Guerre de nerfs (Jean Charest/Bruce Boudreau)

8 mai 2010 à 6:41   | Publié dans Chroniques politiques | 1 Commentaire
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Jean Charest (photo tirée de Cyberpresse, droits d’auteur : Gesca); Bruce Boudreau (photo tirée de Cyberpresse, droits d’auteur : AP)

Les séries éliminatoires sont au hockey ce qu’une campagne électorale est à la politique: un sprint, des heures de fou où on carbure à l’adrénaline et pendant lesquelles à peu près tous les autres volets de la vie des politiciens et des athlètes – famille, amis, loisirs – prennent le bord. La même situation s’applique aux autres participants à cette folle aventure, notamment les journalistes et les employés des organisations politiques et sportives.

Tous ceux qui croient que le sport n’a rien de « politique » dans le sens large du terme devront se raviser. Pendant les séries éliminatoires encore plus que pendant la saison, les athlètes et les entraîneurs se livrent une guerre de nerfs tant en dehors de la patinoire que sur la glace. Plusieurs d’entre eux y vont de déclarations controversées et des tactiques plus ou moins subtiles dans le but de déstabiliser l’adversaire. Ces déclarations font dévier l’attention sur des détails qui n’ont pas une grande influence sur le jeu lui-même, mais qui font vadrouiller la meute de journalistes et de sympathisants qui gravitent autour des partis et des équipes.

Beaucoup de bruit pour rien

Il est courant, en politique, de faire mousser tout un scandale autour de déclarations plus ou moins controversées d’un personnage afin de détourner l’attention des « vraies affaires », comme on dit, c’est-à-dire de dossiers importants comme le budget, l’état des routes, les résultats des élèves à l’écoles, les soins donnés dans les hôpitaux… On jette de la boue sur l’adversaire pour détourner l’attention de ses propres échecs. Jean Charest, premier ministre du Québec et chef du Parti libéral, est passé maître dans l’art de faire ce genre d’écran de fumée.

Pendant la campagne électorale de 2007, Charest avait fait ses choux gras de déclarations naïves (et parfois même imbéciles) de candidats peu expérimentés de l’Action démocratique du Québec. Les recherchistes du PLQ avaient fouillé le passé de tous les candidats adéquistes et avaient déterré toutes les déclarations, les textes et même les photos de pages Facebook qui pouvaient le moindrement causer de l’embarras à l’ADQ. Ainsi, le jeune Martin Otis, candidat dans la circonscription de Gatineau, avait candidement avoué avoir été « parachuté » dans le comté (envoyé dans le comté d’une autre région de la province), mais que par respect pour les électeurs, il ferait son possible pour faire du porte-à-porte les fins de semaine. Jean Charest s’était moqué sans retenue du jeune homme, alors que son parti, comme tous les partis d’ailleurs, comptait sur des candidats « poteaux », ces candidats sans aucune chance de l’emporter mais qui permettent à leur parti d’être représentés dans tous les comtés, condition indispensable pour participer au débat des chefs. « Le poteau s’est planté », a commenté Charest dans un bel élan d’hypocrisie. Un autre candidat adéquiste, Jean-Lévy Champagne dans Hochelaga-Maisonneuve, a été victime de sa page Facebook, dans laquelle le jeune étudiant avait affichée une photo de party le représentant costumé avec un simple feuillage pour préserver la pudeur.

Il est certes utile de prêter attention à ces détails. En général, ces incidents insignifiants n’ont en soi rien d’important. Cependant, si un politicien accumule les gaffes, il devient peu à peu un boulet pour son parti, et se fait éventuellement montrer la porte. C’est ce qui est arrivé à André Boisclair, dont l’échec a moins à voir avec son homosexualité et sa consommation passée de cocaïne, qu’avec son manque flagrant de jugement vis-à-vis des médias et de son propre parti. D’un autre côté, il est désolant de constater à quel point la vie politique peut tourner autour de ces niaiseries.

Mes années de militantisme politique et mes deux campagnes électorales à titre de candidate me permettent de vous confirmer qu’il se gaspille une somme épouvantablement monumentale d’énergie, de temps et d’efforts à gérer ce genre d’âneries qui n’ont rien à voir avec le système de santé, le réseau d’éducation, les finances publiques ou les autres enjeux cruciaux pour l’avenir de notre société. C’est d’ailleurs en partie ce qui explique mon retrait de la politique après les élections de 2008. La majorité des gens qui entrent en politique, que ce soit à titre d’employé, de bénévole ou de candidat, le font avec l’intention sincère d’améliorer le sort des gens et de faire évoluer la société pour le mieux. Nombre d’entre eux, comme moi, quittent la politique, parfaitement dégoûtés par un immobilisme crasse qui éteindrait l’enthousiasme de n’importe quel volontaire, eût-il l’énergie d’un P.K. Subban.

Je te tiens par la barbichette…

Même pendant la saison, des propos hors glace peuvent retenir l’attention des journalistes et des amateurs. Citons l’escarmouche entre le joueur Maxim Lapierre et l’analyste Pierre McGuire lorsque ce dernier a affirmé que le jeune homme se faisait une réputation de lâche dans la LNH.

Cependant, pendant les séries éliminatoires comme dans les campagnes électorales, la guerre des mots bat son plein. Cette année, chez les Canadiens de Montréal, c’est Tomas Plekanec qui l’a involontairement lancée en affirmant que les gardiens des Capitals de Washington n’étaient pas Martin Brodeur ni Ryan Miller. José Théodore, le gardien partant des Caps, a rétorqué « Tomas qui? Jagr? » en faisant allusion à Jaromir Jagr, brillant attaquant autrefois membre du Tricolore. Plekanec lui a cloué le bec en comptant le but gagnant de la première partie de la série. Puis Alex Ovechkin, des Caps, a prétendu avoir vu la main de Jaroslav Halák trembler; Mike Green a affirmé que les Canadiens n’avaient pas beaucoup de ressources pour battre son équipe. Bruce Boudreau, l’entraîneur-chef de Washington, a laissé entendre que Jacques Martin, celui de Montréal, avait peut-être espionné l’un de ses entraînements. Boudreau et les Capitals pensaient utiliser la cohorte de journalistes montréalais à leur avantage pour déstabiliser les Canadiens, en jouant un genre de jeu de chicken dans lequel ils croyaient bien avoir le dernier mot. Ils étaient bien naïfs : les joueurs du Tricolore, habitués au zoo médiatique, n’ont pas bronché et se sont concentrés sur le jeu, avec le résultat qu’on connaît.

En deuxième ronde, Matt Cooke, des Penguins de Pittsburgh, sous-entendu que le jeune défenseur P.K. Subban, des Canadiens, faisait exprès de tourner sa lame de patin vers le haut lorsqu’il se faisait mettre en échec pour tenter de blesser ses adversaires. Peine perdu : le Canadien a fait le gros dos, et la série est maintenant égale à 2-2. Par ailleurs, les Penguins ne semblent pas vouloir s’embarquer dans le même genre de duel médiatique qui a fini par ridiculiser les Capitals. On peut quand même s’attendre à quelques autres escarmouches verbales d’ici la fin de la ronde. Et, sait-on jamais, à un autre chapitre contre les Bruins de Boston ou les Flyers de Philadelphie, puisque nos glorieux Schtroumpfs n’ont peut-être pas fini de nous surprendre.

Varia :
- Non, je ne crois pas à une conspiration anti-Canadiens chez les arbitres. Il y a certains soirs, toutefois, où ma raison vacille et je commence à croire vraiment que certaines vedettes sont vraiment protégées par les zèbres. Visionnez la vidéo des punitions non signalées contre les Penguins lors du quatrième match.

- Sidney Crosby me déçoit beaucoup. Je ne voulais pas croire qu’il se comporte vraiment comme une princesse qui aurait mal dormi la nuit dernière à cause d’un petit pois sous son matelas. J’ai changé d’avis depuis, et cette vidéo devrait contribuer à convaincre les sceptiques.

- Retour sur mon billet précédent : je vous parlais de l’attitude des fans d’ailleurs. À ma connaissance, rien ne bat les fans des Rangers de New York pendant la série éliminatoire de 2003 contre les Devils du New Jersey. Martin Brodeur venait de se faire remettre ses papiers de divorce suite à une aventure avec la femme de son beau-frère. Dans les gradins du Madison Square Garden, des spectateurs brandissaient des pancartes se moquant de ses déboires conjugaux, notamment une parodie des publicités de MasterCard : Billet pour un match des séries : 95 $. Pension alimentaire à ton ex : 9 millions $. Coucher avec ta belle-sœur : ça n’a pas de prix. » Ça n’a tout de même pas empêché les Devils de remporter la Coupe Stanley cette année-là. La dureté du mental…

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  1. [...] jeune Martin Otis, candidat [note: ADQ!] dans la circonscription de Gatineau, avait candidement avoué avoir été « parachuté » dans le comté [...], mais que par respect pour les électeurs, il [...]


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