La langue de travail et la langue du public

28 décembre 2011 à 9:52 | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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« Un cadeau de Noël parfaitement bilingue pour Pierre Gauthier… » (Aislin, The Gazette, 21 décembre 2011

Depuis la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur-chef intérimaire des Canadiens de Montréal, les passions se déchaînent. Les émotifs ne se trouvent pas que du côté des défenseurs de la langue française, mais aussi des adulateurs inconditionnels de la Flanelle, dont bien peu parviennent à argumenter sans tomber dans l’agressivité.
Je n’ai pratiquement pas entendu de critiques contre Cunneyworth lui-même, et pour cause : la plupart des gens ont pitié du pauvre Ontarien qui n’a pas demandé à se retrouver dans un tel imbroglio… et qui n’avait peut-être même pas la connaissance suffisante du terrain pour prévoir la controverse. La même excuse n’est valable ni pour Pierre Gauthier, ni pour Geoff Molson.

Intérim mon œil

Pourquoi s’offusquer de l’unilinguisme de Cunneyworth, s’il exerce ses fonctions que par intérim? Parce que, Gauthier étant Gauthier, presque personne n’a vraiment cru à cet « intérim » au départ. Gauthier a nommé Cunneyworth entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école des Canadiens; Gauthier a promu Cunneyworth au rang d’entraîneur adjoint des Canadiens cette saison; Gauthier a renvoyé Perry Pearn, un autre entraîneur adjoint, et a augmenté les responsabilités de Cunneyworth. De toute évidence, le mot « intérim » n’était là que pour acheter du temps en espérant que quelques victoires feraient passer la pilule de l’unilinguisme. Il a fallu la colère du public pour que cet intérim se confirme.
Il n’y a pas suffisamment d’espace nécessaire ici pour réfuter tous les arguments fallacieux contre la nécessité du bilinguisme pour le poste d’entraîneur-chef des Canadiens. Allons-y donc pour l’un des arguments principaux, celui concernant les relations entre les joueurs et entraîneurs, d’une part, et le public, d’autre part. Ces relations commencent d’abord par les incontournables entrevues.

Don’t have anything to say, but will speak anyway

Pourquoi s’intéresser à la langue des entraîneurs et des joueurs, puisqu’il est supposé que ceux-ci ne disent jamais rien d’intéressant et rabâchent toujours les mêmes clichés? Je ne sais pas, mais ces « clichés » sont pourtant religieusement écoutés et scrutés à la loupe match après match par les journalistes et les amateurs. C’est rendu à un point tel que, pendant les arrêts de jeu, les entraîneurs et les joueurs répondent au micro alors qu’ils sont au banc! Leurs propos inintéressants semblent soudainement intéresser beaucoup de monde… Du coup, imaginez que seuls deux joueurs d’une équipe de l’extérieur du Québec puissent s’exprimer en anglais, et que les joueurs vedettes comme les entraîneurs ne puissent s’exprimer qu’en russe. Pensez-vous que les journalistes anglo-saxons suivraient longtemps les exploits de cette équipe? Poser la question, c’est y répondre.

Pour n’importe quelle entreprise et ses représentants, parler la langue de leurs clients et de leur public est une compétence indispensable. Dans les équipes de la LNH, même les joueurs russes sont capables, au bout d’un certain temps, de donner une entrevue en anglais; il n’y a qu’Alexander Semin (Capitals de Washington) qui n’y est parvenu qu’en septembre dernier, au début de sa sixième saison dans la LNH, et cette anomalie n’a pas manqué d’être soulignée à Washington.

Avec le français, il faut faire davantage de compromis. Avec l’internationalisation du hockey de la LNH et la fréquente permutation des joueurs, il est impossible que toute la formation tricolore s’exprime en français; ce ne l’est plus depuis des dizaines d’années, d’ailleurs. De toute façon, ce que la vaste majorité du public veut, c’est davantage de français, pas l’élimination de l’anglais.

La présence du français n’en demeure pas moins essentielle, même chez les joueurs et les entraîneurs. Plusieurs ont parlé de « respect » de la part d’une « institution » qui est « davantage qu’une entreprise », etc. J’ajouterais le plus important : le français fait surtout partie du fonds de commerce des Canadiens. Sous la férule du magicien Ray Lalonde, son service de marketing a exploité à fond la fierté canadienne-française et l’histoire des icônes francophones du Tricolore pour transformer une concession médiocre en formidable machine à sous. La leçon n’a jamais été totalement oubliée, puisque cette même équipe de marketing a été capable de faire apprendre quelques mots de français à Brian Gionta et à Carey Price à l’occasion du tournage d’annonces publicitaires (voir ici les progrès de Price en français).

Les joueurs saltimbanques

Ça fait longtemps qu’on nous répète que le travail des joueurs et des entraîneurs n’est pas de faire des relations publiques, mais de « gââââââââgner ». Pourtant, quand on sort de la bulle montréalaise, on se rend compte qu’ailleurs, les organisations et les joueurs ne ménagent pas leur salive pour séduire le public. Annonces télévisées, vidéos promotionnelles, distribution de billets de saison à la porte par les joueurs, concours et activités de socialisation avec les fans… Ailleurs qu’à Montréal, les joueurs vont à la rencontre de leurs partisans bien plus souvent qu’à l’occasion de la visite annuelle aux hôpitaux pédiatriques. Les Blackhawks de Chicago font rire le public avec leur interprétation loufoque des cantiques de Noël; les Sharks de San Jose dévoilent leurs « talents » professionnels hors de la sphère sportive; les Red Wings de Détroit se font acteurs, le temps du tournage d’annonces télévisées (ici et ici); huit joueurs des Blues de Saint-Louis enregistrent une lecture à voix haute du poème « ’Twas the night before Christmas », et ceux de leurs partisans capables d’identifier dans l’ordre les voix de ces joueurs ont la chance de gagner des billets pour des matchs en janvier. Dans quelle langue se font tous ces efforts de promotion? En anglais, bien sûr.

Bien avant le début de la controverse « Cunneyworth », les apologistes de la Flanelle ont affirmé préférer la compétence à la langue. Belle façon de se fourvoyer : la langue, autant celle de travail que celle du public, fait partie des compétences. Cette donnée fondamentale est souvent oubliée parce que dans presque toute la Ligue nationale de hockey, la langue de travail quotidienne (entraînements, parties, réunions) et la langue de promotion auprès du public est la même, l’anglais. Il n’y a qu’à Montréal (et peut-être bientôt à Québec) que la langue de travail n’est pas la même que celle de la majorité du public. Cet état de fait complique la situation, bien sûr, mais la langue du public n’en demeure pas moins aussi importante que la langue de travail. Grâce au travail monumental de Ray Lalonde et à quelques idoles adulées comme Alex Kovalev et Jaroslav Halák, cette importance a été gommée pendant des années; des joueurs moyens sont devenus des célébrités royales quasiment inaccessibles, tenus en serre chaude par l’organisation. Toutefois, il était inévitable que le voile se déchire tôt ou tard. Si les Canadiens ne veulent pas commencer la saison prochaine dans une fournaise infernale, ils doivent trouver rapidement des solutions.

La fin du déni

Il y a les fausses solutions, bien sûr, comme se reposer sur les sectaires de la Flanelle drapés dans la rectitude politique. Ces apologistes traitent les unilingues francophones d’attardés et les défenseurs du français de racistes et de xénophobes; ils nient la dimension promotionnelle du travail des joueurs et accusent les médias de faire tout un plat avec la langue. Pourtant, les sondages de QMI (Journal de Montréal) et de CROP (La Presse) confirment la colère de la majorité des amateurs face à l’attitude de Tricolore au sujet de la langue française. Ces tentatives de bâillonner les amateurs par la honte ne fonctionnent plus. Les Canadiens ne sont pas un groupe vedette de rock en tournée mondiale. Ils sont une entreprise québécoise dont la majorité de la clientèle est francophone.

Curieusement, les intransigeants des Canadiens affirment qu’ils n’ont pas à s’occuper de la langue française, puisqu’ils sont une entreprise privée. Comme si les entreprises privées présentes au Québec n’avaient aucune responsabilité concernant le français! Nulle entreprise ne peut ignorer le contexte social dans lequel elle évolue. D’un autre côté, chaque partisan qui quitte le Titanic tricolore pour se tourner vers une autre équipe se fait immanquablement traiter de « traître » par ces mêmes fanatiques intraitables, comme si l’« entreprise privée » qu’est le Canadien redevenait tout à coup une religion dont chaque apostat méritait la pendaison.

Voter avec son portefeuille

De plus en plus d’amateurs francophones de hockey, conscients de l’hypocrisie de la haute direction des Canadiens, s’affranchissent de cette pensée unique et offrent leur appui à une autre organisation. Ils observent plusieurs équipes pour diverses raisons : le nombre de francophones (Lighning de Tampa Bay, Penguins de Pittsburgh), la proximité de l’équipe (Sénateurs d’Ottawa, Bruins de Boston), ou même le transfert d’un joueur aimé (Blues de Saint-Louis). D’autres militent pour le retour des Nordiques. Grâce à Internet, à NHL Center Ice et au probable retour des Nordiques, le statut de monopole du Canadien commence à s’effriter, et l’arrogance de sa direction aussi. Puisque les Canadiens n’offrent officiellement plus cette dimension culturelle unique sur laquelle ils ont bâti leur fortune, il est normal que les amateurs soient de plus en plus tentés de « magasiner » ailleurs une équipe qui ne leur tient pas un double langage.

Des oursons pleurnichards

25 novembre 2011 à 1:47 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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J’avais de la sympathie pour les partisans des Bruins de Boston, ne serait-ce que pour la persévérance avec laquelle ils se manifestent sur la blogosphère francophone de hockey malgré toutes les injures de leurs éternels rivaux partisans des Canadiens de Montréal. À la lumière de récents évènements, cette sympathie commence à s’estomper. Nombre d’entre eux font des comparaisons disproportionnées pour défendre les gestes indéfendables de leurs favoris; d’autres (souvent les mêmes) crient comme des vierges offensées et atteignent le même niveau de braillage qu’ils attribuent aux fidèles de la Flanelle.

« Ton joueur est plus méchant que le mien »

Imaginez qu’un gars donne une volée à sa femme. Une vraie de vraie, avec coups de poing, coups de pieds et cassage de dents. La police arrive, et la femme, fâchée, donne une gifle au mari. Aussitôt, il piaille : « Regardez! Regardez, elle aussi elle est violente, pis elle se pose en victime! Pis a part de ça, c’est de sa faute, elle m’a provoqué! »

C’est un peu comme ça que plusieurs fans de Boston ont traité l’affaire Lucic-Miller. Dès que la vidéo où l’on voit Milan Lucic, des Bruins, entrer en collision avec Ryan Miller, des Sabres de Buffalo, a fait le tour des réseaux sociaux de hockey, ils se sont empressés de déterrer tous les cas pouvant ressembler de près ou de loin à de la jurisprudence en sa faveur :

- Oh! Regardez ce dégueulasse, cet épouvantable Brian Gionta, qui a assommé le pauvre James Reimer! Reimer dont ils se foutaient éperdument avant que son cas ne puisse leur servir. Gionta qui, tentant de se faufiler entre Reimer et un joueur des Maple Leafs de Toronto, “a perdu l’équilibre et a accidentellement accroché le gardien” :http://www.youtube.com/watch?v=ZOQXQQ38jFE.
- Hé, les partisans des Canadiens, gueule un autre de ces justiciers improvisés en noir et jaune, on en vous a pas entendus quand Chris Stewart, a envoyé Niklas Kronwall dans la bande! Bien sûr qu’ils ne se faisaient pas entendre : Brendan Shanahan, le préfet de discipline de la LNH, n’avait pas encore rendu sa décision (Stewart, des Blues de Saint-Louis, a fini par avoir une suspension de trois matchs bien méritée pour son geste envers le joueur des Red Wings de Détroit). Lucic, au contraire, avait déjà bénéficié de la clémence de Shanahan dans une décision qui relance les soupçons sur le traitement préférentiel dont bénéficieraient les Bruins.

Tenter de faire diversion des méfaits d’un joueur en attirant l’attention sur un autre est une tactique très courante de mauvaise foi. Transformer la victime en coupable en est une autre. Lucic n’a pas esquissé le moindre petit geste pour éviter Miller, et la collision lui a valu au moins une punition de deux minutes. Aussitôt, des partisans des Bruins ont concocté une toute nouvelle théorie, soit que le gardien qui sort de son trapèze peut être traité comme tous les autres joueurs, c’est-à-dire plaqué durement, sous prétexte qu’il est protégé comme un char d’assaut.

Hé, mes petits nounours, revoyez les vidéos des collisions entre Lucic et Miller, puis entre Gionta et Reimer. Avez-vous déjà remarqué à quel point les masques des gardiens tombent facilement de leur tête au moindre choc ? Ces masques sont conçus d’abord pour protéger leur visage des tirs. Le côté arrière de ces masques est très mince et lâchement fixé, pour leur permettre de le retirer facilement afin de boire à leur gourde. Ces masques ne sont pas conçus pour protéger les gardiens des mises en échec. Pour une bonne raison : les gardiens ne sont pas supposés se faire mettre en échec. Comme le dit le “règlement 69.4”http://www.nhl.com/ice/page.htm?id=26480 :

[traduction] Un gardien de but n’est pas “disponible au contact” uniquement parce qu’il joue à l’extérieur de sa zone. La pénalité appropriée doit être décernée dans tous les cas où un joueur en attaque entre inutilement en contact avec le gardien. Néanmoins, un contact accidentel est permis lorsque le gardien manipule la rondelle à l’extérieur de sa zone, pourvu que le joueur en attaque fasse un effort raisonnable pour l’éviter.

Lucic n’a pas, et n’a probablement jamais voulu éviter le contact avec Ryan Miller. Sous le choc, le masque de ce dernier est tombé, et Miller a subi une commotion cérébrale, comme Reimer d’ailleurs. Répétez après moi : pas-de-mise-en-échec-sur-les-gardiens, c’est clair?

Remarquez, les fans de Boston ne sont pas les seuls à avoir évalué l’affaire à travers une loupe déformante. Carey Price, des Canadiens, a lui aussi jugé que Lucic ne méritait pas de suspension. Son critère? Puisque Cam Janssen l’a frappé de la même façon il y a un an et demi, pendant un match contre les Blues de Saint-Louis, et n’a pas eu de suspension, alors Lucic ne méritait pas d’être suspendu lui non plus. Price oublie un détail : Janssen a bel et bien tenté de l’éviter lorsque les deux se sont précipités à toute vitesse l’un vers l’autre (Janssen a eu une pénalité mineure pour rudesse). Mais puisque Price n’a pas obtenu justice, Miller ne devrait pas l’obtenir non plus. Et pas un mot sur la sécurité des gardiens…

En passant, foutez-moi la paix avec le fait que je suis partisane des Blues de Saint-Louis; Janssen fait maintenant partie des Devils du New Jersey, alors il est vraiment le moindre de mes soucis. Et Stewart méritait vraiment d’être suspendu.

« Mon joueur est plus innocent que le tien »

Parlant de justice, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ne déposera pas d’accusation contre Zdeno Chara, des Bruins, pour son coup sur Max Pacioretty, des Canadiens. Évidemment, les partisans du hockey néandertalien se sont gargarisés de contentement, rappelant doctement à quel point les procédures d’enquête ont coûté du temps et de l’argent aux contribuables.

Perte de temps et d’argent? Ce n’est pas l’opinion d’Yves Boisvert, chroniqueur judiciaire de La Presse et plus fin connaisseur que vous et moi des conséquences d’interventions policières et d’enquêtes sur la société. Qu’il n’y ait pas de poursuite ne signifie pas que Chara soit innocent : ça signifie que le Directeur n’a pu obtenir suffisamment de renseignements pour bâtir un dossier suffisamment solide pour tenir le coup devant la procédure judiciaire favorable au prévenu. Le scandaleux laxisme de la Ligue, qui n’a pas suspendu Chara, a permis de de jeter suffisamment de flou juridique pour permettre au défenseur de s’en tirer à bon compte.

« Sauf que cette affaire est un des éléments qui ont amené la ligue à devenir plus sérieuse, et plus soucieuse de la sécurité des joueurs de hockey, écrit Boisvert. Elle a eu son petit effet civilisateur, pour ainsi dire. » Elle a aussi eu l’effet de rappeler que la loi s’applique partout, y compris sur les patinoires de la LNH. Que Chara ait senti la justice lui roussir les orteils a sûrement dû l’aider à réfléchir.
Oh! bien sûr que Chara n’a pas voulu blesser Max Pacioretty; c’est juste qu’avec la force employée pour lui envoyer la tête dans le poteau bordant la baie vitrée, on sentait bien qu’il s’en foutait. La négligence crasse peut être aussi criminelle que l’intention; au moins, celui qui veut blesser sait que c’est mal et qu’il risque de se faire punir. Celui qui s’en fout, au contraire, se pense au-dessus des règles. Après l’acte, sont venus les remords; mais Chara, qui venait d’être blanchi par le tristement célèbre Colin Campbell, aurait-il eu des regrets aussi vifs s’il n’avait pas fait l’objet d’une enquête policière? Sûrement que ses coéquipiers l’auraient aidé à se trouver des excuses; notamment le dégoûtant Mark Recchi, qui s’est vanté d’avoir effrontément menti à la presse pour détourner l’attention de son capitaine en insinuant que Pacioretty avait exagéré sa blessure. Une tactique qui, comme on l’a vu plus haut, est en train de faire des petits chez les partisans des Bruins. De plus en plus de ces partisans sont en train de copier les travers les plus détestables qu’ils reprochent aux partisans des Canadiens.

La seule (et profonde) bêtise de nombreux partisans montréalais, dans cette affaire, est d’avoir eu recours au 9-1-1 au lieu de passer par Infocrime pour porter plainte. Un petit truc simple, les amis : 9-1-1, c’est pour les urgences immédiates, genre quand quelqu’un risque de crever séance tenante. Quand l’offense et faite et qu’il s’agit d’en prévenir les policiers, c’est par Infocrime que ça passe. C’est le chemin que j’ai failli prendre le soir de ce malheureux incident; et c’est celui que je prendrai si j’apprends qu’un autre geste aussi sauvage a eu lieu. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Centre Bell, que la victime soit un joueur de hockey ou non. J’en fais une question de principe.

J’avais de la sympathie pour les partisans des Bruins, mais cette sympathie est en train de tourner au vinaigre. Le 22 février prochain, les Bruins rendront visite aux Blues qui, je l’espère, leur mettront la pâtée de leur vie. Avec une bonne mise en échec bien sentie sur Lucic ou Chara, ça se prendrait bien.

Une soirée au Scottrade Center

19 mars 2011 à 7:00 | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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Le 10 mars dernier, j’ai eu la chance d’assister au match entre les Canadiens de Montréal et les Blues de Saint-Louis, au Scottrade Center. Malheureusement, mes photos ne sont pas très bonnes, alors j’espère que mes mots pourront vous transmettre une partie de l’enchantement de cette soirée.

Ma première visite a eu lieu le matin même, lorsque je suis allée faire des emplettes à la boutique. J’ai jasé avec le caissier, qui m’a mentionné avoir entendu parler des nouveaux fans des Blues au Québec, ainsi que de la terrible mise en échec de Zdeno Chara sur Max Pacioretty, et de l’enquête policière qui pourrait avoir lieu.

Voici quelques tee-shirts de joueurs. J’ai évidemment acheté celui de Jaroslav Halák. Comme vous pouvez le constater, Chris Stewart a rapidement monté en grade dans le service de marketing des Blues.

J’ai dû résister à ce tee-shirt avec de ravissantes roses bleues, ainsi qu’au sac fourre-tout juste à côté.

Il y a des articles pour ceux qui veulent afficher leur allégeance, mais qui ne portent pas très bien le bleu.

Enfin, comme nous étions deux jours avant la parade de la Saint-Patrick, les partisans des Blues pouvaient également se mettre au vert. J’ai vu plusieurs fans porter ces articles le soir du match.

Maintenant, pour les collectionneurs maniaques, voici respectivement les chapeaux en forme de tête-de-Louie, le grille-pain des Blues et la section pour animaux avec vêtements, gamelles et laisses pour vos amis à quatre pattes.

Chapeaux en tête-de-Louie :

Grille-pain :

Articles pour animaux :

Au total, j’ai pris un tee-shirt de Jaroslav Halák du modèle bleu foncé, celui avec le Gateway Arch sur le devant; deux épinglettes, un porte-clés et un drapeau pour ma voiture. Ce dernier achat est une véritable excentricité, mais je voulais savoir combien de temps il tiendrait sur ma voiture avant d’être arraché.

Je suis donc retournée à l’aréna le soir même. Ma photo du Scottrade Center ne rend pas justice à l’élégance de l’édifice, alors voici une photo repiquée du Web.

Une foule se dirige vers l’aréna; d’ailleurs, deux agents font la circulation autour du Scottrade Center avant et après les matchs. La photo ci-dessous a été prise après le match, alors que les derniers spectateurs attendaient de pouvoir traverser la rue :

J’assiste à une partie du réchauffement. Il y a un nombre respectable de fans du Canadien, dont quelques-uns s’approchent de la bande pour prendre des photos de Jaroslav Halák lorsque celui-ci laisse sa place à Ty Conklin devant le filet. J’étais dans la dernière rangée de la section 116 (en vert sur la carte ci-dessous), à une hauteur parfaite pour voir l’ensemble du jeu sans être trop loin.

Le Scottrade Center est un aréna chaleureux. Le public y est principalement composé de partisans de longue date qui appuient leurs favoris avec ferveur. Rien à voir avec les foules clairsemées du sud des États-Unis, qui semblent compter davantage de curieux d’un soir que de véritables connaisseurs.

Depuis la fondation du club en 1967, les Blues se sont enracinés dans la ville et ont adopté plusieurs traditions. J’ai la chance d’assister à la plus belle d’entre elles : la performance de la chanson Oh When the Blues par Charles Glenn, le chanteur officiel des Blues.

Glenn est la version locale de Charles Prévost-Linton, c’est-à-dire qu’il s’occupe habituellement des hymnes nationaux. Ce soir-là, cependant, des militaires canadiens et américains chantent les hymnes en l’honneur de la collaboration entre les armées du Canada et des États-Unis en Afghanistan. Rassurez-vous, l’hymne canadien était bilingue. Je remarque que quelques partisans des Canadiens tiennent des pancartes souhaitant bon rétablissement à Max Pacioretty et fustigeant Gary Bettman.

La partie commence enfin. On s’attendait à un duel de gardiens, mais les deux équipes au complet semblent intenses. J’ai lu par après les reportages mentionnant que les Canadiens étaient encore amorphes suite à l’incident Pacioretty. De mon siège, ça ne me semblait pas le cas. De la façon dont les joueurs bagarraient pour la rondelle, on aurait dit qu’ils semblaient davantage préoccupés par l’honneur de leur gardien respectif que les gardiens eux-mêmes! Rendons à Price ce qui lui revient : il a fait plusieurs arrêts splendides en première période. Et comme un bon gardien fait sa chance, il s’est fait sauver deux ou trois fois par les poteaux! De son côté, le quatrième trio des Canadiens a réussi à enfiler la rondelle derrière Halák. Mais l’infatigable David Backes réussit à niveler la marque sur un but bizarre, alors que Price a semblé perdre le contrôle de la rondelle. 

Pendant la partie, je converse avec mes voisins, des natifs de Saint-Louis et partisans de longue date. Ils me posent quelques questions pour me mettre à l’épreuve; je les convaincs, grâce à ma connaissance des joueurs et de la position des Blues dans le classement, que je suis une authentique partisane. Mon voisin immédiat, Bill, me raconte avoir été déçu de l’échange de Lars Eller. Partisan depuis 1985, Bill a beaucoup de respect pour Halák, mais il ne comprend pas encore pourquoi les Blues se sont départis d’un attaquant prometteur pour prendre un autre gardien, surtout avec Ben Bishop et Jake Allen à Peoria. Je comprends ce qu’il ressent; après tout, lorsque Carey Price a été repêché en 2005, personne ne comprenait pourquoi les Canadiens avaient sélectionné un autre gardien alors qu’ils avaient besoin d’un gros centre. Halák aura encore besoin de temps pour gagner la confiance de l’ensemble du public de Saint-Louis.

Mes voisins me font remarquer une autre tradition locale : chaque fois que la cloche sonne pour souligner un autre but des Blues, un homme dans la section 314 fait tourner une serviette au-dessus de sa tête, puis au dernier son de cloche, la lance dans la foule. Cet homme, connu à Saint-Louis sous le surnom de Towel Man, accomplit religieusement son œuvre depuis 1990!

Au premier entracte, un hot-dog jumbo chèrement payé me sert de souper. Puis, dès le début de la deuxième période, les Blues s’affirment : Andy McDonald compte un but habile sur lequel Price ne pouvait rien. Paul Mara et Ryan Reaves tentent ensuite de mettre de l’action avec une bagarre qui tombe à plat. J’en profite pour envoyer le restant de mon Coke rejoindre le hot dog dans mon estomac. 

Pendant ce temps, la mascotte Louie fait des siennes. Il se frotte le derrière sur l’épaule et le côté de la figure d’un partisan des Canadiens. Plus tard, un message à l’écran géant invite la foule à danser, puis montre des spectateurs en action au son de la musique. Un partisan des Canadiens danse particulièrement bien et avec entrain; Louie lui jette du maïs soufflé dessus, puis lui vide sur la tête un contenant gigantesque de maïs soufflé, presque aussi gros que lui-même. Enfin, il lui recouvre la tête et les épaules avec le contenant, sous les rires de la foule. Quelques minutes plus tard, l’énorme peluche bleue vient dans ma section et s’amuse avec les enfants (mon siège se trouvait juste devant la section réservée aux familles). J’attends mon tour, puis je fais un gros câlin au nounours. Mmmmmmmmmm, c’est doux, j’ai envie de le ramener à l’hôtel! Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de me faire prendre en photo avec lui.

Photo : Dallin Merrill, photo mise en ligne le 28 mars 2009, http://dallin-erin.blogspot.com/2009_03_01_archive.html

 

L’atmosphère n’est pas si harmonieuse sur la glace. David Backes et Brian Gionta s’accrochent. Backes tombe sur les genoux, et Gionta, frustré, lui donne un coup au visage avec son bâton qu’il tient à deux mains. Je suis déçue de ce geste : je croyais que Gionta avait meilleur caractère. De plus, ce petit coup survient à peine deux jours après que Max Pacioretty s’est fait assommer. Heureusement, le geste est sans conséquence pour Backes, mais Gionta va réfléchir deux minutes au cachot. 

Au deuxième entracte, je reviens devant les comptoirs de bouffe. Les billets du Scottrade Center sont à bon prix, mais la bière, elle, est aussi chère qu’au Centre Bell. Une concession vend du Gooey Butter Cake, un dessert local qui fait la fierté de Saint-Louis. Comme je n’ai pas eu l’occasion d’en goûter, j’en commande un. Il s’agit en fait d’une version miniature du véritable « Gooey Butter Cake », un genre de crème pâtissière au goût prononcé de beurre, frite puis recouverte de sucre en poudre. Le mien était servi avec un petit plat de confiture. Heureusement qu’on me donne aussi des serviettes en papier pour essuyer les dégâts.

Trosième période. Une autre belle tradition du Scottrade Center est de diffuser une vidéo comparant Saint-Louis à la ville des visiteurs : célébrités, festivals, mets traditionnels… Tout ce que je me rappelle, c’est que le Mardi Gras de Saint-Louis a été opposé au festival Montréal en lumière, et la poutine au « Gooey Butter Cake ». Les deux sont aussi nocifs pour la santé, je vous le garantie. Je trouve sympathique que l’organisation des Blues donne un aperçu des autres villes de la Ligue nationale de hockey. 

Les joueurs commençaient à s’essouffler à la fin de la deuxième période. Il était donc normal qu’ils se montrent un peu brouillons en troisième, avec des gestes imprécis. Pendant ce temps, mes voisins et moi-même devenons nerveux : nous nous disons que les Blues se sont assis trop souvent sur une mince avance avant de la laisser filer entre leurs doigts. C’est alors qu’arrive la surprise du match : Matt D’Agostini, un ancien des Canadiens complètement oublié dans le duel Price-Halák, compte un but de toute beauté aux dépens du Tricolore.  Explosion de joie au Scottrade Center! Jacques Martin retire son gardien, mais ça ne fait que permettre à T.J Oshie d’ajouter un but à sa fiche en comptant dans un filet désert.

La partie est finie. Les joueurs donnent une accolade chaleureuse à Jaroslav Halák avant de saluer la foule et de retraiter au vestiaire. Halák, nommé première étoile du match, décrit un cercle sur la glace pendant que Louie fait des salamalecs devant lui. Il demeure ensuite au banc pour répondre aux questions d’un journaliste de la télévision. J’ai réussi à immortaliser ce moment à la manière d’Edgar Degas :

Plus tard, c’est avec le sourire broché d’une oreille à l’autre qu’il répondra aux questions de Renaud Lavoie, de RDS (merci à Mario pour la vidéo) :

Devant les comptoirs fermés, les partisans excités échangent leurs commentaires en sortant. Un groupe de partisans des Canadiens se fait huer en sortant d’une section. La foule s’écoule dans la rue sous la direction vigilante des agents de la circulation. Je prends en photo un groupe de partisans des Canadiens qui ont la mine basse; l’un d’eux me crie d’une voix amusée : « Paparazzi! Paparazzi! »

À l’hôtel, j’exulte. Les Blues ont gagné; Halák, sans avoir eu à se surpasser, a offert une solide performance. De son côté, Carey Price n’a pas a rougir de son travail; il a été le meilleur des siens dans la défaite. Et non, je n’ai pas dansé la danse de l’avantage numérique, même si j’en ai eu l’occasion. De toutes les traditions du Scottrade Center, c’est la seule que je n’aime pas.

Cependant, je suis sortie de l’aréna convaincue que les Blues ne devraient jamais déménager de Saint-Louis. Il s’agit de l’une des rares équipes  de la LNH qui ont réussi à s’imprégner de l’atmosphère de leur ville et à se bâtir une culture propre, comme les Flyers, les Penguins et les Original Six. Tout ce qui leur manque, c’est une coupe Stanley. Avec la jeune équipe qui commence à éclore, ils seront à surveiller les prochaines saisons.

Jaroslav Halák doit réapprendre à gagner

19 mars 2011 à 7:00 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Cet article a initialement été publié le 19 novembre 2010 sur le site du Grand Club. Lorsque j’ai voulu mettre mon blogue à jour avec la publication du récit de ma soirée au Scottrade Center, je me suis rendue compte qu’il y manquait ce texte. Désolée de cet oubli. Pour ceux qui s’inquièteraient au sujet du gardien des Blues de Saint-Louis, il a retrouvé son aplomb et vient d’enregistrer son cinquième blanchissage de la saison face aux Kings de Los Angeles.

Après un début de saison brillant, les Blues de Saint-Louis se retrouvent maintenant dans une position délicate. Depuis la désastreuse défaite de 8-1 contre les Blue Jackets de Columbus, l’équipe se fait défoncer, et leur gardien numéro un, Jaroslav Halák, a accordé 19 buts à ses quatre derniers départs. Le gardien slovaque a-t-il perdu sa capacité à rebondir après une défaite, une caractéristique maintes fois célébrée à Montréal? Quelques méchantes langues de Montréal ont déjà annoncé que la « balloune » se dégonflait, et que le feu de paille était sur le point de s’éteindre.

Replaçons les choses dans leur contexte. Lors de la défaite contre Columbus, au cours de laquelle les patineurs de Saint-Louis avaient carrément pris congé, leur meilleur pointeur, T.J. Oshie, s’est fracturé la cheville. Il en a pour trois mois avant de revenir. Les Blues étaient déjà et sont toujours privés d’un autre attaquant clé, David Perron. Ajoutez-y les défenseurs Roman Polak et Barret Jackman, et vous obtenez une situation similaire à celle qui prévaudrait à Montréal si les Canadiens devaient se passer à la fois de Michael Cammalleri, de Brian Gionta, de Roman Hamrlik et de Josh Gorges. D’autres blessés sont revenus au jeu, mais l’autobus n’arrête pas de circuler entre Saint-Louis et Peoria, son club-école. Pourtant, les blessures n’expliquent pas à elles seules l’avalanche de buts accordés non seulement par Halák, mais aussi par Ty Conklin, son adjoint. Pourtant, Conklin est l’une des gardiens auxiliaires les plus réputés et a récolté un blanchissage pas plus tard que le mois dernier.

« Halák va se replacer le prochain match, répètent les amateurs de hockey qui l’ont connu à Montréal. Il l’a toujours fait. » Néanmoins, ce mantra ne fonctionne pas comme un ressort automatique; voilà les Blues viennent de subir cinq défaites, chacune plus inquiétante que la précédente.

Il faut avoir regardé au moins quelques-uns de ces matchs pour obtenir des éléments de réponse à ce blocage. Dans l’Association de l’Ouest, où le jeu est beaucoup plus ouvert et agressif que dans l’Est, Saint-Louis est l’une des équipes au caractère le plus défensif. Or, non seulement la défense a perdu deux de ses plus précieux membres, mais son esprit de corps même semble s’être érodé. Les Blues sont une équipe au fonctionnement capricieux : ils peuvent sortir en force pendant deux périodes, puis se désorganiser complètement en quelques minutes.

Au milieu de ce chaos, Halák lui-même se montre parfois imprévisible. Au cours des derniers matchs, tour à tour, il faisait des arrêts absolument brillants, subissait des buts sur lesquels il ne pouvait absolument rien, puis laissait passer des sapins inattendus. Il s’accroche et ne lâche jamais, mais semble parfois débordé et même ébranlé. Mercredi soir, en voulant balayer la rondelle, il l’a accidentellement envoyée dans son propre but. Cet incident aurait été cocasse si les Bleus avaient remporté la partie. D’ailleurs, les Blues, jusque là un peu endormis, ont été réveillés par ce but et ont joué comme des lions pendant plus de deux périodes, avant de se décomposer de façon spectaculaire.

L’an dernier, à Montréal, Halák a rarement subi deux défaites de suite. Et pour cause : dès qu’il en subissait une, on le clouait au banc! Et soudain, le voilà qui fait face à une séquence de défaites qui commence à s’allonger. Peut-il s’en sortir?

Un nouveau casse-tête

Faisons un retour dans le passé, plus précisément à Montréal, en janvier 2009. Carey Price est blessé à la cheville et Jaroslav Halák le remplace, secondé par Marc Denis. Le jeune gardien accorde des retours à la pelle, laisse passer de mauvais buts et entretient un pourcentage d’arrêt sous la barre des 90 %. Les fans expriment leur mécontentement, les commentateurs de 110 % se demandent quoi faire avec lui, et Guy Carbonneau, son entraîneur, dit publiquement : « S’il est honnête avec lui-même, il sait qu’il ne joue pas bien. Il doit se montrer plus fort mentalement. »

Quelques semaines plus tard, Halák remporte plusieurs victoires, puis se dresse devant les Canucks de Vancouver et arrache un blanchissage. La foule l’ovationne, il est louangé à 100 %, et Guy Carbonneau exprime sa satisfaction : « Il a apporté de la stabilité devant le filet » . C’est a partir de ce match que la réputation d’Halák à Montréal a pris son envol.

Je regardais Halák pendant la partie contre les Red Wings : il ressemblait à un élève perplexe devant sa copie d’examen, aux prises avec un problème de mathématiques particulièrement difficile. Depuis quelques mois, le gardien faisait penser à ces « geeks » qui résolvent des cubes Rubik machinalement, l’un après l’autre, tant ils en ont pris l’habitude. Halák gagnait la majorité de ses parties comme s’il résolvait la plus grande partie d’une caisse de cubes Rubik, les quelques cubes restants représentant ses défaites. Maintenant, on vient de lui enlever ses cubes Rubik pour les remplacer par un cahier complet de Sudoku. Voilà le nouveau casse-tête : comment fait-on pour remporter des parties avec une attaque qui ne compte presque pas, une défense poreuse et une équipe à la confiance fragilisée? Halák ne se plaint pas, Halák travaille à résoudre le problème. Mais cette fois, le problème est plus coriace, et la pensée magique « il va rebondir » ne suffit plus.

Une partie de la solution se trouve chez ses coéquipiers. Mercredi, malgré l’absence de joueurs importants et un jeu décousu, ils ont livré une belle bataille jusqu’au quatrième but des Red Wings de Détroit, qui est venu briser l’égalité. La défense s’est alors littéralement désintégrée, et les Wings sont venus importuner le gardien des Blues d’une manière qui rappelait les Capitals de Washington du printemps dernier. Au moins, on sait que les Blues peuvent montrer du caractère, mais ils doivent apprendre à jouer pendant 60 minutes, pour reprendre l’expression consacrée. De plus, l’interaction entre Halák et ses coéquipiers semblent un peu différente de celle qu’on voyait à Montréal. L’an dernier, Halák insufflait du courage à ses coéquipiers, alors que ces mêmes joueurs se montraient mous comme de la guenille devant Carey Price : une vraie équipe de Jekyll et Hyde. À Saint-Louis, toute la formation, attaquants, défenseurs et gardiens, vit et meurt d’un seul corps. Si un seul volet fait défaut, toute l’équipe échappe le match.

La saison dernière, Jaroslav Halák et Carey Price avaient des statistiques presque semblables, sauf une : le nombre de victoires. Les observateurs mentionnaient qu’Halák, à la différence de Price, trouvait le moyen de gagner. Il y a quelques jours à peine, Marc Denis, maintenant chroniqueur à RDS, affirmait que cette saison, Price apprenait à gagner. Maintenant qu’Halák se retrouve dans des circonstances différentes de celles qu’il a connues à Montréal, il doit prendre ces nouvelles données, résoudre le problème et réapprendre à gagner.

Peut-il le faire? Bien sûr que si. Il s’est déjà sorti de ce genre d’impasse.

Pendant ce temps, à Montréal…

Des admirateurs de Price se plaignent qu’Halák a toujours bénéficié de plus d’indulgence que son coéquipier après une contre-performance. La fatigue, les blessures des coéquipiers, le traitement salaud des adversaires… « Si c’était Price, vous lui seriez tombés sur la gueule », protestent-ils. L’an passé, cette différence de traitement était tout à fait normale. La mauvaise attitude de Price, attestée encore récemment par Marc Denis, nuisait à la confiance de ses coéquipiers et à ses propres performances; de son côté, même dans la défaite, Halák donnait toujours ce qu’il avait à donner.

Honnêtement, lorsqu’il vous arrive de devoir réparer la gaffe d’un collègue de travail, vous seriez indulgent s’il s’agit d’un travailleur habituellement efficace et aimable; par contre, s’il s’agit d’un employé geignard et peu porté sur l’effort, seriez-vous aussi clément? On récolte ce qu’on sème. Lorsque des fans de Price exigeaient qu’on fasse preuve de patience à son endroit, j’avais envie de répondre que je n’avais pas de patience pour les morveux. Qu’il ait 21, 25 ou 30 ans ne fait aucune différence. Le respect, ça se mérite.

Cette année, la situation se présente différemment pour Price. À cause de ses récents succès, bien entendu, mais surtout grâce à son changement d’attitude. Difficile de reconnaître le gardien qui, il y a six mois à peine, envoyait une rondelle au derrière d’un joueur des Capitals et écopait non pas d’une, mais de deux punitions pour conduite antisportive. Après quelques dizaines de taloches sur la gueule, Price a fini par comprendre ce que ses coéquipiers et les fans attendaient de lui et s’est comporté en conséquence. Ce n’est pas trop tôt, diront les cyniques. Peu importe : lorsqu’il connaîtra une séquence difficile, comme il arrive à tous les gardiens, les amateurs pourront enfin faire preuve de patience à son égard.

Parce que cette fois, il l’aura mérité.

Chut! Ne parlez pas d’Halák!

28 octobre 2010 à 7:17   | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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Après plusieurs semaines d’absence à cause de problèmes informatiques et de contretemps personnels, je vous reviens, pour le bonheur de certains et la colère de d’autres, car je replonge immédiatement dans l’éternel débat des gardiens. Eh bien, quoi? J’ai manqué les déclarations de Pierre Curzi, la Marche bleue et la saga de l’amphithéâtre de Québec, les huées contre Carey Price, la nomination de Brian Gionta… tant de sujets de polémique dont je n’ai pas pu profiter, il faut bien un grand coup pour compenser, non?

La vie en bleu

Alors que, comme d’autres amateurs de hockey à Montréal, j’apprends à connaître les sympathiques Blues de Saint-Louis; je découvre aussi l’effort qu’il faut livrer pour s’informer sur une autre équipe. Évidemment, le Tricolore monopolise l’espace médiatique. Comme fan des Canadiens, j’étais gavée d’information et surtout de verbiage médiatique à calories vides; j’étais comme un bébé nourri au biberon et au Pablum. Maintenant, comme fan des Blues, je dois chasser pour ma nourriture. Je sympathise avec les fans des Bruins, des Sénateurs et des autres équipes, qui peinent à se regrouper sur les forums sociaux sportifs en français. En sport comme en politique, pour que les partisans se trouvent, il faut qu’ils se manifestent. Commençons donc par cette magnifique photo, plaquée à la face de mes lecteurs comme une tarte à la crème que vous êtes libre de goûter ou de cracher :

Jaroslav Halák dans son uniforme des Blues de Saint-Louis, le soir de son blanchissage contre les Penguins

 

Si vous goûtez, vous êtes : a) un fan d’Halák ou des Blues; c) un fan de Price ou des Canadiens qui n’est pas perturbé à la lecture du mot « Halák » ou « Blues »; d) quelqu’un qui s’en fout.
Si vous crachez, vous êtes : a) un fan de Price ou des Canadiens qui devient gravement perturbé à la lecture du mot « Halák » ou « Blues »; b) toutes ces réponses.

Une bouffée d’air frais

Parlons d’abord de ceux qui goûtent.

Vous êtes fans de Price, vous haussez les épaules lorsque Jack Todd ou Martin Leclerc pond une autre chronique pour le démolir et vous badinez avec humour avec les fans d’Halák sur Internet? Alors je serai gentille avec vous. Tant mieux si Price joue bien et s’il est en train de gagner peu à peu l’estime des fans. Il est solide, il se comporte correctement et il a même récolté son premier blanchissage de la saison. D’ailleurs, il semble que l’équipe devant lui se soit enfin ressaisie et ne se fie plus principalement aux prouesses de leurs gardiens pour gagner.

Il faut admettre que Montréal profite de ce changement de dynamique. L’univers du hockey montréalais ne tournera peut-être plus autour des gardiens. Dans le cas de Price, ça lui donne de l’air pour respirer; il n’a qu’à être un joueur parmi les autres joueurs, et non Jésus le Sauveur, le Joueur de concession, l’Avenir des Canadiens, le Joyau de l’organisation et d’autres niaiseries de ce genre. Il n’a qu’à jouer. Dans le cas d’Auld… euh… on en reparlera après l’avoir vu jouer.

Vous êtes fans d’Halák et vous ragez encore de son départ? Profitez-en pour découvrir une nouvelle équipe. Celle des Blues, bien sûr, dans laquelle leur nouveau gardien n’a pas tardé à faire son intégration. Premier blanchissage samedi (face aux Penguins et à Sidney Crosby, en plus), deuxième étoile de la semaine dans la LNH : ceux qui croyaient qu’Halák allait se faire laminer par les robustes équipes de l’Ouest doivent commencer à se raviser. Au lieu d’acheter des bébelles du Tricolore ou de vous ruiner au Centre Bell, vous pouvez vous abonner à NHL Center Ice (20 $ par mois sur Internet), élargir vos horizons et suivre régulièrement Alex Ovechkin, Crosby, les Blues et le Lightning. Ça vaut mieux que de lancer des fléchettes sur le portrait de Pierre Gauthier.

Vous verrez qu’il y a du plaisir à parler des Blues et de Halák sans faire référence ni à Price, ni au Canadien. Ou à parler de Price et du Canadien sans faire référence à Halák, ni aux Blues. Paix aux partisans de bonne volonté.

Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom

Parlons maintenant de ceux qui crachent.

Pendant ces semaines où j’ai dû me contenter de suivre les discussions et de laisser quelques brefs commentaires, un phénomène nouveau s’est développé sur le site du Grand Club, le plus important forum social sportif au Québec : la censure anti-Halák. Aussitôt que le nom de Jaroslav Halák est mentionné, conjointement ou non avec celui de Carey Price, des inquisiteurs sortent aussitôt leur cassette d’intimidation aussi bien envers les fans que les chroniqueurs :
« Le débat est terminé, merci, bonsoir!
- Arrêtez de ramenez Halák, on est écœurés!
- Y’é parti, revenez-en!
- Gang de traîtres! Bon débarras! »
Etc., etc.
Il est fascinant de constater comment seuls les archi-fanatiques de Carey Price (lesquels, dois-je le rappeler, ne représentent qu’une partie de ses admirateurs) ont l’épiderme sensible juste à entendre parler de Vous-Savez-Qui. À les entendre, il faudrait bannir son nom de toute conversation, imposer le bâillon comme le fait si bien Jean Charest. Ces mêmes puritains, pourtant, n’ont pas hésité à claironner sa première (mauvaise) partie de pré-saison, alors qu’il a laissé passé 3 buts sur 18 lancers; ils seront prêts à le refaire à la moindre contre-performance.

Il est fascinant aussi de constater comment, à la moindre critique contre Price, ses avocats auto-proclamés hurlent qu’on s’acharne sur lui, pur agneau, victime sans défense des méchants cannibales de Montréal, martyr bien généreux de demeurer ici à souffrir au lieu d’exiger un échange loin de cet odieux bagne. Suit alors la litanie de sempiternels clichés non prouvés qui tiennent lieu d’arguments : les fans et les journalistes sont des sauvages, des bipolaires et des pseudo-connaisseurs, de toute façon aucun joueur ne veut venir à Montréal, les Québécois encore moins que quiconque… L’étiquette « Price-hater » est lancée aussi facilement que l’accusation de communisme dans l’Amérique des années cinquante. O’Byrne, Gill, Spacek et Gomez ont reçu l’un après l’autre leur concert de huées ou leur caisse de tomates pourries, mais ils n’ont jamais été défendus avec autant de zèle.

Toutefois, lorsque Price joue bien et que les nouvelles parlent moins d’Halák pendant quelques jours, ces mêmes prêcheurs sont-ils satisfaits? Bien sûr que non. Ils répètent, d’un ton triomphant : « Où sont les détracteurs de Price? » comme s’ils espéraient voir apparaître des sorcières pour le plaisir de les envoyer au bûcher.

On s’aperçoit que ces exaltés, au fond, sont plus obsédés encore par Halák que par Price lui-même, terrorisés que leur préféré ne puisse pas soutenir la comparaison à long terme.

L’art de secouer le chiffon rouge

Vous vous reconnaissez dans ce portrait? Alors je m’amuserai avec vous. Je préfère suivre Halák parce qu’il est bien plus inspirant que tous les Canadiens réunis. Carey Price est un bon gardien, mais il n’arrive pas à la cheville du Slovaque. Price doit rembourser aux partisans du Canadien les deux saisons d’immaturité et de passe-droits dont il a profité par deux saisons de bon travail (il semble avoir bien entamé la première). Halák a aidé le Canadien à se rendre en troisième ronde des séries éliminatoires pour la première fois depuis 1993, donc Price doit faire de même. Le jour où il aura rempli ces deux conditions, je le considèrerai comme l’égal d’Halák; pas après quelques bons matchs seulement. Comme Price est un débiteur à peu près insolvable, j’ai choisi d’observer les Blues plutôt que de ruminer la folie de Pierre Gauthier.

Par ailleurs, mes chers émules de Torquemada, je constate que Price a repris quelques trucs de son ancien collègue. Celui, par exemple, de faire preuve de modestie et d’attribuer le mérite de la victoire à ses coéquipiers. De remercier les fans de leur appui après avoir été applaudi lors d’un match. Les leçons d’Halák auront au moins profité à quelqu’un. Price serait-il devenu ce qu’il est sans la compétition de Jaroslav Halák plutôt que les tendres soins d’Alex Auld? Probablement pas. Bob Gainey lui changerait possiblement encore ses couches. Soyons justes : Halák lui-même ne serait peut-être pas devenu ce qu’il est aujourd’hui s’il n’avait pas eu à surmonter Price comme obstacle.

Vous en voulez plus? Pas de problème. Ajoutons que les amateurs, les journalistes et les joueurs eux-mêmes ont rendu un meilleur service à Price en l’étrillant que Bob Gainey en le chouchoutant, même si certains ont exagéré avec leurs huées. Rappelons qu’Halák a récolté cinq blanchissages l’an passé; Price, aucun. Samedi dernier, Halák a eu son premier blanchissage de la saison, environ soixante minutes avant Price (il y a une heure de décalage entre Saint-Louis et Montréal). Halák a vécu longtemps dans l’ombre de Price, Price doit maintenant vivre avec le fantôme d’Halák.

Continuez votre croisade anti-Halák, et je continuerai à vous parler d’Halák et de Price, rien que pour rire en lisant vos commentaires parsemés de mots en majuscules. J’adore ce petit jeu.

Je me souviens

Price est maintenant le gardien numéro un du Canadien? D’accord. Il est capable de « faire la job »? Tout à fait. Une grande partie des fans du Canadien ont choisi d’aller de l’avant et de faire confiance à Price? Je respecte leur choix. Mais que Price fasse oublier Halák? Jamais de la vie. Même pour des inconditionnels du Canadien, il devrait y avoir une différence entre faire confiance aux joueurs qui restent et oublier avec ingratitude ceux qui s’en vont. Je connais de loyaux fans du Canadien qui, tout en continuant de suivre le Tricolore, prennent encore leur dose de Pepto-Bismol pour digérer le départ d’Alex Kovalev. D’autres ont hâte à la visite des Ducks et de Saku Koivu au Centre Bell. Nombreux sont ceux qui suivent encore les tribulations de Francis Bouillon et de Steve Bégin. Ces fans-là n’oublient pas.

Alors, oublier Jaroslav Halák? Faites une croix là-dessus. Même les fans sensés qui ont consciemment choisis de donner une autre chance à Carey Price n’oublieront pas Halák. Il fera partie de leurs plus beaux souvenirs.

Le partage de la tarte (péréquation canadienne/parité de la LNH)

6 juin 2010 à 7:29 | Publié dans Chroniques politiques | 2 Commentaires
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Ce billet sera la dernière chronique de Patinage hors glace de la saison et la dernière chronique de comparaison entre le hockey et la politique. En effet, Patinage hors glace adoptera une nouvelle orientation en prévision de la prochaine saison. Plus de détails à venir.

Tarte aux pommes. Photo tirée du site www.mccormick.com.

Que ce soit au sein d’une famille, d’une entreprise ou d’un pays, le partage des ressources, plus particulièrement des ressources financières, engendre inévitablement des conflits et des frustrations. Les moins nantis se plaignent de ne pas avoir assez de ressources pour bien vivre et se développer, tandis que les plus riches ont l’impression de faire arracher le fruit de leur travail par des partenaires qui ne font pas leur juste part pour produire de la richesse. Dans le cas de grandes entités, comme le Canada ou la Ligue nationale de hockey, les querelles sont envenimées par la complexité d’un système de redistribution des ressources dont chacun fait sa propre interprétation intéressée.

La péréquation canadienne : l’or noir et les billets verts

Le Canada applique entre les provinces un système de redistribution de la richesse appelé la péréquation, dont l’objectif est de « donner aux gouvernements provinciaux des revenus suffisants pour les mettre en mesure d’assurer les services publics à un niveau de qualité et de fiscalité sensiblement comparable », selon la Loi constitutionnelle de 1982.

La plupart des querelles portent sur le calcul complexe des revenus de chaque province qui déterminent quel montant elle aura à verser ou à recevoir. Comme une partie de ces revenus proviennent des perceptions sur les ressources naturelles, les gouvernements provinciaux peuvent tenter de modifier les tarifs en conséquence. Ainsi, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a récemment expliqué qu’il serait contre-productif de monter les tarifs d’électricité (une mesure fort impopulaire, au demeurant), parce que les paiements de péréquation reçus seraient diminués en conséquence. Claude Picher, chroniqueur économique à La Presse, a dénoncé cette mentalité de pique-assiette. Si Hydro-Québec avait vendu son électricité aux prix du marché au lieu de l’offrir à rabais à la population québécoise, les Québécois seraient collectivement aussi riches que les Albertains. L’Alberta, le sait très bien, elle qui verse le plus de péréquation aux autres provinces grâce aux revenus de son exploitation pétrolière. De nombreux Québécois font la leçon à l’Alberta sur l’exploitation des sables bitumineux à un coût environnemental élevé; personne n’est contre la vertu, mais disons qu’ils seraient en meilleure position pour faire valoir leur point de vue si leurs services sociaux ne dépendaient pas des revenus de cette même exploitation.

Raymond Bachand, ministre des Finances du Québec. © André Pichette, La Presse.

Par ailleurs, les provinces qui versent l’argent de la péréquation froncent parfois les sourcils en voyant la façon dont il est utilisé. Pendant la campagne électorale de 2007, Jean Charest, premier ministre sortant, a promis une baisse d’impôts de 950 millions de dollars. Or, cette baisse correspondait presque entièrement à la somme de péréquation supplémentaire que Stephen Harper, premier ministre du Canada, venait de consentir au Québec. Jean Charest venait d’arracher cette somme à force plaider que le Québec en avait besoin pour répondre à ses nombreux besoins en services sociaux, notamment pour réduire les listes d’attente dans le système de santé. Et voilà qu’il jetait tout cet argent dans des baisses d’impôts électoralistes! Évidemment, cette annonce a eu le plus mauvais effet auprès des gouvernements des provinces nanties. Déjà, elles avaient l’impression de financer le généreux système québécois de garderies, qui n’a pas son pareil en Amérique du Nord.

Depuis un certain temps, le Québec traîne une mauvaise réputation dans le dossier de la péréquation. Évidemment, si elle versait de l’argent pour la péréquation au lieu d’en recevoir, il lui serait plus facile de financer ses généreux programmes sociaux, de donner l’exemple en matière environnementale et de faire respecter les domaines de compétences de l’Acte constitutionnel de 1867. En Espagne, la région de la Catalogne a une différence linguistique et culturelle est aussi marquée que celle du Québec par rapport au Canada. Elle a toutefois un meilleur pouvoir de négociation, car elle est la région la plus industrialisée du pays, et l’une des plus riches. Autrement dit, elle a le gros bout du bâton grâce à son économie solide et prospère, alors que le Québec ne peut en dire autant.

La parité dans la LNH : le respirateur artificiel

Afin de mieux vendre le hockey aux États-Unis, la Ligue nationale de hockey pratique elle-même une forme de péréquation dont le niveau de complexité donne aux comptables des équipes des maux de tête semblables à ceux des fiscalistes canadiens. En gros, les dix clubs ayant empoché le plus de revenus doivent en verser une partie aux dix clubs ayant les revenus les plus faibles. De plus, un plafond (improprement appelé « cap salarial », un calque de l’anglais) est imposé à la masse salariale qu’un club peut verser à ses joueurs, afin d’éviter le genre de spirale inflationniste qui a causé le déménagement des équipes ne pouvant plus suivre la parade, notamment les Jets de Winnipeg (devenus les Coyotes de Phœnix) et les Nordiques de Québec (devenus l’Avalanche du Colorado). Ces deux principales formes de redistribution de la richesse, le plafond salarial et les redevances, ont donné lieu à un phénomène appelé la « parité ». Les équipes sont maintenant mieux équilibrées et plus compétitives, et l’époque des « dynasties », ces équipes qui remportaient trois ou quatre coupes Stanley d’affilée, est bel et bien terminée.

Cependant, cette parité a ses effets pervers. Les contraintes du plafond salarial obligent des équipes à se départir de joueurs qu’elles ont elles-mêmes repêchés et formés lorsque leur prix sur le marché devient trop élevé (les Devils du New Jersey ont perdu Brian Gionta au profit des Canadiens de Montréal pour cette raison). La formation des équipes devient alors un carrousel dans lequel les joueurs changent d’adresse au gré de l’offre et de la demande, ainsi que de la marge de manœuvre des directeurs généraux. « C’est triste, commente Marc-André Bergeron, des Canadiens de Montréal. Je crois que les partisans méritent de s’attacher à leurs joueurs, de les regarder grandir et évoluer dans leur carrière. » Bergeron est lui-même l’un de ces joueurs qui ont passé toute leur carrière ans leurs valises, changeant d’équipe d’une saison à l’autre ou presque.

De plus, la redistribution des revenus aide la LNH à maintenir sur respirateur artificiel des équipes implantées dans des régions où le hockey ne fait pas partie de la culture. On n’a qu’à penser à la saga des Coyotes de Phœnix, dont la faillite a mené au rachat du club par la Ligue, au désespoir des amateurs de hockey de Winnipeg et de Québec, qui espéraient que l’équipe soit transférée près de chez eux. Mais surtout, les amateurs des clubs les plus prospères, notamment ceux de Toronto, de Montréal et de Vancouver, ont l’impression que le commissaire Gary Bettman leur fait les poches pour financer sa lubie d’implanter le hockey dans le sud des États-Unis, dont les équipes notoirement déficitaires jouent régulièrement dans des arénas à moitié vides malgré la distribution de billets gratuits.

C’est d’autant plus enrageant que dans ces marchés déserts, les joueurs de hockey peuvent toucher le même salaire que leurs confrères du Nord sans avoir à satisfaire les milliers, voire les millions d’amateurs exigeants. Ils n’ont pas non plus à affronter les dizaines de journalistes coriaces de marchés intraitables comme Montréal, Toronto, New York, Vancouver et Boston, pour n’en nommer que quelques-uns, où le hockey est une folie, voire même une religion. À Montréal, les « maudits fans » et les « maudits journalistes » sont régulièrement accusés de tenir les meilleurs joueurs loin du Tricolore.

Vincent Lecavalier, du Lightning de Tampa Bay. Archives La Presse Canadienne.

Prenez l’exemple de Vincent Lecavalier, du Lightning de Tampa Bay. Le Lightning est une autre de ces franchises dont les finances fragiles sont tenues à flot grâce, entre autres, à la générosité des équipes du Nord dont la prospérité est garantie par un immense bassin d’amateurs fidèles et passionnés. La rumeur court que le Québécois ne veut rien entendre de venir jouer pour les Canadiens. Évidemment, il est normal que Lecavalier, qui a été repêché et formé par le Lightning, se soit montré loyal envers l’organisation en signant une entente de plusieurs années assortie d’une clause de non-mouvement. Par contre, ce joueur est quand même payé la somme faramineuse de 10 millions de dollars par année pour répondre aux questions de deux journalistes et demi en moyenne, conserver son incognito et garder ses orteils dans le sable sous le chaud soleil de la Floride. Vous trouvez ça juste?

Si ce n’était de l’entêtement du commissaire Bettman à maintenir des équipes dans la Sun Belt, le beau Vincent, à dix millions de dollars, aurait été obligé de s’enlever les orteils du sable, de faire ses valises pour le Nord et de justifier son chèque de paie dans un vrai marché de hockey, avec un vrai public, une vraie meute de journalistes et une véritable pression. Avec les Rangers de New York, les Bruins de Boston ou les Maple Leafs de Toronto, par exemple.

Ou même avec les Canadiens de Montréal.

À la défense des fans montréalais

2 mai 2010 à 1:40   | Publié dans Non classé | 2 Commentaires
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Photo d'auteur inconnu, récupéré du site Rumeurs LNH en images

De nombreux accusateurs reprochent aux fans du Canadien d’être exigeants, arrogants, vulgaires, bipolaires, minables et chauvinistes (entre autres), de huer n’importe quand et pour n’importe quelle raison, de ne pas connaître leur hockey, de parler à travers leur chapeau.

Ceux des autres villes seraient polis, respectueux, connaisseurs et appuieraient leur équipe inconditionnellement. Les autres clubs n’ont pas à composer avec un troupeau de journalistes lèche-bottes, fielleux et hypocrites. Bref, Montréal, c’est le goulag, l’enfer pour les pauvres joueurs, surtout ceux du Canadien qui haïssent leurs propres fans qu’ils voient comme des bourreaux sanguinaires.

Et si Montréal n’était pas si pire? Une comparaison rapide avec d’autres villes permettrait de dégonfler ce mépris injustifié pour les fans de la plus ancienne équipe professionnelle de hockey au monde. Que reproche-t-on aux fans des Canadiens, au juste? Et comment leurs défauts se comparent-ils avec ceux des fans d’ailleurs?

1. Ils sont cruels avec leurs gardiens : Vancouver a déjà été qualifiée de « cimetière de gardiens ». Encore cette saison, Roberto Luongo a été mis sur la sellette chaque fois qu’il connaissait un passage à vide. À Philadelphie, avant que Brian Boucher n’entre dans sa bulle en séries, le rendement des gardiens était si pitoyable que des spectateurs dans la foule tenaient des pancartes avec l’inscription « Mettez-moi dans les buts ». Après une saison difficile, Pascal Leclaire (Sénateurs d’Ottawa) a pris la relève de Brian Elliott en séries et s’est montré brillant lors d’une partie qui s’est terminée en faveur de son équipe après pas moins de trois périodes de prolongation. Après l’élimination des Sénateurs malgré un effort honorable de Leclaire, il a commenté : « Il y a deux semaines, j’étais un jambon et là, je suis l’ami de tout le monde dans la rue ».

2. Ils huent leur équipe : Écoutez attentivement les matchs sur la route. Cette année, j’ai entendu au moins la foule du New Jersey, celle de Boston et celle des Rangers huer leur équipe lorsque celle-ci ne performait pas. Boston, en particulier, s’est particulièrement fait étriller par sa propre foule à cause d’une série d’insuccès à domicile. Les Capitals se sont également fait huer au terme de leur septième match.

3. Ils huent leurs anciens joueurs : Demandez à Marian Hossa quel accueil lui est réservé à Pittsburgh, qu’il a déserté en faveur de Détroit pour augmenter ses chances de gagner la Coupe Stanley. Brian Gionta s’est fait huer cette année au New Jersey, et Scott Gomez à l’aréna de ses deux équipes précédentes, les Devils et les Rangers.

4. Ils martyrisent le joueur mal-aimé de leur équipe : Tim Thomas se fait régulièrement huer cette saison dans son propre aréna; avant lui, le défenseur Dennis Wideman était la tête de Turc des fans bostonnais. Par ailleurs, le blogueur à la source de cette information se plaint de la baisse de qualité des spectateurs au TD Garden (tiens donc, cela ne rappelle-t-il pas un certain discours sur la foule du Centre Bell?). Gomez se faisait huer au Madison Square Garden lorsqu’il portait l’uniforme des Rangers. En passant, Gomez n’est pas le seul à se faire reprocher son onéreux contrat : le Vinny Calculator vous permet de mesure le montant que gagne Vincent Lecavalier par but, par minute de jeu et selon ses autres statistiques, en plus de faire une comparaison avec votre propre salaire.

5. Ils sont violents envers les fans des autres équipes : il n’y a pas qu’à Montréal que les fans de l’extérieur se font malmener. Les fans des Bruins de Boston et ceux des Flyers de Philadelphie ne sont pas réputés pour être des enfants de chœur non plus, et aucun aréna de la LNH n’est à l’abri de violence entre spectateurs. Et que dire des émeutes, voire même des morts qui surviennent régulièrement dans les stades européens de soccer?

6. Ils sont chauvinistes : allez voir les commentaires de l’article de TSN sur l’ultime défaite des Capitals. Les Russes comme Alex Ovechkin, Alexander Semin et Semyon Varlamov s’en prennent plein la gueule. Et que dire de Don Cherry? En plus de mépriser ouvertement les francophones et les Européens, il a pris récemment l’habitude de massacrer ostensiblement les noms des gardiens européens. Semyon Varlamov a ainsi été rebaptisé « Varlamakov » (également désigné « Russe, ou peu importe ce qu’il est »). Jaroslav Halák a été renommé « Havlak » et « Havacock » (« cock », pour ceux qui l’ignorent, désigne l’appendice reproducteur masculin en anglais).

7. Ils sont arrogants, sans classe et casseurs : toujours dans la section des commentaires de TSN, vous seriez surpris de voir le nombre de gens heureux que les Canadiens aient rabattu le caquet des Capitals et de leurs fans, surnommés les « Craps fans ». Par ailleurs, cette même section est le lieu d’une jolie querelle entre fans des Capitals et ceux des Penguins, entre pro-Ovechkin et pro-Sidney Crosby. Si vous cherchez là un exemple de classe, vous serez déçus. Pour ce qui est de la casse, un article de la Gazette nous apprend comment la police de plusieurs villes, notamment Calgary et Edmonton, doivent composer avec les manifestations spontanées de fans en liesse.

8. ils remplissent l’aréna et achètent de la guenille malgré le rendement moyen de l’équipe : la Leaf Nation cultive la médiocrité depuis plus de quarante ans, et pourtant ;es Maple Leafs de Toronto remplissent leur aréna en vendant les billets les plus chers de la LNH. Brian Burke, le directeur général, a même parlé de « maladie bleue et blanche » pour qualifier l’attitude de ses joueurs qui se sentent à l’aise dans une ville où, selon lui, le hockey est « un culte, une religion » (tiens, tiens, comme à Montréal). Par ailleurs, de nombreuses autres organisations vendent le maximum de guenilles, tout comme le Tricolore, mais rien ne bat le catalogue du légendaire club de soccer Real de Madrid, qui comprend de la lingerie féminine.

9. Ils ne sont fans de l’équipe que lorsqu’elle gagne : cette accusation contredit la précédente, mais aucune logique n’arrête les pourfendeurs des fans des Canadiens. Par ailleurs, il n’y a pas qu’à Montréal que les fans se font accuser de revenir au Tricolore uniquement lorsque celui-ci vit des succès. À Washington, les fans de longue date sont en froid avec les « bandwagon fans », ces fans qui ont découvert récemment les Capitals avec l’arrivée d’Alex Ovechkin. Par ailleurs, les Coyotes de Phœnix sont la saveur du mois en Arizona. Chapeau à l’entraîneur Dave Tippett et au directeur général Don Maloney, qui ont interdit la moindre allusion à la situation financière de l’équipe et à son possible déménagement dans le vestiaire des joueurs, et qui ont tirée de ceux-ci à une saison inespérée. Pendant la première ronde des séries éliminatoires, l’aréna Jobing.com était plein. Pariez, cependant, qu’on y entendra à nouveau les mouches voler quelques semaines après le début de la prochaine saison.

10. Ils sont bipolaires et veulent régulièrement jeter tout le monde dehors : vous auriez dû voir la panique s’installer chez les fans des Capitals après la sixième partie entre Washington et Montréal. Après la septième, de nombreux fans voulaient faire table rase et mettre à la porte le directeur général, l’entraîneur, l’entraîneur-adjoint responsable de la défense, les joueurs, etc. De plus, ils étaient nombreux à faire la file pour gifler Bruce Boudreau, Alex Ovechkin, Alexander Semin et Mike Green.

11. Les maudits journalistes : nourris par les maudits fans, ils font supposément partie des raisons pour lesquelles aucun joueur ne voudrait venir à Montréal à moins de crever de faim. Il est vrai que la métropole québécoise a le plus gros contingent de journalistes sportifs entièrement consacrés à une seul équipe. Cependant, les médias qui couvrent les Rangers de New York, réputés particulièrement durs, mettent régulièrement à l’épreuve les nerfs du bouillant entraîneur John Tortorella. Chez les Flyers de Philadelphie, le capitaine Mike Richards a boudé les médias qui s’étaient intéressés d’un peu trop près à la vie nocturne de certains joueurs. Enfin, les journalistes de Toronto, dont le marché ressemble en tout points à celui de Montréal (sauf pour le nombre de Coupes Stanley remportées), sont tellement désabusés que deux d’entre eux ont publié un livre entier, intitulé “Leafs AbomiNation”: http://bit.ly/b4qij, sur la médiocrité des Maple Leafs.

Les faits ci-dessus ont été réunis grâce à une recherche rapide, mais une enquête exhaustive pourrait déterrer bien autre chose encore. Ce billet n’a pas pour but d’excuser les pires stupidités commises par le public montréalais. Mettre le feu à des voitures, tabasser des fans de Boston, huer l’hymne américain et huer un gardien alors qu’il a obtenu la troisième étoile dans une défaite où il a livré une prestation honorable : ce n’est pas avec ce genre d’exploit qu’on entretient une fierté centenaire.

Cessons de croire, toutefois, que les fans des Canadiens sont les pires de toute la LNH. Montréal a la plus forte densité d’amateurs de hockey au kilomètre carré. Forcément, il en découle des avantages, mais aussi des inconvénients. On comprend pourquoi les joueurs du Tricolore disent que le Centre Bell est le meilleur endroit où gagner… et le pire où perdre.

À la recherche de Scott Gomez (vidéo)

28 novembre 2009 à 3:19   | Publié dans Vidéos | Laisser un commentaire
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Parodie d’après Gone With the Wind (1939), un film de Victor Fleming, avec Vivien Leigh, Clark Gable, Olivia de Havilland et Leslie Howard.

Êtes-vous effaré du nombre de blessés dans la LNH? Êtes-vous stupéfaits d’apprendre que des joueurs comme Brian Gionta jouent blessés jusqu’à deux semaines avant que la douleur ne les obligent à s’arrêter? Êtes-vous inquiet d’apprendre qu’Andrei Markov reviendra plus tôt que prévu, malgré la gravité de sa blessure? C’est vrai, il nous manque, mais nous savons que des joueurs qui reviennent plus tôt que prévu risquent de se blesser de nouveau, comme Francis Bouillon l’an passé.

Si vous avez répondu oui à l’une des questions ci-dessus, vous n’êtes pas seul. Mais comme nous n’y pouvons rien, j’ai traduit cette inquiétude en un humour noir et grinçant sur les blessés de la LNH et des Canadiens, vus à travers les yeux d’une fan à la recherche de Scott Gomez.

Vous reconnaîtrez « Gone With the Wind », ce classique dont l’histoire se déroule pendant la guerre de Sécession. Je regrette seulement de ne pas avoir eu les outils vidéo et les compétences pour escamoter le drapeau confédéré, dont la connotation négative ne cadre pas avec le thème de la vidéo.

Cliquez ici pour voir la vidéo.

Saturation médiatique (Mario Dumont/Carey Price)

21 octobre 2009 à 1:19 | Publié dans Chroniques politiques | 3 Commentaires
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« Parlez-en bien… parlez-en mal… mais parlez-en », entend-on souvent dans le milieu de la publicité. Ce dicton est revenu récemment lors du débat entourant la publicité d’Octane mettant en vedette Georges Laraque. Malheureusement, en relations publiques, il arrive qu’entre le « parlez-en bien » et le « parlez-en mal », il y a le « parlez-en trop ». Celui-ci finit invariablement par se retourner contre l’objet d’une telle attention médiatique.

Peu de gens se souviennent que Mario Dumont n’a pas été le premier chef de l’Action démocratique du Québec. Le chef fondateur est en fait Jean Allaire, qui vient de refaire surface dans les nouvelles à l’occasion de la publication du mémoire préparé par le groupe de réflexion Avenir Québec, dont il est la figure de proue. En 1994, quelques mois à peine après la fondation de l’ADQ, M. Allaire, victime de problèmes de santé graves, a dû laisser la place au jeune Mario Dumont. Âgé de 24 ans, l’ex-président de l’aile jeunesse du Parti libéral du Québec s’était déjà fait connaître par sa rébellion contre son chef Robert Bourassa. L’année même de sa nomination en tant que chef, M. Dumont se fait élire dans la circonscription de Rivière-du-Loup, qu’il gardera jusqu’à son départ en 2009.

Doué et frondeur, Mario Dumont s’est rapidement fait connaître de la population québécoise, notamment lors du débat des chefs en 1998. Cette popularité fut à la fois la plus grande force et la plus grande faiblesse du parti. Tout le monde connaissait Mario Dumont, mais personne ne connaissait son parti, au point où la formation politique fit changer son nom pour « Action démocratique du Québec – Équipe Mario Dumont » auprès du Directeur général des élections afin que ses partisans sachent quelle case cocher sur le bulletin de vote.

Pendant les années qui ont suivi, l’ADQ fut enfermée dans un cercle vicieux : la population ne connaissait pas l’équipe parce que les médias ne s’intéressaient qu’à Mario Dumont, et les médias ne s’intéressaient qu’à Mario Dumont parce que l’équipe n’était pas connue. Les stratèges des autres partis firent leurs choux gras de cette situation : « L’ADQ est le parti d’un seul homme », répétèrent-ils jusqu’à ce que cette opinion s’imprègne dans la population. Lors de la campagne électorale de 2008, les journalistes soulignèrent à M. Dumont son absence à la présentation des candidats adéquistes de la région de Québec. Le chef adéquiste leur a alors rappelé qu’eux-mêmes lui reprochaient de faire trop d’ombre à ses candidats. « Il faudrait vous brancher! » leur a-t-il lancé.

Malgré l’adhésion de Gilles Taillon, ancien président du Conseil du patronat (et maintenant chef), et l’émergence de quelques figures comme Sébastien Proulx et Éric Caire, M. Dumont et l’ADQ ne sont jamais parvenus à sortir de cette impasse. La déconfiture du parti tient à plusieurs causes, y compris ses propres lacunes, bien sûr; cependant, l’indifférence des médias envers tout ce qui ne s’appelait pas Mario Dumont y contribua certainement. Au bout du compte, le succès de Mario Dumont fut à la fois la meilleure locomotive et le pire boulet de l’ADQ.

Le Canadien semble pris dans la même impasse. Il ne connaît pas de succès parce qu’il n’a pas de joueur de la trempe de Sidney Crosby, Aleksandr Ovetchkine ou Vincent Lecavalier, mais il n’arrive pas à signer une telle vedette parce qu’il n’a pas suffisamment de succès.

Le Tricolore pensait pourtant avoir trouvé son « joueur de concession » en la personne de Carey Price. La popularité du jeune gardien de but fut moussée par une habile campagne marketing et médiatique, assortie de tee-shirts, d’affiches, d’entrevues avec de prestigieuses revues sportives, de « spins » bien menés auprès des médias, de surnoms astucieusement choisis : Le Sauveur, Jésus Price, le joyau de l’organisation, l’avenir du Canadien…

On connaît la suite. Une série de contre-performances, des photos juteuses et des rumeurs de fêtes nocturnes prolongées plongèrent le cerbère dans le cyclone médiatique. La machine à rumeurs s’emballa, ce qui a fait dire à M. Price après coup : « J’ai eu l’impression de me retrouver dans la peau de Britney Spears. » La comparaison était judicieuse : comme la vedette pop, le jeune gardien était devenu pour les journalistes un os à gruger.

Or, les médias ne lâchent jamais un os tant qu’il y a de la viande dessus. Pourquoi s’intéresser à autre chose puisqu’on a sous le nez de quoi occuper les ondes et faire vendre des journaux? C’est trop fatigant de s’intéresser à d’autres personnalités quand on a un Mario Dumont ou un Carey Price sous la main pour remplir des feuillets avec peu d’effort. On peut gloser sur la responsabilité personnelle du jeune homme, car il en a indéniablement une; mais la furie médiatique y a participé, tout comme l’avidité du service de marketing du Canadien, pressé de convertir la popularité de sa jeune vedette en espèces sonnantes et trébuchantes. Ce qui devait arriver arriva : à la dernière partie des séries 2009, la foule excédée hua le gardien, qui sortit de ses gonds et leva sarcastiquement les bras en guise de réponse. Un beau « pétage de plombs » mutuel, comme il en a lui-même convenu le lendemain devant les journalistes. Ironiquement, à la dernière campagne électorale de Mario Dumont, ses nerfs avaient également commencé à lâcher, comme en témoignent nombre de déclarations étranges qui avaient fait sourciller tant les journalistes que ses propres candidats.

N’eût été du grand ménage estival de Bob Gainey, ce cirque aurait sans doute continué pendant la saison actuelle. Heureusement pour Carey Price, l’attention des médias a été détournée par l’arrivée des Gomez, Gionta, Cammalleri et compagnie. Mentionnons au crédit du jeune cerbère qu’il profité de l’été pour se refaire une santé et tirer des leçons de son amère expérience. Gageons que le service de marketing du Canadien, de son côté, n’a strictement rien appris et refera la même erreur avec son prochain « joueur de concession ». Quelqu’un a-t-il chuchoté le nom de Louis Leblanc?

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- La surexposition médiatique de Carey Price, qui l’a rendu vulnérable aux incidents médiatiques ( « accident-prone », diraient les anglophones), aura également des effets sur ce blogue. En effet, le jeune gardien a fourni beaucoup de matière à comparaison avec divers incidents du monde politique. Cependant, j’essaierai de ne pas l’utiliser trop souvent comme exemple, et je ferai de mon mieux pour conserver une position critique, mais respectueuse.

- En politique, la règle veut que l’on déclare publiquement tout intérêt personnel qui puisse causer un conflit avec les responsabilités liées au poste que l’on occupe. À titre de blogueuse et afin de respecter le principe de transparence, je révèle donc que mon joueur préféré est Jaroslav Halák. Veuillez noter, par contre, que j’aime bien Carey Price lui-même, malgré le manque total de subtilité de l’opération marketing montée autour de sa personne par l’organisation des Canadiens. J’en profite pour saluer tous les fans de Price et de Halák qui respectent les deux gardiens et qui prennent soin de défendre leur cerbère favori autrement qu’en vomissant à grands torrents sur l’autre.

- Je dois me procurer le livre de Bob Sirois, Le Québec mis en échec, et le lire avant de vous en parler. Je conseille aux internautes d’en faire autant avant de descendre M. Sirois en flammes. Jusqu’à maintenant, les réactions que j’ai lues en ligne sont en grande majorité du fiel qui témoigne non pas d’une ouverture envers les non-Québécois, mais d’une haine de nous-mêmes en tant que collectivité, d’une auto-flagellation puritaine démente en phase avec le « Québec bashing » ambiant qui domine ce débat. C’est vrai qu’à en juger par l’orthographe douteuse d’une part importante de ces commentaires haineux, un grand nombre de leurs auteurs semblent à peine capables de déchiffrer un article de journal jusqu’au bout, alors un livre au complet…
Je note cependant que François Gagnon, au premier entracte de la partie contre les Thrashers d’Atlanta, a été capable de faire une critique argumentée et posée du livre de M. Sirois. Merci à tous ceux qui suivent son exemple et font l’effort de critiquer ce livre de façon respectueuse.

- Enfin, j’en profite pour témoigner ma sympathie à Mélanie-Claude Bazinet, alias Miss Miller, qui a quitté L’Attaque à cinq cette semaine. J’espère qu’elle reprendra son blogue Le hockey pour les filles, qui m’a servi d’inspiration pour le lancement de Patinage hors glace.

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