Une image vaut mille mots

8 décembre 2009 à 2:41 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaire
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Aujourd’hui, pour faire changement, laissons la politique de côté et prenons le hockey comme prétexte pour faire un petit tour du côté de l’art visuel.

Nos amis les journalistes seraient probablement d’accord : leurs collègues photographes ne reçoivent pas suffisamment de félicitations pour leur travail particulier. Probablement qu’ils mitraillent la scène pour ensuite retenir les meilleures photos, mais quand même, il est probablement compliqué de bien photographier des athlètes en pleine action. J’ai, dans mon disque dur, une collection complète de photos de gardiens de but fixant du regard une rondelle en plein vol. Je trouve ces photos fascinantes, comme si ces gardiens harponnaient la rondelle de leurs yeux.

Par ailleurs, il y a de ces photos qui sont tellement expressives qu’elles en valent presque un poème. On n’a qu’à penser à la fameuse photo de Maurice Richard, qui fixe l’objectif avec ce regard de feu, comme s’il allait foncer sur le photographe sans s’arrêter. Qui est-il, ce photographe, au fait? Un illustre inconnu : la photo serait tirée des archives des Canadiens de Montréal.

Il y a également des photos qui font penser à de véritables peintures. Le 7 octobre dernier, à Vancouver, les Canucks rossaient les Canadiens en leur infligeant sept buts contre un seul. Remplacé par Jaroslav Halák en fin de partie, le gardien Carey Price s’est calmement assis parmi ses coéquipiers, partageant ainsi le sort de son équipe jusqu’au bout. C’est à ce moment que cette photo a été prise.

Photo : Andy Clark, Reuters

Dans une reprise du célèbre thème du blogue de Patrick Lagacé, « Pourquoi suis-je fasciné par cette photo? », je me suis creusé les méninges pour savoir ce que me rappelait cette image. La réponse m’est venue subitement pendant une journée de travail : il s’agissait des Ménines, célèbres tableau de Diego Vélasquez, peintre marquant de l’art espagnol. Ce tableau, qui représente une scène de la cour royale d’Espagne en 1656, est également l’un des chefs-d’œuvres de l’art occidental.

Diego Vélasquez, Les Ménines, Musée du Prado, 1656

Pourquoi ce lien persistant dans ma tête? Probablement ce regard inquisiteur de la petite infante Marguerite Thérèse, par rapport à celui, rêveur, de Carey Price au centre de ses coéquipiers. Probablement aussi à cause de toutes ces personnes, servantes, nains et hommes de cour qui s’agitent autour de la petite fille immobile, tout comme les joueurs entrent et sortent du banc du Canadien dans un tourbillon autour de leur gardien statufié dans la défaite.

Je ne sais pas. C’est peut-être d’une sensibilité excessive de ma part, mais cette photo suscite la compassion. On devrait remercier les photographes qui capturent ces moments et les fixent pour la postérité. Par exemple, lorsque les Red Wings de Détroit ont remporté la Coupe Stanley de 2008, on se rappelle de la photographie de leurs rivaux, les Penguins de Pittsburgh, affalés sur la glace, abattus par la défaite. Cette photo a été si marquante qu’au début de la saison suivante, elle a fait l’objet d’une annonce publicitaire de la Ligue nationale de hockey, dans laquelle Sidney Crosby, le capitaine des Penguins, affirmait : « Je ne veux plus jamais me retrouver sur une telle photo. »

Encore récemment, une autre photo a chatouillé ma mémoire sans que je ne puisse me rappeler immédiatement à quoi elle me faisait penser. Cette image a été prise lors de la défaite de 6-2 des Canadiens contre les Sabres de Buffalo. On y voit le défenseur Jaroslav Spacek tenter de réconforter son gardien, Jaroslav Halák, d’un léger coup de bâton sur la jambière. Tout, chez Halák, la posture, l’inclinaison de la tête, les bras ballants, mais surtout le regard navré du jeune cerbère, déclare à quel point il est dévasté par cette défaite humiliante. D’ailleurs, en entrevue après ce match (cliquez sur ce lien, puis choisissez la vidéo intitulée « En direct du vestiaire du CH et des Sabres »; il s’y trouve à 1:26 au compteur), il paraissait découragé et abattu pour la première fois de la saison, lui qui demeurait toujours imperturbable, même dans la défaite.

Les deux Jaroslav lors de la défaite contre Buffalo
Photo : Associated Press

Il m’a fallu du temps pour retrouver l’image à laquelle me faisait penser cette photo, mais j’y suis parvenue : il s’agit d’une illustration du célèbre graveur Gustave Doré pour La Laitière et le pot au lait, l’une des fables les plus connues de Jean de La Fontaine. On y voit Perrette, le cœur brisé après avoir renversé le pot de lait dont la vente, croyait-elle, lui apporterait la prospérité. « Adieu, veau, vache, cochon, couvée… » Pour comprendre pourquoi les deux images me semblent tellement similaires, allez lire (ou relire) cette fable si connue, laquelle contient de nombreuses expressions maintenant entrées dans l’usage, comme « battre la campagne », « faire des châteaux en Espagne » et « être Gros-Jean comme devant ».

Gustave Doré, La Laitière et le pot au lait
Gustave Doré, La Laitière et le pot au lait

Évidemment, Jaroslav Halák n’a pas la présomption de Perrette, mais après avoir été laissé sur le banc depuis le 10 novembre, il ne s’attendait sûrement pas à ce que son retour se passe aussi mal. Rouillé, laissé à lui-même par ses coéquipiers, il a mal paru dans cette défaite qui ne pouvait que rehausser la brillante prestation de son collègue Carey Price le lendemain, lors du match du Centenaire contre Boston. Heureusement pour Halák, le calendrier surchargé de décembre lui donnera plusieurs occasions de se reprendre.

Lorsque vous mettez des images en ligne, faites de votre mieux pour citer leurs auteurs, qui nous donnent des images inoubliables de nos favoris. Et vous, avez-vous des photos favorites? Y a-t-il des photos qui vous font penser à des images connues?

Varia :
- Vraiment, il était temps que le Centenaire finisse. C’était bien beau, mais après un an, on en avait le cœur au bord des lèvres.
- Après Markov, Gomez et Gionta, voici que le public élit Cammalleri comme saveur du mois en tant que capitaine. Je ne suis pas contre, mais est-ce qu’on pourrait se calmer le pompon avec ces histoires en attendant que tous les principaux candidats soient revenus de l’infirmerie?
- Encore Cammalleri : tant mieux s’il a eu le cran de saluer les anciens Canadiens, mais cela en fait-il le seul joueur à leur témoigner du respect? Peut-être que les autres étaient trop gênés ou intimidés? À leur place, c’est ce que j’aurais ressenti. Ceci dit, « Cammy » semble se débrouiller de mieux en mieux dans la jungle montréalaise.
- Il se peut que je réduise la cadence de mes parutions pendant le temps des Fêtes.

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