Les racistes (André Boisclair/fans de P.K. Subban)
12 avril 2010 à 7:00 | Publié dans Chroniques politiques | 2 CommentairesMots-clefs : André Boisclair, Benoît Brunet, Benoît Rioux, blackface, Gilles Duceppe, Mike Boone, minstrel shows, P.K. Subban, Parti québécois, Pierre Houde, racisme, Sportnographe, Subbanator
Pardon à tous les habitués de mes billets pour ce long hiatus. Pour ceux qui ne connaissent pas le concept, mon blogue porte sur la politique et le hockey, et compare des incidents de ces deux univers pour relever ce qu’ils ont en commun. Voir mes précédents billets pour comprendre.
J’avoue que la motivation m’a manqué depuis les Jeux Olympiques. Cependant, comme nos CHéris n’ont que peu de chances devant les Caps (mais gardons la foi), je dois me hâter de publier mes derniers billets avant le fin de la valse du printemps. En effet, j’ai l’intention de me pencher sur un autre projet dont je vous reparlerai bientôt.
On a vu, dans le débat sur les accommodements raisonnables, comment le contexte culturel et social peut modifier considérablement le jugement que l’on porte sur un incident. Dans la culture francophone, faire référence aux stéréotypes physiques propres à une ethnie est généralement vu comme un manque de tact, voire même de jugement; dans la culture canadienne anglaise, c’est directement perçu comme du racisme. Ces différences culturelles peuvent causer des malentendus dans le monde de la politique comme dans celui du hockey.
Les « yeux bridés »
En 2007, lors d’un discours devant les étudiants de l‘Université du Québec à Trois-Rivières, André Boisclair, alors chef du Parti québécois, a vanté l’ardeur et l’engagement des Asiatiques dans leurs études. Lorsqu’il était à l’Université Harvard, a-t-il dit, le tiers des étudiants qu’il côtoyait avaient les « yeux bridés ». En voulant applaudir les Asiatiques, il s’est plutôt attiré des problèmes avec les médias canadiens-anglais, qui ont traduit l’expression par « slanted eyes ». Cette expression anglaise, contrairement à son équivalent français, a une connotation péjorative; au malentendu culturel s’est ajouté une difficulté de traduction. Évidemment, de nombreux Canadiens anglais en ont profité pour vomir une autre vague de fiel sur le Québec en général et sur les souverainistes en particulier. Pendant que de nombreux chroniqueurs anglophones accusaient carrément Boisclair d’insensibilité, voire même de racisme, il était défendu par plusieurs commentateurs francophones et même par ses adversaires politiques québécois, Jean Charest et Mario Dumont. Aux yeux de la plupart des Québécois, André Boisclair a simplement utilisé une figure de style pour faire référence à une minorité visible dans le but de la louanger. Encore une fois, les deux solitudes ont montré le fossé qui les séparait.
L’affaire Subbanator
Le 11 mars dernier, pendant un match entre les Canadiens et les Oilers au Centre Bell, la caméra de RDS s’est arrêtée pendant plusieurs secondes sur deux spectateurs. La figure barbouillée de noir, une perruque afro sur la tête et un chandail sur le dos avec le logo du Tricolore et le mot « Subbanator », les deux fans soulevaient une pancarte demandant où était leur idole, le jeune défenseur noir P.K. Subban. Celui-ci, qui était venu en renfort pendant deux matchs pour le Tricolore et avait ébloui la foule montréalaise, était ensuite retourné aux Bulldogs de Hamilton. L’accoutrement de ses deux admirateurs a indigné de nombreux anglophones : l’affaire a été discutée sur Team 990, et un blogueur de Toronto a fait tout un scandale sur le dos des infâmes partisans du CH, appuyé par d’autres blogueurs du Canada anglais. Au banc des accusés : les employés du Centre Bell, qui ont laissé entrer ces deux monstres d’insensibilité, le caméraman de RDS qui les a filmés, ainsi que les animateurs Pierre Houde et Benoît Brunet, qui n’ont pas relevé le racisme manifeste de cet accoutrement. De plus, la photo des deux spectateurs a passé sur le blogue du journaliste Benoît Rioux, de Canoë, sans soulever de tollé parmi les lecteurs francophones; le Sportnographe s’est contenté de faire du sarcasme en commentant que les fans de P.K. Subban « ont de la grosse classe ». Cette indifférence, aux yeux de nombreux partisans des Maple Leafs, ne peut évidemment s’expliquer que d’une seule façon : les partisans des Canadiens et les Québécois en général sont racistes, ignorants et stupides.
À première vue, on peut juger que le déguisement de ces deux hommes est simplement ridicule, stéréotypé et d’un goût douteux. Néanmoins, pourquoi le caractère « offensant », si évident aux yeux des anglophones, a échappé aux employés du Centre Bell, au personnel de RDS, à Benoît Rioux et aux gens du Sportnographe? Pour répondre à cette question, il faut s’arrêter un moment et parler d’un épisode de l’histoire culturelle de l’Amérique anglo-saxonne qui n’a pratiquement jamais franchi la barrière linguistique au Québec : les « minstrel shows ». Jusqu’aux années 1950, des Blancs montaient des spectacles dans lesquels, le visage noirci, ils jouaient des personnages noirs dotés des pires stéréotypes : ignorants, stupides, superstitieux… Ces spectacles ont laissé un souvenir douloureux dans la mémoire collective américaine, qui a fait de « blackface » un terme péjoratif en anglais, une injure aussi grave que le mot commençant par la lettre N. Pour avoir une idée de l’héritage des « minstrel shows » et des « blackfaces » dans la culture américaine, je vous recommande le film Bamboozled, de Spike Lee.
Il y a quelques années à peine, dans le Québec quasiment isolé de ce phénomène, des humoristes blancs, lorsqu’ils personnifiaient des célébrités noires, se peignaient encore le visage en brun foncé et arboraient des perruques crépues. Les « minstrel shows » sont tellement inconnus dans la Belle Province que les termes « minstrel » et « blackface » n’ont même pas d’équivalents en français. Pas étonnant, donc, que les deux admirateurs de Subban aient commis ce faux pas en toute innocence (dans les deux sens du terme). Par ailleurs, ils ne sont pas les seuls : dans son édition d’octobre 2009, l’édition française du magazine Vogue a publié des photos du mannequin néerlandais Lara Stone, blanche et blonde, maquillée en noire. Alors que le président de l’organisme français SOS Racisme s’est contenté de taper le magazine sur les doigts pour son manque de tact, d’autres regroupements noirs français, mais aussi des commentateurs américains, ont carrément parlé de racisme.
Quand un même incident est analysé dans des contextes culturels aussi différents, il est normal que la controverse s’installe. Il devient encore plus difficile de dissiper les malentendus lorsque certaines personnes, sous des dehors vertueux, profitent de l’occasion pour rabaisser et diaboliser des gens qu’elles méprisent. Le « Quebec bashing » a encore un excellent fond de commerce au Canada anglais. D’un autre côté, l’humour gras et facile qui a tant de succès au Québec le rend parfois vulnérable aux accusations de racisme et d’insensibilité. Rappelons le Bye Bye 2008 : des comédiens y ont interprété l’animateur Denis Lévesque débitant à Barack Obama des énormités vulgaires sur les Noirs. Le but était de ridiculiser Lévesque, et non Obama. Néanmoins, les blagues de mauvais goût se sont retournées contre les producteurs de l’émission, qui ont reçus des centaines de plaintes.
Dans l’affaire Subbanator, le mot de la fin revient à l’hilarant Mike Boone, de Habs Inside/Out, qui a fait une remarque piquante sur ces deux fans un peu trop enthousiastes de P.K. Subban : [traduction] « bannissez ces bouffons de l’aréna, ou bien renommez-le le Centre Jolson ». Boone fait ici un jeu de mots avec le Centre Molson (l’ancien nom du Centre Bell) et Al Jolson, l’artiste américain dont le nom est devenu synonyme de « minstrel show ». Ironiquement, Jolson, qui a fait découvrir le jazz à l’Amérique blanche, avait de nombreux amis parmi les Noirs et a combattu la discrimination raciale dans le monde du spectacle.
Aux armes, citoyens!
Notons, enfin, que les Canadiens anglais n’ont pas le monopole des âneries lorsqu’il s’agit de diaboliser le voisin. Gilles Duceppe, dans un récent discours, s’est mis les pieds dans les plats en affirmant que les militants bloquistes étaient des « résistants » contre le Canada; le terme évoquait la Résistance française contre l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Franchement. Il y a toutes sortes de raisons légitimes de croire à l’indépendance du Québec (ou, au contraire, à l’unité canadienne); cependant, comme René Lévesque lui-même l’a souligné, le Canada n’est quand même pas un goulag. Connaissez-vous beaucoup de militants souverainistes qui ont pris le maquis?
Gestion de crise (André Boisclair/Andrei Markov)
4 février 2010 à 9:13 | Publié dans Chroniques politiques | 1 CommentaireMots-clefs : André Boisclair, Andrei Markov, Blackhawks, Canadiens, Carey Price, Chicago, cocaïne, Josh Gorges, Maxim Lapierre, Parti québécois, Patrick Kane

Photomontage d’après la Presse canadienne (André Boisclair, repris dans canoe.ca) et canadiens.com (Andrei Markov, repris dans fanatique.ca)
Lorsqu’on se met les pieds dans les plats, la meilleure façon de s’en sortir est souvent de tout avouer immédiatement en exprimant ses regrets et en affirmant avoir tiré une précieuse leçon de ses erreurs. Tiger Woods aurait dû suivre ce précepte : ses longues journées de silence, à l’ère de l’information-minute, auront probablement causé plus de dommage que le nombre réel ou supposé de ses maîtresses.
Pendant mes années de militantisme politique, la pire gestion de crise qu’il m’a été donnée de voir est celle qui a entouré l’affaire Boisclair. En pleine course à la chefferie du Parti québécois, les médias ont révélé qu’André Boisclair, le principal candidat de cette course et ancien ministre des Affaires municipales et de l’Environnement, avait autrefois consommé de la cocaïne alors qu’il était en exercice. Pétri d’orgueil, Boisclair a d’abord évité de répondre, malgré les preuves manifestes. Il a ensuite parlé d’« erreurs de jeunesse », avant que les médias réussissent à prouver qu’il avait consommé alors qu’il était ministre. Acculé au pied du mur, le candidat a fini par admettre l’évidence, avant de se déclarer victime des journalistes – un truc qui ne fonctionne jamais – puis d’affirmer, chaque fois que quelqu’un revenait sur le sujet, qu’il voulait « parler d’autre chose » – un truc qui fonctionne encore moins que le précédent.
Boisclair a remporté la course de justesse, mais a lamentablement perdu les élections générales qui ont suivi quelques mois après. Cette gestion de crise complètement catastrophique, en plus de conduire la carrière de du jeune politicien au naufrage, a causé des dommages profonds au Parti québécois. Peu après la démission de Boisclair, c’est une formation amochée et divisée que Pauline Marois a repris en main. Si Boisclair avait admis dès le départ qu’il avait consommé, il aurait pu limiter les dégâts : il aurait pu prétendre que l’ivresse du pouvoir lui avait monté à la tête, mais qu’il s’était repris à temps, et que cette dangereuse erreur avait fait de lui un homme plus mûr et plus réfléchi. Comme les Québécois aiment les repentis, on peut parier qu’ils lui auraient pardonné assez facilement.
Pourquoi l’altercation entre Andrei Markov et Carey Price a provoqué beaucoup plus de réactions que celle entre Michael Cammalleri et Maxim Lapierre? À la défense de Price, il faut mentionner que le jeune gardien est actuellement la cible préférée des éternels insatisfaits toujours à la recherche de coupables. De plus, les disputes font partie du quotidien des vestiaires sportifs. Cependant, si l’incident a suscité autant d’intérêt, c’est qu’il touche indirectement au cœur d’une question qui taraude depuis des semaines les amateurs et les journalistes : Carey Price a-t-il, oui ou non, des problèmes d’attitude envers ses coéquipiers qui nuisent au rendement de l’équipe? Malgré toute l’attention qu’ils retiennent, les gardiens ne sont vraiment pas le principal problème du Canadien. Cependant, le comportement de Price – bris de bâtons, blâmes envers ses défenseurs, départs prématurés de l’entraînement et de la période d’échauffement alors qu’il ne joue pas le match du même soir – soulève des inquiétudes chez les observateurs depuis déjà un certain temps.
Les journalistes auraient pu épargner beaucoup de temps et de salive à tout le monde en posant directement aux joueurs cette seule question sur les relations entre Price et le reste de l’équipe. Malheureusement, la majorité d’entre eux ont préféré chipoter sur les détails de l’incident, insister pour avoir la teneur exacte des propos tenus et gloser sur leur signification; bref, au lieu de s’attaquer au cœur du problème, ils ont tourné autour du pot. De quoi avaient-ils peur? De se faire haïr des joueurs? De se faire expulser du vestiaire?
Le joueur à qui a été confiée la « gestion de crise », Andrei Markov, s’est révélé lamentable dans cet exercice. Il a accusé les journalistes de « chercher des histoires » avant de leur déclarer tout net qu’ils devaient supporter l’équipe en ces temps difficiles! Je ne sais pas si notre meilleur défenseur a une conception soviétique du rôle des médias, mais le rôle fondamental du journaliste, celle qui définit sa profession, est de rapporter les faits. Quant au Canadien, il compte déjà sur un service de communication et un service de marketing pour lessiver le cerveau de sa clientèle. D’ailleurs, l’accusation de Markov était parfaitement injuste : certes, l’incident a fait beaucoup de bruit, mais la plupart des commentateurs ont rappelé que ces prises de becs sont monnaie courante dans les équipes professionnelles de sport, voire même positives dans la mesure ou elles permettent de régler des conflits latents.
De son côté, Maxim Lapierre nous a ressorti la rhétorique éculée de la « famille unie » et des « frères qui se chicanent ». Personnellement, je ne connais aucune famille dont les frères et sœurs ont chacun leur agent et renégocient leur contrat avec leurs parents à des intervalles de quelques années. Josh Gorges, réputé le meilleur ami de Price dans le vestiaire, a livré une réponse encore pire : « Je présume que ça vient avec le fait d’être gardien de but à Montréal », a-t-il déclaré, comme si cette excuse représentait une absolution de tout ce qui pouvait être reproché à son camarade. Personne n’a pensé à demander à Gorges pourquoi les mêmes blâmes ne sont pas adressés à l’autre gardien, Jaroslav Halák? Carey Price lui-même n’a pas aidé sa cause avec sa momerie sur la patinoire, lorsqu’il a fait un câlin à Markov tout en souriant aux caméras d’un air narquois. Price est réputé pour son sens de l’humour, mais il en a déjà fait un meilleur usage que dans ce cas-ci.
Qu’auraient pu faire Markov et les autres pour répondre de façon satisfaisante aux questions tout en sauvant la face et en protégeant la confidentialité des affaires de vestiaire? Plutôt que de prendre les journalistes à rebrousse-poil, ils auraient pu se montrer « désolés que cet incident ait soulevé les inquiétudes du public » (c’est toujours une bonne chose de tenir compte des sentiments du public, c’est lui qui paie après tout); expliquer que des athlètes professionnels « ont souvent une forte personnalité » (pour indiquer au passage que Price n’est pas le seul doté d’un caractère bien trempé); et rassurer les gens en rappelant que de tels incidents donnaient l’occasion aux joueurs de régler des malentendus (afin que les partisans y voient des retombées positives plutôt que des raisons de s’inquiéter). La façon dont les joueurs du Tricolore, embarrassés, ont tout fait pour minimiser l’affaire et ont traité les journalistes de haut n’a rien de rassurant, bien au contraire. On sentait que la tension n’avait pas disparu. L’incident est clos, mais le malaise demeure.
Voulez-vous un exemple de « gestion de crise » bien faite? Regardez du côté de Chicago. Le 23 janvier dernier, après une défaite gênante de 5-1 à Vancouver aux mains des Canucks, des joueurs des Blackhawks ont fait la fête torses nus dans une limousine avec une flopée de jolies filles. Évidemment, les photos ont rapidement fait le tour de la planète Web. L’un des joueurs concernés, Patrick Kane, a déclaré : « Ce n’est pas comme ça qu’on veut représenter l’équipe, mais on en a discuté à l’interne avec l’équipe. Ça s’est réglé dans le vestiaire. » L’enfant terrible des Blackhawks, qui avait eu une dispute l’été dernier avec un chauffeur de taxi pour une histoire de vingt cents, a ajouté : « J’ai 21 ans. Il est probablement temps de grandir un peu. » Rassurés, les médias ont tourné l’histoire en dérision : sans faire tout un plat de l’histoire, ils se sont quand même fait plaisir en se payant la tête des joueurs. La direction a rapidement déploré l’évènement avant de déclarer l’affaire close.
Voilà comment emballer un incident en peu de temps. Pas besoin de déchirer ses vêtements, ni de se raser la tête et de verser des cendres dessus. Vous faites un petit acte de contrition, vous déclarez avoir acquis de l’expérience et vous mettez le public dans votre petite poche arrière. Mais pour ça, il faut mettre son orgueil de côté. Plusieurs joueurs du Canadien en semblent tout bonnement incapables.
Alors que la blogosphère sportive montréalaise est repartie dans un autre cycle de « Careybashing », je suis désolée que mon nouveau billet porte sur un autre incident concernant Carey Price. Cependant, je m’attarde davantage aux réactions de ses coéquipiers que sur sa propre contribution. Dans un précédent billet, je vous avais avertis que Price reviendrait souvent dans mon blogue, puisque je parle d’image publique et que Price, à cause de sa position et de son impulsivité, est vulnérable aux incidents médiatisés.
Mutinerie à bord (chefs du PQ/entraîneurs du CH)
27 octobre 2009 à 7:10 | Publié dans Chroniques politiques | 5 CommentairesMots-clefs : André Boisclair, Georges Laraque, Guy Carbonneau, Lucien Bouchard, Parti québécois, purs et durs, Saku Koivu, SPQ libre
Après quatre victoires, Bob Gainey doit respirer mieux : suite à la défaite contre Ottawa, quelques voix, rares mais perceptibles, avaient déjà, oui, déjà, commencé à remettre en question le jugement de Jacques Martin, selon une bonne vieille habitude des partisans du Canadien. Une habitude qu’ils partagent avec les militants du Parti Québécois.
À l’occasion de la démission du chef péquiste André Boisclair, chroniqueurs et caricaturistes se sont régalés de bons mots sur ce parti qui a la réputation de dévorer ses chefs. Depuis le départ en 1985 de René Lévesque, le chef fondateur, cinq autres ont démissionné, le plus souvent à la suite de dissensions internes. Les trois derniers, Bernard Landry, André Boisclair et Pauline Marois, se sont succédés entre 2001 et 2007. Pour comprendre un tel phénomène, il faut rappeler que le Parti québécois est avant tout une coalition. Divers groupes de militants y poussent chacun les intérêts qui leur tiennent à cœur : les uns veulent accélérer le processus d’accession à la souveraineté, les autres mettent en priorité la défense du français, ceux-ci sont avant tout des militants de gauche, ceux-là représentent les syndicats. De plus, le degré d’intransigeance varie d’un groupe à l’autre : si certains acceptent de mettre en veilleuse leur cause préférée, le temps que le parti reprenne suffisamment de place dans l’échiquier politique, d’autres ne sont prêts à aucun compromis.
Tous les chefs du Parti québécois ont été obligés de ménager ces différentes factions, car ces militants sont aussi de précieux bénévoles, prêts à travailler gratuitement sur le terrain; les « purs et durs » comme on les surnomme, dépensent une énergie folle pour « la cause », donc pour le parti. De plus, tout marginaux qu’ils soient, ces groupes peuvent facilement obtenir de la visibilité dans les médias friands de controverses. Le plus tapageur de ces groupes, le SPQ libre, a même obtenu droit de cité dans le parti. Au Parti libéral du Québec, si pointilleux quand il s’agit de l’obéissance, jamais on n’aurait toléré un tel « État dans l’État ». Même l’ADQ, pourtant moins sévère, aurait trouvé le moyen d’étouffer une telle initiative dans l’œuf. Que la dissension s’exprime, soit, mais dans les règles et le bon goût. D’ailleurs, le SPQ libre est réputé avoir obtenu la tête d’André Boisclair. Avant lui, Lucien Bouchard a claqué la porte en 2001, excédé des reproches qui lui étaient adressés au sein du parti par rapport à l’affaire Michaud. Après plusieurs années de querelles intestines, les « purs et durs » étaient venus à bout de la patience de l’un des premiers ministres les plus charismatiques que le Québec a connus.
Dans un vestiaire de hockey, il y a toujours « un tiers des joueurs qui ne t’aime pas, un tiers des joueurs qui t’aime et un tiers qui balance entre les deux », a expliqué Guy Carbonneau lors de la conférence de presse qui a suivi son congédiement du poste d’entraîneur-chef du Canadien. On lui avait demandé s’il y avait des « pommes pourries »; sans les nommer, M. Carbonneau a fait allusion aux joueurs qui allaient devenir autonomes sans compensation au mois de juillet suivant.
De l’aveu même de Georges Laraque, attaquant du Tricolore, lorsqu’une équipe va mal, il est plus facile de congédier l’entraîneur que les joueurs. De plus, le loquace ailier a confirmé un secret de Polichinelle : la saison dernière, l’équipe était divisée en clans. « Il y a des gars qui ne se parlaient pas, a raconté Laraque. Il y avait des cliques. Les Français ici, les Russes là, les Tchèques dans un coin, les Anglos dans l’autre. Les gars s’occupaient de leurs petites affaires sans jamais penser à l’équipe. »
Tout comme un premier ministre peut être plus populaire auprès de la population que dans son propre parti, un entraîneur peut être plus populaire auprès des partisans que de ses propres joueurs. Les partisans et de nombreux chroniqueurs ont jeté le blâme sur les joueurs, des « bébés gâtés millionnaires », et Guy Carbonneau a reçu une chaleureuse ovation au gala des Artis. Évidemment, on a fébrilement recherché les responsables de son éviction. Les chroniques des joueurnalistes, les blogues de fans et les commentaires connexes ont avancé les spéculations les plus probables comme les plus farfelues : Alex Kovalev, Carey Price, Andrei Markov… et même Mathieu Dandenault! Des mois après ce congédiement, on en discutait encore. Dans cette intrigue qui ressemblait à une mauvaise imitation des romans d’Agatha Christie, Saku Koivu a tenu le rôle de principal suspect. « Koivu a eu la tête d’un autre coach », persiflaient ses détracteurs. Comment, se disait-on, le capitaine pouvait-il toujours occuper ce poste alors que pas moins de six entraîneurs avaient été éjectés pendant son règne? Et puis, le fils du propriétaire n’était-il pas un ami proche du joueur finlandais? Malgré quelques plaidoyers en sa faveur, dont celui tout récent de Laraque, Saku Koivu a servi de coupable tout désigné à ceux qui en avaient besoin.
Guy Carbonneau n’est que le dernier de la longue suite d’entraîneurs qui se sont succédés derrière le banc des Canadiens. Avant lui, Jacques Demers, Mario Tremblay, Alain Vigneault, Michel Therrien et Claude Julien, pour ne nommer que ceux-là, ont été sacrifiés à l’indiscipline des joueurs et à la mauvaise humeur des partisans.
Pour l’instant, Jacques Martin est bien en selle. La chimie semble bien installée chez les joueurs, le système de l’entraîneur commence à produire des effets, l’équipe connaît une série de victoires… En tenant ses ouailles dans le droit chemin, Jacques Martin devrait piloter les Glorieux pendant un bon bout de temps.
Espérons-le, du moins, car ce serait triste si on commençait à plaisanter que le Canadien change plus souvent d’entraîneur que le Parti québécois change de chef. Ce serait encore plus triste si on commençait à plaisanter que le Parti québécois change plus souvent de chef que le Canadien change d’entraîneur.
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- Comme prévu, j’ai acheté le livre de Bob Sirois, Le Québec mis en échec, mais je n’ai pas encore eu le temps de le lire. Ma critique arrivera bientôt. Avant que le sujet soit passé de mode, j’espère.
- À l’instar de nombreux internautes, je trouve que la guerre des pro-Price et des pro-Halák, sur Internet, prend vraiment des proportions ridicules. Ça me rappelle les adolescentes d’il y a dix ans qui se chamaillaient pour déterminer qui, des Backstreet Boys ou de *NSYNC, était le meilleur boys band.
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