Juge et partie (affaire Villanueva/affaire Burrows-Auger)

17 janvier 2010 à 4:42   | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaire
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Pardon de cette longue pause dans mes billets. Le temps des Fêtes et le syndrome de la page blanche m’ont fait renouer avec ce blogue plus tard que prévu.

N’importe quel organisme qui veut démontrer sa probité fait examiner ses comptes et ses structures par une entité indépendante. Ainsi, de nombreuses entreprises font vérifier leurs livres comptables par des firmes spécialisées comme Deloitte et Touche ou McCarthy Tétreault. La Vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, jouit d’une indépendance totale vis-à-vis du gouvernement, ce qui lui a permis de fouiller le Programme des commandites malgré les protestations du gouvernement libéral de l’époque. Son homologue provincial au Québec, Renaud Lachance, n’hésite pas à tancer le gouvernement sur des dossiers sensibles comme les finances publiques et l’octroi de contrats dans le secteur des transports.

Dans le milieu policier, lorsqu’une intervention tourne au vinaigre et qu’il faut enquêter sur le travail des agents, cette tâche est confiée à un autre corps de police que celui auquel appartient le ou les policiers impliqués. C’est ainsi que, lors de l’affaire Villanueva, la Sûreté du Québec (SQ) s’est vu confier l’enquête sur l’incident pendant lequel un policier du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a abattu un jeune homme de 18 ans à Montréal-Nord. Or, de nombreux critiques ont affirmé que la SQ n’avait pas l’indépendance nécessaire en de telles circonstances, puisqu’une trop grande proximité existait entre les policiers, et que nombre d’entre eux avaient travaillé successivement pour les deux corps de police. De plus, plusieurs bévues ont été commises lors de l’enquête, la plus grave étant de ne pas séparer et interroger immédiatement les deux policiers en cause. Évidemment, plusieurs en ont déduit que la SQ était de connivence avec le SPVM dans cette affaire.

En Ontario, les enquêtes sur le travail des policiers sont confiées à l’Unité des enquêtes spéciales (UES), une entité indépendante où travaillent des civils et d’anciens policiers, et ces derniers ne peuvent pas enquêter sur leurs anciens employeurs. L’ancien dirigeant de l’UES, André Marin, a vertement critiqué la prise en charge de l’affaire par la SQ, éberlué que les agents n’aient toujours pas été interrogés trois jours après le drame.

En plus d’alimenter la méfiance des gens de Montréal-Nord envers les policiers, la gestion brouillonne de l’enquête mine la crédibilité des résultats. Par conséquent, même s’il s’avérait que les deux policiers n’aient rien à se reprocher, le reste de leur carrière sera entaché par le soupçon.

*****

Affiche d'un film de Jean-Pierre Mocky, sorti en 1983, avec Michel Serreault et Eddy Mitchell. Ceci n'est pas un encouragement à la violence contre les arbitres.

Le 11 janvier dernier, lors  de la période d’échauffement précédant un match entre les Canucks de Vancouver et les Predators de Nashville, l’arbitre Stéphane Auger glisse quelques mots à l’ailier gauche Alexandre Burrows, des Canucks. La scène est filmée, mais personne n’entend ce que les deux hommes se disent. Plus tard, en troisième période, Auger décerne coup sur coup à Burrows deux pénalités qui, de l’avis de tous les experts, sont totalement injustifiées. Après le match, Burrows affirme qu’Auger lui a déclaré, à la période d’échauffement, vouloir se venger de lui pour l’avoir fait mal paraître lors du match du 8 décembre précédent entre les deux formations. À ce match, Auger avait décerné une pénalité à Jerred Smithson, qui avait servi une mise en échec à Burrows, mais il s’est avéré par la suite que ce dernier avait « plongé », c’est-à-dire qu’il s’était laissé choir pour que son adversaire écope d’une pénalité.

La Ligue nationale de hockey (LNH), déjà durement critiquée pour la qualité de son arbitrage, s’est retrouvée dans l’embarras suite à la déclaration de Burrows. Comme elle n’avait que sa parole contre celle d’Auger, elle s’est empressée d’étouffer l’affaire en donnant l’absolution à son arbitre et en infligeant une amende de 2 500 $ au joueur. Cette dernière sanction, l’équivalent d’une tape sur les doigts, laisse penser que la Ligue accorde une certaine crédibilité à la version de Burrows. Il faut mentionner, à la défense de la LNH, que la saison bat son plein : il est donc logique de vouloir éteindre rapidement une polémique qui n’aurait fait que grandir d’un match à l’autre. Si elle avait laissé Burrows impuni, combien d’autres joueurs, entraîneurs et directeurs généraux auraient déversé leur fiel sur les « zèbres » match après match? Si cette controverse avait eu lieu avant un long congé, par exemple avant la pause olympique ou vers la fin des séries, la Ligue aurait eu une plus grande marge de manœuvre pour effectuer une enquête véritablement transparente.

Malgré tout, on constate encore que la priorité absolue de la LNH est de sauver la face, puisqu’elle embauche et gère directement les arbitres. Déjà, de nombreux observateurs prédisent qu’Auger n’arbitrera aucun match des séries, et que son contrat ne sera probablement pas renouvelé l’été prochain. C’est ce qu’on appelle se faire mettre sur la voie de garage. Malgré tout, cette façon de procéder en catimini ne fait rien pour redorer l’image de la Ligue. Déjà, on l’accuse d’être partiale lorsqu’il s’agit de décerner des suspensions. Ainsi, Mike Richards, une vedette des Flyers de Philadelphie, a assommé David Booth, des Panthers de la Floride, le 24 octobre dernier. Victime d’une commotion cérébrale, Booth manquera le reste de la saison, Pourtant, Richards n’a reçu aucune sanction. Alex Ovechkin (Capitals de Washington), présentement la plus grande star de la Ligue avec Sidney Crosby (Penguins de Pittsburgh), est demeuré impuni malgré plusieurs coups vicieux sur d’autres joueurs. En décembre dernier, il a enfin reçu une suspension de deux matchs pour avoir sorti le genou contre Tim Gleason (Hurricanes de la Caroline). Incidemment, Ovechkin, qui s’est amoché le genou en portant ce coup, aurait manqué au moins l’un de ces deux parties à cause de cette blessure.

Devant cette gestion maladroite et pusillanime, les amateurs désenchantés expriment à haute voix leur cynisme, doutant de plus en plus de l’intégrité de la Ligue. C’est ce qui arrive lorsqu’on agit à la fois en juge et partie.

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Varia :

- Carey Price connaît une baisse de popularité sans précédent. C’est un signe infaillible que les médias flairent l’odeur du sang lorsqu’ils commencent à donner des renseignements qu’ils gardaient auparavant pour eux. Ainsi, on a appris que Price se faisait sarcastiquement surnommer « Superstar » par ses coéquipiers l’an passé, et qu’à la fin des entraînements avant les matchs et des périodes d’échauffement, il quitte la patinoire avant son collègue Jaroslav Halák même lorsque ce dernier est désigné pour garder les buts, ce qui contraire au protocole en vigueur depuis longtemps dans la LNH. Sur les réseaux sociaux, on se déchaîne contre le jeune gardien au moral ébranlé.

Malgré tout, ce serait idéal si tous les fans d’Halák, et surtout les dénigreurs de Price déguisés en fans d’Halák, prennent exemple sur le Slovaque et démontrent la même courtoisie et le même respect dont il a toujours fait preuve.

- Si vous êtes comme moi, il n’a fallu que quelques heures pour vous écœurer de la surenchère médiatique autour du tremblement de terre en Haïti. CNN a porté cette exploitation à son paroxysme en plaquant une caméra à quelques pouces du visage d’une petite fille à moitié ensevelie et en le montrant à la télévision durant des heures pendant que la pauvre enfant attendait patiemment que les secouristes aient fini de déblayer les décombres qui l’emprisonnaient (la malheureuse est décédée de ses blessures après qu’ils aient réussi à la dégager et à l’amener à un médecin).

Malgré tout, derrière cette guerre de cotes d’écoutes, il y a d’innombrables humains dans une profonde détresse, alors soyez gentils et donnez à la Croix-Rouge ou à Unicef, qui s’occupent de secourir les sinistrés.  Merci.

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