mettre mon blogue à jour avec la publication du récit de ma soirée au Scottrade Center, je me suis rendue compte qu’il y manquait ce texte. Désolée de cet oubli. Pour ceux qui s’inquièteraient au sujet du gardien des Blues de Saint-Louis, il a retrouvé son aplomb et vient d’enregistrer son cinquième blanchissage de la saison face aux Kings de Los Angeles.
Après un début de saison brillant, les Blues de Saint-Louis se retrouvent maintenant dans une position délicate. Depuis la désastreuse défaite de 8-1 contre les Blue Jackets de Columbus, l’équipe se fait défoncer, et leur gardien numéro un, Jaroslav Halák, a accordé 19 buts à ses quatre derniers départs. Le gardien slovaque a-t-il perdu sa capacité à rebondir après une défaite, une caractéristique maintes fois célébrée à Montréal? Quelques méchantes langues de Montréal ont déjà annoncé que la « balloune » se dégonflait, et que le feu de paille était sur le point de s’éteindre.
Replaçons les choses dans leur contexte. Lors de la défaite contre Columbus, au cours de laquelle les patineurs de Saint-Louis avaient carrément pris congé, leur meilleur pointeur, T.J. Oshie, s’est fracturé la cheville. Il en a pour trois mois avant de revenir. Les Blues étaient déjà et sont toujours privés d’un autre attaquant clé, David Perron. Ajoutez-y les défenseurs Roman Polak et Barret Jackman, et vous obtenez une situation similaire à celle qui prévaudrait à Montréal si les Canadiens devaient se passer à la fois de Michael Cammalleri, de Brian Gionta, de Roman Hamrlik et de Josh Gorges. D’autres blessés sont revenus au jeu, mais l’autobus n’arrête pas de circuler entre Saint-Louis et Peoria, son club-école. Pourtant, les blessures n’expliquent pas à elles seules l’avalanche de buts accordés non seulement par Halák, mais aussi par Ty Conklin, son adjoint. Pourtant, Conklin est l’une des gardiens auxiliaires les plus réputés et a récolté un blanchissage pas plus tard que le mois dernier.
« Halák va se replacer le prochain match, répètent les amateurs de hockey qui l’ont connu à Montréal. Il l’a toujours fait. » Néanmoins, ce mantra ne fonctionne pas comme un ressort automatique; voilà les Blues viennent de subir cinq défaites, chacune plus inquiétante que la précédente.
Il faut avoir regardé au moins quelques-uns de ces matchs pour obtenir des éléments de réponse à ce blocage. Dans l’Association de l’Ouest, où le jeu est beaucoup plus ouvert et agressif que dans l’Est, Saint-Louis est l’une des équipes au caractère le plus défensif. Or, non seulement la défense a perdu deux de ses plus précieux membres, mais son esprit de corps même semble s’être érodé. Les Blues sont une équipe au fonctionnement capricieux : ils peuvent sortir en force pendant deux périodes, puis se désorganiser complètement en quelques minutes.
Au milieu de ce chaos, Halák lui-même se montre parfois imprévisible. Au cours des derniers matchs, tour à tour, il faisait des arrêts absolument brillants, subissait des buts sur lesquels il ne pouvait absolument rien, puis laissait passer des sapins inattendus. Il s’accroche et ne lâche jamais, mais semble parfois débordé et même ébranlé. Mercredi soir, en voulant balayer la rondelle, il l’a accidentellement envoyée dans son propre but. Cet incident aurait été cocasse si les Bleus avaient remporté la partie. D’ailleurs, les Blues, jusque là un peu endormis, ont été réveillés par ce but et ont joué comme des lions pendant plus de deux périodes, avant de se décomposer de façon spectaculaire.
L’an dernier, à Montréal, Halák a rarement subi deux défaites de suite. Et pour cause : dès qu’il en subissait une, on le clouait au banc! Et soudain, le voilà qui fait face à une séquence de défaites qui commence à s’allonger. Peut-il s’en sortir?
Un nouveau casse-tête
Faisons un retour dans le passé, plus précisément à Montréal, en janvier 2009. Carey Price est blessé à la cheville et Jaroslav Halák le remplace, secondé par Marc Denis. Le jeune gardien accorde des retours à la pelle, laisse passer de mauvais buts et entretient un pourcentage d’arrêt sous la barre des 90 %. Les fans expriment leur mécontentement, les commentateurs de 110 % se demandent quoi faire avec lui, et Guy Carbonneau, son entraîneur, dit publiquement : « S’il est honnête avec lui-même, il sait qu’il ne joue pas bien. Il doit se montrer plus fort mentalement. »
Quelques semaines plus tard, Halák remporte plusieurs victoires, puis se dresse devant les Canucks de Vancouver et arrache un blanchissage. La foule l’ovationne, il est louangé à 100 %, et Guy Carbonneau exprime sa satisfaction : « Il a apporté de la stabilité devant le filet » . C’est a partir de ce match que la réputation d’Halák à Montréal a pris son envol.
Je regardais Halák pendant la partie contre les Red Wings : il ressemblait à un élève perplexe devant sa copie d’examen, aux prises avec un problème de mathématiques particulièrement difficile. Depuis quelques mois, le gardien faisait penser à ces « geeks » qui résolvent des cubes Rubik machinalement, l’un après l’autre, tant ils en ont pris l’habitude. Halák gagnait la majorité de ses parties comme s’il résolvait la plus grande partie d’une caisse de cubes Rubik, les quelques cubes restants représentant ses défaites. Maintenant, on vient de lui enlever ses cubes Rubik pour les remplacer par un cahier complet de Sudoku. Voilà le nouveau casse-tête : comment fait-on pour remporter des parties avec une attaque qui ne compte presque pas, une défense poreuse et une équipe à la confiance fragilisée? Halák ne se plaint pas, Halák travaille à résoudre le problème. Mais cette fois, le problème est plus coriace, et la pensée magique « il va rebondir » ne suffit plus.
Une partie de la solution se trouve chez ses coéquipiers. Mercredi, malgré l’absence de joueurs importants et un jeu décousu, ils ont livré une belle bataille jusqu’au quatrième but des Red Wings de Détroit, qui est venu briser l’égalité. La défense s’est alors littéralement désintégrée, et les Wings sont venus importuner le gardien des Blues d’une manière qui rappelait les Capitals de Washington du printemps dernier. Au moins, on sait que les Blues peuvent montrer du caractère, mais ils doivent apprendre à jouer pendant 60 minutes, pour reprendre l’expression consacrée. De plus, l’interaction entre Halák et ses coéquipiers semblent un peu différente de celle qu’on voyait à Montréal. L’an dernier, Halák insufflait du courage à ses coéquipiers, alors que ces mêmes joueurs se montraient mous comme de la guenille devant Carey Price : une vraie équipe de Jekyll et Hyde. À Saint-Louis, toute la formation, attaquants, défenseurs et gardiens, vit et meurt d’un seul corps. Si un seul volet fait défaut, toute l’équipe échappe le match.
La saison dernière, Jaroslav Halák et Carey Price avaient des statistiques presque semblables, sauf une : le nombre de victoires. Les observateurs mentionnaient qu’Halák, à la différence de Price, trouvait le moyen de gagner. Il y a quelques jours à peine, Marc Denis, maintenant chroniqueur à RDS, affirmait que cette saison, Price apprenait à gagner. Maintenant qu’Halák se retrouve dans des circonstances différentes de celles qu’il a connues à Montréal, il doit prendre ces nouvelles données, résoudre le problème et réapprendre à gagner.
Peut-il le faire? Bien sûr que si. Il s’est déjà sorti de ce genre d’impasse.
Pendant ce temps, à Montréal…
Des admirateurs de Price se plaignent qu’Halák a toujours bénéficié de plus d’indulgence que son coéquipier après une contre-performance. La fatigue, les blessures des coéquipiers, le traitement salaud des adversaires… « Si c’était Price, vous lui seriez tombés sur la gueule », protestent-ils. L’an passé, cette différence de traitement était tout à fait normale. La mauvaise attitude de Price, attestée encore récemment par Marc Denis, nuisait à la confiance de ses coéquipiers et à ses propres performances; de son côté, même dans la défaite, Halák donnait toujours ce qu’il avait à donner.
Honnêtement, lorsqu’il vous arrive de devoir réparer la gaffe d’un collègue de travail, vous seriez indulgent s’il s’agit d’un travailleur habituellement efficace et aimable; par contre, s’il s’agit d’un employé geignard et peu porté sur l’effort, seriez-vous aussi clément? On récolte ce qu’on sème. Lorsque des fans de Price exigeaient qu’on fasse preuve de patience à son endroit, j’avais envie de répondre que je n’avais pas de patience pour les morveux. Qu’il ait 21, 25 ou 30 ans ne fait aucune différence. Le respect, ça se mérite.
Cette année, la situation se présente différemment pour Price. À cause de ses récents succès, bien entendu, mais surtout grâce à son changement d’attitude. Difficile de reconnaître le gardien qui, il y a six mois à peine, envoyait une rondelle au derrière d’un joueur des Capitals et écopait non pas d’une, mais de deux punitions pour conduite antisportive. Après quelques dizaines de taloches sur la gueule, Price a fini par comprendre ce que ses coéquipiers et les fans attendaient de lui et s’est comporté en conséquence. Ce n’est pas trop tôt, diront les cyniques. Peu importe : lorsqu’il connaîtra une séquence difficile, comme il arrive à tous les gardiens, les amateurs pourront enfin faire preuve de patience à son égard.
Parce que cette fois, il l’aura mérité.
Gestion de crise (André Boisclair/Andrei Markov)
4 février 2010 à 9:13 | Publié dans Chroniques politiques | 1 CommentaireMots-clefs : André Boisclair, Andrei Markov, Blackhawks, Canadiens, Carey Price, Chicago, cocaïne, Josh Gorges, Maxim Lapierre, Parti québécois, Patrick Kane

Photomontage d’après la Presse canadienne (André Boisclair, repris dans canoe.ca) et canadiens.com (Andrei Markov, repris dans fanatique.ca)
Lorsqu’on se met les pieds dans les plats, la meilleure façon de s’en sortir est souvent de tout avouer immédiatement en exprimant ses regrets et en affirmant avoir tiré une précieuse leçon de ses erreurs. Tiger Woods aurait dû suivre ce précepte : ses longues journées de silence, à l’ère de l’information-minute, auront probablement causé plus de dommage que le nombre réel ou supposé de ses maîtresses.
Pendant mes années de militantisme politique, la pire gestion de crise qu’il m’a été donnée de voir est celle qui a entouré l’affaire Boisclair. En pleine course à la chefferie du Parti québécois, les médias ont révélé qu’André Boisclair, le principal candidat de cette course et ancien ministre des Affaires municipales et de l’Environnement, avait autrefois consommé de la cocaïne alors qu’il était en exercice. Pétri d’orgueil, Boisclair a d’abord évité de répondre, malgré les preuves manifestes. Il a ensuite parlé d’« erreurs de jeunesse », avant que les médias réussissent à prouver qu’il avait consommé alors qu’il était ministre. Acculé au pied du mur, le candidat a fini par admettre l’évidence, avant de se déclarer victime des journalistes – un truc qui ne fonctionne jamais – puis d’affirmer, chaque fois que quelqu’un revenait sur le sujet, qu’il voulait « parler d’autre chose » – un truc qui fonctionne encore moins que le précédent.
Boisclair a remporté la course de justesse, mais a lamentablement perdu les élections générales qui ont suivi quelques mois après. Cette gestion de crise complètement catastrophique, en plus de conduire la carrière de du jeune politicien au naufrage, a causé des dommages profonds au Parti québécois. Peu après la démission de Boisclair, c’est une formation amochée et divisée que Pauline Marois a repris en main. Si Boisclair avait admis dès le départ qu’il avait consommé, il aurait pu limiter les dégâts : il aurait pu prétendre que l’ivresse du pouvoir lui avait monté à la tête, mais qu’il s’était repris à temps, et que cette dangereuse erreur avait fait de lui un homme plus mûr et plus réfléchi. Comme les Québécois aiment les repentis, on peut parier qu’ils lui auraient pardonné assez facilement.
Pourquoi l’altercation entre Andrei Markov et Carey Price a provoqué beaucoup plus de réactions que celle entre Michael Cammalleri et Maxim Lapierre? À la défense de Price, il faut mentionner que le jeune gardien est actuellement la cible préférée des éternels insatisfaits toujours à la recherche de coupables. De plus, les disputes font partie du quotidien des vestiaires sportifs. Cependant, si l’incident a suscité autant d’intérêt, c’est qu’il touche indirectement au cœur d’une question qui taraude depuis des semaines les amateurs et les journalistes : Carey Price a-t-il, oui ou non, des problèmes d’attitude envers ses coéquipiers qui nuisent au rendement de l’équipe? Malgré toute l’attention qu’ils retiennent, les gardiens ne sont vraiment pas le principal problème du Canadien. Cependant, le comportement de Price – bris de bâtons, blâmes envers ses défenseurs, départs prématurés de l’entraînement et de la période d’échauffement alors qu’il ne joue pas le match du même soir – soulève des inquiétudes chez les observateurs depuis déjà un certain temps.
Les journalistes auraient pu épargner beaucoup de temps et de salive à tout le monde en posant directement aux joueurs cette seule question sur les relations entre Price et le reste de l’équipe. Malheureusement, la majorité d’entre eux ont préféré chipoter sur les détails de l’incident, insister pour avoir la teneur exacte des propos tenus et gloser sur leur signification; bref, au lieu de s’attaquer au cœur du problème, ils ont tourné autour du pot. De quoi avaient-ils peur? De se faire haïr des joueurs? De se faire expulser du vestiaire?
Le joueur à qui a été confiée la « gestion de crise », Andrei Markov, s’est révélé lamentable dans cet exercice. Il a accusé les journalistes de « chercher des histoires » avant de leur déclarer tout net qu’ils devaient supporter l’équipe en ces temps difficiles! Je ne sais pas si notre meilleur défenseur a une conception soviétique du rôle des médias, mais le rôle fondamental du journaliste, celle qui définit sa profession, est de rapporter les faits. Quant au Canadien, il compte déjà sur un service de communication et un service de marketing pour lessiver le cerveau de sa clientèle. D’ailleurs, l’accusation de Markov était parfaitement injuste : certes, l’incident a fait beaucoup de bruit, mais la plupart des commentateurs ont rappelé que ces prises de becs sont monnaie courante dans les équipes professionnelles de sport, voire même positives dans la mesure ou elles permettent de régler des conflits latents.
De son côté, Maxim Lapierre nous a ressorti la rhétorique éculée de la « famille unie » et des « frères qui se chicanent ». Personnellement, je ne connais aucune famille dont les frères et sœurs ont chacun leur agent et renégocient leur contrat avec leurs parents à des intervalles de quelques années. Josh Gorges, réputé le meilleur ami de Price dans le vestiaire, a livré une réponse encore pire : « Je présume que ça vient avec le fait d’être gardien de but à Montréal », a-t-il déclaré, comme si cette excuse représentait une absolution de tout ce qui pouvait être reproché à son camarade. Personne n’a pensé à demander à Gorges pourquoi les mêmes blâmes ne sont pas adressés à l’autre gardien, Jaroslav Halák? Carey Price lui-même n’a pas aidé sa cause avec sa momerie sur la patinoire, lorsqu’il a fait un câlin à Markov tout en souriant aux caméras d’un air narquois. Price est réputé pour son sens de l’humour, mais il en a déjà fait un meilleur usage que dans ce cas-ci.
Qu’auraient pu faire Markov et les autres pour répondre de façon satisfaisante aux questions tout en sauvant la face et en protégeant la confidentialité des affaires de vestiaire? Plutôt que de prendre les journalistes à rebrousse-poil, ils auraient pu se montrer « désolés que cet incident ait soulevé les inquiétudes du public » (c’est toujours une bonne chose de tenir compte des sentiments du public, c’est lui qui paie après tout); expliquer que des athlètes professionnels « ont souvent une forte personnalité » (pour indiquer au passage que Price n’est pas le seul doté d’un caractère bien trempé); et rassurer les gens en rappelant que de tels incidents donnaient l’occasion aux joueurs de régler des malentendus (afin que les partisans y voient des retombées positives plutôt que des raisons de s’inquiéter). La façon dont les joueurs du Tricolore, embarrassés, ont tout fait pour minimiser l’affaire et ont traité les journalistes de haut n’a rien de rassurant, bien au contraire. On sentait que la tension n’avait pas disparu. L’incident est clos, mais le malaise demeure.
Voulez-vous un exemple de « gestion de crise » bien faite? Regardez du côté de Chicago. Le 23 janvier dernier, après une défaite gênante de 5-1 à Vancouver aux mains des Canucks, des joueurs des Blackhawks ont fait la fête torses nus dans une limousine avec une flopée de jolies filles. Évidemment, les photos ont rapidement fait le tour de la planète Web. L’un des joueurs concernés, Patrick Kane, a déclaré : « Ce n’est pas comme ça qu’on veut représenter l’équipe, mais on en a discuté à l’interne avec l’équipe. Ça s’est réglé dans le vestiaire. » L’enfant terrible des Blackhawks, qui avait eu une dispute l’été dernier avec un chauffeur de taxi pour une histoire de vingt cents, a ajouté : « J’ai 21 ans. Il est probablement temps de grandir un peu. » Rassurés, les médias ont tourné l’histoire en dérision : sans faire tout un plat de l’histoire, ils se sont quand même fait plaisir en se payant la tête des joueurs. La direction a rapidement déploré l’évènement avant de déclarer l’affaire close.
Voilà comment emballer un incident en peu de temps. Pas besoin de déchirer ses vêtements, ni de se raser la tête et de verser des cendres dessus. Vous faites un petit acte de contrition, vous déclarez avoir acquis de l’expérience et vous mettez le public dans votre petite poche arrière. Mais pour ça, il faut mettre son orgueil de côté. Plusieurs joueurs du Canadien en semblent tout bonnement incapables.
Alors que la blogosphère sportive montréalaise est repartie dans un autre cycle de « Careybashing », je suis désolée que mon nouveau billet porte sur un autre incident concernant Carey Price. Cependant, je m’attarde davantage aux réactions de ses coéquipiers que sur sa propre contribution. Dans un précédent billet, je vous avais avertis que Price reviendrait souvent dans mon blogue, puisque je parle d’image publique et que Price, à cause de sa position et de son impulsivité, est vulnérable aux incidents médiatisés.
Coup de sang (Jean Charest/Carey Price)
26 janvier 2010 à 7:00 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireMots-clefs : Benoît Pouliot, Blues, Cam Janssen, Carey Price, chienne, Dan Carcillo, Elsie Lefebvre, Flyers, Georges Laraque, Jean Charest, Josh Gorges, Marian Gaborik, Michael Cammalleri, Michel Villeneuve, Olivier Ford, Rangers, Red Fisher, Roman Hamrlik, Ryan O'Byrne, St-Louis
Le photomontage ci-dessus est réalisé à partir d’une photo de Jean Charest (©Le Devoir) et de l’arbitre François St-Laurent contenant Carey Price alors qu’il veut s’en prendre à Cam Janssen (©Reuters).
Dans des domaines de représentation publique comme la politique et le hockey, l’émotion est un ingrédient important, à condition de savoir le maîtriser. Les deux anecdotes qui suivent démontrent que l’émotion mal encadrée peut entraîner des résultats discutables.
« H%#&ie de chienne »
Le 15 juin 2005, pendant la période de questions à l’Assemble nationale, Elsie Lefebvre, députée péquiste de Laurier-Dorion et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’action communautaire, demande au premier ministre Jean Charest pourquoi la Croix-Rouge recevrait dorénavant une partie des dons des employés de l’État retenus directement sur leur salaire, alors qu’ils étaient jusque là entièrement versés à Centraide. Mme Lefebvre a insinué que l’épouse de M. Charest, Michèle Dionne, qui était cette année-là présidente d’honneur de la campagne de financement de la Croix-Rouge, avait pu jouer de son influence pour obtenir cette décision.
Mme Lefebvre a commis une grave infraction à une loi non écrite de la politique québécoise : ne jamais, au grand jamais, toucher à la famille d’un politicien, sauf pour porter de graves accusations que l’on doit appuyer de preuves en béton. Après avoir exprimé son dégoût envers la députée avec une vivacité qu’on lui voit rarement, M. Charest s’est rassis en jetant son micro sur le sol et a prononcé les mots : « h%#&ie de chienne ». Les grossièretés sont fréquentes à l’Assemblée nationale, mais celle-ci, captée par la caméra, a fait scandale et a forcé le premier ministre à s’excuser.
Sans ce dérapage, M. Charest aurait pu garder le gros bout du bâton dans cette affaire, car la députée Lefebvre s’était mise dans de beaux draps avec cette question déplacée, que l’équipe parlementaire péquiste lui avait de toute évidence mise dans les mains. Normalement, elle aurait dû s’excuser, mais la gaffe verbale du premier ministre lui a permis de jouer aux victimes en s’affirmant « blessée », et elle s’en est finalement tirée à très bon compte. Dommage pour Jean Charest que dans l’un des rares moments où il est capable d’exprimer une émotion sincère – et Dieu sait que notre politique en manque – il soit incapable de la contrôler pour en tirer des résultats positifs.
J’vas te péter la gueule
Cam Janssen a-t-il intentionnellement donné une mise en échec à Carey Price, lors du match de mercredi dernier opposant les Blues de St-Louis aux Canadiens de Montréal? Le gardien a-t-il, au contraire, fait exprès de se mettre dans le chemin du robuste attaquant? Quoi qu’il en soit, la violence de la collision a surpris Price lui-même. Alors que son défenseur Roman Hamrlik s’est rué sur Janssen, Price a jeté les gants et a tiré sur le chandail d’Hamrlik pour le tasser de côté et régler lui-même ses comptes. La foule l’a bruyamment applaudi avant qu’un officiel ne vienne le contenir. Il a fait preuve de caractère, selon plusieurs internautes et même l’animateur de La Zone, Michel Villeneuve. Red Fisher, chroniqueur de la Gazette et vénérable doyen de tous les commentateurs sportifs de la Sainte-Flanelle, n’est pas de cet avis, lui qui qualifie cette décision de [traduction] « décision la plus stupide de la semaine ».
Malheureusement pour Price, M. Fisher a raison. On a tendance à l’oublier, mais les bagarres comportent un grand risque de blessure. Déjà, lors du match contre les Rangers de New York, le dimanche précédent, les amateurs et les commentateurs n’étaient pas tous à l’aise avec la décision de Benoît Pouliot de se battre contre Wade Redden. Pouliot est l’un des meilleurs marqueurs du Tricolore ces temps-ci; une blessure au poignet l’a déjà tenu à l’écart de la patinoire plusieurs semaines. Que se serait-il passé s’il s’était blessé de nouveau? L’initiative de Pouliot pouvait toujours se défendre : lors d’un match où les Canadiens se faisaient rudoyer sans cesse par leurs adversaires, seuls le défenseur Josh Gorges et lui s’étaient décidés à jeter les gants, pendant que le justicier attitré, Georges Laraque, était cloué sur le banc, ignorant que le directeur général Bob Gainey avait déjà décidé de le renvoyer.
Normalement, les bagarres sont réservées aux costauds. Les joueurs étoiles sont épargnés, d’où les vives critiques à l’endroit de Dan Carcillo, des Flyers de Philadelphie, lorsqu’il a jeté les gants contre la vedette des Rangers, Marian Gaborik. Quant aux gardiens, leurs coéquipiers les protègent carrément comme des vestales intouchables. Si leurs adversaires collent leur gardien de trop près, ils leur rendent une petite visite « amicale » pour leur rappeler qu’il n’est pas trop bon pour leur santé de s’approcher autant de la Vierge immaculée. Si le gardien est agressé, le fautif est aussitôt exécuté sans merci. En effet, une équipe n’a que deux gardiens dans son alignement, deux pièces maîtresses de son succès. C’est pour cette même raison que, lors des mêlées devant le filet, le gardien doit se tenir à l’écart et se rendre dans un coin de la patinoire désigné par l’officiel.
Si Price avait obtenu son combat avec Janssen, celui-ci aurait pu l’envoyer à l’infirmerie pour longtemps. Son entraîneur Jacques Martin n’aurait sans doute pas été heureux, lui qui compte entre autres sur ses deux gardiens pour amener son équipe en séries. Par conséquent, la décision raisonnable qu’aurait dû prendre Price était de laisser mononcle Roman et les autres joueurs donner la fessée à Janssen. Certains ont critiqué Hamrlik pour son manque de vigueur, mais l’interférence de Price ne lui a pas vraiment donné la chance de donner à Janssen la correction souhaitée. Blessé dans son orgueil, le jeune gardien a voulu maladroitement prouver qu’il était un homme en se défendant lui-même. « Or, nous, c’est devant le but que nous voulons le voir… » a expliqué le défenseur tchèque avec justesse. La réaction de Price était parfaitement compréhensible dans les circonstances, mais espérons que ses entraîneurs lui ont expliqué l’importance de ne plus refaire une pareille erreur. Une leçon de plus dans son apprentissage.
Pour gagner des matchs, encore davantage remporter des séries, l’émotion est un moteur puissant et indispensable, à condition de pouvoir la juguler. « Ce dont nous manquions la veille, c’est la seule chose que nous avions ce soir, a fait remarquer l’attaquant Michael Cammalleri après la défaite contre les Rangers. On a joué avec beaucoup d’émotion et l’intention était là. Mais il nous aurait fallu faire plus attention aux détails, être plus efficace dans notre exécution, et ne pas essayer de seulement jouer sur l’émotion. »
Parfaitement dit.
*************
En vrac :
- Ce n’était décidément pas une bonne semaine pour Carey Price. Lundi, Le Journal de Montréal a publié une annonce du concessionnaire Olivier Ford, dont Price est le porte-parole. Le jeune homme, l’air parfaitement niais, y brandit un trousseau de clés à côté du slogan : « Mon arrêt clef sur la Rive-Sud, c’est Olivier Ford ». « Dommage que son arrêt clef ne soit pas au centre-ville », a aussitôt répliqué un internaute sarcastique. C’est d’autant plus dommage que Price, de loin le plus photogénique de l’équipe depuis le départ d’Alex Kovalev, nous avait habitué à des clichés splendides (je ne parle pas ici de ses photos de vacances). Ce n’est pas la fin du monde, mais je sens que des amateurs de Photoshop vont s’amuser…
- En quoi Georges Laraque était-il devenu une distraction? Tout simplement en faisant parler de lui davantage pour ce qu’il disait et faisait hors de la glace que sur la glace. Morale de l’histoire : même si vous êtes le gars le plus fin du monde, si vous ne livrez pas la marchandise, vous êtes remplaçable. Déjà, Ryan O’Byrne s’est affirmé comme pugiliste samedi soir, en caressant Aaron Voros de ses poings lors du match revanche contre les Rangers.
Un Blog WordPress.com. | Thème : Pool par Borja Fernandez.
Entrées et commentaires feeds.


