Gestion de crise (André Boisclair/Andrei Markov)
4 février 2010 à 9:13 | Publié dans Chroniques politiques | 1 CommentaireTags : André Boisclair, Andrei Markov, Blackhawks, Canadiens, Carey Price, Chicago, cocaïne, Josh Gorges, Maxim Lapierre, Parti québécois, Patrick Kane

Photomontage d’après la Presse canadienne (André Boisclair, repris dans canoe.ca) et canadiens.com (Andrei Markov, repris dans fanatique.ca)
Lorsqu’on se met les pieds dans les plats, la meilleure façon de s’en sortir est souvent de tout avouer immédiatement en exprimant ses regrets et en affirmant avoir tiré une précieuse leçon de ses erreurs. Tiger Woods aurait dû suivre ce précepte : ses longues journées de silence, à l’ère de l’information-minute, auront probablement causé plus de dommage que le nombre réel ou supposé de ses maîtresses.
Pendant mes années de militantisme politique, la pire gestion de crise qu’il m’a été donnée de voir est celle qui a entouré l’affaire Boisclair. En pleine course à la chefferie du Parti québécois, les médias ont révélé qu’André Boisclair, le principal candidat de cette course et ancien ministre des Affaires municipales et de l’Environnement, avait autrefois consommé de la cocaïne alors qu’il était en exercice. Pétri d’orgueil, Boisclair a d’abord évité de répondre, malgré les preuves manifestes. Il a ensuite parlé d’« erreurs de jeunesse », avant que les médias réussissent à prouver qu’il avait consommé alors qu’il était ministre. Acculé au pied du mur, le candidat a fini par admettre l’évidence, avant de se déclarer victime des journalistes – un truc qui ne fonctionne jamais – puis d’affirmer, chaque fois que quelqu’un revenait sur le sujet, qu’il voulait « parler d’autre chose » – un truc qui fonctionne encore moins que le précédent.
Boisclair a remporté la course de justesse, mais a lamentablement perdu les élections générales qui ont suivi quelques mois après. Cette gestion de crise complètement catastrophique, en plus de conduire la carrière de du jeune politicien au naufrage, a causé des dommages profonds au Parti québécois. Peu après la démission de Boisclair, c’est une formation amochée et divisée que Pauline Marois a repris en main. Si Boisclair avait admis dès le départ qu’il avait consommé, il aurait pu limiter les dégâts : il aurait pu prétendre que l’ivresse du pouvoir lui avait monté à la tête, mais qu’il s’était repris à temps, et que cette dangereuse erreur avait fait de lui un homme plus mûr et plus réfléchi. Comme les Québécois aiment les repentis, on peut parier qu’ils lui auraient pardonné assez facilement.
Pourquoi l’altercation entre Andrei Markov et Carey Price a provoqué beaucoup plus de réactions que celle entre Michael Cammalleri et Maxim Lapierre? À la défense de Price, il faut mentionner que le jeune gardien est actuellement la cible préférée des éternels insatisfaits toujours à la recherche de coupables. De plus, les disputes font partie du quotidien des vestiaires sportifs. Cependant, si l’incident a suscité autant d’intérêt, c’est qu’il touche indirectement au cœur d’une question qui taraude depuis des semaines les amateurs et les journalistes : Carey Price a-t-il, oui ou non, des problèmes d’attitude envers ses coéquipiers qui nuisent au rendement de l’équipe? Malgré toute l’attention qu’ils retiennent, les gardiens ne sont vraiment pas le principal problème du Canadien. Cependant, le comportement de Price – bris de bâtons, blâmes envers ses défenseurs, départs prématurés de l’entraînement et de la période d’échauffement alors qu’il ne joue pas le match du même soir – soulève des inquiétudes chez les observateurs depuis déjà un certain temps.
Les journalistes auraient pu épargner beaucoup de temps et de salive à tout le monde en posant directement aux joueurs cette seule question sur les relations entre Price et le reste de l’équipe. Malheureusement, la majorité d’entre eux ont préféré chipoter sur les détails de l’incident, insister pour avoir la teneur exacte des propos tenus et gloser sur leur signification; bref, au lieu de s’attaquer au cœur du problème, ils ont tourné autour du pot. De quoi avaient-ils peur? De se faire haïr des joueurs? De se faire expulser du vestiaire?
Le joueur à qui a été confiée la « gestion de crise », Andrei Markov, s’est révélé lamentable dans cet exercice. Il a accusé les journalistes de « chercher des histoires » avant de leur déclarer tout net qu’ils devaient supporter l’équipe en ces temps difficiles! Je ne sais pas si notre meilleur défenseur a une conception soviétique du rôle des médias, mais le rôle fondamental du journaliste, celle qui définit sa profession, est de rapporter les faits. Quant au Canadien, il compte déjà sur un service de communication et un service de marketing pour lessiver le cerveau de sa clientèle. D’ailleurs, l’accusation de Markov était parfaitement injuste : certes, l’incident a fait beaucoup de bruit, mais la plupart des commentateurs ont rappelé que ces prises de becs sont monnaie courante dans les équipes professionnelles de sport, voire même positives dans la mesure ou elles permettent de régler des conflits latents.
De son côté, Maxim Lapierre nous a ressorti la rhétorique éculée de la « famille unie » et des « frères qui se chicanent ». Personnellement, je ne connais aucune famille dont les frères et sœurs ont chacun leur agent et renégocient leur contrat avec leurs parents à des intervalles de quelques années. Josh Gorges, réputé le meilleur ami de Price dans le vestiaire, a livré une réponse encore pire : « Je présume que ça vient avec le fait d’être gardien de but à Montréal », a-t-il déclaré, comme si cette excuse représentait une absolution de tout ce qui pouvait être reproché à son camarade. Personne n’a pensé à demander à Gorges pourquoi les mêmes blâmes ne sont pas adressés à l’autre gardien, Jaroslav Halák? Carey Price lui-même n’a pas aidé sa cause avec sa momerie sur la patinoire, lorsqu’il a fait un câlin à Markov tout en souriant aux caméras d’un air narquois. Price est réputé pour son sens de l’humour, mais il en a déjà fait un meilleur usage que dans ce cas-ci.
Qu’auraient pu faire Markov et les autres pour répondre de façon satisfaisante aux questions tout en sauvant la face et en protégeant la confidentialité des affaires de vestiaire? Plutôt que de prendre les journalistes à rebrousse-poil, ils auraient pu se montrer « désolés que cet incident ait soulevé les inquiétudes du public » (c’est toujours une bonne chose de tenir compte des sentiments du public, c’est lui qui paie après tout); expliquer que des athlètes professionnels « ont souvent une forte personnalité » (pour indiquer au passage que Price n’est pas le seul doté d’un caractère bien trempé); et rassurer les gens en rappelant que de tels incidents donnaient l’occasion aux joueurs de régler des malentendus (afin que les partisans y voient des retombées positives plutôt que des raisons de s’inquiéter). La façon dont les joueurs du Tricolore, embarrassés, ont tout fait pour minimiser l’affaire et ont traité les journalistes de haut n’a rien de rassurant, bien au contraire. On sentait que la tension n’avait pas disparu. L’incident est clos, mais le malaise demeure.
Voulez-vous un exemple de « gestion de crise » bien faite? Regardez du côté de Chicago. Le 23 janvier dernier, après une défaite gênante de 5-1 à Vancouver aux mains des Canucks, des joueurs des Blackhawks ont fait la fête torses nus dans une limousine avec une flopée de jolies filles. Évidemment, les photos ont rapidement fait le tour de la planète Web. L’un des joueurs concernés, Patrick Kane, a déclaré : « Ce n’est pas comme ça qu’on veut représenter l’équipe, mais on en a discuté à l’interne avec l’équipe. Ça s’est réglé dans le vestiaire. » L’enfant terrible des Blackhawks, qui avait eu une dispute l’été dernier avec un chauffeur de taxi pour une histoire de vingt cents, a ajouté : « J’ai 21 ans. Il est probablement temps de grandir un peu. » Rassurés, les médias ont tourné l’histoire en dérision : sans faire tout un plat de l’histoire, ils se sont quand même fait plaisir en se payant la tête des joueurs. La direction a rapidement déploré l’évènement avant de déclarer l’affaire close.
Voilà comment emballer un incident en peu de temps. Pas besoin de déchirer ses vêtements, ni de se raser la tête et de verser des cendres dessus. Vous faites un petit acte de contrition, vous déclarez avoir acquis de l’expérience et vous mettez le public dans votre petite poche arrière. Mais pour ça, il faut mettre son orgueil de côté. Plusieurs joueurs du Canadien en semblent tout bonnement incapables.
Alors que la blogosphère sportive montréalaise est repartie dans un autre cycle de « Careybashing », je suis désolée que mon nouveau billet porte sur un autre incident concernant Carey Price. Cependant, je m’attarde davantage aux réactions de ses coéquipiers que sur sa propre contribution. Dans un précédent billet, je vous avais avertis que Price reviendrait souvent dans mon blogue, puisque je parle d’image publique et que Price, à cause de sa position et de son impulsivité, est vulnérable aux incidents médiatisés.
Coup de sang (Jean Charest/Carey Price)
26 janvier 2010 à 7:00 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Benoît Pouliot, Blues, Cam Janssen, Carey Price, chienne, Dan Carcillo, Elsie Lefebvre, Flyers, Georges Laraque, Jean Charest, Josh Gorges, Marian Gaborik, Michael Cammalleri, Michel Villeneuve, Olivier Ford, Rangers, Red Fisher, Roman Hamrlik, Ryan O'Byrne, St-Louis
Le photomontage ci-dessus est réalisé à partir d’une photo de Jean Charest (©Le Devoir) et de l’arbitre François St-Laurent contenant Carey Price alors qu’il veut s’en prendre à Cam Janssen (©Reuters).
Dans des domaines de représentation publique comme la politique et le hockey, l’émotion est un ingrédient important, à condition de savoir le maîtriser. Les deux anecdotes qui suivent démontrent que l’émotion mal encadrée peut entraîner des résultats discutables.
« H%#&ie de chienne »
Le 15 juin 2005, pendant la période de questions à l’Assemble nationale, Elsie Lefebvre, députée péquiste de Laurier-Dorion et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’action communautaire, demande au premier ministre Jean Charest pourquoi la Croix-Rouge recevrait dorénavant une partie des dons des employés de l’État retenus directement sur leur salaire, alors qu’ils étaient jusque là entièrement versés à Centraide. Mme Lefebvre a insinué que l’épouse de M. Charest, Michèle Dionne, qui était cette année-là présidente d’honneur de la campagne de financement de la Croix-Rouge, avait pu jouer de son influence pour obtenir cette décision.
Mme Lefebvre a commis une grave infraction à une loi non écrite de la politique québécoise : ne jamais, au grand jamais, toucher à la famille d’un politicien, sauf pour porter de graves accusations que l’on doit appuyer de preuves en béton. Après avoir exprimé son dégoût envers la députée avec une vivacité qu’on lui voit rarement, M. Charest s’est rassis en jetant son micro sur le sol et a prononcé les mots : « h%#&ie de chienne ». Les grossièretés sont fréquentes à l’Assemblée nationale, mais celle-ci, captée par la caméra, a fait scandale et a forcé le premier ministre à s’excuser.
Sans ce dérapage, M. Charest aurait pu garder le gros bout du bâton dans cette affaire, car la députée Lefebvre s’était mise dans de beaux draps avec cette question déplacée, que l’équipe parlementaire péquiste lui avait de toute évidence mise dans les mains. Normalement, elle aurait dû s’excuser, mais la gaffe verbale du premier ministre lui a permis de jouer aux victimes en s’affirmant « blessée », et elle s’en est finalement tirée à très bon compte. Dommage pour Jean Charest que dans l’un des rares moments où il est capable d’exprimer une émotion sincère – et Dieu sait que notre politique en manque – il soit incapable de la contrôler pour en tirer des résultats positifs.
J’vas te péter la gueule
Cam Janssen a-t-il intentionnellement donné une mise en échec à Carey Price, lors du match de mercredi dernier opposant les Blues de St-Louis aux Canadiens de Montréal? Le gardien a-t-il, au contraire, fait exprès de se mettre dans le chemin du robuste attaquant? Quoi qu’il en soit, la violence de la collision a surpris Price lui-même. Alors que son défenseur Roman Hamrlik s’est rué sur Janssen, Price a jeté les gants et a tiré sur le chandail d’Hamrlik pour le tasser de côté et régler lui-même ses comptes. La foule l’a bruyamment applaudi avant qu’un officiel ne vienne le contenir. Il a fait preuve de caractère, selon plusieurs internautes et même l’animateur de La Zone, Michel Villeneuve. Red Fisher, chroniqueur de la Gazette et vénérable doyen de tous les commentateurs sportifs de la Sainte-Flanelle, n’est pas de cet avis, lui qui qualifie cette décision de [traduction] « décision la plus stupide de la semaine ».
Malheureusement pour Price, M. Fisher a raison. On a tendance à l’oublier, mais les bagarres comportent un grand risque de blessure. Déjà, lors du match contre les Rangers de New York, le dimanche précédent, les amateurs et les commentateurs n’étaient pas tous à l’aise avec la décision de Benoît Pouliot de se battre contre Wade Redden. Pouliot est l’un des meilleurs marqueurs du Tricolore ces temps-ci; une blessure au poignet l’a déjà tenu à l’écart de la patinoire plusieurs semaines. Que se serait-il passé s’il s’était blessé de nouveau? L’initiative de Pouliot pouvait toujours se défendre : lors d’un match où les Canadiens se faisaient rudoyer sans cesse par leurs adversaires, seuls le défenseur Josh Gorges et lui s’étaient décidés à jeter les gants, pendant que le justicier attitré, Georges Laraque, était cloué sur le banc, ignorant que le directeur général Bob Gainey avait déjà décidé de le renvoyer.
Normalement, les bagarres sont réservées aux costauds. Les joueurs étoiles sont épargnés, d’où les vives critiques à l’endroit de Dan Carcillo, des Flyers de Philadelphie, lorsqu’il a jeté les gants contre la vedette des Rangers, Marian Gaborik. Quant aux gardiens, leurs coéquipiers les protègent carrément comme des vestales intouchables. Si leurs adversaires collent leur gardien de trop près, ils leur rendent une petite visite « amicale » pour leur rappeler qu’il n’est pas trop bon pour leur santé de s’approcher autant de la Vierge immaculée. Si le gardien est agressé, le fautif est aussitôt exécuté sans merci. En effet, une équipe n’a que deux gardiens dans son alignement, deux pièces maîtresses de son succès. C’est pour cette même raison que, lors des mêlées devant le filet, le gardien doit se tenir à l’écart et se rendre dans un coin de la patinoire désigné par l’officiel.
Si Price avait obtenu son combat avec Janssen, celui-ci aurait pu l’envoyer à l’infirmerie pour longtemps. Son entraîneur Jacques Martin n’aurait sans doute pas été heureux, lui qui compte entre autres sur ses deux gardiens pour amener son équipe en séries. Par conséquent, la décision raisonnable qu’aurait dû prendre Price était de laisser mononcle Roman et les autres joueurs donner la fessée à Janssen. Certains ont critiqué Hamrlik pour son manque de vigueur, mais l’interférence de Price ne lui a pas vraiment donné la chance de donner à Janssen la correction souhaitée. Blessé dans son orgueil, le jeune gardien a voulu maladroitement prouver qu’il était un homme en se défendant lui-même. « Or, nous, c’est devant le but que nous voulons le voir… » a expliqué le défenseur tchèque avec justesse. La réaction de Price était parfaitement compréhensible dans les circonstances, mais espérons que ses entraîneurs lui ont expliqué l’importance de ne plus refaire une pareille erreur. Une leçon de plus dans son apprentissage.
Pour gagner des matchs, encore davantage remporter des séries, l’émotion est un moteur puissant et indispensable, à condition de pouvoir la juguler. « Ce dont nous manquions la veille, c’est la seule chose que nous avions ce soir, a fait remarquer l’attaquant Michael Cammalleri après la défaite contre les Rangers. On a joué avec beaucoup d’émotion et l’intention était là. Mais il nous aurait fallu faire plus attention aux détails, être plus efficace dans notre exécution, et ne pas essayer de seulement jouer sur l’émotion. »
Parfaitement dit.
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En vrac :
- Ce n’était décidément pas une bonne semaine pour Carey Price. Lundi, Le Journal de Montréal a publié une annonce du concessionnaire Olivier Ford, dont Price est le porte-parole. Le jeune homme, l’air parfaitement niais, y brandit un trousseau de clés à côté du slogan : « Mon arrêt clef sur la Rive-Sud, c’est Olivier Ford ». « Dommage que son arrêt clef ne soit pas au centre-ville », a aussitôt répliqué un internaute sarcastique. C’est d’autant plus dommage que Price, de loin le plus photogénique de l’équipe depuis le départ d’Alex Kovalev, nous avait habitué à des clichés splendides (je ne parle pas ici de ses photos de vacances). Ce n’est pas la fin du monde, mais je sens que des amateurs de Photoshop vont s’amuser…
- En quoi Georges Laraque était-il devenu une distraction? Tout simplement en faisant parler de lui davantage pour ce qu’il disait et faisait hors de la glace que sur la glace. Morale de l’histoire : même si vous êtes le gars le plus fin du monde, si vous ne livrez pas la marchandise, vous êtes remplaçable. Déjà, Ryan O’Byrne s’est affirmé comme pugiliste samedi soir, en caressant Aaron Voros de ses poings lors du match revanche contre les Rangers.
Juge et partie (affaire Villanueva/affaire Burrows-Auger)
17 janvier 2010 à 4:42 | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaireTags : alex ovechkin, alexandre burrows, arbitrage, canucks, Carey Price, croix-rouge, david booth, haïti, Jaroslav Halák, mike richards, montréal-nord, nashville, police, predators, spvm, sq, stéphane auger, tim gleason, unicef, vancouver, villanueva
Pardon de cette longue pause dans mes billets. Le temps des Fêtes et le syndrome de la page blanche m’ont fait renouer avec ce blogue plus tard que prévu.
N’importe quel organisme qui veut démontrer sa probité fait examiner ses comptes et ses structures par une entité indépendante. Ainsi, de nombreuses entreprises font vérifier leurs livres comptables par des firmes spécialisées comme Deloitte et Touche ou McCarthy Tétreault. La Vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, jouit d’une indépendance totale vis-à-vis du gouvernement, ce qui lui a permis de fouiller le Programme des commandites malgré les protestations du gouvernement libéral de l’époque. Son homologue provincial au Québec, Renaud Lachance, n’hésite pas à tancer le gouvernement sur des dossiers sensibles comme les finances publiques et l’octroi de contrats dans le secteur des transports.
Dans le milieu policier, lorsqu’une intervention tourne au vinaigre et qu’il faut enquêter sur le travail des agents, cette tâche est confiée à un autre corps de police que celui auquel appartient le ou les policiers impliqués. C’est ainsi que, lors de l’affaire Villanueva, la Sûreté du Québec (SQ) s’est vu confier l’enquête sur l’incident pendant lequel un policier du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a abattu un jeune homme de 18 ans à Montréal-Nord. Or, de nombreux critiques ont affirmé que la SQ n’avait pas l’indépendance nécessaire en de telles circonstances, puisqu’une trop grande proximité existait entre les policiers, et que nombre d’entre eux avaient travaillé successivement pour les deux corps de police. De plus, plusieurs bévues ont été commises lors de l’enquête, la plus grave étant de ne pas séparer et interroger immédiatement les deux policiers en cause. Évidemment, plusieurs en ont déduit que la SQ était de connivence avec le SPVM dans cette affaire.
En Ontario, les enquêtes sur le travail des policiers sont confiées à l’Unité des enquêtes spéciales (UES), une entité indépendante où travaillent des civils et d’anciens policiers, et ces derniers ne peuvent pas enquêter sur leurs anciens employeurs. L’ancien dirigeant de l’UES, André Marin, a vertement critiqué la prise en charge de l’affaire par la SQ, éberlué que les agents n’aient toujours pas été interrogés trois jours après le drame.
En plus d’alimenter la méfiance des gens de Montréal-Nord envers les policiers, la gestion brouillonne de l’enquête mine la crédibilité des résultats. Par conséquent, même s’il s’avérait que les deux policiers n’aient rien à se reprocher, le reste de leur carrière sera entaché par le soupçon.
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Affiche d'un film de Jean-Pierre Mocky, sorti en 1983, avec Michel Serreault et Eddy Mitchell. Ceci n'est pas un encouragement à la violence contre les arbitres.
Le 11 janvier dernier, lors de la période d’échauffement précédant un match entre les Canucks de Vancouver et les Predators de Nashville, l’arbitre Stéphane Auger glisse quelques mots à l’ailier gauche Alexandre Burrows, des Canucks. La scène est filmée, mais personne n’entend ce que les deux hommes se disent. Plus tard, en troisième période, Auger décerne coup sur coup à Burrows deux pénalités qui, de l’avis de tous les experts, sont totalement injustifiées. Après le match, Burrows affirme qu’Auger lui a déclaré, à la période d’échauffement, vouloir se venger de lui pour l’avoir fait mal paraître lors du match du 8 décembre précédent entre les deux formations. À ce match, Auger avait décerné une pénalité à Jerred Smithson, qui avait servi une mise en échec à Burrows, mais il s’est avéré par la suite que ce dernier avait « plongé », c’est-à-dire qu’il s’était laissé choir pour que son adversaire écope d’une pénalité.
La Ligue nationale de hockey (LNH), déjà durement critiquée pour la qualité de son arbitrage, s’est retrouvée dans l’embarras suite à la déclaration de Burrows. Comme elle n’avait que sa parole contre celle d’Auger, elle s’est empressée d’étouffer l’affaire en donnant l’absolution à son arbitre et en infligeant une amende de 2 500 $ au joueur. Cette dernière sanction, l’équivalent d’une tape sur les doigts, laisse penser que la Ligue accorde une certaine crédibilité à la version de Burrows. Il faut mentionner, à la défense de la LNH, que la saison bat son plein : il est donc logique de vouloir éteindre rapidement une polémique qui n’aurait fait que grandir d’un match à l’autre. Si elle avait laissé Burrows impuni, combien d’autres joueurs, entraîneurs et directeurs généraux auraient déversé leur fiel sur les « zèbres » match après match? Si cette controverse avait eu lieu avant un long congé, par exemple avant la pause olympique ou vers la fin des séries, la Ligue aurait eu une plus grande marge de manœuvre pour effectuer une enquête véritablement transparente.
Malgré tout, on constate encore que la priorité absolue de la LNH est de sauver la face, puisqu’elle embauche et gère directement les arbitres. Déjà, de nombreux observateurs prédisent qu’Auger n’arbitrera aucun match des séries, et que son contrat ne sera probablement pas renouvelé l’été prochain. C’est ce qu’on appelle se faire mettre sur la voie de garage. Malgré tout, cette façon de procéder en catimini ne fait rien pour redorer l’image de la Ligue. Déjà, on l’accuse d’être partiale lorsqu’il s’agit de décerner des suspensions. Ainsi, Mike Richards, une vedette des Flyers de Philadelphie, a assommé David Booth, des Panthers de la Floride, le 24 octobre dernier. Victime d’une commotion cérébrale, Booth manquera le reste de la saison, Pourtant, Richards n’a reçu aucune sanction. Alex Ovechkin (Capitals de Washington), présentement la plus grande star de la Ligue avec Sidney Crosby (Penguins de Pittsburgh), est demeuré impuni malgré plusieurs coups vicieux sur d’autres joueurs. En décembre dernier, il a enfin reçu une suspension de deux matchs pour avoir sorti le genou contre Tim Gleason (Hurricanes de la Caroline). Incidemment, Ovechkin, qui s’est amoché le genou en portant ce coup, aurait manqué au moins l’un de ces deux parties à cause de cette blessure.
Devant cette gestion maladroite et pusillanime, les amateurs désenchantés expriment à haute voix leur cynisme, doutant de plus en plus de l’intégrité de la Ligue. C’est ce qui arrive lorsqu’on agit à la fois en juge et partie.
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Varia :
- Carey Price connaît une baisse de popularité sans précédent. C’est un signe infaillible que les médias flairent l’odeur du sang lorsqu’ils commencent à donner des renseignements qu’ils gardaient auparavant pour eux. Ainsi, on a appris que Price se faisait sarcastiquement surnommer « Superstar » par ses coéquipiers l’an passé, et qu’à la fin des entraînements avant les matchs et des périodes d’échauffement, il quitte la patinoire avant son collègue Jaroslav Halák même lorsque ce dernier est désigné pour garder les buts, ce qui contraire au protocole en vigueur depuis longtemps dans la LNH. Sur les réseaux sociaux, on se déchaîne contre le jeune gardien au moral ébranlé.
Malgré tout, ce serait idéal si tous les fans d’Halák, et surtout les dénigreurs de Price déguisés en fans d’Halák, prennent exemple sur le Slovaque et démontrent la même courtoisie et le même respect dont il a toujours fait preuve.
- Si vous êtes comme moi, il n’a fallu que quelques heures pour vous écœurer de la surenchère médiatique autour du tremblement de terre en Haïti. CNN a porté cette exploitation à son paroxysme en plaquant une caméra à quelques pouces du visage d’une petite fille à moitié ensevelie et en le montrant à la télévision durant des heures pendant que la pauvre enfant attendait patiemment que les secouristes aient fini de déblayer les décombres qui l’emprisonnaient (la malheureuse est décédée de ses blessures après qu’ils aient réussi à la dégager et à l’amener à un médecin).
Malgré tout, derrière cette guerre de cotes d’écoutes, il y a d’innombrables humains dans une profonde détresse, alors soyez gentils et donnez à la Croix-Rouge ou à Unicef, qui s’occupent de secourir les sinistrés. Merci.
À bon vin point d’enseigne (Andrée Boucher/Jaroslav Halák)
17 décembre 2009 à 3:11 | Publié dans Chroniques politiques | 2 CommentairesTags : Allan Walsh, andrée boucher, Bob Gainey, Carey Price, chris higgins, Guy Carbonneau, Jaroslav Halák, Marc-André Bergeron, Patrice Brisebois
Pourquoi tant d’enveloppes brunes circulent-elles dans le monde de la politique? Parce que les règles de financement des partis politiques, aussi louables soit-elles, ne permettent pas aux partis de financer correctement leurs campagnes électorales. Ce n’est pas avec des soupers-spaghettis que vous pouvez payer le local, les pancartes, les personnel de communications et toutes les autres dépenses. Les méthodes de financement des partis politiques sont peut-être immorales, mais inévitables. Pour vous en convaincre, je vous conseille l’excellente chronique d’Yves Boisvert. Comme le disait si bien Cicéron, l’argent est le nerf de la guerre.
Andrée Boucher, tape-à-l’œil
La politique offre pourtant de ces exceptions où des David presque nus parviennent à vaincre des Goliath lourdement cuirassés. C’est le cas de feue Andrée Boucher, qui est parvenue, en 2005, à se faire élire mairesse de Québec avec pas plus de 5 000 $ dans sa caisse électorale. Pas de pancartes, pas de publicités, pas de parti, même pas de programme.
En réalité, Andrée Boucher était déjà un personnage connu depuis longtemps dans la région de Québec, et même dans la province. Elle avait mairesse de Sainte-Foy de 1985 à 2001, puis animatrice de radio jusqu’en 2005. Flamboyante, directe, dure même, elle menait ses projets tambour battant, malgré les controverses qu’elle contribuait parfois à alimenter. L’image la plus mémorable que l’on garde de la mairesse est cette fameuse robe griffée qu’elle a porté pour rencontrer l’ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin. Cette robe était à son image : colorée. Sa personnalité tapageuse mais attachante lui a donné le capital nécessaire pour faire campagne pour la mairie avec des moyens plus que limités. Non seulement elle a remporté son pari, mais après son décès subit, deux ans plus tard, tous les candidats à sa succession ont tenté d’imiter son style afin de se gagner le cœur des habitants de Québec.
Jaroslav Halák, le timide
Difficile d’imaginer une personnalité plus dissemblable d’Andrée Boucher que Jaroslav Halák, le gardien substitut des Canadiens. Discret, effacé même, il ne se plaint jamais, fuit la controverse et répond toujours avec tact aux questions pièges des journalistes. Repêché à la neuvième et dernière ronde de 2003, le jeune cerbère a la mission difficile de se faire un nom dans l’ombre de son coéquipier Carey Price, repêché à la première ronde de 2005. La direction du Canadien, Bob Gainey et Trevor Timmins en tête, était tellement entichée de Price qu’elle a tassé Halák sans ménagement pour lui donner sa place, d’abord chez les Bulldogs de Hamilton, le club-école du Tricolore, puis chez les Canadiens mêmes.
Mais Price met du temps à s’adapter à son rôle de premier gardien. Pendant la saison du Centenaire, il connut des résultats en dents de scie. On maugréa contre son attitude arrogante, son manque d’effort à l’entraînement, sa vie dissipée hors glace. Pendant ce temps, « Jaro », toujours vaillant et de bonne humeur, finit, après quelques matchs mitigés, par connaître un succès éclatant au mois de février 2009. De nombreux amateurs qui, quelques semaines plus tôt, l’auraient échangé contre n’importe laquelle des Ice Girls des Islanders de New York, vantèrent soudainement son éthique et sa patience et accusèrent Bob Gainey d’injustice à son égard. Toute la propagande en faveur de Price commença alors à lui nuire, et il gagna le surnom de « chouchou à Gainey », une étiquette qui lui colle encore à la peau. Depuis, Price semble avoir retrouvé son aplomb et corrigé plusieurs de ses défauts, mais il a encore besoin de prouver une certaine constance à moyen terme avant de gagner définitivement la confiance des partisans.
Dans cet énième épisode de la « controverse des gardiens », Halák manœuvre délicatement pour ne se mettre personne à dos. Il sait très bien n’avoir gagner en bougonnant : pourquoi défendre sa cause à la pointe de l’épée, alors que ses fans, son agent, les journalistes et même les humoristes le font beaucoup mieux que lui? Le jeune portier est sûrement d’une authentique gentillesse; pour s’en convaincre, il n’y avait qu’à le voir, lors du match contre les Sénateurs d’Ottawa, se pencher avec sollicitude sur ses compagnons Jaroslav Spacek, blessé au pied, et Josh Gorges, sonné par une mise en échec. Halák a le don de susciter l’affection du public et de ses coéquipiers, ces derniers jouant avec lui et pour lui. Après la victoire de l’équipe et d’Halák sur les Sénateurs, Marc-André Bergeron a déclaré : « Jaro ne méritait pas qu’on le laisse tomber à Buffalo [dans une défaite de 6-2 le 3 décembre]. On s’en était parlé ce matin et on voulait en jouer une grosse pour lui ». Lorsqu’il a blanchi contre les Canucks de Vancouver, le 24 février 2009, Patrice Brisebois et Chris Higgins ont affirmé que les joueurs ont travaillé fort pour lui procurer ce jeu blanc.
D’un autre côté, il a probablement compris qu’en exploitant habilement ce trait de sa personnalité, il pouvait mettre le public et les médias de son côté. C’est de bonne guerre, puisque l’organisation n’en a que pour Price. Immensément talentueux et très photogénique, le numéro un désigné a derrière lui toute la « machine » du Canadien, qui a monté un véritable culte autour de sa personne à l’aide de tee-shirts, d’affiches, d’enseignes géantes avec sa photo, d’entrevues mondaines dans les plus prestigieuses revues de sport et d’un photoreportage sur son patelin dans l’Actualité. On chuchote même que pour lui, Gainey lui aurait sacrifié un entraîneur aimé des partisans, Guy Carbonneau, et l’un des entraîneurs de gardiens les plus réputés de la LNH, Roland Melanson. Par ailleurs, le Canadien aurait pu faire beaucoup d’argent en vendant des tee-shirts et d’autres articles au nom d’Halák, mais se retient bien de le faire, car les articles promotionnels servent également à donner de la visibilité, à « marquer le territoire » : or, il ne faut surtout pas que le Slovaque fasse de l’ombre à l’Élu de l’organisation.
Mais le cœur des fans a ses raisons que la raison de Gainey ne peut comprendre. Malgré toute la « pédagogie » malhabile de l’organisation pour rentrer Carey Price dans la gorge des amateurs, de nombreux fans du Canadien aiment Jaro, veulent Jaro, réclament Jaro. Lequel répond avec douceur que son tour viendra… tout en aiguisant ses patins pour se tenir prêt.
Cependant, il ne peut rester éternellement dans cette impasse. S’il veut devenir numéro un, à Montréal ou ailleurs, il doit jouer plus souvent afin de prendre de la valeur, mais ces temps-ci, Carey Price mérite tout l’espace qu’il occupe. C’est pourquoi l’agent d’Halák et Bob Gainey ont récemment essayé de forcer un échange, quitte à ce que le Tricolore y perde au change. Malheureusement pour Halák, il y a une différence entre sa valeur intrinsèque et sa valeur marchande. La première est considérable, comme en témoigne l’attachement de son public et de ses coéquipiers. Cependant, la valeur marchande d’un joueur dépend surtout des besoins des autres équipes. Or, en ce moment, le marché des gardiens est faible : peu d’équipes ont besoin de ses services, et encore moins peuvent offrir quelque chose de potable en retour du jeune homme.
Jaro, le proto-Québécois
Machiavel enseignait que les vertus et les vices d’une personne ne sont que des outils qu’elle doit utiliser pour parvenir à ses fins. En faisant un usage judicieux de ses traits de personnalité, Jaroslav Halák, comme la mairesse Boucher avant lui, a conquis l’affection de son public et a compensé ainsi le manque de moyens matériels pour mousser sa popularité. La seule fois qu’il s’est retrouvé dans l’eau chaude, c’est par la faute d’Allan Walsh, son agent à la langue trop bien pendue.
Par ailleurs, je soupçonne qu’Halák réveille involontairement en nous l’un des stéréotypes les plus communs de la culture québécoise : l’ouvrier opprimé. Évidemment, s’il s’appelait Julien Hamel, il se ferait dénigrer et accuser de n’être retenu par le Canadien que parce qu’il est Québécois francophone. Sous son enveloppe slovaque, toutefois, il nous offre un personnage tout à fait proto-Québécois : le vaillant travailleur, consciencieux, docile et fidèle à son poste, qui subit l’injustice d’un méchant patron anglophone (Bob Gainey) au profit du fils de celui-ci, gâté, arrogant et paresseux (Carey Price). En fait, la réalité est beaucoup plus complexe, mais je suis convaincue que de nombreux fans défendent Halák parce qu’ils s’identifient inconsciemment à lui. Ça n’efface aucunement les mérites bien réels du jeune portier, ni l’injustice que lui fait subir le Canadien en le faisant poireauter aussi souvent sur le banc. Cependant, on devrait se retenir de dénigrer systématiquement Carey Price, qui nous montre des signes prometteurs depuis un mois.
Au Québec comme ailleurs, nous aimons les histoires de Cendrillon, où des protagonistes sous-estimés cheminent patiemment vers la réussite. Hollywood offre régulièrement des histoires du genre, par exemple The Pursuit of Happyness. Malheureusement, Andrée Boucher est décédée trop tôt pour laisser un héritage durable à la ville de Québec. Quant à Jaroslav Halák, il continue à rouler son rocher de Sisyphe, en attendant le jour où il parviendra enfin à décrocher un poste de gardien principal, vraisemblablement sous d’autres cieux.
Ce billet demeurait au réfrigérateur depuis quelque temps, mais les dernières rumeurs concernant l’échange de notre Slovaque préféré m’ont fait hâter sa parution (ce n’est pas la première fois que ce genre de chose m’arrive).
L’énième rumeur envoyait Halák aux Flyers de Philadelphie : sérieusement, quelqu’un imaginait-il cet agneau au milieu des Broad Street Bullies? Comme remplaçant de Ray Emery? Dans le poste autrefois occupé par Ron Hextall, le fou génial mais sanguinaire qui hantait mes cauchemars d’enfant? (« Maman, Ron Hextall est encore sous mon lit… il veut me tuer! ») Honnêtement, mon intuition me dit que le DG des Flyers aurait fait là toute une erreur de distribution.
Une image vaut mille mots
8 décembre 2009 à 2:41 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : andy clark, associated press, Carey Price, diego vélasquez, gustave doré, Jaroslav Halák, jean de la fontaine, la laitière et le pot au lait, les ménines, perrette, reuters
Aujourd’hui, pour faire changement, laissons la politique de côté et prenons le hockey comme prétexte pour faire un petit tour du côté de l’art visuel.
Nos amis les journalistes seraient probablement d’accord : leurs collègues photographes ne reçoivent pas suffisamment de félicitations pour leur travail particulier. Probablement qu’ils mitraillent la scène pour ensuite retenir les meilleures photos, mais quand même, il est probablement compliqué de bien photographier des athlètes en pleine action. J’ai, dans mon disque dur, une collection complète de photos de gardiens de but fixant du regard une rondelle en plein vol. Je trouve ces photos fascinantes, comme si ces gardiens harponnaient la rondelle de leurs yeux.
Par ailleurs, il y a de ces photos qui sont tellement expressives qu’elles en valent presque un poème. On n’a qu’à penser à la fameuse photo de Maurice Richard, qui fixe l’objectif avec ce regard de feu, comme s’il allait foncer sur le photographe sans s’arrêter. Qui est-il, ce photographe, au fait? Un illustre inconnu : la photo serait tirée des archives des Canadiens de Montréal.
Il y a également des photos qui font penser à de véritables peintures. Le 7 octobre dernier, à Vancouver, les Canucks rossaient les Canadiens en leur infligeant sept buts contre un seul. Remplacé par Jaroslav Halák en fin de partie, le gardien Carey Price s’est calmement assis parmi ses coéquipiers, partageant ainsi le sort de son équipe jusqu’au bout. C’est à ce moment que cette photo a été prise.

Photo : Andy Clark, Reuters
Dans une reprise du célèbre thème du blogue de Patrick Lagacé, « Pourquoi suis-je fasciné par cette photo? », je me suis creusé les méninges pour savoir ce que me rappelait cette image. La réponse m’est venue subitement pendant une journée de travail : il s’agissait des Ménines, célèbres tableau de Diego Vélasquez, peintre marquant de l’art espagnol. Ce tableau, qui représente une scène de la cour royale d’Espagne en 1656, est également l’un des chefs-d’œuvres de l’art occidental.

Diego Vélasquez, Les Ménines, Musée du Prado, 1656
Pourquoi ce lien persistant dans ma tête? Probablement ce regard inquisiteur de la petite infante Marguerite Thérèse, par rapport à celui, rêveur, de Carey Price au centre de ses coéquipiers. Probablement aussi à cause de toutes ces personnes, servantes, nains et hommes de cour qui s’agitent autour de la petite fille immobile, tout comme les joueurs entrent et sortent du banc du Canadien dans un tourbillon autour de leur gardien statufié dans la défaite.
Je ne sais pas. C’est peut-être d’une sensibilité excessive de ma part, mais cette photo suscite la compassion. On devrait remercier les photographes qui capturent ces moments et les fixent pour la postérité. Par exemple, lorsque les Red Wings de Détroit ont remporté la Coupe Stanley de 2008, on se rappelle de la photographie de leurs rivaux, les Penguins de Pittsburgh, affalés sur la glace, abattus par la défaite. Cette photo a été si marquante qu’au début de la saison suivante, elle a fait l’objet d’une annonce publicitaire de la Ligue nationale de hockey, dans laquelle Sidney Crosby, le capitaine des Penguins, affirmait : « Je ne veux plus jamais me retrouver sur une telle photo. »
Encore récemment, une autre photo a chatouillé ma mémoire sans que je ne puisse me rappeler immédiatement à quoi elle me faisait penser. Cette image a été prise lors de la défaite de 6-2 des Canadiens contre les Sabres de Buffalo. On y voit le défenseur Jaroslav Spacek tenter de réconforter son gardien, Jaroslav Halák, d’un léger coup de bâton sur la jambière. Tout, chez Halák, la posture, l’inclinaison de la tête, les bras ballants, mais surtout le regard navré du jeune cerbère, déclare à quel point il est dévasté par cette défaite humiliante. D’ailleurs, en entrevue après ce match (cliquez sur ce lien, puis choisissez la vidéo intitulée « En direct du vestiaire du CH et des Sabres »; il s’y trouve à 1:26 au compteur), il paraissait découragé et abattu pour la première fois de la saison, lui qui demeurait toujours imperturbable, même dans la défaite.

Photo : Associated Press
Il m’a fallu du temps pour retrouver l’image à laquelle me faisait penser cette photo, mais j’y suis parvenue : il s’agit d’une illustration du célèbre graveur Gustave Doré pour La Laitière et le pot au lait, l’une des fables les plus connues de Jean de La Fontaine. On y voit Perrette, le cœur brisé après avoir renversé le pot de lait dont la vente, croyait-elle, lui apporterait la prospérité. « Adieu, veau, vache, cochon, couvée… » Pour comprendre pourquoi les deux images me semblent tellement similaires, allez lire (ou relire) cette fable si connue, laquelle contient de nombreuses expressions maintenant entrées dans l’usage, comme « battre la campagne », « faire des châteaux en Espagne » et « être Gros-Jean comme devant ».

Gustave Doré, La Laitière et le pot au lait
Évidemment, Jaroslav Halák n’a pas la présomption de Perrette, mais après avoir été laissé sur le banc depuis le 10 novembre, il ne s’attendait sûrement pas à ce que son retour se passe aussi mal. Rouillé, laissé à lui-même par ses coéquipiers, il a mal paru dans cette défaite qui ne pouvait que rehausser la brillante prestation de son collègue Carey Price le lendemain, lors du match du Centenaire contre Boston. Heureusement pour Halák, le calendrier surchargé de décembre lui donnera plusieurs occasions de se reprendre.
Lorsque vous mettez des images en ligne, faites de votre mieux pour citer leurs auteurs, qui nous donnent des images inoubliables de nos favoris. Et vous, avez-vous des photos favorites? Y a-t-il des photos qui vous font penser à des images connues?
Varia :
- Vraiment, il était temps que le Centenaire finisse. C’était bien beau, mais après un an, on en avait le cœur au bord des lèvres.
- Après Markov, Gomez et Gionta, voici que le public élit Cammalleri comme saveur du mois en tant que capitaine. Je ne suis pas contre, mais est-ce qu’on pourrait se calmer le pompon avec ces histoires en attendant que tous les principaux candidats soient revenus de l’infirmerie?
- Encore Cammalleri : tant mieux s’il a eu le cran de saluer les anciens Canadiens, mais cela en fait-il le seul joueur à leur témoigner du respect? Peut-être que les autres étaient trop gênés ou intimidés? À leur place, c’est ce que j’aurais ressenti. Ceci dit, « Cammy » semble se débrouiller de mieux en mieux dans la jungle montréalaise.
- Il se peut que je réduise la cadence de mes parutions pendant le temps des Fêtes.
Les ethnies de service (Michaëlle Jean/Guillaume Latendresse)
25 novembre 2009 à 7:10 | Publié dans Chroniques politiques | 2 CommentairesTags : Andrei Kostitsyn, Carey Price, ethnies, Guillaume Latendresse, Jaroslav Halák, Michaëlle Jean, Michael Cammalleri, Scott Gomez
En 2005, lorsque Michaëlle Jean a été nommée gouverneur générale du Canada, de nombreux commentaires ont proliféré sur Internet pour dénoncer le caractère « politiquement correct » de cette décision de la part du premier ministre libéral Paul Martin. Celui-ci, on s’en rappelle, était embourbé dans le scandale des commandites et cherchait à redorer l’image de son parti. D’origine haïtienne, Mme Jean a été de nombreuses années journaliste à Radio-Canada. La nomination de cette femme cultivée, élégante et polyglotte, aurait normalement dû réjouir la population, si son appartenance ethnique n’avait pas suscité le doute quant aux réels objectifs de cette nomination. Voici quelques exemples de commentaires (leur libellé exact est reproduit) :
« […Je] crois qu’on lui a offert le poste pour faire contre poids au seul groupe ethnique au Québec qui éprouve un peu de sympathie pour la cause nationale. Quand on est issu d’un peuple de colonisé et adopté par un autre peuple de colonisé ça laisse des trace. »
« Nulle part au monde voit-on les dirigeants politiques ainsi que ceux des institutions publiques offrir sur un plateau d’argent des postes prestigieux à des personnes nées à l’étranger. »
« Il s’agit de la rectitude politique poussée à l’extrême, car cette personne est tout aussi mal à l’aise de ne pas vouloir être ce qu’elle est, Haïtienne, que de vouloir être ce qu’elle n’est pas, une pure laine […] »
Et encore, ces commentaires ont été recueillis sur le site de Radio-Canada, qui oblige leurs auteurs à s’identifier. On imagine ce qui a été écrit ailleurs. Il est fascinant de constater à quel point la nomination d’un membre d’une minorité ou d’une femme entraîne presque automatiquement le doute sur les motivations réelles de sa sélection : cette personne est-elle choisie pour sa compétence ou pour des raisons d’image publique? Dans le cas de Mme Jean, la décision de Paul Martin contenait fort probablement une forte dose d’opportunisme. Malgré tout, ces motifs politiques faisaient-ils de Mme Jean une moins bonne candidate? Et si elle avait été nommée en d’autres circonstances par un autre premier ministre, les mêmes soupçons de rectitude politique n’auraient-ils pas été soulevés?
À l’occasion de chaque élection générale, c’est de nouveau le concours entre tous les partis pour recruter davantage de candidats de communautés culturelles que les concurrents. Cependant, lorsqu’on remarque qu’ils se font souvent envoyer dans des circonscriptions imprenables avec peu de moyens, on constate à quel point l’expression « minorité de service » prend tout son sens.
En théorie, nous aimerions tous que les emplois et les opportunités soient accordés uniquement en fonction des compétences et des qualités humaines. En pratique, nous portons tout le poids de notre appartenance à une ethnie, à une nationalité, à une langue, à un sexe, à une classe sociale, à une orientation sexuelle. Toutes ces caractéristiques modifient le regard que les autres portent inconsciemment sur nous.
Les Québécois de service
Par un curieux revirement de situation, les Québécois sont devenu les ethnies de services chez le Canadien. Il y a cent ans, le Canadien avait été fondé au départ pour regrouper des joueurs canadiens-français et vendre ainsi le sport au marché francophone. Aujourd’hui, les Québécois sont une espèce menacée d’extinction dans ce même club. De plus, ceux qui restent sont sommés de produire, sous peine de se faire accuser de n’être retenus que parce qu’ils sont francophones.
Voilà quelque temps déjà que je mûrissais ce billet, mais l’échange de Guillaume Latendresse m’a obligée à précipiter sa rédaction. En panne depuis le début de la saison, le gros ailier était devenu l’un des souffre-douleur du public : trop lent, trop mou, pas assez impliqué, pas assez travaillant… le jeune homme avait même hérité des surnoms de « Guimauve », « Latortue » et « L’aveuglette ». Repêché en 2005 par le Canadien en deuxième ronde, après Carey Price, Latendresse avait, tout comme le gardien, ébloui les premiers temps et suscité les plus vives attentes chez les partisans du Canadien, avant de tomber lui aussi en défaveur. Malheureusement pour lui, Latendresse, contrairement à Price, n’a jamais retrouvé ses repères.
Ces dernières semaines, Guillaume Latendresse et Andrei Kostitsyn étaient tout les deux en difficulté; plusieurs internautes ont accusé les « méchants journalistes » d’être trop dur envers Kostitsyn parce qu’il est Biélorusse et de surprotéger Latendresse parce qu’il est Québécois : « Une chance que Latendresse n’est pas Russe sinon il n’aurait jamais fait l’équipe et il jouerait déjà avec Pierre dagenais en Russie. Et si Kostitsyn était québécois, je crois qu’on le défendrait beaucoup plus », affirme ainsi un internaute sur le blogue de François Gagnon sur Cyberpresse (le commentaire a été reproduit dans son libellé exact). Guillaume Latendresse a certainement ses torts, mais à lire de nombreux commentaires, on a nettement l’impression que des internautes lui tombent dessus pour satisfaire leur besoin de bouffer du Québécois. Et je parle d’internautes québécois « pure laine ». Le péché de Latendresse n’a pas été d’échouer, mais d’échouer à titre de Québécois.
Latendresse est un de ces cas typiques qui divise deux classes d’amateurs extrêmes à Montréal : d’un côté, ceux qui ne jurent que par le contenu québécois et francophone, invoquent à hauts cris les traditions et l’histoire, accusent Bob Gainey et Trevor Timmins de détruire le club en le purgeant de tous ses Québécois et traitent les joueurs non québécois de « mercenaires »; de l’autre, ceux pour qui la présence d’un Québécois est suspecte, puisqu’il s’agit à leurs yeux d’une autre concession aux « maudits journalistes » en faveur d’un joueur « évidemment » surestimé dont le manque de talent éloignerait la Sainte-Flanelle de la coupe Stanley.
Ces deux groupes font régulièrement preuve d’un délire inexcusable; toutefois, depuis plusieurs années et surtout, incidemment, depuis la Commission Bouchard-Taylor, les dénigreurs de Québécois semblent avoir le dessus du pavé. Il est devenu de bon ton d’affirmer « qu’on s’en sacre-tu de la langue qu’ils parlent, le français, le russe, l’anglais ou le mandarin, l’important c’est qu’on GAGNE! ». Malheureusement, dans la plupart des cas, ce genre de déclaration agressive témoigne moins d’une ouverture d’esprit que d’un complexe d’infériorité. Au-delà du hockey lui-même, un tel genre de déclaration fait partie de cette attitude passive-agressive qui mènent une grande partie des Québécois à se dévaloriser et à s’écraser collectivement, puis, dans un sursaut de fureur, à sortir les griffes et à accuser Ottawa, les Anglos, les immigrants, les Américains, les musulmans et les juifs de tous les maux du monde et surtout des leurs. Que ce soit en politique, dans les arts et la culture, dans le sport, dans les affaires linguistiques et dans toutes les autres sphères de la société, nous sommes loin de l’attitude d’affirmation sereine qui nous permettrait collectivement d’afficher notre identité commune sans rejeter tout ce qui est différent.
Seul point positif dans tout le débat entourant les Québécois et le hockey : pratiquement personne n’a remis en question la québécitude de Georges Laraque, pas plus que celle de Mike Ribeiro ou d’autres joueurs de la LNH comme Roberto Luongo et Marc-Édouard Vlasic. Au moins, la définition de joueur québécois n’est pas restreinte à une dimension ethnolinguistique.
Évidemment, si le Canadien intensifiait ses efforts de dépistage dans la Belle Province pour trouver davantage de Québécois de talent, les derniers d’entre eux dans l’alignement tricolore ne seraient pas ainsi coincés dans le rôle de Québécois de service. Par ailleurs, ces efforts de dépistage ne devraient nullement nous empêcher d’apprécier des joueurs comme Michael Cammalleri, italo-juif américain, Scott Gomez, qui claironne fièrement son identité de « Mexicain de l’Alaska », Jaroslav Halák, qui arbore le drapeau de la Slovaquie sur son casque, et Carey Price, qui s’affirme fier de ses origines autochtones. Si ces quatre joueurs ne sont pas complexés par leurs origines, pourquoi le serions-nous? D’autant plus que, malgré des hauts et des bas, ces quatre joueurs semblent se plaire au Québec. La question des Québécois dans le Canadien n’est pas une histoire de « nous contre eux ».
Je vous laisse avec les mots de Guy Boucher, actuellement entraîneur des Bulldogs de Hamilton :
« Je trouve qu’on est dur avec nos Québécois. Quand on les voit ailleurs (dans la LNH), souvent on ne voit que les faits saillants. On voit tel Québécois à telle place, et on a tellement hâte qu’il vienne jouer à Montréal, il est bon, il est beau et il est fin… Mais ce sont les faits saillants. Si tu regardes tous ses matchs, il fait les mêmes erreurs que le francophone ou l’anglophone qui joue à Montréal.
« Alors il faut faire attention. Je pense que nos Québécois sont bons à Montréal. Pas qu’il faut alléger nos commentaires, mais il faut aussi avoir le droit de pardonner à nos Québécois. Ils ont le droit d’être comme tout le monde dans la ligue. »
Addendum : suite à la publication du livre Le Québec mis en échec, Pierre Boivin a suggéré de tenir un symposium sur la question des joueurs québécois dans la LNH. C’est drôle, j’ai aussitôt pensé à la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, décidée par le premier ministre Charest dans le but de noyer le poisson. J’ai l’impression que la proposition M. Boivin est faite dans le même but.
Les thuriféraires (André Pratte/Pierre Houde et Benoît Brunet)
8 novembre 2009 à 7:10 | Publié dans Chroniques politiques | 2 CommentairesTags : Allan Walsh, André Pratte, Benoît Brunet, Carey Price, Jaroslav Halák, Jean Charest, La PResse, Parti libéral du Québec, Pierre Houde, RDS, thuriféraires, Twitter
THURIFÉRAIRE, n.m. : Encenseur, flatteur, laudateur. Flagorneur. Ils étaient « d’aussi intrépides thuriféraires que quiconque; – leur manière de louer a même quelque chose d’effrontément naïf » (Gautier).
Le Nouveau Petit Robert de la langue française 2009 (en ligne).
En principe, les membres des médias sont supposés conserver un certain recul par rapport aux faits et aux personnes qu’ils jugent et analysent. Personne ne peut se prétendre totalement impartial, certes, puisque nous sommes tous influencés par nos préférences et nos convictions; il importe toutefois, lorsqu’on se pose en commentateur public, de tendre le mieux possible vers l’objectivité.
Cependant, il arrive aux commentateurs, qu’ils soient éditorialistes, chroniqueurs ou analystes, de se laisser éblouir par une personnalité publique au point d’épancher leur admiration, voire leur adoration pour la personne ainsi élevée sur un piédestal. Parfois, le jupon dépasse tellement que le flatteur en vient malheureusement à se discréditer lui-même.
Éditorialiste de La Presse, André Pratte est l’une des rares voix journalistiques du Québec réellement capables de nuance et de modération. Quel que soit son sujet, Pratte tente du mieux qu’il peut de faire la part des choses et d’exposer les deux côtés de la médaille. Surtout, contrairement à nombre de ses collègues, il résiste généralement à la tentation de railler la personne à qui il adresse ses critiques. La moquerie, le mot d’esprit, la réplique qui tue sont aussi populaires au Québec du XXIe siècle qu’à la cour du roi de France du XVIIIe siècle. Là où les journalistes semblent se faire un point d’honneur de ridiculiser les personnalités publiques, Pratte se contente de les rappeler à l’ordre.
Pourtant, lorsqu’il s’agit du premier ministre du Québec Jean Charest, André Pratte a, par le passé, souvent abandonné toute réserve et tout jugement. Certes, à titre d’éditorialiste en chef de La Presse, fleuron de l’empire Desmarais, Pratte se doit d’appuyer le camp fédéraliste en général et le Parti libéral du Québec en particulier. Ce rôle ingrat lui vaut l’exécration implacable des « purs et durs » du mouvement souverainiste, qui l’agonisent d’injures en privé et parfois même en public; un de ces « brillants esprits », Patrick Bourgeois, a même publié un livre complet dans le seul but de déverser son fiel sur lui.
Les observateurs de la scène politique ne s’étonnent même plus de voir André Pratte, dans la page éditoriale de La Presse, applaudir sans retenue les idées présentées au congrès du Parti libéral pendant les deux jours précédents, sans oublier d’envoyer quelques fleurs à Jean Charest. Durant les campagnes électorales, il chantait sans cesse les louanges du premier ministre. Cette idolâtrie a atteint son paroxysme en mars 2008, alors que Charest, à l’ouverture du congrès de son parti, a lu le fameux poème Si, de Rudyard Kipling (« Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite/Et recevoir ces deux menteurs d’un même front… »). Deux jours après, Pratte a repris ce poème, mot pour mot, en tête de son éditorial dithyrambique pour le premier ministre! À part les plus féroces des partisans souverainistes, qui se réveillent la nuit pour haïr Pratte, la plupart de ses éditoriaux en faveur de Jean Charest ne sont probablement plus accueillis qu’avec un bâillement d’ennui.
Dans le monde du hockey, Benoît Brunet et Pierre Houde, les commentateurs de RDS, se bâtissent eux aussi une solide réputation d’adulateurs, cette fois-ci aux dépens du gardien de but Carey Price. Lorsque Price est devant le filet, impossible de ne pas entendre l’un ou l’autre s’exclamer régulièrement : « Quel arrêt de Carey Price! » Sur Internet, certains « drinking games » conçus pour les parties du Canadien vous invitent même à boire une gorgée chaque fois que vous entendez cette phrase.
Un arrêt de routine? « Un autre incroyable arrêt de Carey Price! »
Un but douteux? « Carey Price n’avait aucune chance! »
Il capte la rondelle avec son gant? « Carey Price décide d’arrêter le jeu! »
On voit, à la reprise vidéo d’un jeu, la rondelle glisser devant la jambière de Price sans que celui-ci n’y touche une seul fois? « Un arrêt clé de Carey Price! »
Carey Price accorde un but où, sans avoir été brillant, il n’a pas été faible non plus? Pierre Houde passe pas moins d’une minute à expliquer en long, en large et en travers pourquoi le pauvre Carey n’était absolument, mais absolument pas à blâmer. Le tout, bien entendu, en oubliant de décrire la partie qui continue de se dérouler sous nos yeux. Même la propre mère de Price ne peut pas avoir un tel parti pris pour son fiston.
Notez, d’ailleurs, que les commentateurs n’omettent que très rarement le prénom du jeune portier, comme s’ils craignaient que nous puissions l’oublier. Merci, Messieurs, de me rappeler que son prénom est Carey, je croyais qu’il s’appelait Gustave. Par ailleurs, quels compliments reçoit Jaroslav Halák, l’autre gardien? « Halák aurait dû faire cette arrêt… » « J’aurais aimé qu’Halák arrête deux des quatre rondelles, mais bon… » « Halák fait le travail… » « Bel arrêt de Halák… » Sans être carrément injustes avec lui, ils ne mettent clairement pas la même chaleur dans leurs commentaires.
Les partisans notent ce traitement de faveur et font entendre leur mécontentement un peu partout de façon anonyme. Voici un échantillon des commentaires sévères glanés sur divers réseaux sociaux (l’orthographe d’origine a été conservée) :
« À Chaque fois qu’il est là, il vante toujours Carey que ce soit sur une bonne ou mauvaise performance. »
« Ben oui, notre ami Benoit Brunet qui connait tellement le hockey, qui arrête pas de vanter Carey Price [...] »
« On le sait depuis longtemps que Price est le meilleur de tous les temps ! Pour ceux qui en doute encore un peu, vous n’avez qu’à écouter Pierre Houde sur RDS ainsi que son mulet de service. » (Note : au moment où ce commentaire a été écrit, le « mulet » en question était Yvon Pedneault.)
« Ça n’enlève toutefois rien à son talent, mais j’ai peur qu’un moment donné Price éternue et qu’on entende Pierre Houde commenter: “Avez-vous remarqué avec quel calme il a atchoumé!?!? Incroyable!” »
« Personne n’a remarqué qu’il est continuellement sur ses genoux….sûrement pas Pierre Houde qui s’époumonne et s’extase ”OH quel arrêt de Price” alors que la rondelle ne se rend même pas à lui !!??!! Coudonc yé-tu payé par Price ? »
À long terme, un tel appui de la part du tandem peut se révéler aussi nocif pour Price que les critiques de ses détracteurs. Contrairement à La Presse, qui n’a pas le monopole de la presse écrite, RDS détient l’exclusivité de la diffusion télévisée en français des parties du Tricolore. Autrement dit, les téléspectateurs sont captifs, à moins d’écouter le hockey en anglais ou à la radio. À force d’entendre les éloges de Price, les amateurs pourraient se rebiffer et prendre le jeune cerbère en grippe, ce que certains ont déjà fait. Comme si ce n’était pas assez, certains membres des médias, en particulier Jack Todd, de la Gazette, semblent s’être fixé comme mission de faire contrepoids au duo Houde-Brunet, en descendant Price en flammes à la moindre occasion (voir des exemples ici et ici). Des deux maux, lequel est le pire?
À la conférence de presse qui a conclu la dernière saison, Carey Price se montrait dépassé par un tel traitement : « Parfois, j’ai l’impression soit d’être placé sur un piédestal ou de me faire jeter sous un autobus. » Dans les louanges comme dans les critiques, la modération aurait bien meilleur goût. De toute façon, si j’étais Carey Price et que je croisais l’un des deux commentateurs de RDS dans un bar avec un bouquet de fleurs à la main, je disparaîtrais par tous les moyens. Quitte à passer par la fenêtre des toilettes.
Remarque post-rédaction : Ce texte attendait depuis un certain temps dans mon ordinateur. Or, ce soir, Pierre Houde allait lancer son fameux « Quel bel arrêt de Carey Price! » lorsqu’il a dû se raviser… la rondelle venait de rentrer dans le but. Il a admis : « Je me suis emballé trop vite. » Benoît Brunet, quant à lui, s’est permis pour une rare fois de critiquer Price. Celui-ci, sans avoir brillé, n’a pas été mauvais non plus, mais c’était quand même étrange de ne pas entendre le duo de RDS énumérer toutes leurs excuses habituelles à la défense du jeune gardien.
Twitter n’est pas votre ami : et il n’est pas non plus celui d’Allan Walsh, l’agent de Jaroslav Halák. Après la défaite contre le Lightning, M. Walsh a réagi en affichant sur Twitter : [traduction] « Statistique intéressante de la soirée… Price est à 10 victoires et à 32 défaites à ses 42 derniers départs. Mmmm. » Heureusement qu’Halák est un excellent diplomate, parce qu’il aura besoin de tout son tact, face aux journalistes, pour se sortir de la délicate position où l’a fourré son agent. Avec qui il aura peut-être une intéressante conversation par la suite.
Saturation médiatique (Mario Dumont/Carey Price)
21 octobre 2009 à 1:19 | Publié dans Chroniques politiques | 3 CommentairesTags : ADQ, Aleksandr Ovetchkine, Bob Gainey, Bob Sirois, Brian Gionta, Carey Price, François Gagnon, Jaroslav Halák, L'Attaque à cinq, Le hockey pour les filles, Louis Leblanc, Mario Dumont, médias, Mélanie-Claude Bazinet, Mike Cammalleri, Miss Miller, Scott Gomez, Sidney Crosby, Vincent Lecavalier
« Parlez-en bien… parlez-en mal… mais parlez-en », entend-on souvent dans le milieu de la publicité. Ce dicton est revenu récemment lors du débat entourant la publicité d’Octane mettant en vedette Georges Laraque. Malheureusement, en relations publiques, il arrive qu’entre le « parlez-en bien » et le « parlez-en mal », il y a le « parlez-en trop ». Celui-ci finit invariablement par se retourner contre l’objet d’une telle attention médiatique.
Peu de gens se souviennent que Mario Dumont n’a pas été le premier chef de l’Action démocratique du Québec. Le chef fondateur est en fait Jean Allaire, qui vient de refaire surface dans les nouvelles à l’occasion de la publication du mémoire préparé par le groupe de réflexion Avenir Québec, dont il est la figure de proue. En 1994, quelques mois à peine après la fondation de l’ADQ, M. Allaire, victime de problèmes de santé graves, a dû laisser la place au jeune Mario Dumont. Âgé de 24 ans, l’ex-président de l’aile jeunesse du Parti libéral du Québec s’était déjà fait connaître par sa rébellion contre son chef Robert Bourassa. L’année même de sa nomination en tant que chef, M. Dumont se fait élire dans la circonscription de Rivière-du-Loup, qu’il gardera jusqu’à son départ en 2009.
Doué et frondeur, Mario Dumont s’est rapidement fait connaître de la population québécoise, notamment lors du débat des chefs en 1998. Cette popularité fut à la fois la plus grande force et la plus grande faiblesse du parti. Tout le monde connaissait Mario Dumont, mais personne ne connaissait son parti, au point où la formation politique fit changer son nom pour « Action démocratique du Québec – Équipe Mario Dumont » auprès du Directeur général des élections afin que ses partisans sachent quelle case cocher sur le bulletin de vote.
Pendant les années qui ont suivi, l’ADQ fut enfermée dans un cercle vicieux : la population ne connaissait pas l’équipe parce que les médias ne s’intéressaient qu’à Mario Dumont, et les médias ne s’intéressaient qu’à Mario Dumont parce que l’équipe n’était pas connue. Les stratèges des autres partis firent leurs choux gras de cette situation : « L’ADQ est le parti d’un seul homme », répétèrent-ils jusqu’à ce que cette opinion s’imprègne dans la population. Lors de la campagne électorale de 2008, les journalistes soulignèrent à M. Dumont son absence à la présentation des candidats adéquistes de la région de Québec. Le chef adéquiste leur a alors rappelé qu’eux-mêmes lui reprochaient de faire trop d’ombre à ses candidats. « Il faudrait vous brancher! » leur a-t-il lancé.
Malgré l’adhésion de Gilles Taillon, ancien président du Conseil du patronat (et maintenant chef), et l’émergence de quelques figures comme Sébastien Proulx et Éric Caire, M. Dumont et l’ADQ ne sont jamais parvenus à sortir de cette impasse. La déconfiture du parti tient à plusieurs causes, y compris ses propres lacunes, bien sûr; cependant, l’indifférence des médias envers tout ce qui ne s’appelait pas Mario Dumont y contribua certainement. Au bout du compte, le succès de Mario Dumont fut à la fois la meilleure locomotive et le pire boulet de l’ADQ.
Le Canadien semble pris dans la même impasse. Il ne connaît pas de succès parce qu’il n’a pas de joueur de la trempe de Sidney Crosby, Aleksandr Ovetchkine ou Vincent Lecavalier, mais il n’arrive pas à signer une telle vedette parce qu’il n’a pas suffisamment de succès.
Le Tricolore pensait pourtant avoir trouvé son « joueur de concession » en la personne de Carey Price. La popularité du jeune gardien de but fut moussée par une habile campagne marketing et médiatique, assortie de tee-shirts, d’affiches, d’entrevues avec de prestigieuses revues sportives, de « spins » bien menés auprès des médias, de surnoms astucieusement choisis : Le Sauveur, Jésus Price, le joyau de l’organisation, l’avenir du Canadien…
On connaît la suite. Une série de contre-performances, des photos juteuses et des rumeurs de fêtes nocturnes prolongées plongèrent le cerbère dans le cyclone médiatique. La machine à rumeurs s’emballa, ce qui a fait dire à M. Price après coup : « J’ai eu l’impression de me retrouver dans la peau de Britney Spears. » La comparaison était judicieuse : comme la vedette pop, le jeune gardien était devenu pour les journalistes un os à gruger.
Or, les médias ne lâchent jamais un os tant qu’il y a de la viande dessus. Pourquoi s’intéresser à autre chose puisqu’on a sous le nez de quoi occuper les ondes et faire vendre des journaux? C’est trop fatigant de s’intéresser à d’autres personnalités quand on a un Mario Dumont ou un Carey Price sous la main pour remplir des feuillets avec peu d’effort. On peut gloser sur la responsabilité personnelle du jeune homme, car il en a indéniablement une; mais la furie médiatique y a participé, tout comme l’avidité du service de marketing du Canadien, pressé de convertir la popularité de sa jeune vedette en espèces sonnantes et trébuchantes. Ce qui devait arriver arriva : à la dernière partie des séries 2009, la foule excédée hua le gardien, qui sortit de ses gonds et leva sarcastiquement les bras en guise de réponse. Un beau « pétage de plombs » mutuel, comme il en a lui-même convenu le lendemain devant les journalistes. Ironiquement, à la dernière campagne électorale de Mario Dumont, ses nerfs avaient également commencé à lâcher, comme en témoignent nombre de déclarations étranges qui avaient fait sourciller tant les journalistes que ses propres candidats.
N’eût été du grand ménage estival de Bob Gainey, ce cirque aurait sans doute continué pendant la saison actuelle. Heureusement pour Carey Price, l’attention des médias a été détournée par l’arrivée des Gomez, Gionta, Cammalleri et compagnie. Mentionnons au crédit du jeune cerbère qu’il profité de l’été pour se refaire une santé et tirer des leçons de son amère expérience. Gageons que le service de marketing du Canadien, de son côté, n’a strictement rien appris et refera la même erreur avec son prochain « joueur de concession ». Quelqu’un a-t-il chuchoté le nom de Louis Leblanc?
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- La surexposition médiatique de Carey Price, qui l’a rendu vulnérable aux incidents médiatiques ( « accident-prone », diraient les anglophones), aura également des effets sur ce blogue. En effet, le jeune gardien a fourni beaucoup de matière à comparaison avec divers incidents du monde politique. Cependant, j’essaierai de ne pas l’utiliser trop souvent comme exemple, et je ferai de mon mieux pour conserver une position critique, mais respectueuse.
- En politique, la règle veut que l’on déclare publiquement tout intérêt personnel qui puisse causer un conflit avec les responsabilités liées au poste que l’on occupe. À titre de blogueuse et afin de respecter le principe de transparence, je révèle donc que mon joueur préféré est Jaroslav Halák. Veuillez noter, par contre, que j’aime bien Carey Price lui-même, malgré le manque total de subtilité de l’opération marketing montée autour de sa personne par l’organisation des Canadiens. J’en profite pour saluer tous les fans de Price et de Halák qui respectent les deux gardiens et qui prennent soin de défendre leur cerbère favori autrement qu’en vomissant à grands torrents sur l’autre.
- Je dois me procurer le livre de Bob Sirois, Le Québec mis en échec, et le lire avant de vous en parler. Je conseille aux internautes d’en faire autant avant de descendre M. Sirois en flammes. Jusqu’à maintenant, les réactions que j’ai lues en ligne sont en grande majorité du fiel qui témoigne non pas d’une ouverture envers les non-Québécois, mais d’une haine de nous-mêmes en tant que collectivité, d’une auto-flagellation puritaine démente en phase avec le « Québec bashing » ambiant qui domine ce débat. C’est vrai qu’à en juger par l’orthographe douteuse d’une part importante de ces commentaires haineux, un grand nombre de leurs auteurs semblent à peine capables de déchiffrer un article de journal jusqu’au bout, alors un livre au complet…
Je note cependant que François Gagnon, au premier entracte de la partie contre les Thrashers d’Atlanta, a été capable de faire une critique argumentée et posée du livre de M. Sirois. Merci à tous ceux qui suivent son exemple et font l’effort de critiquer ce livre de façon respectueuse.
- Enfin, j’en profite pour témoigner ma sympathie à Mélanie-Claude Bazinet, alias Miss Miller, qui a quitté L’Attaque à cinq cette semaine. J’espère qu’elle reprendra son blogue Le hockey pour les filles, qui m’a servi d’inspiration pour le lancement de Patinage hors glace.
Les « maudits journalistes » (Bernard Landry/Patrice Brisebois)
5 octobre 2009 à 7:10 | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaireTags : André Noël, Bernard Landry, Carey Price, Gazette, Jack Todd, Jean Charest, journalistes, Marc-André Bergeron, Mathias Brunet, médias, Michel Blanchard, Patrice Brisebois, Presse, Stéphane Gendron
En politique comme au hockey, la relation entre les journalistes, d’un côté, et les joueurs ou politiciens, de l’autre, est constituée d’un mélange d’animosité et de nécessité. Des deux côtés, on peut s’apprécier ou se détester, mais chacun des deux camps a besoin de l’autre pour vivre.
Réjean Tremblay l’a appris à ses dépens : il a tellement bien critiqué le Canadien que celui-ci a fini par l’exclure du petit club des privilégiés qui accompagnent les joueurs pendant leurs déplacements à l’étranger. Ce fait illustre bien la situation malsaine de monopole dont jouit le Canadien au Québec, puisqu’une telle chose aurait été impensable en politique. Le Parti libéral du Québec, le Parti québécois et l’Action démocratique du Québec, ainsi que tout autre parti politique de quelque niveau que ce soit, n’aurait jamais osé exclure un journaliste politique, eut-il été la vipère la plus fielleuse de toute sa profession. Une telle décision aurait causé un scandale, et le parti en question se serait fait accuser de despotisme. Par contre, les politiciens ne se gênent pas, en privé, pour se plaindre amèrement du traitement injuste dont ils croient faire l’objet de la part des médias, et certains se permettent même d’exprimer publiquement leur rancœur contre les « maudits journalistes ».
En 2003, après la campagne électorale provinciale, on a pu voir le premier ministre sortant Bernard Landry rager contre les « soi-disant professionnels de l’information », dans le documentaire À hauteur d’homme de Jean-Claude Labrecque, visant tout particulièrement Rhéal Séguin du Globe and Mail, Claude Brunet de la radio de Radio-Canada et Sophie Langlois de la télévision de Radio-Canada.
Les joueurs de hockey ne sont pas en reste. À sa retraite, Patrice Brisebois en a profité pour envoyer des flèches à deux chroniqueurs sportifs, Jack Todd de la Gazette et Michel Blanchard de La Presse : « je n’ai jamais compris pourquoi [Todd et Blanchard] se sont acharnés sur moi au point de me détruire et de blesser mes parents, ma femme, mes proches. C’est difficile de composer avec ce genre de traitement injuste. » En effet, à cause de la campagne efficace menée par ces deux chroniqueurs contre « Breezer », le malheureux, hué partie après partie au Centre Bell, a fini par faire ses valises pour le Colorado et n’en est revenu que deux ans plus tard.
Politiciens et joueurs n’ont pas tout à fait tort de se plaindre. Bien sûr, la majorité des journalistes font de leur mieux pour demeurer objectifs, sans pouvoir être totalement impartiaux, puisque la nature humaine fait en sorte que nous soyions influencés par notre éducation et nos idéaux. C’est pourquoi la diversité des sources d’information est si importante, et la convergence des médias, si nuisible.
Cependant, certains membres des médias peuvent se montrer véritablement mesquins, tirant plaisir à s’acharner sur un individu ou un groupe en particulier et jouissant de leur position de pontife pour faire et défaire les réputations. On pense, entre autres, à Jean-François « Jeff » Fillion, condamné en justice pour diffamation à l’endroit de Sophie Chiasson. De plus, il est beaucoup plus facile de potiner que d’analyser, beaucoup plus rapide de rédiger des chroniques d’humeur que d’effectuer de fastidieuses recherches. Pour un journaliste d’enquête comme André Noël, de La Presse, qui peut fouiller pendant des semaines pour faire éclater au grand jour des secrets inavouables (on lui doit la fameuse enquête sur le traitement des patients de la résidence Saint-Charles-Borromée), combien de journalistes assiègent les politiciens pour leur faire cracher des commentaires insignifiants? Pour un journaliste comme Mathias Brunet, toujours de La Presse, qui prend le temps de s’informer de nombreux joueurs de la Ligue nationale, des rangs juniors et même de l’étranger, combien remâchent les mêmes jugements à propos du Canadien?
D’un autre côté, les partis politiques comme l’équipe de communication du Canadien aseptisent leur message à outrance pour ne pas prêter le flanc à la critique, au point où leurs déclarations en deviennent obscures ou insipides. Les « cassettes » récitées par les joueurs du Canadien n’ont plus rien à envier à celles des ministres du gouvernement. Par conséquent, les membres des médias, sceptiques, tentent de creuser pour savoir ce qui se passent véritablement en coulisses ou, à défaut, pressent chaque mot comme un citron afin d’en tirer quelque chose de publiable. Ce petit jeu devient un cercle vicieux : plus les journalistes et les politiciens ou joueurs se méfient les uns des autres, plus ce jeu du chat et de la souris prend de l’importance.
Pourquoi tout ce beau monde désabusé continue-t-il pourtant de se fréquenter? Parce qu’ils ont besoin les uns des autres. Les journalistes ont besoin des politiciens et des joueurs pour produire des nouvelles. Les politiciens et les joueurs ont besoin des journalistes pour faire passer leur message. Encore tout récemment, le premier ministre Jean Charest s’est servi des médias pour lancer un ballon d’essai sur la hausse des tarifs d’électricité. Devant la grogne de la population, ce projet ne passera probablement jamais à l’action, malgré l’état inquiétant des finances publiques. De son côté, le gardien Carey Price a profité du camp d’entraînement pour faire savoir qu’il avait tiré les leçons de ses deux dernières saisons et qu’il revenait avec une nouvelle attitude; évidemment, le but était de regagner l’estime des partisans qu’il avait perdue l’an passé par ses déboires tant sur glace qu’à l’extérieur.
On peut aussi utiliser les journalistes pour se chercher un emploi et afficher sa disponibilité. Des personnalités intéressées par une candidature aux élections chanteront les louanges du parti politique qui a le vent en poupe. Chaque fois que l’ADQ a atteint des sommets dans les sondages, les aspirants candidats se bousculaient aux portes. Au départ de Mario Dumont, l’avocat et animateur Stéphane Gendron s’annonçait déjà futur chef de l’ADQ… mais pas avant 2012, en attendant de voir si le parti pouvait remonter la pente. Cet été, de nombreux joueurs de hockey en recherche de contrat ont claironné dans les médias dans quelle merveilleuse forme ils étaient et à quel point ils seraient utiles dans telle ou telle équipe. Encore récemment, lorsque Andrei Markov, blessé, a été envoyé en convalescence pour quatre mois, l’agent du défenseur Marc-André Bergeron s’est empressé de faire savoir aux médias qu’il avait eu des pourparlers avec le Canadien, afin de susciter l’intérêt des partisans envers son client.
En privé, injures et gémissements pleuvent lorsqu’il est question des « maudits journalistes »… mais puisqu’il faut bien vivre avec, aussi bien essayer de s’en servir. Comme dit le dicton anglais, quand la vie nous envoie des citrons, aussi bien en faire de la limonade.
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