Coup de sang (Jean Charest/Carey Price)
26 janvier 2010 at 7:00 | In Non classé | Leave a CommentTags: Benoît Pouliot, Blues, Cam Janssen, Carey Price, chienne, Dan Carcillo, Elsie Lefebvre, Flyers, Georges Laraque, Jean Charest, Josh Gorges, Marian Gaborik, Michael Cammalleri, Michel Villeneuve, Olivier Ford, Rangers, Red Fisher, Roman Hamrlik, Ryan O'Byrne, St-Louis
Le photomontage ci-dessus est réalisé à partir d’une photo de Jean Charest (©Le Devoir) et de l’arbitre François St-Laurent contenant Carey Price alors qu’il veut s’en prendre à Cam Janssen (©Reuters).
Dans des domaines de représentation publique comme la politique et le hockey, l’émotion est un ingrédient important, à condition de savoir le maîtriser. Les deux anecdotes qui suivent démontrent que l’émotion mal encadrée peut entraîner des résultats discutables.
« H%#&ie de chienne »
Le 15 juin 2005, pendant la période de questions à l’Assemble nationale, Elsie Lefebvre, députée péquiste de Laurier-Dorion et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’action communautaire, demande au premier ministre Jean Charest pourquoi la Croix-Rouge recevrait dorénavant une partie des dons des employés de l’État retenus directement sur leur salaire, alors qu’ils étaient jusque là entièrement versés à Centraide. Mme Lefebvre a insinué que l’épouse de M. Charest, Michèle Dionne, qui était cette année-là présidente d’honneur de la campagne de financement de la Croix-Rouge, avait pu jouer de son influence pour obtenir cette décision.
Mme Lefebvre a commis une grave infraction à une loi non écrite de la politique québécoise : ne jamais, au grand jamais, toucher à la famille d’un politicien, sauf pour porter de graves accusations que l’on doit appuyer de preuves en béton. Après avoir exprimé son dégoût envers la députée avec une vivacité qu’on lui voit rarement, M. Charest s’est rassis en jetant son micro sur le sol et a prononcé les mots : « h%#&ie de chienne ». Les grossièretés sont fréquentes à l’Assemblée nationale, mais celle-ci, captée par la caméra, a fait scandale et a forcé le premier ministre à s’excuser.
Sans ce dérapage, M. Charest aurait pu garder le gros bout du bâton dans cette affaire, car la députée Lefebvre s’était mise dans de beaux draps avec cette question déplacée, que l’équipe parlementaire péquiste lui avait de toute évidence mise dans les mains. Normalement, elle aurait dû s’excuser, mais la gaffe verbale du premier ministre lui a permis de jouer aux victimes en s’affirmant « blessée », et elle s’en est finalement tirée à très bon compte. Dommage pour Jean Charest que dans l’un des rares moments où il est capable d’exprimer une émotion sincère – et Dieu sait que notre politique en manque – il soit incapable de la contrôler pour en tirer des résultats positifs.
J’vas te péter la gueule
Cam Janssen a-t-il intentionnellement donné une mise en échec à Carey Price, lors du match de mercredi dernier opposant les Blues de St-Louis aux Canadiens de Montréal? Le gardien a-t-il, au contraire, fait exprès de se mettre dans le chemin du robuste attaquant? Quoi qu’il en soit, la violence de la collision a surpris Price lui-même. Alors que son défenseur Roman Hamrlik s’est rué sur Janssen, Price a jeté les gants et a tiré sur le chandail d’Hamrlik pour le tasser de côté et régler lui-même ses comptes. La foule l’a bruyamment applaudi avant qu’un officiel ne vienne le contenir. Il a fait preuve de caractère, selon plusieurs internautes et même l’animateur de La Zone, Michel Villeneuve. Red Fisher, chroniqueur de la Gazette et vénérable doyen de tous les commentateurs sportifs de la Sainte-Flanelle, n’est pas de cet avis, lui qui qualifie cette décision de [traduction] « décision la plus stupide de la semaine ».
Malheureusement pour Price, M. Fisher a raison. On a tendance à l’oublier, mais les bagarres comportent un grand risque de blessure. Déjà, lors du match contre les Rangers de New York, le dimanche précédent, les amateurs et les commentateurs n’étaient pas tous à l’aise avec la décision de Benoît Pouliot de se battre contre Wade Redden. Pouliot est l’un des meilleurs marqueurs du Tricolore ces temps-ci; une blessure au poignet l’a déjà tenu à l’écart de la patinoire plusieurs semaines. Que se serait-il passé s’il s’était blessé de nouveau? L’initiative de Pouliot pouvait toujours se défendre : lors d’un match où les Canadiens se faisaient rudoyer sans cesse par leurs adversaires, seuls le défenseur Josh Gorges et lui s’étaient décidés à jeter les gants, pendant que le justicier attitré, Georges Laraque, était cloué sur le banc, ignorant que le directeur général Bob Gainey avait déjà décidé de le renvoyer.
Normalement, les bagarres sont réservées aux costauds. Les joueurs étoiles sont épargnés, d’où les vives critiques à l’endroit de Dan Carcillo, des Flyers de Philadelphie, lorsqu’il a jeté les gants contre la vedette des Rangers, Marian Gaborik. Quant aux gardiens, leurs coéquipiers les protègent carrément comme des vestales intouchables. Si leurs adversaires collent leur gardien de trop près, ils leur rendent une petite visite « amicale » pour leur rappeler qu’il n’est pas trop bon pour leur santé de s’approcher autant de la Vierge immaculée. Si le gardien est agressé, le fautif est aussitôt exécuté sans merci. En effet, une équipe n’a que deux gardiens dans son alignement, deux pièces maîtresses de son succès. C’est pour cette même raison que, lors des mêlées devant le filet, le gardien doit se tenir à l’écart et se rendre dans un coin de la patinoire désigné par l’officiel.
Si Price avait obtenu son combat avec Janssen, celui-ci aurait pu l’envoyer à l’infirmerie pour longtemps. Son entraîneur Jacques Martin n’aurait sans doute pas été heureux, lui qui compte entre autres sur ses deux gardiens pour amener son équipe en séries. Par conséquent, la décision raisonnable qu’aurait dû prendre Price était de laisser mononcle Roman et les autres joueurs donner la fessée à Janssen. Certains ont critiqué Hamrlik pour son manque de vigueur, mais l’interférence de Price ne lui a pas vraiment donné la chance de donner à Janssen la correction souhaitée. Blessé dans son orgueil, le jeune gardien a voulu maladroitement prouver qu’il était un homme en se défendant lui-même. « Or, nous, c’est devant le but que nous voulons le voir… » a expliqué le défenseur tchèque avec justesse. La réaction de Price était parfaitement compréhensible dans les circonstances, mais espérons que ses entraîneurs lui ont expliqué l’importance de ne plus refaire une pareille erreur. Une leçon de plus dans son apprentissage.
Pour gagner des matchs, encore davantage remporter des séries, l’émotion est un moteur puissant et indispensable, à condition de pouvoir la juguler. « Ce dont nous manquions la veille, c’est la seule chose que nous avions ce soir, a fait remarquer l’attaquant Michael Cammalleri après la défaite contre les Rangers. On a joué avec beaucoup d’émotion et l’intention était là. Mais il nous aurait fallu faire plus attention aux détails, être plus efficace dans notre exécution, et ne pas essayer de seulement jouer sur l’émotion. »
Parfaitement dit.
*************
En vrac :
- Ce n’était décidément pas une bonne semaine pour Carey Price. Lundi, Le Journal de Montréal a publié une annonce du concessionnaire Olivier Ford, dont Price est le porte-parole. Le jeune homme, l’air parfaitement niais, y brandit un trousseau de clés à côté du slogan : « Mon arrêt clef sur la Rive-Sud, c’est Olivier Ford ». « Dommage que son arrêt clef ne soit pas au centre-ville », a aussitôt répliqué un internaute sarcastique. C’est d’autant plus dommage que Price, de loin le plus photogénique de l’équipe depuis le départ d’Alex Kovalev, nous avait habitué à des clichés splendides (je ne parle pas ici de ses photos de vacances). Ce n’est pas la fin du monde, mais je sens que des amateurs de Photoshop vont s’amuser…
- En quoi Georges Laraque était-il devenu une distraction? Tout simplement en faisant parler de lui davantage pour ce qu’il disait et faisait hors de la glace que sur la glace. Morale de l’histoire : même si vous êtes le gars le plus fin du monde, si vous ne livrez pas la marchandise, vous êtes remplaçable. Déjà, Ryan O’Byrne s’est affirmé comme pugiliste samedi soir, en caressant Aaron Voros de ses poings lors du match revanche contre les Rangers.
Pas encore de commentaires »
Flux RSS des commentaires de cet article. URI de Trackback
Laisser un commentaire
Publié sur WordPress. | Theme: Pool by Borja Fernandez.
Entries and comments feeds.

