La langue de travail et la langue du public

28 décembre 2011 à 9:52 | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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« Un cadeau de Noël parfaitement bilingue pour Pierre Gauthier… » (Aislin, The Gazette, 21 décembre 2011

Depuis la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur-chef intérimaire des Canadiens de Montréal, les passions se déchaînent. Les émotifs ne se trouvent pas que du côté des défenseurs de la langue française, mais aussi des adulateurs inconditionnels de la Flanelle, dont bien peu parviennent à argumenter sans tomber dans l’agressivité.
Je n’ai pratiquement pas entendu de critiques contre Cunneyworth lui-même, et pour cause : la plupart des gens ont pitié du pauvre Ontarien qui n’a pas demandé à se retrouver dans un tel imbroglio… et qui n’avait peut-être même pas la connaissance suffisante du terrain pour prévoir la controverse. La même excuse n’est valable ni pour Pierre Gauthier, ni pour Geoff Molson.

Intérim mon œil

Pourquoi s’offusquer de l’unilinguisme de Cunneyworth, s’il exerce ses fonctions que par intérim? Parce que, Gauthier étant Gauthier, presque personne n’a vraiment cru à cet « intérim » au départ. Gauthier a nommé Cunneyworth entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école des Canadiens; Gauthier a promu Cunneyworth au rang d’entraîneur adjoint des Canadiens cette saison; Gauthier a renvoyé Perry Pearn, un autre entraîneur adjoint, et a augmenté les responsabilités de Cunneyworth. De toute évidence, le mot « intérim » n’était là que pour acheter du temps en espérant que quelques victoires feraient passer la pilule de l’unilinguisme. Il a fallu la colère du public pour que cet intérim se confirme.
Il n’y a pas suffisamment d’espace nécessaire ici pour réfuter tous les arguments fallacieux contre la nécessité du bilinguisme pour le poste d’entraîneur-chef des Canadiens. Allons-y donc pour l’un des arguments principaux, celui concernant les relations entre les joueurs et entraîneurs, d’une part, et le public, d’autre part. Ces relations commencent d’abord par les incontournables entrevues.

Don’t have anything to say, but will speak anyway

Pourquoi s’intéresser à la langue des entraîneurs et des joueurs, puisqu’il est supposé que ceux-ci ne disent jamais rien d’intéressant et rabâchent toujours les mêmes clichés? Je ne sais pas, mais ces « clichés » sont pourtant religieusement écoutés et scrutés à la loupe match après match par les journalistes et les amateurs. C’est rendu à un point tel que, pendant les arrêts de jeu, les entraîneurs et les joueurs répondent au micro alors qu’ils sont au banc! Leurs propos inintéressants semblent soudainement intéresser beaucoup de monde… Du coup, imaginez que seuls deux joueurs d’une équipe de l’extérieur du Québec puissent s’exprimer en anglais, et que les joueurs vedettes comme les entraîneurs ne puissent s’exprimer qu’en russe. Pensez-vous que les journalistes anglo-saxons suivraient longtemps les exploits de cette équipe? Poser la question, c’est y répondre.

Pour n’importe quelle entreprise et ses représentants, parler la langue de leurs clients et de leur public est une compétence indispensable. Dans les équipes de la LNH, même les joueurs russes sont capables, au bout d’un certain temps, de donner une entrevue en anglais; il n’y a qu’Alexander Semin (Capitals de Washington) qui n’y est parvenu qu’en septembre dernier, au début de sa sixième saison dans la LNH, et cette anomalie n’a pas manqué d’être soulignée à Washington.

Avec le français, il faut faire davantage de compromis. Avec l’internationalisation du hockey de la LNH et la fréquente permutation des joueurs, il est impossible que toute la formation tricolore s’exprime en français; ce ne l’est plus depuis des dizaines d’années, d’ailleurs. De toute façon, ce que la vaste majorité du public veut, c’est davantage de français, pas l’élimination de l’anglais.

La présence du français n’en demeure pas moins essentielle, même chez les joueurs et les entraîneurs. Plusieurs ont parlé de « respect » de la part d’une « institution » qui est « davantage qu’une entreprise », etc. J’ajouterais le plus important : le français fait surtout partie du fonds de commerce des Canadiens. Sous la férule du magicien Ray Lalonde, son service de marketing a exploité à fond la fierté canadienne-française et l’histoire des icônes francophones du Tricolore pour transformer une concession médiocre en formidable machine à sous. La leçon n’a jamais été totalement oubliée, puisque cette même équipe de marketing a été capable de faire apprendre quelques mots de français à Brian Gionta et à Carey Price à l’occasion du tournage d’annonces publicitaires (voir ici les progrès de Price en français).

Les joueurs saltimbanques

Ça fait longtemps qu’on nous répète que le travail des joueurs et des entraîneurs n’est pas de faire des relations publiques, mais de « gââââââââgner ». Pourtant, quand on sort de la bulle montréalaise, on se rend compte qu’ailleurs, les organisations et les joueurs ne ménagent pas leur salive pour séduire le public. Annonces télévisées, vidéos promotionnelles, distribution de billets de saison à la porte par les joueurs, concours et activités de socialisation avec les fans… Ailleurs qu’à Montréal, les joueurs vont à la rencontre de leurs partisans bien plus souvent qu’à l’occasion de la visite annuelle aux hôpitaux pédiatriques. Les Blackhawks de Chicago font rire le public avec leur interprétation loufoque des cantiques de Noël; les Sharks de San Jose dévoilent leurs « talents » professionnels hors de la sphère sportive; les Red Wings de Détroit se font acteurs, le temps du tournage d’annonces télévisées (ici et ici); huit joueurs des Blues de Saint-Louis enregistrent une lecture à voix haute du poème « ’Twas the night before Christmas », et ceux de leurs partisans capables d’identifier dans l’ordre les voix de ces joueurs ont la chance de gagner des billets pour des matchs en janvier. Dans quelle langue se font tous ces efforts de promotion? En anglais, bien sûr.

Bien avant le début de la controverse « Cunneyworth », les apologistes de la Flanelle ont affirmé préférer la compétence à la langue. Belle façon de se fourvoyer : la langue, autant celle de travail que celle du public, fait partie des compétences. Cette donnée fondamentale est souvent oubliée parce que dans presque toute la Ligue nationale de hockey, la langue de travail quotidienne (entraînements, parties, réunions) et la langue de promotion auprès du public est la même, l’anglais. Il n’y a qu’à Montréal (et peut-être bientôt à Québec) que la langue de travail n’est pas la même que celle de la majorité du public. Cet état de fait complique la situation, bien sûr, mais la langue du public n’en demeure pas moins aussi importante que la langue de travail. Grâce au travail monumental de Ray Lalonde et à quelques idoles adulées comme Alex Kovalev et Jaroslav Halák, cette importance a été gommée pendant des années; des joueurs moyens sont devenus des célébrités royales quasiment inaccessibles, tenus en serre chaude par l’organisation. Toutefois, il était inévitable que le voile se déchire tôt ou tard. Si les Canadiens ne veulent pas commencer la saison prochaine dans une fournaise infernale, ils doivent trouver rapidement des solutions.

La fin du déni

Il y a les fausses solutions, bien sûr, comme se reposer sur les sectaires de la Flanelle drapés dans la rectitude politique. Ces apologistes traitent les unilingues francophones d’attardés et les défenseurs du français de racistes et de xénophobes; ils nient la dimension promotionnelle du travail des joueurs et accusent les médias de faire tout un plat avec la langue. Pourtant, les sondages de QMI (Journal de Montréal) et de CROP (La Presse) confirment la colère de la majorité des amateurs face à l’attitude de Tricolore au sujet de la langue française. Ces tentatives de bâillonner les amateurs par la honte ne fonctionnent plus. Les Canadiens ne sont pas un groupe vedette de rock en tournée mondiale. Ils sont une entreprise québécoise dont la majorité de la clientèle est francophone.

Curieusement, les intransigeants des Canadiens affirment qu’ils n’ont pas à s’occuper de la langue française, puisqu’ils sont une entreprise privée. Comme si les entreprises privées présentes au Québec n’avaient aucune responsabilité concernant le français! Nulle entreprise ne peut ignorer le contexte social dans lequel elle évolue. D’un autre côté, chaque partisan qui quitte le Titanic tricolore pour se tourner vers une autre équipe se fait immanquablement traiter de « traître » par ces mêmes fanatiques intraitables, comme si l’« entreprise privée » qu’est le Canadien redevenait tout à coup une religion dont chaque apostat méritait la pendaison.

Voter avec son portefeuille

De plus en plus d’amateurs francophones de hockey, conscients de l’hypocrisie de la haute direction des Canadiens, s’affranchissent de cette pensée unique et offrent leur appui à une autre organisation. Ils observent plusieurs équipes pour diverses raisons : le nombre de francophones (Lighning de Tampa Bay, Penguins de Pittsburgh), la proximité de l’équipe (Sénateurs d’Ottawa, Bruins de Boston), ou même le transfert d’un joueur aimé (Blues de Saint-Louis). D’autres militent pour le retour des Nordiques. Grâce à Internet, à NHL Center Ice et au probable retour des Nordiques, le statut de monopole du Canadien commence à s’effriter, et l’arrogance de sa direction aussi. Puisque les Canadiens n’offrent officiellement plus cette dimension culturelle unique sur laquelle ils ont bâti leur fortune, il est normal que les amateurs soient de plus en plus tentés de « magasiner » ailleurs une équipe qui ne leur tient pas un double langage.

Des oursons pleurnichards

25 novembre 2011 à 1:47 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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J’avais de la sympathie pour les partisans des Bruins de Boston, ne serait-ce que pour la persévérance avec laquelle ils se manifestent sur la blogosphère francophone de hockey malgré toutes les injures de leurs éternels rivaux partisans des Canadiens de Montréal. À la lumière de récents évènements, cette sympathie commence à s’estomper. Nombre d’entre eux font des comparaisons disproportionnées pour défendre les gestes indéfendables de leurs favoris; d’autres (souvent les mêmes) crient comme des vierges offensées et atteignent le même niveau de braillage qu’ils attribuent aux fidèles de la Flanelle.

« Ton joueur est plus méchant que le mien »

Imaginez qu’un gars donne une volée à sa femme. Une vraie de vraie, avec coups de poing, coups de pieds et cassage de dents. La police arrive, et la femme, fâchée, donne une gifle au mari. Aussitôt, il piaille : « Regardez! Regardez, elle aussi elle est violente, pis elle se pose en victime! Pis a part de ça, c’est de sa faute, elle m’a provoqué! »

C’est un peu comme ça que plusieurs fans de Boston ont traité l’affaire Lucic-Miller. Dès que la vidéo où l’on voit Milan Lucic, des Bruins, entrer en collision avec Ryan Miller, des Sabres de Buffalo, a fait le tour des réseaux sociaux de hockey, ils se sont empressés de déterrer tous les cas pouvant ressembler de près ou de loin à de la jurisprudence en sa faveur :

- Oh! Regardez ce dégueulasse, cet épouvantable Brian Gionta, qui a assommé le pauvre James Reimer! Reimer dont ils se foutaient éperdument avant que son cas ne puisse leur servir. Gionta qui, tentant de se faufiler entre Reimer et un joueur des Maple Leafs de Toronto, “a perdu l’équilibre et a accidentellement accroché le gardien” :http://www.youtube.com/watch?v=ZOQXQQ38jFE.
- Hé, les partisans des Canadiens, gueule un autre de ces justiciers improvisés en noir et jaune, on en vous a pas entendus quand Chris Stewart, a envoyé Niklas Kronwall dans la bande! Bien sûr qu’ils ne se faisaient pas entendre : Brendan Shanahan, le préfet de discipline de la LNH, n’avait pas encore rendu sa décision (Stewart, des Blues de Saint-Louis, a fini par avoir une suspension de trois matchs bien méritée pour son geste envers le joueur des Red Wings de Détroit). Lucic, au contraire, avait déjà bénéficié de la clémence de Shanahan dans une décision qui relance les soupçons sur le traitement préférentiel dont bénéficieraient les Bruins.

Tenter de faire diversion des méfaits d’un joueur en attirant l’attention sur un autre est une tactique très courante de mauvaise foi. Transformer la victime en coupable en est une autre. Lucic n’a pas esquissé le moindre petit geste pour éviter Miller, et la collision lui a valu au moins une punition de deux minutes. Aussitôt, des partisans des Bruins ont concocté une toute nouvelle théorie, soit que le gardien qui sort de son trapèze peut être traité comme tous les autres joueurs, c’est-à-dire plaqué durement, sous prétexte qu’il est protégé comme un char d’assaut.

Hé, mes petits nounours, revoyez les vidéos des collisions entre Lucic et Miller, puis entre Gionta et Reimer. Avez-vous déjà remarqué à quel point les masques des gardiens tombent facilement de leur tête au moindre choc ? Ces masques sont conçus d’abord pour protéger leur visage des tirs. Le côté arrière de ces masques est très mince et lâchement fixé, pour leur permettre de le retirer facilement afin de boire à leur gourde. Ces masques ne sont pas conçus pour protéger les gardiens des mises en échec. Pour une bonne raison : les gardiens ne sont pas supposés se faire mettre en échec. Comme le dit le “règlement 69.4”http://www.nhl.com/ice/page.htm?id=26480 :

[traduction] Un gardien de but n’est pas “disponible au contact” uniquement parce qu’il joue à l’extérieur de sa zone. La pénalité appropriée doit être décernée dans tous les cas où un joueur en attaque entre inutilement en contact avec le gardien. Néanmoins, un contact accidentel est permis lorsque le gardien manipule la rondelle à l’extérieur de sa zone, pourvu que le joueur en attaque fasse un effort raisonnable pour l’éviter.

Lucic n’a pas, et n’a probablement jamais voulu éviter le contact avec Ryan Miller. Sous le choc, le masque de ce dernier est tombé, et Miller a subi une commotion cérébrale, comme Reimer d’ailleurs. Répétez après moi : pas-de-mise-en-échec-sur-les-gardiens, c’est clair?

Remarquez, les fans de Boston ne sont pas les seuls à avoir évalué l’affaire à travers une loupe déformante. Carey Price, des Canadiens, a lui aussi jugé que Lucic ne méritait pas de suspension. Son critère? Puisque Cam Janssen l’a frappé de la même façon il y a un an et demi, pendant un match contre les Blues de Saint-Louis, et n’a pas eu de suspension, alors Lucic ne méritait pas d’être suspendu lui non plus. Price oublie un détail : Janssen a bel et bien tenté de l’éviter lorsque les deux se sont précipités à toute vitesse l’un vers l’autre (Janssen a eu une pénalité mineure pour rudesse). Mais puisque Price n’a pas obtenu justice, Miller ne devrait pas l’obtenir non plus. Et pas un mot sur la sécurité des gardiens…

En passant, foutez-moi la paix avec le fait que je suis partisane des Blues de Saint-Louis; Janssen fait maintenant partie des Devils du New Jersey, alors il est vraiment le moindre de mes soucis. Et Stewart méritait vraiment d’être suspendu.

« Mon joueur est plus innocent que le tien »

Parlant de justice, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ne déposera pas d’accusation contre Zdeno Chara, des Bruins, pour son coup sur Max Pacioretty, des Canadiens. Évidemment, les partisans du hockey néandertalien se sont gargarisés de contentement, rappelant doctement à quel point les procédures d’enquête ont coûté du temps et de l’argent aux contribuables.

Perte de temps et d’argent? Ce n’est pas l’opinion d’Yves Boisvert, chroniqueur judiciaire de La Presse et plus fin connaisseur que vous et moi des conséquences d’interventions policières et d’enquêtes sur la société. Qu’il n’y ait pas de poursuite ne signifie pas que Chara soit innocent : ça signifie que le Directeur n’a pu obtenir suffisamment de renseignements pour bâtir un dossier suffisamment solide pour tenir le coup devant la procédure judiciaire favorable au prévenu. Le scandaleux laxisme de la Ligue, qui n’a pas suspendu Chara, a permis de de jeter suffisamment de flou juridique pour permettre au défenseur de s’en tirer à bon compte.

« Sauf que cette affaire est un des éléments qui ont amené la ligue à devenir plus sérieuse, et plus soucieuse de la sécurité des joueurs de hockey, écrit Boisvert. Elle a eu son petit effet civilisateur, pour ainsi dire. » Elle a aussi eu l’effet de rappeler que la loi s’applique partout, y compris sur les patinoires de la LNH. Que Chara ait senti la justice lui roussir les orteils a sûrement dû l’aider à réfléchir.
Oh! bien sûr que Chara n’a pas voulu blesser Max Pacioretty; c’est juste qu’avec la force employée pour lui envoyer la tête dans le poteau bordant la baie vitrée, on sentait bien qu’il s’en foutait. La négligence crasse peut être aussi criminelle que l’intention; au moins, celui qui veut blesser sait que c’est mal et qu’il risque de se faire punir. Celui qui s’en fout, au contraire, se pense au-dessus des règles. Après l’acte, sont venus les remords; mais Chara, qui venait d’être blanchi par le tristement célèbre Colin Campbell, aurait-il eu des regrets aussi vifs s’il n’avait pas fait l’objet d’une enquête policière? Sûrement que ses coéquipiers l’auraient aidé à se trouver des excuses; notamment le dégoûtant Mark Recchi, qui s’est vanté d’avoir effrontément menti à la presse pour détourner l’attention de son capitaine en insinuant que Pacioretty avait exagéré sa blessure. Une tactique qui, comme on l’a vu plus haut, est en train de faire des petits chez les partisans des Bruins. De plus en plus de ces partisans sont en train de copier les travers les plus détestables qu’ils reprochent aux partisans des Canadiens.

La seule (et profonde) bêtise de nombreux partisans montréalais, dans cette affaire, est d’avoir eu recours au 9-1-1 au lieu de passer par Infocrime pour porter plainte. Un petit truc simple, les amis : 9-1-1, c’est pour les urgences immédiates, genre quand quelqu’un risque de crever séance tenante. Quand l’offense et faite et qu’il s’agit d’en prévenir les policiers, c’est par Infocrime que ça passe. C’est le chemin que j’ai failli prendre le soir de ce malheureux incident; et c’est celui que je prendrai si j’apprends qu’un autre geste aussi sauvage a eu lieu. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Centre Bell, que la victime soit un joueur de hockey ou non. J’en fais une question de principe.

J’avais de la sympathie pour les partisans des Bruins, mais cette sympathie est en train de tourner au vinaigre. Le 22 février prochain, les Bruins rendront visite aux Blues qui, je l’espère, leur mettront la pâtée de leur vie. Avec une bonne mise en échec bien sentie sur Lucic ou Chara, ça se prendrait bien.

Jaroslav Halák doit réapprendre à gagner

19 mars 2011 à 7:00 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Cet article a initialement été publié le 19 novembre 2010 sur le site du Grand Club. Lorsque j’ai voulu mettre mon blogue à jour avec la publication du récit de ma soirée au Scottrade Center, je me suis rendue compte qu’il y manquait ce texte. Désolée de cet oubli. Pour ceux qui s’inquièteraient au sujet du gardien des Blues de Saint-Louis, il a retrouvé son aplomb et vient d’enregistrer son cinquième blanchissage de la saison face aux Kings de Los Angeles.

Après un début de saison brillant, les Blues de Saint-Louis se retrouvent maintenant dans une position délicate. Depuis la désastreuse défaite de 8-1 contre les Blue Jackets de Columbus, l’équipe se fait défoncer, et leur gardien numéro un, Jaroslav Halák, a accordé 19 buts à ses quatre derniers départs. Le gardien slovaque a-t-il perdu sa capacité à rebondir après une défaite, une caractéristique maintes fois célébrée à Montréal? Quelques méchantes langues de Montréal ont déjà annoncé que la « balloune » se dégonflait, et que le feu de paille était sur le point de s’éteindre.

Replaçons les choses dans leur contexte. Lors de la défaite contre Columbus, au cours de laquelle les patineurs de Saint-Louis avaient carrément pris congé, leur meilleur pointeur, T.J. Oshie, s’est fracturé la cheville. Il en a pour trois mois avant de revenir. Les Blues étaient déjà et sont toujours privés d’un autre attaquant clé, David Perron. Ajoutez-y les défenseurs Roman Polak et Barret Jackman, et vous obtenez une situation similaire à celle qui prévaudrait à Montréal si les Canadiens devaient se passer à la fois de Michael Cammalleri, de Brian Gionta, de Roman Hamrlik et de Josh Gorges. D’autres blessés sont revenus au jeu, mais l’autobus n’arrête pas de circuler entre Saint-Louis et Peoria, son club-école. Pourtant, les blessures n’expliquent pas à elles seules l’avalanche de buts accordés non seulement par Halák, mais aussi par Ty Conklin, son adjoint. Pourtant, Conklin est l’une des gardiens auxiliaires les plus réputés et a récolté un blanchissage pas plus tard que le mois dernier.

« Halák va se replacer le prochain match, répètent les amateurs de hockey qui l’ont connu à Montréal. Il l’a toujours fait. » Néanmoins, ce mantra ne fonctionne pas comme un ressort automatique; voilà les Blues viennent de subir cinq défaites, chacune plus inquiétante que la précédente.

Il faut avoir regardé au moins quelques-uns de ces matchs pour obtenir des éléments de réponse à ce blocage. Dans l’Association de l’Ouest, où le jeu est beaucoup plus ouvert et agressif que dans l’Est, Saint-Louis est l’une des équipes au caractère le plus défensif. Or, non seulement la défense a perdu deux de ses plus précieux membres, mais son esprit de corps même semble s’être érodé. Les Blues sont une équipe au fonctionnement capricieux : ils peuvent sortir en force pendant deux périodes, puis se désorganiser complètement en quelques minutes.

Au milieu de ce chaos, Halák lui-même se montre parfois imprévisible. Au cours des derniers matchs, tour à tour, il faisait des arrêts absolument brillants, subissait des buts sur lesquels il ne pouvait absolument rien, puis laissait passer des sapins inattendus. Il s’accroche et ne lâche jamais, mais semble parfois débordé et même ébranlé. Mercredi soir, en voulant balayer la rondelle, il l’a accidentellement envoyée dans son propre but. Cet incident aurait été cocasse si les Bleus avaient remporté la partie. D’ailleurs, les Blues, jusque là un peu endormis, ont été réveillés par ce but et ont joué comme des lions pendant plus de deux périodes, avant de se décomposer de façon spectaculaire.

L’an dernier, à Montréal, Halák a rarement subi deux défaites de suite. Et pour cause : dès qu’il en subissait une, on le clouait au banc! Et soudain, le voilà qui fait face à une séquence de défaites qui commence à s’allonger. Peut-il s’en sortir?

Un nouveau casse-tête

Faisons un retour dans le passé, plus précisément à Montréal, en janvier 2009. Carey Price est blessé à la cheville et Jaroslav Halák le remplace, secondé par Marc Denis. Le jeune gardien accorde des retours à la pelle, laisse passer de mauvais buts et entretient un pourcentage d’arrêt sous la barre des 90 %. Les fans expriment leur mécontentement, les commentateurs de 110 % se demandent quoi faire avec lui, et Guy Carbonneau, son entraîneur, dit publiquement : « S’il est honnête avec lui-même, il sait qu’il ne joue pas bien. Il doit se montrer plus fort mentalement. »

Quelques semaines plus tard, Halák remporte plusieurs victoires, puis se dresse devant les Canucks de Vancouver et arrache un blanchissage. La foule l’ovationne, il est louangé à 100 %, et Guy Carbonneau exprime sa satisfaction : « Il a apporté de la stabilité devant le filet » . C’est a partir de ce match que la réputation d’Halák à Montréal a pris son envol.

Je regardais Halák pendant la partie contre les Red Wings : il ressemblait à un élève perplexe devant sa copie d’examen, aux prises avec un problème de mathématiques particulièrement difficile. Depuis quelques mois, le gardien faisait penser à ces « geeks » qui résolvent des cubes Rubik machinalement, l’un après l’autre, tant ils en ont pris l’habitude. Halák gagnait la majorité de ses parties comme s’il résolvait la plus grande partie d’une caisse de cubes Rubik, les quelques cubes restants représentant ses défaites. Maintenant, on vient de lui enlever ses cubes Rubik pour les remplacer par un cahier complet de Sudoku. Voilà le nouveau casse-tête : comment fait-on pour remporter des parties avec une attaque qui ne compte presque pas, une défense poreuse et une équipe à la confiance fragilisée? Halák ne se plaint pas, Halák travaille à résoudre le problème. Mais cette fois, le problème est plus coriace, et la pensée magique « il va rebondir » ne suffit plus.

Une partie de la solution se trouve chez ses coéquipiers. Mercredi, malgré l’absence de joueurs importants et un jeu décousu, ils ont livré une belle bataille jusqu’au quatrième but des Red Wings de Détroit, qui est venu briser l’égalité. La défense s’est alors littéralement désintégrée, et les Wings sont venus importuner le gardien des Blues d’une manière qui rappelait les Capitals de Washington du printemps dernier. Au moins, on sait que les Blues peuvent montrer du caractère, mais ils doivent apprendre à jouer pendant 60 minutes, pour reprendre l’expression consacrée. De plus, l’interaction entre Halák et ses coéquipiers semblent un peu différente de celle qu’on voyait à Montréal. L’an dernier, Halák insufflait du courage à ses coéquipiers, alors que ces mêmes joueurs se montraient mous comme de la guenille devant Carey Price : une vraie équipe de Jekyll et Hyde. À Saint-Louis, toute la formation, attaquants, défenseurs et gardiens, vit et meurt d’un seul corps. Si un seul volet fait défaut, toute l’équipe échappe le match.

La saison dernière, Jaroslav Halák et Carey Price avaient des statistiques presque semblables, sauf une : le nombre de victoires. Les observateurs mentionnaient qu’Halák, à la différence de Price, trouvait le moyen de gagner. Il y a quelques jours à peine, Marc Denis, maintenant chroniqueur à RDS, affirmait que cette saison, Price apprenait à gagner. Maintenant qu’Halák se retrouve dans des circonstances différentes de celles qu’il a connues à Montréal, il doit prendre ces nouvelles données, résoudre le problème et réapprendre à gagner.

Peut-il le faire? Bien sûr que si. Il s’est déjà sorti de ce genre d’impasse.

Pendant ce temps, à Montréal…

Des admirateurs de Price se plaignent qu’Halák a toujours bénéficié de plus d’indulgence que son coéquipier après une contre-performance. La fatigue, les blessures des coéquipiers, le traitement salaud des adversaires… « Si c’était Price, vous lui seriez tombés sur la gueule », protestent-ils. L’an passé, cette différence de traitement était tout à fait normale. La mauvaise attitude de Price, attestée encore récemment par Marc Denis, nuisait à la confiance de ses coéquipiers et à ses propres performances; de son côté, même dans la défaite, Halák donnait toujours ce qu’il avait à donner.

Honnêtement, lorsqu’il vous arrive de devoir réparer la gaffe d’un collègue de travail, vous seriez indulgent s’il s’agit d’un travailleur habituellement efficace et aimable; par contre, s’il s’agit d’un employé geignard et peu porté sur l’effort, seriez-vous aussi clément? On récolte ce qu’on sème. Lorsque des fans de Price exigeaient qu’on fasse preuve de patience à son endroit, j’avais envie de répondre que je n’avais pas de patience pour les morveux. Qu’il ait 21, 25 ou 30 ans ne fait aucune différence. Le respect, ça se mérite.

Cette année, la situation se présente différemment pour Price. À cause de ses récents succès, bien entendu, mais surtout grâce à son changement d’attitude. Difficile de reconnaître le gardien qui, il y a six mois à peine, envoyait une rondelle au derrière d’un joueur des Capitals et écopait non pas d’une, mais de deux punitions pour conduite antisportive. Après quelques dizaines de taloches sur la gueule, Price a fini par comprendre ce que ses coéquipiers et les fans attendaient de lui et s’est comporté en conséquence. Ce n’est pas trop tôt, diront les cyniques. Peu importe : lorsqu’il connaîtra une séquence difficile, comme il arrive à tous les gardiens, les amateurs pourront enfin faire preuve de patience à son égard.

Parce que cette fois, il l’aura mérité.

Chut! Ne parlez pas d’Halák!

28 octobre 2010 à 7:17   | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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Après plusieurs semaines d’absence à cause de problèmes informatiques et de contretemps personnels, je vous reviens, pour le bonheur de certains et la colère de d’autres, car je replonge immédiatement dans l’éternel débat des gardiens. Eh bien, quoi? J’ai manqué les déclarations de Pierre Curzi, la Marche bleue et la saga de l’amphithéâtre de Québec, les huées contre Carey Price, la nomination de Brian Gionta… tant de sujets de polémique dont je n’ai pas pu profiter, il faut bien un grand coup pour compenser, non?

La vie en bleu

Alors que, comme d’autres amateurs de hockey à Montréal, j’apprends à connaître les sympathiques Blues de Saint-Louis; je découvre aussi l’effort qu’il faut livrer pour s’informer sur une autre équipe. Évidemment, le Tricolore monopolise l’espace médiatique. Comme fan des Canadiens, j’étais gavée d’information et surtout de verbiage médiatique à calories vides; j’étais comme un bébé nourri au biberon et au Pablum. Maintenant, comme fan des Blues, je dois chasser pour ma nourriture. Je sympathise avec les fans des Bruins, des Sénateurs et des autres équipes, qui peinent à se regrouper sur les forums sociaux sportifs en français. En sport comme en politique, pour que les partisans se trouvent, il faut qu’ils se manifestent. Commençons donc par cette magnifique photo, plaquée à la face de mes lecteurs comme une tarte à la crème que vous êtes libre de goûter ou de cracher :

Jaroslav Halák dans son uniforme des Blues de Saint-Louis, le soir de son blanchissage contre les Penguins

 

Si vous goûtez, vous êtes : a) un fan d’Halák ou des Blues; c) un fan de Price ou des Canadiens qui n’est pas perturbé à la lecture du mot « Halák » ou « Blues »; d) quelqu’un qui s’en fout.
Si vous crachez, vous êtes : a) un fan de Price ou des Canadiens qui devient gravement perturbé à la lecture du mot « Halák » ou « Blues »; b) toutes ces réponses.

Une bouffée d’air frais

Parlons d’abord de ceux qui goûtent.

Vous êtes fans de Price, vous haussez les épaules lorsque Jack Todd ou Martin Leclerc pond une autre chronique pour le démolir et vous badinez avec humour avec les fans d’Halák sur Internet? Alors je serai gentille avec vous. Tant mieux si Price joue bien et s’il est en train de gagner peu à peu l’estime des fans. Il est solide, il se comporte correctement et il a même récolté son premier blanchissage de la saison. D’ailleurs, il semble que l’équipe devant lui se soit enfin ressaisie et ne se fie plus principalement aux prouesses de leurs gardiens pour gagner.

Il faut admettre que Montréal profite de ce changement de dynamique. L’univers du hockey montréalais ne tournera peut-être plus autour des gardiens. Dans le cas de Price, ça lui donne de l’air pour respirer; il n’a qu’à être un joueur parmi les autres joueurs, et non Jésus le Sauveur, le Joueur de concession, l’Avenir des Canadiens, le Joyau de l’organisation et d’autres niaiseries de ce genre. Il n’a qu’à jouer. Dans le cas d’Auld… euh… on en reparlera après l’avoir vu jouer.

Vous êtes fans d’Halák et vous ragez encore de son départ? Profitez-en pour découvrir une nouvelle équipe. Celle des Blues, bien sûr, dans laquelle leur nouveau gardien n’a pas tardé à faire son intégration. Premier blanchissage samedi (face aux Penguins et à Sidney Crosby, en plus), deuxième étoile de la semaine dans la LNH : ceux qui croyaient qu’Halák allait se faire laminer par les robustes équipes de l’Ouest doivent commencer à se raviser. Au lieu d’acheter des bébelles du Tricolore ou de vous ruiner au Centre Bell, vous pouvez vous abonner à NHL Center Ice (20 $ par mois sur Internet), élargir vos horizons et suivre régulièrement Alex Ovechkin, Crosby, les Blues et le Lightning. Ça vaut mieux que de lancer des fléchettes sur le portrait de Pierre Gauthier.

Vous verrez qu’il y a du plaisir à parler des Blues et de Halák sans faire référence ni à Price, ni au Canadien. Ou à parler de Price et du Canadien sans faire référence à Halák, ni aux Blues. Paix aux partisans de bonne volonté.

Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom

Parlons maintenant de ceux qui crachent.

Pendant ces semaines où j’ai dû me contenter de suivre les discussions et de laisser quelques brefs commentaires, un phénomène nouveau s’est développé sur le site du Grand Club, le plus important forum social sportif au Québec : la censure anti-Halák. Aussitôt que le nom de Jaroslav Halák est mentionné, conjointement ou non avec celui de Carey Price, des inquisiteurs sortent aussitôt leur cassette d’intimidation aussi bien envers les fans que les chroniqueurs :
« Le débat est terminé, merci, bonsoir!
- Arrêtez de ramenez Halák, on est écœurés!
- Y’é parti, revenez-en!
- Gang de traîtres! Bon débarras! »
Etc., etc.
Il est fascinant de constater comment seuls les archi-fanatiques de Carey Price (lesquels, dois-je le rappeler, ne représentent qu’une partie de ses admirateurs) ont l’épiderme sensible juste à entendre parler de Vous-Savez-Qui. À les entendre, il faudrait bannir son nom de toute conversation, imposer le bâillon comme le fait si bien Jean Charest. Ces mêmes puritains, pourtant, n’ont pas hésité à claironner sa première (mauvaise) partie de pré-saison, alors qu’il a laissé passé 3 buts sur 18 lancers; ils seront prêts à le refaire à la moindre contre-performance.

Il est fascinant aussi de constater comment, à la moindre critique contre Price, ses avocats auto-proclamés hurlent qu’on s’acharne sur lui, pur agneau, victime sans défense des méchants cannibales de Montréal, martyr bien généreux de demeurer ici à souffrir au lieu d’exiger un échange loin de cet odieux bagne. Suit alors la litanie de sempiternels clichés non prouvés qui tiennent lieu d’arguments : les fans et les journalistes sont des sauvages, des bipolaires et des pseudo-connaisseurs, de toute façon aucun joueur ne veut venir à Montréal, les Québécois encore moins que quiconque… L’étiquette « Price-hater » est lancée aussi facilement que l’accusation de communisme dans l’Amérique des années cinquante. O’Byrne, Gill, Spacek et Gomez ont reçu l’un après l’autre leur concert de huées ou leur caisse de tomates pourries, mais ils n’ont jamais été défendus avec autant de zèle.

Toutefois, lorsque Price joue bien et que les nouvelles parlent moins d’Halák pendant quelques jours, ces mêmes prêcheurs sont-ils satisfaits? Bien sûr que non. Ils répètent, d’un ton triomphant : « Où sont les détracteurs de Price? » comme s’ils espéraient voir apparaître des sorcières pour le plaisir de les envoyer au bûcher.

On s’aperçoit que ces exaltés, au fond, sont plus obsédés encore par Halák que par Price lui-même, terrorisés que leur préféré ne puisse pas soutenir la comparaison à long terme.

L’art de secouer le chiffon rouge

Vous vous reconnaissez dans ce portrait? Alors je m’amuserai avec vous. Je préfère suivre Halák parce qu’il est bien plus inspirant que tous les Canadiens réunis. Carey Price est un bon gardien, mais il n’arrive pas à la cheville du Slovaque. Price doit rembourser aux partisans du Canadien les deux saisons d’immaturité et de passe-droits dont il a profité par deux saisons de bon travail (il semble avoir bien entamé la première). Halák a aidé le Canadien à se rendre en troisième ronde des séries éliminatoires pour la première fois depuis 1993, donc Price doit faire de même. Le jour où il aura rempli ces deux conditions, je le considèrerai comme l’égal d’Halák; pas après quelques bons matchs seulement. Comme Price est un débiteur à peu près insolvable, j’ai choisi d’observer les Blues plutôt que de ruminer la folie de Pierre Gauthier.

Par ailleurs, mes chers émules de Torquemada, je constate que Price a repris quelques trucs de son ancien collègue. Celui, par exemple, de faire preuve de modestie et d’attribuer le mérite de la victoire à ses coéquipiers. De remercier les fans de leur appui après avoir été applaudi lors d’un match. Les leçons d’Halák auront au moins profité à quelqu’un. Price serait-il devenu ce qu’il est sans la compétition de Jaroslav Halák plutôt que les tendres soins d’Alex Auld? Probablement pas. Bob Gainey lui changerait possiblement encore ses couches. Soyons justes : Halák lui-même ne serait peut-être pas devenu ce qu’il est aujourd’hui s’il n’avait pas eu à surmonter Price comme obstacle.

Vous en voulez plus? Pas de problème. Ajoutons que les amateurs, les journalistes et les joueurs eux-mêmes ont rendu un meilleur service à Price en l’étrillant que Bob Gainey en le chouchoutant, même si certains ont exagéré avec leurs huées. Rappelons qu’Halák a récolté cinq blanchissages l’an passé; Price, aucun. Samedi dernier, Halák a eu son premier blanchissage de la saison, environ soixante minutes avant Price (il y a une heure de décalage entre Saint-Louis et Montréal). Halák a vécu longtemps dans l’ombre de Price, Price doit maintenant vivre avec le fantôme d’Halák.

Continuez votre croisade anti-Halák, et je continuerai à vous parler d’Halák et de Price, rien que pour rire en lisant vos commentaires parsemés de mots en majuscules. J’adore ce petit jeu.

Je me souviens

Price est maintenant le gardien numéro un du Canadien? D’accord. Il est capable de « faire la job »? Tout à fait. Une grande partie des fans du Canadien ont choisi d’aller de l’avant et de faire confiance à Price? Je respecte leur choix. Mais que Price fasse oublier Halák? Jamais de la vie. Même pour des inconditionnels du Canadien, il devrait y avoir une différence entre faire confiance aux joueurs qui restent et oublier avec ingratitude ceux qui s’en vont. Je connais de loyaux fans du Canadien qui, tout en continuant de suivre le Tricolore, prennent encore leur dose de Pepto-Bismol pour digérer le départ d’Alex Kovalev. D’autres ont hâte à la visite des Ducks et de Saku Koivu au Centre Bell. Nombreux sont ceux qui suivent encore les tribulations de Francis Bouillon et de Steve Bégin. Ces fans-là n’oublient pas.

Alors, oublier Jaroslav Halák? Faites une croix là-dessus. Même les fans sensés qui ont consciemment choisis de donner une autre chance à Carey Price n’oublieront pas Halák. Il fera partie de leurs plus beaux souvenirs.

Voulez-vous toujours boycotter les produits Molson?

20 août 2010 à 7:21 | Publié dans Non classé | 2 Commentaires
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Image promotionnelle de Budweiser, récupérée au http://popsop.com/28000

Un militant du Parti Québécois a déjà dit que son parti avait le don de « s’autopeluredebananiser ». On pourrait dire la même chose de la direction des Canadiens de Montréal. Dans des conditions normales, un échange de deux gardiens de la Ligue américaine de hockey n’aurait pas dû faire tout un tapage. Mais voilà, l’échange de Cédrick Desjardins au Lightning de Tampa Bay a déclenché la fureur de nombreux amateurs parce qu’il touche deux nerfs sensibles du public montréalais que la direction du Canadien a déjà passablement écorchés : les gardiens et la présence francophone et québécoise au sein du Tricolore.

Réglons d’abord deux points. Premièrement, on entend déjà des fins finauds dire que des conditions normales, ça n’existe pas à Montréal, parce que les « fefans » sont chialeux, irrationnels et ignorants. J’ai déjà pris la défense des fans montréalais dans un autre billet : je n’y reviendrai donc pas. Deuxièmement, d’autres raisonneurs mentionnent que Desjardins n’est pas Québécois parce qu’il est né à Edmundston, au Nouveau-Brunswick. Rappelons que Desjardins est né à quelques kilomètres à peine du Québec et a grandi à La Pocatière. D’autre part, ne commençons pas à chipoter sur les détails de québécitude : la table est assez grande pour toute la famille, y compris pour Desjardins, Benoît Pouliot, Francis Bouillon (né à New York) et les autres demi-proto-quasi-Québécois à un détail près.

Feu de poubelle

Pierre Gauthier, le directeur général des Canadiens, a réussi l’exploit de transformer cet échange de club-école en un autre feu de poubelle que le service des communications du Tricolore devra éteindre. Rappelons le contexte. Après avoir échangé Jaroslav Halák, le héros des séries, il a ignoré les offres de Patrick Lalime et de Martin Biron, deux gardiens auxiliaires en quête de contrat, pour embaucher Alex Auld, un gardien auxiliaire aux statistiques comparables à celles deux précédents. De plus, Auld a obtenu un montant supérieur à celui finalement accordé à Biron par les Rangers. Comme Desjardins venait d’écouler une année exceptionnelle chez les Bulldogs de Hamilton (le club-école des Canadiens), les amateurs déçus se sont rabattus sur l’espoir, mince mais existant, qu’il puisse venir livrer concurrence à Price. Desjardins, un jeune homme de 24 ans, est décrit comme travaillant et compétiteur, des qualités également attribuées à Jaroslav Halák.

Dans une entrevue à CKAC, Desjardins a affirmé que lui-même et son agent ont signifié au Canadien que le jeune homme ne pouvait attendre plus longtemps une chance de se faire valoir dans la LNH. Gauthier, qui avait mis sous contrat Auld et Curtis Sanford, l’a envoyé courir sa chance à Tampa Bay. Donald Beauchamp, vice-président aux communications du Canadien, affirme : « C’est comme une faveur que nous faisons à Cédrick Desjardins car Curtis Sanford et Robert Mayer seront nos gardiens avec les Bulldogs de Hamilton cette saison. »

Mais qui Beauchamp croit-il tromper? De toute évidence, Gauthier voulait éviter que les amateurs scandent le nom d’un gardien québécois au Centre Bell dès que Carey Price y accorderait son premier mauvais but. Lorsque Jaroslav Halák, à l’automne dernier, a signifié à Bob Gainey, alors directeur général, du Canadien qu’il voulait jouer davantage ou changer d’équipe, il s’est opposé à une fin de non-recevoir : il constituait une solution de rechange, en cas de défaillance de Carey Price. Après son départ, Cédrick Desjardins est devenu cette solution de rechange. Et soudainement, l’ancien bras droit de Gainey se montre plus généreux envers Desjardins que son prédécesseur envers Halák? Le problème, c’est que si Carey Price flanche, il n’y a plus de gardien à développer à court et à moyen terme. Alex Auld et Curtis Sanford sont vieillissants et ne peuvent mener une équipe aux séries éliminatoires. Robert Mayer et Petteri Simila, les autres gardiens de la pépinière tricolore, sont encore loin de la LNH.

Les Éclairs de Tampa Bay

D’autres détails de cette transaction chicotent. De toutes les équipes de la LNH, fallait-il vraiment que Gauthier accepte l’offre de Tampa Bay, qui est en train de se développer une filière québécoise enviable? Desjardins y a probablement été recommandé par Guy Boucher, son ancien entraîneur à Hamilton et l’actuel entraîneur du Lightning. En plus de Guy Boucher et de ses deux adjoints (tous Québécois), Julien BriseBois, l’ancien DG des Bulldogs, pour seconder Steve Yzerman, le DG du Lightning. De plus, Yzerman a embauché Simon Gagné pour compléter le trio de Vincent Lecavalier et de Martin St-Louis. Gagné est un autre de ces Québécois dont le Canadien a décliné l’offre, cette fois parce qu’il n’y avait plus d’espace sous le plafond salarial. Si vous faites le calcul, en comptant les joueurs et les entraîneurs, Tampa Bay compte plus de Québécois et de francophones que le Canadien. Et les Québécois de Tampa Bay sont meilleurs que ceux de Montréal. Ajoutez-y Dominic Moore, un Ontarien largué par le Tricolore alors qu’il aurait pu lui rendre d’autres fiers services. En quelques semaines à peine dans l’uniforme bleu-blanc-rouge, Moore, qui s’exprime couramment en français, a prouvé son utilité au CH et a gagné l’estime des amateurs en quelques semaines à peine. Pourtant, en septembre, il rejoindra Gagné, Lecavalier et leurs coéquipiers sous le soleil de la Floride.

Au fait, qu’a obtenu le Canadien en retour de Desjardins? Les droits de la LNH sur un gardien finlandais, Karri Ramo, qui joue actuellement en Russie et qui y restera encore pour y écouler la dernière année de son contrat. Il possède une expérience totale de 48 matchs dans la LNH, dans laquelle il n’a rien cassé.

Le retour du chouchou

De plus, la transaction a été conclue et annoncée le jour même de l’anniversaire de Carey Price. Évidemment, plusieurs se sont empressés de relever l’ironie, comme s’il s’agissait d’un autre cadeau au jeune homme pour le conforter dans son statut d’« avenir du Canadien ». Dans le milieu politique, on essaie d’éviter ce genre de coïncidence. Si un ministre avait été en charge de ce dossier, son personnel aurait tout fait pour repousser la transaction d’un jour ou deux. Manifestement, Pierre Gauthier est totalement inconscient de ce genre de détail. Du coup, Donald Beauchamp doit gérer les conséquences rocambolesques que peuvent avoir sur une transaction de club-école des années de mauvaise gestion des gardiens et de la question francophone.

Gauthier aurait voulu faire de Carey Price l’un des joueurs les plus détestés de l’histoire du Canadien qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Comme si ce n’était pas assez, le contrat de Price n’est pas encore conclu, et on chuchote que l’agent du jeune gardien tient la dragée haute à Gauthier, maintenant que son poulain est confirmé seul et unique numéro un, sans concurrent qui soit francophone, talentueux… ou les deux à la fois.

L’ABC du boycott

Alors, voulez-vous toujours boycotter les produits Molson? Parce que si c’est le cas, commencez donc par vous renseigner. Après l’échange d’Halák, j’ai poussé un soupir de lassitude en lisant le commentaire d’un internaute disant que dorénavant, il troquera la Molson pour de la Heineken. Pour son information et pour la vôtre, Molson distribue la Heineken, ainsi que plusieurs autres marques connues au Québec.

De mon côté, je n’ai pas choisi rationnellement de boycotter les bières Molson. Néanmoins, c’est plus fort que moi : quand je vois une bouteille de bière distribuée par Molson, j’ai l’impression de me faire rire de moi. Du coup, il m’est devenu impossible d’avaler une gorgée de leur houblon. Êtes-vous réellement décidé à ne plus verser un sous dans les caisses du commanditaire des Canadiens? Alors vous devrez éviter les bières dont la marque comprend les noms suivants :
- Molson;
- Coors;
- Rickard’s;
- Corona;
- Heineken;
- Miller;
- Black Ice;
- Laurentide;
- O’Keefe’s;
- Tornade;
- quelques autres encore, dont la liste complète se trouve sur ce site.

Cette liste est trop longue à retenir? Vérifiez simplement le nom du distributeur sur l’étiquette ou la boîte. Par ailleurs, comme bière de substitution, je vous recommande toutes les microbrasseries québécoises, ainsi que tout ce qui porte le nom de Bud ou de Budweiser. Pourquoi ces deux dernières marques? Parce qu’elles sont produites par Anheuser-Busch, dont le siège social se trouve à Saint-Louis, le nouveau domicile de Jaroslav Halák.

Halák et ses « fefans » émotifs

24 juin 2010 à 7:30 | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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Caricature de Serge Chapleau, La Presse, 19 juin 2010.

Depuis l’échange de Jaroslav Halák, on entend de nombreux prétentieux sermonner les partisans en colère qui menacent de se révolter. Ces grands penseurs divisent les fans montréalais en deux classes. Eux-mêmes forment la classe minoritaire : des gens rationnels, sensés, connaisseurs, qui réfléchissent à long terme et approuvent Carey Price comme le seul choix évident. L’autre classe, majoritaire, rassemble les « fefans » émotifs, bipolaires, ignares, chialeux et myopes qui divinisent aveuglément Halák. Je ne reprends pas ici le débat Price-Halák; je dénonce seulement l’arrogance de ceux qui veulent discréditer ou faire taire les amateurs furieux de cet échange. 

Je ne vise pas les sincères admirateurs de Price, dont plusieurs ont exprimé leur sympathie à ceux d’Halák parce qu’ils comprennent ce qu’ils auraient eux-mêmes ressenti si leur propre favori avait été échangé. Je ne vise pas les fans qui, contents ou déçus de l’échange, ont choisi de donner le bénéfice du doute à la direction. 

Ceux que je dénonce sont les moralisateurs qui portent un jugement sur le commun des mortels dans le seul but de s’en différencier. Leur obsession n’est ni Price, ni Halák, ni même les Canadiens : leur obsession, c’est de s’élever au-dessus de la populace. Ils se servent dans ce but de tout un arsenal de sophismes méprisants, dont voici les principaux : 

« Revenez-en, c’est fait! » : Pardon? À peine un mois jour pour jour s’est écoulé depuis l’élimination du Canadien, une semaine depuis l’échange, et il faudrait déjà enterrer au plus sacrant le gardien qui nous a émerveillé de ses exploits, qui nous a impressionnés par sa force de caractère et son humilité? Les fans se font souvent traiter de vire-capot, mais ne vous attendez quand même pas à ce qu’ils digèrent cette décision avant longtemps. 

« C’est le choix de l’organisation » : Autrement dit, fermez-la, continuez à remplir le Centre Bell et à acheter des guenilles, parce que de toute façon vous n’avez aucun pouvoir, sauf celui d’ouvrir vos portefeuilles. Une belle attitude de mouton résigné, conséquence directe du monopole malsain des Canadiens de Montréal sur le hockey de la LNH au Québec. 

« Ce sont des hommes de hockey, ils savent ce qu’ils font » : Ben oui, mon kiki. Le président de BP connaît aussi son affaire, tout comme celui de Toyota. Ça n’a pas empêché ni l’un ni l’autre d’être convoqués au Congrès américain après que leurs compagnies respectives se soient royalement plantées. Pierre Gauthier est peut-être compétent, mais il n’est pas immunisé contre les erreurs : à titre de directeur-général des Sénateurs d’Ottawa, il a déjà échangé Pavol Demitra aux mêmes Blues de Saint-Louis contre le Suédois Christer Olsson. Après 20 parties, Olsson est rentré en Europe. Demitra a passé six saisons fructueuses avec les Blues avant de poursuivre sa carrière ailleurs. Alors oui, Gauthier peut se planter, tout comme il est arrivé à Bob Gainey de se planter avant lui. Faire aveuglément confiance à la direction, c’est comme donner un chèque en blanc à votre garagiste pour qu’il fasse toutes les réparations qu’il veut sur votre voiture. 

« Halák était trop gourmand » : les Canadiens n’ont même pas communiqué avec lui, ni avec son agent. De toute façon, pour ce qu’il a donné et la façon dont il a été traité, Halák avait moralement le droit de leur faire cracher le maximum, ne serait-ce que pour leur apprendre à épeler le mot « respect » en français, en anglais, en slovaque et en douze autres langues au moins. 

« La direction du CH ne doit rien aux fans » : celle-la, c’est la meilleure que j’ai lue. Et les millions en profits que l’équipe a empochés, ils sont tombés du ciel? Ils ont poussé dans les arbres? Ramenez une équipe à Québec, et vous allez voir que la direction du CH va se rendre compte qu’après tout, elle doit quelque chose aux fans, si jamais elle voit des gens dans les rues avec des chandails des Nordiques sur le dos et une diminution des cotes d’écoute de ses propres matchs. C’est ce que les Blackhawks de Chicago ont compris lorsque leur aréna s’est vidé, il y a de ça plusieurs années. Et on parle de l’une des Original Six, pas d’une équipe dans le désert. 

« Le hockey, c’est une business » : Peut-être, mais la business du sport professionnel, comme celle des arts, c’est de vendre de l’émotion. Et de l’émotion, Halák nous en a fournie à la tonne. D’ailleurs, si les Canadiens sont une business, les partisans sont ses clients. Ces clients peuvent exercer leur jugement. Le marketing a peut-être réussi jusqu’ici à masquer les faiblesses de l’équipe, mais le départ d’un joueur qui a conquis le cœur des partisans sans l’aide du service de marketing risque de changer la donne. 

« Vous êtes des émotifs » : Une bonne part de hockey est faite d’émotion. Si nous suivions vos principes, chers cerveaux logiques et rationnels, les Canadiens, cette petite équipe de huitième rang se serait fait balayer par Washington en quatre matchs, non, en trois matchs. C’est ce qu’ont prédit les savants experts. Néanmoins, c’est avec de l’émotion que les Glorieux ont renversé coup sur coup les gagnants du Trophée du Président, puis les champions en titre de la Coupe Stanley. Ils ont été éliminés par une équipe, les Flyers de Philadelphie, qui ont eux-mêmes comblé un déficit de 0-3 dans leur série précédente en puisant dans leurs émotions. Les experts ne font pas foi de tout. Le rôle des experts est de faire des calculs, et celui des joueurs est de défier leurs prédictions. Tout comme Halák a défié tous ceux qui lui ont prédit que sa petite taille et son rang de repêchage le destinaient, au mieux, à une carrière d’honnête auxiliaire. Je suis émotive? Merci du compliment. 

« Vous êtes des girouettes » : Cette accusation est dirigée vers les amateurs qui ont voté pour envoyer Price au Match des Étoiles, en janvier 2009, puis l’ont vilipendé quelques mois plus tard. Cet argument est de mauvaise foi : le Match des Étoiles a eu lieu avant que le public ne soit mis au courant des virées nocturnes de Price et de ses habitudes de prima donna. En fait, le public en général a évolué dans un sens plutôt logique, même si Price a payé très cher pour ses erreurs. 

« Price est encore là, rallions-nous tous derrière lui, soyez patients avec lui, etc. » : Price ne mérite ni le blâme, ni les huées. Ce n’est pas lui qui a pris la décision d’échanger Halák. D’un autre côté, les amateurs ne sont pas obligés de l’encourager si le cœur ne leur en dit pas. Après tout, l’applaudir revient à approuver l’échange d’Halák. Ordonner aux fans de se rassembler derrière Price ressemble à la stratégie de la cage à homard chère à Jacques Parizeau : laissons un seul choix aux partisans, pour qu’ils soient obligés de s’y faire. Je ne serai pas patiente avec Price et je ne le soutiendrai pas, puisqu’il me laisse maintenant indifférente.
Par ailleurs, les deux joueurs obtenus dans l’échange semblent intéressants et méritent d’être découverts. Le problème, ce n’est pas ce que le Canadien a obtenu, c’est ce qu’il a cédé. 

« Si vous êtes pas contents, il y a 29 autres équipes » : c’est en effet une option. Toutefois, ceux qui conservent un sentiment d’appartenance envers le Canadien ont le droit de garder un œil critique et un esprit lucide. Personnellement, j’aime mieux une foule d’amateurs passionnés mais exigeants à un troupeau de moutons dociles et obéissants. Il n’y a que les fans des Maple Leafs de Toronto qui sont assez bêtes pour accepter n’importe quelle forme de médiocrité, pourvu qu’elle soit ornée d’une feuille d’érable bleue. 

« Vous êtes des traîtres si vous lâchez les Canadiens » : Cet argument contredit le précédent, mais aucune logique ne freine les spécialistes de la mauvaise foi. D’ailleurs, les Canadiens ne sont pas une armée, et Pierre Gauthier n’est pas notre général. Nombre de partisans aiment l’équipe, mais conservent un goût amer de l’institution avec son marketing débridé, son carrousel d’entraîneurs renvoyés, son indifférence envers le repêchage local et le traitement réservé à certains de ses joueurs (rappelez-vous de Francis Bouillon). 

Vous êtes écœurés par l’échange d’Halák? Votre colère est légitime. Ne vous laissez pas marcher sur les pieds par les arrogants qui utilisent les faux arguments ci-dessus. Manifestez ou quittez le navire, mais ne vous sentez pas obligés de vous écraser.


 

Plusieurs commentateurs (Dany Dubé, Martin Leclerc, Yvon Pedneault, Scott Burnside, Ken Campbell) croient que Gauthier n’aurait pas choisi Price par aveuglément volontaire, mais aurait été coincé par le plafond salarial. Autrement dit, il ne devait pas choisir entre Halák et Price, mais entre Halák et Tomas Plekanec. Ce dernier était moins facile à remplacer, d’où l’échange. Pourquoi ne pas l’avoir dit ouvertement? Parce que le contrat avec Plekanec n’était pas encore conclu. Parce que c’était sans doute moins pire de coller à Price l’étiquette de chouchou que celle de bouche-trou. Enfin, parce que la colère des amateurs se serait tournée vers d’autres hauts salariés de l’équipe, notamment Scott Gomez (7,3 M$), Roman Hamrlik (5,5 M$) et Jaroslav Spacek (3,83 M$). Sans compter le demi-million que le contrat de Georges Laraque enlèvera à la masse salariale pendant encore deux saisons. 

De mon côté, tant qu’à taper sur quelqu’un, je choisis Andrei Kostitsyn. Repêché en première ronde la même année où Halák l’a été en neuvième, l’aîné des « frères K » a touché 3,25 M$ cette saison, contre 750 000 $ pour le Slovaque. Si vous faites le calcul, ça veut dire que ce gros jambon a reçu plus du quadruple du salaire de son coéquipier pour pratiquer l’art de patiner en dormant. 

Mais la direction du Canadien sait ce qu’elle fait, n’est-ce pas? Ce sont des hommes de hockey, pas vrai? 

Misère. La prochaine saison va être longue.

Qui veut noyer Halák l’accuse de la rage

18 juin 2010 à 7:45 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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En fait, le véritable proverbe est « qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage », de la pièce Les Femmes savantes, de Molière.

Que Jaroslav Halák soit échangé, je peux le concevoir, même si c’est à mes yeux une bourde monumentale. Qu’on veuille faire de Carey Price le gardien d’avenir, je peux le concevoir.

Mais ceux qui prétendent que c’est le bon choix parce que Jaroslav Halák ne voulait pas revenir à Montréal de toute façon, font preuve d’une une ânerie sans fond.

Depuis l’élimination des Canadiens, des soi-disants connaisseurs prétendent qu’Halák ne voulait rien entendre de signer avec Montréal. Ils s’appuient sur sa lassitude vis-à-vis des journalistes pendant les séries éliminatoires. Halák n’a pas été le seul joueur à montrer son impatience devant les médias, une réaction bien normale après six semaines épuisantes de séries éliminatoires.

Pendant dix ans, chaque point de presse d’Andrei Markov lui semblait aussi agréable qu’une séance chez le dentiste. Il a pourtant signé de nouveau avec Montréal, lui qui aurait pu facilement se trouver un poste ailleurs. Scott Gomez a déjà traité les journalistes d’ugly mugs (« bouilles affreuses »). Ça ne l’a pas empêché de professer un enthousiasme sincère envers Montréal, même vers la fin de la saison et pendant les séries. Tomas Plekanec, interrogé sur sa performance décevante en séries, a répliqué avec agacement : « Ai-je été si mauvais? » Plekanec, l’un des agents libres sans compensation les plus convoités, veut pourtant revenir; son agent a récemment déclaré que les négociations entre son client et le Canadien allaient bon train. Un joueur peut aimer Montréal et ses partisans sans être obligé d’aimer les journalistes. Tout le monde n’est pas Michael Cammalleri.

Par ailleurs, on ressort encore cette rumeur stupide voulant qu’Halák ait demandé à être échangé en décembre dernier. Correction : Halák a demandé à jouer davantage, point-barre. Il a dit à l’organisation : faites-moi jouer ou échangez-moi. Ce n’était pas le désir de quitter Montréal, mais celui d’obtenir davantage de temps de glace qui l’a poussé à entreprendre cette démarche.

D’autres internautes lancent qu’Halák était sur le point de signer un contrat avec la KHL, ou encore que son agent a une réputation épouvantable à travers la Ligue, etc. N’en jetez plus, la cour est pleine.

Je ne sais pas si ce sont certains fans finis de Carey Price sont à l’origine de ces rumeurs. Toutefois, je soupçonne une opération de spinning (dorage) pour faire passer la pilule aux amateurs. Puisque le public de Montréal veut « Jaro », essayons de le convaincre que « Jaro » ne voulait pas de Montréal. Même François Gagnon et Jean-François Bégin avaient renchéri en affirmant qu’Halák en avait assez du cirque montréalais. Gagnon en rajoute une couche dans son blogue aujourd’hui. Gagnon est un journaliste consciencieux, mais un commentateur émotif. Partisan des Sénateurs d’Ottawa qui subit les tortures des fans les plus déchaînés des Canadiens, il aime livrer des interprétations douteuses afin de les faire souffrir à leur tour et de leur rendre la monnaie de leur pièce. S’il le pouvait, il accuserait directement les fans d’être responsables du départ d’Halák.

Sauf que certains faits contredisent ces fabulations sur ce que pense Halák de Montréal. Pendant la série contre les Flyers de Philadelphie, le magazine L’Actualité a envoyé un journaliste préparer un reportage sur la famille et le quartier d’enfance de Halák. Le reportage et les commentaires de ses parents ne laissent aucunement croire qu’Halák était malheureux à Montréal. Peu de temps avant ces déclarations, le gardien lui-même avait accepté de donner une entrevue exclusive parue dans le magazine La Semaine, une décision que l’on prend lorsqu’on veut soigner ses relations avec le public. Ce n’est pas exactement le genre de comportement de quelqu’un qui veut fuir à tout prix.

Numéro un, à Montréal ou ailleurs

Absolument rien ne prouve que Jaroslav Halák voulait quitter Montréal. Ce qu’il voulait, c’est un poste de numéro un. Souhaitons-lui la meilleure des chances avec les Blues de Saint-Louis. Il sera superbe dans son nouvel uniforme bleu.

Bien sûr, Halák, au centre de rumeurs d’échange depuis quelques années, était préparé à cette possibilité. Rester à Montréal n’était certainement pas une question de vie ou de mort pour lui. Toutefois, prétendre qu’il voulait prendre les jambes à son cou est une manœuvre odieuse destinée à faire taire ses admirateurs consternés et furieux de son départ.

Pierre Gauthier lui-même a affirmé que le jeune homme aimait Montréal et sa communauté. Accordons à Gauthier le mérite d’assumer pleinement sa décision : il a choisi Price. Il n’a pas tenté de trouver des prétextes et il semble prêt à vivre avec la colère des nombreux fans montréalais. C’est tout à son honneur.

Price meilleur… devant les médias

Parlons maintenant de Carey Price, qui n’a apparemment plus personne pour lui disputer son trône. Il a du potentiel, soit. Il a pris de la maturité, d’accord. D’ailleurs, je dédie une baffe à tous les imbéciles qui le hueront au Centre Bell la saison prochaine, à moins qu’il n’envoie un doigt d’honneur au public.

Certains vont trop loin en garantissant déjà que Price sera assurément à la hauteur. Ces fans finis prétendent que Price est fin prêt parce qu’il a démontré de la maturité devant les journalistes. Price veut davantage demeurer à Montréal que son collègue slovaque, selon François Gagnon, parce qu’il compose mieux avec l’attention qu’on lui porte. Comprendre : il a mieux « performé » devant les journalistes.

Cet argument au sujet des médias me fait décrocher la mâchoire. Depuis des années, on nous serine qu’un joueur doit être choisi pour son talent et non pour son aisance avec les médias. Des journalistes et des amateurs ont voulu nous vendre Markov comme capitaine, malgré son peu d’aisance devant les médias, en nous jurant que jamais, au grand jamais, un capitaine n’a eu pour rôle de représenter l’équipe auprès des médias. Pour la même raison, ces mêmes journalistes et amateurs ont pris la défense de Saku Koivu, qui ne parlait toujours pas français devant les médias presque dix ans après être devenu capitaine.

Et maintenant, on veut nous faire gober qu’il est normal de sacrifier un gardien accompli, travailleur, dévoué et aimé de ses coéquipiers et du public, un gardien qui a joué les héros devant les puissants Capitals de Washington et les Penguins de Pittsburgh, sous prétexte qu’il n’a pas fait preuve d’assez de chaleur devant les médias? Tant de mauvaise foi me révolte.

Oh, mais il faut ajouter que Price a pris de la maturité. La preuve, c’est qu’il a grondé Sergei Kostitsyn lorsqu’il a quitté l’entraînement avant la fin. Excusez-moi, pardon. La preuve est entendue, Price deviendra un grand gardien, que dis-je, une légende, et mènera les Canadiens à la Coupe Stanley, puisqu’il a été capable de remettre Kostitsyn à sa place.

Les dés encore pipés en faveur de Price

Si je fais de l’ironie, ce n’est pas pour rabaisser le potentiel de Price. Néanmoins, comme disent les anglophones, « the proof is in the pudding »; on juge quelqu’un par ses résultats et non par ses promesses. Certes, Price n’est plus le jeunot immature qu’il était à son arrivée à Montréal. Si Halák n’avait pas été là, j’aurais parié sur lui. Mais voilà, Halák est devenu une valeur sûre, beaucoup plus sûre que Price en tout cas. Price n’a pas mené son équipe à la troisième ronde des éliminatoires en passant par dessus les récipiendaires du trophée du Président et les champions en titre de la Coupe Stanley. Price n’a pas surpris tous les experts aux Jeux Olympiques en traînant son équipe nationale jusqu’au pied du podium. De plus, à son dernier départ sur la glace, le seul endroit qui compte, Price a démontré toute l’étendue de sa maturité… en écopant de deux stupides pénalités pour conduite antisportive. Alors sa maturité, mettons que je mets encore un gros point d’interrogation dessus.

J’insiste : le problème n’est pas d’avoir gardé Price, mais d’avoir sacrifié Halák pour lui. Price n’est pas un deux de pique, bien au contraire. Néanmoins, ceux qui disent que c’est garanti avec Price, qu’il deviendra un dieu sur patins à l’âge de 25 ou 26 ans, gardez-vous une petite gêne, je vous prie. Attendez qu’il se soit bâti une fiche respectable de victoires, de pourcentages d’arrêts et de nombres de buts accordés par match, en plus de se comporter sagement sur la patinoire et à l’extérieur. À ce moment-là, il sera passé de gardien prometteur à gardien confirmé.

En préférant Price à Halák, Pierre Gauthier a sacrifié un gros « oui » pour miser sur un énorme « peut-être ». De plus, il a déclaré avoir assuré à Price qu’il serait de retour l’automne prochain. Sur ce point, il aurait mieux fait de se taire : en confirmant que les dés était déjà pipés en faveur de Price, Gauthier vient de lui recoller l’étiquette de « chouchou » dont le jeune homme a eu tant de peine à se débarrasser. Toute vérité n’est pas bonne à dire. C’est peut-être ce qui m’enrage véritablement : encore une fois, Halák a été traité non pas comme un joueur utile pour le Canadien, mais comme un obstacle à la progression de Price. Espérons que ce dernier fera preuve de plus d’habileté que son directeur général pour se gagner l’estime des partisans.

Bon, je vous laisse, je me magasine une vuvuzela sur Internet pour aller en jouer sous les fenêtres de Pierre Gauthier.

L’habit et le moine

21 avril 2010 à 7:00 | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire
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Certains me reprocheront de revenir avec Carey Price, mais ce n’est nullement par acharnement, comme vous le constaterez si vous lisez ce billet jusqu’au bout. Price en vedette une dernière fois parce que cette chronique est liée à la précédente (nonobstant l’appel à l’endroit des arbitres de la NHL). De plus, je vous avais prévenus, il y a de ça quelques mois, que Price reviendrait à plusieurs reprises à cause de tous les déboires de relations publiques qu’il a connu. Heureusement, les leçons de ces mésaventures commencent à porter fruit.

Tout spécialiste en communication peut vous expliquer que la communication interpersonnelle ne passe pas uniquement par les mots, mais aussi par la communication non verbale. Celle-ci comprend le ton, le débit, l’intonation, mais aussi la posture, les gestes et même les vêtements, la coiffure et le maquillage. Ainsi, on ne s’habillera pas de la même façon pour une entrevue d’emploi, un rendez-vous galant et des funérailles. Avant même de prononcer un seul mot, vous faites déjà une première impression avec votre tenue vestimentaire. Dans tous les domaines de relations publiques, particulièrement la politique et le sport professionnel, votre tenue peut même parfois vous jouer des tours. L’habit ne fait pas le moine, mais il l’aide à s’affirmer comme tel.

Le bonnet à fromage devenu bonnet d’âne

En 1997, en pleine campagne électorale, Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois fait une visite médiatisée dans une usine à fromage. Pour se conformer aux règles d’hygiène, il s’affuble d’un bonnet de protection qui lui donne un air ridicule. Pendant des années, les caricaturistes, en particulier Serge Chapleau, s’en donneront à cœur joie en dessinant le chef bloquiste affublé de son légendaire bonnet. En 2004, Gilles Duceppe brille pendant une autre campagne électorale aux résultats éclatants (le BQ est passé de 38 à 54 sièges à la Chambre des communes). Impressionnés, les caricaturistes laissent tomber le bonnet. Serge Chapleau produira même une caricature où un Gilles Duceppe radieux et soulagé retire symboliquement son bonnet.

D’autres politiciens ont été victime d’une tenue mal ajustée. Lors du débat des chefs de 2007, Jean Charest, chef du Parti libéral, le dos rond et habillé d’un veston trop grand, semble écrasé par la déprime. Il est déclassé par la fougue d’André Boisclair, chef du Parti québécois, et par l’aisance de Mario Dumont, chef de l’Action démocratique du Québec. D’autres, au contraire, mettent à profit une tenue vestimentaire bien pensée. Pendant la crise du verglas, André Caillé, président d’Hydro-Québec, paraît en conférence de presse vêtu d’un col roulé blanc au lieu du traditionnel complet-cravate (Tomas Plekanec aurait certainement approuvé). Le hasard a ici bien fait les choses : ce chandail, choisi car M. Caillé était frileux, est devenu un symbole de calme et de maîtrise de la situation, ainsi que de rapprochement avec la population éprouvée.

Le gueux malgré lui

Avez-vous remarqué que lorsque les joueurs de hockey en visite descendent de l’autobus qui les conduit à l’aréna du match, ils sont toujours en complet-cravate? Les équipes veulent ainsi projeter une image de classe et de sophistication. Une tenue qu’ils n’endossent pas cependant à tous les jours, on s’en doute bien.

Au printemps 2009, au lendemain du balayage humiliant du Canadien en première ronde des séries éliminatoire devant les Bruins de Boston, les joueurs du Canadien abattus vont récupérer leurs affaires au Complexe d’entraînement sportif Bell, à Brossard. Pendant ce temps, les journalistes attendent l’arrivée de Bob Gainey, le directeur général, pour sa conférence de presse en clôture de saison. Mais voilà, M. Gainey est en retard. On convoque donc Carey Price pour le livrer à la meute journalistique affamée. Il est vrai que Price avait beaucoup à se faire pardonner après une saison de cauchemar pour le Tricolore.

Lorsqu’il fait son entrée dans la salle de conférence de presse, ce matin-là, sa tenue a achevé de le couler. Espadrilles quelconques, jeans usés, veste fripée sur une chemise, gomme dans la bouche, mais surtout cette casquette. Cette fameuse casquette qui donnait l’impression qu’il voulait se cacher. Cette casquette qu’on demande aux jeunes de retirer en classe, à l’église (pour les rares fois qu’on y va encore) et pendant les hymnes nationaux au Centre Bell.

À peu près toute la planète est tombée à bras raccourcis sur le jeune homme dépenaillé. Voici ce qui est encore plus sidérant : les relationnistes du Canadien, si prompts à contrôler jusqu’à l’air que respirent les joueurs, on laissé entrer Price dans cette tenue. Au cours de mes années de militantisme politique, je me suis présentée deux fois comme candidate aux élections générales et j’ai accordé plusieurs entrevues, souvent en compagnie d’une relationniste. Si je m’étais présentée à une entrevue dans une tenue similaire à celle de Price, vous pouvez être sûrs que je me serais fait passer un savon. Si l’une d’entre elles avait été aux côtés de Price ce jour-là, elle lui aurait au moins arraché sa casquette, obligé à jeter sa gomme, lui aurait boutonné sa chemise et l’aurait rentrée dans ses pantalons. Et aucun des employés de communication du Tricolore ne l’a fait! Soit ces relationnistes étaient particulièrement incompétents, soit ils n’avaient aucune autorité sur le jeune homme.

C’est dommage, car Price a plutôt bien répondu aux questions des journalistes. Au lieu de s’en prendre aux spectateurs de la veille, il a plutôt tenté de calmer le jeu en expliquant que les deux parties avaient été blessées par cette altercation. « J’ai 21 000 patrons », a-t-il commenté avec philosophie. Malheureusement, sa casquette n’a pas jeté son ombre uniquement sur ses yeux, mais sur tout son message.

Le purgatoire de Price fut long, prolongé par les autres bévues du gardien la saison suivante : nonchalance à l’entraînement, bâtons cassés dans des accès de colère, longs regards accusateurs à ses défenseurs après un mauvais but, départs prématurés de la glace… Malgré un bon travail technique, Price accumule les défaites avant de se faire ravir son poste de numéro un par Jaroslav Halák. Il lui est même arrivé de payer trop cher ses erreurs passées : ainsi, il a été hué à la fin du match où, malgré sa bonne performance, son équipe s’est inclinée devant les Hurricanes de la Caroline. (Avis à tous les idiots qui croient que de payer un billet leur donne le droit de faire n’importe quoi : lorsque vous allez au restaurant, payer votre repas ne vous donne pas le droit de vous moucher dans la nappe.)

Heureusement pour le jeune homme, les leçons acquises à la dure – et surtout, loin de l’étouffante surprotection de Bob Gainey – commencent à porter fruit. Ses récentes entrevues aux médias révèlent une belle maturité. Le jeune homme semble avoir repris la recette de son coéquipier slovaque : travailler dur, se montrer humble… et attendre sa chance. Selon toute probabilité, il l’aura ce soir, sa chance, alors que le pauvre Halák, après une saison brillante au prix d’efforts inouïs et une superbe victoire en séries face aux Capitals de Washington, vient d’être complètement aplati par le dix-huit roues de la bande à Ovechkin sous l’œil complaisant des arbitres. Nous pourrons maintenant nous faire une idée des progrès de Carey Price : a-t-il authentiquement mûri? Ou s’il n’a fait que chasser le naturel, qui, bien sûr, revient toujours au galop? Souhaitons bonne chance à l’enfant prodige et prodigue. Et sans huées, cette fois.

Varia :

– Longtemps chouchouté par la presse montréalaise, Jaroslav Halák vient d’en subir les premiers coups de griffe. Après la défaite de samedi dernier, il s’est tenu loin des journalistes jusqu’à hier après-midi. La plupart se sont montrés compréhensifs, d’autres inquiets, mais Pierre Durocher, de Rue Frontenac, a commenté, après ces absences répétées : « Halak est en train d’en faire une habitude et ce n’est pas fort comme attitude. Disons que ce n’est pas très professionnel. » Robert Laflamme, de La Presse Canadienne, décrit Halák comme « un athlète réservé qui n’apprécie guère de rencontrer la presse », une description étonnante quand on sait que le jeune homme timide est tout de même souriant et courtois avec les journalistes.

De mémoire, les seules fois où Halák s’est dérobé aux journalistes étaient à la suite d’une de ses rares prestations dont il est sorti ébranlé; citons, à titre d’exemple, le dernier match avant la pause olympique, où les Flyers l’avaient chassé. Il est toujours revenu avec une performance brillante à son départ suivant, comme un chien qui, après s’être caché pour lécher ses blessures, revient mordre son adversaire. Cette fois-ci, la recette n’a pas fonctionné : secoué par la brutalité des Capitals samedi, il a joué de malchance lundi soir lorsque son défenseur Jaroslav Spacek est entré en collision avec lui, permettant aux Capitals de marquer le but qui a amorcé la descente du Canadien.

J’aurais voulu être un artiste (Mario Dumont/Carey Price)

15 avril 2010 à 7:37 | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire
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Georges Laraque, Carey Price et Cabbie Richards, animateur de Cabbie on the Street. Droits d'auteur : The Score.

Quel que soit son talent dans son domaine professionnel, n’importe qui travaillant dans l’œil des médias doit composer avec des problèmes d’image. De temps en temps, pour amadouer le public, un politicien, un athlète ou un artiste va quitter son domaine attitré et participer à une émission de télévision dans le but de polir son image ou de modifier la perception du public à son égard. Chez les politiciens, cette mode a commencé lorsque Bill Clinton est allé jouer du saxophone à l’émission The Arsenio Hall Show. Dans les dernières années, au Québec, on a vu Bernard Landry faire une apparition sur le plateau de Star Académie. Jean Charest, lui, a tenu un petit rôle dans un épisode de Le cœur a ses raisons, et est passé à une émission de cuisine. Les politiciens désespérés de se faire élire (ou réélire) sont prêts à tout pour se rendre un peu sympathique aux yeux des électeurs méfiants et antipathiques. Il arrive, toutefois, que la tentative de redorer leur blason tourne au ridicule, voire même au désastre.

Devant Dieu… et les hommes

Quelques semaines avant sa dernière campagne électorale, Mario Dumont, alors chef de l’Action démocratique du Québec, participait au tournage de l’émission Dieu merci! Le concept de l’émission consiste à faire jouer l’invité, affublé d’un costume grotesque pour l’occasion, dans un sketch improvisé dont il ne connaît pas le thème. Le principe consiste à mettre à l’épreuve le sens de l’humour et de la répartie du cobaye (pour votre information, Guillaume Latendresse, Michel Bergeron et Jonathan Roy y sont passés). Pour l’occasion, Dumont jouait un boxeur poète. Perruque blonde arrangée en coupe Longueuil (je crois qu’on l’appelle la coupe Vanier dans la région de Québec), œil au beurre noir maquillé pour l’occasion, Dumont s’en tiré tant bien que mal avec une prestation qui est plutôt tombée à plat. La principale citation retenue n’est pas très édifiante : « La boxe, c’est comme l’amour; frappe, et tu recevrais. » Bien sûr, Dumont endossait le rôle d’un boxeur idiot, mais au moment où les adversaires de l’ADQ tentaient avec succès de lui coller une réputation de machisme rétrograde, cette réplique est vraiment mal tombée.

L’initiative de Dumont de participer à Dieu merci! a fait mauvaise impression, d’autant plus qu’à la même période, Dumont a refusé l’invitation de Guy A. Lepage à Tout le monde en parle (il est le seul chef des partis alors représentés à l’Assemblée nationale qui n’y est pas apparu). D’après Dumont, Lepage l’aurait piégé et l’aurait traité beaucoup plus durement que les autres chefs de partis. Qu’il ait raison ou non à ce sujet importe peu : Tout le monde en parle est devenu, en quelque sorte, le confessionnal obligé de toute célébrité qui veut faire avancer sa carrière. Le chef adéquiste aurait dû se plier à l’exercice au lieu de snober l’animateur le plus redouté au Québec. Au final, la tentative de Mario Dumont de redorer son blason s’est avérée un flop monumental.

Clowneries éliminatoires

Transportons-nous aux séries éliminatoires de 2009. L’atmosphère est alors morose chez les Canadiens et leurs partisans : la saison du Centenaire a tourné au cauchemar, Bob Gainey a pris la place de l’entraîneur Guy Carbonneau, l’équipe et secouée par les scandales, le vestiaire est divisé, le gardien Carey Price enfile les contre-performances, et tout le monde s’attend à ce que les Bruins de Boston réduisent la Sainte Flanelle en charpie. Après la première défaite, alors que les joueurs retraitent au vestiaire, Cabbie Richards fait le guignol en compagnie de Carey Price. Richards est l’animateur de Cabbie on the Street, une série de segments télévisuels diffusés sur la chaîne sportive The Score. Le concept est de faire participer des vedettes sportives à des entrevues à saveur humoristique. Cabbie déclare à Price : « Le Canada est très déçu ce soir.

– Pourquoi? lui demande Price.

– Parce que vous avez perdu.

– Désolé. Nous avons essayé », répond mollement Price avec une moue narquoise.

Price et Cabbie sont rejoints quelques instants après par Georges Laraque, qui en remet au lieu de mettre fin au triste spectacle en fichant Cabbie à la porte. Encore une fois, Laraque a manqué l’occasion de remplir son rôle de gros dur.

Carey Price est réputé pour son sens de l’humour, mais il aurait difficilement pu choisir un pire moment pour faire des bouffonneries devant les caméras. Le jeune homme croyait peut-être mettre du baume sur la plaie, mais pour les amateurs qui ont payé cher leurs billets et leurs articles à l’effigie du Tricolore, ce comportement est une véritable injure. Mais où diable étaient les responsables des relations publiques des Canadiens pendant tout ce temps? On se demande comment ils ont pu laisser le « joyau » de l’organisation s’exhiber à Cabbie on the Street, alors qu’ils lui ont fait éviter les journalistes après chacune des quatre défaites. Normalement, les relationnistes se donnent un mal de chien pour aseptiser le plus possible l’image des joueurs et contrôler tout contact entre eux et le public. Néanmoins, Cabbie et son caméraman se sont faufilés jusque dans le vestiaire des visiteurs à Boston et ont fait cabotiner le jeune cerbère pendant plusieurs minutes. Soit les relationnistes présents n’avaient aucun jugement, soit ils n’avaient aucune autorité sur Price ni sur Laraque. Évidemment, les journalistes insultés ont écorché Price dans les médias. Ce n’est qu’au lendemain de l’élimination du Canadien qu’il a enfin répondu à leurs questions, mais le mal était déjà fait.

Une personnalité publique peut faire une incursion dans le show-business afin de se bâtir une réputation positive ou pour transformer l’animosité du public en sympathie. Elle peut également le faire simplement pour le plaisir, comme l’ont fait plusieurs joueurs de la LNH en tenant de petits rôles dans le film Maurice Richard. Cependant, le manque de talent ou de jugement peut faire en sorte que celui ou celle qui s’est volontairement prêté au jeu s’en est ensuite mordu les doigts.

Par ailleurs, les athlètes ont un avantage sur les politiciens et les artistes. En effet, ils performent sous les yeux des spectateurs et en direct à la télévision. Autrement dit, ils ont la chance d’exprimer leur talent sans que les réalisateurs, les maquilleurs, les techniciens, les journalistes et autres intermédiaires ne puissent travestir leur performance. N’importe quel connaisseur de bonne foi est alors obligé de reconnaître le talent chez un athlète, même s’il s’agit d’un exécrable mufle comme Sean Avery ou un hypocrite consommé comme Tiger Woods (dont la dernière publicité pour Nike lève le cœur). La victoire pardonne tout, ou presque. Gageons que si Price devient un gardien dominant à titre de numéro un avec les Canadiens, plus personne ne lui reparlera de son passage à Cabbie on the Street.

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Varia :

– Si j’ai le temps, j’irai allumer un lampion à la Basilique Notre-Dame pour nos CHéris. Après tous les scandales qui affectent l’Église catholique, une victoire au hockey est pratiquement la dernière chose pour laquelle on peut décemment prier dans la maison de Dieu.

– Connaissez-vous les « Chuck Norris Facts »? Il s’agit de blagues au sujet de l’acteur Chuck Norris et du personnage qu’il représente, soit l’archétype du héros surhumain, viril, toujours en contrôle de ses émotions, qui règle tous les problèmes par la force de ses poings. Norris lui-même apprécie ces blagues, ce qui rend justice à son sens de l’humour. En voici des exemples :

  • Chuck Norris peut claquer une porte tournante.
  • Chuck Norris fait pleurer les oignons.
  • Chuck Norris ne porte pas de montre. Il décide de l’heure qu’il est.
  • Il n’y a pas de théorie de l’évolution, seulement une liste des espèces que Chuck Norris a laissé vivre.
  • Chuck Norris peut diviser par zéro.
  • Chuck Norris dort avec un oreiller sous son arme à feu.

Si je parle de ces blagues, c’est parce que tant qu’à voir nos CHéris se faire massacrer, aussi bien en rire. Au cours de la journée, je publierai sur mon compte Twitter des « Chuck Norris Facts » arrangés en fonction de Jaroslav Halák, dont plusieurs prédisent déjà le retrait en faveur de Price après un match, peut-être deux. Blasphème! Jaro est le seul qui peut tenir tête à Alex Ovechkin… à part Chuck Norris, bien sûr!

Départ de Bob Gainey – L’usure du temps

9 février 2010 à 3:21 | Publié dans Non classé | 3 Commentaires
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Photo : Jacques Nadeau, repris dans Le Devoir

À l’occasion du départ de Bob Gainey de son poste de directeur général, je laisse momentanément de côté ma formule habituelle de chronique pour vous livrer mon opinion sur le sujet, en espérant que vous y trouviez un certain intérêt.

Lorsqu’il est temps d’évaluer le travail qu’un dirigeant accomplit à son poste, il faut faire la différence entre le respect qui lui conféré et la confiance qui lui est accordée. Le cas de Bob Gainey permet de faire la démonstration de cette différence. M. Gainey devait quitter son poste, non pas parce qu’il n’avait pas le respect de la plupart des partisans, mais parce qu’il n’en avait plus la confiance. La nouvelle de son départ ne surprend à peu près personne, si ce n’est qu’elle survient plus tôt que prévu.

On peut féliciter M. Gainey d’avoir survécu tant d’années dans un rôle aussi critiqué que celui de directeur général des Canadiens de Montréal, lui qui est demeuré plus longtemps en poste que plusieurs premiers ministres et de nombreux ministres. Les directeurs généraux et les entraîneurs subissent le même phénomène que les politiciens, celui de l’usure du pouvoir. Probablement nul autre que Bob Gainey lui-même ne sait avec certitude quel effet a eu sur lui la disparition de sa fille, mais même sans ce drame, la stagnation de l’équipe aurait eu raison de la bonne volonté de n’importe qui.

Quelques réussites

Bob Gainey n’a pas fait que des mauvais coups. Il a obtenu Alex Kovalev, qui, à défaut de travailler à plein régime, a fait les délices de nombreux amateurs de prouesses sur la glace. Il a acquis des joueurs qui ont rendu de fiers services, comme Josh Gorges, Robert Lang, Mathieu Schneider et Glen Metropolit. Ajoutons-y l’échange Pouliot-Latendresse et l’acquisition de Marc-André Bergeron, qui ont apporté un soutien déterminant au Tricolore. Enfin, l’embauche de Guy Boucher chez les Bulldogs de Hamilton a radicalement transformé le développement des espoirs du Canadien.

C’est surtout le culot de Gainey qui force l’admiration. Excusez la crudité de l’image, mais il fallait des couilles grosses comme des pamplemousses et dures comme le béton pour mettre Alex Kovalev deux jours au « repos » tout en le gardant au sein de l’équipe, renvoyer Guy Carbonneau cinq semaines après avoir déclaré que son embauche était son meilleur coup, dynamiter son propre plan quinquennal en laissant aller des joueurs établis comme Kovalev et Saku Koivu, signer sept nouveaux joueurs en même temps et mettre Georges Laraque à la porte en plein milieu de la saison. Grosses et dures, je vous dis.

La décision la plus risquée de M. Gainey fut d’acquérir Scott Gomez et son lourd contrat en échange de Chris Higgins, le fêtard le plus incorrigible de l’équipe. L’idée de Gainey était de réunir Gomez et Brian Gionta, deux anciens complices des Devils, pour ensuite attirer d’autres joueurs. On sait que l’arrivée de Gomez a eu une influence sur Brian Gionta, peut-être pas autant que le salaire accordé, mais une certaine influence quand même. Il est probable que la signature de ces deux vétérans ait pu rassurer Michael Cammalleri sur le sérieux du Canadien et le convaincre de signer, toujours avec l’appui d’une offre salariale alléchante. Une fois ce noyau d’attaquants dans son panier, Bob Gainey a pu se tourner vers le marché des défenseurs. Scott Gomez n’a peut-être pas provoqué un effet domino aussi automatique qu’on le croit, mais il a donné le coup d’envoi d’un remodelage majeur de l’équipe. Aujourd’hui, le « pari Gomez » ressemble à un gâteau à moitié levé, mais quand même mangeable. Même si le rendement des Glorieux demeure discutable, l’équipe est, selon le témoignage de Georges Laraque lui-même, beaucoup plus unie que celle de l’an passée, et ne fait plus honte à ses partisans en dehors de la glace.

De nombreux échecs

Malgré ces points positifs, la liste des déceptions s’avère longue, trop longue. On n’a qu’à penser aux échanges de Mike Ribeiro et de Steve Bégin ainsi qu’aux congédiements de Claude Julien et de Guy Carbonneau, qui ont laissé l’image d’une organisation à la merci de ses joueurs. À son habitude de ne pas renégocier de contrat avant la fin de la saison, ce qui a causé entre autres le départ de Mark Streit. Aux contrats onéreux accordés à Georges Laraque, à Hal Gill, à Jaroslav Spacek et à Roman Hamrlik, malgré l’apport certain de celui-ci à la défense. À l’absence quasi-totale de défenseurs droitiers. Au manque d’encadrement des jeunes joueurs, dont les débordements en dehors de la patinoire ont entaché la saison du Centenaire.

On ne sait pas encore avec certitude si le renouvellement de l’équipe est déficient à cause d’un mauvais repêchage ou d’un mauvais développement, mais comme ces deux volets relèvent du directeur général, cet échec doit être ajouté au bilan de M. Gainey. Pendant des années, Trevor Timmins, le dépisteur en chef, a été mis au banc des accusés, jusqu’à ce que Don Lever, ami de M. Gainey et entraîneur des Bulldogs de Hamilton pendant quatre ans, soit remplacé par Guy Boucher. Les jeunes se sont soudainement mis à progresser. Le jeune Mathieu Carle a déclaré : « J’en ai plus appris en six semaines avec Guy Boucher que lors des deux saisons précédentes ». Du coup, on s’interroge sur la responsabilité de M. Lever dans le plafonnement de choix de première ronde comme Kyle Chipchura et Max Pacioretty.

Enfin, parlons de la désastreuse gestion des gardiens de buts. Le choix de Carey Price plutôt que d’un gros centre, au repêchage de 2005, peut très bien se défendre. Price aurait très bien pu devenir un grand gardien pour le Canadien, si les décisions douteuses de Gainey n’avaient pas compromis son développement. En déroulant le tapis rouge à son protégé et en le couronnant numéro un sans le faire passer par les étapes requises, Bob Gainey a privé Price d’une préparation adéquate pour le rôle difficile auquel il le destinait. En le qualifiant de « pur-sang » et en le défendant becs et ongles contre la moindre critique de la presse et des fans, il n’a fait que retourner ceux-ci encore davantage contre le jeune homme. En multipliant les injustices envers Jaroslav Halák, il a renforcé la détermination de ce dernier, mettant ainsi la table pour l’énième chapitre de l’amère controverse des gardiens, qui divise encore aujourd’hui les partisans et les commentateurs.

Encore aujourd’hui, Carey Price se cherche, tandis que Jaroslav Halák se demande quelles acrobaties doit-il encore accomplir pour être enfin reconnu comme un véritable numéro un. Price n’est peut-être pas le seul gardien jeté trop tôt dans la fosse aux lions : son collègue Steve Mason, des Blue Jackets de Colombus, connaît lui aussi une seconde année difficile, et les contre-performances de son équipe ont coûté le poste de l’entraîneur Ken Hitchcock. Ondrej Pavelec, à Atlanta, vit lui aussi un ressac après des débuts éblouissants. En faisant patienter Jaroslav Halák aussi longtemps dans le rôle de second, Bob Gainey lui aurait-il rendu service sans s’en rendre compte?

Amateurs désabusés

Quoiqu’il en soit, malgré le respect que mérite l’ancien numéro 23 et le courage dont il a fait preuve dans l’exercice de son poste, Bob Gainey, par une longue série d’erreurs, a perdu la confiance des amateurs. Je ne parle pas ici de l’habituelle confrérie de grognons qui veulent mettre tout le personnel à la porte après deux défaites, accompagnée de l’autre cohorte de bien-pensants qui se croient meilleurs que tout le monde en accusant les méchants journalistes et les partisans hystériques d’avoir eu la tête du directeur général. Je parle de la moyenne des ours, de l’ensemble des fans, déçus du plan quinquennal, déçus du jeune gardien qui tarde à grandir, déçus des nombreux échanges à perte, déçue de la stagnation de l’équipe, année après année. À peu près plus personne ne croyait à ses promesses, même s’il a fait de son mieux pour les remplir. Il mérite le respect, mais a fait son temps. Il n’était plus l’homme de la situation.

Et la vie continue…

Avec la venue de Pierre Gauthier, de nombreux internautes se sont plaints que la direction jetait de la poudre aux yeux, puisque cet adjoint de Bob Gainey a la même philosophie de travail. « Quatre trente sous pour une piastre », commente-t-on, d’autant plus que l’ex-directeur général devient maintenant « conseiller spécial ». Attendons, on ne sait jamais; peut-être que Pierre Gauthier va prendre son temps avant d’orienter l’équipe selon son propre style. De toute façon, l’heure n’est pas aux grands chambardements.

Je vous surprendrai peut-être en affirmant que le départ de Bob Gainey est une bonne nouvelle pour Carey Price. Depuis longtemps, le jeune homme traîne l’étiquette de « chouchou à Gainey ». Enfin, il sera en mesure de prouver sa valeur sans équivoque, et ne pourra plus se faire accuser de favoritisme chaque fois qu’il sera renvoyé devant le filet. Le traitement royal dont il bénéficiait pendant l’ère Gainey lui était devenu un lourd fardeau.

On ne peut savoir avec certitude si Bob Gainey a choisi le moment de son départ ou s’il a été « démissionné », pour reprendre l’expression chère aux politiciens. Cependant, ce départ à quelques semaines de la date limite des transactions est troublant. M. Gainey se doute-t-il que le marché des transactions ne lui offre que peu d’options? Après les transferts étonnants de Dion Phaneuf et de Jean-Sébastien Giguère à Toronto, ainsi que d’Ilya Kovalchuk au New Jersey, Gainey craignait-il de se faire reprocher de ne pas pouvoir accomplir de coups aussi fumants? Voulait-il s’épargner cette dernière humiliation? De toute façon, il ne sert plus à rien de poser la question. Mieux vaut continuer d’encourager l’équipe, qui se bat toujours pour accéder aux séries. Encore une fois.

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