La langue de travail et la langue du public
28 décembre 2011 à 9:52 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireMots-clefs : Aislin, Alex Kovalev, Alexander Semin, anglais, Blackhawks, Blues, Boston, Brian Gionta, Bruins, Canadiens, Capitals, Carey Price, Chicago, CROP, Détroit, français, Geoff Molson, Jaroslav Halák, Journal de Montréal, La PResse, langue, Lighning, marketing, Montréal, NHL Center Ice, Nordiques, Ottawa, Penguins, Perry Pearn, Pierre Gauthier, Pittsburgh, QMI, Québec, Randy Cunneyworth, Ray Lalonde, Red Wings, Saint-Louis, San Jose, Sénateurs, Sharks, Tampa Bay, The Gazette, Washington
« Un cadeau de Noël parfaitement bilingue pour Pierre Gauthier… » (Aislin, The Gazette, 21 décembre 2011
Depuis la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur-chef intérimaire des Canadiens de Montréal, les passions se déchaînent. Les émotifs ne se trouvent pas que du côté des défenseurs de la langue française, mais aussi des adulateurs inconditionnels de la Flanelle, dont bien peu parviennent à argumenter sans tomber dans l’agressivité.
Je n’ai pratiquement pas entendu de critiques contre Cunneyworth lui-même, et pour cause : la plupart des gens ont pitié du pauvre Ontarien qui n’a pas demandé à se retrouver dans un tel imbroglio… et qui n’avait peut-être même pas la connaissance suffisante du terrain pour prévoir la controverse. La même excuse n’est valable ni pour Pierre Gauthier, ni pour Geoff Molson.
Intérim mon œil
Pourquoi s’offusquer de l’unilinguisme de Cunneyworth, s’il exerce ses fonctions que par intérim? Parce que, Gauthier étant Gauthier, presque personne n’a vraiment cru à cet « intérim » au départ. Gauthier a nommé Cunneyworth entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école des Canadiens; Gauthier a promu Cunneyworth au rang d’entraîneur adjoint des Canadiens cette saison; Gauthier a renvoyé Perry Pearn, un autre entraîneur adjoint, et a augmenté les responsabilités de Cunneyworth. De toute évidence, le mot « intérim » n’était là que pour acheter du temps en espérant que quelques victoires feraient passer la pilule de l’unilinguisme. Il a fallu la colère du public pour que cet intérim se confirme.
Il n’y a pas suffisamment d’espace nécessaire ici pour réfuter tous les arguments fallacieux contre la nécessité du bilinguisme pour le poste d’entraîneur-chef des Canadiens. Allons-y donc pour l’un des arguments principaux, celui concernant les relations entre les joueurs et entraîneurs, d’une part, et le public, d’autre part. Ces relations commencent d’abord par les incontournables entrevues.
Don’t have anything to say, but will speak anyway
Pourquoi s’intéresser à la langue des entraîneurs et des joueurs, puisqu’il est supposé que ceux-ci ne disent jamais rien d’intéressant et rabâchent toujours les mêmes clichés? Je ne sais pas, mais ces « clichés » sont pourtant religieusement écoutés et scrutés à la loupe match après match par les journalistes et les amateurs. C’est rendu à un point tel que, pendant les arrêts de jeu, les entraîneurs et les joueurs répondent au micro alors qu’ils sont au banc! Leurs propos inintéressants semblent soudainement intéresser beaucoup de monde… Du coup, imaginez que seuls deux joueurs d’une équipe de l’extérieur du Québec puissent s’exprimer en anglais, et que les joueurs vedettes comme les entraîneurs ne puissent s’exprimer qu’en russe. Pensez-vous que les journalistes anglo-saxons suivraient longtemps les exploits de cette équipe? Poser la question, c’est y répondre.
Pour n’importe quelle entreprise et ses représentants, parler la langue de leurs clients et de leur public est une compétence indispensable. Dans les équipes de la LNH, même les joueurs russes sont capables, au bout d’un certain temps, de donner une entrevue en anglais; il n’y a qu’Alexander Semin (Capitals de Washington) qui n’y est parvenu qu’en septembre dernier, au début de sa sixième saison dans la LNH, et cette anomalie n’a pas manqué d’être soulignée à Washington.
Avec le français, il faut faire davantage de compromis. Avec l’internationalisation du hockey de la LNH et la fréquente permutation des joueurs, il est impossible que toute la formation tricolore s’exprime en français; ce ne l’est plus depuis des dizaines d’années, d’ailleurs. De toute façon, ce que la vaste majorité du public veut, c’est davantage de français, pas l’élimination de l’anglais.
La présence du français n’en demeure pas moins essentielle, même chez les joueurs et les entraîneurs. Plusieurs ont parlé de « respect » de la part d’une « institution » qui est « davantage qu’une entreprise », etc. J’ajouterais le plus important : le français fait surtout partie du fonds de commerce des Canadiens. Sous la férule du magicien Ray Lalonde, son service de marketing a exploité à fond la fierté canadienne-française et l’histoire des icônes francophones du Tricolore pour transformer une concession médiocre en formidable machine à sous. La leçon n’a jamais été totalement oubliée, puisque cette même équipe de marketing a été capable de faire apprendre quelques mots de français à Brian Gionta et à Carey Price à l’occasion du tournage d’annonces publicitaires (voir ici les progrès de Price en français).
Les joueurs saltimbanques
Ça fait longtemps qu’on nous répète que le travail des joueurs et des entraîneurs n’est pas de faire des relations publiques, mais de « gââââââââgner ». Pourtant, quand on sort de la bulle montréalaise, on se rend compte qu’ailleurs, les organisations et les joueurs ne ménagent pas leur salive pour séduire le public. Annonces télévisées, vidéos promotionnelles, distribution de billets de saison à la porte par les joueurs, concours et activités de socialisation avec les fans… Ailleurs qu’à Montréal, les joueurs vont à la rencontre de leurs partisans bien plus souvent qu’à l’occasion de la visite annuelle aux hôpitaux pédiatriques. Les Blackhawks de Chicago font rire le public avec leur interprétation loufoque des cantiques de Noël; les Sharks de San Jose dévoilent leurs « talents » professionnels hors de la sphère sportive; les Red Wings de Détroit se font acteurs, le temps du tournage d’annonces télévisées (ici et ici); huit joueurs des Blues de Saint-Louis enregistrent une lecture à voix haute du poème « ’Twas the night before Christmas », et ceux de leurs partisans capables d’identifier dans l’ordre les voix de ces joueurs ont la chance de gagner des billets pour des matchs en janvier. Dans quelle langue se font tous ces efforts de promotion? En anglais, bien sûr.
Bien avant le début de la controverse « Cunneyworth », les apologistes de la Flanelle ont affirmé préférer la compétence à la langue. Belle façon de se fourvoyer : la langue, autant celle de travail que celle du public, fait partie des compétences. Cette donnée fondamentale est souvent oubliée parce que dans presque toute la Ligue nationale de hockey, la langue de travail quotidienne (entraînements, parties, réunions) et la langue de promotion auprès du public est la même, l’anglais. Il n’y a qu’à Montréal (et peut-être bientôt à Québec) que la langue de travail n’est pas la même que celle de la majorité du public. Cet état de fait complique la situation, bien sûr, mais la langue du public n’en demeure pas moins aussi importante que la langue de travail. Grâce au travail monumental de Ray Lalonde et à quelques idoles adulées comme Alex Kovalev et Jaroslav Halák, cette importance a été gommée pendant des années; des joueurs moyens sont devenus des célébrités royales quasiment inaccessibles, tenus en serre chaude par l’organisation. Toutefois, il était inévitable que le voile se déchire tôt ou tard. Si les Canadiens ne veulent pas commencer la saison prochaine dans une fournaise infernale, ils doivent trouver rapidement des solutions.
La fin du déni
Il y a les fausses solutions, bien sûr, comme se reposer sur les sectaires de la Flanelle drapés dans la rectitude politique. Ces apologistes traitent les unilingues francophones d’attardés et les défenseurs du français de racistes et de xénophobes; ils nient la dimension promotionnelle du travail des joueurs et accusent les médias de faire tout un plat avec la langue. Pourtant, les sondages de QMI (Journal de Montréal) et de CROP (La Presse) confirment la colère de la majorité des amateurs face à l’attitude de Tricolore au sujet de la langue française. Ces tentatives de bâillonner les amateurs par la honte ne fonctionnent plus. Les Canadiens ne sont pas un groupe vedette de rock en tournée mondiale. Ils sont une entreprise québécoise dont la majorité de la clientèle est francophone.
Curieusement, les intransigeants des Canadiens affirment qu’ils n’ont pas à s’occuper de la langue française, puisqu’ils sont une entreprise privée. Comme si les entreprises privées présentes au Québec n’avaient aucune responsabilité concernant le français! Nulle entreprise ne peut ignorer le contexte social dans lequel elle évolue. D’un autre côté, chaque partisan qui quitte le Titanic tricolore pour se tourner vers une autre équipe se fait immanquablement traiter de « traître » par ces mêmes fanatiques intraitables, comme si l’« entreprise privée » qu’est le Canadien redevenait tout à coup une religion dont chaque apostat méritait la pendaison.
Voter avec son portefeuille
De plus en plus d’amateurs francophones de hockey, conscients de l’hypocrisie de la haute direction des Canadiens, s’affranchissent de cette pensée unique et offrent leur appui à une autre organisation. Ils observent plusieurs équipes pour diverses raisons : le nombre de francophones (Lighning de Tampa Bay, Penguins de Pittsburgh), la proximité de l’équipe (Sénateurs d’Ottawa, Bruins de Boston), ou même le transfert d’un joueur aimé (Blues de Saint-Louis). D’autres militent pour le retour des Nordiques. Grâce à Internet, à NHL Center Ice et au probable retour des Nordiques, le statut de monopole du Canadien commence à s’effriter, et l’arrogance de sa direction aussi. Puisque les Canadiens n’offrent officiellement plus cette dimension culturelle unique sur laquelle ils ont bâti leur fortune, il est normal que les amateurs soient de plus en plus tentés de « magasiner » ailleurs une équipe qui ne leur tient pas un double langage.
Chut! Ne parlez pas d’Halák!
28 octobre 2010 à 7:17 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireMots-clefs : Alex Auld, Alex Kovalev, alex ovechkin, amphithéâtre de Québec, Blues, Bob Gainey, Brian Gionta, Bruins, Canadiens, Carey Price, censure, Ducks, Francis Bouillon, Jaroslav Halák, Jean Charest, Marche bleue, Montréal, NHL Center Ice, Penguins, Pierre Curzi, Saku Koivu, Sénateurs, Sidney Crosby, Steve Bégin
Après plusieurs semaines d’absence à cause de problèmes informatiques et de contretemps personnels, je vous reviens, pour le bonheur de certains et la colère de d’autres, car je replonge immédiatement dans l’éternel débat des gardiens. Eh bien, quoi? J’ai manqué les déclarations de Pierre Curzi, la Marche bleue et la saga de l’amphithéâtre de Québec, les huées contre Carey Price, la nomination de Brian Gionta… tant de sujets de polémique dont je n’ai pas pu profiter, il faut bien un grand coup pour compenser, non?
La vie en bleu
Alors que, comme d’autres amateurs de hockey à Montréal, j’apprends à connaître les sympathiques Blues de Saint-Louis; je découvre aussi l’effort qu’il faut livrer pour s’informer sur une autre équipe. Évidemment, le Tricolore monopolise l’espace médiatique. Comme fan des Canadiens, j’étais gavée d’information et surtout de verbiage médiatique à calories vides; j’étais comme un bébé nourri au biberon et au Pablum. Maintenant, comme fan des Blues, je dois chasser pour ma nourriture. Je sympathise avec les fans des Bruins, des Sénateurs et des autres équipes, qui peinent à se regrouper sur les forums sociaux sportifs en français. En sport comme en politique, pour que les partisans se trouvent, il faut qu’ils se manifestent. Commençons donc par cette magnifique photo, plaquée à la face de mes lecteurs comme une tarte à la crème que vous êtes libre de goûter ou de cracher :
Si vous goûtez, vous êtes : a) un fan d’Halák ou des Blues; c) un fan de Price ou des Canadiens qui n’est pas perturbé à la lecture du mot « Halák » ou « Blues »; d) quelqu’un qui s’en fout.
Si vous crachez, vous êtes : a) un fan de Price ou des Canadiens qui devient gravement perturbé à la lecture du mot « Halák » ou « Blues »; b) toutes ces réponses.
Une bouffée d’air frais
Parlons d’abord de ceux qui goûtent.
Vous êtes fans de Price, vous haussez les épaules lorsque Jack Todd ou Martin Leclerc pond une autre chronique pour le démolir et vous badinez avec humour avec les fans d’Halák sur Internet? Alors je serai gentille avec vous. Tant mieux si Price joue bien et s’il est en train de gagner peu à peu l’estime des fans. Il est solide, il se comporte correctement et il a même récolté son premier blanchissage de la saison. D’ailleurs, il semble que l’équipe devant lui se soit enfin ressaisie et ne se fie plus principalement aux prouesses de leurs gardiens pour gagner.
Il faut admettre que Montréal profite de ce changement de dynamique. L’univers du hockey montréalais ne tournera peut-être plus autour des gardiens. Dans le cas de Price, ça lui donne de l’air pour respirer; il n’a qu’à être un joueur parmi les autres joueurs, et non Jésus le Sauveur, le Joueur de concession, l’Avenir des Canadiens, le Joyau de l’organisation et d’autres niaiseries de ce genre. Il n’a qu’à jouer. Dans le cas d’Auld… euh… on en reparlera après l’avoir vu jouer.
Vous êtes fans d’Halák et vous ragez encore de son départ? Profitez-en pour découvrir une nouvelle équipe. Celle des Blues, bien sûr, dans laquelle leur nouveau gardien n’a pas tardé à faire son intégration. Premier blanchissage samedi (face aux Penguins et à Sidney Crosby, en plus), deuxième étoile de la semaine dans la LNH : ceux qui croyaient qu’Halák allait se faire laminer par les robustes équipes de l’Ouest doivent commencer à se raviser. Au lieu d’acheter des bébelles du Tricolore ou de vous ruiner au Centre Bell, vous pouvez vous abonner à NHL Center Ice (20 $ par mois sur Internet), élargir vos horizons et suivre régulièrement Alex Ovechkin, Crosby, les Blues et le Lightning. Ça vaut mieux que de lancer des fléchettes sur le portrait de Pierre Gauthier.
Vous verrez qu’il y a du plaisir à parler des Blues et de Halák sans faire référence ni à Price, ni au Canadien. Ou à parler de Price et du Canadien sans faire référence à Halák, ni aux Blues. Paix aux partisans de bonne volonté.
Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom
Parlons maintenant de ceux qui crachent.
Pendant ces semaines où j’ai dû me contenter de suivre les discussions et de laisser quelques brefs commentaires, un phénomène nouveau s’est développé sur le site du Grand Club, le plus important forum social sportif au Québec : la censure anti-Halák. Aussitôt que le nom de Jaroslav Halák est mentionné, conjointement ou non avec celui de Carey Price, des inquisiteurs sortent aussitôt leur cassette d’intimidation aussi bien envers les fans que les chroniqueurs :
« Le débat est terminé, merci, bonsoir!
- Arrêtez de ramenez Halák, on est écœurés!
- Y’é parti, revenez-en!
- Gang de traîtres! Bon débarras! »
Etc., etc.
Il est fascinant de constater comment seuls les archi-fanatiques de Carey Price (lesquels, dois-je le rappeler, ne représentent qu’une partie de ses admirateurs) ont l’épiderme sensible juste à entendre parler de Vous-Savez-Qui. À les entendre, il faudrait bannir son nom de toute conversation, imposer le bâillon comme le fait si bien Jean Charest. Ces mêmes puritains, pourtant, n’ont pas hésité à claironner sa première (mauvaise) partie de pré-saison, alors qu’il a laissé passé 3 buts sur 18 lancers; ils seront prêts à le refaire à la moindre contre-performance.
Il est fascinant aussi de constater comment, à la moindre critique contre Price, ses avocats auto-proclamés hurlent qu’on s’acharne sur lui, pur agneau, victime sans défense des méchants cannibales de Montréal, martyr bien généreux de demeurer ici à souffrir au lieu d’exiger un échange loin de cet odieux bagne. Suit alors la litanie de sempiternels clichés non prouvés qui tiennent lieu d’arguments : les fans et les journalistes sont des sauvages, des bipolaires et des pseudo-connaisseurs, de toute façon aucun joueur ne veut venir à Montréal, les Québécois encore moins que quiconque… L’étiquette « Price-hater » est lancée aussi facilement que l’accusation de communisme dans l’Amérique des années cinquante. O’Byrne, Gill, Spacek et Gomez ont reçu l’un après l’autre leur concert de huées ou leur caisse de tomates pourries, mais ils n’ont jamais été défendus avec autant de zèle.
Toutefois, lorsque Price joue bien et que les nouvelles parlent moins d’Halák pendant quelques jours, ces mêmes prêcheurs sont-ils satisfaits? Bien sûr que non. Ils répètent, d’un ton triomphant : « Où sont les détracteurs de Price? » comme s’ils espéraient voir apparaître des sorcières pour le plaisir de les envoyer au bûcher.
On s’aperçoit que ces exaltés, au fond, sont plus obsédés encore par Halák que par Price lui-même, terrorisés que leur préféré ne puisse pas soutenir la comparaison à long terme.
L’art de secouer le chiffon rouge
Vous vous reconnaissez dans ce portrait? Alors je m’amuserai avec vous. Je préfère suivre Halák parce qu’il est bien plus inspirant que tous les Canadiens réunis. Carey Price est un bon gardien, mais il n’arrive pas à la cheville du Slovaque. Price doit rembourser aux partisans du Canadien les deux saisons d’immaturité et de passe-droits dont il a profité par deux saisons de bon travail (il semble avoir bien entamé la première). Halák a aidé le Canadien à se rendre en troisième ronde des séries éliminatoires pour la première fois depuis 1993, donc Price doit faire de même. Le jour où il aura rempli ces deux conditions, je le considèrerai comme l’égal d’Halák; pas après quelques bons matchs seulement. Comme Price est un débiteur à peu près insolvable, j’ai choisi d’observer les Blues plutôt que de ruminer la folie de Pierre Gauthier.
Par ailleurs, mes chers émules de Torquemada, je constate que Price a repris quelques trucs de son ancien collègue. Celui, par exemple, de faire preuve de modestie et d’attribuer le mérite de la victoire à ses coéquipiers. De remercier les fans de leur appui après avoir été applaudi lors d’un match. Les leçons d’Halák auront au moins profité à quelqu’un. Price serait-il devenu ce qu’il est sans la compétition de Jaroslav Halák plutôt que les tendres soins d’Alex Auld? Probablement pas. Bob Gainey lui changerait possiblement encore ses couches. Soyons justes : Halák lui-même ne serait peut-être pas devenu ce qu’il est aujourd’hui s’il n’avait pas eu à surmonter Price comme obstacle.
Vous en voulez plus? Pas de problème. Ajoutons que les amateurs, les journalistes et les joueurs eux-mêmes ont rendu un meilleur service à Price en l’étrillant que Bob Gainey en le chouchoutant, même si certains ont exagéré avec leurs huées. Rappelons qu’Halák a récolté cinq blanchissages l’an passé; Price, aucun. Samedi dernier, Halák a eu son premier blanchissage de la saison, environ soixante minutes avant Price (il y a une heure de décalage entre Saint-Louis et Montréal). Halák a vécu longtemps dans l’ombre de Price, Price doit maintenant vivre avec le fantôme d’Halák.
Continuez votre croisade anti-Halák, et je continuerai à vous parler d’Halák et de Price, rien que pour rire en lisant vos commentaires parsemés de mots en majuscules. J’adore ce petit jeu.
Je me souviens
Price est maintenant le gardien numéro un du Canadien? D’accord. Il est capable de « faire la job »? Tout à fait. Une grande partie des fans du Canadien ont choisi d’aller de l’avant et de faire confiance à Price? Je respecte leur choix. Mais que Price fasse oublier Halák? Jamais de la vie. Même pour des inconditionnels du Canadien, il devrait y avoir une différence entre faire confiance aux joueurs qui restent et oublier avec ingratitude ceux qui s’en vont. Je connais de loyaux fans du Canadien qui, tout en continuant de suivre le Tricolore, prennent encore leur dose de Pepto-Bismol pour digérer le départ d’Alex Kovalev. D’autres ont hâte à la visite des Ducks et de Saku Koivu au Centre Bell. Nombreux sont ceux qui suivent encore les tribulations de Francis Bouillon et de Steve Bégin. Ces fans-là n’oublient pas.
Alors, oublier Jaroslav Halák? Faites une croix là-dessus. Même les fans sensés qui ont consciemment choisis de donner une autre chance à Carey Price n’oublieront pas Halák. Il fera partie de leurs plus beaux souvenirs.
Remplacez votre Molson par une autre bière québécoise
24 août 2010 à 7:10 | Publié dans Non classé | 3 CommentairesMots-clefs : Alcan, Alex Kovalev, Anheuser-Busch, Blanche de Chambly, Bleue, Bleue légère, Blues, boycott Molson, Brutopia, Bud Light, Bud Light Lime, Budweiser, Bulldogs, Canadiens, canucks, Edmonton, Festibière, Fin du monde, français, francophones, Geoff Molson, George Gillett, Guy Lévesque, Hamilton, Hydro-Québec, Jaroslav Halák, Jean-François Joannette, Jets, L'amère à boire, Labatt, Les 3 brasseurs, Lightning, Maple Leafs, Marc de Foy, Maudite, Microbrasseries du Québec, Mike Ribeiro, Montréal, Nordiques, Oilers, Pierre Gauthier, Québec, Saint-Louis, Sapporo, Sleeman, SNC-Lavalin, Steve Bégin, Tampa Bay, Toronto, Unibroue, vancouver, Winnipeg

Microbrasseries du Québec, par Jean-François Joannette et Guy Lévesque. Saint-Constant, Éditions Broquet, 2009, 280 p.
Hé bien! Dans mon dernier billet, je commentais l’idée de boycotter Molson d’un point de vue extérieur, tout en mentionnant ma propre contribution. D’après les commentaires reçus, on croirait presque que je suis à la tête du mouvement! Au début, j’ai été un peu piquée, puis je me suis amusée de voir que mon billet dérangeait à ce point. Mes détracteurs m’ont fait comprendre qu’il y avait là une belle occasion de m’amuser avec la controverse.
Je pensais répondre aux objections dans la section des commentaires, mais l’espace requis me fait plutôt opter pour un nouveau billet.
Pourquoi boycotter Molson?
Chacun a ses raisons, mais le motif général est la lassitude de nombreux amateurs des Canadiens de se faire prendre pour acquis par la direction du club et l’impression d’avaler des couleuvres à répétition. Ce peut être :
- l’échange ou l’abandon de joueurs populaires (Mike Ribeiro, Steve Bégin, Alex Kovalev, Jaroslav Halák);
- l’indifférence face au talent francophone et québécois (faible nombre de Québécois et de francophones repêchés ou embauchés, embauche d’un Canadien-anglais comme entraîneur des Bulldogs de Hamilton);
- l’absence d’aide et d’encouragement aux joueurs à apprendre le français;
- la hausse des prix (billets, bière, nourriture);
- toutes ces réponses.
Geoff Molson n’occupe pas encore le poste de président. Pourquoi le prendre pour cible?
Ce n’est pas Geoff Molson personnellement qui est visé, mais toute l’organisation des Canadiens. Même pendant les années où George Gillett était propriétaire, Molson était le commanditaire exclusif de bière des Canadiens, et une section entière de l’amphithéâtre s’appelait déjà la zone Molson Ex.
Si je délaisse la Molson, ne vais-je pas nuire à des travailleurs québécois?
Ça dépend par quelle bière vous la remplacez, si vous la remplacez, bien sûr. Si vous tenez à encourager l’emploi et le savoir-faire québécois, optez pour l’une des dizaines de microbrasseries qui offrent des centaines de marques de bière. Presque toutes les régions du Québec ont un ou plusieurs microbrasseurs. De plus, dans la région de Montréal, de nombreux pubs brassent leur propre bière, dont les 3 brasseurs, L’amère à boire et le Brutopia.
À noter que la brasserie Unibroue a été achetée par Sleeman, elle-même acquise par le brasseur japonais Sapporo. Ça n’enlève rien à la grande réussite québécoise du brasseur de la Maudite, de la Blanche de Chambly et de la Fin du monde. Néanmoins, si vous préférez encourager les brasseurs émergents, vous verrez à votre épicerie locale et dans de nombreux bars que le choix ne manque pas.
Et la Budweiser? N’est-ce pas une bière américaine?
Je mentionnais dans mon dernier billet que la Budweiser est originaire de Saint-Louis, la ville où jouera Jaroslav Halák à partir de la prochaine saison. La Budweiser a été créée par Anheuser-Busch, qui a des liens commerciaux très étroits avec Labatt.
Ce qui est intéressant, c’est qu’au Canada, la Budweiser et la Bud Light (et possiblement la Bud Light Lime) sont fabriquées à la brasserie Labatt de LaSalle.
Enfin, pour répondre à la question de certains, Molson fabriquera bel et bien de la Labatt Bleue et Bleue légère, mais les stocks produits sont entièrement destinés aux États-Unis. L’article mis en hyperlien explique les causes de cette étrange situation, qui découle des fusions d’entreprises de l’industrie de la bière et des lois américaines contre le monopole.
Bref, vous pouvez siroter une Budweiser ou, mieux encore, une bière locale sous le nez de Pierre Gauthier en toute tranquillité : ce seront encore les travailleurs québécois qui en profiteront. Par ailleurs, je rappelle aux partisans du retour des Nordiques que Labatt a donné son appui à un nouvel amphithéâtre à Québec.
Molson et les Canadiens contribuent à l’économie locale en créant des emplois, en achetant à des fournisseurs locaux, en contribuant à des projets communautaires etc. Ne devrions-nous pas leur être reconnaissants?
Félicitations aux Canadiens pour leurs projets communautaires. Cependant, il faut s’enlever de la tête que notre économie et nos emplois dépendent de Molson et des Canadiens. D’abord, les microbrasseries créent aussi de l’emploi et achètent à des fournisseurs locaux; d’ailleurs, la grande majorité des nouveaux emplois sont créés par de petites et moyennes entreprises.
Ensuite, les Canadiens sont plus dépendants de leur public que l’inverse : l’argent que l’amateur ne dépensera plus dans la bière Molson ou les produits des Canadiens seront dépensés ailleurs ou épargnés, ce qui ne ferait pas de tort aux finances personnelles de certains. Les Canadiens, par contre, tirent essentiellement leur survie du public québécois.
Par ailleurs, c’est très louable, les projets communautaires, mais ça n’achète pas au Canadien l’autorisation de se moquer de sa clientèle francophone (lire Marc de Foy à ce sujet) À en lire certains, nous devrions être confits de gratitude devant les dames patronnesses du Bleu-Blanc-Rouge qui sont bien gentilles de nous faire la charité. Sachez d’abord qu’il est devenu courant, voire indispensable, pour toutes les entreprises d’investir dans la communauté. Hydro-Québec, Alcan, SNC-Lavalin, Bombardier et tous les géants commanditent des spectacles, des œuvres de bienfaisance et d’autres projets communautaires. Les Canadiens ne sont pas une exception.
Ajoutons, enfin, que “le CH ne s’est jamais gêné pour envisager le recours à l’aide gouvernementale “: http://bit.ly/9nkNZJ ni pour faire de la publicité déguisée en pédagogie dans les écoles et avec l’aide d’une généreuse subvention du ministère de l’Éducation, à même vos taxes et impôts, s’il-vous-plaît.
Alors la reconnaissance, disons qu’elle devrait se manifester dans les deux sens.
N’y a-t-il pas d’autres causes plus nobles? La politique, l’environnement, la défense du français, la pauvreté?
Certes, mais ce site parle de sport. Qu’est-ce que qui vous dit que je ne m’intéresse pas à d’autres choses en dehors du hockey? Je suis capable de marcher et de mâcher de la gomme en même temps.
Par ailleurs, j’ai milité plusieurs années en politique et je me suis présentée deux fois comme candidate aux élections provinciales, pendant lesquelles j’ai pris la parole sur de nombreux sujets, notamment l’environnement, l’économie, l’éducation, le filet social et le système de santé. J’ai présenté un mémoire à la Commission parlementaire sur l’éducation et j’ai toujours voté. Alors côté implication politique, j’ai probablement une longueur d’avance sur tous mes détracteurs réunis.
Un boycott, est-ce vraiment utile?
On verra bien. Personnellement, j’ai expliqué dans mon dernier billet que, boycott ou pas, je n’étais plus capable d’avaler une bière distribuée par Molson, car j’avais l’impression de remplir les poches de deux entreprises, Molson et les Canadiens, qui rient de leurs clients. Ces entreprises n’auront plus un sou de ma poche, que ce soit chez moi, dans un festival, dans un bar ou n’importe où.
Ça fait des années qu’on entend des appels isolés au boycott de Molson, mais personne ne suit vraiment parce que chacun est isolé et croit que son choix est vain. Si de nombreuses personnes affirment leur choix de délaisser les produits de Molson en faveur d’autres boissons fabriquées ici, alors ces personnes auront l’impression que leur choix fait vraiment une différence.
Lorsque la LNH a voulu absorber la défunte Association mondiale de hockey, elle a d’abord refusé de garder les équipes canadiennes de la Ligue, soit les Oilers d’Edmonton, les Jets de Winnipeg et les Nordiques de Québec, à cause des pressions de leurs concurrents, soit les Canadiens de Montréal, les Maple Leafs de Toronto et les Canucks de Vancouver. Les amateurs des trois équipes en danger ont alors boycotté les produits Molson. Le chiffre d’affaires a chuté, forçant la famille Molson, alors propriétaire des Canadiens, à réviser sa position et à donner son accord à l’inclusion des équipes.
S’il fallait que la sauce prenne, et que de plus en plus de gens se détournent des produits Molson, alors la direction pourrait être forcée de faire des changements. Surtout si Labatt contribue au retour des Nordiques à Québec…
Varia :
- Mon projet avance, mais il n’est pas encore prêt. Il portera sur la langue française et le hockey. Je le présenterai dès que possible, et sûrement avant le début de la saison. Par ailleurs, il est possible que je parle encore de politique au passage, mais je ne ferai plus de chroniques de comparaison entre la politique et le hockey comme je l’ai fait pendant la saison 2009-2010.
- J’ai mon billet pour aller voir les Blues contre les Canadiens à Saint-Louis le 10 mars 2011 (vous pouvez acheter le vôtre au blues.nhl.com. Par ailleurs, les Blues vendent des forfaits pour des groupes de quatre personnes permettant de rencontrer des joueurs de l’équipe. Si ça vous intéresse, faites-moi signe, et je vous mettrai au courant de tous les détails.
- Pour les nouveaux fans du Lightning de Tampa Bay, on ne sait pas encore quand les billets pour les matchs individuels seront en vente. Pour l’instant, seuls les billets de saison sont en vente.
Départ de Bob Gainey – L’usure du temps
9 février 2010 à 3:21 | Publié dans Non classé | 3 CommentairesMots-clefs : Alex Kovalev, Bob Gainey, Carey Price, Don Lever, Georges Laraque, Guy Boucher, Jaroslav Halák, Pierre Gauthier, Scott Gomez, Trevor Timmins
À l’occasion du départ de Bob Gainey de son poste de directeur général, je laisse momentanément de côté ma formule habituelle de chronique pour vous livrer mon opinion sur le sujet, en espérant que vous y trouviez un certain intérêt.
Lorsqu’il est temps d’évaluer le travail qu’un dirigeant accomplit à son poste, il faut faire la différence entre le respect qui lui conféré et la confiance qui lui est accordée. Le cas de Bob Gainey permet de faire la démonstration de cette différence. M. Gainey devait quitter son poste, non pas parce qu’il n’avait pas le respect de la plupart des partisans, mais parce qu’il n’en avait plus la confiance. La nouvelle de son départ ne surprend à peu près personne, si ce n’est qu’elle survient plus tôt que prévu.
On peut féliciter M. Gainey d’avoir survécu tant d’années dans un rôle aussi critiqué que celui de directeur général des Canadiens de Montréal, lui qui est demeuré plus longtemps en poste que plusieurs premiers ministres et de nombreux ministres. Les directeurs généraux et les entraîneurs subissent le même phénomène que les politiciens, celui de l’usure du pouvoir. Probablement nul autre que Bob Gainey lui-même ne sait avec certitude quel effet a eu sur lui la disparition de sa fille, mais même sans ce drame, la stagnation de l’équipe aurait eu raison de la bonne volonté de n’importe qui.
Quelques réussites
Bob Gainey n’a pas fait que des mauvais coups. Il a obtenu Alex Kovalev, qui, à défaut de travailler à plein régime, a fait les délices de nombreux amateurs de prouesses sur la glace. Il a acquis des joueurs qui ont rendu de fiers services, comme Josh Gorges, Robert Lang, Mathieu Schneider et Glen Metropolit. Ajoutons-y l’échange Pouliot-Latendresse et l’acquisition de Marc-André Bergeron, qui ont apporté un soutien déterminant au Tricolore. Enfin, l’embauche de Guy Boucher chez les Bulldogs de Hamilton a radicalement transformé le développement des espoirs du Canadien.
C’est surtout le culot de Gainey qui force l’admiration. Excusez la crudité de l’image, mais il fallait des couilles grosses comme des pamplemousses et dures comme le béton pour mettre Alex Kovalev deux jours au « repos » tout en le gardant au sein de l’équipe, renvoyer Guy Carbonneau cinq semaines après avoir déclaré que son embauche était son meilleur coup, dynamiter son propre plan quinquennal en laissant aller des joueurs établis comme Kovalev et Saku Koivu, signer sept nouveaux joueurs en même temps et mettre Georges Laraque à la porte en plein milieu de la saison. Grosses et dures, je vous dis.
La décision la plus risquée de M. Gainey fut d’acquérir Scott Gomez et son lourd contrat en échange de Chris Higgins, le fêtard le plus incorrigible de l’équipe. L’idée de Gainey était de réunir Gomez et Brian Gionta, deux anciens complices des Devils, pour ensuite attirer d’autres joueurs. On sait que l’arrivée de Gomez a eu une influence sur Brian Gionta, peut-être pas autant que le salaire accordé, mais une certaine influence quand même. Il est probable que la signature de ces deux vétérans ait pu rassurer Michael Cammalleri sur le sérieux du Canadien et le convaincre de signer, toujours avec l’appui d’une offre salariale alléchante. Une fois ce noyau d’attaquants dans son panier, Bob Gainey a pu se tourner vers le marché des défenseurs. Scott Gomez n’a peut-être pas provoqué un effet domino aussi automatique qu’on le croit, mais il a donné le coup d’envoi d’un remodelage majeur de l’équipe. Aujourd’hui, le « pari Gomez » ressemble à un gâteau à moitié levé, mais quand même mangeable. Même si le rendement des Glorieux demeure discutable, l’équipe est, selon le témoignage de Georges Laraque lui-même, beaucoup plus unie que celle de l’an passée, et ne fait plus honte à ses partisans en dehors de la glace.
De nombreux échecs
Malgré ces points positifs, la liste des déceptions s’avère longue, trop longue. On n’a qu’à penser aux échanges de Mike Ribeiro et de Steve Bégin ainsi qu’aux congédiements de Claude Julien et de Guy Carbonneau, qui ont laissé l’image d’une organisation à la merci de ses joueurs. À son habitude de ne pas renégocier de contrat avant la fin de la saison, ce qui a causé entre autres le départ de Mark Streit. Aux contrats onéreux accordés à Georges Laraque, à Hal Gill, à Jaroslav Spacek et à Roman Hamrlik, malgré l’apport certain de celui-ci à la défense. À l’absence quasi-totale de défenseurs droitiers. Au manque d’encadrement des jeunes joueurs, dont les débordements en dehors de la patinoire ont entaché la saison du Centenaire.
On ne sait pas encore avec certitude si le renouvellement de l’équipe est déficient à cause d’un mauvais repêchage ou d’un mauvais développement, mais comme ces deux volets relèvent du directeur général, cet échec doit être ajouté au bilan de M. Gainey. Pendant des années, Trevor Timmins, le dépisteur en chef, a été mis au banc des accusés, jusqu’à ce que Don Lever, ami de M. Gainey et entraîneur des Bulldogs de Hamilton pendant quatre ans, soit remplacé par Guy Boucher. Les jeunes se sont soudainement mis à progresser. Le jeune Mathieu Carle a déclaré : « J’en ai plus appris en six semaines avec Guy Boucher que lors des deux saisons précédentes ». Du coup, on s’interroge sur la responsabilité de M. Lever dans le plafonnement de choix de première ronde comme Kyle Chipchura et Max Pacioretty.
Enfin, parlons de la désastreuse gestion des gardiens de buts. Le choix de Carey Price plutôt que d’un gros centre, au repêchage de 2005, peut très bien se défendre. Price aurait très bien pu devenir un grand gardien pour le Canadien, si les décisions douteuses de Gainey n’avaient pas compromis son développement. En déroulant le tapis rouge à son protégé et en le couronnant numéro un sans le faire passer par les étapes requises, Bob Gainey a privé Price d’une préparation adéquate pour le rôle difficile auquel il le destinait. En le qualifiant de « pur-sang » et en le défendant becs et ongles contre la moindre critique de la presse et des fans, il n’a fait que retourner ceux-ci encore davantage contre le jeune homme. En multipliant les injustices envers Jaroslav Halák, il a renforcé la détermination de ce dernier, mettant ainsi la table pour l’énième chapitre de l’amère controverse des gardiens, qui divise encore aujourd’hui les partisans et les commentateurs.
Encore aujourd’hui, Carey Price se cherche, tandis que Jaroslav Halák se demande quelles acrobaties doit-il encore accomplir pour être enfin reconnu comme un véritable numéro un. Price n’est peut-être pas le seul gardien jeté trop tôt dans la fosse aux lions : son collègue Steve Mason, des Blue Jackets de Colombus, connaît lui aussi une seconde année difficile, et les contre-performances de son équipe ont coûté le poste de l’entraîneur Ken Hitchcock. Ondrej Pavelec, à Atlanta, vit lui aussi un ressac après des débuts éblouissants. En faisant patienter Jaroslav Halák aussi longtemps dans le rôle de second, Bob Gainey lui aurait-il rendu service sans s’en rendre compte?
Amateurs désabusés
Quoiqu’il en soit, malgré le respect que mérite l’ancien numéro 23 et le courage dont il a fait preuve dans l’exercice de son poste, Bob Gainey, par une longue série d’erreurs, a perdu la confiance des amateurs. Je ne parle pas ici de l’habituelle confrérie de grognons qui veulent mettre tout le personnel à la porte après deux défaites, accompagnée de l’autre cohorte de bien-pensants qui se croient meilleurs que tout le monde en accusant les méchants journalistes et les partisans hystériques d’avoir eu la tête du directeur général. Je parle de la moyenne des ours, de l’ensemble des fans, déçus du plan quinquennal, déçus du jeune gardien qui tarde à grandir, déçus des nombreux échanges à perte, déçue de la stagnation de l’équipe, année après année. À peu près plus personne ne croyait à ses promesses, même s’il a fait de son mieux pour les remplir. Il mérite le respect, mais a fait son temps. Il n’était plus l’homme de la situation.
Et la vie continue…
Avec la venue de Pierre Gauthier, de nombreux internautes se sont plaints que la direction jetait de la poudre aux yeux, puisque cet adjoint de Bob Gainey a la même philosophie de travail. « Quatre trente sous pour une piastre », commente-t-on, d’autant plus que l’ex-directeur général devient maintenant « conseiller spécial ». Attendons, on ne sait jamais; peut-être que Pierre Gauthier va prendre son temps avant d’orienter l’équipe selon son propre style. De toute façon, l’heure n’est pas aux grands chambardements.
Je vous surprendrai peut-être en affirmant que le départ de Bob Gainey est une bonne nouvelle pour Carey Price. Depuis longtemps, le jeune homme traîne l’étiquette de « chouchou à Gainey ». Enfin, il sera en mesure de prouver sa valeur sans équivoque, et ne pourra plus se faire accuser de favoritisme chaque fois qu’il sera renvoyé devant le filet. Le traitement royal dont il bénéficiait pendant l’ère Gainey lui était devenu un lourd fardeau.
On ne peut savoir avec certitude si Bob Gainey a choisi le moment de son départ ou s’il a été « démissionné », pour reprendre l’expression chère aux politiciens. Cependant, ce départ à quelques semaines de la date limite des transactions est troublant. M. Gainey se doute-t-il que le marché des transactions ne lui offre que peu d’options? Après les transferts étonnants de Dion Phaneuf et de Jean-Sébastien Giguère à Toronto, ainsi que d’Ilya Kovalchuk au New Jersey, Gainey craignait-il de se faire reprocher de ne pas pouvoir accomplir de coups aussi fumants? Voulait-il s’épargner cette dernière humiliation? De toute façon, il ne sert plus à rien de poser la question. Mieux vaut continuer d’encourager l’équipe, qui se bat toujours pour accéder aux séries. Encore une fois.
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