Gestion de crise (André Boisclair/Andrei Markov)
4 février 2010 à 9:13 | Publié dans Chroniques politiques | 1 CommentaireTags : André Boisclair, Andrei Markov, Blackhawks, Canadiens, Carey Price, Chicago, cocaïne, Josh Gorges, Maxim Lapierre, Parti québécois, Patrick Kane

Photomontage d’après la Presse canadienne (André Boisclair, repris dans canoe.ca) et canadiens.com (Andrei Markov, repris dans fanatique.ca)
Lorsqu’on se met les pieds dans les plats, la meilleure façon de s’en sortir est souvent de tout avouer immédiatement en exprimant ses regrets et en affirmant avoir tiré une précieuse leçon de ses erreurs. Tiger Woods aurait dû suivre ce précepte : ses longues journées de silence, à l’ère de l’information-minute, auront probablement causé plus de dommage que le nombre réel ou supposé de ses maîtresses.
Pendant mes années de militantisme politique, la pire gestion de crise qu’il m’a été donnée de voir est celle qui a entouré l’affaire Boisclair. En pleine course à la chefferie du Parti québécois, les médias ont révélé qu’André Boisclair, le principal candidat de cette course et ancien ministre des Affaires municipales et de l’Environnement, avait autrefois consommé de la cocaïne alors qu’il était en exercice. Pétri d’orgueil, Boisclair a d’abord évité de répondre, malgré les preuves manifestes. Il a ensuite parlé d’« erreurs de jeunesse », avant que les médias réussissent à prouver qu’il avait consommé alors qu’il était ministre. Acculé au pied du mur, le candidat a fini par admettre l’évidence, avant de se déclarer victime des journalistes – un truc qui ne fonctionne jamais – puis d’affirmer, chaque fois que quelqu’un revenait sur le sujet, qu’il voulait « parler d’autre chose » – un truc qui fonctionne encore moins que le précédent.
Boisclair a remporté la course de justesse, mais a lamentablement perdu les élections générales qui ont suivi quelques mois après. Cette gestion de crise complètement catastrophique, en plus de conduire la carrière de du jeune politicien au naufrage, a causé des dommages profonds au Parti québécois. Peu après la démission de Boisclair, c’est une formation amochée et divisée que Pauline Marois a repris en main. Si Boisclair avait admis dès le départ qu’il avait consommé, il aurait pu limiter les dégâts : il aurait pu prétendre que l’ivresse du pouvoir lui avait monté à la tête, mais qu’il s’était repris à temps, et que cette dangereuse erreur avait fait de lui un homme plus mûr et plus réfléchi. Comme les Québécois aiment les repentis, on peut parier qu’ils lui auraient pardonné assez facilement.
Pourquoi l’altercation entre Andrei Markov et Carey Price a provoqué beaucoup plus de réactions que celle entre Michael Cammalleri et Maxim Lapierre? À la défense de Price, il faut mentionner que le jeune gardien est actuellement la cible préférée des éternels insatisfaits toujours à la recherche de coupables. De plus, les disputes font partie du quotidien des vestiaires sportifs. Cependant, si l’incident a suscité autant d’intérêt, c’est qu’il touche indirectement au cœur d’une question qui taraude depuis des semaines les amateurs et les journalistes : Carey Price a-t-il, oui ou non, des problèmes d’attitude envers ses coéquipiers qui nuisent au rendement de l’équipe? Malgré toute l’attention qu’ils retiennent, les gardiens ne sont vraiment pas le principal problème du Canadien. Cependant, le comportement de Price – bris de bâtons, blâmes envers ses défenseurs, départs prématurés de l’entraînement et de la période d’échauffement alors qu’il ne joue pas le match du même soir – soulève des inquiétudes chez les observateurs depuis déjà un certain temps.
Les journalistes auraient pu épargner beaucoup de temps et de salive à tout le monde en posant directement aux joueurs cette seule question sur les relations entre Price et le reste de l’équipe. Malheureusement, la majorité d’entre eux ont préféré chipoter sur les détails de l’incident, insister pour avoir la teneur exacte des propos tenus et gloser sur leur signification; bref, au lieu de s’attaquer au cœur du problème, ils ont tourné autour du pot. De quoi avaient-ils peur? De se faire haïr des joueurs? De se faire expulser du vestiaire?
Le joueur à qui a été confiée la « gestion de crise », Andrei Markov, s’est révélé lamentable dans cet exercice. Il a accusé les journalistes de « chercher des histoires » avant de leur déclarer tout net qu’ils devaient supporter l’équipe en ces temps difficiles! Je ne sais pas si notre meilleur défenseur a une conception soviétique du rôle des médias, mais le rôle fondamental du journaliste, celle qui définit sa profession, est de rapporter les faits. Quant au Canadien, il compte déjà sur un service de communication et un service de marketing pour lessiver le cerveau de sa clientèle. D’ailleurs, l’accusation de Markov était parfaitement injuste : certes, l’incident a fait beaucoup de bruit, mais la plupart des commentateurs ont rappelé que ces prises de becs sont monnaie courante dans les équipes professionnelles de sport, voire même positives dans la mesure ou elles permettent de régler des conflits latents.
De son côté, Maxim Lapierre nous a ressorti la rhétorique éculée de la « famille unie » et des « frères qui se chicanent ». Personnellement, je ne connais aucune famille dont les frères et sœurs ont chacun leur agent et renégocient leur contrat avec leurs parents à des intervalles de quelques années. Josh Gorges, réputé le meilleur ami de Price dans le vestiaire, a livré une réponse encore pire : « Je présume que ça vient avec le fait d’être gardien de but à Montréal », a-t-il déclaré, comme si cette excuse représentait une absolution de tout ce qui pouvait être reproché à son camarade. Personne n’a pensé à demander à Gorges pourquoi les mêmes blâmes ne sont pas adressés à l’autre gardien, Jaroslav Halák? Carey Price lui-même n’a pas aidé sa cause avec sa momerie sur la patinoire, lorsqu’il a fait un câlin à Markov tout en souriant aux caméras d’un air narquois. Price est réputé pour son sens de l’humour, mais il en a déjà fait un meilleur usage que dans ce cas-ci.
Qu’auraient pu faire Markov et les autres pour répondre de façon satisfaisante aux questions tout en sauvant la face et en protégeant la confidentialité des affaires de vestiaire? Plutôt que de prendre les journalistes à rebrousse-poil, ils auraient pu se montrer « désolés que cet incident ait soulevé les inquiétudes du public » (c’est toujours une bonne chose de tenir compte des sentiments du public, c’est lui qui paie après tout); expliquer que des athlètes professionnels « ont souvent une forte personnalité » (pour indiquer au passage que Price n’est pas le seul doté d’un caractère bien trempé); et rassurer les gens en rappelant que de tels incidents donnaient l’occasion aux joueurs de régler des malentendus (afin que les partisans y voient des retombées positives plutôt que des raisons de s’inquiéter). La façon dont les joueurs du Tricolore, embarrassés, ont tout fait pour minimiser l’affaire et ont traité les journalistes de haut n’a rien de rassurant, bien au contraire. On sentait que la tension n’avait pas disparu. L’incident est clos, mais le malaise demeure.
Voulez-vous un exemple de « gestion de crise » bien faite? Regardez du côté de Chicago. Le 23 janvier dernier, après une défaite gênante de 5-1 à Vancouver aux mains des Canucks, des joueurs des Blackhawks ont fait la fête torses nus dans une limousine avec une flopée de jolies filles. Évidemment, les photos ont rapidement fait le tour de la planète Web. L’un des joueurs concernés, Patrick Kane, a déclaré : « Ce n’est pas comme ça qu’on veut représenter l’équipe, mais on en a discuté à l’interne avec l’équipe. Ça s’est réglé dans le vestiaire. » L’enfant terrible des Blackhawks, qui avait eu une dispute l’été dernier avec un chauffeur de taxi pour une histoire de vingt cents, a ajouté : « J’ai 21 ans. Il est probablement temps de grandir un peu. » Rassurés, les médias ont tourné l’histoire en dérision : sans faire tout un plat de l’histoire, ils se sont quand même fait plaisir en se payant la tête des joueurs. La direction a rapidement déploré l’évènement avant de déclarer l’affaire close.
Voilà comment emballer un incident en peu de temps. Pas besoin de déchirer ses vêtements, ni de se raser la tête et de verser des cendres dessus. Vous faites un petit acte de contrition, vous déclarez avoir acquis de l’expérience et vous mettez le public dans votre petite poche arrière. Mais pour ça, il faut mettre son orgueil de côté. Plusieurs joueurs du Canadien en semblent tout bonnement incapables.
Alors que la blogosphère sportive montréalaise est repartie dans un autre cycle de « Careybashing », je suis désolée que mon nouveau billet porte sur un autre incident concernant Carey Price. Cependant, je m’attarde davantage aux réactions de ses coéquipiers que sur sa propre contribution. Dans un précédent billet, je vous avais avertis que Price reviendrait souvent dans mon blogue, puisque je parle d’image publique et que Price, à cause de sa position et de son impulsivité, est vulnérable aux incidents médiatisés.
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Intéressant comme toujours! Le canadien devrait embaucher Jean Charest comme gestionnaire de crise! L’étouffeur professionnel saurait endormir les foules et pourrait même augmenter le prix des billets…
Phil
Commentaire par Philip— 5 février 2010 #