La langue de travail et la langue du public
28 décembre 2011 à 9:52 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireTags : Aislin, Alex Kovalev, Alexander Semin, anglais, Blackhawks, Blues, Boston, Brian Gionta, Bruins, Canadiens, Capitals, Carey Price, Chicago, CROP, Détroit, français, Geoff Molson, Jaroslav Halák, Journal de Montréal, La PResse, langue, Lighning, marketing, Montréal, NHL Center Ice, Nordiques, Ottawa, Penguins, Perry Pearn, Pierre Gauthier, Pittsburgh, QMI, Québec, Randy Cunneyworth, Ray Lalonde, Red Wings, Saint-Louis, San Jose, Sénateurs, Sharks, Tampa Bay, The Gazette, Washington
« Un cadeau de Noël parfaitement bilingue pour Pierre Gauthier… » (Aislin, The Gazette, 21 décembre 2011
Depuis la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur-chef intérimaire des Canadiens de Montréal, les passions se déchaînent. Les émotifs ne se trouvent pas que du côté des défenseurs de la langue française, mais aussi des adulateurs inconditionnels de la Flanelle, dont bien peu parviennent à argumenter sans tomber dans l’agressivité.
Je n’ai pratiquement pas entendu de critiques contre Cunneyworth lui-même, et pour cause : la plupart des gens ont pitié du pauvre Ontarien qui n’a pas demandé à se retrouver dans un tel imbroglio… et qui n’avait peut-être même pas la connaissance suffisante du terrain pour prévoir la controverse. La même excuse n’est valable ni pour Pierre Gauthier, ni pour Geoff Molson.
Intérim mon œil
Pourquoi s’offusquer de l’unilinguisme de Cunneyworth, s’il exerce ses fonctions que par intérim? Parce que, Gauthier étant Gauthier, presque personne n’a vraiment cru à cet « intérim » au départ. Gauthier a nommé Cunneyworth entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école des Canadiens; Gauthier a promu Cunneyworth au rang d’entraîneur adjoint des Canadiens cette saison; Gauthier a renvoyé Perry Pearn, un autre entraîneur adjoint, et a augmenté les responsabilités de Cunneyworth. De toute évidence, le mot « intérim » n’était là que pour acheter du temps en espérant que quelques victoires feraient passer la pilule de l’unilinguisme. Il a fallu la colère du public pour que cet intérim se confirme.
Il n’y a pas suffisamment d’espace nécessaire ici pour réfuter tous les arguments fallacieux contre la nécessité du bilinguisme pour le poste d’entraîneur-chef des Canadiens. Allons-y donc pour l’un des arguments principaux, celui concernant les relations entre les joueurs et entraîneurs, d’une part, et le public, d’autre part. Ces relations commencent d’abord par les incontournables entrevues.
Don’t have anything to say, but will speak anyway
Pourquoi s’intéresser à la langue des entraîneurs et des joueurs, puisqu’il est supposé que ceux-ci ne disent jamais rien d’intéressant et rabâchent toujours les mêmes clichés? Je ne sais pas, mais ces « clichés » sont pourtant religieusement écoutés et scrutés à la loupe match après match par les journalistes et les amateurs. C’est rendu à un point tel que, pendant les arrêts de jeu, les entraîneurs et les joueurs répondent au micro alors qu’ils sont au banc! Leurs propos inintéressants semblent soudainement intéresser beaucoup de monde… Du coup, imaginez que seuls deux joueurs d’une équipe de l’extérieur du Québec puissent s’exprimer en anglais, et que les joueurs vedettes comme les entraîneurs ne puissent s’exprimer qu’en russe. Pensez-vous que les journalistes anglo-saxons suivraient longtemps les exploits de cette équipe? Poser la question, c’est y répondre.
Pour n’importe quelle entreprise et ses représentants, parler la langue de leurs clients et de leur public est une compétence indispensable. Dans les équipes de la LNH, même les joueurs russes sont capables, au bout d’un certain temps, de donner une entrevue en anglais; il n’y a qu’Alexander Semin (Capitals de Washington) qui n’y est parvenu qu’en septembre dernier, au début de sa sixième saison dans la LNH, et cette anomalie n’a pas manqué d’être soulignée à Washington.
Avec le français, il faut faire davantage de compromis. Avec l’internationalisation du hockey de la LNH et la fréquente permutation des joueurs, il est impossible que toute la formation tricolore s’exprime en français; ce ne l’est plus depuis des dizaines d’années, d’ailleurs. De toute façon, ce que la vaste majorité du public veut, c’est davantage de français, pas l’élimination de l’anglais.
La présence du français n’en demeure pas moins essentielle, même chez les joueurs et les entraîneurs. Plusieurs ont parlé de « respect » de la part d’une « institution » qui est « davantage qu’une entreprise », etc. J’ajouterais le plus important : le français fait surtout partie du fonds de commerce des Canadiens. Sous la férule du magicien Ray Lalonde, son service de marketing a exploité à fond la fierté canadienne-française et l’histoire des icônes francophones du Tricolore pour transformer une concession médiocre en formidable machine à sous. La leçon n’a jamais été totalement oubliée, puisque cette même équipe de marketing a été capable de faire apprendre quelques mots de français à Brian Gionta et à Carey Price à l’occasion du tournage d’annonces publicitaires (voir ici les progrès de Price en français).
Les joueurs saltimbanques
Ça fait longtemps qu’on nous répète que le travail des joueurs et des entraîneurs n’est pas de faire des relations publiques, mais de « gââââââââgner ». Pourtant, quand on sort de la bulle montréalaise, on se rend compte qu’ailleurs, les organisations et les joueurs ne ménagent pas leur salive pour séduire le public. Annonces télévisées, vidéos promotionnelles, distribution de billets de saison à la porte par les joueurs, concours et activités de socialisation avec les fans… Ailleurs qu’à Montréal, les joueurs vont à la rencontre de leurs partisans bien plus souvent qu’à l’occasion de la visite annuelle aux hôpitaux pédiatriques. Les Blackhawks de Chicago font rire le public avec leur interprétation loufoque des cantiques de Noël; les Sharks de San Jose dévoilent leurs « talents » professionnels hors de la sphère sportive; les Red Wings de Détroit se font acteurs, le temps du tournage d’annonces télévisées (ici et ici); huit joueurs des Blues de Saint-Louis enregistrent une lecture à voix haute du poème « ’Twas the night before Christmas », et ceux de leurs partisans capables d’identifier dans l’ordre les voix de ces joueurs ont la chance de gagner des billets pour des matchs en janvier. Dans quelle langue se font tous ces efforts de promotion? En anglais, bien sûr.
Bien avant le début de la controverse « Cunneyworth », les apologistes de la Flanelle ont affirmé préférer la compétence à la langue. Belle façon de se fourvoyer : la langue, autant celle de travail que celle du public, fait partie des compétences. Cette donnée fondamentale est souvent oubliée parce que dans presque toute la Ligue nationale de hockey, la langue de travail quotidienne (entraînements, parties, réunions) et la langue de promotion auprès du public est la même, l’anglais. Il n’y a qu’à Montréal (et peut-être bientôt à Québec) que la langue de travail n’est pas la même que celle de la majorité du public. Cet état de fait complique la situation, bien sûr, mais la langue du public n’en demeure pas moins aussi importante que la langue de travail. Grâce au travail monumental de Ray Lalonde et à quelques idoles adulées comme Alex Kovalev et Jaroslav Halák, cette importance a été gommée pendant des années; des joueurs moyens sont devenus des célébrités royales quasiment inaccessibles, tenus en serre chaude par l’organisation. Toutefois, il était inévitable que le voile se déchire tôt ou tard. Si les Canadiens ne veulent pas commencer la saison prochaine dans une fournaise infernale, ils doivent trouver rapidement des solutions.
La fin du déni
Il y a les fausses solutions, bien sûr, comme se reposer sur les sectaires de la Flanelle drapés dans la rectitude politique. Ces apologistes traitent les unilingues francophones d’attardés et les défenseurs du français de racistes et de xénophobes; ils nient la dimension promotionnelle du travail des joueurs et accusent les médias de faire tout un plat avec la langue. Pourtant, les sondages de QMI (Journal de Montréal) et de CROP (La Presse) confirment la colère de la majorité des amateurs face à l’attitude de Tricolore au sujet de la langue française. Ces tentatives de bâillonner les amateurs par la honte ne fonctionnent plus. Les Canadiens ne sont pas un groupe vedette de rock en tournée mondiale. Ils sont une entreprise québécoise dont la majorité de la clientèle est francophone.
Curieusement, les intransigeants des Canadiens affirment qu’ils n’ont pas à s’occuper de la langue française, puisqu’ils sont une entreprise privée. Comme si les entreprises privées présentes au Québec n’avaient aucune responsabilité concernant le français! Nulle entreprise ne peut ignorer le contexte social dans lequel elle évolue. D’un autre côté, chaque partisan qui quitte le Titanic tricolore pour se tourner vers une autre équipe se fait immanquablement traiter de « traître » par ces mêmes fanatiques intraitables, comme si l’« entreprise privée » qu’est le Canadien redevenait tout à coup une religion dont chaque apostat méritait la pendaison.
Voter avec son portefeuille
De plus en plus d’amateurs francophones de hockey, conscients de l’hypocrisie de la haute direction des Canadiens, s’affranchissent de cette pensée unique et offrent leur appui à une autre organisation. Ils observent plusieurs équipes pour diverses raisons : le nombre de francophones (Lighning de Tampa Bay, Penguins de Pittsburgh), la proximité de l’équipe (Sénateurs d’Ottawa, Bruins de Boston), ou même le transfert d’un joueur aimé (Blues de Saint-Louis). D’autres militent pour le retour des Nordiques. Grâce à Internet, à NHL Center Ice et au probable retour des Nordiques, le statut de monopole du Canadien commence à s’effriter, et l’arrogance de sa direction aussi. Puisque les Canadiens n’offrent officiellement plus cette dimension culturelle unique sur laquelle ils ont bâti leur fortune, il est normal que les amateurs soient de plus en plus tentés de « magasiner » ailleurs une équipe qui ne leur tient pas un double langage.
Le jugement de Dieu
23 décembre 2011 à 11:30 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Allan Walsh, amende, Blues, Boston, Brendan Shanahan, Bruins, Buffalo, Canadiens, Chris Stewart, Colin Campbell, commotion cérébrale, coup à la tête, Détroit, Devils, Drew Doughty, Duel, Gregory Campbell, Ivanhoé, Joe Vitale, Jordin Tootoo, jugement de Dieu, Kings, Kristopher Letang, LNH, Los Angeles, Martin Brodeur, Max Pacioretty, Milan Lucic, Montréal, Moyen-Âge, nashville, New Jersey, Niklas Kronwall, Norman Flynn, Paul Gaustad, Penguins, Pittsburgh, predators, Red Wings, Ryan Miller, Sabres, Saint Louis de France, Saint-Louis, Salomon, suspension, T.J. Oshie, Tim Thomas, Walter Scott

Joute médiévale. Image d’origine inconnue, tirée du blogue Courelle 2.
Au Moyen-Âge, il existait une tradition qui permettait aux gens de régler leurs conflits ou de laver leur réputation lorsque la loi ne pouvait pas les aider. Cette tradition s’appelait « le jugement de Dieu », car il s’agissait pour la ou les parties qui s’estimaient lésées ou calomniées de passer une épreuve qui, en cas de réussite, prouverait que Dieu estime leur cause juste.
Le jugement prenait plusieurs formes, dont l’une était le duel. Les deux personnes en conflit devaient s’affronter dans une joute à cheval ou en combat par l’épée, l’appui de Dieu envers le juste lui assurant la victoire. Si l’une des deux parties ne peut pas combattre (par exemple s’il s’agit d’une femme, d’un enfant ou d’un vieillard), il peut se faire représenter par un « champion », un preux chevalier qui combattra pour lui.
Le passage littéraire qui illustre le mieux cette tradition se trouve dans Ivanhoé, de Walter Scott. Publié au début du XIXe siècle, ce récit est situé dans l’Angleterre du roi Richard Ier, dit Cœur-de-Lion. Comme ce souverain réputé juste est parti en croisade, son maléfique frère Jean en profite pour usurper le trône et régner en despote. Au cours du récit, la belle juive Rébecca, injustement accusée de sorcellerie, demande le jugement de Dieu contre son accusateur. Le seul chevalier qui accepte de la défendre est Ivanhoé. Évidemment, le vaillant héros écrase son adversaire, pourtant un combattant réputé, et blanchit ainsi Rébecca de toutes les accusations pesant contre elle. Dieu s’est prononcé en faveur de Rébecca, et son persécuteur meurt de ses blessures, puni par le Seigneur d’avoir voulu la faire condamner à mort. La vérité et la justice ont vaincu le pouvoir et la corruption.
Complètement débile, dites-vous ? Vous allez objecter, avec raison, que Dieu ne prenait aucune part à ces règlements de comptes. N’importe quel nanti pouvait s’assurer les services d’un gros fier-à-bras pour régler ces querelles en son nom; Dieu n’était mentionné que pour satisfaire les superstitions religieuses de l’époque.
Les nouveaux chevaliers

Ces preux redresseurs de torts défendent la veuve et de l’orphelin sur la patinoire. Les fameux frères Hanson du film Slap Shot. Photo du journal The Star.
Pourtant, cette façon de raisonner n’est pas si différente de celle sous-jacente aux bagarres dans la Ligue nationale de hockey. Le scénario est habituellement le suivant : un joueur de l’équipe A en blesse un de l’équipe B par un coup illégal. Plus le coup est vicieux, plus la blessure est grave et plus le blessé est important pour l’équipe, plus l’offense est grande. Par conséquent, les coéquipiers exigent réparation par une bagarre. Si le joueur qui a infligé la blessure est vaincu, l’humiliation est censée lui servir de leçon. S’il est vainqueur, alors il ressort la tête haute, et ses accusateurs doivent se fermer la gueule à jamais. Évidemment, cette justice bestiale n’a aucune logique; le plus gros matamore de la Ligue pourrait tout aussi bien casser les jambes de qui bon lui semble, puis défoncer la figure de quiconque oserait lui en faire reproche.
Ce genre de règlement de comptes, proche de la vendetta, reprend pourtant de la vigueur dans la LNH. Il y a quelques temps, les Sabres de Buffalo se sont fait reprocher de ne pas avoir réglé le compte de Milan Lucic, des Bruins de Boston, lorsque celui-ci est entré en collision avec leur gardien vedette Ryan Miller et lui a causé une commotion cérébrale. Lucic n’a reçu aucune suspension pour ce coup, une décision controversée qui a amené certains à suggérer aux Sabres de réserver le même traitement au gardien de Boston à leur rencontre suivante. Ils ont plutôt envoyé leur « champion » de service, Paul Gaustad, se battre contre Lucic… qui lui a fichu une humiliante raclée. L’orgueil déjà bouffi des fans de Boston n’en a qu’enflé davantage. Cependant, même si Gaustad avait remporté ce duel, l’image du hockey n’en serait pas sortie grandie pour autant. Le jugement des poings est encore plus grossier que celui de Dieu.
Douze poids, trente-six mesures
Dès l’Antiquité, les civilisations ont ressenti le besoin de remplacer la justice privée, mue par la raison du plus fort, par une justice collective et procédurale, confiée à des juges indépendants et expérimentés. On pense entre autres au récit du roi Salomon, réputé le plus sage des souverains hébreux, et à l’histoire du roi français Saint Louis, qui a été le premier à tenter d’enrayer le duel médiéval expliqué ci-dessus. Les juges ne sont pas à l’abri de l’erreur, mais doivent toujours être impartiaux et de bonne foi. Le respect de cette autorité dépend de leur crédibilité, afin que l’ordre et l’équité puissent supplanter la tyrannie de la force brute.
Actuellement dans la LNH, les arbitres font office de policiers en distribuant des « contraventions », et Brendan Shanahan, vice-président et directeur des opérations hockey, remplit le rôle de juge dans les cas lourds en prononçant l’acquittement ou en décernant des suspensions ou des amendes. Shanahan est déjà beaucoup plus sévère que son prédécesseur, le pitoyable Colin Campbell. Malgré tout, les bagarres se poursuivent, et plusieurs joueurs continuent de distribuer des mises en échec dangereuses qui infligent des commotions cérébrales à leur victime.
De toute évidence, Shanahan n’arrive pas à se faire respecter. Il ne s’aide pas lui-même en manquant de constance dans les sentences décernées, comme le démontre Norman Flynn. Pendant les matchs hors-concours, Shanahan n’hésitait pas à donner des suspensions de cinq matchs et plus. Depuis que la saison régulière est commencée, il est devenu soudainement beaucoup plus débonnaire. De plus, il a du mal à justifier des sentences très variées pour des coups illégaux franchement similaires. Du coup, la LNH est encore accusée de favoritisme. Donnons-en un exemple : Chris Stewart, des Blues de Saint-Louis, reçoit une sentence méritée de trois matchs de suspension pour sa mise en échec illégale sur Niklas Kronwall, des Red Wings de Détroit; par contre, Drew Doughty, le défenseur étoile des Kings de Los Angeles, s’en tire avec une amende de 2 500 $US pour une mise en échec à peine moins dangereuse sur T.J. Oshie, des Blues. Apparemment, la Ligue a toujours autant de peine à sévir envers les joueurs vedettes. Du coup, ceux-ci continuent de faire ce qui leur chante en toute impunité.
En outre, de nombreux intéressés renâclent devant la nouvelle sévérité des suspensions. Martin Brodeur, des Devils du New Jersey, accuse carrément Shanahan de nuire à l’image du hockey, rien de moins. Max Pacioretty (Canadiens de Montréal), qui a cassé le nez de Kristopher Letang (Penguins de Pittsburgh) avec un coup d’épaule, se plaint que sa sentence est injuste. L’agent Allan Walsh traite la procédure de Shanahan de « kangaroo court » (tribunal fantoche). À la dernière réunion de directeurs généraux, certains d’entre eux ont accusé Shanahan d’être trop dur; d’autres, d’être trop mou. On voit bien que les dirigeants sont bien d’accord pour enrayer le fléau des coups à la tête… en autant que leurs protégés n’en subissent pas les conséquences.
Le résultat de cette cacophonie? Les joueurs n’ont pas plus confiance qu’avant en l’autorité de la LNH et continuent de faire régner leur propre justice. Lorsqu’il a annoncé que Milan Lucic ne serait pas suspendu pour sa charge contre Ryan Miller, Shanahan avait promis que sa décision surprenante n’encourageait surtout pas les joueurs à se livrer à une chasse aux gardiens. Pourtant, samedi dernier, c’était au tour de Jordin Tootoo (Predators de Nashville) de foncer sur Miller. Cette fois-ci, les Sabres n’ont pas attendu : ils ont foncé en meute sur Tootoo pour lui faire regretter son geste. Ils sentaient sans doute que Dieu appuyait leur juste cause. On sentait dans ce défoulement collectif un désaveu de l’autorité de Shanahan. Deux jours plus tard, Joe Vitale (Penguins de Pittsburgh) bousculait le gardien Tim Thomas (Bruins de Boston); les joueurs des Bruins lui ont aussitôt sauté dessus, et Gregory Campbell a engagé avec lui un combat qu’il a perdu. Bousculer Thomas aura donc été un pari gagnant pour Vitale. Mais pour la LNH et le hockey, ces incidents récents témoignent d’une régression vers la barbarie médiévale.
Des oursons pleurnichards
25 novembre 2011 à 1:47 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Blues, Boston, Brendan Shanahan, Brian Gionta, Bruins, Buffalo, Cam Janssen, Canadiens, Carey Price, Chris Stewart, Colin Campbell, Détroit, Devils, Directeur des poursuites criminelles et pénales, Infocrime, James Reimer, La PResse, Maple Leafs, Mark Recchi, Max Pacioretty, Milan Lucic, Montréal, New Jersey, Niklas Kronwall, Red Wings, Ryan Miller, Sabres, Saint-Louis, Toronto, Yves Boisvert, Zdeno Chara

J’avais de la sympathie pour les partisans des Bruins de Boston, ne serait-ce que pour la persévérance avec laquelle ils se manifestent sur la blogosphère francophone de hockey malgré toutes les injures de leurs éternels rivaux partisans des Canadiens de Montréal. À la lumière de récents évènements, cette sympathie commence à s’estomper. Nombre d’entre eux font des comparaisons disproportionnées pour défendre les gestes indéfendables de leurs favoris; d’autres (souvent les mêmes) crient comme des vierges offensées et atteignent le même niveau de braillage qu’ils attribuent aux fidèles de la Flanelle.
« Ton joueur est plus méchant que le mien »
Imaginez qu’un gars donne une volée à sa femme. Une vraie de vraie, avec coups de poing, coups de pieds et cassage de dents. La police arrive, et la femme, fâchée, donne une gifle au mari. Aussitôt, il piaille : « Regardez! Regardez, elle aussi elle est violente, pis elle se pose en victime! Pis a part de ça, c’est de sa faute, elle m’a provoqué! »
C’est un peu comme ça que plusieurs fans de Boston ont traité l’affaire Lucic-Miller. Dès que la vidéo où l’on voit Milan Lucic, des Bruins, entrer en collision avec Ryan Miller, des Sabres de Buffalo, a fait le tour des réseaux sociaux de hockey, ils se sont empressés de déterrer tous les cas pouvant ressembler de près ou de loin à de la jurisprudence en sa faveur :
- Oh! Regardez ce dégueulasse, cet épouvantable Brian Gionta, qui a assommé le pauvre James Reimer! Reimer dont ils se foutaient éperdument avant que son cas ne puisse leur servir. Gionta qui, tentant de se faufiler entre Reimer et un joueur des Maple Leafs de Toronto, “a perdu l’équilibre et a accidentellement accroché le gardien” :http://www.youtube.com/watch?v=ZOQXQQ38jFE.
- Hé, les partisans des Canadiens, gueule un autre de ces justiciers improvisés en noir et jaune, on en vous a pas entendus quand Chris Stewart, a envoyé Niklas Kronwall dans la bande! Bien sûr qu’ils ne se faisaient pas entendre : Brendan Shanahan, le préfet de discipline de la LNH, n’avait pas encore rendu sa décision (Stewart, des Blues de Saint-Louis, a fini par avoir une suspension de trois matchs bien méritée pour son geste envers le joueur des Red Wings de Détroit). Lucic, au contraire, avait déjà bénéficié de la clémence de Shanahan dans une décision qui relance les soupçons sur le traitement préférentiel dont bénéficieraient les Bruins.
Tenter de faire diversion des méfaits d’un joueur en attirant l’attention sur un autre est une tactique très courante de mauvaise foi. Transformer la victime en coupable en est une autre. Lucic n’a pas esquissé le moindre petit geste pour éviter Miller, et la collision lui a valu au moins une punition de deux minutes. Aussitôt, des partisans des Bruins ont concocté une toute nouvelle théorie, soit que le gardien qui sort de son trapèze peut être traité comme tous les autres joueurs, c’est-à-dire plaqué durement, sous prétexte qu’il est protégé comme un char d’assaut.
Hé, mes petits nounours, revoyez les vidéos des collisions entre Lucic et Miller, puis entre Gionta et Reimer. Avez-vous déjà remarqué à quel point les masques des gardiens tombent facilement de leur tête au moindre choc ? Ces masques sont conçus d’abord pour protéger leur visage des tirs. Le côté arrière de ces masques est très mince et lâchement fixé, pour leur permettre de le retirer facilement afin de boire à leur gourde. Ces masques ne sont pas conçus pour protéger les gardiens des mises en échec. Pour une bonne raison : les gardiens ne sont pas supposés se faire mettre en échec. Comme le dit le “règlement 69.4”http://www.nhl.com/ice/page.htm?id=26480 :
[traduction] Un gardien de but n’est pas “disponible au contact” uniquement parce qu’il joue à l’extérieur de sa zone. La pénalité appropriée doit être décernée dans tous les cas où un joueur en attaque entre inutilement en contact avec le gardien. Néanmoins, un contact accidentel est permis lorsque le gardien manipule la rondelle à l’extérieur de sa zone, pourvu que le joueur en attaque fasse un effort raisonnable pour l’éviter.
Lucic n’a pas, et n’a probablement jamais voulu éviter le contact avec Ryan Miller. Sous le choc, le masque de ce dernier est tombé, et Miller a subi une commotion cérébrale, comme Reimer d’ailleurs. Répétez après moi : pas-de-mise-en-échec-sur-les-gardiens, c’est clair?
Remarquez, les fans de Boston ne sont pas les seuls à avoir évalué l’affaire à travers une loupe déformante. Carey Price, des Canadiens, a lui aussi jugé que Lucic ne méritait pas de suspension. Son critère? Puisque Cam Janssen l’a frappé de la même façon il y a un an et demi, pendant un match contre les Blues de Saint-Louis, et n’a pas eu de suspension, alors Lucic ne méritait pas d’être suspendu lui non plus. Price oublie un détail : Janssen a bel et bien tenté de l’éviter lorsque les deux se sont précipités à toute vitesse l’un vers l’autre (Janssen a eu une pénalité mineure pour rudesse). Mais puisque Price n’a pas obtenu justice, Miller ne devrait pas l’obtenir non plus. Et pas un mot sur la sécurité des gardiens…
En passant, foutez-moi la paix avec le fait que je suis partisane des Blues de Saint-Louis; Janssen fait maintenant partie des Devils du New Jersey, alors il est vraiment le moindre de mes soucis. Et Stewart méritait vraiment d’être suspendu.

« Mon joueur est plus innocent que le tien »
Parlant de justice, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ne déposera pas d’accusation contre Zdeno Chara, des Bruins, pour son coup sur Max Pacioretty, des Canadiens. Évidemment, les partisans du hockey néandertalien se sont gargarisés de contentement, rappelant doctement à quel point les procédures d’enquête ont coûté du temps et de l’argent aux contribuables.
Perte de temps et d’argent? Ce n’est pas l’opinion d’Yves Boisvert, chroniqueur judiciaire de La Presse et plus fin connaisseur que vous et moi des conséquences d’interventions policières et d’enquêtes sur la société. Qu’il n’y ait pas de poursuite ne signifie pas que Chara soit innocent : ça signifie que le Directeur n’a pu obtenir suffisamment de renseignements pour bâtir un dossier suffisamment solide pour tenir le coup devant la procédure judiciaire favorable au prévenu. Le scandaleux laxisme de la Ligue, qui n’a pas suspendu Chara, a permis de de jeter suffisamment de flou juridique pour permettre au défenseur de s’en tirer à bon compte.
« Sauf que cette affaire est un des éléments qui ont amené la ligue à devenir plus sérieuse, et plus soucieuse de la sécurité des joueurs de hockey, écrit Boisvert. Elle a eu son petit effet civilisateur, pour ainsi dire. » Elle a aussi eu l’effet de rappeler que la loi s’applique partout, y compris sur les patinoires de la LNH. Que Chara ait senti la justice lui roussir les orteils a sûrement dû l’aider à réfléchir.
Oh! bien sûr que Chara n’a pas voulu blesser Max Pacioretty; c’est juste qu’avec la force employée pour lui envoyer la tête dans le poteau bordant la baie vitrée, on sentait bien qu’il s’en foutait. La négligence crasse peut être aussi criminelle que l’intention; au moins, celui qui veut blesser sait que c’est mal et qu’il risque de se faire punir. Celui qui s’en fout, au contraire, se pense au-dessus des règles. Après l’acte, sont venus les remords; mais Chara, qui venait d’être blanchi par le tristement célèbre Colin Campbell, aurait-il eu des regrets aussi vifs s’il n’avait pas fait l’objet d’une enquête policière? Sûrement que ses coéquipiers l’auraient aidé à se trouver des excuses; notamment le dégoûtant Mark Recchi, qui s’est vanté d’avoir effrontément menti à la presse pour détourner l’attention de son capitaine en insinuant que Pacioretty avait exagéré sa blessure. Une tactique qui, comme on l’a vu plus haut, est en train de faire des petits chez les partisans des Bruins. De plus en plus de ces partisans sont en train de copier les travers les plus détestables qu’ils reprochent aux partisans des Canadiens.
La seule (et profonde) bêtise de nombreux partisans montréalais, dans cette affaire, est d’avoir eu recours au 9-1-1 au lieu de passer par Infocrime pour porter plainte. Un petit truc simple, les amis : 9-1-1, c’est pour les urgences immédiates, genre quand quelqu’un risque de crever séance tenante. Quand l’offense et faite et qu’il s’agit d’en prévenir les policiers, c’est par Infocrime que ça passe. C’est le chemin que j’ai failli prendre le soir de ce malheureux incident; et c’est celui que je prendrai si j’apprends qu’un autre geste aussi sauvage a eu lieu. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Centre Bell, que la victime soit un joueur de hockey ou non. J’en fais une question de principe.
J’avais de la sympathie pour les partisans des Bruins, mais cette sympathie est en train de tourner au vinaigre. Le 22 février prochain, les Bruins rendront visite aux Blues qui, je l’espère, leur mettront la pâtée de leur vie. Avec une bonne mise en échec bien sentie sur Lucic ou Chara, ça se prendrait bien.
Affaire Chara : le refus de l’absurdité
7 novembre 2011 à 11:13 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Boston, Bruins, Canadiens, Colin Campbell, coups à la tête, Gary Bettman, LNH, Max Pacioretty, Michael Cammalleri, Montréal, police, spvm, violence, Yves Boisvert, Zdeno Chara

Caricature de Serge Chapleau, La Presse
(Ajout : je précise que je suis partisane des Blues, pas du CH.)
Pardonnez-moi mon intervention tardive au sujet de l’affaire Chara, mais j’aimerais exprimer mon point de vue sur un aspect particulier de cet incident. Le premier match de la série Montréal-Boston me semblait un moment opportun pour réveiller votre indignation probablement assoupie.
Dès que j’ai vu la vidéo de l’incident sur Internet, ma réaction instinctive a été la suivante : cette affaire concerne la police, malgré ce qu’en pense mon confrère blogueur dont je respecte l’opinion, mais avec qui je suis en désaccord. Les images perturbantes de Max Pacioretty percutant le poteau de la baie vitrée et gisant inconscient sur le sol nous ont brutalement arrachés du contexte sportif. Il ne s’agissait plus de hockey, mais d’une affaire criminelle.
Je suis donc allée immédiatement sur le site Web du Service de police de la Ville de Montréal. Pendant que je fouillais sur ce site, je m’interrogeais sur la pertinence de ma démarche. Pourquoi une simple citoyenne porterait-elle plainte à la police sur la foi d’une simple vidéo d’un incident vu par des millions de téléspectateurs? En fait, je craignais que malgré l’horreur, personne n’oserait sortir cette affaire du contexte sportif et la soumettre officiellement aux autorités. Je me portais donc volontaire pour faire cette démarche.
Le refus de l’absurde
Est-ce le rôle d’un citoyen lambda de s’occuper de ce genre de chose? Ne devrait-il pas plutôt porter plainte lorsqu’un voisin bat son fils, qu’un récidiviste de l’alcool au volant conduit sans permis ou que qu’il est au courant d’autres méfaits? Cette belle question philosophique nous est posée par le blogueur que j’ai mentionné.
Ma réponse est la suivante : il n’y a pas de différence entre être témoin d’un méfait à la télévision et être témoin d’un méfait dans notre milieu. La loi et l’éthique nous obligent à dénoncer les situations inacceptables dont nous sommes témoins, quelles qu’elles soient. L’agression de Zdeno Chara sur Max Pacioretty et la violence d’un parent envers son enfant (ou n’importe quel autre crime de ce genre) sont sur le même plan et méritent le même traitement.
Michael Cammalleri exprime ce sentiment encore mieux que moi, d’un angle différent : « Ce qui me dérange, c’est le message qu’envoie la Ligue en ne suspendant pas Chara, a dit Cammalleri. C’est comme si l’on disait: c’est correct de tuer un gars, en autant que tu le tues à l’intérieur du cadre de nos règlements. »
Cammalleri touche un point crucial. Nous sommes témoins d’un phénomène surréaliste. Si quelqu’un pousse une autre personne dans la rue, et que cette personne s’assomme sur un poteau et s’effondre inconsciente, l’agresseur sera arrêté par la police, peut importe son intention. Mais lorsqu’un joueur en pousse un autre de façon à ce que sa tête porte sur le poteau de la baie vitrée, devant des millions de téléspectateurs, une pléthore de pseudo-experts s’acharnent à lui trouver des excuses. Ce n’est pas comme s’il fallait choisir entre signaler l’un ou l’autre; les deux incidents doivent faire l’objet d’une plainte.
C’est pourquoi les amateurs de hockey montréalais ont raison de s’indigner et d’exiger que la justice s’en mêle pour mettre fin à cette absurdité. Visionnez la vidéo de nouveau, au besoin, pour vous rappeler la violence de l’attaque. Que ce soir à la télévision ou dans la maison d’à côté, une agression reste une agression. Mes voisins sont des gens très tranquilles, qui ne m’ont pas donné de raison d’appeler la police. Néanmoins, si j’entends un jour mon voisin ou ma voisine donner une volée à son enfant, je serai responsable d’appeler la police. Lorsque Chara a accompli son geste devant des millions de téléspectateurs, j’ai senti que nous avions la responsabilité d’exiger l’intervention de la justice.
C’est pourquoi, ce soir-là, j’ai fouillé sur le site de la SPVM : parce que je refusais cette absurdité que les dirigeants de la LNH, Gary Bettman et Colin Campbell en tête, veulent nous enfoncer dans la gorge.
Au diable l’intention
Chara et Pacioretty avaient maille à partir depuis quelque temps déjà. On sait que Chara adore renverser ses adversaires par-dessus la balustrade qui sépare la patinoire des bancs des joueurs. Il aurait pu éviter ou retarder cette mise en échec inutile (Pacioretty n’avait plus la rondelle), mais il ne voulait pas manquer l’occasion de l’envoyer valser par-dessus bord, pour sa seule satisfaction égoïste et au mépris des risques. Et l’accident est arrivé.
Plusieurs soutiennent que Chara ne méritait aucune suspension parce qu’il n’avait pas l’intention de blesser Pacioretty. C’est pourquoi je trouve absurde de juger les voies de fait dans la Ligue nationale de hockey sur la simple question de l’intention. Les joueurs en sont rendus à se frapper sans retenue et sans précaution, insouciants des conséquences possibles sur leur victime. « Ce n’est pas ma faute, je n’ai pas voulu le blesser! » clament-ils. Ce principe déresponsabilise totalement les athlètes. Lorsqu’on conduit, il ne suffit pas de respecter le code de la route; il faut aussi porter attention aux piétons, aux cyclistes et aux autres conducteurs, qui ont eux-mêmes la responsabilité d’être prudents. On ne peut pas renverser un piéton avec indifférence sous prétexte qu’on a la priorité de passage.
La situation est devenue insoutenable dans la LNH. Les joueurs se donnent des mises en échec de façon irresponsable et s’en remettent à la simple chance en espérant que leur cible ne soit pas trop gravement blessée. Si elle l’est, ils s’en lavent complètement les mains. Cette négligence criminelle entre pairs a tenu David Booth, Marc Savard, David Perron, Sidney Crosby et bien d’autres joueurs à l’infirmerie pendant des mois. Et encore, on commence à peine à découvrir les conséquences à long terme des commotions cérébrales.
L’intention de blesser ne devrait pas être un critère obligatoire pour imposer une suspension. Les joueurs doivent être tenus responsables des conséquences de leurs gestes. La situation est d’autant plus absurde que dans le cas des bâtons élevés, les joueurs sont tenus responsables, peut importe leur intention. Du moment où leur bâton atteint, accidentellement ou non, le visage d’un adversaire, ils reçoivent une punition de deux minutes (et même de quatre minutes si la victime saigne). Ce même principe devrait s’appliquer aux mises en échec dangereuses.
Non à la sauvagerie
Par ailleurs, d’autres commentateurs ont voulu reporter la culpabilité sur le public; selon eux, les amateurs veulent du jeu rapide et physique, mais jouent aux vierges offensées lorsque des incidents surviennent. J’ose croire que la plupart des amateurs savent faire la différence entre une mise en échec robuste et un coup salaud, dangereux et inutile. Ça fait longtemps que les plaintes fusent de partout concernant le laxisme de la Ligue envers les joueurs qui ont gravement blessé Marc Savard, David Booth et d’autres encore. On veut du hockey, pas du meurtre. On veut des athlètes robustes, pas des agresseurs vicieux.
Des voix au sein même de la Ligue commencent à s’en prendre à ses dirigeants. Geoff Molson, le propriétaire des Canadiens, a fait preuve de cran en exprimant publiquement son désaccord. Les joueurs Joe Thornton et Henrik Sedin ont critiqué la décision de la LNH de ne pas suspendre Chara. Des commanditaires comme Via Rail et Air Canada ont exprimé leurs reproches. Ne vous laissez donc pas impressionner par des gens qui prétendent que les Québécois et les partisans des Canadiens sont des braillards. Il faut continuer à protester, à avoir recours à la justice si les dirigeants de la LNH continuent de faire la sourde oreille.
Et ne tentez pas de me faire croire que Chara ne pouvait pas empêcher Pacioretty d’entrer en collision avec ce poteau. Encore moins qu’il ne savait pas que le joueur devant lui était Pacioretty. Les services juridiques des Bruins lui ont probablement conseillé de raconter ce mensonge afin de se prémunir contre des poursuites. Qui est assez niais pour gober un tel bobard? Si le nez de Chara n’était pas déjà si gros, on croirait qu’il a enflé sous l’effet Pinocchio.
Prendre les bons moyens
Finalement, je n’ai pas écrit à la police de Montréal. Il fallait laisser ses coordonnées; ça ne m’aurait pas gênée, sauf que je devais partir à Saint-Louis quelques heures plus tard. Et si les autorités essayaient de me contacter, ne serait-ce que pour savoir quelle mouche m’avait piquée d’avoir fait un tel signalement? De plus, j’ai rapidement vu qu’Yves Boisvert battait déjà le tambour de rappel des autorités juridiques : j’ai donc jugé mon intervention inutile.
À Saint-Louis, j’ai appris que des centaines de personnes à Montréal avaient communiqué avec la police. D’un côté, j’ai été soulagée que cet incident ne soit pas banalisé. Par contre, pardonnez-moi d’être directe, c’était franchement stupide d’utiliser la ligne téléphonique 911 pour porter plainte. Faut-il vraiment expliquer que le 911 ne doit servir qu’aux urgences immédiates, lorsque la sécurité des gens est menacée de façon imminente? La police offre plusieurs moyens de communiquer avec elle, que ce soit par Internet (www.infocrimemontreal.ca) ou par téléphone, sans engorger le 911 d’appels inutiles.
Le renforcement d’un modèle
Malheureusement, ce mauvais choix de moyen a permis aux partisans de Bruins de ridiculiser ceux des Canadiens, eux qui n’attendaient probablement que cette occasion. Malheureusement pour les inconditionnels du Tricolore, mais malheureusement, surtout, pour ceux qui luttent contre la brutalité imbécile dans la LNH. Si les Bruins remportent la série, comme ce sera probablement le cas, les autres équipes en tireront une leçon : pour gagner, il faut jouer salaud. J’aurais aimé que les Bruins soient éliminés par les Canadiens, mais j’ose au moins espérer qu’ils ne passeront pas la deuxième ronde. Question de principe.
Chut! Ne parlez pas d’Halák!
28 octobre 2010 à 7:17 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireTags : Alex Auld, Alex Kovalev, alex ovechkin, amphithéâtre de Québec, Blues, Bob Gainey, Brian Gionta, Bruins, Canadiens, Carey Price, censure, Ducks, Francis Bouillon, Jaroslav Halák, Jean Charest, Marche bleue, Montréal, NHL Center Ice, Penguins, Pierre Curzi, Saku Koivu, Sénateurs, Sidney Crosby, Steve Bégin
Après plusieurs semaines d’absence à cause de problèmes informatiques et de contretemps personnels, je vous reviens, pour le bonheur de certains et la colère de d’autres, car je replonge immédiatement dans l’éternel débat des gardiens. Eh bien, quoi? J’ai manqué les déclarations de Pierre Curzi, la Marche bleue et la saga de l’amphithéâtre de Québec, les huées contre Carey Price, la nomination de Brian Gionta… tant de sujets de polémique dont je n’ai pas pu profiter, il faut bien un grand coup pour compenser, non?
La vie en bleu
Alors que, comme d’autres amateurs de hockey à Montréal, j’apprends à connaître les sympathiques Blues de Saint-Louis; je découvre aussi l’effort qu’il faut livrer pour s’informer sur une autre équipe. Évidemment, le Tricolore monopolise l’espace médiatique. Comme fan des Canadiens, j’étais gavée d’information et surtout de verbiage médiatique à calories vides; j’étais comme un bébé nourri au biberon et au Pablum. Maintenant, comme fan des Blues, je dois chasser pour ma nourriture. Je sympathise avec les fans des Bruins, des Sénateurs et des autres équipes, qui peinent à se regrouper sur les forums sociaux sportifs en français. En sport comme en politique, pour que les partisans se trouvent, il faut qu’ils se manifestent. Commençons donc par cette magnifique photo, plaquée à la face de mes lecteurs comme une tarte à la crème que vous êtes libre de goûter ou de cracher :
Si vous goûtez, vous êtes : a) un fan d’Halák ou des Blues; c) un fan de Price ou des Canadiens qui n’est pas perturbé à la lecture du mot « Halák » ou « Blues »; d) quelqu’un qui s’en fout.
Si vous crachez, vous êtes : a) un fan de Price ou des Canadiens qui devient gravement perturbé à la lecture du mot « Halák » ou « Blues »; b) toutes ces réponses.
Une bouffée d’air frais
Parlons d’abord de ceux qui goûtent.
Vous êtes fans de Price, vous haussez les épaules lorsque Jack Todd ou Martin Leclerc pond une autre chronique pour le démolir et vous badinez avec humour avec les fans d’Halák sur Internet? Alors je serai gentille avec vous. Tant mieux si Price joue bien et s’il est en train de gagner peu à peu l’estime des fans. Il est solide, il se comporte correctement et il a même récolté son premier blanchissage de la saison. D’ailleurs, il semble que l’équipe devant lui se soit enfin ressaisie et ne se fie plus principalement aux prouesses de leurs gardiens pour gagner.
Il faut admettre que Montréal profite de ce changement de dynamique. L’univers du hockey montréalais ne tournera peut-être plus autour des gardiens. Dans le cas de Price, ça lui donne de l’air pour respirer; il n’a qu’à être un joueur parmi les autres joueurs, et non Jésus le Sauveur, le Joueur de concession, l’Avenir des Canadiens, le Joyau de l’organisation et d’autres niaiseries de ce genre. Il n’a qu’à jouer. Dans le cas d’Auld… euh… on en reparlera après l’avoir vu jouer.
Vous êtes fans d’Halák et vous ragez encore de son départ? Profitez-en pour découvrir une nouvelle équipe. Celle des Blues, bien sûr, dans laquelle leur nouveau gardien n’a pas tardé à faire son intégration. Premier blanchissage samedi (face aux Penguins et à Sidney Crosby, en plus), deuxième étoile de la semaine dans la LNH : ceux qui croyaient qu’Halák allait se faire laminer par les robustes équipes de l’Ouest doivent commencer à se raviser. Au lieu d’acheter des bébelles du Tricolore ou de vous ruiner au Centre Bell, vous pouvez vous abonner à NHL Center Ice (20 $ par mois sur Internet), élargir vos horizons et suivre régulièrement Alex Ovechkin, Crosby, les Blues et le Lightning. Ça vaut mieux que de lancer des fléchettes sur le portrait de Pierre Gauthier.
Vous verrez qu’il y a du plaisir à parler des Blues et de Halák sans faire référence ni à Price, ni au Canadien. Ou à parler de Price et du Canadien sans faire référence à Halák, ni aux Blues. Paix aux partisans de bonne volonté.
Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom
Parlons maintenant de ceux qui crachent.
Pendant ces semaines où j’ai dû me contenter de suivre les discussions et de laisser quelques brefs commentaires, un phénomène nouveau s’est développé sur le site du Grand Club, le plus important forum social sportif au Québec : la censure anti-Halák. Aussitôt que le nom de Jaroslav Halák est mentionné, conjointement ou non avec celui de Carey Price, des inquisiteurs sortent aussitôt leur cassette d’intimidation aussi bien envers les fans que les chroniqueurs :
« Le débat est terminé, merci, bonsoir!
- Arrêtez de ramenez Halák, on est écœurés!
- Y’é parti, revenez-en!
- Gang de traîtres! Bon débarras! »
Etc., etc.
Il est fascinant de constater comment seuls les archi-fanatiques de Carey Price (lesquels, dois-je le rappeler, ne représentent qu’une partie de ses admirateurs) ont l’épiderme sensible juste à entendre parler de Vous-Savez-Qui. À les entendre, il faudrait bannir son nom de toute conversation, imposer le bâillon comme le fait si bien Jean Charest. Ces mêmes puritains, pourtant, n’ont pas hésité à claironner sa première (mauvaise) partie de pré-saison, alors qu’il a laissé passé 3 buts sur 18 lancers; ils seront prêts à le refaire à la moindre contre-performance.
Il est fascinant aussi de constater comment, à la moindre critique contre Price, ses avocats auto-proclamés hurlent qu’on s’acharne sur lui, pur agneau, victime sans défense des méchants cannibales de Montréal, martyr bien généreux de demeurer ici à souffrir au lieu d’exiger un échange loin de cet odieux bagne. Suit alors la litanie de sempiternels clichés non prouvés qui tiennent lieu d’arguments : les fans et les journalistes sont des sauvages, des bipolaires et des pseudo-connaisseurs, de toute façon aucun joueur ne veut venir à Montréal, les Québécois encore moins que quiconque… L’étiquette « Price-hater » est lancée aussi facilement que l’accusation de communisme dans l’Amérique des années cinquante. O’Byrne, Gill, Spacek et Gomez ont reçu l’un après l’autre leur concert de huées ou leur caisse de tomates pourries, mais ils n’ont jamais été défendus avec autant de zèle.
Toutefois, lorsque Price joue bien et que les nouvelles parlent moins d’Halák pendant quelques jours, ces mêmes prêcheurs sont-ils satisfaits? Bien sûr que non. Ils répètent, d’un ton triomphant : « Où sont les détracteurs de Price? » comme s’ils espéraient voir apparaître des sorcières pour le plaisir de les envoyer au bûcher.
On s’aperçoit que ces exaltés, au fond, sont plus obsédés encore par Halák que par Price lui-même, terrorisés que leur préféré ne puisse pas soutenir la comparaison à long terme.
L’art de secouer le chiffon rouge
Vous vous reconnaissez dans ce portrait? Alors je m’amuserai avec vous. Je préfère suivre Halák parce qu’il est bien plus inspirant que tous les Canadiens réunis. Carey Price est un bon gardien, mais il n’arrive pas à la cheville du Slovaque. Price doit rembourser aux partisans du Canadien les deux saisons d’immaturité et de passe-droits dont il a profité par deux saisons de bon travail (il semble avoir bien entamé la première). Halák a aidé le Canadien à se rendre en troisième ronde des séries éliminatoires pour la première fois depuis 1993, donc Price doit faire de même. Le jour où il aura rempli ces deux conditions, je le considèrerai comme l’égal d’Halák; pas après quelques bons matchs seulement. Comme Price est un débiteur à peu près insolvable, j’ai choisi d’observer les Blues plutôt que de ruminer la folie de Pierre Gauthier.
Par ailleurs, mes chers émules de Torquemada, je constate que Price a repris quelques trucs de son ancien collègue. Celui, par exemple, de faire preuve de modestie et d’attribuer le mérite de la victoire à ses coéquipiers. De remercier les fans de leur appui après avoir été applaudi lors d’un match. Les leçons d’Halák auront au moins profité à quelqu’un. Price serait-il devenu ce qu’il est sans la compétition de Jaroslav Halák plutôt que les tendres soins d’Alex Auld? Probablement pas. Bob Gainey lui changerait possiblement encore ses couches. Soyons justes : Halák lui-même ne serait peut-être pas devenu ce qu’il est aujourd’hui s’il n’avait pas eu à surmonter Price comme obstacle.
Vous en voulez plus? Pas de problème. Ajoutons que les amateurs, les journalistes et les joueurs eux-mêmes ont rendu un meilleur service à Price en l’étrillant que Bob Gainey en le chouchoutant, même si certains ont exagéré avec leurs huées. Rappelons qu’Halák a récolté cinq blanchissages l’an passé; Price, aucun. Samedi dernier, Halák a eu son premier blanchissage de la saison, environ soixante minutes avant Price (il y a une heure de décalage entre Saint-Louis et Montréal). Halák a vécu longtemps dans l’ombre de Price, Price doit maintenant vivre avec le fantôme d’Halák.
Continuez votre croisade anti-Halák, et je continuerai à vous parler d’Halák et de Price, rien que pour rire en lisant vos commentaires parsemés de mots en majuscules. J’adore ce petit jeu.
Je me souviens
Price est maintenant le gardien numéro un du Canadien? D’accord. Il est capable de « faire la job »? Tout à fait. Une grande partie des fans du Canadien ont choisi d’aller de l’avant et de faire confiance à Price? Je respecte leur choix. Mais que Price fasse oublier Halák? Jamais de la vie. Même pour des inconditionnels du Canadien, il devrait y avoir une différence entre faire confiance aux joueurs qui restent et oublier avec ingratitude ceux qui s’en vont. Je connais de loyaux fans du Canadien qui, tout en continuant de suivre le Tricolore, prennent encore leur dose de Pepto-Bismol pour digérer le départ d’Alex Kovalev. D’autres ont hâte à la visite des Ducks et de Saku Koivu au Centre Bell. Nombreux sont ceux qui suivent encore les tribulations de Francis Bouillon et de Steve Bégin. Ces fans-là n’oublient pas.
Alors, oublier Jaroslav Halák? Faites une croix là-dessus. Même les fans sensés qui ont consciemment choisis de donner une autre chance à Carey Price n’oublieront pas Halák. Il fera partie de leurs plus beaux souvenirs.
Le partage de la tarte (péréquation canadienne/parité de la LNH)
6 juin 2010 à 7:29 | Publié dans Chroniques politiques | 2 CommentairesTags : Alberta, Avalanche, Boston, Brian Gionta, Bruins, Canadiens, Catalogne, Claude Picher, Colorado, Coyotes, Devils, Espagne, Gary Bettman, Hydro-Québec, Jean Charest, Jets, La PResse, Lightning, Maple Leafs, Marc-André Bergeron, Montréal, New, New Jersey, Nordiques, parité, péréquation, Phœnix, Québec, Rangers, Raymond Bachand, sables bitumineux, Stephen Harper, Tampa Bay, Toronto, Vincent Lecavalier, Winnipeg, York
Ce billet sera la dernière chronique de Patinage hors glace de la saison et la dernière chronique de comparaison entre le hockey et la politique. En effet, Patinage hors glace adoptera une nouvelle orientation en prévision de la prochaine saison. Plus de détails à venir.
Que ce soit au sein d’une famille, d’une entreprise ou d’un pays, le partage des ressources, plus particulièrement des ressources financières, engendre inévitablement des conflits et des frustrations. Les moins nantis se plaignent de ne pas avoir assez de ressources pour bien vivre et se développer, tandis que les plus riches ont l’impression de faire arracher le fruit de leur travail par des partenaires qui ne font pas leur juste part pour produire de la richesse. Dans le cas de grandes entités, comme le Canada ou la Ligue nationale de hockey, les querelles sont envenimées par la complexité d’un système de redistribution des ressources dont chacun fait sa propre interprétation intéressée.
La péréquation canadienne : l’or noir et les billets verts
Le Canada applique entre les provinces un système de redistribution de la richesse appelé la péréquation, dont l’objectif est de « donner aux gouvernements provinciaux des revenus suffisants pour les mettre en mesure d’assurer les services publics à un niveau de qualité et de fiscalité sensiblement comparable », selon la Loi constitutionnelle de 1982.
La plupart des querelles portent sur le calcul complexe des revenus de chaque province qui déterminent quel montant elle aura à verser ou à recevoir. Comme une partie de ces revenus proviennent des perceptions sur les ressources naturelles, les gouvernements provinciaux peuvent tenter de modifier les tarifs en conséquence. Ainsi, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a récemment expliqué qu’il serait contre-productif de monter les tarifs d’électricité (une mesure fort impopulaire, au demeurant), parce que les paiements de péréquation reçus seraient diminués en conséquence. Claude Picher, chroniqueur économique à La Presse, a dénoncé cette mentalité de pique-assiette. Si Hydro-Québec avait vendu son électricité aux prix du marché au lieu de l’offrir à rabais à la population québécoise, les Québécois seraient collectivement aussi riches que les Albertains. L’Alberta, le sait très bien, elle qui verse le plus de péréquation aux autres provinces grâce aux revenus de son exploitation pétrolière. De nombreux Québécois font la leçon à l’Alberta sur l’exploitation des sables bitumineux à un coût environnemental élevé; personne n’est contre la vertu, mais disons qu’ils seraient en meilleure position pour faire valoir leur point de vue si leurs services sociaux ne dépendaient pas des revenus de cette même exploitation.
Par ailleurs, les provinces qui versent l’argent de la péréquation froncent parfois les sourcils en voyant la façon dont il est utilisé. Pendant la campagne électorale de 2007, Jean Charest, premier ministre sortant, a promis une baisse d’impôts de 950 millions de dollars. Or, cette baisse correspondait presque entièrement à la somme de péréquation supplémentaire que Stephen Harper, premier ministre du Canada, venait de consentir au Québec. Jean Charest venait d’arracher cette somme à force plaider que le Québec en avait besoin pour répondre à ses nombreux besoins en services sociaux, notamment pour réduire les listes d’attente dans le système de santé. Et voilà qu’il jetait tout cet argent dans des baisses d’impôts électoralistes! Évidemment, cette annonce a eu le plus mauvais effet auprès des gouvernements des provinces nanties. Déjà, elles avaient l’impression de financer le généreux système québécois de garderies, qui n’a pas son pareil en Amérique du Nord.
Depuis un certain temps, le Québec traîne une mauvaise réputation dans le dossier de la péréquation. Évidemment, si elle versait de l’argent pour la péréquation au lieu d’en recevoir, il lui serait plus facile de financer ses généreux programmes sociaux, de donner l’exemple en matière environnementale et de faire respecter les domaines de compétences de l’Acte constitutionnel de 1867. En Espagne, la région de la Catalogne a une différence linguistique et culturelle est aussi marquée que celle du Québec par rapport au Canada. Elle a toutefois un meilleur pouvoir de négociation, car elle est la région la plus industrialisée du pays, et l’une des plus riches. Autrement dit, elle a le gros bout du bâton grâce à son économie solide et prospère, alors que le Québec ne peut en dire autant.
La parité dans la LNH : le respirateur artificiel
Afin de mieux vendre le hockey aux États-Unis, la Ligue nationale de hockey pratique elle-même une forme de péréquation dont le niveau de complexité donne aux comptables des équipes des maux de tête semblables à ceux des fiscalistes canadiens. En gros, les dix clubs ayant empoché le plus de revenus doivent en verser une partie aux dix clubs ayant les revenus les plus faibles. De plus, un plafond (improprement appelé « cap salarial », un calque de l’anglais) est imposé à la masse salariale qu’un club peut verser à ses joueurs, afin d’éviter le genre de spirale inflationniste qui a causé le déménagement des équipes ne pouvant plus suivre la parade, notamment les Jets de Winnipeg (devenus les Coyotes de Phœnix) et les Nordiques de Québec (devenus l’Avalanche du Colorado). Ces deux principales formes de redistribution de la richesse, le plafond salarial et les redevances, ont donné lieu à un phénomène appelé la « parité ». Les équipes sont maintenant mieux équilibrées et plus compétitives, et l’époque des « dynasties », ces équipes qui remportaient trois ou quatre coupes Stanley d’affilée, est bel et bien terminée.
Cependant, cette parité a ses effets pervers. Les contraintes du plafond salarial obligent des équipes à se départir de joueurs qu’elles ont elles-mêmes repêchés et formés lorsque leur prix sur le marché devient trop élevé (les Devils du New Jersey ont perdu Brian Gionta au profit des Canadiens de Montréal pour cette raison). La formation des équipes devient alors un carrousel dans lequel les joueurs changent d’adresse au gré de l’offre et de la demande, ainsi que de la marge de manœuvre des directeurs généraux. « C’est triste, commente Marc-André Bergeron, des Canadiens de Montréal. Je crois que les partisans méritent de s’attacher à leurs joueurs, de les regarder grandir et évoluer dans leur carrière. » Bergeron est lui-même l’un de ces joueurs qui ont passé toute leur carrière ans leurs valises, changeant d’équipe d’une saison à l’autre ou presque.
De plus, la redistribution des revenus aide la LNH à maintenir sur respirateur artificiel des équipes implantées dans des régions où le hockey ne fait pas partie de la culture. On n’a qu’à penser à la saga des Coyotes de Phœnix, dont la faillite a mené au rachat du club par la Ligue, au désespoir des amateurs de hockey de Winnipeg et de Québec, qui espéraient que l’équipe soit transférée près de chez eux. Mais surtout, les amateurs des clubs les plus prospères, notamment ceux de Toronto, de Montréal et de Vancouver, ont l’impression que le commissaire Gary Bettman leur fait les poches pour financer sa lubie d’implanter le hockey dans le sud des États-Unis, dont les équipes notoirement déficitaires jouent régulièrement dans des arénas à moitié vides malgré la distribution de billets gratuits.
C’est d’autant plus enrageant que dans ces marchés déserts, les joueurs de hockey peuvent toucher le même salaire que leurs confrères du Nord sans avoir à satisfaire les milliers, voire les millions d’amateurs exigeants. Ils n’ont pas non plus à affronter les dizaines de journalistes coriaces de marchés intraitables comme Montréal, Toronto, New York, Vancouver et Boston, pour n’en nommer que quelques-uns, où le hockey est une folie, voire même une religion. À Montréal, les « maudits fans » et les « maudits journalistes » sont régulièrement accusés de tenir les meilleurs joueurs loin du Tricolore.
Prenez l’exemple de Vincent Lecavalier, du Lightning de Tampa Bay. Le Lightning est une autre de ces franchises dont les finances fragiles sont tenues à flot grâce, entre autres, à la générosité des équipes du Nord dont la prospérité est garantie par un immense bassin d’amateurs fidèles et passionnés. La rumeur court que le Québécois ne veut rien entendre de venir jouer pour les Canadiens. Évidemment, il est normal que Lecavalier, qui a été repêché et formé par le Lightning, se soit montré loyal envers l’organisation en signant une entente de plusieurs années assortie d’une clause de non-mouvement. Par contre, ce joueur est quand même payé la somme faramineuse de 10 millions de dollars par année pour répondre aux questions de deux journalistes et demi en moyenne, conserver son incognito et garder ses orteils dans le sable sous le chaud soleil de la Floride. Vous trouvez ça juste?
Si ce n’était de l’entêtement du commissaire Bettman à maintenir des équipes dans la Sun Belt, le beau Vincent, à dix millions de dollars, aurait été obligé de s’enlever les orteils du sable, de faire ses valises pour le Nord et de justifier son chèque de paie dans un vrai marché de hockey, avec un vrai public, une vraie meute de journalistes et une véritable pression. Avec les Rangers de New York, les Bruins de Boston ou les Maple Leafs de Toronto, par exemple.
Ou même avec les Canadiens de Montréal.
Rituels et superstitions
16 mai 2010 à 7:14 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Église catholique, Billy Goat, Boston, Bruins, Centre Bell, Chicago, Coupe Stanley, Cubs, fans, Flyers, Gazette, Jacques Demers, Jaroslav Halák, Josh Freed, Penguins, Philadelphie, Pittsburgh, rituels, Sainte-Anne de Beaupré, Série mondiale, Scott Hartnell, superstitions
Un petit billet hors de l’ordinaire, portant sur les superstitions dans le sport. Pas de politique cette fois-ci, puisqu’il n’y a pas de superstition dans ce domaine. Fort heureusement!
Juste avant le dernier match contre les Penguins, je soupais chez mes parents, qui m’avaient invitée à regarder la partie. Lorsque mon père m’a offert du vin à boire, j’ai poliment décliné, expliquant que je ne buvais jamais d’alcool pendant les parties. Les quelques fois où je me suis débouché une bière devant la télévision, les Canadiens ont perdu.
Mes parents n’en croyaient pas leurs oreilles. Eux qui avaient élevé leur fille dans la pensée cartésienne et l’athéisme absolu, découvraient qu’elle se livrait à la superstition. « C’est un rituel, pas une superstition », expliquai-je en vain. Mon père, qui ne manque jamais une occasion de me tirer la pipe, a refusé cette justification et s’est moqué de moi.
Comme les joueurs, de nombreux fans ont leurs rituels pour repousser le mauvais sort loin de leur équipe ou simplement pour apaiser leur tension pendant les matchs. Alors que germait en moi l’idée de ce billet, Josh Freed, de la Gazette, a publié un article sur les rituels et les superstitions des fans de la Flanelle et d’autres équipes, tant du hockey que d’autres sports. L’un de ses amis, pas exemple, a entendu sa fille chanter Na na na hey hey goodbye pendant deux parties de la série contre les Penguins. Les deux fois, les vilains manchots sont revenu de l’arrière et ont remporté la partie. Lorsqu’elle a récidivé, mercredi dernier, son père l’a immédiatement arrêtée. On se souvient également que le mot en « B » (blanchissage) est tabou tant que l’autre équipe n’a pas marqué.
Il y a également certaines croyances collectives qui ont la vie dure. Ainsi, les Cubs de Chicago, au baseball, seraient victimes de la fameuse malédiction du Billy Goat. Le 6 octobre 1945, le propriétaire de la taverne Billy Goat s’est présenté au match avec sa chèvre. L’odeur de l’animal indisposant les autres spectateurs, on demanda à son propriétaire de quitter les lieux. C’est alors qu’il a déclaré que les Cubs ne gagneraient plus jamais. Les Cubs perdirent la Série mondiale cette année-là et n’ont jamais pu accéder à la finale, malgré toutes les tentatives de briser la malédiction, y compris par le neveu du propriétaire du Billy Goat.
À Montréal, il est commun de croire que les « fantômes du Forum », ceux des glorieuses légendes du passé qui occupaient le temple qui a abrité de nombreuses victoires, n’ont jamais digéré que l’équipe déménage ses pénates au Centre Bell, en 1996. Peut-être que la vaillance de l’équipe actuelle et les nombreuses qualités sportives de son gardien convaincront-ils les nobles spectres d’emménager dans la nouvelle demeure des Glorieux, qui accèdent à la troisième ronde pour la première fois depuis 1993, année de leur dernière Coupe Stanley.
De plus, chez les fans montréalais, beaucoup de rituels et d’expressions sont tirées de la religion catholique. Il ne s’agit pas d’un renouveau religieux, mais d’une forme de paganisme joyeux qui recycle la culture religieuse pour l’amalgamer à sa culture sportive. De toute façon, avec tout ce dont l’Église catholique s’est rendue responsable, probablement que la seule chose pour laquelle il est encore décent de prier à l’Église est une victoire des Canadiens. On se souvient du fameux pèlerinage de Jacques Demers à Sainte-Anne de Beaupré, juste avant la conquête de la Coupe de 1993.
À part l’abstention d’alcool, je pratique à l’occasion un autre rituel. Comme j’habite au Quartier chinois, je vais souvent, entre deux périodes, me chercher un pâté à la viande, un dessert asiatique et un jus dans l’une des petites pâtisseries du coin. Or, j’ai remarqué que lorsque je prenais comme dessert une pâtisserie au haricot rouge, les Glorieux remportaient la partie. Il arrivait même qu’après une mauvaise période, je revienne avec mon souper puis, aussitôt que j’attaquais mon dessert au haricot rouge, les joueurs du Tricolore reprenaient de l’énergie. Je n’utilise pas ce truc à toutes les parties, pour ne pas abuser de la chance, mais inutile de vous dire que mercredi dernier, chez mes parents, j’avais apporté ma précieuse pâtisserie au haricot rouge.
Et vous quelles sont vos superstitions… euh, je veux dire, quels sont vos rituels?
Varia :
- Un curieux débat a récemment éclos à Montréal. Qui est le véritable responsable des succès des Canadiens, Jaroslav Halák ou la brigade défensive? Débat stupide à mon avis, puisque les deux ne sauraient fonctionner l’un sans l’autre. Les défenseurs bloquent l’enclave et laissent tirer les adversaires de la périphérie. Halák a donc raison d’êter modeste et de souligner le mérite de ses défenseurs. Cependant, un tel système ne fonctionnerait pas si les défenseurs n’avaient pas une confiance totale et absolue envers leur gardien. Halák leur inspire cette confiance.
- D’habitude, je respecte les adversaires, mais comme toute règle a son exception, je fais aller ma langue de vipère sur les Flyers, que j’ai toujours détestés pour leur mentalité primitive. Alors allons-y avec les blagues douteuses :
- Savez-vous pourquoi autant de Flyers sont édentés? Parce que ça les fait paraître plus sexy aux yeux des dames de Philadelphie.
- Savez-vous pourquoi les Flyers se laissent casser les dents? Pour ne plus avoir la corvée de les brosser.
- Savez-vous pourquoi Scott Hartnell ne se fait pas couper les cheveux? Parce qu’ils sont englués à son casque de toute façon.
- La mascotte de Bruins de Boston vous a avertis : ne sortez jamais avec une fan des Flyers, même si elle rase sa moustache.
Guerre de nerfs (Jean Charest/Bruce Boudreau)
8 mai 2010 à 6:41 | Publié dans Chroniques politiques | 1 CommentaireTags : Action démocratique du Québec, alex ovechkin, arbitres, Boston, Bruce Boudreau, Bruins, Capitals, Devils, Facebook, Flyers, Jacques Martin, Jaromir Jagr, Jaroslav Halák, Jean Charest, Jean-Lévy Champagne, José Théodore, Martin Brodeur, Martin Otis, Matt Cooke, Maxim Lapierre, Mike Green, New Jersey, P.K. Subban, Parti libéral du Québec, Penguins, Philadelphie, Pierre McGuire, Pittsburgh, Ryan Miller, Sidney Crosby, Tomas Plekanec, Washington

Jean Charest (photo tirée de Cyberpresse, droits d’auteur : Gesca); Bruce Boudreau (photo tirée de Cyberpresse, droits d’auteur : AP)
Les séries éliminatoires sont au hockey ce qu’une campagne électorale est à la politique: un sprint, des heures de fou où on carbure à l’adrénaline et pendant lesquelles à peu près tous les autres volets de la vie des politiciens et des athlètes – famille, amis, loisirs – prennent le bord. La même situation s’applique aux autres participants à cette folle aventure, notamment les journalistes et les employés des organisations politiques et sportives.
Tous ceux qui croient que le sport n’a rien de « politique » dans le sens large du terme devront se raviser. Pendant les séries éliminatoires encore plus que pendant la saison, les athlètes et les entraîneurs se livrent une guerre de nerfs tant en dehors de la patinoire que sur la glace. Plusieurs d’entre eux y vont de déclarations controversées et des tactiques plus ou moins subtiles dans le but de déstabiliser l’adversaire. Ces déclarations font dévier l’attention sur des détails qui n’ont pas une grande influence sur le jeu lui-même, mais qui font vadrouiller la meute de journalistes et de sympathisants qui gravitent autour des partis et des équipes.
Beaucoup de bruit pour rien
Il est courant, en politique, de faire mousser tout un scandale autour de déclarations plus ou moins controversées d’un personnage afin de détourner l’attention des « vraies affaires », comme on dit, c’est-à-dire de dossiers importants comme le budget, l’état des routes, les résultats des élèves à l’écoles, les soins donnés dans les hôpitaux… On jette de la boue sur l’adversaire pour détourner l’attention de ses propres échecs. Jean Charest, premier ministre du Québec et chef du Parti libéral, est passé maître dans l’art de faire ce genre d’écran de fumée.
Pendant la campagne électorale de 2007, Charest avait fait ses choux gras de déclarations naïves (et parfois même imbéciles) de candidats peu expérimentés de l’Action démocratique du Québec. Les recherchistes du PLQ avaient fouillé le passé de tous les candidats adéquistes et avaient déterré toutes les déclarations, les textes et même les photos de pages Facebook qui pouvaient le moindrement causer de l’embarras à l’ADQ. Ainsi, le jeune Martin Otis, candidat dans la circonscription de Gatineau, avait candidement avoué avoir été « parachuté » dans le comté (envoyé dans le comté d’une autre région de la province), mais que par respect pour les électeurs, il ferait son possible pour faire du porte-à-porte les fins de semaine. Jean Charest s’était moqué sans retenue du jeune homme, alors que son parti, comme tous les partis d’ailleurs, comptait sur des candidats « poteaux », ces candidats sans aucune chance de l’emporter mais qui permettent à leur parti d’être représentés dans tous les comtés, condition indispensable pour participer au débat des chefs. « Le poteau s’est planté », a commenté Charest dans un bel élan d’hypocrisie. Un autre candidat adéquiste, Jean-Lévy Champagne dans Hochelaga-Maisonneuve, a été victime de sa page Facebook, dans laquelle le jeune étudiant avait affichée une photo de party le représentant costumé avec un simple feuillage pour préserver la pudeur.
Il est certes utile de prêter attention à ces détails. En général, ces incidents insignifiants n’ont en soi rien d’important. Cependant, si un politicien accumule les gaffes, il devient peu à peu un boulet pour son parti, et se fait éventuellement montrer la porte. C’est ce qui est arrivé à André Boisclair, dont l’échec a moins à voir avec son homosexualité et sa consommation passée de cocaïne, qu’avec son manque flagrant de jugement vis-à-vis des médias et de son propre parti. D’un autre côté, il est désolant de constater à quel point la vie politique peut tourner autour de ces niaiseries.
Mes années de militantisme politique et mes deux campagnes électorales à titre de candidate me permettent de vous confirmer qu’il se gaspille une somme épouvantablement monumentale d’énergie, de temps et d’efforts à gérer ce genre d’âneries qui n’ont rien à voir avec le système de santé, le réseau d’éducation, les finances publiques ou les autres enjeux cruciaux pour l’avenir de notre société. C’est d’ailleurs en partie ce qui explique mon retrait de la politique après les élections de 2008. La majorité des gens qui entrent en politique, que ce soit à titre d’employé, de bénévole ou de candidat, le font avec l’intention sincère d’améliorer le sort des gens et de faire évoluer la société pour le mieux. Nombre d’entre eux, comme moi, quittent la politique, parfaitement dégoûtés par un immobilisme crasse qui éteindrait l’enthousiasme de n’importe quel volontaire, eût-il l’énergie d’un P.K. Subban.
Je te tiens par la barbichette…
Même pendant la saison, des propos hors glace peuvent retenir l’attention des journalistes et des amateurs. Citons l’escarmouche entre le joueur Maxim Lapierre et l’analyste Pierre McGuire lorsque ce dernier a affirmé que le jeune homme se faisait une réputation de lâche dans la LNH.
Cependant, pendant les séries éliminatoires comme dans les campagnes électorales, la guerre des mots bat son plein. Cette année, chez les Canadiens de Montréal, c’est Tomas Plekanec qui l’a involontairement lancée en affirmant que les gardiens des Capitals de Washington n’étaient pas Martin Brodeur ni Ryan Miller. José Théodore, le gardien partant des Caps, a rétorqué « Tomas qui? Jagr? » en faisant allusion à Jaromir Jagr, brillant attaquant autrefois membre du Tricolore. Plekanec lui a cloué le bec en comptant le but gagnant de la première partie de la série. Puis Alex Ovechkin, des Caps, a prétendu avoir vu la main de Jaroslav Halák trembler; Mike Green a affirmé que les Canadiens n’avaient pas beaucoup de ressources pour battre son équipe. Bruce Boudreau, l’entraîneur-chef de Washington, a laissé entendre que Jacques Martin, celui de Montréal, avait peut-être espionné l’un de ses entraînements. Boudreau et les Capitals pensaient utiliser la cohorte de journalistes montréalais à leur avantage pour déstabiliser les Canadiens, en jouant un genre de jeu de chicken dans lequel ils croyaient bien avoir le dernier mot. Ils étaient bien naïfs : les joueurs du Tricolore, habitués au zoo médiatique, n’ont pas bronché et se sont concentrés sur le jeu, avec le résultat qu’on connaît.
En deuxième ronde, Matt Cooke, des Penguins de Pittsburgh, sous-entendu que le jeune défenseur P.K. Subban, des Canadiens, faisait exprès de tourner sa lame de patin vers le haut lorsqu’il se faisait mettre en échec pour tenter de blesser ses adversaires. Peine perdu : le Canadien a fait le gros dos, et la série est maintenant égale à 2-2. Par ailleurs, les Penguins ne semblent pas vouloir s’embarquer dans le même genre de duel médiatique qui a fini par ridiculiser les Capitals. On peut quand même s’attendre à quelques autres escarmouches verbales d’ici la fin de la ronde. Et, sait-on jamais, à un autre chapitre contre les Bruins de Boston ou les Flyers de Philadelphie, puisque nos glorieux Schtroumpfs n’ont peut-être pas fini de nous surprendre.
Varia :
- Non, je ne crois pas à une conspiration anti-Canadiens chez les arbitres. Il y a certains soirs, toutefois, où ma raison vacille et je commence à croire vraiment que certaines vedettes sont vraiment protégées par les zèbres. Visionnez la vidéo des punitions non signalées contre les Penguins lors du quatrième match.
- Sidney Crosby me déçoit beaucoup. Je ne voulais pas croire qu’il se comporte vraiment comme une princesse qui aurait mal dormi la nuit dernière à cause d’un petit pois sous son matelas. J’ai changé d’avis depuis, et cette vidéo devrait contribuer à convaincre les sceptiques.
- Retour sur mon billet précédent : je vous parlais de l’attitude des fans d’ailleurs. À ma connaissance, rien ne bat les fans des Rangers de New York pendant la série éliminatoire de 2003 contre les Devils du New Jersey. Martin Brodeur venait de se faire remettre ses papiers de divorce suite à une aventure avec la femme de son beau-frère. Dans les gradins du Madison Square Garden, des spectateurs brandissaient des pancartes se moquant de ses déboires conjugaux, notamment une parodie des publicités de MasterCard : Billet pour un match des séries : 95 $. Pension alimentaire à ton ex : 9 millions $. Coucher avec ta belle-sœur : ça n’a pas de prix. » Ça n’a tout de même pas empêché les Devils de remporter la Coupe Stanley cette année-là. La dureté du mental…
À la défense des fans montréalais
2 mai 2010 à 1:40 | Publié dans Non classé | 2 CommentairesTags : alex ovechkin, Alexander Semin, Boston, Brian Boucher, Brian Elliott, Brian Gionta, Bruce Boudreau, Bruins, canucks, Capitals, Coyotes, Dave Tippett, Dennis Wideman, Devils, Don Cherry, Don Maloney, fans, Flyers, Jaroslav Halák, John Tortorella, Leafs AbomiNation, Maple Leafs, Marian Hossa, Mike Green, mike richards, New Jersey, New York, Ottawa, Pascal Leclaire, Penguins, Philadelphie, Phœnix, Pittsburgh, Rangers, Roberto Luongo, Sénateurs, Scott Gomez, Semyon Varlamov, Tim Thomas, Toronto, vancouver, Vincent Lecavalier, Washington
De nombreux accusateurs reprochent aux fans du Canadien d’être exigeants, arrogants, vulgaires, bipolaires, minables et chauvinistes (entre autres), de huer n’importe quand et pour n’importe quelle raison, de ne pas connaître leur hockey, de parler à travers leur chapeau.
Ceux des autres villes seraient polis, respectueux, connaisseurs et appuieraient leur équipe inconditionnellement. Les autres clubs n’ont pas à composer avec un troupeau de journalistes lèche-bottes, fielleux et hypocrites. Bref, Montréal, c’est le goulag, l’enfer pour les pauvres joueurs, surtout ceux du Canadien qui haïssent leurs propres fans qu’ils voient comme des bourreaux sanguinaires.
Et si Montréal n’était pas si pire? Une comparaison rapide avec d’autres villes permettrait de dégonfler ce mépris injustifié pour les fans de la plus ancienne équipe professionnelle de hockey au monde. Que reproche-t-on aux fans des Canadiens, au juste? Et comment leurs défauts se comparent-ils avec ceux des fans d’ailleurs?
1. Ils sont cruels avec leurs gardiens : Vancouver a déjà été qualifiée de « cimetière de gardiens ». Encore cette saison, Roberto Luongo a été mis sur la sellette chaque fois qu’il connaissait un passage à vide. À Philadelphie, avant que Brian Boucher n’entre dans sa bulle en séries, le rendement des gardiens était si pitoyable que des spectateurs dans la foule tenaient des pancartes avec l’inscription « Mettez-moi dans les buts ». Après une saison difficile, Pascal Leclaire (Sénateurs d’Ottawa) a pris la relève de Brian Elliott en séries et s’est montré brillant lors d’une partie qui s’est terminée en faveur de son équipe après pas moins de trois périodes de prolongation. Après l’élimination des Sénateurs malgré un effort honorable de Leclaire, il a commenté : « Il y a deux semaines, j’étais un jambon et là, je suis l’ami de tout le monde dans la rue ».
2. Ils huent leur équipe : Écoutez attentivement les matchs sur la route. Cette année, j’ai entendu au moins la foule du New Jersey, celle de Boston et celle des Rangers huer leur équipe lorsque celle-ci ne performait pas. Boston, en particulier, s’est particulièrement fait étriller par sa propre foule à cause d’une série d’insuccès à domicile. Les Capitals se sont également fait huer au terme de leur septième match.
3. Ils huent leurs anciens joueurs : Demandez à Marian Hossa quel accueil lui est réservé à Pittsburgh, qu’il a déserté en faveur de Détroit pour augmenter ses chances de gagner la Coupe Stanley. Brian Gionta s’est fait huer cette année au New Jersey, et Scott Gomez à l’aréna de ses deux équipes précédentes, les Devils et les Rangers.
4. Ils martyrisent le joueur mal-aimé de leur équipe : Tim Thomas se fait régulièrement huer cette saison dans son propre aréna; avant lui, le défenseur Dennis Wideman était la tête de Turc des fans bostonnais. Par ailleurs, le blogueur à la source de cette information se plaint de la baisse de qualité des spectateurs au TD Garden (tiens donc, cela ne rappelle-t-il pas un certain discours sur la foule du Centre Bell?). Gomez se faisait huer au Madison Square Garden lorsqu’il portait l’uniforme des Rangers. En passant, Gomez n’est pas le seul à se faire reprocher son onéreux contrat : le Vinny Calculator vous permet de mesure le montant que gagne Vincent Lecavalier par but, par minute de jeu et selon ses autres statistiques, en plus de faire une comparaison avec votre propre salaire.
5. Ils sont violents envers les fans des autres équipes : il n’y a pas qu’à Montréal que les fans de l’extérieur se font malmener. Les fans des Bruins de Boston et ceux des Flyers de Philadelphie ne sont pas réputés pour être des enfants de chœur non plus, et aucun aréna de la LNH n’est à l’abri de violence entre spectateurs. Et que dire des émeutes, voire même des morts qui surviennent régulièrement dans les stades européens de soccer?
6. Ils sont chauvinistes : allez voir les commentaires de l’article de TSN sur l’ultime défaite des Capitals. Les Russes comme Alex Ovechkin, Alexander Semin et Semyon Varlamov s’en prennent plein la gueule. Et que dire de Don Cherry? En plus de mépriser ouvertement les francophones et les Européens, il a pris récemment l’habitude de massacrer ostensiblement les noms des gardiens européens. Semyon Varlamov a ainsi été rebaptisé « Varlamakov » (également désigné « Russe, ou peu importe ce qu’il est »). Jaroslav Halák a été renommé « Havlak » et « Havacock » (« cock », pour ceux qui l’ignorent, désigne l’appendice reproducteur masculin en anglais).
7. Ils sont arrogants, sans classe et casseurs : toujours dans la section des commentaires de TSN, vous seriez surpris de voir le nombre de gens heureux que les Canadiens aient rabattu le caquet des Capitals et de leurs fans, surnommés les « Craps fans ». Par ailleurs, cette même section est le lieu d’une jolie querelle entre fans des Capitals et ceux des Penguins, entre pro-Ovechkin et pro-Sidney Crosby. Si vous cherchez là un exemple de classe, vous serez déçus. Pour ce qui est de la casse, un article de la Gazette nous apprend comment la police de plusieurs villes, notamment Calgary et Edmonton, doivent composer avec les manifestations spontanées de fans en liesse.
8. ils remplissent l’aréna et achètent de la guenille malgré le rendement moyen de l’équipe : la Leaf Nation cultive la médiocrité depuis plus de quarante ans, et pourtant ;es Maple Leafs de Toronto remplissent leur aréna en vendant les billets les plus chers de la LNH. Brian Burke, le directeur général, a même parlé de « maladie bleue et blanche » pour qualifier l’attitude de ses joueurs qui se sentent à l’aise dans une ville où, selon lui, le hockey est « un culte, une religion » (tiens, tiens, comme à Montréal). Par ailleurs, de nombreuses autres organisations vendent le maximum de guenilles, tout comme le Tricolore, mais rien ne bat le catalogue du légendaire club de soccer Real de Madrid, qui comprend de la lingerie féminine.
9. Ils ne sont fans de l’équipe que lorsqu’elle gagne : cette accusation contredit la précédente, mais aucune logique n’arrête les pourfendeurs des fans des Canadiens. Par ailleurs, il n’y a pas qu’à Montréal que les fans se font accuser de revenir au Tricolore uniquement lorsque celui-ci vit des succès. À Washington, les fans de longue date sont en froid avec les « bandwagon fans », ces fans qui ont découvert récemment les Capitals avec l’arrivée d’Alex Ovechkin. Par ailleurs, les Coyotes de Phœnix sont la saveur du mois en Arizona. Chapeau à l’entraîneur Dave Tippett et au directeur général Don Maloney, qui ont interdit la moindre allusion à la situation financière de l’équipe et à son possible déménagement dans le vestiaire des joueurs, et qui ont tirée de ceux-ci à une saison inespérée. Pendant la première ronde des séries éliminatoires, l’aréna Jobing.com était plein. Pariez, cependant, qu’on y entendra à nouveau les mouches voler quelques semaines après le début de la prochaine saison.
10. Ils sont bipolaires et veulent régulièrement jeter tout le monde dehors : vous auriez dû voir la panique s’installer chez les fans des Capitals après la sixième partie entre Washington et Montréal. Après la septième, de nombreux fans voulaient faire table rase et mettre à la porte le directeur général, l’entraîneur, l’entraîneur-adjoint responsable de la défense, les joueurs, etc. De plus, ils étaient nombreux à faire la file pour gifler Bruce Boudreau, Alex Ovechkin, Alexander Semin et Mike Green.
11. Les maudits journalistes : nourris par les maudits fans, ils font supposément partie des raisons pour lesquelles aucun joueur ne voudrait venir à Montréal à moins de crever de faim. Il est vrai que la métropole québécoise a le plus gros contingent de journalistes sportifs entièrement consacrés à une seul équipe. Cependant, les médias qui couvrent les Rangers de New York, réputés particulièrement durs, mettent régulièrement à l’épreuve les nerfs du bouillant entraîneur John Tortorella. Chez les Flyers de Philadelphie, le capitaine Mike Richards a boudé les médias qui s’étaient intéressés d’un peu trop près à la vie nocturne de certains joueurs. Enfin, les journalistes de Toronto, dont le marché ressemble en tout points à celui de Montréal (sauf pour le nombre de Coupes Stanley remportées), sont tellement désabusés que deux d’entre eux ont publié un livre entier, intitulé “Leafs AbomiNation”: http://bit.ly/b4qij, sur la médiocrité des Maple Leafs.
Les faits ci-dessus ont été réunis grâce à une recherche rapide, mais une enquête exhaustive pourrait déterrer bien autre chose encore. Ce billet n’a pas pour but d’excuser les pires stupidités commises par le public montréalais. Mettre le feu à des voitures, tabasser des fans de Boston, huer l’hymne américain et huer un gardien alors qu’il a obtenu la troisième étoile dans une défaite où il a livré une prestation honorable : ce n’est pas avec ce genre d’exploit qu’on entretient une fierté centenaire.
Cessons de croire, toutefois, que les fans des Canadiens sont les pires de toute la LNH. Montréal a la plus forte densité d’amateurs de hockey au kilomètre carré. Forcément, il en découle des avantages, mais aussi des inconvénients. On comprend pourquoi les joueurs du Tricolore disent que le Centre Bell est le meilleur endroit où gagner… et le pire où perdre.
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