Qui veut noyer Halák l’accuse de la rage

18 juin 2010 à 7:45 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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En fait, le véritable proverbe est « qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage », de la pièce Les Femmes savantes, de Molière.

Que Jaroslav Halák soit échangé, je peux le concevoir, même si c’est à mes yeux une bourde monumentale. Qu’on veuille faire de Carey Price le gardien d’avenir, je peux le concevoir.

Mais ceux qui prétendent que c’est le bon choix parce que Jaroslav Halák ne voulait pas revenir à Montréal de toute façon, font preuve d’une une ânerie sans fond.

Depuis l’élimination des Canadiens, des soi-disants connaisseurs prétendent qu’Halák ne voulait rien entendre de signer avec Montréal. Ils s’appuient sur sa lassitude vis-à-vis des journalistes pendant les séries éliminatoires. Halák n’a pas été le seul joueur à montrer son impatience devant les médias, une réaction bien normale après six semaines épuisantes de séries éliminatoires.

Pendant dix ans, chaque point de presse d’Andrei Markov lui semblait aussi agréable qu’une séance chez le dentiste. Il a pourtant signé de nouveau avec Montréal, lui qui aurait pu facilement se trouver un poste ailleurs. Scott Gomez a déjà traité les journalistes d’ugly mugs (« bouilles affreuses »). Ça ne l’a pas empêché de professer un enthousiasme sincère envers Montréal, même vers la fin de la saison et pendant les séries. Tomas Plekanec, interrogé sur sa performance décevante en séries, a répliqué avec agacement : « Ai-je été si mauvais? » Plekanec, l’un des agents libres sans compensation les plus convoités, veut pourtant revenir; son agent a récemment déclaré que les négociations entre son client et le Canadien allaient bon train. Un joueur peut aimer Montréal et ses partisans sans être obligé d’aimer les journalistes. Tout le monde n’est pas Michael Cammalleri.

Par ailleurs, on ressort encore cette rumeur stupide voulant qu’Halák ait demandé à être échangé en décembre dernier. Correction : Halák a demandé à jouer davantage, point-barre. Il a dit à l’organisation : faites-moi jouer ou échangez-moi. Ce n’était pas le désir de quitter Montréal, mais celui d’obtenir davantage de temps de glace qui l’a poussé à entreprendre cette démarche.

D’autres internautes lancent qu’Halák était sur le point de signer un contrat avec la KHL, ou encore que son agent a une réputation épouvantable à travers la Ligue, etc. N’en jetez plus, la cour est pleine.

Je ne sais pas si ce sont certains fans finis de Carey Price sont à l’origine de ces rumeurs. Toutefois, je soupçonne une opération de spinning (dorage) pour faire passer la pilule aux amateurs. Puisque le public de Montréal veut « Jaro », essayons de le convaincre que « Jaro » ne voulait pas de Montréal. Même François Gagnon et Jean-François Bégin avaient renchéri en affirmant qu’Halák en avait assez du cirque montréalais. Gagnon en rajoute une couche dans son blogue aujourd’hui. Gagnon est un journaliste consciencieux, mais un commentateur émotif. Partisan des Sénateurs d’Ottawa qui subit les tortures des fans les plus déchaînés des Canadiens, il aime livrer des interprétations douteuses afin de les faire souffrir à leur tour et de leur rendre la monnaie de leur pièce. S’il le pouvait, il accuserait directement les fans d’être responsables du départ d’Halák.

Sauf que certains faits contredisent ces fabulations sur ce que pense Halák de Montréal. Pendant la série contre les Flyers de Philadelphie, le magazine L’Actualité a envoyé un journaliste préparer un reportage sur la famille et le quartier d’enfance de Halák. Le reportage et les commentaires de ses parents ne laissent aucunement croire qu’Halák était malheureux à Montréal. Peu de temps avant ces déclarations, le gardien lui-même avait accepté de donner une entrevue exclusive parue dans le magazine La Semaine, une décision que l’on prend lorsqu’on veut soigner ses relations avec le public. Ce n’est pas exactement le genre de comportement de quelqu’un qui veut fuir à tout prix.

Numéro un, à Montréal ou ailleurs

Absolument rien ne prouve que Jaroslav Halák voulait quitter Montréal. Ce qu’il voulait, c’est un poste de numéro un. Souhaitons-lui la meilleure des chances avec les Blues de Saint-Louis. Il sera superbe dans son nouvel uniforme bleu.

Bien sûr, Halák, au centre de rumeurs d’échange depuis quelques années, était préparé à cette possibilité. Rester à Montréal n’était certainement pas une question de vie ou de mort pour lui. Toutefois, prétendre qu’il voulait prendre les jambes à son cou est une manœuvre odieuse destinée à faire taire ses admirateurs consternés et furieux de son départ.

Pierre Gauthier lui-même a affirmé que le jeune homme aimait Montréal et sa communauté. Accordons à Gauthier le mérite d’assumer pleinement sa décision : il a choisi Price. Il n’a pas tenté de trouver des prétextes et il semble prêt à vivre avec la colère des nombreux fans montréalais. C’est tout à son honneur.

Price meilleur… devant les médias

Parlons maintenant de Carey Price, qui n’a apparemment plus personne pour lui disputer son trône. Il a du potentiel, soit. Il a pris de la maturité, d’accord. D’ailleurs, je dédie une baffe à tous les imbéciles qui le hueront au Centre Bell la saison prochaine, à moins qu’il n’envoie un doigt d’honneur au public.

Certains vont trop loin en garantissant déjà que Price sera assurément à la hauteur. Ces fans finis prétendent que Price est fin prêt parce qu’il a démontré de la maturité devant les journalistes. Price veut davantage demeurer à Montréal que son collègue slovaque, selon François Gagnon, parce qu’il compose mieux avec l’attention qu’on lui porte. Comprendre : il a mieux « performé » devant les journalistes.

Cet argument au sujet des médias me fait décrocher la mâchoire. Depuis des années, on nous serine qu’un joueur doit être choisi pour son talent et non pour son aisance avec les médias. Des journalistes et des amateurs ont voulu nous vendre Markov comme capitaine, malgré son peu d’aisance devant les médias, en nous jurant que jamais, au grand jamais, un capitaine n’a eu pour rôle de représenter l’équipe auprès des médias. Pour la même raison, ces mêmes journalistes et amateurs ont pris la défense de Saku Koivu, qui ne parlait toujours pas français devant les médias presque dix ans après être devenu capitaine.

Et maintenant, on veut nous faire gober qu’il est normal de sacrifier un gardien accompli, travailleur, dévoué et aimé de ses coéquipiers et du public, un gardien qui a joué les héros devant les puissants Capitals de Washington et les Penguins de Pittsburgh, sous prétexte qu’il n’a pas fait preuve d’assez de chaleur devant les médias? Tant de mauvaise foi me révolte.

Oh, mais il faut ajouter que Price a pris de la maturité. La preuve, c’est qu’il a grondé Sergei Kostitsyn lorsqu’il a quitté l’entraînement avant la fin. Excusez-moi, pardon. La preuve est entendue, Price deviendra un grand gardien, que dis-je, une légende, et mènera les Canadiens à la Coupe Stanley, puisqu’il a été capable de remettre Kostitsyn à sa place.

Les dés encore pipés en faveur de Price

Si je fais de l’ironie, ce n’est pas pour rabaisser le potentiel de Price. Néanmoins, comme disent les anglophones, « the proof is in the pudding »; on juge quelqu’un par ses résultats et non par ses promesses. Certes, Price n’est plus le jeunot immature qu’il était à son arrivée à Montréal. Si Halák n’avait pas été là, j’aurais parié sur lui. Mais voilà, Halák est devenu une valeur sûre, beaucoup plus sûre que Price en tout cas. Price n’a pas mené son équipe à la troisième ronde des éliminatoires en passant par dessus les récipiendaires du trophée du Président et les champions en titre de la Coupe Stanley. Price n’a pas surpris tous les experts aux Jeux Olympiques en traînant son équipe nationale jusqu’au pied du podium. De plus, à son dernier départ sur la glace, le seul endroit qui compte, Price a démontré toute l’étendue de sa maturité… en écopant de deux stupides pénalités pour conduite antisportive. Alors sa maturité, mettons que je mets encore un gros point d’interrogation dessus.

J’insiste : le problème n’est pas d’avoir gardé Price, mais d’avoir sacrifié Halák pour lui. Price n’est pas un deux de pique, bien au contraire. Néanmoins, ceux qui disent que c’est garanti avec Price, qu’il deviendra un dieu sur patins à l’âge de 25 ou 26 ans, gardez-vous une petite gêne, je vous prie. Attendez qu’il se soit bâti une fiche respectable de victoires, de pourcentages d’arrêts et de nombres de buts accordés par match, en plus de se comporter sagement sur la patinoire et à l’extérieur. À ce moment-là, il sera passé de gardien prometteur à gardien confirmé.

En préférant Price à Halák, Pierre Gauthier a sacrifié un gros « oui » pour miser sur un énorme « peut-être ». De plus, il a déclaré avoir assuré à Price qu’il serait de retour l’automne prochain. Sur ce point, il aurait mieux fait de se taire : en confirmant que les dés était déjà pipés en faveur de Price, Gauthier vient de lui recoller l’étiquette de « chouchou » dont le jeune homme a eu tant de peine à se débarrasser. Toute vérité n’est pas bonne à dire. C’est peut-être ce qui m’enrage véritablement : encore une fois, Halák a été traité non pas comme un joueur utile pour le Canadien, mais comme un obstacle à la progression de Price. Espérons que ce dernier fera preuve de plus d’habileté que son directeur général pour se gagner l’estime des partisans.

Bon, je vous laisse, je me magasine une vuvuzela sur Internet pour aller en jouer sous les fenêtres de Pierre Gauthier.

Gestion de crise (André Boisclair/Andrei Markov)

4 février 2010 à 9:13   | Publié dans Chroniques politiques | 1 Commentaire
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Photomontage d’après la Presse canadienne (André Boisclair, repris dans canoe.ca) et canadiens.com (Andrei Markov, repris dans fanatique.ca)

En relations publiques, on appelle la « gestion de crise » la gestion des communications dans les médias à l’occasion d’un évènement qui pourrait entacher la réputation d’un individu ou d’une organisation. En fait, l’expression « gestion de crise » a un sens plutôt large, puisqu’il s’agit souvent de gérer les contrecoups d’un incident avant que celui-ci ne se développe en crise véritable. Autant une bonne gestion de crise permet de résorber un évènement qui aurait pu avoir de graves conséquences, autant une mauvaise gestion de crise peut transformer un incident banal en immense scandale.

Lorsqu’on se met les pieds dans les plats, la meilleure façon de s’en sortir est souvent de tout avouer immédiatement en exprimant ses regrets et en affirmant avoir tiré une précieuse leçon de ses erreurs. Tiger Woods aurait dû suivre ce précepte : ses longues journées de silence, à l’ère de l’information-minute, auront probablement causé plus de dommage que le nombre réel ou supposé de ses maîtresses.

Pendant mes années de militantisme politique, la pire gestion de crise qu’il m’a été donnée de voir est celle qui a entouré l’affaire Boisclair. En pleine course à la chefferie du Parti québécois, les médias ont révélé qu’André Boisclair, le principal candidat de cette course et ancien ministre des Affaires municipales et de l’Environnement, avait autrefois consommé de la cocaïne alors qu’il était en exercice. Pétri d’orgueil, Boisclair a d’abord évité de répondre, malgré les preuves manifestes. Il a ensuite parlé d’« erreurs de jeunesse », avant que les médias réussissent à prouver qu’il avait consommé alors qu’il était ministre. Acculé au pied du mur, le candidat a fini par admettre l’évidence, avant de se déclarer victime des journalistes – un truc qui ne fonctionne jamais – puis d’affirmer, chaque fois que quelqu’un revenait sur le sujet, qu’il voulait « parler d’autre chose » – un truc qui fonctionne encore moins que le précédent.

Boisclair a remporté la course de justesse, mais a lamentablement perdu les élections générales qui ont suivi quelques mois après. Cette gestion de crise complètement catastrophique, en plus de conduire la carrière de du jeune politicien au naufrage, a causé des dommages profonds au Parti québécois. Peu après la démission de Boisclair, c’est une formation amochée et divisée que Pauline Marois a repris en main. Si Boisclair avait admis dès le départ qu’il avait consommé, il aurait pu limiter les dégâts : il aurait pu prétendre que l’ivresse du pouvoir lui avait monté à la tête, mais qu’il s’était repris à temps, et que cette dangereuse erreur avait fait de lui un homme plus mûr et plus réfléchi. Comme les Québécois aiment les repentis, on peut parier qu’ils lui auraient pardonné assez facilement.

Pourquoi l’altercation entre Andrei Markov et Carey Price a provoqué beaucoup plus de réactions que celle entre Michael Cammalleri et Maxim Lapierre? À la défense de Price, il faut mentionner que le jeune gardien est actuellement la cible préférée des éternels insatisfaits toujours à la recherche de coupables. De plus, les disputes font partie du quotidien des vestiaires sportifs. Cependant, si l’incident a suscité autant d’intérêt, c’est qu’il touche indirectement au cœur d’une question qui taraude depuis des semaines les amateurs et les journalistes : Carey Price a-t-il, oui ou non, des problèmes d’attitude envers ses coéquipiers qui nuisent au rendement de l’équipe? Malgré toute l’attention qu’ils retiennent, les gardiens ne sont vraiment pas le principal problème du Canadien. Cependant, le comportement de Price – bris de bâtons, blâmes envers ses défenseurs, départs prématurés de l’entraînement et de la période d’échauffement alors qu’il ne joue pas le match du même soir – soulève des inquiétudes chez les observateurs depuis déjà un certain temps.

Les journalistes auraient pu épargner beaucoup de temps et de salive à tout le monde en posant directement aux joueurs cette seule question sur les relations entre Price et le reste de l’équipe. Malheureusement, la majorité d’entre eux ont préféré chipoter sur les détails de l’incident, insister pour avoir la teneur exacte des propos tenus et gloser sur leur signification; bref, au lieu de s’attaquer au cœur du problème, ils ont tourné autour du pot. De quoi avaient-ils peur? De se faire haïr des joueurs? De se faire expulser du vestiaire?

Le joueur à qui a été confiée la « gestion de crise », Andrei Markov, s’est révélé lamentable dans cet exercice. Il a accusé les journalistes de « chercher des histoires » avant de leur déclarer tout net qu’ils devaient supporter l’équipe en ces temps difficiles! Je ne sais pas si notre meilleur défenseur a une conception soviétique du rôle des médias, mais le rôle fondamental du journaliste, celle qui définit sa profession, est de rapporter les faits. Quant au Canadien, il compte déjà sur un service de communication et un service de marketing pour lessiver le cerveau de sa clientèle. D’ailleurs, l’accusation de Markov était parfaitement injuste : certes, l’incident a fait beaucoup de bruit, mais la plupart des commentateurs ont rappelé que ces prises de becs sont monnaie courante dans les équipes professionnelles de sport, voire même positives dans la mesure ou elles permettent de régler des conflits latents.

De son côté, Maxim Lapierre nous a ressorti la rhétorique éculée de la « famille unie » et des « frères qui se chicanent ». Personnellement, je ne connais aucune famille dont les frères et sœurs ont chacun leur agent et renégocient leur contrat avec leurs parents à des intervalles de quelques années. Josh Gorges, réputé le meilleur ami de Price dans le vestiaire, a livré une réponse encore pire : « Je présume que ça vient avec le fait d’être gardien de but à Montréal », a-t-il déclaré, comme si cette excuse représentait une absolution de tout ce qui pouvait être reproché à son camarade. Personne n’a pensé à demander à Gorges pourquoi les mêmes blâmes ne sont pas adressés à l’autre gardien, Jaroslav Halák? Carey Price lui-même n’a pas aidé sa cause avec sa momerie sur la patinoire, lorsqu’il a fait un câlin à Markov tout en souriant aux caméras d’un air narquois. Price est réputé pour son sens de l’humour, mais il en a déjà fait un meilleur usage que dans ce cas-ci.

Qu’auraient pu faire Markov et les autres pour répondre de façon satisfaisante aux questions tout en sauvant la face et en protégeant la confidentialité des affaires de vestiaire? Plutôt que de prendre les journalistes à rebrousse-poil, ils auraient pu se montrer « désolés que cet incident ait soulevé les inquiétudes du public » (c’est toujours une bonne chose de tenir compte des sentiments du public, c’est lui qui paie après tout); expliquer que des athlètes professionnels « ont souvent une forte personnalité » (pour indiquer au passage que Price n’est pas le seul doté d’un caractère bien trempé); et rassurer les gens en rappelant que de tels incidents donnaient l’occasion aux joueurs de régler des malentendus (afin que les partisans y voient des retombées positives plutôt que des raisons de s’inquiéter). La façon dont les joueurs du Tricolore, embarrassés, ont tout fait pour minimiser l’affaire et ont traité les journalistes de haut n’a rien de rassurant, bien au contraire. On sentait que la tension n’avait pas disparu. L’incident est clos, mais le malaise demeure.


Voulez-vous un exemple de « gestion de crise » bien faite? Regardez du côté de Chicago. Le 23 janvier dernier, après une défaite gênante de 5-1 à Vancouver aux mains des Canucks, des joueurs des Blackhawks ont fait la fête torses nus dans une limousine avec une flopée de jolies filles. Évidemment, les photos ont rapidement fait le tour de la planète Web. L’un des joueurs concernés, Patrick Kane, a déclaré : « Ce n’est pas comme ça qu’on veut représenter l’équipe, mais on en a discuté à l’interne avec l’équipe. Ça s’est réglé dans le vestiaire. » L’enfant terrible des Blackhawks, qui avait eu une dispute l’été dernier avec un chauffeur de taxi pour une histoire de vingt cents, a ajouté : « J’ai 21 ans. Il est probablement temps de grandir un peu. » Rassurés, les médias ont tourné l’histoire en dérision : sans faire tout un plat de l’histoire, ils se sont quand même fait plaisir en se payant la tête des joueurs. La direction a rapidement déploré l’évènement avant de déclarer l’affaire close.

Voilà comment emballer un incident en peu de temps. Pas besoin de déchirer ses vêtements, ni de se raser la tête et de verser des cendres dessus. Vous faites un petit acte de contrition, vous déclarez avoir acquis de l’expérience et vous mettez le public dans votre petite poche arrière. Mais pour ça, il faut mettre son orgueil de côté. Plusieurs joueurs du Canadien en semblent tout bonnement incapables.


Alors que la blogosphère sportive montréalaise est repartie dans un autre cycle de « Careybashing », je suis désolée que mon nouveau billet porte sur un autre incident concernant Carey Price. Cependant, je m’attarde davantage aux réactions de ses coéquipiers que sur sa propre contribution. Dans un précédent billet, je vous avais avertis que Price reviendrait souvent dans mon blogue, puisque je parle d’image publique et que Price, à cause de sa position et de son impulsivité, est vulnérable aux incidents médiatisés.

Les potiches (gouverneur général du Canada/capitaine du CH)

17 octobre 2009 à 5:58   | Publié dans Chroniques politiques | 1 Commentaire
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Avec le report indéfini de la nomination du capitaine des Canadiens, on en vient à se demander si ce poste n’est pas devenu, au fil des ans, une fonction honorifique. Pourquoi un capitaine? Pour faire plaisir aux partisans? Pour respecter la tradition? Après les longues années de règne de Saku Koivu, il faut admettre que la description de tâches de cet emploi a grandement besoin d’une mise à jour.

La politique compte aussi des acteurs méconnus de la population, au point où les contribuables excédés réclament l’abolition de ces « potiches de luxe ». Le poste de gouverneur général, notamment, est régulièrement ciblé par ces critiques depuis les dépenses somptuaires d’Adrienne Clarkson; de même, la pertinence des lieutenants-gouverneurs des provinces a été remise en question par le train de vie luxueux de Lise Thibault, qui occupait ce poste au Québec.

Gouverneur général, un rôle sous-estimé

Pourtant, le gouverneur général et les lieutenants-gouverneurs ont des fonctions bien réelles, quoique beaucoup plus discrètes que celles des politiciens. Le gouverneur général convoque, proroge et dissout le Parlement, assermente les principaux personnages politiques du pays, sanctionne les lois. Il représente le Canada à l’étranger, accueille les chefs d’État et les ambassadeurs des pays étrangers, remet des distinctions honorifiques et des récompenses (notamment l’Ordre du Canada et les Prix du Gouverneur général). Autrement dit, le gouverneur général soulage le premier ministre et les autres politiciens de nombreuses responsabilités protocolaires fastidieuses, mais inévitables. Ailleurs, ces fonctions sont déléguées à des personnes non élues par la population. Ainsi, aux États-Unis, la Première Dame s’occupe des réceptions à la Maison Blanche et d’œuvres caritatives. Dans de nombreux pays, la monarchie constitutionnelle est encore en place, même si les souverains n’exercent souvent que des fonctions protocolaires. Le roi de Suède, par exemple, exerce diverses activités de relations publiques pour le compte de l’État suédois, notamment en remettant chaque année les prix Nobel aux lauréats.

Cependant, dans presque toutes les monarchies constitutionnelles, le souverain ou son représentant détient également un pouvoir limité qui lui permet d’intervenir en cas d’impasse dans le système parlementaire. C’est ainsi que Michaëlle Jean, en décembre 2008, s’est retrouvée dans un dilemme cornélien. Une coalition de trois partis menaçait de renverser le gouvernement conservateur élu. Le premier ministre Stephen Harper lui a donc demandé d’interrompre les travaux de la Chambre des communes jusqu’en janvier. Si elle acceptait, Mme Jean se faisait reprocher de museler le Parlement alors qu’elle n’était pas élue par la population. Si elle refusait, elle se faisait accuser de prendre une décision de son propre chef, alors que la tradition veut que le gouverneur général ne soit que l’exécutant du premier ministre. Peu importe sa décision (et elle était obligée d’en prendre une), elle ne pouvait pas éviter de se faire écorcher. La population canadienne, d’une ignorance politique navrante, a alors découvert avec stupéfaction qu’un gouverneur général pouvait être obligé de sortir de son rôle de potiche et de prendre seul une décision aux conséquences profondes.

Ce type d’ignorance n’est pas propre au Canada : ce n’est qu’en 2000, avec l’élection controversée de George W. Bush, que la majorité de la population américaine a appris que son président n’était pas élu au suffrage universel direct, mais par l’intermédiaire d’un collège électoral. Le système présidentiel américain n’a pas de mécanisme de déblocage équivalent à celui du système parlementaire de type britannique, mais la culture politique des États-Unis, basée sur le compromis entre les camps opposés, a permis à ce jour d’éviter ou de surmonter les crises. Tel n’est pas le cas dans les pays d’Amérique latine, où les régimes présidentiels ont souvent été victimes de coups d’État militaires. En ce qui concerne le Canada (ou le Québec, s’il se sépare), c’est bien beau de vouloir abolir le poste de gouverneur général, mais qui hériterait alors de ses fonctions constitutionnelles et protocolaires?

Capitaine, un rôle mal défini

Quant au capitaine de hockey, sa fonction est définie en partie par le règlement de la Ligue nationale de hockey et en partie par la coutume. D’après le règlement de la LNH, seul le capitaine (ou, s’il se trouve hors de la glace, l’un de ses adjoints) est autorisé à discuter avec l’un des arbitres concernant l’interprétation des règles. Il s’agit de la seule fonction que lui accorde le règlement; les autres lui sont conférées par la tradition. Par exemple, il reçoit au nom de l’équipe tous les trophées qu’elle remporte. Ses autres fonctions sont informelles : il est le leader dans le vestiaire ainsi que le représentant des joueurs auprès de la direction et, de façon plus ou moins officielle, auprès du public. Il peut également être amené à organiser les activités sociales de l’équipe.

À cause du flou qui entoure les responsabilités du capitaine, on comprend maintenant pourquoi tous et chacun, que ce soit les ténors de la direction des Canadiens, les joueurs, les journalistes et les amateurs, essaient d’imposer leur propre interprétation de ce poste en fonction de leurs convictions personnelles. Par exemple, l’entraîneur Jacques Martin a mis fin à la tradition de laisser les joueurs élire leur capitaine par le vote, afin de s’assurer un meilleur contrôle sur son vestiaire. Les fervents défenseurs de la langue française, eux, insistent sur le rôle du capitaine en tant que porte-parole auprès du public, pour acculer son titulaire à l’apprentissage du français. Les opposants féroces à l’apprentissage obligatoire du français ont frénétiquement ressorti tous les témoignages des capitaines passés du Tricolore pour prouver que jamais, au grand jamais, ce joueur n’était obligé d’assurer un rôle de relations publiques. Selon eux, un capitaine a toujours mené « par l’exemple », une expression creuse qui permet surtout d’escamoter les questions les plus délicates. Ces questions comprennent non seulement la connaissance du français, mais aussi les qualités de médiateur du capitaine auprès de ses coéquipiers et de communicateur avec les médias. En d’autres mots, ceux qui veulent d’un capitaine qui mène « par l’exemple » n’espèrent rien d’autre qu’une respectable potiche qui ne joue pas trop mal.

En réalité, le rôle de capitaine évolue probablement au gré des circonstances, comme bien d’autres fonctions de tous les milieux professionnels. On n’est sûrement pas capitaine à San José de la même façon qu’à Washington ou à Montréal. On n’est pas capitaine en 2009 comme en 1959, surtout pas avec l’importance actuelle des médias. De plus, chaque capitaine l’est probablement à sa façon, avec ses propres moyens. C’est devant cette constatation qu’on se rend compte que malgré les qualités de Saku Koivu, son long règne à titre de capitaine « par l’exemple » a semé la confusion chez les partisans à l’égard de ce rôle. Même si on ne sait pas exactement comment Koivu remplissait son rôle de capitaine au sein même de l’équipe, la plupart de ses coéquipiers s’en déclaraient satisfaits; par rapport au public, toutefois, il est parti en laissant un vide absolu dans la définition du poste.

Pour rigoler un peu, imaginons à quoi ressemblerait l’offre d’emploi de capitaine des Canadiens :
- il a une fiche de pointage respectable;
- il a l’influence dans le vestiaire;
- il est à l’aise avec les médias;
- il parle couramment le français et l’anglais;
- il n’a pas de photos compromettantes sur Internet, n’a pas fait de publicité pour une boisson alcoolisée, n’a pas fréquenté de mafieux, etc.
- il encourage les œuvres de bienfaisance (atout);
- il donne la fessée aux joueurs trop fêtards (atout);
- il a de l’ancienneté dans l’équipe (atout);
- il parle le russe, le tchèque, le slovaque, le suédois ou le finnois (atout);
- (ajoutez vos propres fantasmes dans la section des commentaires).

En l’absence d’un tel prince charmant, le joueur qui se rapproche le plus de cette description peut toujours accomplir un travail tout à fait honorable, quitte à déléguer certaines tâches à ses assistants, par exemple les relations avec les médias des deux langues. Et non, notre prochain capitaine ne parlera probablement pas français, du moins pas tout de suite. Vous trouvez que les Montréalais sont trop exigeants dans le choix d’un capitaine? Peut-être, mais leurs espérances sont à la mesure du public le plus passionné et le plus fidèle de toute la LNH. Les membres du Tricolore trouvent excitant de jouer pour le public montréalais, mais l’amour a un prix.

Mon intuition me dit que si Andrei Markov s’est montré prudent lorsqu’on lui a parlé du poste de capitaine, c’est qu’il a parfaitement saisi la réalité montréalaise. On aura beau affirmer que la fonction de capitaine n’existe que pour les joueurs, le vénérable défenseur a sans doute compris que les partisans veulent aussi un capitaine pour eux et qu’ils n’accepteront pas un autre capitaine « par l’exemple », aussi respectable soit-il. L’équipe et la direction des Canadiens auront beau feindre le déni, le capitaine de l’équipe est placé de facto en position de porte-parole des joueurs auprès du public; ses relations avec les médias sont donc incontournables. Markov est moins fort avec un micro qu’avec un bâton, même s’il s’est amélioré (par ailleurs, à la présentation des joueurs de jeudi dernier, il a démontré qu’il pouvait être très expressif du regard, à défaut de l’être par la voix). De toute façon, comme il est en congé forcé pour quatre mois à cause de sa blessure, un capitaine sera probablement nommé avant son retour. Dans le cas contraire, s’il reçoit le « C », il devra bien trouver une manière de remplir ce rôle à sa façon, avec ses propres moyens. Sait-on jamais, il pourrait nous surprendre en sortant davantage de sa coquille.

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