La langue de travail et la langue du public

28 décembre 2011 à 9:52 | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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« Un cadeau de Noël parfaitement bilingue pour Pierre Gauthier… » (Aislin, The Gazette, 21 décembre 2011

Depuis la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur-chef intérimaire des Canadiens de Montréal, les passions se déchaînent. Les émotifs ne se trouvent pas que du côté des défenseurs de la langue française, mais aussi des adulateurs inconditionnels de la Flanelle, dont bien peu parviennent à argumenter sans tomber dans l’agressivité.
Je n’ai pratiquement pas entendu de critiques contre Cunneyworth lui-même, et pour cause : la plupart des gens ont pitié du pauvre Ontarien qui n’a pas demandé à se retrouver dans un tel imbroglio… et qui n’avait peut-être même pas la connaissance suffisante du terrain pour prévoir la controverse. La même excuse n’est valable ni pour Pierre Gauthier, ni pour Geoff Molson.

Intérim mon œil

Pourquoi s’offusquer de l’unilinguisme de Cunneyworth, s’il exerce ses fonctions que par intérim? Parce que, Gauthier étant Gauthier, presque personne n’a vraiment cru à cet « intérim » au départ. Gauthier a nommé Cunneyworth entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école des Canadiens; Gauthier a promu Cunneyworth au rang d’entraîneur adjoint des Canadiens cette saison; Gauthier a renvoyé Perry Pearn, un autre entraîneur adjoint, et a augmenté les responsabilités de Cunneyworth. De toute évidence, le mot « intérim » n’était là que pour acheter du temps en espérant que quelques victoires feraient passer la pilule de l’unilinguisme. Il a fallu la colère du public pour que cet intérim se confirme.
Il n’y a pas suffisamment d’espace nécessaire ici pour réfuter tous les arguments fallacieux contre la nécessité du bilinguisme pour le poste d’entraîneur-chef des Canadiens. Allons-y donc pour l’un des arguments principaux, celui concernant les relations entre les joueurs et entraîneurs, d’une part, et le public, d’autre part. Ces relations commencent d’abord par les incontournables entrevues.

Don’t have anything to say, but will speak anyway

Pourquoi s’intéresser à la langue des entraîneurs et des joueurs, puisqu’il est supposé que ceux-ci ne disent jamais rien d’intéressant et rabâchent toujours les mêmes clichés? Je ne sais pas, mais ces « clichés » sont pourtant religieusement écoutés et scrutés à la loupe match après match par les journalistes et les amateurs. C’est rendu à un point tel que, pendant les arrêts de jeu, les entraîneurs et les joueurs répondent au micro alors qu’ils sont au banc! Leurs propos inintéressants semblent soudainement intéresser beaucoup de monde… Du coup, imaginez que seuls deux joueurs d’une équipe de l’extérieur du Québec puissent s’exprimer en anglais, et que les joueurs vedettes comme les entraîneurs ne puissent s’exprimer qu’en russe. Pensez-vous que les journalistes anglo-saxons suivraient longtemps les exploits de cette équipe? Poser la question, c’est y répondre.

Pour n’importe quelle entreprise et ses représentants, parler la langue de leurs clients et de leur public est une compétence indispensable. Dans les équipes de la LNH, même les joueurs russes sont capables, au bout d’un certain temps, de donner une entrevue en anglais; il n’y a qu’Alexander Semin (Capitals de Washington) qui n’y est parvenu qu’en septembre dernier, au début de sa sixième saison dans la LNH, et cette anomalie n’a pas manqué d’être soulignée à Washington.

Avec le français, il faut faire davantage de compromis. Avec l’internationalisation du hockey de la LNH et la fréquente permutation des joueurs, il est impossible que toute la formation tricolore s’exprime en français; ce ne l’est plus depuis des dizaines d’années, d’ailleurs. De toute façon, ce que la vaste majorité du public veut, c’est davantage de français, pas l’élimination de l’anglais.

La présence du français n’en demeure pas moins essentielle, même chez les joueurs et les entraîneurs. Plusieurs ont parlé de « respect » de la part d’une « institution » qui est « davantage qu’une entreprise », etc. J’ajouterais le plus important : le français fait surtout partie du fonds de commerce des Canadiens. Sous la férule du magicien Ray Lalonde, son service de marketing a exploité à fond la fierté canadienne-française et l’histoire des icônes francophones du Tricolore pour transformer une concession médiocre en formidable machine à sous. La leçon n’a jamais été totalement oubliée, puisque cette même équipe de marketing a été capable de faire apprendre quelques mots de français à Brian Gionta et à Carey Price à l’occasion du tournage d’annonces publicitaires (voir ici les progrès de Price en français).

Les joueurs saltimbanques

Ça fait longtemps qu’on nous répète que le travail des joueurs et des entraîneurs n’est pas de faire des relations publiques, mais de « gââââââââgner ». Pourtant, quand on sort de la bulle montréalaise, on se rend compte qu’ailleurs, les organisations et les joueurs ne ménagent pas leur salive pour séduire le public. Annonces télévisées, vidéos promotionnelles, distribution de billets de saison à la porte par les joueurs, concours et activités de socialisation avec les fans… Ailleurs qu’à Montréal, les joueurs vont à la rencontre de leurs partisans bien plus souvent qu’à l’occasion de la visite annuelle aux hôpitaux pédiatriques. Les Blackhawks de Chicago font rire le public avec leur interprétation loufoque des cantiques de Noël; les Sharks de San Jose dévoilent leurs « talents » professionnels hors de la sphère sportive; les Red Wings de Détroit se font acteurs, le temps du tournage d’annonces télévisées (ici et ici); huit joueurs des Blues de Saint-Louis enregistrent une lecture à voix haute du poème « ’Twas the night before Christmas », et ceux de leurs partisans capables d’identifier dans l’ordre les voix de ces joueurs ont la chance de gagner des billets pour des matchs en janvier. Dans quelle langue se font tous ces efforts de promotion? En anglais, bien sûr.

Bien avant le début de la controverse « Cunneyworth », les apologistes de la Flanelle ont affirmé préférer la compétence à la langue. Belle façon de se fourvoyer : la langue, autant celle de travail que celle du public, fait partie des compétences. Cette donnée fondamentale est souvent oubliée parce que dans presque toute la Ligue nationale de hockey, la langue de travail quotidienne (entraînements, parties, réunions) et la langue de promotion auprès du public est la même, l’anglais. Il n’y a qu’à Montréal (et peut-être bientôt à Québec) que la langue de travail n’est pas la même que celle de la majorité du public. Cet état de fait complique la situation, bien sûr, mais la langue du public n’en demeure pas moins aussi importante que la langue de travail. Grâce au travail monumental de Ray Lalonde et à quelques idoles adulées comme Alex Kovalev et Jaroslav Halák, cette importance a été gommée pendant des années; des joueurs moyens sont devenus des célébrités royales quasiment inaccessibles, tenus en serre chaude par l’organisation. Toutefois, il était inévitable que le voile se déchire tôt ou tard. Si les Canadiens ne veulent pas commencer la saison prochaine dans une fournaise infernale, ils doivent trouver rapidement des solutions.

La fin du déni

Il y a les fausses solutions, bien sûr, comme se reposer sur les sectaires de la Flanelle drapés dans la rectitude politique. Ces apologistes traitent les unilingues francophones d’attardés et les défenseurs du français de racistes et de xénophobes; ils nient la dimension promotionnelle du travail des joueurs et accusent les médias de faire tout un plat avec la langue. Pourtant, les sondages de QMI (Journal de Montréal) et de CROP (La Presse) confirment la colère de la majorité des amateurs face à l’attitude de Tricolore au sujet de la langue française. Ces tentatives de bâillonner les amateurs par la honte ne fonctionnent plus. Les Canadiens ne sont pas un groupe vedette de rock en tournée mondiale. Ils sont une entreprise québécoise dont la majorité de la clientèle est francophone.

Curieusement, les intransigeants des Canadiens affirment qu’ils n’ont pas à s’occuper de la langue française, puisqu’ils sont une entreprise privée. Comme si les entreprises privées présentes au Québec n’avaient aucune responsabilité concernant le français! Nulle entreprise ne peut ignorer le contexte social dans lequel elle évolue. D’un autre côté, chaque partisan qui quitte le Titanic tricolore pour se tourner vers une autre équipe se fait immanquablement traiter de « traître » par ces mêmes fanatiques intraitables, comme si l’« entreprise privée » qu’est le Canadien redevenait tout à coup une religion dont chaque apostat méritait la pendaison.

Voter avec son portefeuille

De plus en plus d’amateurs francophones de hockey, conscients de l’hypocrisie de la haute direction des Canadiens, s’affranchissent de cette pensée unique et offrent leur appui à une autre organisation. Ils observent plusieurs équipes pour diverses raisons : le nombre de francophones (Lighning de Tampa Bay, Penguins de Pittsburgh), la proximité de l’équipe (Sénateurs d’Ottawa, Bruins de Boston), ou même le transfert d’un joueur aimé (Blues de Saint-Louis). D’autres militent pour le retour des Nordiques. Grâce à Internet, à NHL Center Ice et au probable retour des Nordiques, le statut de monopole du Canadien commence à s’effriter, et l’arrogance de sa direction aussi. Puisque les Canadiens n’offrent officiellement plus cette dimension culturelle unique sur laquelle ils ont bâti leur fortune, il est normal que les amateurs soient de plus en plus tentés de « magasiner » ailleurs une équipe qui ne leur tient pas un double langage.

Le jugement de Dieu

23 décembre 2011 à 11:30   | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Joute médiévale. Image d’origine inconnue, tirée du blogue Courelle 2.

Au Moyen-Âge, il existait une tradition qui permettait aux gens de régler leurs conflits ou de laver leur réputation lorsque la loi ne pouvait pas les aider. Cette tradition s’appelait « le jugement de Dieu », car il s’agissait pour la ou les parties qui s’estimaient lésées ou calomniées de passer une épreuve qui, en cas de réussite, prouverait que Dieu estime leur cause juste.

Le jugement prenait plusieurs formes, dont l’une était le duel. Les deux personnes en conflit devaient s’affronter dans une joute à cheval ou en combat par l’épée, l’appui de Dieu envers le juste lui assurant la victoire. Si l’une des deux parties ne peut pas combattre (par exemple s’il s’agit d’une femme, d’un enfant ou d’un vieillard), il peut se faire représenter par un « champion », un preux chevalier qui combattra pour lui.

Le passage littéraire qui illustre le mieux cette tradition se trouve dans Ivanhoé, de Walter Scott. Publié au début du XIXe siècle, ce récit est situé dans l’Angleterre du roi Richard Ier, dit Cœur-de-Lion. Comme ce souverain réputé juste est parti en croisade, son maléfique frère Jean en profite pour usurper le trône et régner en despote. Au cours du récit, la belle juive Rébecca, injustement accusée de sorcellerie, demande le jugement de Dieu contre son accusateur. Le seul chevalier qui accepte de la défendre est Ivanhoé. Évidemment, le vaillant héros écrase son adversaire, pourtant un combattant réputé, et blanchit ainsi Rébecca de toutes les accusations pesant contre elle. Dieu s’est prononcé en faveur de Rébecca, et son persécuteur meurt de ses blessures, puni par le Seigneur d’avoir voulu la faire condamner à mort. La vérité et la justice ont vaincu le pouvoir et la corruption.

Complètement débile, dites-vous ? Vous allez objecter, avec raison, que Dieu ne prenait aucune part à ces règlements de comptes. N’importe quel nanti pouvait s’assurer les services d’un gros fier-à-bras pour régler ces querelles en son nom; Dieu n’était mentionné que pour satisfaire les superstitions religieuses de l’époque.

Les nouveaux chevaliers


Ces preux redresseurs de torts défendent la veuve et de l’orphelin sur la patinoire. Les fameux frères Hanson du film Slap Shot. Photo du journal The Star.

Pourtant, cette façon de raisonner n’est pas si différente de celle sous-jacente aux bagarres dans la Ligue nationale de hockey. Le scénario est habituellement le suivant : un joueur de l’équipe A en blesse un de l’équipe B par un coup illégal. Plus le coup est vicieux, plus la blessure est grave et plus le blessé est important pour l’équipe, plus l’offense est grande. Par conséquent, les coéquipiers exigent réparation par une bagarre. Si le joueur qui a infligé la blessure est vaincu, l’humiliation est censée lui servir de leçon. S’il est vainqueur, alors il ressort la tête haute, et ses accusateurs doivent se fermer la gueule à jamais. Évidemment, cette justice bestiale n’a aucune logique; le plus gros matamore de la Ligue pourrait tout aussi bien casser les jambes de qui bon lui semble, puis défoncer la figure de quiconque oserait lui en faire reproche.

Ce genre de règlement de comptes, proche de la vendetta, reprend pourtant de la vigueur dans la LNH. Il y a quelques temps, les Sabres de Buffalo se sont fait reprocher de ne pas avoir réglé le compte de Milan Lucic, des Bruins de Boston, lorsque celui-ci est entré en collision avec leur gardien vedette Ryan Miller et lui a causé une commotion cérébrale. Lucic n’a reçu aucune suspension pour ce coup, une décision controversée qui a amené certains à suggérer aux Sabres de réserver le même traitement au gardien de Boston à leur rencontre suivante. Ils ont plutôt envoyé leur « champion » de service, Paul Gaustad, se battre contre Lucic… qui lui a fichu une humiliante raclée. L’orgueil déjà bouffi des fans de Boston n’en a qu’enflé davantage. Cependant, même si Gaustad avait remporté ce duel, l’image du hockey n’en serait pas sortie grandie pour autant. Le jugement des poings est encore plus grossier que celui de Dieu.

Douze poids, trente-six mesures

Dès l’Antiquité, les civilisations ont ressenti le besoin de remplacer la justice privée, mue par la raison du plus fort, par une justice collective et procédurale, confiée à des juges indépendants et expérimentés. On pense entre autres au récit du roi Salomon, réputé le plus sage des souverains hébreux, et à l’histoire du roi français Saint Louis, qui a été le premier à tenter d’enrayer le duel médiéval expliqué ci-dessus. Les juges ne sont pas à l’abri de l’erreur, mais doivent toujours être impartiaux et de bonne foi. Le respect de cette autorité dépend de leur crédibilité, afin que l’ordre et l’équité puissent supplanter la tyrannie de la force brute.

Actuellement dans la LNH, les arbitres font office de policiers en distribuant des « contraventions », et Brendan Shanahan, vice-président et directeur des opérations hockey, remplit le rôle de juge dans les cas lourds en prononçant l’acquittement ou en décernant des suspensions ou des amendes. Shanahan est déjà beaucoup plus sévère que son prédécesseur, le pitoyable Colin Campbell. Malgré tout, les bagarres se poursuivent, et plusieurs joueurs continuent de distribuer des mises en échec dangereuses qui infligent des commotions cérébrales à leur victime.

De toute évidence, Shanahan n’arrive pas à se faire respecter. Il ne s’aide pas lui-même en manquant de constance dans les sentences décernées, comme le démontre Norman Flynn. Pendant les matchs hors-concours, Shanahan n’hésitait pas à donner des suspensions de cinq matchs et plus. Depuis que la saison régulière est commencée, il est devenu soudainement beaucoup plus débonnaire. De plus, il a du mal à justifier des sentences très variées pour des coups illégaux franchement similaires. Du coup, la LNH est encore accusée de favoritisme. Donnons-en un exemple : Chris Stewart, des Blues de Saint-Louis, reçoit une sentence méritée de trois matchs de suspension pour sa mise en échec illégale sur Niklas Kronwall, des Red Wings de Détroit; par contre, Drew Doughty, le défenseur étoile des Kings de Los Angeles, s’en tire avec une amende de 2 500 $US pour une mise en échec à peine moins dangereuse sur T.J. Oshie, des Blues. Apparemment, la Ligue a toujours autant de peine à sévir envers les joueurs vedettes. Du coup, ceux-ci continuent de faire ce qui leur chante en toute impunité.

En outre, de nombreux intéressés renâclent devant la nouvelle sévérité des suspensions. Martin Brodeur, des Devils du New Jersey, accuse carrément Shanahan de nuire à l’image du hockey, rien de moins. Max Pacioretty (Canadiens de Montréal), qui a cassé le nez de Kristopher Letang (Penguins de Pittsburgh) avec un coup d’épaule, se plaint que sa sentence est injuste. L’agent Allan Walsh traite la procédure de Shanahan de « kangaroo court » (tribunal fantoche). À la dernière réunion de directeurs généraux, certains d’entre eux ont accusé Shanahan d’être trop dur; d’autres, d’être trop mou. On voit bien que les dirigeants sont bien d’accord pour enrayer le fléau des coups à la tête… en autant que leurs protégés n’en subissent pas les conséquences.

Le résultat de cette cacophonie? Les joueurs n’ont pas plus confiance qu’avant en l’autorité de la LNH et continuent de faire régner leur propre justice. Lorsqu’il a annoncé que Milan Lucic ne serait pas suspendu pour sa charge contre Ryan Miller, Shanahan avait promis que sa décision surprenante n’encourageait surtout pas les joueurs à se livrer à une chasse aux gardiens. Pourtant, samedi dernier, c’était au tour de Jordin Tootoo (Predators de Nashville) de foncer sur Miller. Cette fois-ci, les Sabres n’ont pas attendu : ils ont foncé en meute sur Tootoo pour lui faire regretter son geste. Ils sentaient sans doute que Dieu appuyait leur juste cause. On sentait dans ce défoulement collectif un désaveu de l’autorité de Shanahan. Deux jours plus tard, Joe Vitale (Penguins de Pittsburgh) bousculait le gardien Tim Thomas (Bruins de Boston); les joueurs des Bruins lui ont aussitôt sauté dessus, et Gregory Campbell a engagé avec lui un combat qu’il a perdu. Bousculer Thomas aura donc été un pari gagnant pour Vitale. Mais pour la LNH et le hockey, ces incidents récents témoignent d’une régression vers la barbarie médiévale.

Des oursons pleurnichards

25 novembre 2011 à 1:47 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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J’avais de la sympathie pour les partisans des Bruins de Boston, ne serait-ce que pour la persévérance avec laquelle ils se manifestent sur la blogosphère francophone de hockey malgré toutes les injures de leurs éternels rivaux partisans des Canadiens de Montréal. À la lumière de récents évènements, cette sympathie commence à s’estomper. Nombre d’entre eux font des comparaisons disproportionnées pour défendre les gestes indéfendables de leurs favoris; d’autres (souvent les mêmes) crient comme des vierges offensées et atteignent le même niveau de braillage qu’ils attribuent aux fidèles de la Flanelle.

« Ton joueur est plus méchant que le mien »

Imaginez qu’un gars donne une volée à sa femme. Une vraie de vraie, avec coups de poing, coups de pieds et cassage de dents. La police arrive, et la femme, fâchée, donne une gifle au mari. Aussitôt, il piaille : « Regardez! Regardez, elle aussi elle est violente, pis elle se pose en victime! Pis a part de ça, c’est de sa faute, elle m’a provoqué! »

C’est un peu comme ça que plusieurs fans de Boston ont traité l’affaire Lucic-Miller. Dès que la vidéo où l’on voit Milan Lucic, des Bruins, entrer en collision avec Ryan Miller, des Sabres de Buffalo, a fait le tour des réseaux sociaux de hockey, ils se sont empressés de déterrer tous les cas pouvant ressembler de près ou de loin à de la jurisprudence en sa faveur :

- Oh! Regardez ce dégueulasse, cet épouvantable Brian Gionta, qui a assommé le pauvre James Reimer! Reimer dont ils se foutaient éperdument avant que son cas ne puisse leur servir. Gionta qui, tentant de se faufiler entre Reimer et un joueur des Maple Leafs de Toronto, “a perdu l’équilibre et a accidentellement accroché le gardien” :http://www.youtube.com/watch?v=ZOQXQQ38jFE.
- Hé, les partisans des Canadiens, gueule un autre de ces justiciers improvisés en noir et jaune, on en vous a pas entendus quand Chris Stewart, a envoyé Niklas Kronwall dans la bande! Bien sûr qu’ils ne se faisaient pas entendre : Brendan Shanahan, le préfet de discipline de la LNH, n’avait pas encore rendu sa décision (Stewart, des Blues de Saint-Louis, a fini par avoir une suspension de trois matchs bien méritée pour son geste envers le joueur des Red Wings de Détroit). Lucic, au contraire, avait déjà bénéficié de la clémence de Shanahan dans une décision qui relance les soupçons sur le traitement préférentiel dont bénéficieraient les Bruins.

Tenter de faire diversion des méfaits d’un joueur en attirant l’attention sur un autre est une tactique très courante de mauvaise foi. Transformer la victime en coupable en est une autre. Lucic n’a pas esquissé le moindre petit geste pour éviter Miller, et la collision lui a valu au moins une punition de deux minutes. Aussitôt, des partisans des Bruins ont concocté une toute nouvelle théorie, soit que le gardien qui sort de son trapèze peut être traité comme tous les autres joueurs, c’est-à-dire plaqué durement, sous prétexte qu’il est protégé comme un char d’assaut.

Hé, mes petits nounours, revoyez les vidéos des collisions entre Lucic et Miller, puis entre Gionta et Reimer. Avez-vous déjà remarqué à quel point les masques des gardiens tombent facilement de leur tête au moindre choc ? Ces masques sont conçus d’abord pour protéger leur visage des tirs. Le côté arrière de ces masques est très mince et lâchement fixé, pour leur permettre de le retirer facilement afin de boire à leur gourde. Ces masques ne sont pas conçus pour protéger les gardiens des mises en échec. Pour une bonne raison : les gardiens ne sont pas supposés se faire mettre en échec. Comme le dit le “règlement 69.4”http://www.nhl.com/ice/page.htm?id=26480 :

[traduction] Un gardien de but n’est pas “disponible au contact” uniquement parce qu’il joue à l’extérieur de sa zone. La pénalité appropriée doit être décernée dans tous les cas où un joueur en attaque entre inutilement en contact avec le gardien. Néanmoins, un contact accidentel est permis lorsque le gardien manipule la rondelle à l’extérieur de sa zone, pourvu que le joueur en attaque fasse un effort raisonnable pour l’éviter.

Lucic n’a pas, et n’a probablement jamais voulu éviter le contact avec Ryan Miller. Sous le choc, le masque de ce dernier est tombé, et Miller a subi une commotion cérébrale, comme Reimer d’ailleurs. Répétez après moi : pas-de-mise-en-échec-sur-les-gardiens, c’est clair?

Remarquez, les fans de Boston ne sont pas les seuls à avoir évalué l’affaire à travers une loupe déformante. Carey Price, des Canadiens, a lui aussi jugé que Lucic ne méritait pas de suspension. Son critère? Puisque Cam Janssen l’a frappé de la même façon il y a un an et demi, pendant un match contre les Blues de Saint-Louis, et n’a pas eu de suspension, alors Lucic ne méritait pas d’être suspendu lui non plus. Price oublie un détail : Janssen a bel et bien tenté de l’éviter lorsque les deux se sont précipités à toute vitesse l’un vers l’autre (Janssen a eu une pénalité mineure pour rudesse). Mais puisque Price n’a pas obtenu justice, Miller ne devrait pas l’obtenir non plus. Et pas un mot sur la sécurité des gardiens…

En passant, foutez-moi la paix avec le fait que je suis partisane des Blues de Saint-Louis; Janssen fait maintenant partie des Devils du New Jersey, alors il est vraiment le moindre de mes soucis. Et Stewart méritait vraiment d’être suspendu.

« Mon joueur est plus innocent que le tien »

Parlant de justice, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ne déposera pas d’accusation contre Zdeno Chara, des Bruins, pour son coup sur Max Pacioretty, des Canadiens. Évidemment, les partisans du hockey néandertalien se sont gargarisés de contentement, rappelant doctement à quel point les procédures d’enquête ont coûté du temps et de l’argent aux contribuables.

Perte de temps et d’argent? Ce n’est pas l’opinion d’Yves Boisvert, chroniqueur judiciaire de La Presse et plus fin connaisseur que vous et moi des conséquences d’interventions policières et d’enquêtes sur la société. Qu’il n’y ait pas de poursuite ne signifie pas que Chara soit innocent : ça signifie que le Directeur n’a pu obtenir suffisamment de renseignements pour bâtir un dossier suffisamment solide pour tenir le coup devant la procédure judiciaire favorable au prévenu. Le scandaleux laxisme de la Ligue, qui n’a pas suspendu Chara, a permis de de jeter suffisamment de flou juridique pour permettre au défenseur de s’en tirer à bon compte.

« Sauf que cette affaire est un des éléments qui ont amené la ligue à devenir plus sérieuse, et plus soucieuse de la sécurité des joueurs de hockey, écrit Boisvert. Elle a eu son petit effet civilisateur, pour ainsi dire. » Elle a aussi eu l’effet de rappeler que la loi s’applique partout, y compris sur les patinoires de la LNH. Que Chara ait senti la justice lui roussir les orteils a sûrement dû l’aider à réfléchir.
Oh! bien sûr que Chara n’a pas voulu blesser Max Pacioretty; c’est juste qu’avec la force employée pour lui envoyer la tête dans le poteau bordant la baie vitrée, on sentait bien qu’il s’en foutait. La négligence crasse peut être aussi criminelle que l’intention; au moins, celui qui veut blesser sait que c’est mal et qu’il risque de se faire punir. Celui qui s’en fout, au contraire, se pense au-dessus des règles. Après l’acte, sont venus les remords; mais Chara, qui venait d’être blanchi par le tristement célèbre Colin Campbell, aurait-il eu des regrets aussi vifs s’il n’avait pas fait l’objet d’une enquête policière? Sûrement que ses coéquipiers l’auraient aidé à se trouver des excuses; notamment le dégoûtant Mark Recchi, qui s’est vanté d’avoir effrontément menti à la presse pour détourner l’attention de son capitaine en insinuant que Pacioretty avait exagéré sa blessure. Une tactique qui, comme on l’a vu plus haut, est en train de faire des petits chez les partisans des Bruins. De plus en plus de ces partisans sont en train de copier les travers les plus détestables qu’ils reprochent aux partisans des Canadiens.

La seule (et profonde) bêtise de nombreux partisans montréalais, dans cette affaire, est d’avoir eu recours au 9-1-1 au lieu de passer par Infocrime pour porter plainte. Un petit truc simple, les amis : 9-1-1, c’est pour les urgences immédiates, genre quand quelqu’un risque de crever séance tenante. Quand l’offense et faite et qu’il s’agit d’en prévenir les policiers, c’est par Infocrime que ça passe. C’est le chemin que j’ai failli prendre le soir de ce malheureux incident; et c’est celui que je prendrai si j’apprends qu’un autre geste aussi sauvage a eu lieu. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Centre Bell, que la victime soit un joueur de hockey ou non. J’en fais une question de principe.

J’avais de la sympathie pour les partisans des Bruins, mais cette sympathie est en train de tourner au vinaigre. Le 22 février prochain, les Bruins rendront visite aux Blues qui, je l’espère, leur mettront la pâtée de leur vie. Avec une bonne mise en échec bien sentie sur Lucic ou Chara, ça se prendrait bien.

Affaire Chara : le refus de l’absurdité

7 novembre 2011 à 11:13   | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Cet article a été publié sur le réseau social Le Grand Club le 14 avril dernier. Je fais présentement une mise à jour de ce blogue. Mes excuses de ce retard.111307_large

Caricature de Serge Chapleau, La Presse

(Ajout : je précise que je suis partisane des Blues, pas du CH.)

Pardonnez-moi mon intervention tardive au sujet de l’affaire Chara, mais j’aimerais exprimer mon point de vue sur un aspect particulier de cet incident. Le premier match de la série Montréal-Boston me semblait un moment opportun pour réveiller votre indignation probablement assoupie.

Dès que j’ai vu la vidéo de l’incident sur Internet, ma réaction instinctive a été la suivante : cette affaire concerne la police, malgré ce qu’en pense mon confrère blogueur dont je respecte l’opinion, mais avec qui je suis en désaccord. Les images perturbantes de Max Pacioretty percutant le poteau de la baie vitrée et gisant inconscient sur le sol nous ont brutalement arrachés du contexte sportif. Il ne s’agissait plus de hockey, mais d’une affaire criminelle.

Je suis donc allée immédiatement sur le site Web du Service de police de la Ville de Montréal. Pendant que je fouillais sur ce site, je m’interrogeais sur la pertinence de ma démarche. Pourquoi une simple citoyenne porterait-elle plainte à la police sur la foi d’une simple vidéo d’un incident vu par des millions de téléspectateurs? En fait, je craignais que malgré l’horreur, personne n’oserait sortir cette affaire du contexte sportif et la soumettre officiellement aux autorités. Je me portais donc volontaire pour faire cette démarche.

Le refus de l’absurde

Est-ce le rôle d’un citoyen lambda de s’occuper de ce genre de chose? Ne devrait-il pas plutôt porter plainte lorsqu’un voisin bat son fils, qu’un récidiviste de l’alcool au volant conduit sans permis ou que qu’il est au courant d’autres méfaits? Cette belle question philosophique nous est posée par le blogueur que j’ai mentionné.

Ma réponse est la suivante : il n’y a pas de différence entre être témoin d’un méfait à la télévision et être témoin d’un méfait dans notre milieu. La loi et l’éthique nous obligent à dénoncer les situations inacceptables dont nous sommes témoins, quelles qu’elles soient. L’agression de Zdeno Chara sur Max Pacioretty et la violence d’un parent envers son enfant (ou n’importe quel autre crime de ce genre) sont sur le même plan et méritent le même traitement.
Michael Cammalleri exprime ce sentiment encore mieux que moi, d’un angle différent : « Ce qui me dérange, c’est le message qu’envoie la Ligue en ne suspendant pas Chara, a dit Cammalleri. C’est comme si l’on disait: c’est correct de tuer un gars, en autant que tu le tues à l’intérieur du cadre de nos règlements. »
Cammalleri touche un point crucial. Nous sommes témoins d’un phénomène surréaliste. Si quelqu’un pousse une autre personne dans la rue, et que cette personne s’assomme sur un poteau et s’effondre inconsciente, l’agresseur sera arrêté par la police, peut importe son intention. Mais lorsqu’un joueur en pousse un autre de façon à ce que sa tête porte sur le poteau de la baie vitrée, devant des millions de téléspectateurs, une pléthore de pseudo-experts s’acharnent à lui trouver des excuses. Ce n’est pas comme s’il fallait choisir entre signaler l’un ou l’autre; les deux incidents doivent faire l’objet d’une plainte.
C’est pourquoi les amateurs de hockey montréalais ont raison de s’indigner et d’exiger que la justice s’en mêle pour mettre fin à cette absurdité. Visionnez la vidéo de nouveau, au besoin, pour vous rappeler la violence de l’attaque. Que ce soir à la télévision ou dans la maison d’à côté, une agression reste une agression. Mes voisins sont des gens très tranquilles, qui ne m’ont pas donné de raison d’appeler la police. Néanmoins, si j’entends un jour mon voisin ou ma voisine donner une volée à son enfant, je serai responsable d’appeler la police. Lorsque Chara a accompli son geste devant des millions de téléspectateurs, j’ai senti que nous avions la responsabilité d’exiger l’intervention de la justice.
C’est pourquoi, ce soir-là, j’ai fouillé sur le site de la SPVM : parce que je refusais cette absurdité que les dirigeants de la LNH, Gary Bettman et Colin Campbell en tête, veulent nous enfoncer dans la gorge.

Au diable l’intention

Chara et Pacioretty avaient maille à partir depuis quelque temps déjà. On sait que Chara adore renverser ses adversaires par-dessus la balustrade qui sépare la patinoire des bancs des joueurs. Il aurait pu éviter ou retarder cette mise en échec inutile (Pacioretty n’avait plus la rondelle), mais il ne voulait pas manquer l’occasion de l’envoyer valser par-dessus bord, pour sa seule satisfaction égoïste et au mépris des risques. Et l’accident est arrivé.
Plusieurs soutiennent que Chara ne méritait aucune suspension parce qu’il n’avait pas l’intention de blesser Pacioretty. C’est pourquoi je trouve absurde de juger les voies de fait dans la Ligue nationale de hockey sur la simple question de l’intention. Les joueurs en sont rendus à se frapper sans retenue et sans précaution, insouciants des conséquences possibles sur leur victime. « Ce n’est pas ma faute, je n’ai pas voulu le blesser! » clament-ils. Ce principe déresponsabilise totalement les athlètes. Lorsqu’on conduit, il ne suffit pas de respecter le code de la route; il faut aussi porter attention aux piétons, aux cyclistes et aux autres conducteurs, qui ont eux-mêmes la responsabilité d’être prudents. On ne peut pas renverser un piéton avec indifférence sous prétexte qu’on a la priorité de passage.
La situation est devenue insoutenable dans la LNH. Les joueurs se donnent des mises en échec de façon irresponsable et s’en remettent à la simple chance en espérant que leur cible ne soit pas trop gravement blessée. Si elle l’est, ils s’en lavent complètement les mains. Cette négligence criminelle entre pairs a tenu David Booth, Marc Savard, David Perron, Sidney Crosby et bien d’autres joueurs à l’infirmerie pendant des mois. Et encore, on commence à peine à découvrir les conséquences à long terme des commotions cérébrales.
L’intention de blesser ne devrait pas être un critère obligatoire pour imposer une suspension. Les joueurs doivent être tenus responsables des conséquences de leurs gestes. La situation est d’autant plus absurde que dans le cas des bâtons élevés, les joueurs sont tenus responsables, peut importe leur intention. Du moment où leur bâton atteint, accidentellement ou non, le visage d’un adversaire, ils reçoivent une punition de deux minutes (et même de quatre minutes si la victime saigne). Ce même principe devrait s’appliquer aux mises en échec dangereuses.

Non à la sauvagerie

Par ailleurs, d’autres commentateurs ont voulu reporter la culpabilité sur le public; selon eux, les amateurs veulent du jeu rapide et physique, mais jouent aux vierges offensées lorsque des incidents surviennent. J’ose croire que la plupart des amateurs savent faire la différence entre une mise en échec robuste et un coup salaud, dangereux et inutile. Ça fait longtemps que les plaintes fusent de partout concernant le laxisme de la Ligue envers les joueurs qui ont gravement blessé Marc Savard, David Booth et d’autres encore. On veut du hockey, pas du meurtre. On veut des athlètes robustes, pas des agresseurs vicieux.
Des voix au sein même de la Ligue commencent à s’en prendre à ses dirigeants. Geoff Molson, le propriétaire des Canadiens, a fait preuve de cran en exprimant publiquement son désaccord. Les joueurs Joe Thornton et Henrik Sedin ont critiqué la décision de la LNH de ne pas suspendre Chara. Des commanditaires comme Via Rail et Air Canada ont exprimé leurs reproches. Ne vous laissez donc pas impressionner par des gens qui prétendent que les Québécois et les partisans des Canadiens sont des braillards. Il faut continuer à protester, à avoir recours à la justice si les dirigeants de la LNH continuent de faire la sourde oreille.
Et ne tentez pas de me faire croire que Chara ne pouvait pas empêcher Pacioretty d’entrer en collision avec ce poteau. Encore moins qu’il ne savait pas que le joueur devant lui était Pacioretty. Les services juridiques des Bruins lui ont probablement conseillé de raconter ce mensonge afin de se prémunir contre des poursuites. Qui est assez niais pour gober un tel bobard? Si le nez de Chara n’était pas déjà si gros, on croirait qu’il a enflé sous l’effet Pinocchio.

Prendre les bons moyens

Finalement, je n’ai pas écrit à la police de Montréal. Il fallait laisser ses coordonnées; ça ne m’aurait pas gênée, sauf que je devais partir à Saint-Louis quelques heures plus tard. Et si les autorités essayaient de me contacter, ne serait-ce que pour savoir quelle mouche m’avait piquée d’avoir fait un tel signalement? De plus, j’ai rapidement vu qu’Yves Boisvert battait déjà le tambour de rappel des autorités juridiques : j’ai donc jugé mon intervention inutile.
À Saint-Louis, j’ai appris que des centaines de personnes à Montréal avaient communiqué avec la police. D’un côté, j’ai été soulagée que cet incident ne soit pas banalisé. Par contre, pardonnez-moi d’être directe, c’était franchement stupide d’utiliser la ligne téléphonique 911 pour porter plainte. Faut-il vraiment expliquer que le 911 ne doit servir qu’aux urgences immédiates, lorsque la sécurité des gens est menacée de façon imminente? La police offre plusieurs moyens de communiquer avec elle, que ce soit par Internet (www.infocrimemontreal.ca) ou par téléphone, sans engorger le 911 d’appels inutiles.

Le renforcement d’un modèle

Malheureusement, ce mauvais choix de moyen a permis aux partisans de Bruins de ridiculiser ceux des Canadiens, eux qui n’attendaient probablement que cette occasion. Malheureusement pour les inconditionnels du Tricolore, mais malheureusement, surtout, pour ceux qui luttent contre la brutalité imbécile dans la LNH. Si les Bruins remportent la série, comme ce sera probablement le cas, les autres équipes en tireront une leçon : pour gagner, il faut jouer salaud. J’aurais aimé que les Bruins soient éliminés par les Canadiens, mais j’ose au moins espérer qu’ils ne passeront pas la deuxième ronde. Question de principe.

Une soirée au Scottrade Center

19 mars 2011 à 7:00 | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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Le 10 mars dernier, j’ai eu la chance d’assister au match entre les Canadiens de Montréal et les Blues de Saint-Louis, au Scottrade Center. Malheureusement, mes photos ne sont pas très bonnes, alors j’espère que mes mots pourront vous transmettre une partie de l’enchantement de cette soirée.

Ma première visite a eu lieu le matin même, lorsque je suis allée faire des emplettes à la boutique. J’ai jasé avec le caissier, qui m’a mentionné avoir entendu parler des nouveaux fans des Blues au Québec, ainsi que de la terrible mise en échec de Zdeno Chara sur Max Pacioretty, et de l’enquête policière qui pourrait avoir lieu.

Voici quelques tee-shirts de joueurs. J’ai évidemment acheté celui de Jaroslav Halák. Comme vous pouvez le constater, Chris Stewart a rapidement monté en grade dans le service de marketing des Blues.

J’ai dû résister à ce tee-shirt avec de ravissantes roses bleues, ainsi qu’au sac fourre-tout juste à côté.

Il y a des articles pour ceux qui veulent afficher leur allégeance, mais qui ne portent pas très bien le bleu.

Enfin, comme nous étions deux jours avant la parade de la Saint-Patrick, les partisans des Blues pouvaient également se mettre au vert. J’ai vu plusieurs fans porter ces articles le soir du match.

Maintenant, pour les collectionneurs maniaques, voici respectivement les chapeaux en forme de tête-de-Louie, le grille-pain des Blues et la section pour animaux avec vêtements, gamelles et laisses pour vos amis à quatre pattes.

Chapeaux en tête-de-Louie :

Grille-pain :

Articles pour animaux :

Au total, j’ai pris un tee-shirt de Jaroslav Halák du modèle bleu foncé, celui avec le Gateway Arch sur le devant; deux épinglettes, un porte-clés et un drapeau pour ma voiture. Ce dernier achat est une véritable excentricité, mais je voulais savoir combien de temps il tiendrait sur ma voiture avant d’être arraché.

Je suis donc retournée à l’aréna le soir même. Ma photo du Scottrade Center ne rend pas justice à l’élégance de l’édifice, alors voici une photo repiquée du Web.

Une foule se dirige vers l’aréna; d’ailleurs, deux agents font la circulation autour du Scottrade Center avant et après les matchs. La photo ci-dessous a été prise après le match, alors que les derniers spectateurs attendaient de pouvoir traverser la rue :

J’assiste à une partie du réchauffement. Il y a un nombre respectable de fans du Canadien, dont quelques-uns s’approchent de la bande pour prendre des photos de Jaroslav Halák lorsque celui-ci laisse sa place à Ty Conklin devant le filet. J’étais dans la dernière rangée de la section 116 (en vert sur la carte ci-dessous), à une hauteur parfaite pour voir l’ensemble du jeu sans être trop loin.

Le Scottrade Center est un aréna chaleureux. Le public y est principalement composé de partisans de longue date qui appuient leurs favoris avec ferveur. Rien à voir avec les foules clairsemées du sud des États-Unis, qui semblent compter davantage de curieux d’un soir que de véritables connaisseurs.

Depuis la fondation du club en 1967, les Blues se sont enracinés dans la ville et ont adopté plusieurs traditions. J’ai la chance d’assister à la plus belle d’entre elles : la performance de la chanson Oh When the Blues par Charles Glenn, le chanteur officiel des Blues.

Glenn est la version locale de Charles Prévost-Linton, c’est-à-dire qu’il s’occupe habituellement des hymnes nationaux. Ce soir-là, cependant, des militaires canadiens et américains chantent les hymnes en l’honneur de la collaboration entre les armées du Canada et des États-Unis en Afghanistan. Rassurez-vous, l’hymne canadien était bilingue. Je remarque que quelques partisans des Canadiens tiennent des pancartes souhaitant bon rétablissement à Max Pacioretty et fustigeant Gary Bettman.

La partie commence enfin. On s’attendait à un duel de gardiens, mais les deux équipes au complet semblent intenses. J’ai lu par après les reportages mentionnant que les Canadiens étaient encore amorphes suite à l’incident Pacioretty. De mon siège, ça ne me semblait pas le cas. De la façon dont les joueurs bagarraient pour la rondelle, on aurait dit qu’ils semblaient davantage préoccupés par l’honneur de leur gardien respectif que les gardiens eux-mêmes! Rendons à Price ce qui lui revient : il a fait plusieurs arrêts splendides en première période. Et comme un bon gardien fait sa chance, il s’est fait sauver deux ou trois fois par les poteaux! De son côté, le quatrième trio des Canadiens a réussi à enfiler la rondelle derrière Halák. Mais l’infatigable David Backes réussit à niveler la marque sur un but bizarre, alors que Price a semblé perdre le contrôle de la rondelle. 

Pendant la partie, je converse avec mes voisins, des natifs de Saint-Louis et partisans de longue date. Ils me posent quelques questions pour me mettre à l’épreuve; je les convaincs, grâce à ma connaissance des joueurs et de la position des Blues dans le classement, que je suis une authentique partisane. Mon voisin immédiat, Bill, me raconte avoir été déçu de l’échange de Lars Eller. Partisan depuis 1985, Bill a beaucoup de respect pour Halák, mais il ne comprend pas encore pourquoi les Blues se sont départis d’un attaquant prometteur pour prendre un autre gardien, surtout avec Ben Bishop et Jake Allen à Peoria. Je comprends ce qu’il ressent; après tout, lorsque Carey Price a été repêché en 2005, personne ne comprenait pourquoi les Canadiens avaient sélectionné un autre gardien alors qu’ils avaient besoin d’un gros centre. Halák aura encore besoin de temps pour gagner la confiance de l’ensemble du public de Saint-Louis.

Mes voisins me font remarquer une autre tradition locale : chaque fois que la cloche sonne pour souligner un autre but des Blues, un homme dans la section 314 fait tourner une serviette au-dessus de sa tête, puis au dernier son de cloche, la lance dans la foule. Cet homme, connu à Saint-Louis sous le surnom de Towel Man, accomplit religieusement son œuvre depuis 1990!

Au premier entracte, un hot-dog jumbo chèrement payé me sert de souper. Puis, dès le début de la deuxième période, les Blues s’affirment : Andy McDonald compte un but habile sur lequel Price ne pouvait rien. Paul Mara et Ryan Reaves tentent ensuite de mettre de l’action avec une bagarre qui tombe à plat. J’en profite pour envoyer le restant de mon Coke rejoindre le hot dog dans mon estomac. 

Pendant ce temps, la mascotte Louie fait des siennes. Il se frotte le derrière sur l’épaule et le côté de la figure d’un partisan des Canadiens. Plus tard, un message à l’écran géant invite la foule à danser, puis montre des spectateurs en action au son de la musique. Un partisan des Canadiens danse particulièrement bien et avec entrain; Louie lui jette du maïs soufflé dessus, puis lui vide sur la tête un contenant gigantesque de maïs soufflé, presque aussi gros que lui-même. Enfin, il lui recouvre la tête et les épaules avec le contenant, sous les rires de la foule. Quelques minutes plus tard, l’énorme peluche bleue vient dans ma section et s’amuse avec les enfants (mon siège se trouvait juste devant la section réservée aux familles). J’attends mon tour, puis je fais un gros câlin au nounours. Mmmmmmmmmm, c’est doux, j’ai envie de le ramener à l’hôtel! Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de me faire prendre en photo avec lui.

Photo : Dallin Merrill, photo mise en ligne le 28 mars 2009, http://dallin-erin.blogspot.com/2009_03_01_archive.html

 

L’atmosphère n’est pas si harmonieuse sur la glace. David Backes et Brian Gionta s’accrochent. Backes tombe sur les genoux, et Gionta, frustré, lui donne un coup au visage avec son bâton qu’il tient à deux mains. Je suis déçue de ce geste : je croyais que Gionta avait meilleur caractère. De plus, ce petit coup survient à peine deux jours après que Max Pacioretty s’est fait assommer. Heureusement, le geste est sans conséquence pour Backes, mais Gionta va réfléchir deux minutes au cachot. 

Au deuxième entracte, je reviens devant les comptoirs de bouffe. Les billets du Scottrade Center sont à bon prix, mais la bière, elle, est aussi chère qu’au Centre Bell. Une concession vend du Gooey Butter Cake, un dessert local qui fait la fierté de Saint-Louis. Comme je n’ai pas eu l’occasion d’en goûter, j’en commande un. Il s’agit en fait d’une version miniature du véritable « Gooey Butter Cake », un genre de crème pâtissière au goût prononcé de beurre, frite puis recouverte de sucre en poudre. Le mien était servi avec un petit plat de confiture. Heureusement qu’on me donne aussi des serviettes en papier pour essuyer les dégâts.

Trosième période. Une autre belle tradition du Scottrade Center est de diffuser une vidéo comparant Saint-Louis à la ville des visiteurs : célébrités, festivals, mets traditionnels… Tout ce que je me rappelle, c’est que le Mardi Gras de Saint-Louis a été opposé au festival Montréal en lumière, et la poutine au « Gooey Butter Cake ». Les deux sont aussi nocifs pour la santé, je vous le garantie. Je trouve sympathique que l’organisation des Blues donne un aperçu des autres villes de la Ligue nationale de hockey. 

Les joueurs commençaient à s’essouffler à la fin de la deuxième période. Il était donc normal qu’ils se montrent un peu brouillons en troisième, avec des gestes imprécis. Pendant ce temps, mes voisins et moi-même devenons nerveux : nous nous disons que les Blues se sont assis trop souvent sur une mince avance avant de la laisser filer entre leurs doigts. C’est alors qu’arrive la surprise du match : Matt D’Agostini, un ancien des Canadiens complètement oublié dans le duel Price-Halák, compte un but de toute beauté aux dépens du Tricolore.  Explosion de joie au Scottrade Center! Jacques Martin retire son gardien, mais ça ne fait que permettre à T.J Oshie d’ajouter un but à sa fiche en comptant dans un filet désert.

La partie est finie. Les joueurs donnent une accolade chaleureuse à Jaroslav Halák avant de saluer la foule et de retraiter au vestiaire. Halák, nommé première étoile du match, décrit un cercle sur la glace pendant que Louie fait des salamalecs devant lui. Il demeure ensuite au banc pour répondre aux questions d’un journaliste de la télévision. J’ai réussi à immortaliser ce moment à la manière d’Edgar Degas :

Plus tard, c’est avec le sourire broché d’une oreille à l’autre qu’il répondra aux questions de Renaud Lavoie, de RDS (merci à Mario pour la vidéo) :

Devant les comptoirs fermés, les partisans excités échangent leurs commentaires en sortant. Un groupe de partisans des Canadiens se fait huer en sortant d’une section. La foule s’écoule dans la rue sous la direction vigilante des agents de la circulation. Je prends en photo un groupe de partisans des Canadiens qui ont la mine basse; l’un d’eux me crie d’une voix amusée : « Paparazzi! Paparazzi! »

À l’hôtel, j’exulte. Les Blues ont gagné; Halák, sans avoir eu à se surpasser, a offert une solide performance. De son côté, Carey Price n’a pas a rougir de son travail; il a été le meilleur des siens dans la défaite. Et non, je n’ai pas dansé la danse de l’avantage numérique, même si j’en ai eu l’occasion. De toutes les traditions du Scottrade Center, c’est la seule que je n’aime pas.

Cependant, je suis sortie de l’aréna convaincue que les Blues ne devraient jamais déménager de Saint-Louis. Il s’agit de l’une des rares équipes  de la LNH qui ont réussi à s’imprégner de l’atmosphère de leur ville et à se bâtir une culture propre, comme les Flyers, les Penguins et les Original Six. Tout ce qui leur manque, c’est une coupe Stanley. Avec la jeune équipe qui commence à éclore, ils seront à surveiller les prochaines saisons.

Jaroslav Halák doit réapprendre à gagner

19 mars 2011 à 7:00 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Cet article a initialement été publié le 19 novembre 2010 sur le site du Grand Club. Lorsque j’ai voulu mettre mon blogue à jour avec la publication du récit de ma soirée au Scottrade Center, je me suis rendue compte qu’il y manquait ce texte. Désolée de cet oubli. Pour ceux qui s’inquièteraient au sujet du gardien des Blues de Saint-Louis, il a retrouvé son aplomb et vient d’enregistrer son cinquième blanchissage de la saison face aux Kings de Los Angeles.

Après un début de saison brillant, les Blues de Saint-Louis se retrouvent maintenant dans une position délicate. Depuis la désastreuse défaite de 8-1 contre les Blue Jackets de Columbus, l’équipe se fait défoncer, et leur gardien numéro un, Jaroslav Halák, a accordé 19 buts à ses quatre derniers départs. Le gardien slovaque a-t-il perdu sa capacité à rebondir après une défaite, une caractéristique maintes fois célébrée à Montréal? Quelques méchantes langues de Montréal ont déjà annoncé que la « balloune » se dégonflait, et que le feu de paille était sur le point de s’éteindre.

Replaçons les choses dans leur contexte. Lors de la défaite contre Columbus, au cours de laquelle les patineurs de Saint-Louis avaient carrément pris congé, leur meilleur pointeur, T.J. Oshie, s’est fracturé la cheville. Il en a pour trois mois avant de revenir. Les Blues étaient déjà et sont toujours privés d’un autre attaquant clé, David Perron. Ajoutez-y les défenseurs Roman Polak et Barret Jackman, et vous obtenez une situation similaire à celle qui prévaudrait à Montréal si les Canadiens devaient se passer à la fois de Michael Cammalleri, de Brian Gionta, de Roman Hamrlik et de Josh Gorges. D’autres blessés sont revenus au jeu, mais l’autobus n’arrête pas de circuler entre Saint-Louis et Peoria, son club-école. Pourtant, les blessures n’expliquent pas à elles seules l’avalanche de buts accordés non seulement par Halák, mais aussi par Ty Conklin, son adjoint. Pourtant, Conklin est l’une des gardiens auxiliaires les plus réputés et a récolté un blanchissage pas plus tard que le mois dernier.

« Halák va se replacer le prochain match, répètent les amateurs de hockey qui l’ont connu à Montréal. Il l’a toujours fait. » Néanmoins, ce mantra ne fonctionne pas comme un ressort automatique; voilà les Blues viennent de subir cinq défaites, chacune plus inquiétante que la précédente.

Il faut avoir regardé au moins quelques-uns de ces matchs pour obtenir des éléments de réponse à ce blocage. Dans l’Association de l’Ouest, où le jeu est beaucoup plus ouvert et agressif que dans l’Est, Saint-Louis est l’une des équipes au caractère le plus défensif. Or, non seulement la défense a perdu deux de ses plus précieux membres, mais son esprit de corps même semble s’être érodé. Les Blues sont une équipe au fonctionnement capricieux : ils peuvent sortir en force pendant deux périodes, puis se désorganiser complètement en quelques minutes.

Au milieu de ce chaos, Halák lui-même se montre parfois imprévisible. Au cours des derniers matchs, tour à tour, il faisait des arrêts absolument brillants, subissait des buts sur lesquels il ne pouvait absolument rien, puis laissait passer des sapins inattendus. Il s’accroche et ne lâche jamais, mais semble parfois débordé et même ébranlé. Mercredi soir, en voulant balayer la rondelle, il l’a accidentellement envoyée dans son propre but. Cet incident aurait été cocasse si les Bleus avaient remporté la partie. D’ailleurs, les Blues, jusque là un peu endormis, ont été réveillés par ce but et ont joué comme des lions pendant plus de deux périodes, avant de se décomposer de façon spectaculaire.

L’an dernier, à Montréal, Halák a rarement subi deux défaites de suite. Et pour cause : dès qu’il en subissait une, on le clouait au banc! Et soudain, le voilà qui fait face à une séquence de défaites qui commence à s’allonger. Peut-il s’en sortir?

Un nouveau casse-tête

Faisons un retour dans le passé, plus précisément à Montréal, en janvier 2009. Carey Price est blessé à la cheville et Jaroslav Halák le remplace, secondé par Marc Denis. Le jeune gardien accorde des retours à la pelle, laisse passer de mauvais buts et entretient un pourcentage d’arrêt sous la barre des 90 %. Les fans expriment leur mécontentement, les commentateurs de 110 % se demandent quoi faire avec lui, et Guy Carbonneau, son entraîneur, dit publiquement : « S’il est honnête avec lui-même, il sait qu’il ne joue pas bien. Il doit se montrer plus fort mentalement. »

Quelques semaines plus tard, Halák remporte plusieurs victoires, puis se dresse devant les Canucks de Vancouver et arrache un blanchissage. La foule l’ovationne, il est louangé à 100 %, et Guy Carbonneau exprime sa satisfaction : « Il a apporté de la stabilité devant le filet » . C’est a partir de ce match que la réputation d’Halák à Montréal a pris son envol.

Je regardais Halák pendant la partie contre les Red Wings : il ressemblait à un élève perplexe devant sa copie d’examen, aux prises avec un problème de mathématiques particulièrement difficile. Depuis quelques mois, le gardien faisait penser à ces « geeks » qui résolvent des cubes Rubik machinalement, l’un après l’autre, tant ils en ont pris l’habitude. Halák gagnait la majorité de ses parties comme s’il résolvait la plus grande partie d’une caisse de cubes Rubik, les quelques cubes restants représentant ses défaites. Maintenant, on vient de lui enlever ses cubes Rubik pour les remplacer par un cahier complet de Sudoku. Voilà le nouveau casse-tête : comment fait-on pour remporter des parties avec une attaque qui ne compte presque pas, une défense poreuse et une équipe à la confiance fragilisée? Halák ne se plaint pas, Halák travaille à résoudre le problème. Mais cette fois, le problème est plus coriace, et la pensée magique « il va rebondir » ne suffit plus.

Une partie de la solution se trouve chez ses coéquipiers. Mercredi, malgré l’absence de joueurs importants et un jeu décousu, ils ont livré une belle bataille jusqu’au quatrième but des Red Wings de Détroit, qui est venu briser l’égalité. La défense s’est alors littéralement désintégrée, et les Wings sont venus importuner le gardien des Blues d’une manière qui rappelait les Capitals de Washington du printemps dernier. Au moins, on sait que les Blues peuvent montrer du caractère, mais ils doivent apprendre à jouer pendant 60 minutes, pour reprendre l’expression consacrée. De plus, l’interaction entre Halák et ses coéquipiers semblent un peu différente de celle qu’on voyait à Montréal. L’an dernier, Halák insufflait du courage à ses coéquipiers, alors que ces mêmes joueurs se montraient mous comme de la guenille devant Carey Price : une vraie équipe de Jekyll et Hyde. À Saint-Louis, toute la formation, attaquants, défenseurs et gardiens, vit et meurt d’un seul corps. Si un seul volet fait défaut, toute l’équipe échappe le match.

La saison dernière, Jaroslav Halák et Carey Price avaient des statistiques presque semblables, sauf une : le nombre de victoires. Les observateurs mentionnaient qu’Halák, à la différence de Price, trouvait le moyen de gagner. Il y a quelques jours à peine, Marc Denis, maintenant chroniqueur à RDS, affirmait que cette saison, Price apprenait à gagner. Maintenant qu’Halák se retrouve dans des circonstances différentes de celles qu’il a connues à Montréal, il doit prendre ces nouvelles données, résoudre le problème et réapprendre à gagner.

Peut-il le faire? Bien sûr que si. Il s’est déjà sorti de ce genre d’impasse.

Pendant ce temps, à Montréal…

Des admirateurs de Price se plaignent qu’Halák a toujours bénéficié de plus d’indulgence que son coéquipier après une contre-performance. La fatigue, les blessures des coéquipiers, le traitement salaud des adversaires… « Si c’était Price, vous lui seriez tombés sur la gueule », protestent-ils. L’an passé, cette différence de traitement était tout à fait normale. La mauvaise attitude de Price, attestée encore récemment par Marc Denis, nuisait à la confiance de ses coéquipiers et à ses propres performances; de son côté, même dans la défaite, Halák donnait toujours ce qu’il avait à donner.

Honnêtement, lorsqu’il vous arrive de devoir réparer la gaffe d’un collègue de travail, vous seriez indulgent s’il s’agit d’un travailleur habituellement efficace et aimable; par contre, s’il s’agit d’un employé geignard et peu porté sur l’effort, seriez-vous aussi clément? On récolte ce qu’on sème. Lorsque des fans de Price exigeaient qu’on fasse preuve de patience à son endroit, j’avais envie de répondre que je n’avais pas de patience pour les morveux. Qu’il ait 21, 25 ou 30 ans ne fait aucune différence. Le respect, ça se mérite.

Cette année, la situation se présente différemment pour Price. À cause de ses récents succès, bien entendu, mais surtout grâce à son changement d’attitude. Difficile de reconnaître le gardien qui, il y a six mois à peine, envoyait une rondelle au derrière d’un joueur des Capitals et écopait non pas d’une, mais de deux punitions pour conduite antisportive. Après quelques dizaines de taloches sur la gueule, Price a fini par comprendre ce que ses coéquipiers et les fans attendaient de lui et s’est comporté en conséquence. Ce n’est pas trop tôt, diront les cyniques. Peu importe : lorsqu’il connaîtra une séquence difficile, comme il arrive à tous les gardiens, les amateurs pourront enfin faire preuve de patience à son égard.

Parce que cette fois, il l’aura mérité.

Chut! Ne parlez pas d’Halák!

28 octobre 2010 à 7:17   | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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Après plusieurs semaines d’absence à cause de problèmes informatiques et de contretemps personnels, je vous reviens, pour le bonheur de certains et la colère de d’autres, car je replonge immédiatement dans l’éternel débat des gardiens. Eh bien, quoi? J’ai manqué les déclarations de Pierre Curzi, la Marche bleue et la saga de l’amphithéâtre de Québec, les huées contre Carey Price, la nomination de Brian Gionta… tant de sujets de polémique dont je n’ai pas pu profiter, il faut bien un grand coup pour compenser, non?

La vie en bleu

Alors que, comme d’autres amateurs de hockey à Montréal, j’apprends à connaître les sympathiques Blues de Saint-Louis; je découvre aussi l’effort qu’il faut livrer pour s’informer sur une autre équipe. Évidemment, le Tricolore monopolise l’espace médiatique. Comme fan des Canadiens, j’étais gavée d’information et surtout de verbiage médiatique à calories vides; j’étais comme un bébé nourri au biberon et au Pablum. Maintenant, comme fan des Blues, je dois chasser pour ma nourriture. Je sympathise avec les fans des Bruins, des Sénateurs et des autres équipes, qui peinent à se regrouper sur les forums sociaux sportifs en français. En sport comme en politique, pour que les partisans se trouvent, il faut qu’ils se manifestent. Commençons donc par cette magnifique photo, plaquée à la face de mes lecteurs comme une tarte à la crème que vous êtes libre de goûter ou de cracher :

Jaroslav Halák dans son uniforme des Blues de Saint-Louis, le soir de son blanchissage contre les Penguins

 

Si vous goûtez, vous êtes : a) un fan d’Halák ou des Blues; c) un fan de Price ou des Canadiens qui n’est pas perturbé à la lecture du mot « Halák » ou « Blues »; d) quelqu’un qui s’en fout.
Si vous crachez, vous êtes : a) un fan de Price ou des Canadiens qui devient gravement perturbé à la lecture du mot « Halák » ou « Blues »; b) toutes ces réponses.

Une bouffée d’air frais

Parlons d’abord de ceux qui goûtent.

Vous êtes fans de Price, vous haussez les épaules lorsque Jack Todd ou Martin Leclerc pond une autre chronique pour le démolir et vous badinez avec humour avec les fans d’Halák sur Internet? Alors je serai gentille avec vous. Tant mieux si Price joue bien et s’il est en train de gagner peu à peu l’estime des fans. Il est solide, il se comporte correctement et il a même récolté son premier blanchissage de la saison. D’ailleurs, il semble que l’équipe devant lui se soit enfin ressaisie et ne se fie plus principalement aux prouesses de leurs gardiens pour gagner.

Il faut admettre que Montréal profite de ce changement de dynamique. L’univers du hockey montréalais ne tournera peut-être plus autour des gardiens. Dans le cas de Price, ça lui donne de l’air pour respirer; il n’a qu’à être un joueur parmi les autres joueurs, et non Jésus le Sauveur, le Joueur de concession, l’Avenir des Canadiens, le Joyau de l’organisation et d’autres niaiseries de ce genre. Il n’a qu’à jouer. Dans le cas d’Auld… euh… on en reparlera après l’avoir vu jouer.

Vous êtes fans d’Halák et vous ragez encore de son départ? Profitez-en pour découvrir une nouvelle équipe. Celle des Blues, bien sûr, dans laquelle leur nouveau gardien n’a pas tardé à faire son intégration. Premier blanchissage samedi (face aux Penguins et à Sidney Crosby, en plus), deuxième étoile de la semaine dans la LNH : ceux qui croyaient qu’Halák allait se faire laminer par les robustes équipes de l’Ouest doivent commencer à se raviser. Au lieu d’acheter des bébelles du Tricolore ou de vous ruiner au Centre Bell, vous pouvez vous abonner à NHL Center Ice (20 $ par mois sur Internet), élargir vos horizons et suivre régulièrement Alex Ovechkin, Crosby, les Blues et le Lightning. Ça vaut mieux que de lancer des fléchettes sur le portrait de Pierre Gauthier.

Vous verrez qu’il y a du plaisir à parler des Blues et de Halák sans faire référence ni à Price, ni au Canadien. Ou à parler de Price et du Canadien sans faire référence à Halák, ni aux Blues. Paix aux partisans de bonne volonté.

Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom

Parlons maintenant de ceux qui crachent.

Pendant ces semaines où j’ai dû me contenter de suivre les discussions et de laisser quelques brefs commentaires, un phénomène nouveau s’est développé sur le site du Grand Club, le plus important forum social sportif au Québec : la censure anti-Halák. Aussitôt que le nom de Jaroslav Halák est mentionné, conjointement ou non avec celui de Carey Price, des inquisiteurs sortent aussitôt leur cassette d’intimidation aussi bien envers les fans que les chroniqueurs :
« Le débat est terminé, merci, bonsoir!
- Arrêtez de ramenez Halák, on est écœurés!
- Y’é parti, revenez-en!
- Gang de traîtres! Bon débarras! »
Etc., etc.
Il est fascinant de constater comment seuls les archi-fanatiques de Carey Price (lesquels, dois-je le rappeler, ne représentent qu’une partie de ses admirateurs) ont l’épiderme sensible juste à entendre parler de Vous-Savez-Qui. À les entendre, il faudrait bannir son nom de toute conversation, imposer le bâillon comme le fait si bien Jean Charest. Ces mêmes puritains, pourtant, n’ont pas hésité à claironner sa première (mauvaise) partie de pré-saison, alors qu’il a laissé passé 3 buts sur 18 lancers; ils seront prêts à le refaire à la moindre contre-performance.

Il est fascinant aussi de constater comment, à la moindre critique contre Price, ses avocats auto-proclamés hurlent qu’on s’acharne sur lui, pur agneau, victime sans défense des méchants cannibales de Montréal, martyr bien généreux de demeurer ici à souffrir au lieu d’exiger un échange loin de cet odieux bagne. Suit alors la litanie de sempiternels clichés non prouvés qui tiennent lieu d’arguments : les fans et les journalistes sont des sauvages, des bipolaires et des pseudo-connaisseurs, de toute façon aucun joueur ne veut venir à Montréal, les Québécois encore moins que quiconque… L’étiquette « Price-hater » est lancée aussi facilement que l’accusation de communisme dans l’Amérique des années cinquante. O’Byrne, Gill, Spacek et Gomez ont reçu l’un après l’autre leur concert de huées ou leur caisse de tomates pourries, mais ils n’ont jamais été défendus avec autant de zèle.

Toutefois, lorsque Price joue bien et que les nouvelles parlent moins d’Halák pendant quelques jours, ces mêmes prêcheurs sont-ils satisfaits? Bien sûr que non. Ils répètent, d’un ton triomphant : « Où sont les détracteurs de Price? » comme s’ils espéraient voir apparaître des sorcières pour le plaisir de les envoyer au bûcher.

On s’aperçoit que ces exaltés, au fond, sont plus obsédés encore par Halák que par Price lui-même, terrorisés que leur préféré ne puisse pas soutenir la comparaison à long terme.

L’art de secouer le chiffon rouge

Vous vous reconnaissez dans ce portrait? Alors je m’amuserai avec vous. Je préfère suivre Halák parce qu’il est bien plus inspirant que tous les Canadiens réunis. Carey Price est un bon gardien, mais il n’arrive pas à la cheville du Slovaque. Price doit rembourser aux partisans du Canadien les deux saisons d’immaturité et de passe-droits dont il a profité par deux saisons de bon travail (il semble avoir bien entamé la première). Halák a aidé le Canadien à se rendre en troisième ronde des séries éliminatoires pour la première fois depuis 1993, donc Price doit faire de même. Le jour où il aura rempli ces deux conditions, je le considèrerai comme l’égal d’Halák; pas après quelques bons matchs seulement. Comme Price est un débiteur à peu près insolvable, j’ai choisi d’observer les Blues plutôt que de ruminer la folie de Pierre Gauthier.

Par ailleurs, mes chers émules de Torquemada, je constate que Price a repris quelques trucs de son ancien collègue. Celui, par exemple, de faire preuve de modestie et d’attribuer le mérite de la victoire à ses coéquipiers. De remercier les fans de leur appui après avoir été applaudi lors d’un match. Les leçons d’Halák auront au moins profité à quelqu’un. Price serait-il devenu ce qu’il est sans la compétition de Jaroslav Halák plutôt que les tendres soins d’Alex Auld? Probablement pas. Bob Gainey lui changerait possiblement encore ses couches. Soyons justes : Halák lui-même ne serait peut-être pas devenu ce qu’il est aujourd’hui s’il n’avait pas eu à surmonter Price comme obstacle.

Vous en voulez plus? Pas de problème. Ajoutons que les amateurs, les journalistes et les joueurs eux-mêmes ont rendu un meilleur service à Price en l’étrillant que Bob Gainey en le chouchoutant, même si certains ont exagéré avec leurs huées. Rappelons qu’Halák a récolté cinq blanchissages l’an passé; Price, aucun. Samedi dernier, Halák a eu son premier blanchissage de la saison, environ soixante minutes avant Price (il y a une heure de décalage entre Saint-Louis et Montréal). Halák a vécu longtemps dans l’ombre de Price, Price doit maintenant vivre avec le fantôme d’Halák.

Continuez votre croisade anti-Halák, et je continuerai à vous parler d’Halák et de Price, rien que pour rire en lisant vos commentaires parsemés de mots en majuscules. J’adore ce petit jeu.

Je me souviens

Price est maintenant le gardien numéro un du Canadien? D’accord. Il est capable de « faire la job »? Tout à fait. Une grande partie des fans du Canadien ont choisi d’aller de l’avant et de faire confiance à Price? Je respecte leur choix. Mais que Price fasse oublier Halák? Jamais de la vie. Même pour des inconditionnels du Canadien, il devrait y avoir une différence entre faire confiance aux joueurs qui restent et oublier avec ingratitude ceux qui s’en vont. Je connais de loyaux fans du Canadien qui, tout en continuant de suivre le Tricolore, prennent encore leur dose de Pepto-Bismol pour digérer le départ d’Alex Kovalev. D’autres ont hâte à la visite des Ducks et de Saku Koivu au Centre Bell. Nombreux sont ceux qui suivent encore les tribulations de Francis Bouillon et de Steve Bégin. Ces fans-là n’oublient pas.

Alors, oublier Jaroslav Halák? Faites une croix là-dessus. Même les fans sensés qui ont consciemment choisis de donner une autre chance à Carey Price n’oublieront pas Halák. Il fera partie de leurs plus beaux souvenirs.

Affaire Shane Doan : toujours braillards, les Québécois?

28 août 2010 à 3:30   | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Shane Doan, capitaine des Coyotes de Phœnix (photo reprise du Phœnix New Times), et Denis Coderre (photo Robert Mailloux, La Presse)

L’affaire Shane Doan a longtemps servi de munition aux détracteurs des Québécois et des francophones qui les traitent de « braillards », toujours à se poser en victimes. Avec le rebondissement qu’a connu l’affaire hier, cette munition est devenue un pétard qui leur a éclaté en pleine figure. 

Pour ceux qui ne se souviennent pas des détails, l’incident à la source de la controverse remonte au 13 décembre 2005, lors d’un match opposant les Coyotes de Phœnix aux Canadiens de Montréal, au Centre Bell. Fait exceptionnel, les quatre officiels sont tous francophones. Deux joueurs des Coyotes leur lancent des insultes à caractère linguistique. La première fois, l’équipe reçoit un avertissement; la deuxième fois, Shane Doan, capitaine de l’équipe et auteur présumé de l’insulte, reçoit une pénalité d’inconduite de match. Doan nie que de tels propos aient été tenus par qui que ce soit et conteste sa punition, malgré le rapport du juge de ligne Michel Cormier. Quelques jours après le match, Doan est nommé dans l’équipe canadienne masculine de hockey aux Jeux Olympiques d’hiver, à Turin. Denis Coderre, député au parlement fédéral, proteste. Il fera de même en 2007, lorsque Doan est nommé capitaine de l’équipe nationale canadienne en prévision du Championnat mondial de hockey. Aussitôt, la majeure partie des médias canadiens-anglais, notamment le National Post et l’inimitable Don Cherry, de même que la LNH et Colin Campbell, son directeur de la discipline, se rangent derrière Doan et ridiculisent Coderre, les Québécois et les francophones. Campbell dit même à Coderre de se mêler de ses affaires et de s’occuper de sa réélection. Pourtant, Denis Coderre était, à l’époque, ministre responsable de la Francophonie et avait auparavant occupé le poste de secrétaire d’État au Sport amateur (ce portefeuille incluant également le sport olympique). Doan et Coderre se sont mutuellement lancé des poursuites en diffamation, dont le procès devait commencer dans deux semaines. 

Aujourd’hui, les deux parties ont annoncé un règlement à l’amiable mettant fin aux poursuites. Malgré le rapport de Cormier, Doan nie toujours avoir proféré l’insulte et affirme être victime d’une erreur sur la personne. Néanmoins, et c’est ce qui nous intéresse, il reconnaît noir sur blanc qu’un joueur des Coyotes a prononcé des insultes francophobes à l’endroit des arbitres, que cette conduite est indéfendable, et que Denis Coderre avait tout à fait justifié d’intervenir. Et vlan dans les dents de Don Cherry. Malgré tout, il s’en trouve encore, au Québec même, pour affirmer que de telles insultes sont monnaie courante et qu’il n’y a que des pleurnichards susceptibles pour s’en offusquer. 

Faisons ici une pause. Lorsque Mathieu Schneider s’est fait insulter relativement à sa confession juive, la LNH n’a pas hésité à sévir. Aussi loin que dans les années 1990, Chris Simon et Craig Berube ont reçu une suspension de trois et de un match respectivement pour avoir tous les deux lancé des insultes racistes à un joueur noir. Le directeur général des Capitals de Washington, George McPhee, avait même envisagé faire suivre à ses joueurs une formation sur la sensibilité raciale. La LNH reconnaît donc que les insultes racistes et antisémites n’ont pas leur place sur la glace. Tant mieux, car sinon, on se demanderait bien où est passée la notion d’esprit sportif. De nos jours, j’espère que le rappel de ces faits vont apprendre à certaines gens, francophones comme anglophones, qu’il n’est pas plus acceptable de s’en prendre aux origines autochtones de Carey Price, peu importe ce qu’on peut lui reprocher d’autre. 

Pourtant, quand c’est un francophone, de nombreux francophones, dans un élan collectif d’un masochisme sidérant, se joignent aux efforts du National Post et de Don Cherry pour dénigrer les Québécois et les traiter de braillards. Déprimant. 

Soyons justes : le manichéisme est une médaille à deux faces, et d’autres internautes francophones ont profité de l’affaire Doan pour fourrer dans le même sac tous les anglophones, le Canada anglais et la LNH au grand complet, tous supposément des francophobes indécrottables ligués contre la Belle Province. Par ailleurs, ce n’est que depuis quelques années que des voix s’élèvent au Québec même contre les blagues sur les anglophones, alors qu’il devenu inacceptable de ridiculiser (publiquement, du moins) la race, le sexe, l’orientation sexuelle ou la religion des gens. 

Par contre, lorsque certains commentateurs minimisent les injures à l’endroit des francophones sous prétexte que les anglophones sont aussi ciblés par des injures, on devrait leur expliquer que l’addition de deux négatifs ne fait pas un positif, malgré ce qu’en dit Homer Simpson. En fait, l’erreur commune est de faire de cette affaire un conflit « Anglos c. Francos ». Ce qui devrait ressortir, c’est que les insultes sur la langue, comme sur la race, la religion et tout le reste, ne devraient pas être tolérées. Pas plus sur la glace qu’ailleurs. Mais pour ça, il faudrait que les francophones cessent de se tirer dans les pieds. 

Pensez-y un peu : si un joueur de la LNH, ayant eu le courage de se déclarer homosexuel, se faisait traiter de tapette, de fif ou pire encore sur la glace, que lui diriez-vous? « Ça fait partie du jeu, mon grand, les joueurs essaient de se déstabiliser entre eux. Alors arrête de te plaindre et ferme-la! » Vous lui diriez vraiment ça? 

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Rendons justice à deux personnes : Denis Coderre et Réjean Tremblay. Dans les univers respectifs de la politique et du sport, ces deux intervenants ne sont pas les plus sympathiques. Coderre est un politicien roublard, fort en gueule et prêt à utiliser tous les moyens pour mousser sa carrière, dont Twitter, sur lequel il est aussi bavard qu’Allan Walsh. Réjean Tremblay, chroniqueur à La Presse et Don Quichotte infatigable du fait français dans le monde du hockey, argumente avec un manichéisme et une aigreur qui nuisent à la cause qu’il veut défendre. On se rappelle notamment qu’il s’est royalement planté dans le cas de Matthew Bissonnette, ce jeune hockeyeur du Nouveau-Brunswick qui avait refusé son transfert aux Saguenéens, le club de hockey junior de Chicoutimi, en affirmant à l’entraîneur de l’équipe qu’il ne voulait pas poursuivre ses études dans un milieu exclusivement francophone. On a appris plus tard qu’en réalité, le jeune homme de 17 ans (qui a donné à RDS une entrevue dans un très bon français) avait peur de cet entraîneur réputé bouillant. Il s’était donc servi de la langue comme prétexte, ignorant que ledit entraîneur allait répéter ses propos aux médias… et déclencher une controverse rouvrant les plaies laissées par Eric Lindros.

Néanmoins, en ce qui concerne les insultes lancées aux officiels francophones par les Coyotes, Coderre et Tremblay ont fait preuve d’une ténacité admirable, alors que bien d’autres auraient lancé la serviette depuis longtemps. Michel Cormier, le juge de ligne désavoué par ses propres patrons, remporte également une belle victoire. Certains pourraient être tentés de s’en prendre de nouveau à Doan, mais ce n’est plus la question. Ce dossier n’améliorera pas la réputation du préfet de discipline, Colin Campbell, qui a balayé sous le tapis le rapport écrit et signé par l’un des propres officiels de la LNH. Ce même Campbell a été critiqué pour son laxisme envers des vedettes comme Mike Richards et Chris Pronger, qui n’ont reçu aucune sanction après avoir gravement blessé des joueurs. L’entente Doan-Coderre ne fera que renforcer l’impression que la LNH applique une discipline farfelue, soumise davantage aux influences du moment qu’à la logique de son propre règlement. 

Les affaires Doan et Bissonnette témoignent aussi d’une radicalisation des luttes linguistiques. Dans l’affaire Bissonnette, de nombreux francophones ont sauté à la gorge des anglophones comme au temps d’Eric Lindros; dans l’affaire Doan, de nombreux anglophones, se sont livrés à un autre de ces épisodes de « Quebec bashing » qui compliquent la tâche des fédéralistes québécois. 

Espérons qu’au moins, à partir de maintenant, la LNH sévira contre les insultes à caractère linguistique aussi sévèrement qu’elle l’a fait contre les insultes racistes et antisémites. Sinon, elle continuera à se couvrir de ridicule. 

Je reporte mon dernier billet sur mon boycott personnel des produits Molson Coors, lequel, comme je l’expliquerai, comporte des raisons qui dépassent le simple hockey. J’avais promis de répondre aux dernières objections qui m’ont été posées à ce sujet. Ça devra attendre pour deux raisons : d’abord parce que je voulais commenter aujourd’hui l’entente annoncée entre Shane Doan et Denis Coderre, et ensuite parce que certains se disent fatigués de la rafale de billets sur un même sujet. 

ERRATUM : Lorsque l’article a été publié, il indiquait d’abord que Shane Doan avait été nommé capitaine de l’équipe canadienne sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Turin, en 2006. En fait, il a été nommé capitaine de l’équipe représentant le Canada au Championnat du monde de hockey de 2007. Mes excuses, et merci à l’un de mes lecteurs pour la correction.

Boycott des produits Molson : le débat se poursuit!

25 août 2010 à 10:13 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Ça chauffe! Le débat engendré par mes deux précédents billets prend de l’ampleur. Merci à ceux et celles qui font des commentaires positifs ou qui apportent des objections intéressantes. Évidemment, j’ai eu aussi droit à certains commentaires aigres-doux, enfin, plus aigres que doux, mais ça fait partie du jeu. Jusqu’à maintenant, aucun commentaire n’a été agressif ou vulgaire au point de devoir être effacé. Je découvre sur le tas les joies de la controverse, et savez-vous quoi? J’aime ça. Plus on me critique, plus je m’intéresse à ce boycott. Par ailleurs, que ceux qui apportent des objections rationnelles ne cessent surtout pas de le faire : vous m’obligez à faire des recherches supplémentaires et à raffiner ma réflexion.

Je ne reviendrai pas sur certaines critiques auxquelles j’ai déjà répondu dans mes deux premiers billets sur le sujet. Certains devraient apprendre à bien lire un texte avant de formuler des critiques dont la réponse se trouve déjà dans ledit texte.

Je poursuis donc le débat en répondant à vos questions et à vos objections.

Pourquoi prendre Molson pour cible, au lieu du Centre Bell et des Canadiens?
En fait, je n’ai même pas mentionné le boycott du Centre Bell et des Canadiens, tellement il me semblait évident que c’était inclus dans le boycott des produits Molson. Si vous boycottez les produits Molson à cause des Canadiens, ce serait plutôt étrange de vous voir acheter des produits dérivés des Canadiens ou mettre les pieds au Centre Bell.
Par contre, il n’y a qu’une petite partie du public du Tricolore qui assiste aux matchs. La majorité exprime son appui en écoutant les matchs, en achetant les produits dérivés et en achetant les produits des commanditaires. Par conséquent, comme la brasserie Molson est, depuis des dizaines d’années, le principal commanditaire des Canadiens, il représente un des moyens les plus faciles faire pression sur la direction du Tricolore. D’ailleurs, je ne réinvente pas la roue : pour manifester son mécontentement contre des institutions, des artistes et des entreprises, un moyen archi-connu est de boycotter de leurs commanditaires, de leurs fournisseurs et de leurs clients.

Pourquoi cibler la famille Molson? Franchement, je préfère les Molson comme propriétaires plutôt que Pierre-Karl Péladeau.
Ne détournons pas le débat, qui ne porte pas sur la qualité de Pierre-Karl Péladeau comme propriétaire possible d’une équipe de la LNH. D’ailleurs, le but du boycott n’est pas de déloger les propriétaires actuels du Tricolore, mais plutôt d’exercer des moyens de pression pour que la direction cesse les agissements répétés qui exaspèrent de nombreux amateurs (voir le billet précédent).
Ensuite, il a été objecté que la famille Molson n’est maintenant propriétaire que de parts minoritaires de la brasserie. Je ne sais pas si c’est vrai, mais ça importe peu, car c’est la brasserie est ciblée en tant que commanditaire, plutôt que la famille en tant que propriétaire. En fait, la brasserie n’a pas participé à l’achat. Les acheteurs sont les trois frères Molson (Geoff, Andrew et Justin), commandités par plusieurs partenaires, dont Bell Canada, Woodbridge et le Fonds de solidarité FTQ. Un boycott des produits Molson aurait été tout aussi logique du temps de George Gillett. Évidemment, les liens entre la famille propriétaire et la brasserie commanditaire renforce l’effet d’un boycott (à l’opposé, l’achat des Canadiens par la famille a fait grimper la valeur de la brasserie en Bourse, même si la brasserie n’a pas participé à l’achat). Enfin, pour ceux qui ne l’auraient pas compris, Geoff Molson n’est pas ciblé en tant que personne, mais le boycott est un moyen de pression sur lui à titre de propriétaire et sur les autres dirigeants afin de les pousser à l’action.

Un boycott, qu’ossa donne?
J’ai déjà expliqué dans mon précédent billet comment les amateurs de hockey du Canada, en boycottant les produits de Molson, avaient forcé la brasserie à accepter la venue de quatre nouvelles équipes dans la LNH (dont les Nordiques de Québec). Les grands brasseurs sont peut-être solides, mais pas aussi invulnérables qu’on pourrait le croire à la croissance des microbrasseries. Il y a quelques années, le Bureau de la concurrence du Canada reconnaissait que Molson et Labatt avaient recours à des pratiques déloyales de concurrence contre les microbrasseries, signe que les deux géants se méfient de leurs petits concurrents. Cependant, le Bureau avait fermé le dossier, car il jugeait que ces pratiques n’avaient pas eu l’effet escompté sur les parts de marché. En juin dernier, on apprenait que les microbrasseries avaient augmenté leur part de marché à près de 7 % au Québec. L’industrie brassicole québécoise est l’une des plus dynamiques du continent. Enfin, Molson Coors et Labatt doivent faire faire à la concurrence du vin qui gruge ses parts de marché.

De toute façon, boycott ou pas, j’ai déjà expliqué que j’étais incapable d’avaler une gorgée des produits distribués par Molson parce que ça me donne l’impression d’encourager la direction du Canadien à se moquer des amateurs.

Et toi, combien de bières de Molson buvais-tu avant de les boycotter?
Question intéressante, car il est effectivement trop facile de « boycotter » des produits qu’on a jamais acheté auparavant. Pour ma part, je suis une buveuse occasionnelle, mais je n’ai pas compté mes consommations mensuelles. Ma bière préférée était la Corona (distribuée par Molson) et j’appréciais beaucoup les bières Rickard’s (également distribuées par Molson). Je consomme également plusieurs bières québécoises locales, surtout la Boréale, des Brasseurs du Nord. J’ai abandonné les Rickard’s. J’avais remplacé la Corona par de la Bud Light Lime, mais comme elle est brassée au Royaume-Uni comme la Miller Chill est distribuée par Molson, je vais m’informer sur la Chihuahua mexicaine, des Brasseurs de Montréal. Les amateurs de bière à la lime dans la région de Québec peuvent essayer la Pale Ale lime et framboise, de La Barberie.

Une remarque en passant au petit comique qui m’a relacée plusieurs fois pour que je réponde à cette question : je ne sais pas si vous êtes à la retraite, en vacances ou au chômage, mais moi, je ne vais pas vérifier les commentaires toutes les heures pour la bonne raison que je travaille. Oui, Monsieur, j’ai un emploi. Alors faites ce que vous voulez de votre temps, mais ne vous étonnez pas si je ne vous réponds pas dans la minute, parce que je n’y suis pas obligée. Pour répondre à une de vos objections, nous avons festoyé au printemps quand le principal responsable des victoires, qui inspirait ses coéquipiers et les partisans, était encore avec l’équipe. C’est un peu logique que nous n’ayons plus le goût à la fête maintenant qu’il a été échangé.

Molson fait vivre des travailleurs québécois.
Ça aussi, j’y ai répondu auparavant. Il n’y aucune différence entre un travailleur québécois à l’emploi de Molson et un travailleur québécois à l’emploi d’une microbrasserie. Alors si le consommateur, dans son droit de consommateur, remplace les produits Molson par des produits de microbrasseries québécoises, sa consommation favorise simplement certains travailleurs québécois plutôt que d’autres. Ensuite, pour répondre à une autre commentateur, des microbrasseries ont commencé à faire leurs propres activités sociales; La Barberie, par exemple, a recueilli plus de 30 000 $ pour Leucan.
Je devine que certains commentateurs sont probablement à l’emploi de la brasserie Molson. Les travailleurs de microbrasseries ont autant de valeur que ceux des brasseries Molson et Labatt et méritent autant d’être encouragés. De plus, les emplois des microbrasseries ne risquent pas d’être délocalisés demain matin dans un autre pays lorsque les actionnaires décideront que la main-d’œuvre coûte trop cher. Alors vive les microbrasseries. Et si jamais le chiffre de vente de Molson baisse, vous serez en mesure de fournir une explication à vos patrons. Merci beaucoup.

Pourquoi ne pas boycotter les ailes de poulet de la Cage, tant qu’à faire?
Excellente idée! Merci de la suggestion! De toute façon, je trouve leurs ailes sont très ordinaires, alors dans mon cas, ce ne sera pas un gros sacrifice. De plus, la dernière fois que j’y ai été, la serveuse a perdu mon coupon de huit ailes, et la gérante m’a facturé les ailes et a eu le culot de me demander le pourboire en plus. Alors je rajoute la Cage aux Sports à ma liste d’exclusion, puisque les autres choix de restaurant ne manquent pas. Merci encore de cette recommandation!

Malheureusement, je devrai poursuivre ce débat dans un autre épisode. Dans mon prochain billet, je répondrai à d’autres objections soulevées. Pour éviter l’éparpillement, je retiendrai les commentaires avant de les afficher et d’y répondre. Ne vous inquiétez pas : les seuls commentaires exclus seront les commentaires vulgaires, agressifs ou redondants.

Remplacez votre Molson par une autre bière québécoise

24 août 2010 à 7:10 | Publié dans Non classé | 3 Commentaires
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Microbrasseries du Québec, par Jean-François Joannette et Guy Lévesque. Saint-Constant, Éditions Broquet, 2009, 280 p.

Hé bien! Dans mon dernier billet, je commentais l’idée de boycotter Molson d’un point de vue extérieur, tout en mentionnant ma propre contribution. D’après les commentaires reçus, on croirait presque que je suis à la tête du mouvement! Au début, j’ai été un peu piquée, puis je me suis amusée de voir que mon billet dérangeait à ce point. Mes détracteurs m’ont fait comprendre qu’il y avait là une belle occasion de m’amuser avec la controverse.

Je pensais répondre aux objections dans la section des commentaires, mais l’espace requis me fait plutôt opter pour un nouveau billet.

Pourquoi boycotter Molson?
Chacun a ses raisons, mais le motif général est la lassitude de nombreux amateurs des Canadiens de se faire prendre pour acquis par la direction du club et l’impression d’avaler des couleuvres à répétition. Ce peut être :
- l’échange ou l’abandon de joueurs populaires (Mike Ribeiro, Steve Bégin, Alex Kovalev, Jaroslav Halák);
- l’indifférence face au talent francophone et québécois (faible nombre de Québécois et de francophones repêchés ou embauchés, embauche d’un Canadien-anglais comme entraîneur des Bulldogs de Hamilton);
- l’absence d’aide et d’encouragement aux joueurs à apprendre le français;
- la hausse des prix (billets, bière, nourriture);
- toutes ces réponses.

Geoff Molson n’occupe pas encore le poste de président. Pourquoi le prendre pour cible?
Ce n’est pas Geoff Molson personnellement qui est visé, mais toute l’organisation des Canadiens. Même pendant les années où George Gillett était propriétaire, Molson était le commanditaire exclusif de bière des Canadiens, et une section entière de l’amphithéâtre s’appelait déjà la zone Molson Ex.

Si je délaisse la Molson, ne vais-je pas nuire à des travailleurs québécois?
Ça dépend par quelle bière vous la remplacez, si vous la remplacez, bien sûr. Si vous tenez à encourager l’emploi et le savoir-faire québécois, optez pour l’une des dizaines de microbrasseries qui offrent des centaines de marques de bière. Presque toutes les régions du Québec ont un ou plusieurs microbrasseurs. De plus, dans la région de Montréal, de nombreux pubs brassent leur propre bière, dont les 3 brasseurs, L’amère à boire et le Brutopia.
À noter que la brasserie Unibroue a été achetée par Sleeman, elle-même acquise par le brasseur japonais Sapporo. Ça n’enlève rien à la grande réussite québécoise du brasseur de la Maudite, de la Blanche de Chambly et de la Fin du monde. Néanmoins, si vous préférez encourager les brasseurs émergents, vous verrez à votre épicerie locale et dans de nombreux bars que le choix ne manque pas.

Et la Budweiser? N’est-ce pas une bière américaine?
Je mentionnais dans mon dernier billet que la Budweiser est originaire de Saint-Louis, la ville où jouera Jaroslav Halák à partir de la prochaine saison. La Budweiser a été créée par Anheuser-Busch, qui a des liens commerciaux très étroits avec Labatt.
Ce qui est intéressant, c’est qu’au Canada, la Budweiser et la Bud Light (et possiblement la Bud Light Lime) sont fabriquées à la brasserie Labatt de LaSalle.
Enfin, pour répondre à la question de certains, Molson fabriquera bel et bien de la Labatt Bleue et Bleue légère, mais les stocks produits sont entièrement destinés aux États-Unis. L’article mis en hyperlien explique les causes de cette étrange situation, qui découle des fusions d’entreprises de l’industrie de la bière et des lois américaines contre le monopole.
Bref, vous pouvez siroter une Budweiser ou, mieux encore, une bière locale sous le nez de Pierre Gauthier en toute tranquillité : ce seront encore les travailleurs québécois qui en profiteront. Par ailleurs, je rappelle aux partisans du retour des Nordiques que Labatt a donné son appui à un nouvel amphithéâtre à Québec.

Molson et les Canadiens contribuent à l’économie locale en créant des emplois, en achetant à des fournisseurs locaux, en contribuant à des projets communautaires etc. Ne devrions-nous pas leur être reconnaissants?
Félicitations aux Canadiens pour leurs projets communautaires. Cependant, il faut s’enlever de la tête que notre économie et nos emplois dépendent de Molson et des Canadiens. D’abord, les microbrasseries créent aussi de l’emploi et achètent à des fournisseurs locaux; d’ailleurs, la grande majorité des nouveaux emplois sont créés par de petites et moyennes entreprises.
Ensuite, les Canadiens sont plus dépendants de leur public que l’inverse : l’argent que l’amateur ne dépensera plus dans la bière Molson ou les produits des Canadiens seront dépensés ailleurs ou épargnés, ce qui ne ferait pas de tort aux finances personnelles de certains. Les Canadiens, par contre, tirent essentiellement leur survie du public québécois.
Par ailleurs, c’est très louable, les projets communautaires, mais ça n’achète pas au Canadien l’autorisation de se moquer de sa clientèle francophone (lire Marc de Foy à ce sujet) À en lire certains, nous devrions être confits de gratitude devant les dames patronnesses du Bleu-Blanc-Rouge qui sont bien gentilles de nous faire la charité. Sachez d’abord qu’il est devenu courant, voire indispensable, pour toutes les entreprises d’investir dans la communauté. Hydro-Québec, Alcan, SNC-Lavalin, Bombardier et tous les géants commanditent des spectacles, des œuvres de bienfaisance et d’autres projets communautaires. Les Canadiens ne sont pas une exception.
Ajoutons, enfin, que “le CH ne s’est jamais gêné pour envisager le recours à l’aide gouvernementale “: http://bit.ly/9nkNZJ ni pour faire de la publicité déguisée en pédagogie dans les écoles et avec l’aide d’une généreuse subvention du ministère de l’Éducation, à même vos taxes et impôts, s’il-vous-plaît.
Alors la reconnaissance, disons qu’elle devrait se manifester dans les deux sens.

N’y a-t-il pas d’autres causes plus nobles? La politique, l’environnement, la défense du français, la pauvreté?
Certes, mais ce site parle de sport. Qu’est-ce que qui vous dit que je ne m’intéresse pas à d’autres choses en dehors du hockey? Je suis capable de marcher et de mâcher de la gomme en même temps.
Par ailleurs, j’ai milité plusieurs années en politique et je me suis présentée deux fois comme candidate aux élections provinciales, pendant lesquelles j’ai pris la parole sur de nombreux sujets, notamment l’environnement, l’économie, l’éducation, le filet social et le système de santé. J’ai présenté un mémoire à la Commission parlementaire sur l’éducation et j’ai toujours voté. Alors côté implication politique, j’ai probablement une longueur d’avance sur tous mes détracteurs réunis.

Un boycott, est-ce vraiment utile?
On verra bien. Personnellement, j’ai expliqué dans mon dernier billet que, boycott ou pas, je n’étais plus capable d’avaler une bière distribuée par Molson, car j’avais l’impression de remplir les poches de deux entreprises, Molson et les Canadiens, qui rient de leurs clients. Ces entreprises n’auront plus un sou de ma poche, que ce soit chez moi, dans un festival, dans un bar ou n’importe où.
Ça fait des années qu’on entend des appels isolés au boycott de Molson, mais personne ne suit vraiment parce que chacun est isolé et croit que son choix est vain. Si de nombreuses personnes affirment leur choix de délaisser les produits de Molson en faveur d’autres boissons fabriquées ici, alors ces personnes auront l’impression que leur choix fait vraiment une différence.
Lorsque la LNH a voulu absorber la défunte Association mondiale de hockey, elle a d’abord refusé de garder les équipes canadiennes de la Ligue, soit les Oilers d’Edmonton, les Jets de Winnipeg et les Nordiques de Québec, à cause des pressions de leurs concurrents, soit les Canadiens de Montréal, les Maple Leafs de Toronto et les Canucks de Vancouver. Les amateurs des trois équipes en danger ont alors boycotté les produits Molson. Le chiffre d’affaires a chuté, forçant la famille Molson, alors propriétaire des Canadiens, à réviser sa position et à donner son accord à l’inclusion des équipes.
S’il fallait que la sauce prenne, et que de plus en plus de gens se détournent des produits Molson, alors la direction pourrait être forcée de faire des changements. Surtout si Labatt contribue au retour des Nordiques à Québec…

Varia :
- Mon projet avance, mais il n’est pas encore prêt. Il portera sur la langue française et le hockey. Je le présenterai dès que possible, et sûrement avant le début de la saison. Par ailleurs, il est possible que je parle encore de politique au passage, mais je ne ferai plus de chroniques de comparaison entre la politique et le hockey comme je l’ai fait pendant la saison 2009-2010.
- J’ai mon billet pour aller voir les Blues contre les Canadiens à Saint-Louis le 10 mars 2011 (vous pouvez acheter le vôtre au blues.nhl.com. Par ailleurs, les Blues vendent des forfaits pour des groupes de quatre personnes permettant de rencontrer des joueurs de l’équipe. Si ça vous intéresse, faites-moi signe, et je vous mettrai au courant de tous les détails.
- Pour les nouveaux fans du Lightning de Tampa Bay, on ne sait pas encore quand les billets pour les matchs individuels seront en vente. Pour l’instant, seuls les billets de saison sont en vente.

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