La langue de travail et la langue du public
28 décembre 2011 à 9:52 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireTags : Aislin, Alex Kovalev, Alexander Semin, anglais, Blackhawks, Blues, Boston, Brian Gionta, Bruins, Canadiens, Capitals, Carey Price, Chicago, CROP, Détroit, français, Geoff Molson, Jaroslav Halák, Journal de Montréal, La PResse, langue, Lighning, marketing, Montréal, NHL Center Ice, Nordiques, Ottawa, Penguins, Perry Pearn, Pierre Gauthier, Pittsburgh, QMI, Québec, Randy Cunneyworth, Ray Lalonde, Red Wings, Saint-Louis, San Jose, Sénateurs, Sharks, Tampa Bay, The Gazette, Washington
« Un cadeau de Noël parfaitement bilingue pour Pierre Gauthier… » (Aislin, The Gazette, 21 décembre 2011
Depuis la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur-chef intérimaire des Canadiens de Montréal, les passions se déchaînent. Les émotifs ne se trouvent pas que du côté des défenseurs de la langue française, mais aussi des adulateurs inconditionnels de la Flanelle, dont bien peu parviennent à argumenter sans tomber dans l’agressivité.
Je n’ai pratiquement pas entendu de critiques contre Cunneyworth lui-même, et pour cause : la plupart des gens ont pitié du pauvre Ontarien qui n’a pas demandé à se retrouver dans un tel imbroglio… et qui n’avait peut-être même pas la connaissance suffisante du terrain pour prévoir la controverse. La même excuse n’est valable ni pour Pierre Gauthier, ni pour Geoff Molson.
Intérim mon œil
Pourquoi s’offusquer de l’unilinguisme de Cunneyworth, s’il exerce ses fonctions que par intérim? Parce que, Gauthier étant Gauthier, presque personne n’a vraiment cru à cet « intérim » au départ. Gauthier a nommé Cunneyworth entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école des Canadiens; Gauthier a promu Cunneyworth au rang d’entraîneur adjoint des Canadiens cette saison; Gauthier a renvoyé Perry Pearn, un autre entraîneur adjoint, et a augmenté les responsabilités de Cunneyworth. De toute évidence, le mot « intérim » n’était là que pour acheter du temps en espérant que quelques victoires feraient passer la pilule de l’unilinguisme. Il a fallu la colère du public pour que cet intérim se confirme.
Il n’y a pas suffisamment d’espace nécessaire ici pour réfuter tous les arguments fallacieux contre la nécessité du bilinguisme pour le poste d’entraîneur-chef des Canadiens. Allons-y donc pour l’un des arguments principaux, celui concernant les relations entre les joueurs et entraîneurs, d’une part, et le public, d’autre part. Ces relations commencent d’abord par les incontournables entrevues.
Don’t have anything to say, but will speak anyway
Pourquoi s’intéresser à la langue des entraîneurs et des joueurs, puisqu’il est supposé que ceux-ci ne disent jamais rien d’intéressant et rabâchent toujours les mêmes clichés? Je ne sais pas, mais ces « clichés » sont pourtant religieusement écoutés et scrutés à la loupe match après match par les journalistes et les amateurs. C’est rendu à un point tel que, pendant les arrêts de jeu, les entraîneurs et les joueurs répondent au micro alors qu’ils sont au banc! Leurs propos inintéressants semblent soudainement intéresser beaucoup de monde… Du coup, imaginez que seuls deux joueurs d’une équipe de l’extérieur du Québec puissent s’exprimer en anglais, et que les joueurs vedettes comme les entraîneurs ne puissent s’exprimer qu’en russe. Pensez-vous que les journalistes anglo-saxons suivraient longtemps les exploits de cette équipe? Poser la question, c’est y répondre.
Pour n’importe quelle entreprise et ses représentants, parler la langue de leurs clients et de leur public est une compétence indispensable. Dans les équipes de la LNH, même les joueurs russes sont capables, au bout d’un certain temps, de donner une entrevue en anglais; il n’y a qu’Alexander Semin (Capitals de Washington) qui n’y est parvenu qu’en septembre dernier, au début de sa sixième saison dans la LNH, et cette anomalie n’a pas manqué d’être soulignée à Washington.
Avec le français, il faut faire davantage de compromis. Avec l’internationalisation du hockey de la LNH et la fréquente permutation des joueurs, il est impossible que toute la formation tricolore s’exprime en français; ce ne l’est plus depuis des dizaines d’années, d’ailleurs. De toute façon, ce que la vaste majorité du public veut, c’est davantage de français, pas l’élimination de l’anglais.
La présence du français n’en demeure pas moins essentielle, même chez les joueurs et les entraîneurs. Plusieurs ont parlé de « respect » de la part d’une « institution » qui est « davantage qu’une entreprise », etc. J’ajouterais le plus important : le français fait surtout partie du fonds de commerce des Canadiens. Sous la férule du magicien Ray Lalonde, son service de marketing a exploité à fond la fierté canadienne-française et l’histoire des icônes francophones du Tricolore pour transformer une concession médiocre en formidable machine à sous. La leçon n’a jamais été totalement oubliée, puisque cette même équipe de marketing a été capable de faire apprendre quelques mots de français à Brian Gionta et à Carey Price à l’occasion du tournage d’annonces publicitaires (voir ici les progrès de Price en français).
Les joueurs saltimbanques
Ça fait longtemps qu’on nous répète que le travail des joueurs et des entraîneurs n’est pas de faire des relations publiques, mais de « gââââââââgner ». Pourtant, quand on sort de la bulle montréalaise, on se rend compte qu’ailleurs, les organisations et les joueurs ne ménagent pas leur salive pour séduire le public. Annonces télévisées, vidéos promotionnelles, distribution de billets de saison à la porte par les joueurs, concours et activités de socialisation avec les fans… Ailleurs qu’à Montréal, les joueurs vont à la rencontre de leurs partisans bien plus souvent qu’à l’occasion de la visite annuelle aux hôpitaux pédiatriques. Les Blackhawks de Chicago font rire le public avec leur interprétation loufoque des cantiques de Noël; les Sharks de San Jose dévoilent leurs « talents » professionnels hors de la sphère sportive; les Red Wings de Détroit se font acteurs, le temps du tournage d’annonces télévisées (ici et ici); huit joueurs des Blues de Saint-Louis enregistrent une lecture à voix haute du poème « ’Twas the night before Christmas », et ceux de leurs partisans capables d’identifier dans l’ordre les voix de ces joueurs ont la chance de gagner des billets pour des matchs en janvier. Dans quelle langue se font tous ces efforts de promotion? En anglais, bien sûr.
Bien avant le début de la controverse « Cunneyworth », les apologistes de la Flanelle ont affirmé préférer la compétence à la langue. Belle façon de se fourvoyer : la langue, autant celle de travail que celle du public, fait partie des compétences. Cette donnée fondamentale est souvent oubliée parce que dans presque toute la Ligue nationale de hockey, la langue de travail quotidienne (entraînements, parties, réunions) et la langue de promotion auprès du public est la même, l’anglais. Il n’y a qu’à Montréal (et peut-être bientôt à Québec) que la langue de travail n’est pas la même que celle de la majorité du public. Cet état de fait complique la situation, bien sûr, mais la langue du public n’en demeure pas moins aussi importante que la langue de travail. Grâce au travail monumental de Ray Lalonde et à quelques idoles adulées comme Alex Kovalev et Jaroslav Halák, cette importance a été gommée pendant des années; des joueurs moyens sont devenus des célébrités royales quasiment inaccessibles, tenus en serre chaude par l’organisation. Toutefois, il était inévitable que le voile se déchire tôt ou tard. Si les Canadiens ne veulent pas commencer la saison prochaine dans une fournaise infernale, ils doivent trouver rapidement des solutions.
La fin du déni
Il y a les fausses solutions, bien sûr, comme se reposer sur les sectaires de la Flanelle drapés dans la rectitude politique. Ces apologistes traitent les unilingues francophones d’attardés et les défenseurs du français de racistes et de xénophobes; ils nient la dimension promotionnelle du travail des joueurs et accusent les médias de faire tout un plat avec la langue. Pourtant, les sondages de QMI (Journal de Montréal) et de CROP (La Presse) confirment la colère de la majorité des amateurs face à l’attitude de Tricolore au sujet de la langue française. Ces tentatives de bâillonner les amateurs par la honte ne fonctionnent plus. Les Canadiens ne sont pas un groupe vedette de rock en tournée mondiale. Ils sont une entreprise québécoise dont la majorité de la clientèle est francophone.
Curieusement, les intransigeants des Canadiens affirment qu’ils n’ont pas à s’occuper de la langue française, puisqu’ils sont une entreprise privée. Comme si les entreprises privées présentes au Québec n’avaient aucune responsabilité concernant le français! Nulle entreprise ne peut ignorer le contexte social dans lequel elle évolue. D’un autre côté, chaque partisan qui quitte le Titanic tricolore pour se tourner vers une autre équipe se fait immanquablement traiter de « traître » par ces mêmes fanatiques intraitables, comme si l’« entreprise privée » qu’est le Canadien redevenait tout à coup une religion dont chaque apostat méritait la pendaison.
Voter avec son portefeuille
De plus en plus d’amateurs francophones de hockey, conscients de l’hypocrisie de la haute direction des Canadiens, s’affranchissent de cette pensée unique et offrent leur appui à une autre organisation. Ils observent plusieurs équipes pour diverses raisons : le nombre de francophones (Lighning de Tampa Bay, Penguins de Pittsburgh), la proximité de l’équipe (Sénateurs d’Ottawa, Bruins de Boston), ou même le transfert d’un joueur aimé (Blues de Saint-Louis). D’autres militent pour le retour des Nordiques. Grâce à Internet, à NHL Center Ice et au probable retour des Nordiques, le statut de monopole du Canadien commence à s’effriter, et l’arrogance de sa direction aussi. Puisque les Canadiens n’offrent officiellement plus cette dimension culturelle unique sur laquelle ils ont bâti leur fortune, il est normal que les amateurs soient de plus en plus tentés de « magasiner » ailleurs une équipe qui ne leur tient pas un double langage.
Jaroslav Halák doit réapprendre à gagner
19 mars 2011 à 7:00 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : 110 %, Association de l’Est, Association de l’Ouest, Blue Jackets, Blues, Brian Gionta, Canadiens, canucks, Capitals, Carey Price, Columbus, David Perron, Détroit, Guy Carbonneau, Jaroslav Halák, Josh Gorges, Marc Denis, Michael Cammalleri, Montréal, Peoria, Red Wings, Roman Hamrlik, Saint-Louis, T.J. Oshie, Ty Conklin, vancouver, Washington
Cet article a initialement été publié le 19 novembre 2010 sur le site du Grand Club. Lorsque j’ai voulu mettre mon blogue à jour avec la publication du récit de ma soirée au Scottrade Center, je me suis rendue compte qu’il y manquait ce texte. Désolée de cet oubli. Pour ceux qui s’inquièteraient au sujet du gardien des Blues de Saint-Louis, il a retrouvé son aplomb et vient d’enregistrer son cinquième blanchissage de la saison face aux Kings de Los Angeles.
Après un début de saison brillant, les Blues de Saint-Louis se retrouvent maintenant dans une position délicate. Depuis la désastreuse défaite de 8-1 contre les Blue Jackets de Columbus, l’équipe se fait défoncer, et leur gardien numéro un, Jaroslav Halák, a accordé 19 buts à ses quatre derniers départs. Le gardien slovaque a-t-il perdu sa capacité à rebondir après une défaite, une caractéristique maintes fois célébrée à Montréal? Quelques méchantes langues de Montréal ont déjà annoncé que la « balloune » se dégonflait, et que le feu de paille était sur le point de s’éteindre.
Replaçons les choses dans leur contexte. Lors de la défaite contre Columbus, au cours de laquelle les patineurs de Saint-Louis avaient carrément pris congé, leur meilleur pointeur, T.J. Oshie, s’est fracturé la cheville. Il en a pour trois mois avant de revenir. Les Blues étaient déjà et sont toujours privés d’un autre attaquant clé, David Perron. Ajoutez-y les défenseurs Roman Polak et Barret Jackman, et vous obtenez une situation similaire à celle qui prévaudrait à Montréal si les Canadiens devaient se passer à la fois de Michael Cammalleri, de Brian Gionta, de Roman Hamrlik et de Josh Gorges. D’autres blessés sont revenus au jeu, mais l’autobus n’arrête pas de circuler entre Saint-Louis et Peoria, son club-école. Pourtant, les blessures n’expliquent pas à elles seules l’avalanche de buts accordés non seulement par Halák, mais aussi par Ty Conklin, son adjoint. Pourtant, Conklin est l’une des gardiens auxiliaires les plus réputés et a récolté un blanchissage pas plus tard que le mois dernier.
« Halák va se replacer le prochain match, répètent les amateurs de hockey qui l’ont connu à Montréal. Il l’a toujours fait. » Néanmoins, ce mantra ne fonctionne pas comme un ressort automatique; voilà les Blues viennent de subir cinq défaites, chacune plus inquiétante que la précédente.
Il faut avoir regardé au moins quelques-uns de ces matchs pour obtenir des éléments de réponse à ce blocage. Dans l’Association de l’Ouest, où le jeu est beaucoup plus ouvert et agressif que dans l’Est, Saint-Louis est l’une des équipes au caractère le plus défensif. Or, non seulement la défense a perdu deux de ses plus précieux membres, mais son esprit de corps même semble s’être érodé. Les Blues sont une équipe au fonctionnement capricieux : ils peuvent sortir en force pendant deux périodes, puis se désorganiser complètement en quelques minutes.
Au milieu de ce chaos, Halák lui-même se montre parfois imprévisible. Au cours des derniers matchs, tour à tour, il faisait des arrêts absolument brillants, subissait des buts sur lesquels il ne pouvait absolument rien, puis laissait passer des sapins inattendus. Il s’accroche et ne lâche jamais, mais semble parfois débordé et même ébranlé. Mercredi soir, en voulant balayer la rondelle, il l’a accidentellement envoyée dans son propre but. Cet incident aurait été cocasse si les Bleus avaient remporté la partie. D’ailleurs, les Blues, jusque là un peu endormis, ont été réveillés par ce but et ont joué comme des lions pendant plus de deux périodes, avant de se décomposer de façon spectaculaire.
L’an dernier, à Montréal, Halák a rarement subi deux défaites de suite. Et pour cause : dès qu’il en subissait une, on le clouait au banc! Et soudain, le voilà qui fait face à une séquence de défaites qui commence à s’allonger. Peut-il s’en sortir?
Un nouveau casse-tête
Faisons un retour dans le passé, plus précisément à Montréal, en janvier 2009. Carey Price est blessé à la cheville et Jaroslav Halák le remplace, secondé par Marc Denis. Le jeune gardien accorde des retours à la pelle, laisse passer de mauvais buts et entretient un pourcentage d’arrêt sous la barre des 90 %. Les fans expriment leur mécontentement, les commentateurs de 110 % se demandent quoi faire avec lui, et Guy Carbonneau, son entraîneur, dit publiquement : « S’il est honnête avec lui-même, il sait qu’il ne joue pas bien. Il doit se montrer plus fort mentalement. »
Quelques semaines plus tard, Halák remporte plusieurs victoires, puis se dresse devant les Canucks de Vancouver et arrache un blanchissage. La foule l’ovationne, il est louangé à 100 %, et Guy Carbonneau exprime sa satisfaction : « Il a apporté de la stabilité devant le filet » . C’est a partir de ce match que la réputation d’Halák à Montréal a pris son envol.
Je regardais Halák pendant la partie contre les Red Wings : il ressemblait à un élève perplexe devant sa copie d’examen, aux prises avec un problème de mathématiques particulièrement difficile. Depuis quelques mois, le gardien faisait penser à ces « geeks » qui résolvent des cubes Rubik machinalement, l’un après l’autre, tant ils en ont pris l’habitude. Halák gagnait la majorité de ses parties comme s’il résolvait la plus grande partie d’une caisse de cubes Rubik, les quelques cubes restants représentant ses défaites. Maintenant, on vient de lui enlever ses cubes Rubik pour les remplacer par un cahier complet de Sudoku. Voilà le nouveau casse-tête : comment fait-on pour remporter des parties avec une attaque qui ne compte presque pas, une défense poreuse et une équipe à la confiance fragilisée? Halák ne se plaint pas, Halák travaille à résoudre le problème. Mais cette fois, le problème est plus coriace, et la pensée magique « il va rebondir » ne suffit plus.
Une partie de la solution se trouve chez ses coéquipiers. Mercredi, malgré l’absence de joueurs importants et un jeu décousu, ils ont livré une belle bataille jusqu’au quatrième but des Red Wings de Détroit, qui est venu briser l’égalité. La défense s’est alors littéralement désintégrée, et les Wings sont venus importuner le gardien des Blues d’une manière qui rappelait les Capitals de Washington du printemps dernier. Au moins, on sait que les Blues peuvent montrer du caractère, mais ils doivent apprendre à jouer pendant 60 minutes, pour reprendre l’expression consacrée. De plus, l’interaction entre Halák et ses coéquipiers semblent un peu différente de celle qu’on voyait à Montréal. L’an dernier, Halák insufflait du courage à ses coéquipiers, alors que ces mêmes joueurs se montraient mous comme de la guenille devant Carey Price : une vraie équipe de Jekyll et Hyde. À Saint-Louis, toute la formation, attaquants, défenseurs et gardiens, vit et meurt d’un seul corps. Si un seul volet fait défaut, toute l’équipe échappe le match.
La saison dernière, Jaroslav Halák et Carey Price avaient des statistiques presque semblables, sauf une : le nombre de victoires. Les observateurs mentionnaient qu’Halák, à la différence de Price, trouvait le moyen de gagner. Il y a quelques jours à peine, Marc Denis, maintenant chroniqueur à RDS, affirmait que cette saison, Price apprenait à gagner. Maintenant qu’Halák se retrouve dans des circonstances différentes de celles qu’il a connues à Montréal, il doit prendre ces nouvelles données, résoudre le problème et réapprendre à gagner.
Peut-il le faire? Bien sûr que si. Il s’est déjà sorti de ce genre d’impasse.
Pendant ce temps, à Montréal…
Des admirateurs de Price se plaignent qu’Halák a toujours bénéficié de plus d’indulgence que son coéquipier après une contre-performance. La fatigue, les blessures des coéquipiers, le traitement salaud des adversaires… « Si c’était Price, vous lui seriez tombés sur la gueule », protestent-ils. L’an passé, cette différence de traitement était tout à fait normale. La mauvaise attitude de Price, attestée encore récemment par Marc Denis, nuisait à la confiance de ses coéquipiers et à ses propres performances; de son côté, même dans la défaite, Halák donnait toujours ce qu’il avait à donner.
Honnêtement, lorsqu’il vous arrive de devoir réparer la gaffe d’un collègue de travail, vous seriez indulgent s’il s’agit d’un travailleur habituellement efficace et aimable; par contre, s’il s’agit d’un employé geignard et peu porté sur l’effort, seriez-vous aussi clément? On récolte ce qu’on sème. Lorsque des fans de Price exigeaient qu’on fasse preuve de patience à son endroit, j’avais envie de répondre que je n’avais pas de patience pour les morveux. Qu’il ait 21, 25 ou 30 ans ne fait aucune différence. Le respect, ça se mérite.
Cette année, la situation se présente différemment pour Price. À cause de ses récents succès, bien entendu, mais surtout grâce à son changement d’attitude. Difficile de reconnaître le gardien qui, il y a six mois à peine, envoyait une rondelle au derrière d’un joueur des Capitals et écopait non pas d’une, mais de deux punitions pour conduite antisportive. Après quelques dizaines de taloches sur la gueule, Price a fini par comprendre ce que ses coéquipiers et les fans attendaient de lui et s’est comporté en conséquence. Ce n’est pas trop tôt, diront les cyniques. Peu importe : lorsqu’il connaîtra une séquence difficile, comme il arrive à tous les gardiens, les amateurs pourront enfin faire preuve de patience à son égard.
Parce que cette fois, il l’aura mérité.
Affaire Shane Doan : toujours braillards, les Québécois?
28 août 2010 à 3:30 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Allan Walsh, antisémitisme, boycott, Canadiens, Capitals, Centre Bell, Chicoutimi, Chris Pronger, Chris Simon, Colin Campbell, Coyotes, Craig Berube, Denis Coderre, Don Cherry, Eric Lindros, francophobie, George McPhee, Homer Simpson, Jeux Olympiques, LNH, Mathieu Schneider, Matthew Bissonnette, Michel Cormier, mike richards, Molson Coors, Montréal, National Post, Phœnix, Quebec bashing, racisme, Réjean Tremblay, RDS, Saguenées, Shane Doan, Washington

Shane Doan, capitaine des Coyotes de Phœnix (photo reprise du Phœnix New Times), et Denis Coderre (photo Robert Mailloux, La Presse)
L’affaire Shane Doan a longtemps servi de munition aux détracteurs des Québécois et des francophones qui les traitent de « braillards », toujours à se poser en victimes. Avec le rebondissement qu’a connu l’affaire hier, cette munition est devenue un pétard qui leur a éclaté en pleine figure.
Pour ceux qui ne se souviennent pas des détails, l’incident à la source de la controverse remonte au 13 décembre 2005, lors d’un match opposant les Coyotes de Phœnix aux Canadiens de Montréal, au Centre Bell. Fait exceptionnel, les quatre officiels sont tous francophones. Deux joueurs des Coyotes leur lancent des insultes à caractère linguistique. La première fois, l’équipe reçoit un avertissement; la deuxième fois, Shane Doan, capitaine de l’équipe et auteur présumé de l’insulte, reçoit une pénalité d’inconduite de match. Doan nie que de tels propos aient été tenus par qui que ce soit et conteste sa punition, malgré le rapport du juge de ligne Michel Cormier. Quelques jours après le match, Doan est nommé dans l’équipe canadienne masculine de hockey aux Jeux Olympiques d’hiver, à Turin. Denis Coderre, député au parlement fédéral, proteste. Il fera de même en 2007, lorsque Doan est nommé capitaine de l’équipe nationale canadienne en prévision du Championnat mondial de hockey. Aussitôt, la majeure partie des médias canadiens-anglais, notamment le National Post et l’inimitable Don Cherry, de même que la LNH et Colin Campbell, son directeur de la discipline, se rangent derrière Doan et ridiculisent Coderre, les Québécois et les francophones. Campbell dit même à Coderre de se mêler de ses affaires et de s’occuper de sa réélection. Pourtant, Denis Coderre était, à l’époque, ministre responsable de la Francophonie et avait auparavant occupé le poste de secrétaire d’État au Sport amateur (ce portefeuille incluant également le sport olympique). Doan et Coderre se sont mutuellement lancé des poursuites en diffamation, dont le procès devait commencer dans deux semaines.
Aujourd’hui, les deux parties ont annoncé un règlement à l’amiable mettant fin aux poursuites. Malgré le rapport de Cormier, Doan nie toujours avoir proféré l’insulte et affirme être victime d’une erreur sur la personne. Néanmoins, et c’est ce qui nous intéresse, il reconnaît noir sur blanc qu’un joueur des Coyotes a prononcé des insultes francophobes à l’endroit des arbitres, que cette conduite est indéfendable, et que Denis Coderre avait tout à fait justifié d’intervenir. Et vlan dans les dents de Don Cherry. Malgré tout, il s’en trouve encore, au Québec même, pour affirmer que de telles insultes sont monnaie courante et qu’il n’y a que des pleurnichards susceptibles pour s’en offusquer.
Faisons ici une pause. Lorsque Mathieu Schneider s’est fait insulter relativement à sa confession juive, la LNH n’a pas hésité à sévir. Aussi loin que dans les années 1990, Chris Simon et Craig Berube ont reçu une suspension de trois et de un match respectivement pour avoir tous les deux lancé des insultes racistes à un joueur noir. Le directeur général des Capitals de Washington, George McPhee, avait même envisagé faire suivre à ses joueurs une formation sur la sensibilité raciale. La LNH reconnaît donc que les insultes racistes et antisémites n’ont pas leur place sur la glace. Tant mieux, car sinon, on se demanderait bien où est passée la notion d’esprit sportif. De nos jours, j’espère que le rappel de ces faits vont apprendre à certaines gens, francophones comme anglophones, qu’il n’est pas plus acceptable de s’en prendre aux origines autochtones de Carey Price, peu importe ce qu’on peut lui reprocher d’autre.
Pourtant, quand c’est un francophone, de nombreux francophones, dans un élan collectif d’un masochisme sidérant, se joignent aux efforts du National Post et de Don Cherry pour dénigrer les Québécois et les traiter de braillards. Déprimant.
Soyons justes : le manichéisme est une médaille à deux faces, et d’autres internautes francophones ont profité de l’affaire Doan pour fourrer dans le même sac tous les anglophones, le Canada anglais et la LNH au grand complet, tous supposément des francophobes indécrottables ligués contre la Belle Province. Par ailleurs, ce n’est que depuis quelques années que des voix s’élèvent au Québec même contre les blagues sur les anglophones, alors qu’il devenu inacceptable de ridiculiser (publiquement, du moins) la race, le sexe, l’orientation sexuelle ou la religion des gens.
Par contre, lorsque certains commentateurs minimisent les injures à l’endroit des francophones sous prétexte que les anglophones sont aussi ciblés par des injures, on devrait leur expliquer que l’addition de deux négatifs ne fait pas un positif, malgré ce qu’en dit Homer Simpson. En fait, l’erreur commune est de faire de cette affaire un conflit « Anglos c. Francos ». Ce qui devrait ressortir, c’est que les insultes sur la langue, comme sur la race, la religion et tout le reste, ne devraient pas être tolérées. Pas plus sur la glace qu’ailleurs. Mais pour ça, il faudrait que les francophones cessent de se tirer dans les pieds.
Pensez-y un peu : si un joueur de la LNH, ayant eu le courage de se déclarer homosexuel, se faisait traiter de tapette, de fif ou pire encore sur la glace, que lui diriez-vous? « Ça fait partie du jeu, mon grand, les joueurs essaient de se déstabiliser entre eux. Alors arrête de te plaindre et ferme-la! » Vous lui diriez vraiment ça?
Rendons justice à deux personnes : Denis Coderre et Réjean Tremblay. Dans les univers respectifs de la politique et du sport, ces deux intervenants ne sont pas les plus sympathiques. Coderre est un politicien roublard, fort en gueule et prêt à utiliser tous les moyens pour mousser sa carrière, dont Twitter, sur lequel il est aussi bavard qu’Allan Walsh. Réjean Tremblay, chroniqueur à La Presse et Don Quichotte infatigable du fait français dans le monde du hockey, argumente avec un manichéisme et une aigreur qui nuisent à la cause qu’il veut défendre. On se rappelle notamment qu’il s’est royalement planté dans le cas de Matthew Bissonnette, ce jeune hockeyeur du Nouveau-Brunswick qui avait refusé son transfert aux Saguenéens, le club de hockey junior de Chicoutimi, en affirmant à l’entraîneur de l’équipe qu’il ne voulait pas poursuivre ses études dans un milieu exclusivement francophone. On a appris plus tard qu’en réalité, le jeune homme de 17 ans (qui a donné à RDS une entrevue dans un très bon français) avait peur de cet entraîneur réputé bouillant. Il s’était donc servi de la langue comme prétexte, ignorant que ledit entraîneur allait répéter ses propos aux médias… et déclencher une controverse rouvrant les plaies laissées par Eric Lindros.
Néanmoins, en ce qui concerne les insultes lancées aux officiels francophones par les Coyotes, Coderre et Tremblay ont fait preuve d’une ténacité admirable, alors que bien d’autres auraient lancé la serviette depuis longtemps. Michel Cormier, le juge de ligne désavoué par ses propres patrons, remporte également une belle victoire. Certains pourraient être tentés de s’en prendre de nouveau à Doan, mais ce n’est plus la question. Ce dossier n’améliorera pas la réputation du préfet de discipline, Colin Campbell, qui a balayé sous le tapis le rapport écrit et signé par l’un des propres officiels de la LNH. Ce même Campbell a été critiqué pour son laxisme envers des vedettes comme Mike Richards et Chris Pronger, qui n’ont reçu aucune sanction après avoir gravement blessé des joueurs. L’entente Doan-Coderre ne fera que renforcer l’impression que la LNH applique une discipline farfelue, soumise davantage aux influences du moment qu’à la logique de son propre règlement.
Les affaires Doan et Bissonnette témoignent aussi d’une radicalisation des luttes linguistiques. Dans l’affaire Bissonnette, de nombreux francophones ont sauté à la gorge des anglophones comme au temps d’Eric Lindros; dans l’affaire Doan, de nombreux anglophones, se sont livrés à un autre de ces épisodes de « Quebec bashing » qui compliquent la tâche des fédéralistes québécois.
Espérons qu’au moins, à partir de maintenant, la LNH sévira contre les insultes à caractère linguistique aussi sévèrement qu’elle l’a fait contre les insultes racistes et antisémites. Sinon, elle continuera à se couvrir de ridicule.
Je reporte mon dernier billet sur mon boycott personnel des produits Molson Coors, lequel, comme je l’expliquerai, comporte des raisons qui dépassent le simple hockey. J’avais promis de répondre aux dernières objections qui m’ont été posées à ce sujet. Ça devra attendre pour deux raisons : d’abord parce que je voulais commenter aujourd’hui l’entente annoncée entre Shane Doan et Denis Coderre, et ensuite parce que certains se disent fatigués de la rafale de billets sur un même sujet.
ERRATUM : Lorsque l’article a été publié, il indiquait d’abord que Shane Doan avait été nommé capitaine de l’équipe canadienne sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Turin, en 2006. En fait, il a été nommé capitaine de l’équipe représentant le Canada au Championnat du monde de hockey de 2007. Mes excuses, et merci à l’un de mes lecteurs pour la correction.
Halák et ses « fefans » émotifs
24 juin 2010 à 7:30 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireTags : Toronto, Carey Price, Tomas Plekanec, Georges Laraque, Bob Gainey, Scott Gomez, Jaroslav Halák, LNH, Andrei Kostitsyn, Roman Hamrlik, Blues, Flyers, Blackhawks, Chicago, Pierre Gauthier, Ottawa, Sénateurs, Pittsburgh, Penguins, Washington, Capitals, Philadelphie, Maple Leafs, Coupe Stanley, Nordiques, Québec, Saint-Louis, BP, Toyota, Congrès américain, Pavol Demitra, Christer Olsson, Original Six, Trophée du Président, Match des Étoiles, fefans, Francis Bouillon, Dany Dubé, Martin Leclerc, Yvon Pedneault, Scott Burnside, Ken Campbell, Jaroslav Spacek
Depuis l’échange de Jaroslav Halák, on entend de nombreux prétentieux sermonner les partisans en colère qui menacent de se révolter. Ces grands penseurs divisent les fans montréalais en deux classes. Eux-mêmes forment la classe minoritaire : des gens rationnels, sensés, connaisseurs, qui réfléchissent à long terme et approuvent Carey Price comme le seul choix évident. L’autre classe, majoritaire, rassemble les « fefans » émotifs, bipolaires, ignares, chialeux et myopes qui divinisent aveuglément Halák. Je ne reprends pas ici le débat Price-Halák; je dénonce seulement l’arrogance de ceux qui veulent discréditer ou faire taire les amateurs furieux de cet échange.
Je ne vise pas les sincères admirateurs de Price, dont plusieurs ont exprimé leur sympathie à ceux d’Halák parce qu’ils comprennent ce qu’ils auraient eux-mêmes ressenti si leur propre favori avait été échangé. Je ne vise pas les fans qui, contents ou déçus de l’échange, ont choisi de donner le bénéfice du doute à la direction.
Ceux que je dénonce sont les moralisateurs qui portent un jugement sur le commun des mortels dans le seul but de s’en différencier. Leur obsession n’est ni Price, ni Halák, ni même les Canadiens : leur obsession, c’est de s’élever au-dessus de la populace. Ils se servent dans ce but de tout un arsenal de sophismes méprisants, dont voici les principaux :
« Revenez-en, c’est fait! » : Pardon? À peine un mois jour pour jour s’est écoulé depuis l’élimination du Canadien, une semaine depuis l’échange, et il faudrait déjà enterrer au plus sacrant le gardien qui nous a émerveillé de ses exploits, qui nous a impressionnés par sa force de caractère et son humilité? Les fans se font souvent traiter de vire-capot, mais ne vous attendez quand même pas à ce qu’ils digèrent cette décision avant longtemps.
« C’est le choix de l’organisation » : Autrement dit, fermez-la, continuez à remplir le Centre Bell et à acheter des guenilles, parce que de toute façon vous n’avez aucun pouvoir, sauf celui d’ouvrir vos portefeuilles. Une belle attitude de mouton résigné, conséquence directe du monopole malsain des Canadiens de Montréal sur le hockey de la LNH au Québec.
« Ce sont des hommes de hockey, ils savent ce qu’ils font » : Ben oui, mon kiki. Le président de BP connaît aussi son affaire, tout comme celui de Toyota. Ça n’a pas empêché ni l’un ni l’autre d’être convoqués au Congrès américain après que leurs compagnies respectives se soient royalement plantées. Pierre Gauthier est peut-être compétent, mais il n’est pas immunisé contre les erreurs : à titre de directeur-général des Sénateurs d’Ottawa, il a déjà échangé Pavol Demitra aux mêmes Blues de Saint-Louis contre le Suédois Christer Olsson. Après 20 parties, Olsson est rentré en Europe. Demitra a passé six saisons fructueuses avec les Blues avant de poursuivre sa carrière ailleurs. Alors oui, Gauthier peut se planter, tout comme il est arrivé à Bob Gainey de se planter avant lui. Faire aveuglément confiance à la direction, c’est comme donner un chèque en blanc à votre garagiste pour qu’il fasse toutes les réparations qu’il veut sur votre voiture.
« Halák était trop gourmand » : les Canadiens n’ont même pas communiqué avec lui, ni avec son agent. De toute façon, pour ce qu’il a donné et la façon dont il a été traité, Halák avait moralement le droit de leur faire cracher le maximum, ne serait-ce que pour leur apprendre à épeler le mot « respect » en français, en anglais, en slovaque et en douze autres langues au moins.
« La direction du CH ne doit rien aux fans » : celle-la, c’est la meilleure que j’ai lue. Et les millions en profits que l’équipe a empochés, ils sont tombés du ciel? Ils ont poussé dans les arbres? Ramenez une équipe à Québec, et vous allez voir que la direction du CH va se rendre compte qu’après tout, elle doit quelque chose aux fans, si jamais elle voit des gens dans les rues avec des chandails des Nordiques sur le dos et une diminution des cotes d’écoute de ses propres matchs. C’est ce que les Blackhawks de Chicago ont compris lorsque leur aréna s’est vidé, il y a de ça plusieurs années. Et on parle de l’une des Original Six, pas d’une équipe dans le désert.
« Le hockey, c’est une business » : Peut-être, mais la business du sport professionnel, comme celle des arts, c’est de vendre de l’émotion. Et de l’émotion, Halák nous en a fournie à la tonne. D’ailleurs, si les Canadiens sont une business, les partisans sont ses clients. Ces clients peuvent exercer leur jugement. Le marketing a peut-être réussi jusqu’ici à masquer les faiblesses de l’équipe, mais le départ d’un joueur qui a conquis le cœur des partisans sans l’aide du service de marketing risque de changer la donne.
« Vous êtes des émotifs » : Une bonne part de hockey est faite d’émotion. Si nous suivions vos principes, chers cerveaux logiques et rationnels, les Canadiens, cette petite équipe de huitième rang se serait fait balayer par Washington en quatre matchs, non, en trois matchs. C’est ce qu’ont prédit les savants experts. Néanmoins, c’est avec de l’émotion que les Glorieux ont renversé coup sur coup les gagnants du Trophée du Président, puis les champions en titre de la Coupe Stanley. Ils ont été éliminés par une équipe, les Flyers de Philadelphie, qui ont eux-mêmes comblé un déficit de 0-3 dans leur série précédente en puisant dans leurs émotions. Les experts ne font pas foi de tout. Le rôle des experts est de faire des calculs, et celui des joueurs est de défier leurs prédictions. Tout comme Halák a défié tous ceux qui lui ont prédit que sa petite taille et son rang de repêchage le destinaient, au mieux, à une carrière d’honnête auxiliaire. Je suis émotive? Merci du compliment.
« Vous êtes des girouettes » : Cette accusation est dirigée vers les amateurs qui ont voté pour envoyer Price au Match des Étoiles, en janvier 2009, puis l’ont vilipendé quelques mois plus tard. Cet argument est de mauvaise foi : le Match des Étoiles a eu lieu avant que le public ne soit mis au courant des virées nocturnes de Price et de ses habitudes de prima donna. En fait, le public en général a évolué dans un sens plutôt logique, même si Price a payé très cher pour ses erreurs.
« Price est encore là, rallions-nous tous derrière lui, soyez patients avec lui, etc. » : Price ne mérite ni le blâme, ni les huées. Ce n’est pas lui qui a pris la décision d’échanger Halák. D’un autre côté, les amateurs ne sont pas obligés de l’encourager si le cœur ne leur en dit pas. Après tout, l’applaudir revient à approuver l’échange d’Halák. Ordonner aux fans de se rassembler derrière Price ressemble à la stratégie de la cage à homard chère à Jacques Parizeau : laissons un seul choix aux partisans, pour qu’ils soient obligés de s’y faire. Je ne serai pas patiente avec Price et je ne le soutiendrai pas, puisqu’il me laisse maintenant indifférente.
Par ailleurs, les deux joueurs obtenus dans l’échange semblent intéressants et méritent d’être découverts. Le problème, ce n’est pas ce que le Canadien a obtenu, c’est ce qu’il a cédé.
« Si vous êtes pas contents, il y a 29 autres équipes » : c’est en effet une option. Toutefois, ceux qui conservent un sentiment d’appartenance envers le Canadien ont le droit de garder un œil critique et un esprit lucide. Personnellement, j’aime mieux une foule d’amateurs passionnés mais exigeants à un troupeau de moutons dociles et obéissants. Il n’y a que les fans des Maple Leafs de Toronto qui sont assez bêtes pour accepter n’importe quelle forme de médiocrité, pourvu qu’elle soit ornée d’une feuille d’érable bleue.
« Vous êtes des traîtres si vous lâchez les Canadiens » : Cet argument contredit le précédent, mais aucune logique ne freine les spécialistes de la mauvaise foi. D’ailleurs, les Canadiens ne sont pas une armée, et Pierre Gauthier n’est pas notre général. Nombre de partisans aiment l’équipe, mais conservent un goût amer de l’institution avec son marketing débridé, son carrousel d’entraîneurs renvoyés, son indifférence envers le repêchage local et le traitement réservé à certains de ses joueurs (rappelez-vous de Francis Bouillon).
Vous êtes écœurés par l’échange d’Halák? Votre colère est légitime. Ne vous laissez pas marcher sur les pieds par les arrogants qui utilisent les faux arguments ci-dessus. Manifestez ou quittez le navire, mais ne vous sentez pas obligés de vous écraser.
Plusieurs commentateurs (Dany Dubé, Martin Leclerc, Yvon Pedneault, Scott Burnside, Ken Campbell) croient que Gauthier n’aurait pas choisi Price par aveuglément volontaire, mais aurait été coincé par le plafond salarial. Autrement dit, il ne devait pas choisir entre Halák et Price, mais entre Halák et Tomas Plekanec. Ce dernier était moins facile à remplacer, d’où l’échange. Pourquoi ne pas l’avoir dit ouvertement? Parce que le contrat avec Plekanec n’était pas encore conclu. Parce que c’était sans doute moins pire de coller à Price l’étiquette de chouchou que celle de bouche-trou. Enfin, parce que la colère des amateurs se serait tournée vers d’autres hauts salariés de l’équipe, notamment Scott Gomez (7,3 M$), Roman Hamrlik (5,5 M$) et Jaroslav Spacek (3,83 M$). Sans compter le demi-million que le contrat de Georges Laraque enlèvera à la masse salariale pendant encore deux saisons.
De mon côté, tant qu’à taper sur quelqu’un, je choisis Andrei Kostitsyn. Repêché en première ronde la même année où Halák l’a été en neuvième, l’aîné des « frères K » a touché 3,25 M$ cette saison, contre 750 000 $ pour le Slovaque. Si vous faites le calcul, ça veut dire que ce gros jambon a reçu plus du quadruple du salaire de son coéquipier pour pratiquer l’art de patiner en dormant.
Mais la direction du Canadien sait ce qu’elle fait, n’est-ce pas? Ce sont des hommes de hockey, pas vrai?
Misère. La prochaine saison va être longue.
Haute spéculation (actions en Bourse/joueurs de la LNH)
24 mai 2010 à 6:38 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireTags : actions, alex ovechkin, Anze Kopitar, Bourse, Canadiens, Capitals, CKAC, Essor, investisseurs, Jacques Martin, Jonathan Cheechoo, Kings, Los Angeles, Marian Gaborik, Michael Cammalleri, Montréal, New York, Ottawa, Penguins, Pittburgh, poolers, pools, Rangers, Sénateurs, Sidney Crosby, spéculation, Tomas Plekanec, Washington
Cette chronique sera l’avant-dernière de la saison. Au lieu de parler de politique et de hockey, elle mêlera plutôt le hockey et la finance. La dernière chronique reviendra à la politique, après quoi je prendrai une pause avant de réfléchir à l’orientation future de mon blogue.
Cette année, pour la première fois, j’ai participé à un pool. Je n’ai pas encore déterminé avec certitude l’équivalent français adéquat pour ce terme, mais les pistes les plus prometteuses sont poule et hockey de fantaisie. Je vous reviendrai là-dessus si mes recherches sont concluantes. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le concept de pool, en voici les règles de base : chacun des participants sélectionnent un certain nombre de joueurs pour se bâtir une équipe fictive; chaque joueur vaut un certain nombre de points selon ses statistiques de la saison précédente; chaque participant a un nombre maximum de points en banque pour intégrer des joueurs à sa liste; à la fin de la saison, le participant dont les joueurs sur sa liste ont collectivement amassé le plus grand nombre de buts et de passes gagne les sommes ou le prix mis en jeu. À mon bureau, par exemple, le gagnant s’est fait payer un dîner à la Cage au Sports. L’autre façon de bâtir son équipe est de procéder par « repêchage » : chaque participant, à tour de rôle, choisit un joueur parmi ceux disponibles, et on recommence jusqu’à ce que chaque participant ait atteint le nombre maximal de joueurs; évidemment, les joueurs les plus prisés seront sélectionnés les premiers.
Outils et spécialistes à votre disposition
Dès que je suis rentrée dans le monde des pools, j’ai été fascinée par sa complexité et sa frénésie. En fait, les poolers me faisaient tout simplement penser aux spéculateurs en Bourse. Toute une industrie s’est développée autour des pools de plusieurs sports. Au début de la saison, plusieurs revues publient un numéro spécial consacré aux pools, en plus des guides annuels. Chaque joueur y est décortiqué selon ses forces et ses faiblesses, son âge, ses blessures, son ardeur au travail, sa tendance à produire de façon régulière ou bien par séquences, etc. Des sites Web offrent des services de gestion de pool. Vous pouvez également télécharger des logiciels de gestion de pool et d’aide au repêchage. Enfin, en août dernier, le magazine Pool Pro a été lancé pour tous les amateurs de pools de hockey.

Droits d'auteurs : The Hockey News. Récupéré de http://www.thehockeynews.com/listings/60-Special-Issues.html.
Ce travail d’analyse me fait penser à celui des revues financières spécialisées qui analysent dans le moindre détail les entreprises cotées en Bourse : le chiffre d’affaires, les investissements dans la recherche et développement, l’état des infrastructures, l’appartenance à un secteur aux performances régulières ou volatiles, les projets d’expansion, les membres du conseil d’administration, etc.
De plus, tout comme des analystes financiers gagnent leur vie à écrire des articles pour vous recommander tel titre ou vous déconseiller tel autre, des journalistes et chroniqueurs sportifs profitent du début de chaque saison pour vous recommander de prendre certains joueurs et d’en éviter d’autres. Certains joueurs, comme Sidney Crosby (Penguins de Pittsburgh) et Alex Ovechkin (Capitals de Washington), sont considérés comme des « blue chips », des joueurs de premier ordre, qui vous rapporteront à coup sûr beaucoup de buts et de passes, mais qui vous coûteront beaucoup de « points d’achats ». D’autres, comme Marian Gaborik (Rangers de New York), étaient considérés à éviter à cause de leur propension à rater des matchs pour cause de blessures. Les recrues sont évaluées comme des entreprises en démarrage, en fonction de leur réussite dans les rangs mineurs.
Certaines entreprises en difficulté ont mauvaise réputation et sont dédaignés des investisseurs. Certains acheteurs, cependant, prévoient une reprise des affaires et achètent les actions de ces entreprises à un faible prix pour ensuite les revendre lorsque l’entreprise va mieux et que son cours est remonté. Les poolers expérimentés repèrent également les joueurs qui ne coûtent pas cher parce qu’ils ont connu une mauvaise saison à cause de circonstances sur lesquelles ils n’avaient aucun contrôle. C’est le cas de Tomas Plekanec (Canadiens de Montréal), qui avait connu une saison misérable en 2008-2009, subissant les contrecoups d’une saison épouvantable pour toute son équipe. Il s’est joliment rattrapé cette année, se hissant au premier rang de son équipe et au vingt-huitième de la LNH, au grand bonheur des poolers qui avaient flairé la bonne affaire en l’intégrant à leur équipe.
Ça prend du flair
Évidemment, une fois la saison commencée, il arrive que des événements viennent contrecarrer les plans des poolers. Un joueur se blesse, un autre ne produit pas autant que prévu. Les investisseurs craignent aussi de telles catastrophes : l’incendie d’une usine, une poursuite intentée contre une entreprise, tout peut influencer les titres boursiers. Il faut alors décider s’il vaut mieux vendre les actions de cette entreprise ou attendre patiemment que la situation s’améliore. Dans de nombreux pools, un mécanisme permet d’échanger des joueurs, mais il y a une limite au nombre d’échanges. Vient alors l’angoisse de la décision. Tout comme l’investisseur se demande quel est le bon moment pour vendre telle action et d’acheter telle autre, le pooler se demande s’il doit laisser partir un joueur improductif qui pourrait très bien se réveiller, ou prendre tel autre qui connaît une saison extraordinaire mais pourrait se blesser à tout moment. On comprend ainsi les poolers qui, chaque jour, se jettent frénétiquement sur les statistiques des joueurs qui viennent d’être mises à jour, pendant que les investisseurs consultent fiévreusement les cotes boursières. Les uns comme les autres sont soumis aux aléas de la fortune.
Le pool peut prendre une importance démesurée dans la vie des participants. On peut citer comme témoignage la publicité radio de la compagnie d’assurances Essor à CKAC. Un homme un raconte qu’il est en train de devenir quelqu’un d’important et d’acquérir des chose : il a une nouvelle maison, une nouvelle voiture, une conjointe avec qui il attend son premier enfant… et il est au premier rang des poolers à son travail! Si j’étais sa conjointe, je ne serais pas excitée d’apprendre que mon conjoint met son pool de bureau au même rang que la fondation d’une famille.
La loi de la jungle
S’il y a une leçon que j’ai tirée de ma participation au pool de mon travail, c’est qu’à la Bourse comme dans les pools, mieux vaut ne pas parier gros si on n’est pas un vrai connaisseur. Peu importe les chroniqueurs, les revues, les statistiques : la constitution d’un pool ou d’un portefeuille n’est pas aussi scientifique qu’il n’y paraît, et de nombreux joueurs comme de nombreuses actions sont sélectionnés à cause d’une réputation surfaite et non en raison d’une analyse rigoureuse. Combien d’investisseurs ont fait faillite parce qu’ils ont dépensé une fortune sur un « coup de cœur »? Combien de poolers sont-ils passés à côté d’un joueur d’un excellent rendement parce qu’ils n’aimaient pas son arrogance?
Et les résultats? me demanderez-vous d’un ton narquois. Ils ont été pitoyables. Anze Kopitar (Kings de Los Angeles) s’est révélé une heureuse surprise, mais Michael Cammalleri (Canadiens de Montréal) a produit en deçà des attentes en plus de manquer six semaines à cause d’une blessure au genou, Jonathan Cheechoo (Sénateurs d’Ottawa) a été médiocre, et tous mes échanges se sont avérés des fiascos. Après m’être maintenue en milieu de peloton une bonne partie de la saison, j’ai misérablement coulé au dernier rang des poolers de mon bureau. Ça m’apprendra.
Varia :
- Autre indice que le hockey ressemble à la politique : les entraîneurs, comme les politiciens, parlent pour ne rien dire. Ceux qui comprennent l’anglais pourront apprécier la démonstration qu’en fait Mike Boone, de La Gazette, à l’aide de la retranscription d’un point de presse de Jacques Martin, entraîneur-chef des Canadiens de Montréal.
- S’il y a une chose, une seule, qui me dégoûte dans le hockey, c’est la fierté que retirent certains joueurs de se faire casser les dents, comme si cette « blessure de guerre » leur faisait mériter une médaille. Jeudi dernier, Claude Giroux, des Flyers de Philadelphie, a perdu deux dents après un double-échec de Josh Gorges (Canadiens de Montréal). Il a déclaré qu’il avait « toujours rêvé de perdre une dent en jouant au hockey, et là [il en a] perdu deux ».
Le journaliste Luc Gélinas a vanté le courage de Ian Laperrière, des Flyers de Philadelphie, qui, après s’être fait casser sept dents en bloquant un tir, a demandé la permission à son soigneur de retourner au jeu.
Hier, le défenseur Duncan Keith, des Blackhawks de Chicago, a bloqué un tir… et a reçu la rondelle en plein sur la bouche, se faisant fracasser sept dents. L’une d’entre elles s’est logée dans sa gorge, le forçant à tousser pour la recracher. Malgré tout, il s’est fait injecter suffisamment d’analgésiques pour retourner au jeu avant la fin de la période et récolter une aide sur le but qui a permis aux siens d’égaliser la marque avant de l’emporter 4-2 sur les Sharks de San José.
Ma mère a toujours été d’une insistance maniaque pour que ses enfants prennent un soin jaloux de leurs dents. C’est probablement la raison pour laquelle ces fractures de dents me lèvent le cœur, et encore plus le « courage » primitif de ces joueurs qui en font si peu de cas.
- En relations publiques, chaque détail compte. Samedi, les billets pour assister au match de séries entre les Canadiens de Montréal et les Flyers de Philadelphie comportait la photo de Carey Price accompagnée de Jacques Plante et de Ken Dryden. Banal, direz-vous. Les billets étaient imprimés depuis trois mois, explique l’organisation des Canadiens.
Peut-être. Sauf qu’étant donné l’historique de la controverse des gardiens, Allan Walsh, l’agent de Jaroslav Halák s’est permis un rappel à l’ordre à l’endroit de l’organisation, qui a souvent traité son client comme un bouche-trou, alors qu’il est maintenant le héros des séries dans son équipe. Walsh, qui assume sans complexes son personnage d’agent arrogant et baveux, se sert de cette réputation pour faire le travail ingrat de « chialage » nécessaire à la défense des intérêts de son client, qui peut ainsi demeurer le gentil garçon poli que Montréal a toujours apprécié.
Guerre de nerfs (Jean Charest/Bruce Boudreau)
8 mai 2010 à 6:41 | Publié dans Chroniques politiques | 1 CommentaireTags : Action démocratique du Québec, alex ovechkin, arbitres, Boston, Bruce Boudreau, Bruins, Capitals, Devils, Facebook, Flyers, Jacques Martin, Jaromir Jagr, Jaroslav Halák, Jean Charest, Jean-Lévy Champagne, José Théodore, Martin Brodeur, Martin Otis, Matt Cooke, Maxim Lapierre, Mike Green, New Jersey, P.K. Subban, Parti libéral du Québec, Penguins, Philadelphie, Pierre McGuire, Pittsburgh, Ryan Miller, Sidney Crosby, Tomas Plekanec, Washington

Jean Charest (photo tirée de Cyberpresse, droits d’auteur : Gesca); Bruce Boudreau (photo tirée de Cyberpresse, droits d’auteur : AP)
Les séries éliminatoires sont au hockey ce qu’une campagne électorale est à la politique: un sprint, des heures de fou où on carbure à l’adrénaline et pendant lesquelles à peu près tous les autres volets de la vie des politiciens et des athlètes – famille, amis, loisirs – prennent le bord. La même situation s’applique aux autres participants à cette folle aventure, notamment les journalistes et les employés des organisations politiques et sportives.
Tous ceux qui croient que le sport n’a rien de « politique » dans le sens large du terme devront se raviser. Pendant les séries éliminatoires encore plus que pendant la saison, les athlètes et les entraîneurs se livrent une guerre de nerfs tant en dehors de la patinoire que sur la glace. Plusieurs d’entre eux y vont de déclarations controversées et des tactiques plus ou moins subtiles dans le but de déstabiliser l’adversaire. Ces déclarations font dévier l’attention sur des détails qui n’ont pas une grande influence sur le jeu lui-même, mais qui font vadrouiller la meute de journalistes et de sympathisants qui gravitent autour des partis et des équipes.
Beaucoup de bruit pour rien
Il est courant, en politique, de faire mousser tout un scandale autour de déclarations plus ou moins controversées d’un personnage afin de détourner l’attention des « vraies affaires », comme on dit, c’est-à-dire de dossiers importants comme le budget, l’état des routes, les résultats des élèves à l’écoles, les soins donnés dans les hôpitaux… On jette de la boue sur l’adversaire pour détourner l’attention de ses propres échecs. Jean Charest, premier ministre du Québec et chef du Parti libéral, est passé maître dans l’art de faire ce genre d’écran de fumée.
Pendant la campagne électorale de 2007, Charest avait fait ses choux gras de déclarations naïves (et parfois même imbéciles) de candidats peu expérimentés de l’Action démocratique du Québec. Les recherchistes du PLQ avaient fouillé le passé de tous les candidats adéquistes et avaient déterré toutes les déclarations, les textes et même les photos de pages Facebook qui pouvaient le moindrement causer de l’embarras à l’ADQ. Ainsi, le jeune Martin Otis, candidat dans la circonscription de Gatineau, avait candidement avoué avoir été « parachuté » dans le comté (envoyé dans le comté d’une autre région de la province), mais que par respect pour les électeurs, il ferait son possible pour faire du porte-à-porte les fins de semaine. Jean Charest s’était moqué sans retenue du jeune homme, alors que son parti, comme tous les partis d’ailleurs, comptait sur des candidats « poteaux », ces candidats sans aucune chance de l’emporter mais qui permettent à leur parti d’être représentés dans tous les comtés, condition indispensable pour participer au débat des chefs. « Le poteau s’est planté », a commenté Charest dans un bel élan d’hypocrisie. Un autre candidat adéquiste, Jean-Lévy Champagne dans Hochelaga-Maisonneuve, a été victime de sa page Facebook, dans laquelle le jeune étudiant avait affichée une photo de party le représentant costumé avec un simple feuillage pour préserver la pudeur.
Il est certes utile de prêter attention à ces détails. En général, ces incidents insignifiants n’ont en soi rien d’important. Cependant, si un politicien accumule les gaffes, il devient peu à peu un boulet pour son parti, et se fait éventuellement montrer la porte. C’est ce qui est arrivé à André Boisclair, dont l’échec a moins à voir avec son homosexualité et sa consommation passée de cocaïne, qu’avec son manque flagrant de jugement vis-à-vis des médias et de son propre parti. D’un autre côté, il est désolant de constater à quel point la vie politique peut tourner autour de ces niaiseries.
Mes années de militantisme politique et mes deux campagnes électorales à titre de candidate me permettent de vous confirmer qu’il se gaspille une somme épouvantablement monumentale d’énergie, de temps et d’efforts à gérer ce genre d’âneries qui n’ont rien à voir avec le système de santé, le réseau d’éducation, les finances publiques ou les autres enjeux cruciaux pour l’avenir de notre société. C’est d’ailleurs en partie ce qui explique mon retrait de la politique après les élections de 2008. La majorité des gens qui entrent en politique, que ce soit à titre d’employé, de bénévole ou de candidat, le font avec l’intention sincère d’améliorer le sort des gens et de faire évoluer la société pour le mieux. Nombre d’entre eux, comme moi, quittent la politique, parfaitement dégoûtés par un immobilisme crasse qui éteindrait l’enthousiasme de n’importe quel volontaire, eût-il l’énergie d’un P.K. Subban.
Je te tiens par la barbichette…
Même pendant la saison, des propos hors glace peuvent retenir l’attention des journalistes et des amateurs. Citons l’escarmouche entre le joueur Maxim Lapierre et l’analyste Pierre McGuire lorsque ce dernier a affirmé que le jeune homme se faisait une réputation de lâche dans la LNH.
Cependant, pendant les séries éliminatoires comme dans les campagnes électorales, la guerre des mots bat son plein. Cette année, chez les Canadiens de Montréal, c’est Tomas Plekanec qui l’a involontairement lancée en affirmant que les gardiens des Capitals de Washington n’étaient pas Martin Brodeur ni Ryan Miller. José Théodore, le gardien partant des Caps, a rétorqué « Tomas qui? Jagr? » en faisant allusion à Jaromir Jagr, brillant attaquant autrefois membre du Tricolore. Plekanec lui a cloué le bec en comptant le but gagnant de la première partie de la série. Puis Alex Ovechkin, des Caps, a prétendu avoir vu la main de Jaroslav Halák trembler; Mike Green a affirmé que les Canadiens n’avaient pas beaucoup de ressources pour battre son équipe. Bruce Boudreau, l’entraîneur-chef de Washington, a laissé entendre que Jacques Martin, celui de Montréal, avait peut-être espionné l’un de ses entraînements. Boudreau et les Capitals pensaient utiliser la cohorte de journalistes montréalais à leur avantage pour déstabiliser les Canadiens, en jouant un genre de jeu de chicken dans lequel ils croyaient bien avoir le dernier mot. Ils étaient bien naïfs : les joueurs du Tricolore, habitués au zoo médiatique, n’ont pas bronché et se sont concentrés sur le jeu, avec le résultat qu’on connaît.
En deuxième ronde, Matt Cooke, des Penguins de Pittsburgh, sous-entendu que le jeune défenseur P.K. Subban, des Canadiens, faisait exprès de tourner sa lame de patin vers le haut lorsqu’il se faisait mettre en échec pour tenter de blesser ses adversaires. Peine perdu : le Canadien a fait le gros dos, et la série est maintenant égale à 2-2. Par ailleurs, les Penguins ne semblent pas vouloir s’embarquer dans le même genre de duel médiatique qui a fini par ridiculiser les Capitals. On peut quand même s’attendre à quelques autres escarmouches verbales d’ici la fin de la ronde. Et, sait-on jamais, à un autre chapitre contre les Bruins de Boston ou les Flyers de Philadelphie, puisque nos glorieux Schtroumpfs n’ont peut-être pas fini de nous surprendre.
Varia :
- Non, je ne crois pas à une conspiration anti-Canadiens chez les arbitres. Il y a certains soirs, toutefois, où ma raison vacille et je commence à croire vraiment que certaines vedettes sont vraiment protégées par les zèbres. Visionnez la vidéo des punitions non signalées contre les Penguins lors du quatrième match.
- Sidney Crosby me déçoit beaucoup. Je ne voulais pas croire qu’il se comporte vraiment comme une princesse qui aurait mal dormi la nuit dernière à cause d’un petit pois sous son matelas. J’ai changé d’avis depuis, et cette vidéo devrait contribuer à convaincre les sceptiques.
- Retour sur mon billet précédent : je vous parlais de l’attitude des fans d’ailleurs. À ma connaissance, rien ne bat les fans des Rangers de New York pendant la série éliminatoire de 2003 contre les Devils du New Jersey. Martin Brodeur venait de se faire remettre ses papiers de divorce suite à une aventure avec la femme de son beau-frère. Dans les gradins du Madison Square Garden, des spectateurs brandissaient des pancartes se moquant de ses déboires conjugaux, notamment une parodie des publicités de MasterCard : Billet pour un match des séries : 95 $. Pension alimentaire à ton ex : 9 millions $. Coucher avec ta belle-sœur : ça n’a pas de prix. » Ça n’a tout de même pas empêché les Devils de remporter la Coupe Stanley cette année-là. La dureté du mental…
À la défense des fans montréalais
2 mai 2010 à 1:40 | Publié dans Non classé | 2 CommentairesTags : alex ovechkin, Alexander Semin, Boston, Brian Boucher, Brian Elliott, Brian Gionta, Bruce Boudreau, Bruins, canucks, Capitals, Coyotes, Dave Tippett, Dennis Wideman, Devils, Don Cherry, Don Maloney, fans, Flyers, Jaroslav Halák, John Tortorella, Leafs AbomiNation, Maple Leafs, Marian Hossa, Mike Green, mike richards, New Jersey, New York, Ottawa, Pascal Leclaire, Penguins, Philadelphie, Phœnix, Pittsburgh, Rangers, Roberto Luongo, Sénateurs, Scott Gomez, Semyon Varlamov, Tim Thomas, Toronto, vancouver, Vincent Lecavalier, Washington
De nombreux accusateurs reprochent aux fans du Canadien d’être exigeants, arrogants, vulgaires, bipolaires, minables et chauvinistes (entre autres), de huer n’importe quand et pour n’importe quelle raison, de ne pas connaître leur hockey, de parler à travers leur chapeau.
Ceux des autres villes seraient polis, respectueux, connaisseurs et appuieraient leur équipe inconditionnellement. Les autres clubs n’ont pas à composer avec un troupeau de journalistes lèche-bottes, fielleux et hypocrites. Bref, Montréal, c’est le goulag, l’enfer pour les pauvres joueurs, surtout ceux du Canadien qui haïssent leurs propres fans qu’ils voient comme des bourreaux sanguinaires.
Et si Montréal n’était pas si pire? Une comparaison rapide avec d’autres villes permettrait de dégonfler ce mépris injustifié pour les fans de la plus ancienne équipe professionnelle de hockey au monde. Que reproche-t-on aux fans des Canadiens, au juste? Et comment leurs défauts se comparent-ils avec ceux des fans d’ailleurs?
1. Ils sont cruels avec leurs gardiens : Vancouver a déjà été qualifiée de « cimetière de gardiens ». Encore cette saison, Roberto Luongo a été mis sur la sellette chaque fois qu’il connaissait un passage à vide. À Philadelphie, avant que Brian Boucher n’entre dans sa bulle en séries, le rendement des gardiens était si pitoyable que des spectateurs dans la foule tenaient des pancartes avec l’inscription « Mettez-moi dans les buts ». Après une saison difficile, Pascal Leclaire (Sénateurs d’Ottawa) a pris la relève de Brian Elliott en séries et s’est montré brillant lors d’une partie qui s’est terminée en faveur de son équipe après pas moins de trois périodes de prolongation. Après l’élimination des Sénateurs malgré un effort honorable de Leclaire, il a commenté : « Il y a deux semaines, j’étais un jambon et là, je suis l’ami de tout le monde dans la rue ».
2. Ils huent leur équipe : Écoutez attentivement les matchs sur la route. Cette année, j’ai entendu au moins la foule du New Jersey, celle de Boston et celle des Rangers huer leur équipe lorsque celle-ci ne performait pas. Boston, en particulier, s’est particulièrement fait étriller par sa propre foule à cause d’une série d’insuccès à domicile. Les Capitals se sont également fait huer au terme de leur septième match.
3. Ils huent leurs anciens joueurs : Demandez à Marian Hossa quel accueil lui est réservé à Pittsburgh, qu’il a déserté en faveur de Détroit pour augmenter ses chances de gagner la Coupe Stanley. Brian Gionta s’est fait huer cette année au New Jersey, et Scott Gomez à l’aréna de ses deux équipes précédentes, les Devils et les Rangers.
4. Ils martyrisent le joueur mal-aimé de leur équipe : Tim Thomas se fait régulièrement huer cette saison dans son propre aréna; avant lui, le défenseur Dennis Wideman était la tête de Turc des fans bostonnais. Par ailleurs, le blogueur à la source de cette information se plaint de la baisse de qualité des spectateurs au TD Garden (tiens donc, cela ne rappelle-t-il pas un certain discours sur la foule du Centre Bell?). Gomez se faisait huer au Madison Square Garden lorsqu’il portait l’uniforme des Rangers. En passant, Gomez n’est pas le seul à se faire reprocher son onéreux contrat : le Vinny Calculator vous permet de mesure le montant que gagne Vincent Lecavalier par but, par minute de jeu et selon ses autres statistiques, en plus de faire une comparaison avec votre propre salaire.
5. Ils sont violents envers les fans des autres équipes : il n’y a pas qu’à Montréal que les fans de l’extérieur se font malmener. Les fans des Bruins de Boston et ceux des Flyers de Philadelphie ne sont pas réputés pour être des enfants de chœur non plus, et aucun aréna de la LNH n’est à l’abri de violence entre spectateurs. Et que dire des émeutes, voire même des morts qui surviennent régulièrement dans les stades européens de soccer?
6. Ils sont chauvinistes : allez voir les commentaires de l’article de TSN sur l’ultime défaite des Capitals. Les Russes comme Alex Ovechkin, Alexander Semin et Semyon Varlamov s’en prennent plein la gueule. Et que dire de Don Cherry? En plus de mépriser ouvertement les francophones et les Européens, il a pris récemment l’habitude de massacrer ostensiblement les noms des gardiens européens. Semyon Varlamov a ainsi été rebaptisé « Varlamakov » (également désigné « Russe, ou peu importe ce qu’il est »). Jaroslav Halák a été renommé « Havlak » et « Havacock » (« cock », pour ceux qui l’ignorent, désigne l’appendice reproducteur masculin en anglais).
7. Ils sont arrogants, sans classe et casseurs : toujours dans la section des commentaires de TSN, vous seriez surpris de voir le nombre de gens heureux que les Canadiens aient rabattu le caquet des Capitals et de leurs fans, surnommés les « Craps fans ». Par ailleurs, cette même section est le lieu d’une jolie querelle entre fans des Capitals et ceux des Penguins, entre pro-Ovechkin et pro-Sidney Crosby. Si vous cherchez là un exemple de classe, vous serez déçus. Pour ce qui est de la casse, un article de la Gazette nous apprend comment la police de plusieurs villes, notamment Calgary et Edmonton, doivent composer avec les manifestations spontanées de fans en liesse.
8. ils remplissent l’aréna et achètent de la guenille malgré le rendement moyen de l’équipe : la Leaf Nation cultive la médiocrité depuis plus de quarante ans, et pourtant ;es Maple Leafs de Toronto remplissent leur aréna en vendant les billets les plus chers de la LNH. Brian Burke, le directeur général, a même parlé de « maladie bleue et blanche » pour qualifier l’attitude de ses joueurs qui se sentent à l’aise dans une ville où, selon lui, le hockey est « un culte, une religion » (tiens, tiens, comme à Montréal). Par ailleurs, de nombreuses autres organisations vendent le maximum de guenilles, tout comme le Tricolore, mais rien ne bat le catalogue du légendaire club de soccer Real de Madrid, qui comprend de la lingerie féminine.
9. Ils ne sont fans de l’équipe que lorsqu’elle gagne : cette accusation contredit la précédente, mais aucune logique n’arrête les pourfendeurs des fans des Canadiens. Par ailleurs, il n’y a pas qu’à Montréal que les fans se font accuser de revenir au Tricolore uniquement lorsque celui-ci vit des succès. À Washington, les fans de longue date sont en froid avec les « bandwagon fans », ces fans qui ont découvert récemment les Capitals avec l’arrivée d’Alex Ovechkin. Par ailleurs, les Coyotes de Phœnix sont la saveur du mois en Arizona. Chapeau à l’entraîneur Dave Tippett et au directeur général Don Maloney, qui ont interdit la moindre allusion à la situation financière de l’équipe et à son possible déménagement dans le vestiaire des joueurs, et qui ont tirée de ceux-ci à une saison inespérée. Pendant la première ronde des séries éliminatoires, l’aréna Jobing.com était plein. Pariez, cependant, qu’on y entendra à nouveau les mouches voler quelques semaines après le début de la prochaine saison.
10. Ils sont bipolaires et veulent régulièrement jeter tout le monde dehors : vous auriez dû voir la panique s’installer chez les fans des Capitals après la sixième partie entre Washington et Montréal. Après la septième, de nombreux fans voulaient faire table rase et mettre à la porte le directeur général, l’entraîneur, l’entraîneur-adjoint responsable de la défense, les joueurs, etc. De plus, ils étaient nombreux à faire la file pour gifler Bruce Boudreau, Alex Ovechkin, Alexander Semin et Mike Green.
11. Les maudits journalistes : nourris par les maudits fans, ils font supposément partie des raisons pour lesquelles aucun joueur ne voudrait venir à Montréal à moins de crever de faim. Il est vrai que la métropole québécoise a le plus gros contingent de journalistes sportifs entièrement consacrés à une seul équipe. Cependant, les médias qui couvrent les Rangers de New York, réputés particulièrement durs, mettent régulièrement à l’épreuve les nerfs du bouillant entraîneur John Tortorella. Chez les Flyers de Philadelphie, le capitaine Mike Richards a boudé les médias qui s’étaient intéressés d’un peu trop près à la vie nocturne de certains joueurs. Enfin, les journalistes de Toronto, dont le marché ressemble en tout points à celui de Montréal (sauf pour le nombre de Coupes Stanley remportées), sont tellement désabusés que deux d’entre eux ont publié un livre entier, intitulé “Leafs AbomiNation”: http://bit.ly/b4qij, sur la médiocrité des Maple Leafs.
Les faits ci-dessus ont été réunis grâce à une recherche rapide, mais une enquête exhaustive pourrait déterrer bien autre chose encore. Ce billet n’a pas pour but d’excuser les pires stupidités commises par le public montréalais. Mettre le feu à des voitures, tabasser des fans de Boston, huer l’hymne américain et huer un gardien alors qu’il a obtenu la troisième étoile dans une défaite où il a livré une prestation honorable : ce n’est pas avec ce genre d’exploit qu’on entretient une fierté centenaire.
Cessons de croire, toutefois, que les fans des Canadiens sont les pires de toute la LNH. Montréal a la plus forte densité d’amateurs de hockey au kilomètre carré. Forcément, il en découle des avantages, mais aussi des inconvénients. On comprend pourquoi les joueurs du Tricolore disent que le Centre Bell est le meilleur endroit où gagner… et le pire où perdre.
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