Affaire Shane Doan : toujours braillards, les Québécois?

28 août 2010 à 3:30   | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Shane Doan, capitaine des Coyotes de Phœnix (photo reprise du Phœnix New Times), et Denis Coderre (photo Robert Mailloux, La Presse)

L’affaire Shane Doan a longtemps servi de munition aux détracteurs des Québécois et des francophones qui les traitent de « braillards », toujours à se poser en victimes. Avec le rebondissement qu’a connu l’affaire hier, cette munition est devenue un pétard qui leur a éclaté en pleine figure. 

Pour ceux qui ne se souviennent pas des détails, l’incident à la source de la controverse remonte au 13 décembre 2005, lors d’un match opposant les Coyotes de Phœnix aux Canadiens de Montréal, au Centre Bell. Fait exceptionnel, les quatre officiels sont tous francophones. Deux joueurs des Coyotes leur lancent des insultes à caractère linguistique. La première fois, l’équipe reçoit un avertissement; la deuxième fois, Shane Doan, capitaine de l’équipe et auteur présumé de l’insulte, reçoit une pénalité d’inconduite de match. Doan nie que de tels propos aient été tenus par qui que ce soit et conteste sa punition, malgré le rapport du juge de ligne Michel Cormier. Quelques jours après le match, Doan est nommé dans l’équipe canadienne masculine de hockey aux Jeux Olympiques d’hiver, à Turin. Denis Coderre, député au parlement fédéral, proteste. Il fera de même en 2007, lorsque Doan est nommé capitaine de l’équipe nationale canadienne en prévision du Championnat mondial de hockey. Aussitôt, la majeure partie des médias canadiens-anglais, notamment le National Post et l’inimitable Don Cherry, de même que la LNH et Colin Campbell, son directeur de la discipline, se rangent derrière Doan et ridiculisent Coderre, les Québécois et les francophones. Campbell dit même à Coderre de se mêler de ses affaires et de s’occuper de sa réélection. Pourtant, Denis Coderre était, à l’époque, ministre responsable de la Francophonie et avait auparavant occupé le poste de secrétaire d’État au Sport amateur (ce portefeuille incluant également le sport olympique). Doan et Coderre se sont mutuellement lancé des poursuites en diffamation, dont le procès devait commencer dans deux semaines. 

Aujourd’hui, les deux parties ont annoncé un règlement à l’amiable mettant fin aux poursuites. Malgré le rapport de Cormier, Doan nie toujours avoir proféré l’insulte et affirme être victime d’une erreur sur la personne. Néanmoins, et c’est ce qui nous intéresse, il reconnaît noir sur blanc qu’un joueur des Coyotes a prononcé des insultes francophobes à l’endroit des arbitres, que cette conduite est indéfendable, et que Denis Coderre avait tout à fait justifié d’intervenir. Et vlan dans les dents de Don Cherry. Malgré tout, il s’en trouve encore, au Québec même, pour affirmer que de telles insultes sont monnaie courante et qu’il n’y a que des pleurnichards susceptibles pour s’en offusquer. 

Faisons ici une pause. Lorsque Mathieu Schneider s’est fait insulter relativement à sa confession juive, la LNH n’a pas hésité à sévir. Aussi loin que dans les années 1990, Chris Simon et Craig Berube ont reçu une suspension de trois et de un match respectivement pour avoir tous les deux lancé des insultes racistes à un joueur noir. Le directeur général des Capitals de Washington, George McPhee, avait même envisagé faire suivre à ses joueurs une formation sur la sensibilité raciale. La LNH reconnaît donc que les insultes racistes et antisémites n’ont pas leur place sur la glace. Tant mieux, car sinon, on se demanderait bien où est passée la notion d’esprit sportif. De nos jours, j’espère que le rappel de ces faits vont apprendre à certaines gens, francophones comme anglophones, qu’il n’est pas plus acceptable de s’en prendre aux origines autochtones de Carey Price, peu importe ce qu’on peut lui reprocher d’autre. 

Pourtant, quand c’est un francophone, de nombreux francophones, dans un élan collectif d’un masochisme sidérant, se joignent aux efforts du National Post et de Don Cherry pour dénigrer les Québécois et les traiter de braillards. Déprimant. 

Soyons justes : le manichéisme est une médaille à deux faces, et d’autres internautes francophones ont profité de l’affaire Doan pour fourrer dans le même sac tous les anglophones, le Canada anglais et la LNH au grand complet, tous supposément des francophobes indécrottables ligués contre la Belle Province. Par ailleurs, ce n’est que depuis quelques années que des voix s’élèvent au Québec même contre les blagues sur les anglophones, alors qu’il devenu inacceptable de ridiculiser (publiquement, du moins) la race, le sexe, l’orientation sexuelle ou la religion des gens. 

Par contre, lorsque certains commentateurs minimisent les injures à l’endroit des francophones sous prétexte que les anglophones sont aussi ciblés par des injures, on devrait leur expliquer que l’addition de deux négatifs ne fait pas un positif, malgré ce qu’en dit Homer Simpson. En fait, l’erreur commune est de faire de cette affaire un conflit « Anglos c. Francos ». Ce qui devrait ressortir, c’est que les insultes sur la langue, comme sur la race, la religion et tout le reste, ne devraient pas être tolérées. Pas plus sur la glace qu’ailleurs. Mais pour ça, il faudrait que les francophones cessent de se tirer dans les pieds. 

Pensez-y un peu : si un joueur de la LNH, ayant eu le courage de se déclarer homosexuel, se faisait traiter de tapette, de fif ou pire encore sur la glace, que lui diriez-vous? « Ça fait partie du jeu, mon grand, les joueurs essaient de se déstabiliser entre eux. Alors arrête de te plaindre et ferme-la! » Vous lui diriez vraiment ça? 

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Rendons justice à deux personnes : Denis Coderre et Réjean Tremblay. Dans les univers respectifs de la politique et du sport, ces deux intervenants ne sont pas les plus sympathiques. Coderre est un politicien roublard, fort en gueule et prêt à utiliser tous les moyens pour mousser sa carrière, dont Twitter, sur lequel il est aussi bavard qu’Allan Walsh. Réjean Tremblay, chroniqueur à La Presse et Don Quichotte infatigable du fait français dans le monde du hockey, argumente avec un manichéisme et une aigreur qui nuisent à la cause qu’il veut défendre. On se rappelle notamment qu’il s’est royalement planté dans le cas de Matthew Bissonnette, ce jeune hockeyeur du Nouveau-Brunswick qui avait refusé son transfert aux Saguenéens, le club de hockey junior de Chicoutimi, en affirmant à l’entraîneur de l’équipe qu’il ne voulait pas poursuivre ses études dans un milieu exclusivement francophone. On a appris plus tard qu’en réalité, le jeune homme de 17 ans (qui a donné à RDS une entrevue dans un très bon français) avait peur de cet entraîneur réputé bouillant. Il s’était donc servi de la langue comme prétexte, ignorant que ledit entraîneur allait répéter ses propos aux médias… et déclencher une controverse rouvrant les plaies laissées par Eric Lindros.

Néanmoins, en ce qui concerne les insultes lancées aux officiels francophones par les Coyotes, Coderre et Tremblay ont fait preuve d’une ténacité admirable, alors que bien d’autres auraient lancé la serviette depuis longtemps. Michel Cormier, le juge de ligne désavoué par ses propres patrons, remporte également une belle victoire. Certains pourraient être tentés de s’en prendre de nouveau à Doan, mais ce n’est plus la question. Ce dossier n’améliorera pas la réputation du préfet de discipline, Colin Campbell, qui a balayé sous le tapis le rapport écrit et signé par l’un des propres officiels de la LNH. Ce même Campbell a été critiqué pour son laxisme envers des vedettes comme Mike Richards et Chris Pronger, qui n’ont reçu aucune sanction après avoir gravement blessé des joueurs. L’entente Doan-Coderre ne fera que renforcer l’impression que la LNH applique une discipline farfelue, soumise davantage aux influences du moment qu’à la logique de son propre règlement. 

Les affaires Doan et Bissonnette témoignent aussi d’une radicalisation des luttes linguistiques. Dans l’affaire Bissonnette, de nombreux francophones ont sauté à la gorge des anglophones comme au temps d’Eric Lindros; dans l’affaire Doan, de nombreux anglophones, se sont livrés à un autre de ces épisodes de « Quebec bashing » qui compliquent la tâche des fédéralistes québécois. 

Espérons qu’au moins, à partir de maintenant, la LNH sévira contre les insultes à caractère linguistique aussi sévèrement qu’elle l’a fait contre les insultes racistes et antisémites. Sinon, elle continuera à se couvrir de ridicule. 

Je reporte mon dernier billet sur mon boycott personnel des produits Molson Coors, lequel, comme je l’expliquerai, comporte des raisons qui dépassent le simple hockey. J’avais promis de répondre aux dernières objections qui m’ont été posées à ce sujet. Ça devra attendre pour deux raisons : d’abord parce que je voulais commenter aujourd’hui l’entente annoncée entre Shane Doan et Denis Coderre, et ensuite parce que certains se disent fatigués de la rafale de billets sur un même sujet. 

ERRATUM : Lorsque l’article a été publié, il indiquait d’abord que Shane Doan avait été nommé capitaine de l’équipe canadienne sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Turin, en 2006. En fait, il a été nommé capitaine de l’équipe représentant le Canada au Championnat du monde de hockey de 2007. Mes excuses, et merci à l’un de mes lecteurs pour la correction.

Boycott des produits Molson : le débat se poursuit!

25 août 2010 à 10:13 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Ça chauffe! Le débat engendré par mes deux précédents billets prend de l’ampleur. Merci à ceux et celles qui font des commentaires positifs ou qui apportent des objections intéressantes. Évidemment, j’ai eu aussi droit à certains commentaires aigres-doux, enfin, plus aigres que doux, mais ça fait partie du jeu. Jusqu’à maintenant, aucun commentaire n’a été agressif ou vulgaire au point de devoir être effacé. Je découvre sur le tas les joies de la controverse, et savez-vous quoi? J’aime ça. Plus on me critique, plus je m’intéresse à ce boycott. Par ailleurs, que ceux qui apportent des objections rationnelles ne cessent surtout pas de le faire : vous m’obligez à faire des recherches supplémentaires et à raffiner ma réflexion.

Je ne reviendrai pas sur certaines critiques auxquelles j’ai déjà répondu dans mes deux premiers billets sur le sujet. Certains devraient apprendre à bien lire un texte avant de formuler des critiques dont la réponse se trouve déjà dans ledit texte.

Je poursuis donc le débat en répondant à vos questions et à vos objections.

Pourquoi prendre Molson pour cible, au lieu du Centre Bell et des Canadiens?
En fait, je n’ai même pas mentionné le boycott du Centre Bell et des Canadiens, tellement il me semblait évident que c’était inclus dans le boycott des produits Molson. Si vous boycottez les produits Molson à cause des Canadiens, ce serait plutôt étrange de vous voir acheter des produits dérivés des Canadiens ou mettre les pieds au Centre Bell.
Par contre, il n’y a qu’une petite partie du public du Tricolore qui assiste aux matchs. La majorité exprime son appui en écoutant les matchs, en achetant les produits dérivés et en achetant les produits des commanditaires. Par conséquent, comme la brasserie Molson est, depuis des dizaines d’années, le principal commanditaire des Canadiens, il représente un des moyens les plus faciles faire pression sur la direction du Tricolore. D’ailleurs, je ne réinvente pas la roue : pour manifester son mécontentement contre des institutions, des artistes et des entreprises, un moyen archi-connu est de boycotter de leurs commanditaires, de leurs fournisseurs et de leurs clients.

Pourquoi cibler la famille Molson? Franchement, je préfère les Molson comme propriétaires plutôt que Pierre-Karl Péladeau.
Ne détournons pas le débat, qui ne porte pas sur la qualité de Pierre-Karl Péladeau comme propriétaire possible d’une équipe de la LNH. D’ailleurs, le but du boycott n’est pas de déloger les propriétaires actuels du Tricolore, mais plutôt d’exercer des moyens de pression pour que la direction cesse les agissements répétés qui exaspèrent de nombreux amateurs (voir le billet précédent).
Ensuite, il a été objecté que la famille Molson n’est maintenant propriétaire que de parts minoritaires de la brasserie. Je ne sais pas si c’est vrai, mais ça importe peu, car c’est la brasserie est ciblée en tant que commanditaire, plutôt que la famille en tant que propriétaire. En fait, la brasserie n’a pas participé à l’achat. Les acheteurs sont les trois frères Molson (Geoff, Andrew et Justin), commandités par plusieurs partenaires, dont Bell Canada, Woodbridge et le Fonds de solidarité FTQ. Un boycott des produits Molson aurait été tout aussi logique du temps de George Gillett. Évidemment, les liens entre la famille propriétaire et la brasserie commanditaire renforce l’effet d’un boycott (à l’opposé, l’achat des Canadiens par la famille a fait grimper la valeur de la brasserie en Bourse, même si la brasserie n’a pas participé à l’achat). Enfin, pour ceux qui ne l’auraient pas compris, Geoff Molson n’est pas ciblé en tant que personne, mais le boycott est un moyen de pression sur lui à titre de propriétaire et sur les autres dirigeants afin de les pousser à l’action.

Un boycott, qu’ossa donne?
J’ai déjà expliqué dans mon précédent billet comment les amateurs de hockey du Canada, en boycottant les produits de Molson, avaient forcé la brasserie à accepter la venue de quatre nouvelles équipes dans la LNH (dont les Nordiques de Québec). Les grands brasseurs sont peut-être solides, mais pas aussi invulnérables qu’on pourrait le croire à la croissance des microbrasseries. Il y a quelques années, le Bureau de la concurrence du Canada reconnaissait que Molson et Labatt avaient recours à des pratiques déloyales de concurrence contre les microbrasseries, signe que les deux géants se méfient de leurs petits concurrents. Cependant, le Bureau avait fermé le dossier, car il jugeait que ces pratiques n’avaient pas eu l’effet escompté sur les parts de marché. En juin dernier, on apprenait que les microbrasseries avaient augmenté leur part de marché à près de 7 % au Québec. L’industrie brassicole québécoise est l’une des plus dynamiques du continent. Enfin, Molson Coors et Labatt doivent faire faire à la concurrence du vin qui gruge ses parts de marché.

De toute façon, boycott ou pas, j’ai déjà expliqué que j’étais incapable d’avaler une gorgée des produits distribués par Molson parce que ça me donne l’impression d’encourager la direction du Canadien à se moquer des amateurs.

Et toi, combien de bières de Molson buvais-tu avant de les boycotter?
Question intéressante, car il est effectivement trop facile de « boycotter » des produits qu’on a jamais acheté auparavant. Pour ma part, je suis une buveuse occasionnelle, mais je n’ai pas compté mes consommations mensuelles. Ma bière préférée était la Corona (distribuée par Molson) et j’appréciais beaucoup les bières Rickard’s (également distribuées par Molson). Je consomme également plusieurs bières québécoises locales, surtout la Boréale, des Brasseurs du Nord. J’ai abandonné les Rickard’s. J’avais remplacé la Corona par de la Bud Light Lime, mais comme elle est brassée au Royaume-Uni comme la Miller Chill est distribuée par Molson, je vais m’informer sur la Chihuahua mexicaine, des Brasseurs de Montréal. Les amateurs de bière à la lime dans la région de Québec peuvent essayer la Pale Ale lime et framboise, de La Barberie.

Une remarque en passant au petit comique qui m’a relacée plusieurs fois pour que je réponde à cette question : je ne sais pas si vous êtes à la retraite, en vacances ou au chômage, mais moi, je ne vais pas vérifier les commentaires toutes les heures pour la bonne raison que je travaille. Oui, Monsieur, j’ai un emploi. Alors faites ce que vous voulez de votre temps, mais ne vous étonnez pas si je ne vous réponds pas dans la minute, parce que je n’y suis pas obligée. Pour répondre à une de vos objections, nous avons festoyé au printemps quand le principal responsable des victoires, qui inspirait ses coéquipiers et les partisans, était encore avec l’équipe. C’est un peu logique que nous n’ayons plus le goût à la fête maintenant qu’il a été échangé.

Molson fait vivre des travailleurs québécois.
Ça aussi, j’y ai répondu auparavant. Il n’y aucune différence entre un travailleur québécois à l’emploi de Molson et un travailleur québécois à l’emploi d’une microbrasserie. Alors si le consommateur, dans son droit de consommateur, remplace les produits Molson par des produits de microbrasseries québécoises, sa consommation favorise simplement certains travailleurs québécois plutôt que d’autres. Ensuite, pour répondre à une autre commentateur, des microbrasseries ont commencé à faire leurs propres activités sociales; La Barberie, par exemple, a recueilli plus de 30 000 $ pour Leucan.
Je devine que certains commentateurs sont probablement à l’emploi de la brasserie Molson. Les travailleurs de microbrasseries ont autant de valeur que ceux des brasseries Molson et Labatt et méritent autant d’être encouragés. De plus, les emplois des microbrasseries ne risquent pas d’être délocalisés demain matin dans un autre pays lorsque les actionnaires décideront que la main-d’œuvre coûte trop cher. Alors vive les microbrasseries. Et si jamais le chiffre de vente de Molson baisse, vous serez en mesure de fournir une explication à vos patrons. Merci beaucoup.

Pourquoi ne pas boycotter les ailes de poulet de la Cage, tant qu’à faire?
Excellente idée! Merci de la suggestion! De toute façon, je trouve leurs ailes sont très ordinaires, alors dans mon cas, ce ne sera pas un gros sacrifice. De plus, la dernière fois que j’y ai été, la serveuse a perdu mon coupon de huit ailes, et la gérante m’a facturé les ailes et a eu le culot de me demander le pourboire en plus. Alors je rajoute la Cage aux Sports à ma liste d’exclusion, puisque les autres choix de restaurant ne manquent pas. Merci encore de cette recommandation!

Malheureusement, je devrai poursuivre ce débat dans un autre épisode. Dans mon prochain billet, je répondrai à d’autres objections soulevées. Pour éviter l’éparpillement, je retiendrai les commentaires avant de les afficher et d’y répondre. Ne vous inquiétez pas : les seuls commentaires exclus seront les commentaires vulgaires, agressifs ou redondants.

Remplacez votre Molson par une autre bière québécoise

24 août 2010 à 7:10 | Publié dans Non classé | 3 Commentaires
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Microbrasseries du Québec, par Jean-François Joannette et Guy Lévesque. Saint-Constant, Éditions Broquet, 2009, 280 p.

Hé bien! Dans mon dernier billet, je commentais l’idée de boycotter Molson d’un point de vue extérieur, tout en mentionnant ma propre contribution. D’après les commentaires reçus, on croirait presque que je suis à la tête du mouvement! Au début, j’ai été un peu piquée, puis je me suis amusée de voir que mon billet dérangeait à ce point. Mes détracteurs m’ont fait comprendre qu’il y avait là une belle occasion de m’amuser avec la controverse.

Je pensais répondre aux objections dans la section des commentaires, mais l’espace requis me fait plutôt opter pour un nouveau billet.

Pourquoi boycotter Molson?
Chacun a ses raisons, mais le motif général est la lassitude de nombreux amateurs des Canadiens de se faire prendre pour acquis par la direction du club et l’impression d’avaler des couleuvres à répétition. Ce peut être :
- l’échange ou l’abandon de joueurs populaires (Mike Ribeiro, Steve Bégin, Alex Kovalev, Jaroslav Halák);
- l’indifférence face au talent francophone et québécois (faible nombre de Québécois et de francophones repêchés ou embauchés, embauche d’un Canadien-anglais comme entraîneur des Bulldogs de Hamilton);
- l’absence d’aide et d’encouragement aux joueurs à apprendre le français;
- la hausse des prix (billets, bière, nourriture);
- toutes ces réponses.

Geoff Molson n’occupe pas encore le poste de président. Pourquoi le prendre pour cible?
Ce n’est pas Geoff Molson personnellement qui est visé, mais toute l’organisation des Canadiens. Même pendant les années où George Gillett était propriétaire, Molson était le commanditaire exclusif de bière des Canadiens, et une section entière de l’amphithéâtre s’appelait déjà la zone Molson Ex.

Si je délaisse la Molson, ne vais-je pas nuire à des travailleurs québécois?
Ça dépend par quelle bière vous la remplacez, si vous la remplacez, bien sûr. Si vous tenez à encourager l’emploi et le savoir-faire québécois, optez pour l’une des dizaines de microbrasseries qui offrent des centaines de marques de bière. Presque toutes les régions du Québec ont un ou plusieurs microbrasseurs. De plus, dans la région de Montréal, de nombreux pubs brassent leur propre bière, dont les 3 brasseurs, L’amère à boire et le Brutopia.
À noter que la brasserie Unibroue a été achetée par Sleeman, elle-même acquise par le brasseur japonais Sapporo. Ça n’enlève rien à la grande réussite québécoise du brasseur de la Maudite, de la Blanche de Chambly et de la Fin du monde. Néanmoins, si vous préférez encourager les brasseurs émergents, vous verrez à votre épicerie locale et dans de nombreux bars que le choix ne manque pas.

Et la Budweiser? N’est-ce pas une bière américaine?
Je mentionnais dans mon dernier billet que la Budweiser est originaire de Saint-Louis, la ville où jouera Jaroslav Halák à partir de la prochaine saison. La Budweiser a été créée par Anheuser-Busch, qui a des liens commerciaux très étroits avec Labatt.
Ce qui est intéressant, c’est qu’au Canada, la Budweiser et la Bud Light (et possiblement la Bud Light Lime) sont fabriquées à la brasserie Labatt de LaSalle.
Enfin, pour répondre à la question de certains, Molson fabriquera bel et bien de la Labatt Bleue et Bleue légère, mais les stocks produits sont entièrement destinés aux États-Unis. L’article mis en hyperlien explique les causes de cette étrange situation, qui découle des fusions d’entreprises de l’industrie de la bière et des lois américaines contre le monopole.
Bref, vous pouvez siroter une Budweiser ou, mieux encore, une bière locale sous le nez de Pierre Gauthier en toute tranquillité : ce seront encore les travailleurs québécois qui en profiteront. Par ailleurs, je rappelle aux partisans du retour des Nordiques que Labatt a donné son appui à un nouvel amphithéâtre à Québec.

Molson et les Canadiens contribuent à l’économie locale en créant des emplois, en achetant à des fournisseurs locaux, en contribuant à des projets communautaires etc. Ne devrions-nous pas leur être reconnaissants?
Félicitations aux Canadiens pour leurs projets communautaires. Cependant, il faut s’enlever de la tête que notre économie et nos emplois dépendent de Molson et des Canadiens. D’abord, les microbrasseries créent aussi de l’emploi et achètent à des fournisseurs locaux; d’ailleurs, la grande majorité des nouveaux emplois sont créés par de petites et moyennes entreprises.
Ensuite, les Canadiens sont plus dépendants de leur public que l’inverse : l’argent que l’amateur ne dépensera plus dans la bière Molson ou les produits des Canadiens seront dépensés ailleurs ou épargnés, ce qui ne ferait pas de tort aux finances personnelles de certains. Les Canadiens, par contre, tirent essentiellement leur survie du public québécois.
Par ailleurs, c’est très louable, les projets communautaires, mais ça n’achète pas au Canadien l’autorisation de se moquer de sa clientèle francophone (lire Marc de Foy à ce sujet) À en lire certains, nous devrions être confits de gratitude devant les dames patronnesses du Bleu-Blanc-Rouge qui sont bien gentilles de nous faire la charité. Sachez d’abord qu’il est devenu courant, voire indispensable, pour toutes les entreprises d’investir dans la communauté. Hydro-Québec, Alcan, SNC-Lavalin, Bombardier et tous les géants commanditent des spectacles, des œuvres de bienfaisance et d’autres projets communautaires. Les Canadiens ne sont pas une exception.
Ajoutons, enfin, que “le CH ne s’est jamais gêné pour envisager le recours à l’aide gouvernementale “: http://bit.ly/9nkNZJ ni pour faire de la publicité déguisée en pédagogie dans les écoles et avec l’aide d’une généreuse subvention du ministère de l’Éducation, à même vos taxes et impôts, s’il-vous-plaît.
Alors la reconnaissance, disons qu’elle devrait se manifester dans les deux sens.

N’y a-t-il pas d’autres causes plus nobles? La politique, l’environnement, la défense du français, la pauvreté?
Certes, mais ce site parle de sport. Qu’est-ce que qui vous dit que je ne m’intéresse pas à d’autres choses en dehors du hockey? Je suis capable de marcher et de mâcher de la gomme en même temps.
Par ailleurs, j’ai milité plusieurs années en politique et je me suis présentée deux fois comme candidate aux élections provinciales, pendant lesquelles j’ai pris la parole sur de nombreux sujets, notamment l’environnement, l’économie, l’éducation, le filet social et le système de santé. J’ai présenté un mémoire à la Commission parlementaire sur l’éducation et j’ai toujours voté. Alors côté implication politique, j’ai probablement une longueur d’avance sur tous mes détracteurs réunis.

Un boycott, est-ce vraiment utile?
On verra bien. Personnellement, j’ai expliqué dans mon dernier billet que, boycott ou pas, je n’étais plus capable d’avaler une bière distribuée par Molson, car j’avais l’impression de remplir les poches de deux entreprises, Molson et les Canadiens, qui rient de leurs clients. Ces entreprises n’auront plus un sou de ma poche, que ce soit chez moi, dans un festival, dans un bar ou n’importe où.
Ça fait des années qu’on entend des appels isolés au boycott de Molson, mais personne ne suit vraiment parce que chacun est isolé et croit que son choix est vain. Si de nombreuses personnes affirment leur choix de délaisser les produits de Molson en faveur d’autres boissons fabriquées ici, alors ces personnes auront l’impression que leur choix fait vraiment une différence.
Lorsque la LNH a voulu absorber la défunte Association mondiale de hockey, elle a d’abord refusé de garder les équipes canadiennes de la Ligue, soit les Oilers d’Edmonton, les Jets de Winnipeg et les Nordiques de Québec, à cause des pressions de leurs concurrents, soit les Canadiens de Montréal, les Maple Leafs de Toronto et les Canucks de Vancouver. Les amateurs des trois équipes en danger ont alors boycotté les produits Molson. Le chiffre d’affaires a chuté, forçant la famille Molson, alors propriétaire des Canadiens, à réviser sa position et à donner son accord à l’inclusion des équipes.
S’il fallait que la sauce prenne, et que de plus en plus de gens se détournent des produits Molson, alors la direction pourrait être forcée de faire des changements. Surtout si Labatt contribue au retour des Nordiques à Québec…

Varia :
- Mon projet avance, mais il n’est pas encore prêt. Il portera sur la langue française et le hockey. Je le présenterai dès que possible, et sûrement avant le début de la saison. Par ailleurs, il est possible que je parle encore de politique au passage, mais je ne ferai plus de chroniques de comparaison entre la politique et le hockey comme je l’ai fait pendant la saison 2009-2010.
- J’ai mon billet pour aller voir les Blues contre les Canadiens à Saint-Louis le 10 mars 2011 (vous pouvez acheter le vôtre au blues.nhl.com. Par ailleurs, les Blues vendent des forfaits pour des groupes de quatre personnes permettant de rencontrer des joueurs de l’équipe. Si ça vous intéresse, faites-moi signe, et je vous mettrai au courant de tous les détails.
- Pour les nouveaux fans du Lightning de Tampa Bay, on ne sait pas encore quand les billets pour les matchs individuels seront en vente. Pour l’instant, seuls les billets de saison sont en vente.

Voulez-vous toujours boycotter les produits Molson?

20 août 2010 à 7:21 | Publié dans Non classé | 2 Commentaires
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Image promotionnelle de Budweiser, récupérée au http://popsop.com/28000

Un militant du Parti Québécois a déjà dit que son parti avait le don de « s’autopeluredebananiser ». On pourrait dire la même chose de la direction des Canadiens de Montréal. Dans des conditions normales, un échange de deux gardiens de la Ligue américaine de hockey n’aurait pas dû faire tout un tapage. Mais voilà, l’échange de Cédrick Desjardins au Lightning de Tampa Bay a déclenché la fureur de nombreux amateurs parce qu’il touche deux nerfs sensibles du public montréalais que la direction du Canadien a déjà passablement écorchés : les gardiens et la présence francophone et québécoise au sein du Tricolore.

Réglons d’abord deux points. Premièrement, on entend déjà des fins finauds dire que des conditions normales, ça n’existe pas à Montréal, parce que les « fefans » sont chialeux, irrationnels et ignorants. J’ai déjà pris la défense des fans montréalais dans un autre billet : je n’y reviendrai donc pas. Deuxièmement, d’autres raisonneurs mentionnent que Desjardins n’est pas Québécois parce qu’il est né à Edmundston, au Nouveau-Brunswick. Rappelons que Desjardins est né à quelques kilomètres à peine du Québec et a grandi à La Pocatière. D’autre part, ne commençons pas à chipoter sur les détails de québécitude : la table est assez grande pour toute la famille, y compris pour Desjardins, Benoît Pouliot, Francis Bouillon (né à New York) et les autres demi-proto-quasi-Québécois à un détail près.

Feu de poubelle

Pierre Gauthier, le directeur général des Canadiens, a réussi l’exploit de transformer cet échange de club-école en un autre feu de poubelle que le service des communications du Tricolore devra éteindre. Rappelons le contexte. Après avoir échangé Jaroslav Halák, le héros des séries, il a ignoré les offres de Patrick Lalime et de Martin Biron, deux gardiens auxiliaires en quête de contrat, pour embaucher Alex Auld, un gardien auxiliaire aux statistiques comparables à celles deux précédents. De plus, Auld a obtenu un montant supérieur à celui finalement accordé à Biron par les Rangers. Comme Desjardins venait d’écouler une année exceptionnelle chez les Bulldogs de Hamilton (le club-école des Canadiens), les amateurs déçus se sont rabattus sur l’espoir, mince mais existant, qu’il puisse venir livrer concurrence à Price. Desjardins, un jeune homme de 24 ans, est décrit comme travaillant et compétiteur, des qualités également attribuées à Jaroslav Halák.

Dans une entrevue à CKAC, Desjardins a affirmé que lui-même et son agent ont signifié au Canadien que le jeune homme ne pouvait attendre plus longtemps une chance de se faire valoir dans la LNH. Gauthier, qui avait mis sous contrat Auld et Curtis Sanford, l’a envoyé courir sa chance à Tampa Bay. Donald Beauchamp, vice-président aux communications du Canadien, affirme : « C’est comme une faveur que nous faisons à Cédrick Desjardins car Curtis Sanford et Robert Mayer seront nos gardiens avec les Bulldogs de Hamilton cette saison. »

Mais qui Beauchamp croit-il tromper? De toute évidence, Gauthier voulait éviter que les amateurs scandent le nom d’un gardien québécois au Centre Bell dès que Carey Price y accorderait son premier mauvais but. Lorsque Jaroslav Halák, à l’automne dernier, a signifié à Bob Gainey, alors directeur général, du Canadien qu’il voulait jouer davantage ou changer d’équipe, il s’est opposé à une fin de non-recevoir : il constituait une solution de rechange, en cas de défaillance de Carey Price. Après son départ, Cédrick Desjardins est devenu cette solution de rechange. Et soudainement, l’ancien bras droit de Gainey se montre plus généreux envers Desjardins que son prédécesseur envers Halák? Le problème, c’est que si Carey Price flanche, il n’y a plus de gardien à développer à court et à moyen terme. Alex Auld et Curtis Sanford sont vieillissants et ne peuvent mener une équipe aux séries éliminatoires. Robert Mayer et Petteri Simila, les autres gardiens de la pépinière tricolore, sont encore loin de la LNH.

Les Éclairs de Tampa Bay

D’autres détails de cette transaction chicotent. De toutes les équipes de la LNH, fallait-il vraiment que Gauthier accepte l’offre de Tampa Bay, qui est en train de se développer une filière québécoise enviable? Desjardins y a probablement été recommandé par Guy Boucher, son ancien entraîneur à Hamilton et l’actuel entraîneur du Lightning. En plus de Guy Boucher et de ses deux adjoints (tous Québécois), Julien BriseBois, l’ancien DG des Bulldogs, pour seconder Steve Yzerman, le DG du Lightning. De plus, Yzerman a embauché Simon Gagné pour compléter le trio de Vincent Lecavalier et de Martin St-Louis. Gagné est un autre de ces Québécois dont le Canadien a décliné l’offre, cette fois parce qu’il n’y avait plus d’espace sous le plafond salarial. Si vous faites le calcul, en comptant les joueurs et les entraîneurs, Tampa Bay compte plus de Québécois et de francophones que le Canadien. Et les Québécois de Tampa Bay sont meilleurs que ceux de Montréal. Ajoutez-y Dominic Moore, un Ontarien largué par le Tricolore alors qu’il aurait pu lui rendre d’autres fiers services. En quelques semaines à peine dans l’uniforme bleu-blanc-rouge, Moore, qui s’exprime couramment en français, a prouvé son utilité au CH et a gagné l’estime des amateurs en quelques semaines à peine. Pourtant, en septembre, il rejoindra Gagné, Lecavalier et leurs coéquipiers sous le soleil de la Floride.

Au fait, qu’a obtenu le Canadien en retour de Desjardins? Les droits de la LNH sur un gardien finlandais, Karri Ramo, qui joue actuellement en Russie et qui y restera encore pour y écouler la dernière année de son contrat. Il possède une expérience totale de 48 matchs dans la LNH, dans laquelle il n’a rien cassé.

Le retour du chouchou

De plus, la transaction a été conclue et annoncée le jour même de l’anniversaire de Carey Price. Évidemment, plusieurs se sont empressés de relever l’ironie, comme s’il s’agissait d’un autre cadeau au jeune homme pour le conforter dans son statut d’« avenir du Canadien ». Dans le milieu politique, on essaie d’éviter ce genre de coïncidence. Si un ministre avait été en charge de ce dossier, son personnel aurait tout fait pour repousser la transaction d’un jour ou deux. Manifestement, Pierre Gauthier est totalement inconscient de ce genre de détail. Du coup, Donald Beauchamp doit gérer les conséquences rocambolesques que peuvent avoir sur une transaction de club-école des années de mauvaise gestion des gardiens et de la question francophone.

Gauthier aurait voulu faire de Carey Price l’un des joueurs les plus détestés de l’histoire du Canadien qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Comme si ce n’était pas assez, le contrat de Price n’est pas encore conclu, et on chuchote que l’agent du jeune gardien tient la dragée haute à Gauthier, maintenant que son poulain est confirmé seul et unique numéro un, sans concurrent qui soit francophone, talentueux… ou les deux à la fois.

L’ABC du boycott

Alors, voulez-vous toujours boycotter les produits Molson? Parce que si c’est le cas, commencez donc par vous renseigner. Après l’échange d’Halák, j’ai poussé un soupir de lassitude en lisant le commentaire d’un internaute disant que dorénavant, il troquera la Molson pour de la Heineken. Pour son information et pour la vôtre, Molson distribue la Heineken, ainsi que plusieurs autres marques connues au Québec.

De mon côté, je n’ai pas choisi rationnellement de boycotter les bières Molson. Néanmoins, c’est plus fort que moi : quand je vois une bouteille de bière distribuée par Molson, j’ai l’impression de me faire rire de moi. Du coup, il m’est devenu impossible d’avaler une gorgée de leur houblon. Êtes-vous réellement décidé à ne plus verser un sous dans les caisses du commanditaire des Canadiens? Alors vous devrez éviter les bières dont la marque comprend les noms suivants :
- Molson;
- Coors;
- Rickard’s;
- Corona;
- Heineken;
- Miller;
- Black Ice;
- Laurentide;
- O’Keefe’s;
- Tornade;
- quelques autres encore, dont la liste complète se trouve sur ce site.

Cette liste est trop longue à retenir? Vérifiez simplement le nom du distributeur sur l’étiquette ou la boîte. Par ailleurs, comme bière de substitution, je vous recommande toutes les microbrasseries québécoises, ainsi que tout ce qui porte le nom de Bud ou de Budweiser. Pourquoi ces deux dernières marques? Parce qu’elles sont produites par Anheuser-Busch, dont le siège social se trouve à Saint-Louis, le nouveau domicile de Jaroslav Halák.

Halák et ses « fefans » émotifs

24 juin 2010 à 7:30 | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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Caricature de Serge Chapleau, La Presse, 19 juin 2010.

Depuis l’échange de Jaroslav Halák, on entend de nombreux prétentieux sermonner les partisans en colère qui menacent de se révolter. Ces grands penseurs divisent les fans montréalais en deux classes. Eux-mêmes forment la classe minoritaire : des gens rationnels, sensés, connaisseurs, qui réfléchissent à long terme et approuvent Carey Price comme le seul choix évident. L’autre classe, majoritaire, rassemble les « fefans » émotifs, bipolaires, ignares, chialeux et myopes qui divinisent aveuglément Halák. Je ne reprends pas ici le débat Price-Halák; je dénonce seulement l’arrogance de ceux qui veulent discréditer ou faire taire les amateurs furieux de cet échange. 

Je ne vise pas les sincères admirateurs de Price, dont plusieurs ont exprimé leur sympathie à ceux d’Halák parce qu’ils comprennent ce qu’ils auraient eux-mêmes ressenti si leur propre favori avait été échangé. Je ne vise pas les fans qui, contents ou déçus de l’échange, ont choisi de donner le bénéfice du doute à la direction. 

Ceux que je dénonce sont les moralisateurs qui portent un jugement sur le commun des mortels dans le seul but de s’en différencier. Leur obsession n’est ni Price, ni Halák, ni même les Canadiens : leur obsession, c’est de s’élever au-dessus de la populace. Ils se servent dans ce but de tout un arsenal de sophismes méprisants, dont voici les principaux : 

« Revenez-en, c’est fait! » : Pardon? À peine un mois jour pour jour s’est écoulé depuis l’élimination du Canadien, une semaine depuis l’échange, et il faudrait déjà enterrer au plus sacrant le gardien qui nous a émerveillé de ses exploits, qui nous a impressionnés par sa force de caractère et son humilité? Les fans se font souvent traiter de vire-capot, mais ne vous attendez quand même pas à ce qu’ils digèrent cette décision avant longtemps. 

« C’est le choix de l’organisation » : Autrement dit, fermez-la, continuez à remplir le Centre Bell et à acheter des guenilles, parce que de toute façon vous n’avez aucun pouvoir, sauf celui d’ouvrir vos portefeuilles. Une belle attitude de mouton résigné, conséquence directe du monopole malsain des Canadiens de Montréal sur le hockey de la LNH au Québec. 

« Ce sont des hommes de hockey, ils savent ce qu’ils font » : Ben oui, mon kiki. Le président de BP connaît aussi son affaire, tout comme celui de Toyota. Ça n’a pas empêché ni l’un ni l’autre d’être convoqués au Congrès américain après que leurs compagnies respectives se soient royalement plantées. Pierre Gauthier est peut-être compétent, mais il n’est pas immunisé contre les erreurs : à titre de directeur-général des Sénateurs d’Ottawa, il a déjà échangé Pavol Demitra aux mêmes Blues de Saint-Louis contre le Suédois Christer Olsson. Après 20 parties, Olsson est rentré en Europe. Demitra a passé six saisons fructueuses avec les Blues avant de poursuivre sa carrière ailleurs. Alors oui, Gauthier peut se planter, tout comme il est arrivé à Bob Gainey de se planter avant lui. Faire aveuglément confiance à la direction, c’est comme donner un chèque en blanc à votre garagiste pour qu’il fasse toutes les réparations qu’il veut sur votre voiture. 

« Halák était trop gourmand » : les Canadiens n’ont même pas communiqué avec lui, ni avec son agent. De toute façon, pour ce qu’il a donné et la façon dont il a été traité, Halák avait moralement le droit de leur faire cracher le maximum, ne serait-ce que pour leur apprendre à épeler le mot « respect » en français, en anglais, en slovaque et en douze autres langues au moins. 

« La direction du CH ne doit rien aux fans » : celle-la, c’est la meilleure que j’ai lue. Et les millions en profits que l’équipe a empochés, ils sont tombés du ciel? Ils ont poussé dans les arbres? Ramenez une équipe à Québec, et vous allez voir que la direction du CH va se rendre compte qu’après tout, elle doit quelque chose aux fans, si jamais elle voit des gens dans les rues avec des chandails des Nordiques sur le dos et une diminution des cotes d’écoute de ses propres matchs. C’est ce que les Blackhawks de Chicago ont compris lorsque leur aréna s’est vidé, il y a de ça plusieurs années. Et on parle de l’une des Original Six, pas d’une équipe dans le désert. 

« Le hockey, c’est une business » : Peut-être, mais la business du sport professionnel, comme celle des arts, c’est de vendre de l’émotion. Et de l’émotion, Halák nous en a fournie à la tonne. D’ailleurs, si les Canadiens sont une business, les partisans sont ses clients. Ces clients peuvent exercer leur jugement. Le marketing a peut-être réussi jusqu’ici à masquer les faiblesses de l’équipe, mais le départ d’un joueur qui a conquis le cœur des partisans sans l’aide du service de marketing risque de changer la donne. 

« Vous êtes des émotifs » : Une bonne part de hockey est faite d’émotion. Si nous suivions vos principes, chers cerveaux logiques et rationnels, les Canadiens, cette petite équipe de huitième rang se serait fait balayer par Washington en quatre matchs, non, en trois matchs. C’est ce qu’ont prédit les savants experts. Néanmoins, c’est avec de l’émotion que les Glorieux ont renversé coup sur coup les gagnants du Trophée du Président, puis les champions en titre de la Coupe Stanley. Ils ont été éliminés par une équipe, les Flyers de Philadelphie, qui ont eux-mêmes comblé un déficit de 0-3 dans leur série précédente en puisant dans leurs émotions. Les experts ne font pas foi de tout. Le rôle des experts est de faire des calculs, et celui des joueurs est de défier leurs prédictions. Tout comme Halák a défié tous ceux qui lui ont prédit que sa petite taille et son rang de repêchage le destinaient, au mieux, à une carrière d’honnête auxiliaire. Je suis émotive? Merci du compliment. 

« Vous êtes des girouettes » : Cette accusation est dirigée vers les amateurs qui ont voté pour envoyer Price au Match des Étoiles, en janvier 2009, puis l’ont vilipendé quelques mois plus tard. Cet argument est de mauvaise foi : le Match des Étoiles a eu lieu avant que le public ne soit mis au courant des virées nocturnes de Price et de ses habitudes de prima donna. En fait, le public en général a évolué dans un sens plutôt logique, même si Price a payé très cher pour ses erreurs. 

« Price est encore là, rallions-nous tous derrière lui, soyez patients avec lui, etc. » : Price ne mérite ni le blâme, ni les huées. Ce n’est pas lui qui a pris la décision d’échanger Halák. D’un autre côté, les amateurs ne sont pas obligés de l’encourager si le cœur ne leur en dit pas. Après tout, l’applaudir revient à approuver l’échange d’Halák. Ordonner aux fans de se rassembler derrière Price ressemble à la stratégie de la cage à homard chère à Jacques Parizeau : laissons un seul choix aux partisans, pour qu’ils soient obligés de s’y faire. Je ne serai pas patiente avec Price et je ne le soutiendrai pas, puisqu’il me laisse maintenant indifférente.
Par ailleurs, les deux joueurs obtenus dans l’échange semblent intéressants et méritent d’être découverts. Le problème, ce n’est pas ce que le Canadien a obtenu, c’est ce qu’il a cédé. 

« Si vous êtes pas contents, il y a 29 autres équipes » : c’est en effet une option. Toutefois, ceux qui conservent un sentiment d’appartenance envers le Canadien ont le droit de garder un œil critique et un esprit lucide. Personnellement, j’aime mieux une foule d’amateurs passionnés mais exigeants à un troupeau de moutons dociles et obéissants. Il n’y a que les fans des Maple Leafs de Toronto qui sont assez bêtes pour accepter n’importe quelle forme de médiocrité, pourvu qu’elle soit ornée d’une feuille d’érable bleue. 

« Vous êtes des traîtres si vous lâchez les Canadiens » : Cet argument contredit le précédent, mais aucune logique ne freine les spécialistes de la mauvaise foi. D’ailleurs, les Canadiens ne sont pas une armée, et Pierre Gauthier n’est pas notre général. Nombre de partisans aiment l’équipe, mais conservent un goût amer de l’institution avec son marketing débridé, son carrousel d’entraîneurs renvoyés, son indifférence envers le repêchage local et le traitement réservé à certains de ses joueurs (rappelez-vous de Francis Bouillon). 

Vous êtes écœurés par l’échange d’Halák? Votre colère est légitime. Ne vous laissez pas marcher sur les pieds par les arrogants qui utilisent les faux arguments ci-dessus. Manifestez ou quittez le navire, mais ne vous sentez pas obligés de vous écraser.


 

Plusieurs commentateurs (Dany Dubé, Martin Leclerc, Yvon Pedneault, Scott Burnside, Ken Campbell) croient que Gauthier n’aurait pas choisi Price par aveuglément volontaire, mais aurait été coincé par le plafond salarial. Autrement dit, il ne devait pas choisir entre Halák et Price, mais entre Halák et Tomas Plekanec. Ce dernier était moins facile à remplacer, d’où l’échange. Pourquoi ne pas l’avoir dit ouvertement? Parce que le contrat avec Plekanec n’était pas encore conclu. Parce que c’était sans doute moins pire de coller à Price l’étiquette de chouchou que celle de bouche-trou. Enfin, parce que la colère des amateurs se serait tournée vers d’autres hauts salariés de l’équipe, notamment Scott Gomez (7,3 M$), Roman Hamrlik (5,5 M$) et Jaroslav Spacek (3,83 M$). Sans compter le demi-million que le contrat de Georges Laraque enlèvera à la masse salariale pendant encore deux saisons. 

De mon côté, tant qu’à taper sur quelqu’un, je choisis Andrei Kostitsyn. Repêché en première ronde la même année où Halák l’a été en neuvième, l’aîné des « frères K » a touché 3,25 M$ cette saison, contre 750 000 $ pour le Slovaque. Si vous faites le calcul, ça veut dire que ce gros jambon a reçu plus du quadruple du salaire de son coéquipier pour pratiquer l’art de patiner en dormant. 

Mais la direction du Canadien sait ce qu’elle fait, n’est-ce pas? Ce sont des hommes de hockey, pas vrai? 

Misère. La prochaine saison va être longue.

Qui veut noyer Halák l’accuse de la rage

18 juin 2010 à 7:45 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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En fait, le véritable proverbe est « qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage », de la pièce Les Femmes savantes, de Molière.

Que Jaroslav Halák soit échangé, je peux le concevoir, même si c’est à mes yeux une bourde monumentale. Qu’on veuille faire de Carey Price le gardien d’avenir, je peux le concevoir.

Mais ceux qui prétendent que c’est le bon choix parce que Jaroslav Halák ne voulait pas revenir à Montréal de toute façon, font preuve d’une une ânerie sans fond.

Depuis l’élimination des Canadiens, des soi-disants connaisseurs prétendent qu’Halák ne voulait rien entendre de signer avec Montréal. Ils s’appuient sur sa lassitude vis-à-vis des journalistes pendant les séries éliminatoires. Halák n’a pas été le seul joueur à montrer son impatience devant les médias, une réaction bien normale après six semaines épuisantes de séries éliminatoires.

Pendant dix ans, chaque point de presse d’Andrei Markov lui semblait aussi agréable qu’une séance chez le dentiste. Il a pourtant signé de nouveau avec Montréal, lui qui aurait pu facilement se trouver un poste ailleurs. Scott Gomez a déjà traité les journalistes d’ugly mugs (« bouilles affreuses »). Ça ne l’a pas empêché de professer un enthousiasme sincère envers Montréal, même vers la fin de la saison et pendant les séries. Tomas Plekanec, interrogé sur sa performance décevante en séries, a répliqué avec agacement : « Ai-je été si mauvais? » Plekanec, l’un des agents libres sans compensation les plus convoités, veut pourtant revenir; son agent a récemment déclaré que les négociations entre son client et le Canadien allaient bon train. Un joueur peut aimer Montréal et ses partisans sans être obligé d’aimer les journalistes. Tout le monde n’est pas Michael Cammalleri.

Par ailleurs, on ressort encore cette rumeur stupide voulant qu’Halák ait demandé à être échangé en décembre dernier. Correction : Halák a demandé à jouer davantage, point-barre. Il a dit à l’organisation : faites-moi jouer ou échangez-moi. Ce n’était pas le désir de quitter Montréal, mais celui d’obtenir davantage de temps de glace qui l’a poussé à entreprendre cette démarche.

D’autres internautes lancent qu’Halák était sur le point de signer un contrat avec la KHL, ou encore que son agent a une réputation épouvantable à travers la Ligue, etc. N’en jetez plus, la cour est pleine.

Je ne sais pas si ce sont certains fans finis de Carey Price sont à l’origine de ces rumeurs. Toutefois, je soupçonne une opération de spinning (dorage) pour faire passer la pilule aux amateurs. Puisque le public de Montréal veut « Jaro », essayons de le convaincre que « Jaro » ne voulait pas de Montréal. Même François Gagnon et Jean-François Bégin avaient renchéri en affirmant qu’Halák en avait assez du cirque montréalais. Gagnon en rajoute une couche dans son blogue aujourd’hui. Gagnon est un journaliste consciencieux, mais un commentateur émotif. Partisan des Sénateurs d’Ottawa qui subit les tortures des fans les plus déchaînés des Canadiens, il aime livrer des interprétations douteuses afin de les faire souffrir à leur tour et de leur rendre la monnaie de leur pièce. S’il le pouvait, il accuserait directement les fans d’être responsables du départ d’Halák.

Sauf que certains faits contredisent ces fabulations sur ce que pense Halák de Montréal. Pendant la série contre les Flyers de Philadelphie, le magazine L’Actualité a envoyé un journaliste préparer un reportage sur la famille et le quartier d’enfance de Halák. Le reportage et les commentaires de ses parents ne laissent aucunement croire qu’Halák était malheureux à Montréal. Peu de temps avant ces déclarations, le gardien lui-même avait accepté de donner une entrevue exclusive parue dans le magazine La Semaine, une décision que l’on prend lorsqu’on veut soigner ses relations avec le public. Ce n’est pas exactement le genre de comportement de quelqu’un qui veut fuir à tout prix.

Numéro un, à Montréal ou ailleurs

Absolument rien ne prouve que Jaroslav Halák voulait quitter Montréal. Ce qu’il voulait, c’est un poste de numéro un. Souhaitons-lui la meilleure des chances avec les Blues de Saint-Louis. Il sera superbe dans son nouvel uniforme bleu.

Bien sûr, Halák, au centre de rumeurs d’échange depuis quelques années, était préparé à cette possibilité. Rester à Montréal n’était certainement pas une question de vie ou de mort pour lui. Toutefois, prétendre qu’il voulait prendre les jambes à son cou est une manœuvre odieuse destinée à faire taire ses admirateurs consternés et furieux de son départ.

Pierre Gauthier lui-même a affirmé que le jeune homme aimait Montréal et sa communauté. Accordons à Gauthier le mérite d’assumer pleinement sa décision : il a choisi Price. Il n’a pas tenté de trouver des prétextes et il semble prêt à vivre avec la colère des nombreux fans montréalais. C’est tout à son honneur.

Price meilleur… devant les médias

Parlons maintenant de Carey Price, qui n’a apparemment plus personne pour lui disputer son trône. Il a du potentiel, soit. Il a pris de la maturité, d’accord. D’ailleurs, je dédie une baffe à tous les imbéciles qui le hueront au Centre Bell la saison prochaine, à moins qu’il n’envoie un doigt d’honneur au public.

Certains vont trop loin en garantissant déjà que Price sera assurément à la hauteur. Ces fans finis prétendent que Price est fin prêt parce qu’il a démontré de la maturité devant les journalistes. Price veut davantage demeurer à Montréal que son collègue slovaque, selon François Gagnon, parce qu’il compose mieux avec l’attention qu’on lui porte. Comprendre : il a mieux « performé » devant les journalistes.

Cet argument au sujet des médias me fait décrocher la mâchoire. Depuis des années, on nous serine qu’un joueur doit être choisi pour son talent et non pour son aisance avec les médias. Des journalistes et des amateurs ont voulu nous vendre Markov comme capitaine, malgré son peu d’aisance devant les médias, en nous jurant que jamais, au grand jamais, un capitaine n’a eu pour rôle de représenter l’équipe auprès des médias. Pour la même raison, ces mêmes journalistes et amateurs ont pris la défense de Saku Koivu, qui ne parlait toujours pas français devant les médias presque dix ans après être devenu capitaine.

Et maintenant, on veut nous faire gober qu’il est normal de sacrifier un gardien accompli, travailleur, dévoué et aimé de ses coéquipiers et du public, un gardien qui a joué les héros devant les puissants Capitals de Washington et les Penguins de Pittsburgh, sous prétexte qu’il n’a pas fait preuve d’assez de chaleur devant les médias? Tant de mauvaise foi me révolte.

Oh, mais il faut ajouter que Price a pris de la maturité. La preuve, c’est qu’il a grondé Sergei Kostitsyn lorsqu’il a quitté l’entraînement avant la fin. Excusez-moi, pardon. La preuve est entendue, Price deviendra un grand gardien, que dis-je, une légende, et mènera les Canadiens à la Coupe Stanley, puisqu’il a été capable de remettre Kostitsyn à sa place.

Les dés encore pipés en faveur de Price

Si je fais de l’ironie, ce n’est pas pour rabaisser le potentiel de Price. Néanmoins, comme disent les anglophones, « the proof is in the pudding »; on juge quelqu’un par ses résultats et non par ses promesses. Certes, Price n’est plus le jeunot immature qu’il était à son arrivée à Montréal. Si Halák n’avait pas été là, j’aurais parié sur lui. Mais voilà, Halák est devenu une valeur sûre, beaucoup plus sûre que Price en tout cas. Price n’a pas mené son équipe à la troisième ronde des éliminatoires en passant par dessus les récipiendaires du trophée du Président et les champions en titre de la Coupe Stanley. Price n’a pas surpris tous les experts aux Jeux Olympiques en traînant son équipe nationale jusqu’au pied du podium. De plus, à son dernier départ sur la glace, le seul endroit qui compte, Price a démontré toute l’étendue de sa maturité… en écopant de deux stupides pénalités pour conduite antisportive. Alors sa maturité, mettons que je mets encore un gros point d’interrogation dessus.

J’insiste : le problème n’est pas d’avoir gardé Price, mais d’avoir sacrifié Halák pour lui. Price n’est pas un deux de pique, bien au contraire. Néanmoins, ceux qui disent que c’est garanti avec Price, qu’il deviendra un dieu sur patins à l’âge de 25 ou 26 ans, gardez-vous une petite gêne, je vous prie. Attendez qu’il se soit bâti une fiche respectable de victoires, de pourcentages d’arrêts et de nombres de buts accordés par match, en plus de se comporter sagement sur la patinoire et à l’extérieur. À ce moment-là, il sera passé de gardien prometteur à gardien confirmé.

En préférant Price à Halák, Pierre Gauthier a sacrifié un gros « oui » pour miser sur un énorme « peut-être ». De plus, il a déclaré avoir assuré à Price qu’il serait de retour l’automne prochain. Sur ce point, il aurait mieux fait de se taire : en confirmant que les dés était déjà pipés en faveur de Price, Gauthier vient de lui recoller l’étiquette de « chouchou » dont le jeune homme a eu tant de peine à se débarrasser. Toute vérité n’est pas bonne à dire. C’est peut-être ce qui m’enrage véritablement : encore une fois, Halák a été traité non pas comme un joueur utile pour le Canadien, mais comme un obstacle à la progression de Price. Espérons que ce dernier fera preuve de plus d’habileté que son directeur général pour se gagner l’estime des partisans.

Bon, je vous laisse, je me magasine une vuvuzela sur Internet pour aller en jouer sous les fenêtres de Pierre Gauthier.

Haute spéculation (actions en Bourse/joueurs de la LNH)

24 mai 2010 à 6:38   | Publié dans Non classé | 1 Commentaire
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Cette chronique sera l’avant-dernière de la saison. Au lieu de parler de politique et de hockey, elle mêlera plutôt le hockey et la finance. La dernière chronique reviendra à la politique, après quoi je prendrai une pause avant de réfléchir à l’orientation future de mon blogue.

Auteur inconnu. Récupéré de : http://www.jokesy.com/2009-01/

Cette année, pour la première fois, j’ai participé à un pool. Je n’ai pas encore déterminé avec certitude l’équivalent français adéquat pour ce terme, mais les pistes les plus prometteuses sont poule et hockey de fantaisie. Je vous reviendrai là-dessus si mes recherches sont concluantes. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le concept de pool, en voici les règles de base : chacun des participants sélectionnent un certain nombre de joueurs pour se bâtir une équipe fictive; chaque joueur vaut un certain nombre de points selon ses statistiques de la saison précédente; chaque participant a un nombre maximum de points en banque pour intégrer des joueurs à sa liste; à la fin de la saison, le participant dont les joueurs sur sa liste ont collectivement amassé le plus grand nombre de buts et de passes gagne les sommes ou le prix mis en jeu. À mon bureau, par exemple, le gagnant s’est fait payer un dîner à la Cage au Sports. L’autre façon de bâtir son équipe est de procéder par « repêchage » : chaque participant, à tour de rôle, choisit un joueur parmi ceux disponibles, et on recommence jusqu’à ce que chaque participant ait atteint le nombre maximal de joueurs; évidemment, les joueurs les plus prisés seront sélectionnés les premiers.

Outils et spécialistes à votre disposition

Dès que je suis rentrée dans le monde des pools, j’ai été fascinée par sa complexité et sa frénésie. En fait, les poolers me faisaient tout simplement penser aux spéculateurs en Bourse. Toute une industrie s’est développée autour des pools de plusieurs sports. Au début de la saison, plusieurs revues publient un numéro spécial consacré aux pools, en plus des guides annuels. Chaque joueur y est décortiqué selon ses forces et ses faiblesses, son âge, ses blessures, son ardeur au travail, sa tendance à produire de façon régulière ou bien par séquences, etc. Des sites Web offrent des services de gestion de pool. Vous pouvez également télécharger des logiciels de gestion de pool et d’aide au repêchage. Enfin, en août dernier, le magazine Pool Pro a été lancé pour tous les amateurs de pools de hockey.

Droits d'auteurs : The Hockey News. Récupéré de http://www.thehockeynews.com/listings/60-Special-Issues.html.

Ce travail d’analyse me fait penser à celui des revues financières spécialisées qui analysent dans le moindre détail les entreprises cotées en Bourse : le chiffre d’affaires, les investissements dans la recherche et développement, l’état des infrastructures, l’appartenance à un secteur aux performances régulières ou volatiles, les projets d’expansion, les membres du conseil d’administration, etc.

De plus, tout comme des analystes financiers gagnent leur vie à écrire des articles pour vous recommander tel titre ou vous déconseiller tel autre, des journalistes et chroniqueurs sportifs profitent du début de chaque saison pour vous recommander de prendre certains joueurs et d’en éviter d’autres. Certains joueurs, comme Sidney Crosby (Penguins de Pittsburgh) et Alex Ovechkin (Capitals de Washington), sont considérés comme des « blue chips », des joueurs de premier ordre, qui vous rapporteront à coup sûr beaucoup de buts et de passes, mais qui vous coûteront beaucoup de « points d’achats ». D’autres, comme Marian Gaborik (Rangers de New York), étaient considérés à éviter à cause de leur propension à rater des matchs pour cause de blessures. Les recrues sont évaluées comme des entreprises en démarrage, en fonction de leur réussite dans les rangs mineurs.

Certaines entreprises en difficulté ont mauvaise réputation et sont dédaignés des investisseurs. Certains acheteurs, cependant, prévoient une reprise des affaires et achètent les actions de ces entreprises à un faible prix pour ensuite les revendre lorsque l’entreprise va mieux et que son cours est remonté. Les poolers expérimentés repèrent également les joueurs qui ne coûtent pas cher parce qu’ils ont connu une mauvaise saison à cause de circonstances sur lesquelles ils n’avaient aucun contrôle. C’est le cas de Tomas Plekanec (Canadiens de Montréal), qui avait connu une saison misérable en 2008-2009, subissant les contrecoups d’une saison épouvantable pour toute son équipe. Il s’est joliment rattrapé cette année, se hissant au premier rang de son équipe et au vingt-huitième de la LNH, au grand bonheur des poolers qui avaient flairé la bonne affaire en l’intégrant à leur équipe.

Droits d'auteur : AP Photo/Richard Drew. Récupéré du site http://www.livescience.com.

Ça prend du flair

Évidemment, une fois la saison commencée, il arrive que des événements viennent contrecarrer les plans des poolers. Un joueur se blesse, un autre ne produit pas autant que prévu. Les investisseurs craignent aussi de telles catastrophes : l’incendie d’une usine, une poursuite intentée contre une entreprise, tout peut influencer les titres boursiers. Il faut alors décider s’il vaut mieux vendre les actions de cette entreprise ou attendre patiemment que la situation s’améliore. Dans de nombreux pools, un mécanisme permet d’échanger des joueurs, mais il y a une limite au nombre d’échanges. Vient alors l’angoisse de la décision. Tout comme l’investisseur se demande quel est le bon moment pour vendre telle action et d’acheter telle autre, le pooler se demande s’il doit laisser partir un joueur improductif qui pourrait très bien se réveiller, ou prendre tel autre qui connaît une saison extraordinaire mais pourrait se blesser à tout moment. On comprend ainsi les poolers qui, chaque jour, se jettent frénétiquement sur les statistiques des joueurs qui viennent d’être mises à jour, pendant que les investisseurs consultent fiévreusement les cotes boursières. Les uns comme les autres sont soumis aux aléas de la fortune.

Auteur inconnu. Récupéré dans http://www.sentences.org/stock-market-mentality/

Le pool peut prendre une importance démesurée dans la vie des participants. On peut citer comme témoignage la publicité radio de la compagnie d’assurances Essor à CKAC. Un homme un raconte qu’il est en train de devenir quelqu’un d’important et d’acquérir des chose : il a une nouvelle maison, une nouvelle voiture, une conjointe avec qui il attend son premier enfant… et il est au premier rang des poolers à son travail! Si j’étais sa conjointe, je ne serais pas excitée d’apprendre que mon conjoint met son pool de bureau au même rang que la fondation d’une famille.

La loi de la jungle

S’il y a une leçon que j’ai tirée de ma participation au pool de mon travail, c’est qu’à la Bourse comme dans les pools, mieux vaut ne pas parier gros si on n’est pas un vrai connaisseur. Peu importe les chroniqueurs, les revues, les statistiques : la constitution d’un pool ou d’un portefeuille n’est pas aussi scientifique qu’il n’y paraît, et de nombreux joueurs comme de nombreuses actions sont sélectionnés à cause d’une réputation surfaite et non en raison d’une analyse rigoureuse. Combien d’investisseurs ont fait faillite parce qu’ils ont dépensé une fortune sur un « coup de cœur »? Combien de poolers sont-ils passés à côté d’un joueur d’un excellent rendement parce qu’ils n’aimaient pas son arrogance?

Et les résultats? me demanderez-vous d’un ton narquois. Ils ont été pitoyables. Anze Kopitar (Kings de Los Angeles) s’est révélé une heureuse surprise, mais Michael Cammalleri (Canadiens de Montréal) a produit en deçà des attentes en plus de manquer six semaines à cause d’une blessure au genou, Jonathan Cheechoo (Sénateurs d’Ottawa) a été médiocre, et tous mes échanges se sont avérés des fiascos. Après m’être maintenue en milieu de peloton une bonne partie de la saison, j’ai misérablement coulé au dernier rang des poolers de mon bureau. Ça m’apprendra.

Varia :

- Autre indice que le hockey ressemble à la politique : les entraîneurs, comme les politiciens, parlent pour ne rien dire. Ceux qui comprennent l’anglais pourront apprécier la démonstration qu’en fait Mike Boone, de La Gazette, à l’aide de la retranscription d’un point de presse de Jacques Martin, entraîneur-chef des Canadiens de Montréal.

- S’il y a une chose, une seule, qui me dégoûte dans le hockey, c’est la fierté que retirent certains joueurs de se faire casser les dents, comme si cette « blessure de guerre » leur faisait mériter une médaille. Jeudi dernier, Claude Giroux, des Flyers de Philadelphie, a perdu deux dents après un double-échec de Josh Gorges (Canadiens de Montréal). Il a déclaré qu’il avait « toujours rêvé de perdre une dent en jouant au hockey, et là [il en a] perdu deux ».
Le journaliste Luc Gélinas a vanté le courage de Ian Laperrière, des Flyers de Philadelphie, qui, après s’être fait casser sept dents en bloquant un tir, a demandé la permission à son soigneur de retourner au jeu.
Hier, le défenseur Duncan Keith, des Blackhawks de Chicago, a bloqué un tir… et a reçu la rondelle en plein sur la bouche, se faisant fracasser sept dents. L’une d’entre elles s’est logée dans sa gorge, le forçant à tousser pour la recracher. Malgré tout, il s’est fait injecter suffisamment d’analgésiques pour retourner au jeu avant la fin de la période et récolter une aide sur le but qui a permis aux siens d’égaliser la marque avant de l’emporter 4-2 sur les Sharks de San José.
Ma mère a toujours été d’une insistance maniaque pour que ses enfants prennent un soin jaloux de leurs dents. C’est probablement la raison pour laquelle ces fractures de dents me lèvent le cœur, et encore plus le « courage » primitif de ces joueurs qui en font si peu de cas.

- En relations publiques, chaque détail compte. Samedi, les billets pour assister au match de séries entre les Canadiens de Montréal et les Flyers de Philadelphie comportait la photo de Carey Price accompagnée de Jacques Plante et de Ken Dryden. Banal, direz-vous. Les billets étaient imprimés depuis trois mois, explique l’organisation des Canadiens.
Peut-être. Sauf qu’étant donné l’historique de la controverse des gardiens, Allan Walsh, l’agent de Jaroslav Halák s’est permis un rappel à l’ordre à l’endroit de l’organisation, qui a souvent traité son client comme un bouche-trou, alors qu’il est maintenant le héros des séries dans son équipe. Walsh, qui assume sans complexes son personnage d’agent arrogant et baveux, se sert de cette réputation pour faire le travail ingrat de « chialage » nécessaire à la défense des intérêts de son client, qui peut ainsi demeurer le gentil garçon poli que Montréal a toujours apprécié.

Rituels et superstitions

16 mai 2010 à 7:14   | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Église Saint-Patrick, Québec. Photo recueillie sur Flickr.

Un petit billet hors de l’ordinaire, portant sur les superstitions dans le sport. Pas de politique cette fois-ci, puisqu’il n’y a pas de superstition dans ce domaine. Fort heureusement!

            Juste avant le dernier match contre les Penguins, je soupais chez mes parents, qui m’avaient invitée à regarder la partie. Lorsque mon père m’a offert du vin à boire, j’ai poliment décliné, expliquant que je ne buvais jamais d’alcool pendant les parties. Les quelques fois où je me suis débouché une bière devant la télévision, les Canadiens ont perdu.

            Mes parents n’en croyaient pas leurs oreilles. Eux qui avaient élevé leur fille dans la pensée cartésienne et l’athéisme absolu, découvraient qu’elle se livrait à la superstition. « C’est un rituel, pas une superstition », expliquai-je en vain. Mon père, qui ne manque jamais une occasion de me tirer la pipe, a refusé cette justification et s’est moqué de moi.

            Comme les joueurs, de nombreux fans ont leurs rituels pour repousser le mauvais sort loin de leur équipe ou simplement pour apaiser leur tension pendant les matchs. Alors que germait en moi l’idée de ce billet, Josh Freed, de la Gazette, a publié un article sur les rituels et les superstitions des fans de la Flanelle et d’autres équipes, tant du hockey que d’autres sports. L’un de ses amis, pas exemple, a entendu sa fille chanter Na na na hey hey goodbye pendant deux parties de la série contre les Penguins. Les deux fois, les vilains manchots sont revenu de l’arrière et ont remporté la partie. Lorsqu’elle a récidivé, mercredi dernier, son père l’a immédiatement arrêtée. On se souvient également que le mot en « B » (blanchissage) est tabou tant que l’autre équipe n’a pas marqué.

            Il y a également certaines croyances collectives qui ont la vie dure. Ainsi, les Cubs de Chicago, au baseball, seraient victimes de la fameuse malédiction du Billy Goat. Le 6 octobre 1945, le propriétaire de la taverne Billy Goat s’est présenté au match avec sa chèvre. L’odeur de l’animal indisposant les autres spectateurs, on demanda à son propriétaire de quitter les lieux. C’est alors qu’il a déclaré que les Cubs ne gagneraient plus jamais. Les Cubs perdirent la Série mondiale cette année-là et n’ont jamais pu accéder à la finale, malgré toutes les tentatives de briser la malédiction, y compris par le neveu du propriétaire du Billy Goat.

            À Montréal, il est commun de croire que les « fantômes du Forum », ceux des glorieuses légendes du passé qui occupaient le temple qui a abrité de nombreuses victoires, n’ont jamais digéré que l’équipe déménage ses pénates au Centre Bell, en 1996. Peut-être que la vaillance de l’équipe actuelle et les nombreuses qualités sportives de son gardien convaincront-ils les nobles spectres d’emménager dans la nouvelle demeure des Glorieux, qui accèdent à la troisième ronde pour la première fois depuis 1993, année de leur dernière Coupe Stanley.

            De plus, chez les fans montréalais, beaucoup de rituels et d’expressions sont tirées de la religion catholique. Il ne s’agit pas d’un renouveau religieux, mais d’une forme de paganisme joyeux qui recycle la culture religieuse pour l’amalgamer à sa culture sportive. De toute façon, avec tout ce dont l’Église catholique s’est rendue responsable, probablement que la seule chose pour laquelle il est encore décent de prier à l’Église est une victoire des Canadiens. On se souvient du fameux pèlerinage de Jacques Demers à Sainte-Anne de Beaupré, juste avant la conquête de la Coupe de 1993.

            À part l’abstention d’alcool, je pratique à l’occasion un autre rituel. Comme j’habite au Quartier chinois, je vais souvent, entre deux périodes, me chercher un pâté à la viande, un dessert asiatique et un jus dans l’une des petites pâtisseries du coin. Or, j’ai remarqué que lorsque je prenais comme dessert une pâtisserie au haricot rouge, les Glorieux remportaient la partie. Il arrivait même qu’après une mauvaise période, je revienne avec mon souper puis, aussitôt que j’attaquais mon dessert au haricot rouge, les joueurs du Tricolore reprenaient de l’énergie. Je n’utilise pas ce truc à toutes les parties, pour ne pas abuser de la chance, mais inutile de vous dire que mercredi dernier, chez mes parents, j’avais apporté ma précieuse pâtisserie au haricot rouge.

            Et vous quelles sont vos superstitions… euh, je veux dire, quels sont vos rituels?

Varia :

- Un curieux débat a récemment éclos à Montréal. Qui est le véritable responsable des succès des Canadiens, Jaroslav Halák ou la brigade défensive? Débat stupide à mon avis, puisque les deux ne sauraient fonctionner l’un sans l’autre. Les défenseurs bloquent l’enclave et laissent tirer les adversaires de la périphérie. Halák a donc raison d’êter modeste et de souligner le mérite de ses défenseurs. Cependant, un tel système ne fonctionnerait pas si les défenseurs n’avaient pas une confiance totale et absolue envers leur gardien. Halák leur inspire cette confiance.

- D’habitude, je respecte les adversaires, mais comme toute règle a son exception, je fais aller ma langue de vipère sur les Flyers, que j’ai toujours détestés pour leur mentalité primitive. Alors allons-y avec les blagues douteuses :

Fan des Flyers qui s'assume

  • Savez-vous pourquoi autant de Flyers sont édentés? Parce que ça les fait paraître plus sexy aux yeux des dames de Philadelphie.
  • Savez-vous pourquoi les Flyers se laissent casser les dents? Pour ne plus avoir la corvée de les brosser.
  • Savez-vous pourquoi Scott Hartnell ne se fait pas couper les cheveux? Parce qu’ils sont englués à son casque de toute façon.
  • La mascotte de Bruins de Boston vous a avertis : ne sortez jamais avec une fan des Flyers, même si elle rase sa moustache.

Publicité des Bruins de Boston

À la défense des fans montréalais

2 mai 2010 à 1:40   | Publié dans Non classé | 2 Commentaires
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Photo d'auteur inconnu, récupéré du site Rumeurs LNH en images

De nombreux accusateurs reprochent aux fans du Canadien d’être exigeants, arrogants, vulgaires, bipolaires, minables et chauvinistes (entre autres), de huer n’importe quand et pour n’importe quelle raison, de ne pas connaître leur hockey, de parler à travers leur chapeau.

Ceux des autres villes seraient polis, respectueux, connaisseurs et appuieraient leur équipe inconditionnellement. Les autres clubs n’ont pas à composer avec un troupeau de journalistes lèche-bottes, fielleux et hypocrites. Bref, Montréal, c’est le goulag, l’enfer pour les pauvres joueurs, surtout ceux du Canadien qui haïssent leurs propres fans qu’ils voient comme des bourreaux sanguinaires.

Et si Montréal n’était pas si pire? Une comparaison rapide avec d’autres villes permettrait de dégonfler ce mépris injustifié pour les fans de la plus ancienne équipe professionnelle de hockey au monde. Que reproche-t-on aux fans des Canadiens, au juste? Et comment leurs défauts se comparent-ils avec ceux des fans d’ailleurs?

1. Ils sont cruels avec leurs gardiens : Vancouver a déjà été qualifiée de « cimetière de gardiens ». Encore cette saison, Roberto Luongo a été mis sur la sellette chaque fois qu’il connaissait un passage à vide. À Philadelphie, avant que Brian Boucher n’entre dans sa bulle en séries, le rendement des gardiens était si pitoyable que des spectateurs dans la foule tenaient des pancartes avec l’inscription « Mettez-moi dans les buts ». Après une saison difficile, Pascal Leclaire (Sénateurs d’Ottawa) a pris la relève de Brian Elliott en séries et s’est montré brillant lors d’une partie qui s’est terminée en faveur de son équipe après pas moins de trois périodes de prolongation. Après l’élimination des Sénateurs malgré un effort honorable de Leclaire, il a commenté : « Il y a deux semaines, j’étais un jambon et là, je suis l’ami de tout le monde dans la rue ».

2. Ils huent leur équipe : Écoutez attentivement les matchs sur la route. Cette année, j’ai entendu au moins la foule du New Jersey, celle de Boston et celle des Rangers huer leur équipe lorsque celle-ci ne performait pas. Boston, en particulier, s’est particulièrement fait étriller par sa propre foule à cause d’une série d’insuccès à domicile. Les Capitals se sont également fait huer au terme de leur septième match.

3. Ils huent leurs anciens joueurs : Demandez à Marian Hossa quel accueil lui est réservé à Pittsburgh, qu’il a déserté en faveur de Détroit pour augmenter ses chances de gagner la Coupe Stanley. Brian Gionta s’est fait huer cette année au New Jersey, et Scott Gomez à l’aréna de ses deux équipes précédentes, les Devils et les Rangers.

4. Ils martyrisent le joueur mal-aimé de leur équipe : Tim Thomas se fait régulièrement huer cette saison dans son propre aréna; avant lui, le défenseur Dennis Wideman était la tête de Turc des fans bostonnais. Par ailleurs, le blogueur à la source de cette information se plaint de la baisse de qualité des spectateurs au TD Garden (tiens donc, cela ne rappelle-t-il pas un certain discours sur la foule du Centre Bell?). Gomez se faisait huer au Madison Square Garden lorsqu’il portait l’uniforme des Rangers. En passant, Gomez n’est pas le seul à se faire reprocher son onéreux contrat : le Vinny Calculator vous permet de mesure le montant que gagne Vincent Lecavalier par but, par minute de jeu et selon ses autres statistiques, en plus de faire une comparaison avec votre propre salaire.

5. Ils sont violents envers les fans des autres équipes : il n’y a pas qu’à Montréal que les fans de l’extérieur se font malmener. Les fans des Bruins de Boston et ceux des Flyers de Philadelphie ne sont pas réputés pour être des enfants de chœur non plus, et aucun aréna de la LNH n’est à l’abri de violence entre spectateurs. Et que dire des émeutes, voire même des morts qui surviennent régulièrement dans les stades européens de soccer?

6. Ils sont chauvinistes : allez voir les commentaires de l’article de TSN sur l’ultime défaite des Capitals. Les Russes comme Alex Ovechkin, Alexander Semin et Semyon Varlamov s’en prennent plein la gueule. Et que dire de Don Cherry? En plus de mépriser ouvertement les francophones et les Européens, il a pris récemment l’habitude de massacrer ostensiblement les noms des gardiens européens. Semyon Varlamov a ainsi été rebaptisé « Varlamakov » (également désigné « Russe, ou peu importe ce qu’il est »). Jaroslav Halák a été renommé « Havlak » et « Havacock » (« cock », pour ceux qui l’ignorent, désigne l’appendice reproducteur masculin en anglais).

7. Ils sont arrogants, sans classe et casseurs : toujours dans la section des commentaires de TSN, vous seriez surpris de voir le nombre de gens heureux que les Canadiens aient rabattu le caquet des Capitals et de leurs fans, surnommés les « Craps fans ». Par ailleurs, cette même section est le lieu d’une jolie querelle entre fans des Capitals et ceux des Penguins, entre pro-Ovechkin et pro-Sidney Crosby. Si vous cherchez là un exemple de classe, vous serez déçus. Pour ce qui est de la casse, un article de la Gazette nous apprend comment la police de plusieurs villes, notamment Calgary et Edmonton, doivent composer avec les manifestations spontanées de fans en liesse.

8. ils remplissent l’aréna et achètent de la guenille malgré le rendement moyen de l’équipe : la Leaf Nation cultive la médiocrité depuis plus de quarante ans, et pourtant ;es Maple Leafs de Toronto remplissent leur aréna en vendant les billets les plus chers de la LNH. Brian Burke, le directeur général, a même parlé de « maladie bleue et blanche » pour qualifier l’attitude de ses joueurs qui se sentent à l’aise dans une ville où, selon lui, le hockey est « un culte, une religion » (tiens, tiens, comme à Montréal). Par ailleurs, de nombreuses autres organisations vendent le maximum de guenilles, tout comme le Tricolore, mais rien ne bat le catalogue du légendaire club de soccer Real de Madrid, qui comprend de la lingerie féminine.

9. Ils ne sont fans de l’équipe que lorsqu’elle gagne : cette accusation contredit la précédente, mais aucune logique n’arrête les pourfendeurs des fans des Canadiens. Par ailleurs, il n’y a pas qu’à Montréal que les fans se font accuser de revenir au Tricolore uniquement lorsque celui-ci vit des succès. À Washington, les fans de longue date sont en froid avec les « bandwagon fans », ces fans qui ont découvert récemment les Capitals avec l’arrivée d’Alex Ovechkin. Par ailleurs, les Coyotes de Phœnix sont la saveur du mois en Arizona. Chapeau à l’entraîneur Dave Tippett et au directeur général Don Maloney, qui ont interdit la moindre allusion à la situation financière de l’équipe et à son possible déménagement dans le vestiaire des joueurs, et qui ont tirée de ceux-ci à une saison inespérée. Pendant la première ronde des séries éliminatoires, l’aréna Jobing.com était plein. Pariez, cependant, qu’on y entendra à nouveau les mouches voler quelques semaines après le début de la prochaine saison.

10. Ils sont bipolaires et veulent régulièrement jeter tout le monde dehors : vous auriez dû voir la panique s’installer chez les fans des Capitals après la sixième partie entre Washington et Montréal. Après la septième, de nombreux fans voulaient faire table rase et mettre à la porte le directeur général, l’entraîneur, l’entraîneur-adjoint responsable de la défense, les joueurs, etc. De plus, ils étaient nombreux à faire la file pour gifler Bruce Boudreau, Alex Ovechkin, Alexander Semin et Mike Green.

11. Les maudits journalistes : nourris par les maudits fans, ils font supposément partie des raisons pour lesquelles aucun joueur ne voudrait venir à Montréal à moins de crever de faim. Il est vrai que la métropole québécoise a le plus gros contingent de journalistes sportifs entièrement consacrés à une seul équipe. Cependant, les médias qui couvrent les Rangers de New York, réputés particulièrement durs, mettent régulièrement à l’épreuve les nerfs du bouillant entraîneur John Tortorella. Chez les Flyers de Philadelphie, le capitaine Mike Richards a boudé les médias qui s’étaient intéressés d’un peu trop près à la vie nocturne de certains joueurs. Enfin, les journalistes de Toronto, dont le marché ressemble en tout points à celui de Montréal (sauf pour le nombre de Coupes Stanley remportées), sont tellement désabusés que deux d’entre eux ont publié un livre entier, intitulé “Leafs AbomiNation”: http://bit.ly/b4qij, sur la médiocrité des Maple Leafs.

Les faits ci-dessus ont été réunis grâce à une recherche rapide, mais une enquête exhaustive pourrait déterrer bien autre chose encore. Ce billet n’a pas pour but d’excuser les pires stupidités commises par le public montréalais. Mettre le feu à des voitures, tabasser des fans de Boston, huer l’hymne américain et huer un gardien alors qu’il a obtenu la troisième étoile dans une défaite où il a livré une prestation honorable : ce n’est pas avec ce genre d’exploit qu’on entretient une fierté centenaire.

Cessons de croire, toutefois, que les fans des Canadiens sont les pires de toute la LNH. Montréal a la plus forte densité d’amateurs de hockey au kilomètre carré. Forcément, il en découle des avantages, mais aussi des inconvénients. On comprend pourquoi les joueurs du Tricolore disent que le Centre Bell est le meilleur endroit où gagner… et le pire où perdre.

Pour porter plainte contre les arbitres

18 avril 2010 à 7:30 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Un fan exhibe une pancarte sur laquelle on peut lire en anglais : « Es-tu enceinte, l’arbitre? Tu a manqué deux périodes » (jeu de mots avec le mot « period », qui signifie « période » et « cycle menstruel »). Photo reprise du site Photopost, auteur inconnu.

Exceptionnellement, je fais un billet spécial pour vous parler de l’arbitrage et vous indiquer comment porter plainte.

Nous savons que les arbitres sont légendairement laxistes pendant les séries éliminatoires, mais ce soir, lors du match entre les Canadiens et les Capitals, ce fut ridicule. Jaroslav Halák a été assailli plusieurs fois par les joueurs des Capitals, et les arbitres Dan O’Halloran and Brian Pochmara n’ont pas réagi. Les Canadiens sont tombés sur le gardien adverse, Semyon Varlamov, en guise de revanche, et les arbitres n’ont toujours pas réagi. Cependant, ce sont Halák et les Canadiens qui ont perdu au change, et ça leur a coûté la victoire.

J’ai donc porté plainte à l’Association des officiels de la Ligue Nationale de hockey. De toutes les infractions, celles commises à l’endroit du gardien sont parmi les pires d’après moi. Le gardien devrait avoir le droit de faire sont travail tranquillement. Lui obstruer la vue, d’accord, mais lui nuire physiquement est inacceptable. J’ai donc écrit à l’Association pour dire que je m’attendais, au cours du prochain match, à ce que les infractions commises à l’endroit des gardiens soient punies.

Si, pendant les séries et pour quelque raison que ce soit, vous voulez signaler à l’Association le mauvais travail d’arbitres, vous pouvez écrire à la page suivante :

http://www.nhlofficials.com/contact.asp

Cette page est également accessible en cliquant sur le lien en bleu ci-dessus. Évidemment, il faut écrire en anglais, mais si vous n’avez aucune maîtrise de la langue de Shakespeare, essayez-vous quand même en français. Il y a quelques officiels francophones, et quelques-uns d’entre eux occupent des postes clés dans l’Association. Trois des cinq coordonnateurs du site Web (deux arbitres et un juge de ligne) sont des francophones.

AJOUT : le site Web envoie automatiquement un courriel de confirmation, Pour que votre message soit lu, il faut le renvoyer (cliquez sur « Reply » ou sur « Répondre ») à son adresse sans rien y changer.

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