Le hockey des séries avant le débat des chefs? Mets-en!

12 avril 2011 à 9:51   | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire

Photo : André Pichette, La Presse, et PC, sur Cyberpresse

Le débat des chefs en français, initialement fixé au 14 avril, a été devancé au 13 pour ne pas entrer en concurrence avec le premier match de la série entre les Canadiens de Montréal et les Bruins de Boston. Depuis, on entend les soupirs de mépris de bien-pensants, Gilbert Lavoie du Soleil en tête, qui jugent qu’une partie de la population devrait revoir ses priorités (allez voir le blogue de M. Lavoie et prenez le temps de lire les commentaires, ça vaut la peine). N’en déplaise à ces bonnes âmes, si j’étais partisane de l’une des deux équipes en cause, je choisirais la partie sans hésiter.

J’ai milité six ans dans un parti politique provincial. Pendant cette période, j’ai été candidate à deux élections générales. Je n’ai toujours écouté les débats des chefs qu’avec un ennui profond. Un débat de chefs, c’est d’abord un match de boxe verbale où chacun ânonne les messages clés de son parti et tente de « boucher un coin » à un des autres chefs pour marquer des points. « Regarde ça, le chef du parti X a planté celui du parti Y! » De quoi parlaient-ils? Le public ne s’en souvient pas. Mais Chose a réussi à planter Machin. Yé. Je plains les chefs de parti qui doivent se plier à cet exercice, qui ne rend surtout pas justice à leur intelligence. Vous souvenez-vous du dernier débat entre les chefs fédéraux? Cinq personnes, plus l’animateur, autour d’une table ronde, n’ont réussi à offrir qu’une désolante cacophonie. Heureusement, cette formule a été mise à la poubelle en faveur du format traditionnel avec lutrin et échanges à un contre un.

Pour déterminer à qui ira mon vote, je préfère lire les plateformes électorales des partis. Les promesses ne sont que des promesses, mais les plateformes électorales (souvent disponibles sous forme de résumé) vous permettent de découvrir l’idéologie de chacun des partis et de déterminer lequel a les valeurs les plus proches des vôtres. Le débat télévisé, à la limite, peut donner des indices sur la maîtrise des dossiers de chacun des chefs de parti. Gilbert Lavoie lui-même mentionne dans un article le soin méticuleux avec lequel l’entourage de chaque chef choisit son habillement, y compris la cravate. Il cite Lucien Bouchard, ancien premier ministre du Québec, qui affirme que ces débats sombrent souvent dans l’insignifiance et l’ennui. Survoler les plateformes électorales ou lire leurs résumés vous prendra environ le même temps que suivre le débat lui-même.

Et le hockey? Malgré ses problèmes et les vices de la LNH, le hockey a encore ses beautés. Souvenez-vous comment les dernières séries étaient excitantes. Les Canadiens, une équipe fragile, menée par un gardien sous-estimé mais déterminé, sont parvenus à renverser l’équipe en tête du classement de la saison régulière, puis les derniers champions de la Coupe Stanley. Alors que la politique était dans un cul-de-sac, que l’économie était une source d’inquiétude, les dossiers de l’environnement, que les dossiers de l’environnement, de l’identité et de la langue n’allaient nulle part à cause de querelles stériles, le hockey était le seul domaine qui fournissait une source de joie collective. Cette année, la même équipe est menée par un gardien prometteur qui a encouru la colère des amateurs et qui a dû gagner sa rédemption. Un genre de brebis égarée rentrée au bercail. Une autre histoire inspirante!

La politique est plus importante que le hockey, certes. Mais un match de hockey des séries est plus important qu’un débat des chefs. Ce n’est pas un paradoxe, car il y a une grande différence entre la politique en général et le débat des chefs en particulier, tout comme le hockey en général et un match des séries.

Puisque le débat a été déplacé, je pourrai l’écouter en compagnie de mon copain, un partisan des Canadiens, qui ne sera pas privé de sa partie jeudi soir. Cependant, s’il y avait eu conflit d’horaire, la plupart des téléspectateurs auraient préféré le hockey. Avec raison, j’ose dire.

Pour consulter les plateformes des partis politiques fédéraux (en ordre alphabétique des partis) :

Bloc québécois :
Énoncé politique
Plate-forme complète (sans le cadre budgétaire
Cadre budgétaire

Nouveau Parti démocratique :
Résumé de plate-forme
Plate-forme complète

Parti conservateur :
Résumé de plate-forme
Plate-forme complète

Parti libéral :
Résumé de plate-forme
Plate-forme complète

Parti vert :
Résumé de plate-forme
Plate-forme complète

Le partage de la tarte (péréquation canadienne/parité de la LNH)

6 juin 2010 à 7:29 | Publié dans Chroniques politiques | 2 Commentaires
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Ce billet sera la dernière chronique de Patinage hors glace de la saison et la dernière chronique de comparaison entre le hockey et la politique. En effet, Patinage hors glace adoptera une nouvelle orientation en prévision de la prochaine saison. Plus de détails à venir.

Tarte aux pommes. Photo tirée du site www.mccormick.com.

Que ce soit au sein d’une famille, d’une entreprise ou d’un pays, le partage des ressources, plus particulièrement des ressources financières, engendre inévitablement des conflits et des frustrations. Les moins nantis se plaignent de ne pas avoir assez de ressources pour bien vivre et se développer, tandis que les plus riches ont l’impression de faire arracher le fruit de leur travail par des partenaires qui ne font pas leur juste part pour produire de la richesse. Dans le cas de grandes entités, comme le Canada ou la Ligue nationale de hockey, les querelles sont envenimées par la complexité d’un système de redistribution des ressources dont chacun fait sa propre interprétation intéressée.

La péréquation canadienne : l’or noir et les billets verts

Le Canada applique entre les provinces un système de redistribution de la richesse appelé la péréquation, dont l’objectif est de « donner aux gouvernements provinciaux des revenus suffisants pour les mettre en mesure d’assurer les services publics à un niveau de qualité et de fiscalité sensiblement comparable », selon la Loi constitutionnelle de 1982.

La plupart des querelles portent sur le calcul complexe des revenus de chaque province qui déterminent quel montant elle aura à verser ou à recevoir. Comme une partie de ces revenus proviennent des perceptions sur les ressources naturelles, les gouvernements provinciaux peuvent tenter de modifier les tarifs en conséquence. Ainsi, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a récemment expliqué qu’il serait contre-productif de monter les tarifs d’électricité (une mesure fort impopulaire, au demeurant), parce que les paiements de péréquation reçus seraient diminués en conséquence. Claude Picher, chroniqueur économique à La Presse, a dénoncé cette mentalité de pique-assiette. Si Hydro-Québec avait vendu son électricité aux prix du marché au lieu de l’offrir à rabais à la population québécoise, les Québécois seraient collectivement aussi riches que les Albertains. L’Alberta, le sait très bien, elle qui verse le plus de péréquation aux autres provinces grâce aux revenus de son exploitation pétrolière. De nombreux Québécois font la leçon à l’Alberta sur l’exploitation des sables bitumineux à un coût environnemental élevé; personne n’est contre la vertu, mais disons qu’ils seraient en meilleure position pour faire valoir leur point de vue si leurs services sociaux ne dépendaient pas des revenus de cette même exploitation.

Raymond Bachand, ministre des Finances du Québec. © André Pichette, La Presse.

Par ailleurs, les provinces qui versent l’argent de la péréquation froncent parfois les sourcils en voyant la façon dont il est utilisé. Pendant la campagne électorale de 2007, Jean Charest, premier ministre sortant, a promis une baisse d’impôts de 950 millions de dollars. Or, cette baisse correspondait presque entièrement à la somme de péréquation supplémentaire que Stephen Harper, premier ministre du Canada, venait de consentir au Québec. Jean Charest venait d’arracher cette somme à force plaider que le Québec en avait besoin pour répondre à ses nombreux besoins en services sociaux, notamment pour réduire les listes d’attente dans le système de santé. Et voilà qu’il jetait tout cet argent dans des baisses d’impôts électoralistes! Évidemment, cette annonce a eu le plus mauvais effet auprès des gouvernements des provinces nanties. Déjà, elles avaient l’impression de financer le généreux système québécois de garderies, qui n’a pas son pareil en Amérique du Nord.

Depuis un certain temps, le Québec traîne une mauvaise réputation dans le dossier de la péréquation. Évidemment, si elle versait de l’argent pour la péréquation au lieu d’en recevoir, il lui serait plus facile de financer ses généreux programmes sociaux, de donner l’exemple en matière environnementale et de faire respecter les domaines de compétences de l’Acte constitutionnel de 1867. En Espagne, la région de la Catalogne a une différence linguistique et culturelle est aussi marquée que celle du Québec par rapport au Canada. Elle a toutefois un meilleur pouvoir de négociation, car elle est la région la plus industrialisée du pays, et l’une des plus riches. Autrement dit, elle a le gros bout du bâton grâce à son économie solide et prospère, alors que le Québec ne peut en dire autant.

La parité dans la LNH : le respirateur artificiel

Afin de mieux vendre le hockey aux États-Unis, la Ligue nationale de hockey pratique elle-même une forme de péréquation dont le niveau de complexité donne aux comptables des équipes des maux de tête semblables à ceux des fiscalistes canadiens. En gros, les dix clubs ayant empoché le plus de revenus doivent en verser une partie aux dix clubs ayant les revenus les plus faibles. De plus, un plafond (improprement appelé « cap salarial », un calque de l’anglais) est imposé à la masse salariale qu’un club peut verser à ses joueurs, afin d’éviter le genre de spirale inflationniste qui a causé le déménagement des équipes ne pouvant plus suivre la parade, notamment les Jets de Winnipeg (devenus les Coyotes de Phœnix) et les Nordiques de Québec (devenus l’Avalanche du Colorado). Ces deux principales formes de redistribution de la richesse, le plafond salarial et les redevances, ont donné lieu à un phénomène appelé la « parité ». Les équipes sont maintenant mieux équilibrées et plus compétitives, et l’époque des « dynasties », ces équipes qui remportaient trois ou quatre coupes Stanley d’affilée, est bel et bien terminée.

Cependant, cette parité a ses effets pervers. Les contraintes du plafond salarial obligent des équipes à se départir de joueurs qu’elles ont elles-mêmes repêchés et formés lorsque leur prix sur le marché devient trop élevé (les Devils du New Jersey ont perdu Brian Gionta au profit des Canadiens de Montréal pour cette raison). La formation des équipes devient alors un carrousel dans lequel les joueurs changent d’adresse au gré de l’offre et de la demande, ainsi que de la marge de manœuvre des directeurs généraux. « C’est triste, commente Marc-André Bergeron, des Canadiens de Montréal. Je crois que les partisans méritent de s’attacher à leurs joueurs, de les regarder grandir et évoluer dans leur carrière. » Bergeron est lui-même l’un de ces joueurs qui ont passé toute leur carrière ans leurs valises, changeant d’équipe d’une saison à l’autre ou presque.

De plus, la redistribution des revenus aide la LNH à maintenir sur respirateur artificiel des équipes implantées dans des régions où le hockey ne fait pas partie de la culture. On n’a qu’à penser à la saga des Coyotes de Phœnix, dont la faillite a mené au rachat du club par la Ligue, au désespoir des amateurs de hockey de Winnipeg et de Québec, qui espéraient que l’équipe soit transférée près de chez eux. Mais surtout, les amateurs des clubs les plus prospères, notamment ceux de Toronto, de Montréal et de Vancouver, ont l’impression que le commissaire Gary Bettman leur fait les poches pour financer sa lubie d’implanter le hockey dans le sud des États-Unis, dont les équipes notoirement déficitaires jouent régulièrement dans des arénas à moitié vides malgré la distribution de billets gratuits.

C’est d’autant plus enrageant que dans ces marchés déserts, les joueurs de hockey peuvent toucher le même salaire que leurs confrères du Nord sans avoir à satisfaire les milliers, voire les millions d’amateurs exigeants. Ils n’ont pas non plus à affronter les dizaines de journalistes coriaces de marchés intraitables comme Montréal, Toronto, New York, Vancouver et Boston, pour n’en nommer que quelques-uns, où le hockey est une folie, voire même une religion. À Montréal, les « maudits fans » et les « maudits journalistes » sont régulièrement accusés de tenir les meilleurs joueurs loin du Tricolore.

Vincent Lecavalier, du Lightning de Tampa Bay. Archives La Presse Canadienne.

Prenez l’exemple de Vincent Lecavalier, du Lightning de Tampa Bay. Le Lightning est une autre de ces franchises dont les finances fragiles sont tenues à flot grâce, entre autres, à la générosité des équipes du Nord dont la prospérité est garantie par un immense bassin d’amateurs fidèles et passionnés. La rumeur court que le Québécois ne veut rien entendre de venir jouer pour les Canadiens. Évidemment, il est normal que Lecavalier, qui a été repêché et formé par le Lightning, se soit montré loyal envers l’organisation en signant une entente de plusieurs années assortie d’une clause de non-mouvement. Par contre, ce joueur est quand même payé la somme faramineuse de 10 millions de dollars par année pour répondre aux questions de deux journalistes et demi en moyenne, conserver son incognito et garder ses orteils dans le sable sous le chaud soleil de la Floride. Vous trouvez ça juste?

Si ce n’était de l’entêtement du commissaire Bettman à maintenir des équipes dans la Sun Belt, le beau Vincent, à dix millions de dollars, aurait été obligé de s’enlever les orteils du sable, de faire ses valises pour le Nord et de justifier son chèque de paie dans un vrai marché de hockey, avec un vrai public, une vraie meute de journalistes et une véritable pression. Avec les Rangers de New York, les Bruins de Boston ou les Maple Leafs de Toronto, par exemple.

Ou même avec les Canadiens de Montréal.

Guerre de nerfs (Jean Charest/Bruce Boudreau)

8 mai 2010 à 6:41   | Publié dans Chroniques politiques | 1 Commentaire
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Jean Charest (photo tirée de Cyberpresse, droits d’auteur : Gesca); Bruce Boudreau (photo tirée de Cyberpresse, droits d’auteur : AP)

Les séries éliminatoires sont au hockey ce qu’une campagne électorale est à la politique: un sprint, des heures de fou où on carbure à l’adrénaline et pendant lesquelles à peu près tous les autres volets de la vie des politiciens et des athlètes – famille, amis, loisirs – prennent le bord. La même situation s’applique aux autres participants à cette folle aventure, notamment les journalistes et les employés des organisations politiques et sportives.

Tous ceux qui croient que le sport n’a rien de « politique » dans le sens large du terme devront se raviser. Pendant les séries éliminatoires encore plus que pendant la saison, les athlètes et les entraîneurs se livrent une guerre de nerfs tant en dehors de la patinoire que sur la glace. Plusieurs d’entre eux y vont de déclarations controversées et des tactiques plus ou moins subtiles dans le but de déstabiliser l’adversaire. Ces déclarations font dévier l’attention sur des détails qui n’ont pas une grande influence sur le jeu lui-même, mais qui font vadrouiller la meute de journalistes et de sympathisants qui gravitent autour des partis et des équipes.

Beaucoup de bruit pour rien

Il est courant, en politique, de faire mousser tout un scandale autour de déclarations plus ou moins controversées d’un personnage afin de détourner l’attention des « vraies affaires », comme on dit, c’est-à-dire de dossiers importants comme le budget, l’état des routes, les résultats des élèves à l’écoles, les soins donnés dans les hôpitaux… On jette de la boue sur l’adversaire pour détourner l’attention de ses propres échecs. Jean Charest, premier ministre du Québec et chef du Parti libéral, est passé maître dans l’art de faire ce genre d’écran de fumée.

Pendant la campagne électorale de 2007, Charest avait fait ses choux gras de déclarations naïves (et parfois même imbéciles) de candidats peu expérimentés de l’Action démocratique du Québec. Les recherchistes du PLQ avaient fouillé le passé de tous les candidats adéquistes et avaient déterré toutes les déclarations, les textes et même les photos de pages Facebook qui pouvaient le moindrement causer de l’embarras à l’ADQ. Ainsi, le jeune Martin Otis, candidat dans la circonscription de Gatineau, avait candidement avoué avoir été « parachuté » dans le comté (envoyé dans le comté d’une autre région de la province), mais que par respect pour les électeurs, il ferait son possible pour faire du porte-à-porte les fins de semaine. Jean Charest s’était moqué sans retenue du jeune homme, alors que son parti, comme tous les partis d’ailleurs, comptait sur des candidats « poteaux », ces candidats sans aucune chance de l’emporter mais qui permettent à leur parti d’être représentés dans tous les comtés, condition indispensable pour participer au débat des chefs. « Le poteau s’est planté », a commenté Charest dans un bel élan d’hypocrisie. Un autre candidat adéquiste, Jean-Lévy Champagne dans Hochelaga-Maisonneuve, a été victime de sa page Facebook, dans laquelle le jeune étudiant avait affichée une photo de party le représentant costumé avec un simple feuillage pour préserver la pudeur.

Il est certes utile de prêter attention à ces détails. En général, ces incidents insignifiants n’ont en soi rien d’important. Cependant, si un politicien accumule les gaffes, il devient peu à peu un boulet pour son parti, et se fait éventuellement montrer la porte. C’est ce qui est arrivé à André Boisclair, dont l’échec a moins à voir avec son homosexualité et sa consommation passée de cocaïne, qu’avec son manque flagrant de jugement vis-à-vis des médias et de son propre parti. D’un autre côté, il est désolant de constater à quel point la vie politique peut tourner autour de ces niaiseries.

Mes années de militantisme politique et mes deux campagnes électorales à titre de candidate me permettent de vous confirmer qu’il se gaspille une somme épouvantablement monumentale d’énergie, de temps et d’efforts à gérer ce genre d’âneries qui n’ont rien à voir avec le système de santé, le réseau d’éducation, les finances publiques ou les autres enjeux cruciaux pour l’avenir de notre société. C’est d’ailleurs en partie ce qui explique mon retrait de la politique après les élections de 2008. La majorité des gens qui entrent en politique, que ce soit à titre d’employé, de bénévole ou de candidat, le font avec l’intention sincère d’améliorer le sort des gens et de faire évoluer la société pour le mieux. Nombre d’entre eux, comme moi, quittent la politique, parfaitement dégoûtés par un immobilisme crasse qui éteindrait l’enthousiasme de n’importe quel volontaire, eût-il l’énergie d’un P.K. Subban.

Je te tiens par la barbichette…

Même pendant la saison, des propos hors glace peuvent retenir l’attention des journalistes et des amateurs. Citons l’escarmouche entre le joueur Maxim Lapierre et l’analyste Pierre McGuire lorsque ce dernier a affirmé que le jeune homme se faisait une réputation de lâche dans la LNH.

Cependant, pendant les séries éliminatoires comme dans les campagnes électorales, la guerre des mots bat son plein. Cette année, chez les Canadiens de Montréal, c’est Tomas Plekanec qui l’a involontairement lancée en affirmant que les gardiens des Capitals de Washington n’étaient pas Martin Brodeur ni Ryan Miller. José Théodore, le gardien partant des Caps, a rétorqué « Tomas qui? Jagr? » en faisant allusion à Jaromir Jagr, brillant attaquant autrefois membre du Tricolore. Plekanec lui a cloué le bec en comptant le but gagnant de la première partie de la série. Puis Alex Ovechkin, des Caps, a prétendu avoir vu la main de Jaroslav Halák trembler; Mike Green a affirmé que les Canadiens n’avaient pas beaucoup de ressources pour battre son équipe. Bruce Boudreau, l’entraîneur-chef de Washington, a laissé entendre que Jacques Martin, celui de Montréal, avait peut-être espionné l’un de ses entraînements. Boudreau et les Capitals pensaient utiliser la cohorte de journalistes montréalais à leur avantage pour déstabiliser les Canadiens, en jouant un genre de jeu de chicken dans lequel ils croyaient bien avoir le dernier mot. Ils étaient bien naïfs : les joueurs du Tricolore, habitués au zoo médiatique, n’ont pas bronché et se sont concentrés sur le jeu, avec le résultat qu’on connaît.

En deuxième ronde, Matt Cooke, des Penguins de Pittsburgh, sous-entendu que le jeune défenseur P.K. Subban, des Canadiens, faisait exprès de tourner sa lame de patin vers le haut lorsqu’il se faisait mettre en échec pour tenter de blesser ses adversaires. Peine perdu : le Canadien a fait le gros dos, et la série est maintenant égale à 2-2. Par ailleurs, les Penguins ne semblent pas vouloir s’embarquer dans le même genre de duel médiatique qui a fini par ridiculiser les Capitals. On peut quand même s’attendre à quelques autres escarmouches verbales d’ici la fin de la ronde. Et, sait-on jamais, à un autre chapitre contre les Bruins de Boston ou les Flyers de Philadelphie, puisque nos glorieux Schtroumpfs n’ont peut-être pas fini de nous surprendre.

Varia :
- Non, je ne crois pas à une conspiration anti-Canadiens chez les arbitres. Il y a certains soirs, toutefois, où ma raison vacille et je commence à croire vraiment que certaines vedettes sont vraiment protégées par les zèbres. Visionnez la vidéo des punitions non signalées contre les Penguins lors du quatrième match.

- Sidney Crosby me déçoit beaucoup. Je ne voulais pas croire qu’il se comporte vraiment comme une princesse qui aurait mal dormi la nuit dernière à cause d’un petit pois sous son matelas. J’ai changé d’avis depuis, et cette vidéo devrait contribuer à convaincre les sceptiques.

- Retour sur mon billet précédent : je vous parlais de l’attitude des fans d’ailleurs. À ma connaissance, rien ne bat les fans des Rangers de New York pendant la série éliminatoire de 2003 contre les Devils du New Jersey. Martin Brodeur venait de se faire remettre ses papiers de divorce suite à une aventure avec la femme de son beau-frère. Dans les gradins du Madison Square Garden, des spectateurs brandissaient des pancartes se moquant de ses déboires conjugaux, notamment une parodie des publicités de MasterCard : Billet pour un match des séries : 95 $. Pension alimentaire à ton ex : 9 millions $. Coucher avec ta belle-sœur : ça n’a pas de prix. » Ça n’a tout de même pas empêché les Devils de remporter la Coupe Stanley cette année-là. La dureté du mental…

L’habit et le moine

21 avril 2010 à 7:00 | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire
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Certains me reprocheront de revenir avec Carey Price, mais ce n’est nullement par acharnement, comme vous le constaterez si vous lisez ce billet jusqu’au bout. Price en vedette une dernière fois parce que cette chronique est liée à la précédente (nonobstant l’appel à l’endroit des arbitres de la NHL). De plus, je vous avais prévenus, il y a de ça quelques mois, que Price reviendrait à plusieurs reprises à cause de tous les déboires de relations publiques qu’il a connu. Heureusement, les leçons de ces mésaventures commencent à porter fruit.

Tout spécialiste en communication peut vous expliquer que la communication interpersonnelle ne passe pas uniquement par les mots, mais aussi par la communication non verbale. Celle-ci comprend le ton, le débit, l’intonation, mais aussi la posture, les gestes et même les vêtements, la coiffure et le maquillage. Ainsi, on ne s’habillera pas de la même façon pour une entrevue d’emploi, un rendez-vous galant et des funérailles. Avant même de prononcer un seul mot, vous faites déjà une première impression avec votre tenue vestimentaire. Dans tous les domaines de relations publiques, particulièrement la politique et le sport professionnel, votre tenue peut même parfois vous jouer des tours. L’habit ne fait pas le moine, mais il l’aide à s’affirmer comme tel.

Le bonnet à fromage devenu bonnet d’âne

En 1997, en pleine campagne électorale, Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois fait une visite médiatisée dans une usine à fromage. Pour se conformer aux règles d’hygiène, il s’affuble d’un bonnet de protection qui lui donne un air ridicule. Pendant des années, les caricaturistes, en particulier Serge Chapleau, s’en donneront à cœur joie en dessinant le chef bloquiste affublé de son légendaire bonnet. En 2004, Gilles Duceppe brille pendant une autre campagne électorale aux résultats éclatants (le BQ est passé de 38 à 54 sièges à la Chambre des communes). Impressionnés, les caricaturistes laissent tomber le bonnet. Serge Chapleau produira même une caricature où un Gilles Duceppe radieux et soulagé retire symboliquement son bonnet.

D’autres politiciens ont été victime d’une tenue mal ajustée. Lors du débat des chefs de 2007, Jean Charest, chef du Parti libéral, le dos rond et habillé d’un veston trop grand, semble écrasé par la déprime. Il est déclassé par la fougue d’André Boisclair, chef du Parti québécois, et par l’aisance de Mario Dumont, chef de l’Action démocratique du Québec. D’autres, au contraire, mettent à profit une tenue vestimentaire bien pensée. Pendant la crise du verglas, André Caillé, président d’Hydro-Québec, paraît en conférence de presse vêtu d’un col roulé blanc au lieu du traditionnel complet-cravate (Tomas Plekanec aurait certainement approuvé). Le hasard a ici bien fait les choses : ce chandail, choisi car M. Caillé était frileux, est devenu un symbole de calme et de maîtrise de la situation, ainsi que de rapprochement avec la population éprouvée.

Le gueux malgré lui

Avez-vous remarqué que lorsque les joueurs de hockey en visite descendent de l’autobus qui les conduit à l’aréna du match, ils sont toujours en complet-cravate? Les équipes veulent ainsi projeter une image de classe et de sophistication. Une tenue qu’ils n’endossent pas cependant à tous les jours, on s’en doute bien.

Au printemps 2009, au lendemain du balayage humiliant du Canadien en première ronde des séries éliminatoire devant les Bruins de Boston, les joueurs du Canadien abattus vont récupérer leurs affaires au Complexe d’entraînement sportif Bell, à Brossard. Pendant ce temps, les journalistes attendent l’arrivée de Bob Gainey, le directeur général, pour sa conférence de presse en clôture de saison. Mais voilà, M. Gainey est en retard. On convoque donc Carey Price pour le livrer à la meute journalistique affamée. Il est vrai que Price avait beaucoup à se faire pardonner après une saison de cauchemar pour le Tricolore.

Lorsqu’il fait son entrée dans la salle de conférence de presse, ce matin-là, sa tenue a achevé de le couler. Espadrilles quelconques, jeans usés, veste fripée sur une chemise, gomme dans la bouche, mais surtout cette casquette. Cette fameuse casquette qui donnait l’impression qu’il voulait se cacher. Cette casquette qu’on demande aux jeunes de retirer en classe, à l’église (pour les rares fois qu’on y va encore) et pendant les hymnes nationaux au Centre Bell.

À peu près toute la planète est tombée à bras raccourcis sur le jeune homme dépenaillé. Voici ce qui est encore plus sidérant : les relationnistes du Canadien, si prompts à contrôler jusqu’à l’air que respirent les joueurs, on laissé entrer Price dans cette tenue. Au cours de mes années de militantisme politique, je me suis présentée deux fois comme candidate aux élections générales et j’ai accordé plusieurs entrevues, souvent en compagnie d’une relationniste. Si je m’étais présentée à une entrevue dans une tenue similaire à celle de Price, vous pouvez être sûrs que je me serais fait passer un savon. Si l’une d’entre elles avait été aux côtés de Price ce jour-là, elle lui aurait au moins arraché sa casquette, obligé à jeter sa gomme, lui aurait boutonné sa chemise et l’aurait rentrée dans ses pantalons. Et aucun des employés de communication du Tricolore ne l’a fait! Soit ces relationnistes étaient particulièrement incompétents, soit ils n’avaient aucune autorité sur le jeune homme.

C’est dommage, car Price a plutôt bien répondu aux questions des journalistes. Au lieu de s’en prendre aux spectateurs de la veille, il a plutôt tenté de calmer le jeu en expliquant que les deux parties avaient été blessées par cette altercation. « J’ai 21 000 patrons », a-t-il commenté avec philosophie. Malheureusement, sa casquette n’a pas jeté son ombre uniquement sur ses yeux, mais sur tout son message.

Le purgatoire de Price fut long, prolongé par les autres bévues du gardien la saison suivante : nonchalance à l’entraînement, bâtons cassés dans des accès de colère, longs regards accusateurs à ses défenseurs après un mauvais but, départs prématurés de la glace… Malgré un bon travail technique, Price accumule les défaites avant de se faire ravir son poste de numéro un par Jaroslav Halák. Il lui est même arrivé de payer trop cher ses erreurs passées : ainsi, il a été hué à la fin du match où, malgré sa bonne performance, son équipe s’est inclinée devant les Hurricanes de la Caroline. (Avis à tous les idiots qui croient que de payer un billet leur donne le droit de faire n’importe quoi : lorsque vous allez au restaurant, payer votre repas ne vous donne pas le droit de vous moucher dans la nappe.)

Heureusement pour le jeune homme, les leçons acquises à la dure – et surtout, loin de l’étouffante surprotection de Bob Gainey – commencent à porter fruit. Ses récentes entrevues aux médias révèlent une belle maturité. Le jeune homme semble avoir repris la recette de son coéquipier slovaque : travailler dur, se montrer humble… et attendre sa chance. Selon toute probabilité, il l’aura ce soir, sa chance, alors que le pauvre Halák, après une saison brillante au prix d’efforts inouïs et une superbe victoire en séries face aux Capitals de Washington, vient d’être complètement aplati par le dix-huit roues de la bande à Ovechkin sous l’œil complaisant des arbitres. Nous pourrons maintenant nous faire une idée des progrès de Carey Price : a-t-il authentiquement mûri? Ou s’il n’a fait que chasser le naturel, qui, bien sûr, revient toujours au galop? Souhaitons bonne chance à l’enfant prodige et prodigue. Et sans huées, cette fois.

Varia :

– Longtemps chouchouté par la presse montréalaise, Jaroslav Halák vient d’en subir les premiers coups de griffe. Après la défaite de samedi dernier, il s’est tenu loin des journalistes jusqu’à hier après-midi. La plupart se sont montrés compréhensifs, d’autres inquiets, mais Pierre Durocher, de Rue Frontenac, a commenté, après ces absences répétées : « Halak est en train d’en faire une habitude et ce n’est pas fort comme attitude. Disons que ce n’est pas très professionnel. » Robert Laflamme, de La Presse Canadienne, décrit Halák comme « un athlète réservé qui n’apprécie guère de rencontrer la presse », une description étonnante quand on sait que le jeune homme timide est tout de même souriant et courtois avec les journalistes.

De mémoire, les seules fois où Halák s’est dérobé aux journalistes étaient à la suite d’une de ses rares prestations dont il est sorti ébranlé; citons, à titre d’exemple, le dernier match avant la pause olympique, où les Flyers l’avaient chassé. Il est toujours revenu avec une performance brillante à son départ suivant, comme un chien qui, après s’être caché pour lécher ses blessures, revient mordre son adversaire. Cette fois-ci, la recette n’a pas fonctionné : secoué par la brutalité des Capitals samedi, il a joué de malchance lundi soir lorsque son défenseur Jaroslav Spacek est entré en collision avec lui, permettant aux Capitals de marquer le but qui a amorcé la descente du Canadien.

J’aurais voulu être un artiste (Mario Dumont/Carey Price)

15 avril 2010 à 7:37 | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire
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Georges Laraque, Carey Price et Cabbie Richards, animateur de Cabbie on the Street. Droits d'auteur : The Score.

Quel que soit son talent dans son domaine professionnel, n’importe qui travaillant dans l’œil des médias doit composer avec des problèmes d’image. De temps en temps, pour amadouer le public, un politicien, un athlète ou un artiste va quitter son domaine attitré et participer à une émission de télévision dans le but de polir son image ou de modifier la perception du public à son égard. Chez les politiciens, cette mode a commencé lorsque Bill Clinton est allé jouer du saxophone à l’émission The Arsenio Hall Show. Dans les dernières années, au Québec, on a vu Bernard Landry faire une apparition sur le plateau de Star Académie. Jean Charest, lui, a tenu un petit rôle dans un épisode de Le cœur a ses raisons, et est passé à une émission de cuisine. Les politiciens désespérés de se faire élire (ou réélire) sont prêts à tout pour se rendre un peu sympathique aux yeux des électeurs méfiants et antipathiques. Il arrive, toutefois, que la tentative de redorer leur blason tourne au ridicule, voire même au désastre.

Devant Dieu… et les hommes

Quelques semaines avant sa dernière campagne électorale, Mario Dumont, alors chef de l’Action démocratique du Québec, participait au tournage de l’émission Dieu merci! Le concept de l’émission consiste à faire jouer l’invité, affublé d’un costume grotesque pour l’occasion, dans un sketch improvisé dont il ne connaît pas le thème. Le principe consiste à mettre à l’épreuve le sens de l’humour et de la répartie du cobaye (pour votre information, Guillaume Latendresse, Michel Bergeron et Jonathan Roy y sont passés). Pour l’occasion, Dumont jouait un boxeur poète. Perruque blonde arrangée en coupe Longueuil (je crois qu’on l’appelle la coupe Vanier dans la région de Québec), œil au beurre noir maquillé pour l’occasion, Dumont s’en tiré tant bien que mal avec une prestation qui est plutôt tombée à plat. La principale citation retenue n’est pas très édifiante : « La boxe, c’est comme l’amour; frappe, et tu recevrais. » Bien sûr, Dumont endossait le rôle d’un boxeur idiot, mais au moment où les adversaires de l’ADQ tentaient avec succès de lui coller une réputation de machisme rétrograde, cette réplique est vraiment mal tombée.

L’initiative de Dumont de participer à Dieu merci! a fait mauvaise impression, d’autant plus qu’à la même période, Dumont a refusé l’invitation de Guy A. Lepage à Tout le monde en parle (il est le seul chef des partis alors représentés à l’Assemblée nationale qui n’y est pas apparu). D’après Dumont, Lepage l’aurait piégé et l’aurait traité beaucoup plus durement que les autres chefs de partis. Qu’il ait raison ou non à ce sujet importe peu : Tout le monde en parle est devenu, en quelque sorte, le confessionnal obligé de toute célébrité qui veut faire avancer sa carrière. Le chef adéquiste aurait dû se plier à l’exercice au lieu de snober l’animateur le plus redouté au Québec. Au final, la tentative de Mario Dumont de redorer son blason s’est avérée un flop monumental.

Clowneries éliminatoires

Transportons-nous aux séries éliminatoires de 2009. L’atmosphère est alors morose chez les Canadiens et leurs partisans : la saison du Centenaire a tourné au cauchemar, Bob Gainey a pris la place de l’entraîneur Guy Carbonneau, l’équipe et secouée par les scandales, le vestiaire est divisé, le gardien Carey Price enfile les contre-performances, et tout le monde s’attend à ce que les Bruins de Boston réduisent la Sainte Flanelle en charpie. Après la première défaite, alors que les joueurs retraitent au vestiaire, Cabbie Richards fait le guignol en compagnie de Carey Price. Richards est l’animateur de Cabbie on the Street, une série de segments télévisuels diffusés sur la chaîne sportive The Score. Le concept est de faire participer des vedettes sportives à des entrevues à saveur humoristique. Cabbie déclare à Price : « Le Canada est très déçu ce soir.

– Pourquoi? lui demande Price.

– Parce que vous avez perdu.

– Désolé. Nous avons essayé », répond mollement Price avec une moue narquoise.

Price et Cabbie sont rejoints quelques instants après par Georges Laraque, qui en remet au lieu de mettre fin au triste spectacle en fichant Cabbie à la porte. Encore une fois, Laraque a manqué l’occasion de remplir son rôle de gros dur.

Carey Price est réputé pour son sens de l’humour, mais il aurait difficilement pu choisir un pire moment pour faire des bouffonneries devant les caméras. Le jeune homme croyait peut-être mettre du baume sur la plaie, mais pour les amateurs qui ont payé cher leurs billets et leurs articles à l’effigie du Tricolore, ce comportement est une véritable injure. Mais où diable étaient les responsables des relations publiques des Canadiens pendant tout ce temps? On se demande comment ils ont pu laisser le « joyau » de l’organisation s’exhiber à Cabbie on the Street, alors qu’ils lui ont fait éviter les journalistes après chacune des quatre défaites. Normalement, les relationnistes se donnent un mal de chien pour aseptiser le plus possible l’image des joueurs et contrôler tout contact entre eux et le public. Néanmoins, Cabbie et son caméraman se sont faufilés jusque dans le vestiaire des visiteurs à Boston et ont fait cabotiner le jeune cerbère pendant plusieurs minutes. Soit les relationnistes présents n’avaient aucun jugement, soit ils n’avaient aucune autorité sur Price ni sur Laraque. Évidemment, les journalistes insultés ont écorché Price dans les médias. Ce n’est qu’au lendemain de l’élimination du Canadien qu’il a enfin répondu à leurs questions, mais le mal était déjà fait.

Une personnalité publique peut faire une incursion dans le show-business afin de se bâtir une réputation positive ou pour transformer l’animosité du public en sympathie. Elle peut également le faire simplement pour le plaisir, comme l’ont fait plusieurs joueurs de la LNH en tenant de petits rôles dans le film Maurice Richard. Cependant, le manque de talent ou de jugement peut faire en sorte que celui ou celle qui s’est volontairement prêté au jeu s’en est ensuite mordu les doigts.

Par ailleurs, les athlètes ont un avantage sur les politiciens et les artistes. En effet, ils performent sous les yeux des spectateurs et en direct à la télévision. Autrement dit, ils ont la chance d’exprimer leur talent sans que les réalisateurs, les maquilleurs, les techniciens, les journalistes et autres intermédiaires ne puissent travestir leur performance. N’importe quel connaisseur de bonne foi est alors obligé de reconnaître le talent chez un athlète, même s’il s’agit d’un exécrable mufle comme Sean Avery ou un hypocrite consommé comme Tiger Woods (dont la dernière publicité pour Nike lève le cœur). La victoire pardonne tout, ou presque. Gageons que si Price devient un gardien dominant à titre de numéro un avec les Canadiens, plus personne ne lui reparlera de son passage à Cabbie on the Street.

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Varia :

– Si j’ai le temps, j’irai allumer un lampion à la Basilique Notre-Dame pour nos CHéris. Après tous les scandales qui affectent l’Église catholique, une victoire au hockey est pratiquement la dernière chose pour laquelle on peut décemment prier dans la maison de Dieu.

– Connaissez-vous les « Chuck Norris Facts »? Il s’agit de blagues au sujet de l’acteur Chuck Norris et du personnage qu’il représente, soit l’archétype du héros surhumain, viril, toujours en contrôle de ses émotions, qui règle tous les problèmes par la force de ses poings. Norris lui-même apprécie ces blagues, ce qui rend justice à son sens de l’humour. En voici des exemples :

  • Chuck Norris peut claquer une porte tournante.
  • Chuck Norris fait pleurer les oignons.
  • Chuck Norris ne porte pas de montre. Il décide de l’heure qu’il est.
  • Il n’y a pas de théorie de l’évolution, seulement une liste des espèces que Chuck Norris a laissé vivre.
  • Chuck Norris peut diviser par zéro.
  • Chuck Norris dort avec un oreiller sous son arme à feu.

Si je parle de ces blagues, c’est parce que tant qu’à voir nos CHéris se faire massacrer, aussi bien en rire. Au cours de la journée, je publierai sur mon compte Twitter des « Chuck Norris Facts » arrangés en fonction de Jaroslav Halák, dont plusieurs prédisent déjà le retrait en faveur de Price après un match, peut-être deux. Blasphème! Jaro est le seul qui peut tenir tête à Alex Ovechkin… à part Chuck Norris, bien sûr!

Les racistes (André Boisclair/fans de P.K. Subban)

12 avril 2010 à 7:00 | Publié dans Chroniques politiques | 2 Commentaires
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Pardon à tous les habitués de mes billets pour ce long hiatus. Pour ceux qui ne connaissent pas le concept, mon blogue porte sur la politique et le hockey, et compare des incidents de ces deux univers pour relever ce qu’ils ont en commun. Voir mes précédents billets pour comprendre.
J’avoue que la motivation m’a manqué depuis les Jeux Olympiques. Cependant, comme nos CHéris n’ont que peu de chances devant les Caps (mais gardons la foi), je dois me hâter de publier mes derniers billets avant le fin de la valse du printemps. En effet, j’ai l’intention de me pencher sur un autre projet dont je vous reparlerai bientôt.

On a vu, dans le débat sur les accommodements raisonnables, comment le contexte culturel et social peut modifier considérablement le jugement que l’on porte sur un incident. Dans la culture francophone, faire référence aux stéréotypes physiques propres à une ethnie est généralement vu comme un manque de tact, voire même de jugement; dans la culture canadienne anglaise, c’est directement perçu comme du racisme. Ces différences culturelles peuvent causer des malentendus dans le monde de la politique comme dans celui du hockey.

Les « yeux bridés »

En 2007, lors d’un discours devant les étudiants de l‘Université du Québec à Trois-Rivières, André Boisclair, alors chef du Parti québécois, a vanté l’ardeur et l’engagement des Asiatiques dans leurs études. Lorsqu’il était à l’Université Harvard, a-t-il dit, le tiers des étudiants qu’il côtoyait avaient les « yeux bridés ». En voulant applaudir les Asiatiques, il s’est plutôt attiré des problèmes avec les médias canadiens-anglais, qui ont traduit l’expression par « slanted eyes ». Cette expression anglaise, contrairement à son équivalent français, a une connotation péjorative; au malentendu culturel s’est ajouté une difficulté de traduction. Évidemment, de nombreux Canadiens anglais en ont profité pour vomir une autre vague de fiel sur le Québec en général et sur les souverainistes en particulier. Pendant que de nombreux chroniqueurs anglophones accusaient carrément Boisclair d’insensibilité, voire même de racisme, il était défendu par plusieurs commentateurs francophones et même par ses adversaires politiques québécois, Jean Charest et Mario Dumont. Aux yeux de la plupart des Québécois, André Boisclair a simplement utilisé une figure de style pour faire référence à une minorité visible dans le but de la louanger. Encore une fois, les deux solitudes ont montré le fossé qui les séparait.

L’affaire Subbanator

Photo d'Eric Bolte, reprise sur le blogue Sexe, sports & rock 'n roll, sur Canoë.ca

Le 11 mars dernier, pendant un match entre les Canadiens et les Oilers au Centre Bell, la caméra de RDS s’est arrêtée pendant plusieurs secondes sur deux spectateurs. La figure barbouillée de noir, une perruque afro sur la tête et un chandail sur le dos avec le logo du Tricolore et le mot « Subbanator », les deux fans soulevaient une pancarte demandant où était leur idole, le jeune défenseur noir P.K. Subban. Celui-ci, qui était venu en renfort pendant deux matchs pour le Tricolore et avait ébloui la foule montréalaise, était ensuite retourné aux Bulldogs de Hamilton.  L’accoutrement de ses deux admirateurs a indigné de nombreux anglophones : l’affaire a été discutée sur Team 990, et un blogueur de Toronto a fait tout un scandale sur le dos des infâmes partisans du CH, appuyé par d’autres blogueurs du Canada anglais. Au banc des accusés : les employés du Centre Bell, qui ont laissé entrer ces deux monstres d’insensibilité, le caméraman de RDS qui les a filmés, ainsi que les animateurs Pierre Houde et Benoît Brunet, qui n’ont pas relevé le racisme manifeste de cet accoutrement. De plus, la photo des deux spectateurs a passé sur le blogue du journaliste Benoît Rioux, de Canoë, sans soulever de tollé parmi les lecteurs francophones; le Sportnographe s’est contenté de faire du sarcasme en commentant que les fans de P.K. Subban « ont de la grosse classe ». Cette indifférence, aux yeux de nombreux partisans des Maple Leafs, ne peut évidemment s’expliquer que d’une seule façon : les partisans des Canadiens et les Québécois en général sont racistes, ignorants et stupides.

À première vue, on peut juger que le déguisement de ces deux hommes est simplement ridicule, stéréotypé et d’un goût douteux. Néanmoins, pourquoi le caractère « offensant », si évident aux yeux des anglophones, a échappé aux employés du Centre Bell, au personnel de RDS, à Benoît Rioux et aux gens du Sportnographe? Pour répondre à cette question, il faut s’arrêter un moment et parler d’un épisode de l’histoire culturelle de l’Amérique anglo-saxonne qui n’a pratiquement jamais franchi la barrière linguistique au Québec : les « minstrel shows ». Jusqu’aux années 1950, des Blancs montaient des spectacles dans lesquels, le visage noirci, ils jouaient des personnages noirs dotés des pires stéréotypes : ignorants, stupides, superstitieux… Ces spectacles ont laissé un souvenir douloureux dans la mémoire collective américaine, qui a fait de « blackface » un terme péjoratif en anglais, une injure aussi grave que le mot commençant par la lettre N. Pour avoir une idée de l’héritage des « minstrel shows » et des « blackfaces » dans la culture américaine, je vous recommande le film Bamboozled, de Spike Lee.

Il y a quelques années à peine, dans le Québec quasiment isolé de ce phénomène, des humoristes blancs, lorsqu’ils personnifiaient des célébrités noires, se peignaient encore le visage en brun foncé et arboraient des perruques crépues. Les « minstrel shows » sont tellement inconnus dans la Belle Province que les termes « minstrel » et « blackface » n’ont même pas d’équivalents en français. Pas étonnant, donc, que les deux admirateurs de Subban aient commis ce faux pas en toute innocence (dans les deux sens du terme). Par ailleurs, ils ne sont pas les seuls : dans son édition d’octobre 2009, l’édition française du magazine Vogue a publié des photos du mannequin néerlandais Lara Stone, blanche et blonde, maquillée en noire. Alors que le président de l’organisme français SOS Racisme s’est contenté de taper le magazine sur les doigts pour son manque de tact, d’autres regroupements noirs français, mais aussi des commentateurs américains, ont carrément parlé de racisme.

Lara Stone pour le Vogue France d'octobre 2009. Photo reprise du blogue Jezebel.com

Quand un même incident est analysé dans des contextes culturels aussi différents, il est normal que la controverse s’installe. Il devient encore plus difficile de dissiper les malentendus lorsque certaines personnes, sous des dehors vertueux, profitent de l’occasion pour rabaisser et diaboliser des gens qu’elles méprisent. Le « Quebec bashing » a encore un excellent fond de commerce au Canada anglais. D’un autre côté, l’humour gras et facile qui a tant de succès au Québec le rend parfois vulnérable aux accusations de racisme et d’insensibilité. Rappelons le Bye Bye 2008 : des comédiens y ont interprété l’animateur Denis Lévesque débitant à Barack Obama des énormités vulgaires sur les Noirs. Le but était de ridiculiser Lévesque, et non Obama. Néanmoins, les blagues de mauvais goût se sont retournées contre les producteurs de l’émission, qui ont reçus des centaines de plaintes.

Dans l’affaire Subbanator, le mot de la fin revient à l’hilarant Mike Boone, de Habs Inside/Out, qui a fait une remarque piquante sur ces deux fans un peu trop enthousiastes de P.K. Subban : [traduction] « bannissez ces bouffons de l’aréna, ou bien renommez-le le Centre Jolson ». Boone fait ici un jeu de mots avec le Centre Molson (l’ancien nom du Centre Bell) et Al Jolson, l’artiste américain dont le nom est devenu synonyme de « minstrel show ». Ironiquement, Jolson, qui a fait découvrir le jazz à l’Amérique blanche, avait de nombreux amis parmi les Noirs et a combattu la discrimination raciale dans le monde du spectacle.

Al Jolson dans le film The Jazz Singer. Droits d'auteurs : Warner Bros.

Aux armes, citoyens!

Notons, enfin, que les Canadiens anglais n’ont pas le monopole des âneries lorsqu’il s’agit de diaboliser le voisin. Gilles Duceppe, dans un récent discours, s’est mis les pieds dans les plats en affirmant que les militants bloquistes étaient des « résistants » contre le Canada; le terme évoquait la Résistance française contre l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Franchement. Il y a toutes sortes de raisons légitimes de croire à l’indépendance du Québec (ou, au contraire, à l’unité canadienne); cependant, comme René Lévesque lui-même l’a souligné, le Canada n’est quand même pas un goulag. Connaissez-vous beaucoup de militants souverainistes qui ont pris le maquis?

Petites perles du hockey olympique

28 février 2010 à 4:56   | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire
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Les hockeyeurs slovaques célèbrent leur victoire sur la Russie (Reuters)

Puis, appréciez-vous toujours le tournoi de hockey olympique? Moi qui croyais que j’aurais deux semaines pépères à regarder le hockey seulement de loin en loin, je n’ai jamais été aussi excitée depuis les séries éliminatoires de 2008. D’abord parce que le hockey olympique est franchement bien plus relevé que celui de la LNH, non seulement parce les meilleurs joueurs du monde s’y retrouvent, mais aussi parce que l’arbitrage y est plus rigoureux, donc le jeu, plus raffiné. De plus, en regardant certains matchs de la Slovaquie pour garder un œil sur mon préféré, Jaroslav Halák, j’ai eu un coup de cœur pour l’équipe slovaque. Elle n’est pas la plus talentueuse, mais quelle hargne! Quelle détermination! Ils sont aussi tenaces qu’un molosse sur la jambe d’un facteur, et c’était magique de les voir venir à bout de la Russie après une fusillade palpitante, puis de la Suède, malgré le talent supérieur de ces derniers. J’ai admiré Zdenko Chara, Marian Gaborik et les frères Hossa, et j’ai découvert des joueurs comme Pavol Demitra, Zigmund Palffy et Michal Handzus. J’ai eu le cœur brisé à les voir se transformer en statues de sel lorsqu’ils ont perdu la médaille de bronze devant la Finlande. En espérant que le Canada n’échappe pas l’or aux mains des États-Unis!

Comme à mon habitude, je vous parlerai de hockey et de politique, mais au lieu de respecter mon format habituel, je commenterai simplement les réactions en Russie à la déconfiture devant le Canada.

Deuil national en Russie

Qu’on ne vienne plus me dire que Montréal est malade de hockey. La défaite de la Russie a pris, au pays d’Ovechkin, des allures de catastrophe nationale aussi grave que Tchernobyl. « La Russie a perdu les Jeux Olympiques », titrait un journal en ligne russe. Déjà, les médias ont commencé le procès des joueurs, de l’entraîneur, des autorités sportives; des députés, avant même que les Jeux soient terminés, réclament la tête du président du Comité nationale olympique et du ministre des Sports! Quant au président de la Russie, Dmitri Medvedev, il a annulé sa venue aux cérémonies de clôture des Jeux au lendemain de la défaite, même si son pays accueillera les Jeux de 2014 à Sotchi. Quant à Alex Ovechkin, il s’est carrément excusé à ses compatriotes pour cette défaite gênante! C’est quand même curieux : on ne s’excuse pas pour les goulags, on ne s’excuse pas pour les exactions commises en Tchétchénie… mais on s’excuse pour une défaite au hockey.

D’après François Gagnon, journaliste à La Presse, les journalistes russes sont hautement partisans et peu objectifs. S’il a raison, cette attitude expliquerait que l’un d’entre eux a tenté de minimiser cette défaite en se moquant du Canada qui, selon lui, avait simplement évité la honte après les défaites aux Jeux de Turin et aux championnats de Québec et de Berne. De plus, les Canadiens auraient profité d’une glace aux dimensions nord-américaines et de « Datsyuk et Malkin dans le rôle des attaquants surestimés et erratiques ».

Ce n’est pas étonnant qu’il ait visé deux joueurs de la LNH, et non de la KHL. On chuchote que les autorités russes du hockey ont fait pression pour que davantage de joueurs soient sélectionnés dans la KHL, question d’affirmer la supériorité du hockey russe sur le hockey nord-américain. Le capitaine de l’équipe a également été sélectionné parmi les joueurs de la KHL. Ironiquement, ces derniers ont été pointés du doigt, au point où le président de la Ligue, Aleksandr Medvedev (aucun lien avec l’autre), a dû prendre leur défense.

Ces implications politiques ne sont pas surprenantes. Déjà, dans l’Antiquité, les tournois sportifs entre nations servaient à affirmer la puissance et la supériorité des uns et des autres, en plus d’exalter la fierté patriotique des peuples. Il est donc normal que les pays investissent dans ce genre de festivités afin de remonter le moral de leurs populations et d’en stimuler la fierté. Il est normal, également, que le programme À nous le podium soit scruté et critiqué. Malgré les plaintes de ceux qui croient que les fonds consacrés au sport devraient être réaffectés au système de santé, à l’économie ou à la lutte à la pauvreté, le financement du sport d’élite est là pour rester. Et c’est bien comme ça, parce que même le meilleur des talents a besoin de ressources pour être entraîné et préparé à la compétition.

Par ailleurs, lorsque les joueurs étaient questionnés, avant leur défaite, sur les difficultés de faire travailler ensemble des joueurs de la LNH et de la KHL, tous avaient la même réponse : nous sommes Russes avant tout, notre patriotisme fait notre chimie, nous vaincrons… Aucun d’entre eux ne semblait comprendre que la question portait sur les écarts entre les deux systèmes ainsi que la difficulté, pour des joueurs aux habitudes différentes, de se mettre au diapason sur le plan technique. Comme si le patriotisme faisait foi de tout et « guérissait » automatiquement les difficultés pratico-pratiques. Malheureusement pour eux, la réalité est venue les rattraper.

Petites remarques inutiles mais amusantes…

- Je me suis amusée à regarder les photos d’athlètes, et surtout de joueurs et de joueuses de hockey, sur le site officiel des Jeux de Vancouver. La plupart des athlètes croyaient sans doute que les directives pour les photos de passeport s’appliquaient également à leur photo des Jeux, car rares sont ceux qui se permettent de sourire. Exception notable : les Slovaques, qui ont belle allure sur leurs photos, justement parce que leur sourire leur donne un air de bonne humeur. Les hockeyeurs canadiens, eux, ont l’air sur un lendemain de brosse, surtout Roberto Luongo et Marc-André Fleury.

- L’habillement des athlètes a beaucoup fait jaser. Sur photo, certains accoutrements d’hockeyeurs paraissaient étranges. Ainsi, avec une chemise blanche, devant un mur blanc et sans sourire, les Tchèques avaient l’air d’infirmiers d’asile. Encore une fois, les Slovaques se démarquaient avec un joli tricot foncé à petits pois blancs pour les hommes, et le même chandail, blanc à petits pois foncés cette fois, pour les femmes. Même principe pour les États-Unis : uniforme semblable pour les hommes et les femmes, sauf que les hommes portaient la version foncée, et les femmes, la version pâle, et toutes les photos ont été prises sur un fond bleu. Plusieurs Finnois portaient un joli polo blanc avec des motifs entrelacés sur l’épaule gauche. Saku Koivu et Alex Ovechkin étaient en veston-cravate.

- Ne me demandez pas pourquoi, mais certaines fiches d’athlètes ont été complétées avec des renseignements sur leurs passe-temps, recueillis dans diverses sources en ligne. Ainsi, vous serez heureux d’apprendre que Sergei Kostitsyn aime les quilles (peut-être depuis qu’il y a joué à Edmonton avec les joueurs du Canadien?); que Jaroslav Halák aime le football et les voitures; que Yannick Weber aime regarder la télévision et se détendre; et que Tomas Plekanec a comme passe-temps les « sports », sans plus de précision. Heureusement pour eux que les joueurs de hockey n’ont pas besoin de publicité à Montréal, parce que s’ils devaient remplir une fiche pour RéseauContact, ils devraient se creuser davantage les méninges.

- La saison a vraiment été dure pour certains joueurs de hockey. En regardant la fiche de Jaroslav Halák, j’ai vu que son poids était de 168 livres. Intriguée, j’ai jeté un coup d’œil sur sa fiche officielle de la LNH, où son poids indiqué est de 179 livres. Vérification faite, plusieurs joueurs ont perdu du poids depuis le début de la saison : Tomas Plekanec est passé de de 198 à 179 livres; Andrei Markov, de 207 à 198 livres; Sergei Kostitsyn, de 210 à 196 livres.
Parmi les joueurs des autres clubs de la LNH, Roberto Luongo est passé de 217 à 207 livres; Ilya Bryzgalov, de 210 à 198 livres; Ilya Kovalchuk, de 230 à 218 livres; Alex Ovechkin, de 233 à 218 livres; Semyon Varlamov, de 209 à 194 livres; Martin Havlat, de 217 à 181 livres; Tomas Kaberle, de 214 à 187 livres; Olli Jokinen, de 215 à 203 livres; Johan Franzen, de 222 à 205 livres.

Par ailleurs, signalons le cas curieux d’Ondrej Pavelec, de la République tchèque et des Thrashers d’Atlanta : non seulement il est passé de 220 à 172 livres, mais il a également rétréci de 6 pieds 3… à 5 pieds 11! Il ne semble pas y avoir eu d’erreur de mesure sur les fiches des autres joueurs mentionnés. Enfin, les jumeaux Sedin, qui avaient à peu près le même poids au début de la saison, selon le site de la LNH, se sont distanciés aux Olympiques : Daniel a plafonné à 188 livres, alors qu’Henrik s’est empâté jusqu’à 201 livres. Il faut croire qu’il ne s’est pas encore remis du Temps des Fêtes.

- Allan Walsh, l’agent d’Halák, fait décidément un curieux usage de son compte Twitter. Après la victoire de la Slovaquie sur la Suède, il a assisté au party bien arrosé des Slovaques. Sur Twitter, il raconte ce que les vétérans slovaques comptent faire pour revitaliser le hockey dans leur pays : [traduction] « Nous allons tous prendre notre retraite, parcourir le pays et mettre le plus de femmes enceintes possibles. Vous savez, comme ils font avec les chevaux! » Je ne suis pas sûr que ses clients slovaques sont heureux de ses indiscrétions. Par ailleurs, ce plan des vétérans aurait l’avantage de préparer à la fois la future équipe slovaque masculine et féminine de hockey pour les Olympiques de 2030, puisque statistiquement, 50% des rejetons ainsi obtenus seraient des filles. Le plus gros désavantage, évidemment, est le temps nécessaire à la réalisation de ce plan, puisque d’ici là, les machos du Comité olympique international auront probablement réussi à supprimer le hockey féminin des Jeux.

Gestion de crise (André Boisclair/Andrei Markov)

4 février 2010 à 9:13   | Publié dans Chroniques politiques | 1 Commentaire
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Photomontage d’après la Presse canadienne (André Boisclair, repris dans canoe.ca) et canadiens.com (Andrei Markov, repris dans fanatique.ca)

En relations publiques, on appelle la « gestion de crise » la gestion des communications dans les médias à l’occasion d’un évènement qui pourrait entacher la réputation d’un individu ou d’une organisation. En fait, l’expression « gestion de crise » a un sens plutôt large, puisqu’il s’agit souvent de gérer les contrecoups d’un incident avant que celui-ci ne se développe en crise véritable. Autant une bonne gestion de crise permet de résorber un évènement qui aurait pu avoir de graves conséquences, autant une mauvaise gestion de crise peut transformer un incident banal en immense scandale.

Lorsqu’on se met les pieds dans les plats, la meilleure façon de s’en sortir est souvent de tout avouer immédiatement en exprimant ses regrets et en affirmant avoir tiré une précieuse leçon de ses erreurs. Tiger Woods aurait dû suivre ce précepte : ses longues journées de silence, à l’ère de l’information-minute, auront probablement causé plus de dommage que le nombre réel ou supposé de ses maîtresses.

Pendant mes années de militantisme politique, la pire gestion de crise qu’il m’a été donnée de voir est celle qui a entouré l’affaire Boisclair. En pleine course à la chefferie du Parti québécois, les médias ont révélé qu’André Boisclair, le principal candidat de cette course et ancien ministre des Affaires municipales et de l’Environnement, avait autrefois consommé de la cocaïne alors qu’il était en exercice. Pétri d’orgueil, Boisclair a d’abord évité de répondre, malgré les preuves manifestes. Il a ensuite parlé d’« erreurs de jeunesse », avant que les médias réussissent à prouver qu’il avait consommé alors qu’il était ministre. Acculé au pied du mur, le candidat a fini par admettre l’évidence, avant de se déclarer victime des journalistes – un truc qui ne fonctionne jamais – puis d’affirmer, chaque fois que quelqu’un revenait sur le sujet, qu’il voulait « parler d’autre chose » – un truc qui fonctionne encore moins que le précédent.

Boisclair a remporté la course de justesse, mais a lamentablement perdu les élections générales qui ont suivi quelques mois après. Cette gestion de crise complètement catastrophique, en plus de conduire la carrière de du jeune politicien au naufrage, a causé des dommages profonds au Parti québécois. Peu après la démission de Boisclair, c’est une formation amochée et divisée que Pauline Marois a repris en main. Si Boisclair avait admis dès le départ qu’il avait consommé, il aurait pu limiter les dégâts : il aurait pu prétendre que l’ivresse du pouvoir lui avait monté à la tête, mais qu’il s’était repris à temps, et que cette dangereuse erreur avait fait de lui un homme plus mûr et plus réfléchi. Comme les Québécois aiment les repentis, on peut parier qu’ils lui auraient pardonné assez facilement.

Pourquoi l’altercation entre Andrei Markov et Carey Price a provoqué beaucoup plus de réactions que celle entre Michael Cammalleri et Maxim Lapierre? À la défense de Price, il faut mentionner que le jeune gardien est actuellement la cible préférée des éternels insatisfaits toujours à la recherche de coupables. De plus, les disputes font partie du quotidien des vestiaires sportifs. Cependant, si l’incident a suscité autant d’intérêt, c’est qu’il touche indirectement au cœur d’une question qui taraude depuis des semaines les amateurs et les journalistes : Carey Price a-t-il, oui ou non, des problèmes d’attitude envers ses coéquipiers qui nuisent au rendement de l’équipe? Malgré toute l’attention qu’ils retiennent, les gardiens ne sont vraiment pas le principal problème du Canadien. Cependant, le comportement de Price – bris de bâtons, blâmes envers ses défenseurs, départs prématurés de l’entraînement et de la période d’échauffement alors qu’il ne joue pas le match du même soir – soulève des inquiétudes chez les observateurs depuis déjà un certain temps.

Les journalistes auraient pu épargner beaucoup de temps et de salive à tout le monde en posant directement aux joueurs cette seule question sur les relations entre Price et le reste de l’équipe. Malheureusement, la majorité d’entre eux ont préféré chipoter sur les détails de l’incident, insister pour avoir la teneur exacte des propos tenus et gloser sur leur signification; bref, au lieu de s’attaquer au cœur du problème, ils ont tourné autour du pot. De quoi avaient-ils peur? De se faire haïr des joueurs? De se faire expulser du vestiaire?

Le joueur à qui a été confiée la « gestion de crise », Andrei Markov, s’est révélé lamentable dans cet exercice. Il a accusé les journalistes de « chercher des histoires » avant de leur déclarer tout net qu’ils devaient supporter l’équipe en ces temps difficiles! Je ne sais pas si notre meilleur défenseur a une conception soviétique du rôle des médias, mais le rôle fondamental du journaliste, celle qui définit sa profession, est de rapporter les faits. Quant au Canadien, il compte déjà sur un service de communication et un service de marketing pour lessiver le cerveau de sa clientèle. D’ailleurs, l’accusation de Markov était parfaitement injuste : certes, l’incident a fait beaucoup de bruit, mais la plupart des commentateurs ont rappelé que ces prises de becs sont monnaie courante dans les équipes professionnelles de sport, voire même positives dans la mesure ou elles permettent de régler des conflits latents.

De son côté, Maxim Lapierre nous a ressorti la rhétorique éculée de la « famille unie » et des « frères qui se chicanent ». Personnellement, je ne connais aucune famille dont les frères et sœurs ont chacun leur agent et renégocient leur contrat avec leurs parents à des intervalles de quelques années. Josh Gorges, réputé le meilleur ami de Price dans le vestiaire, a livré une réponse encore pire : « Je présume que ça vient avec le fait d’être gardien de but à Montréal », a-t-il déclaré, comme si cette excuse représentait une absolution de tout ce qui pouvait être reproché à son camarade. Personne n’a pensé à demander à Gorges pourquoi les mêmes blâmes ne sont pas adressés à l’autre gardien, Jaroslav Halák? Carey Price lui-même n’a pas aidé sa cause avec sa momerie sur la patinoire, lorsqu’il a fait un câlin à Markov tout en souriant aux caméras d’un air narquois. Price est réputé pour son sens de l’humour, mais il en a déjà fait un meilleur usage que dans ce cas-ci.

Qu’auraient pu faire Markov et les autres pour répondre de façon satisfaisante aux questions tout en sauvant la face et en protégeant la confidentialité des affaires de vestiaire? Plutôt que de prendre les journalistes à rebrousse-poil, ils auraient pu se montrer « désolés que cet incident ait soulevé les inquiétudes du public » (c’est toujours une bonne chose de tenir compte des sentiments du public, c’est lui qui paie après tout); expliquer que des athlètes professionnels « ont souvent une forte personnalité » (pour indiquer au passage que Price n’est pas le seul doté d’un caractère bien trempé); et rassurer les gens en rappelant que de tels incidents donnaient l’occasion aux joueurs de régler des malentendus (afin que les partisans y voient des retombées positives plutôt que des raisons de s’inquiéter). La façon dont les joueurs du Tricolore, embarrassés, ont tout fait pour minimiser l’affaire et ont traité les journalistes de haut n’a rien de rassurant, bien au contraire. On sentait que la tension n’avait pas disparu. L’incident est clos, mais le malaise demeure.


Voulez-vous un exemple de « gestion de crise » bien faite? Regardez du côté de Chicago. Le 23 janvier dernier, après une défaite gênante de 5-1 à Vancouver aux mains des Canucks, des joueurs des Blackhawks ont fait la fête torses nus dans une limousine avec une flopée de jolies filles. Évidemment, les photos ont rapidement fait le tour de la planète Web. L’un des joueurs concernés, Patrick Kane, a déclaré : « Ce n’est pas comme ça qu’on veut représenter l’équipe, mais on en a discuté à l’interne avec l’équipe. Ça s’est réglé dans le vestiaire. » L’enfant terrible des Blackhawks, qui avait eu une dispute l’été dernier avec un chauffeur de taxi pour une histoire de vingt cents, a ajouté : « J’ai 21 ans. Il est probablement temps de grandir un peu. » Rassurés, les médias ont tourné l’histoire en dérision : sans faire tout un plat de l’histoire, ils se sont quand même fait plaisir en se payant la tête des joueurs. La direction a rapidement déploré l’évènement avant de déclarer l’affaire close.

Voilà comment emballer un incident en peu de temps. Pas besoin de déchirer ses vêtements, ni de se raser la tête et de verser des cendres dessus. Vous faites un petit acte de contrition, vous déclarez avoir acquis de l’expérience et vous mettez le public dans votre petite poche arrière. Mais pour ça, il faut mettre son orgueil de côté. Plusieurs joueurs du Canadien en semblent tout bonnement incapables.


Alors que la blogosphère sportive montréalaise est repartie dans un autre cycle de « Careybashing », je suis désolée que mon nouveau billet porte sur un autre incident concernant Carey Price. Cependant, je m’attarde davantage aux réactions de ses coéquipiers que sur sa propre contribution. Dans un précédent billet, je vous avais avertis que Price reviendrait souvent dans mon blogue, puisque je parle d’image publique et que Price, à cause de sa position et de son impulsivité, est vulnérable aux incidents médiatisés.

Juge et partie (affaire Villanueva/affaire Burrows-Auger)

17 janvier 2010 à 4:42   | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire
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Pardon de cette longue pause dans mes billets. Le temps des Fêtes et le syndrome de la page blanche m’ont fait renouer avec ce blogue plus tard que prévu.

N’importe quel organisme qui veut démontrer sa probité fait examiner ses comptes et ses structures par une entité indépendante. Ainsi, de nombreuses entreprises font vérifier leurs livres comptables par des firmes spécialisées comme Deloitte et Touche ou McCarthy Tétreault. La Vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, jouit d’une indépendance totale vis-à-vis du gouvernement, ce qui lui a permis de fouiller le Programme des commandites malgré les protestations du gouvernement libéral de l’époque. Son homologue provincial au Québec, Renaud Lachance, n’hésite pas à tancer le gouvernement sur des dossiers sensibles comme les finances publiques et l’octroi de contrats dans le secteur des transports.

Dans le milieu policier, lorsqu’une intervention tourne au vinaigre et qu’il faut enquêter sur le travail des agents, cette tâche est confiée à un autre corps de police que celui auquel appartient le ou les policiers impliqués. C’est ainsi que, lors de l’affaire Villanueva, la Sûreté du Québec (SQ) s’est vu confier l’enquête sur l’incident pendant lequel un policier du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a abattu un jeune homme de 18 ans à Montréal-Nord. Or, de nombreux critiques ont affirmé que la SQ n’avait pas l’indépendance nécessaire en de telles circonstances, puisqu’une trop grande proximité existait entre les policiers, et que nombre d’entre eux avaient travaillé successivement pour les deux corps de police. De plus, plusieurs bévues ont été commises lors de l’enquête, la plus grave étant de ne pas séparer et interroger immédiatement les deux policiers en cause. Évidemment, plusieurs en ont déduit que la SQ était de connivence avec le SPVM dans cette affaire.

En Ontario, les enquêtes sur le travail des policiers sont confiées à l’Unité des enquêtes spéciales (UES), une entité indépendante où travaillent des civils et d’anciens policiers, et ces derniers ne peuvent pas enquêter sur leurs anciens employeurs. L’ancien dirigeant de l’UES, André Marin, a vertement critiqué la prise en charge de l’affaire par la SQ, éberlué que les agents n’aient toujours pas été interrogés trois jours après le drame.

En plus d’alimenter la méfiance des gens de Montréal-Nord envers les policiers, la gestion brouillonne de l’enquête mine la crédibilité des résultats. Par conséquent, même s’il s’avérait que les deux policiers n’aient rien à se reprocher, le reste de leur carrière sera entaché par le soupçon.

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Affiche d'un film de Jean-Pierre Mocky, sorti en 1983, avec Michel Serreault et Eddy Mitchell. Ceci n'est pas un encouragement à la violence contre les arbitres.

Le 11 janvier dernier, lors  de la période d’échauffement précédant un match entre les Canucks de Vancouver et les Predators de Nashville, l’arbitre Stéphane Auger glisse quelques mots à l’ailier gauche Alexandre Burrows, des Canucks. La scène est filmée, mais personne n’entend ce que les deux hommes se disent. Plus tard, en troisième période, Auger décerne coup sur coup à Burrows deux pénalités qui, de l’avis de tous les experts, sont totalement injustifiées. Après le match, Burrows affirme qu’Auger lui a déclaré, à la période d’échauffement, vouloir se venger de lui pour l’avoir fait mal paraître lors du match du 8 décembre précédent entre les deux formations. À ce match, Auger avait décerné une pénalité à Jerred Smithson, qui avait servi une mise en échec à Burrows, mais il s’est avéré par la suite que ce dernier avait « plongé », c’est-à-dire qu’il s’était laissé choir pour que son adversaire écope d’une pénalité.

La Ligue nationale de hockey (LNH), déjà durement critiquée pour la qualité de son arbitrage, s’est retrouvée dans l’embarras suite à la déclaration de Burrows. Comme elle n’avait que sa parole contre celle d’Auger, elle s’est empressée d’étouffer l’affaire en donnant l’absolution à son arbitre et en infligeant une amende de 2 500 $ au joueur. Cette dernière sanction, l’équivalent d’une tape sur les doigts, laisse penser que la Ligue accorde une certaine crédibilité à la version de Burrows. Il faut mentionner, à la défense de la LNH, que la saison bat son plein : il est donc logique de vouloir éteindre rapidement une polémique qui n’aurait fait que grandir d’un match à l’autre. Si elle avait laissé Burrows impuni, combien d’autres joueurs, entraîneurs et directeurs généraux auraient déversé leur fiel sur les « zèbres » match après match? Si cette controverse avait eu lieu avant un long congé, par exemple avant la pause olympique ou vers la fin des séries, la Ligue aurait eu une plus grande marge de manœuvre pour effectuer une enquête véritablement transparente.

Malgré tout, on constate encore que la priorité absolue de la LNH est de sauver la face, puisqu’elle embauche et gère directement les arbitres. Déjà, de nombreux observateurs prédisent qu’Auger n’arbitrera aucun match des séries, et que son contrat ne sera probablement pas renouvelé l’été prochain. C’est ce qu’on appelle se faire mettre sur la voie de garage. Malgré tout, cette façon de procéder en catimini ne fait rien pour redorer l’image de la Ligue. Déjà, on l’accuse d’être partiale lorsqu’il s’agit de décerner des suspensions. Ainsi, Mike Richards, une vedette des Flyers de Philadelphie, a assommé David Booth, des Panthers de la Floride, le 24 octobre dernier. Victime d’une commotion cérébrale, Booth manquera le reste de la saison, Pourtant, Richards n’a reçu aucune sanction. Alex Ovechkin (Capitals de Washington), présentement la plus grande star de la Ligue avec Sidney Crosby (Penguins de Pittsburgh), est demeuré impuni malgré plusieurs coups vicieux sur d’autres joueurs. En décembre dernier, il a enfin reçu une suspension de deux matchs pour avoir sorti le genou contre Tim Gleason (Hurricanes de la Caroline). Incidemment, Ovechkin, qui s’est amoché le genou en portant ce coup, aurait manqué au moins l’un de ces deux parties à cause de cette blessure.

Devant cette gestion maladroite et pusillanime, les amateurs désenchantés expriment à haute voix leur cynisme, doutant de plus en plus de l’intégrité de la Ligue. C’est ce qui arrive lorsqu’on agit à la fois en juge et partie.

****

Varia :

- Carey Price connaît une baisse de popularité sans précédent. C’est un signe infaillible que les médias flairent l’odeur du sang lorsqu’ils commencent à donner des renseignements qu’ils gardaient auparavant pour eux. Ainsi, on a appris que Price se faisait sarcastiquement surnommer « Superstar » par ses coéquipiers l’an passé, et qu’à la fin des entraînements avant les matchs et des périodes d’échauffement, il quitte la patinoire avant son collègue Jaroslav Halák même lorsque ce dernier est désigné pour garder les buts, ce qui contraire au protocole en vigueur depuis longtemps dans la LNH. Sur les réseaux sociaux, on se déchaîne contre le jeune gardien au moral ébranlé.

Malgré tout, ce serait idéal si tous les fans d’Halák, et surtout les dénigreurs de Price déguisés en fans d’Halák, prennent exemple sur le Slovaque et démontrent la même courtoisie et le même respect dont il a toujours fait preuve.

- Si vous êtes comme moi, il n’a fallu que quelques heures pour vous écœurer de la surenchère médiatique autour du tremblement de terre en Haïti. CNN a porté cette exploitation à son paroxysme en plaquant une caméra à quelques pouces du visage d’une petite fille à moitié ensevelie et en le montrant à la télévision durant des heures pendant que la pauvre enfant attendait patiemment que les secouristes aient fini de déblayer les décombres qui l’emprisonnaient (la malheureuse est décédée de ses blessures après qu’ils aient réussi à la dégager et à l’amener à un médecin).

Malgré tout, derrière cette guerre de cotes d’écoutes, il y a d’innombrables humains dans une profonde détresse, alors soyez gentils et donnez à la Croix-Rouge ou à Unicef, qui s’occupent de secourir les sinistrés.  Merci.

À bon vin point d’enseigne (Andrée Boucher/Jaroslav Halák)

17 décembre 2009 à 3:11 | Publié dans Chroniques politiques | 2 Commentaires
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Pourquoi tant d’enveloppes brunes circulent-elles dans le monde de la politique? Parce que les règles de financement des partis politiques, aussi louables soit-elles, ne permettent pas aux partis de financer correctement leurs campagnes électorales. Ce n’est pas avec des soupers-spaghettis que vous pouvez payer le local, les pancartes, les personnel de communications et toutes les autres dépenses. Les méthodes de financement des partis politiques sont peut-être immorales, mais inévitables. Pour vous en convaincre, je vous conseille l’excellente chronique d’Yves Boisvert. Comme le disait si bien Cicéron, l’argent est le nerf de la guerre.

Andrée Boucher, tape-à-l’œil

La politique offre pourtant de ces exceptions où des David presque nus parviennent à vaincre des Goliath lourdement cuirassés. C’est le cas de feue Andrée Boucher, qui est parvenue, en 2005, à se faire élire mairesse de Québec avec pas plus de 5 000 $ dans sa caisse électorale. Pas de pancartes, pas de publicités, pas de parti, même pas de programme.

En réalité, Andrée Boucher était déjà un personnage connu depuis longtemps dans la région de Québec, et même dans la province. Elle avait mairesse de Sainte-Foy de 1985 à 2001, puis animatrice de radio jusqu’en 2005. Flamboyante, directe, dure même, elle menait ses projets tambour battant, malgré les controverses qu’elle contribuait parfois à alimenter. L’image la plus mémorable que l’on garde de la mairesse est cette fameuse robe griffée qu’elle a porté pour rencontrer l’ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin. Cette robe était à son image : colorée. Sa personnalité tapageuse mais attachante lui a donné le capital nécessaire pour faire campagne pour la mairie avec des moyens plus que limités. Non seulement elle a remporté son pari, mais après son décès subit, deux ans plus tard, tous les candidats à sa succession ont tenté d’imiter son style afin de se gagner le cœur des habitants de Québec.

Jaroslav Halák, le timide

Difficile d’imaginer une personnalité plus dissemblable d’Andrée Boucher que Jaroslav Halák, le gardien substitut des Canadiens. Discret, effacé même, il ne se plaint jamais, fuit la controverse et répond toujours avec tact aux questions pièges des journalistes. Repêché à la neuvième et dernière ronde de 2003, le jeune cerbère a la mission difficile de se faire un nom dans l’ombre de son coéquipier Carey Price, repêché à la première ronde de 2005. La direction du Canadien, Bob Gainey et Trevor Timmins en tête, était tellement entichée de Price qu’elle a tassé Halák sans ménagement pour lui donner sa place, d’abord chez les Bulldogs de Hamilton, le club-école du Tricolore, puis chez les Canadiens mêmes.

Mais Price met du temps à s’adapter  à son rôle de premier gardien. Pendant la saison du Centenaire, il connut des résultats en dents de scie. On maugréa contre son attitude arrogante, son manque d’effort à l’entraînement, sa vie dissipée hors glace. Pendant ce temps, « Jaro », toujours vaillant et de bonne humeur, finit, après quelques matchs mitigés, par connaître un succès éclatant au mois de février 2009. De nombreux amateurs qui, quelques semaines plus tôt, l’auraient échangé contre n’importe laquelle des Ice Girls des Islanders de New York, vantèrent soudainement son éthique et sa patience et accusèrent Bob Gainey d’injustice à son égard. Toute la propagande en faveur de Price commença alors à lui nuire, et il gagna le surnom de « chouchou à Gainey », une étiquette qui lui colle encore à la peau. Depuis, Price semble avoir retrouvé son aplomb et corrigé plusieurs de ses défauts, mais il a encore besoin de prouver une certaine constance à moyen terme avant de gagner définitivement la confiance des partisans.

Dans cet énième épisode de la « controverse des gardiens », Halák manœuvre délicatement pour ne se mettre personne à dos. Il sait très bien n’avoir gagner en bougonnant : pourquoi défendre sa cause à la pointe de l’épée, alors que ses fans, son agent, les journalistes et même les humoristes le font beaucoup mieux que lui? Le jeune portier est sûrement d’une authentique gentillesse; pour s’en convaincre, il n’y avait qu’à le voir, lors du match contre les Sénateurs d’Ottawa, se pencher avec sollicitude sur ses compagnons Jaroslav Spacek, blessé au pied, et Josh Gorges, sonné par une mise en échec. Halák a le don de susciter l’affection du public et de ses coéquipiers, ces derniers jouant avec lui et pour lui. Après la victoire de l’équipe et d’Halák sur les Sénateurs, Marc-André Bergeron a déclaré : « Jaro ne méritait pas qu’on le laisse tomber à Buffalo [dans une défaite de 6-2 le 3 décembre]. On s’en était parlé ce matin et on voulait en jouer une grosse pour lui ». Lorsqu’il a blanchi contre les Canucks de Vancouver, le 24 février 2009, Patrice Brisebois et Chris Higgins ont affirmé que les joueurs ont travaillé fort pour lui procurer ce jeu blanc.

D’un autre côté, il a probablement compris qu’en exploitant habilement ce trait de sa personnalité, il pouvait mettre le public et les médias de son côté. C’est de bonne guerre, puisque l’organisation n’en a que pour Price. Immensément talentueux et très photogénique, le numéro un désigné a derrière lui toute la « machine » du Canadien, qui a monté un véritable culte autour de sa personne à l’aide de tee-shirts, d’affiches, d’enseignes géantes avec sa photo, d’entrevues mondaines dans les plus prestigieuses revues de sport et d’un photoreportage sur son patelin dans l’Actualité. On chuchote même que pour lui, Gainey lui aurait sacrifié un entraîneur aimé des partisans, Guy Carbonneau, et l’un des entraîneurs de gardiens les plus réputés de la LNH, Roland Melanson. Par ailleurs, le Canadien aurait pu faire beaucoup d’argent en vendant des tee-shirts et d’autres articles au nom d’Halák, mais se retient bien de le faire, car les articles promotionnels servent également à donner de la visibilité, à « marquer le territoire » : or, il ne faut surtout pas que le Slovaque fasse de l’ombre à l’Élu de l’organisation.

Mais le cœur des fans a ses raisons que la raison de Gainey ne peut comprendre. Malgré toute la « pédagogie » malhabile de l’organisation pour rentrer Carey Price dans la gorge des amateurs, de nombreux fans du Canadien aiment Jaro, veulent Jaro, réclament Jaro. Lequel répond avec douceur que son tour viendra… tout en aiguisant ses patins pour se tenir prêt.

Cependant, il ne peut rester éternellement dans cette impasse. S’il veut devenir numéro un, à Montréal ou ailleurs, il doit jouer plus souvent afin de prendre de la valeur, mais ces temps-ci, Carey Price mérite tout l’espace qu’il occupe. C’est pourquoi l’agent d’Halák et Bob Gainey ont récemment essayé de forcer un échange, quitte à ce que le Tricolore y perde au change. Malheureusement pour Halák, il y a une différence entre sa valeur intrinsèque et sa valeur marchande. La première est considérable, comme en témoigne l’attachement de son public et de ses coéquipiers. Cependant, la valeur marchande d’un joueur dépend surtout des besoins des autres équipes. Or, en ce moment, le marché des gardiens est faible : peu d’équipes ont besoin de ses services, et encore moins peuvent offrir quelque chose de potable en retour du jeune homme.

Jaro, le proto-Québécois

Machiavel enseignait que les vertus et les vices d’une personne ne sont que des outils qu’elle doit utiliser pour parvenir à ses fins. En faisant un usage judicieux de ses traits de personnalité, Jaroslav Halák, comme la mairesse Boucher avant lui, a conquis l’affection de son public et a compensé ainsi le manque de moyens matériels pour mousser sa popularité. La seule fois qu’il s’est retrouvé dans l’eau chaude, c’est par la faute d’Allan Walsh, son agent à la langue trop bien pendue.

Par ailleurs, je soupçonne qu’Halák réveille involontairement en nous l’un des stéréotypes les plus communs de la culture québécoise : l’ouvrier opprimé. Évidemment, s’il s’appelait Julien Hamel, il se ferait dénigrer et accuser de n’être retenu par le Canadien que parce qu’il est Québécois francophone. Sous son enveloppe slovaque, toutefois, il nous offre un personnage tout à fait proto-Québécois : le vaillant travailleur, consciencieux, docile et fidèle à son poste, qui subit l’injustice d’un méchant patron anglophone (Bob Gainey) au profit du fils de celui-ci, gâté, arrogant et paresseux (Carey Price). En fait, la réalité est beaucoup plus complexe, mais je suis convaincue que de nombreux fans défendent Halák parce qu’ils s’identifient inconsciemment à lui. Ça n’efface aucunement les mérites bien réels du jeune portier, ni l’injustice que lui fait subir le Canadien en le faisant poireauter aussi souvent sur le banc. Cependant, on devrait se retenir de dénigrer systématiquement Carey Price, qui nous montre des signes prometteurs depuis un mois.

Au Québec comme ailleurs, nous aimons les histoires de Cendrillon, où des protagonistes sous-estimés cheminent patiemment vers la réussite. Hollywood offre régulièrement des histoires du genre, par exemple The Pursuit of Happyness. Malheureusement, Andrée Boucher est décédée trop tôt pour laisser un héritage durable à la ville de Québec. Quant à Jaroslav Halák, il continue à rouler son rocher de Sisyphe, en attendant le jour où il parviendra enfin à décrocher un poste de gardien principal, vraisemblablement sous d’autres cieux.


Ce billet demeurait au réfrigérateur depuis quelque temps, mais les dernières rumeurs concernant l’échange de notre Slovaque préféré m’ont fait hâter sa parution (ce n’est pas la première fois que ce genre de chose m’arrive). 
L’énième rumeur envoyait Halák aux Flyers de Philadelphie : sérieusement, quelqu’un imaginait-il cet agneau au milieu des Broad Street Bullies? Comme remplaçant de Ray Emery? Dans le poste autrefois occupé par
Ron Hextall, le fou génial mais sanguinaire qui hantait mes cauchemars d’enfant? (« Maman, Ron Hextall est encore sous mon lit… il veut me tuer! ») Honnêtement, mon intuition me dit que le DG des Flyers aurait fait là toute une erreur de distribution.

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