Le Québec mis en échec : désavantage aux Québécois
3 novembre 2009 à 7:10 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Bob Sirois, discrimination, francophones, Le Québec mis en échec, LNH, Québécois, repêchage
Tout être humain a le droit de nourrir une estime particulière envers ses racines, son origine et son histoire propres, sans nécessairement tomber dans la xénophobie.
Mieux vaut tard que jamais : voici, pour ceux qui l’attendaient et même ceux qui ne l’attendaient pas, la critique du fameux livre de Bob Sirois qui a tant fait jaser. L’auteur tente d’y démontrer que les Québécois sont victimes de discrimination au sein de la Ligue nationale de hockey (LNH).
Tout d’abord, le débat est-il pertinent? Quant il s’agit de parler de la place des Québécois dans la LNH ou dans l’alignement du Canadien, de nombreux amateurs hurlent à la xénophobie, au chauvinisme, à l’ethnocentrisme, au syndrome d’Hérouxville et autres gentillesses. C’est pourquoi la citation du livre ci-dessus a été mise en exergue, afin de rappeler que la fierté identitaire n’a rien de honteux et s’accorde très bien avec l’ouverture aux autres. Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus, je vous invite à lire l’excellente chronique de Joseph Facal à ce sujet, « La fierté d’un peuple ».
Les Québécois sont-ils véritablement victimes d’une discrimination inconsciente ou assumée? Sans clore le débat de façon irréfutable, l’étude de l’auteur constitue une pièce intéressante à verser au dossier. Si, comme le prétend la maison d’édition, il s’agit là du « dossier le plus étoffé jamais publié sur le sort des joueurs québécois dans la LNH », alors il a besoin d’être étoffé davantage pour devenir convaincant.
Commençons par les faiblesses de l’argumentation. Pour prouver que la langue maternelle joue contre les francophones, M. Sirois compare à l’aide de statistiques le repêchage des Québécois anglophones et francophones, afin de contourner l’argument qui met en cause l’encadrement des joueurs québécois par la Ligue de hockey junior majeur du Québec. L’idée est bonne, mais lorsqu’on regarde les chiffres, deux constats se dégagent. D’abord, plus les années avancent, plus l’écart se rétrécit entre les deux groupes. L’auteur lui-même en prend note, en faisant état d’une « disparition des Québécois anglophones » de la LNH. Les statistiques qu’il offre laissent croire que, si les francophones étaient effectivement discriminés injustement dans les années soixante-dix et quatre-vingt, c’est moins clair en ce qui concerne la dernière décennie. Ensuite, pour comparer la proportion de Québécois anglophones repêchés par rapport à leur représentativité au sein de la population québécoise de 1971 à 2009, il se sert toujours du même chiffre de référence : 8,5 % en 2001, selon Statistique Canada. Or, la proportion d’anglophones n’a pas toujours été à ce niveau. En 1971, par exemple, ils représentaient 13,1 % de la population québécoise. L’écart est faible, direz-vous, mais suffisant pour que l’auteur doive refaire une partie de ses devoirs.
De plus, M. Sirois parle sans cesse du nombre de Québécois repêchés et utilisés, mais sans comparer leurs chiffres à ceux des joueurs venant d’ailleurs. Par conséquent, il est difficile de se faire une idée juste de l’ampleur de cette discrimination envers les francophones. Ma plus grande déception : l’auteur escamote totalement l’arrivée massive des joueurs russes et est-européens sur le marché. Nous n’avons donc aucune idée des effets de cette nouvelle concurrence sur la présence des Québécois (ainsi que des Canadiens et Américains) dans la LNH.
Le travail de Bob Sirois présente quand même plusieurs aspects intéressants… et inquiétants. Il cite d’autres études pour démolir plusieurs mythes : les francophones seraient trop petits, leur jeu défensif serait faible, les gardiens québécois seraient les meilleurs… Il en profite pour pourfendre le fameux hockey canadian auxquels les Québécois seraient incapables de s’adapter… même si personne n’est capable de définir avec précision en quoi consiste ce fameux type de hockey. Le pire sophisme sur les lacunes des Québécois cité dans le livre : « Les francophones ont des déficiences qui ne peuvent se mesurer en statistiques. » Traitez-les donc carrément de demeurés, tant qu’à faire.
Mais le principal mérite de l’auteur consiste à nous ouvrir les yeux sur la réalité du repêchage dans la LNH : il ne s’agit pas d’un bassin unique auquel tous les recruteurs ont le même accès. Comme dans le monde du travail en général, le repêchage est avant tout une affaire de réseautage. Chaque équipe a son réseau de dépisteurs, plus ou moins enracinés dans les différentes régions. Or, les hockeyeurs québécois seraient désavantagés par leur manque de contacts dans le puissant réseau de dépistage anglophone. Les joueurs étoiles comme Vincent Lecavalier et Marc-André Fleury s’en tirent bien, mais c’est au niveau des joueurs de soutien (les fameux « plombiers ») que les Québécois sont gravement désavantagés. M. Sirois le prouve par la disparité du nombre de Québécois entre les équipes : ainsi, les Flyers de Philadelphie et les Sabres de Buffalo, qui ont une tradition bien implantée de recrutement en sol québécois depuis les années soixante-dix, repêchent régulièrement des joueurs de la Belle Province, tandis que les Stars de Dallas et les Hurricanes de la Caroline les boudent totalement. Le repêchage est plus qu’une science inexacte : il dépend également beaucoup des préférences, voire même des préjugés de chaque équipe de recruteurs.
Par conséquent, il est tout à fait défendable de vouloir ramener une équipe de la LNH à Québec et de faire pression sur le Canadien pour qu’il accentue ses efforts de dépistage au Québec. Non pas pour en faire une histoire de « nous contre eux », mais pour que ces deux équipes puissent servir de vitrine au talent québécois, sans pour autant rejeter celui d’ailleurs. À l’époque où il était directeur général, Serge Savard ne se gênait pas pour affirmer qu’à talent égal, il recrutait un Québécois en premier. C’est de bonne guerre, parce qu’il y a probablement davantage de réel talent au Québec qu’on veut nous le faire croire.
Bob Sirois, Le Québec mis en échec, Les Éditions de l’Homme, Montréal, 2009, 288 p.
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Hors-sujet : je n’ai pas le courriel d’Yvon Pedneault, de Canoë, alors quelqu’un peut-il lui expliquer que Jaroslav Halák est Slovaque, et non Tchèque? Ça fait deux fois en moins d’une semaine qu’il fait cette erreur dans ses chroniques. Je sais que c’est un détail pour lui, mais sûrement pas pour le jeune joueur. Tant qu’à parler de sensibilités identitaires…
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