Mutinerie à bord (chefs du PQ/entraîneurs du CH)

27 octobre 2009 at 7:10 | In Chroniques politiques | 5 Comments
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Après quatre victoires, Bob Gainey doit respirer mieux : suite à la défaite contre Ottawa, quelques voix, rares mais perceptibles, avaient déjà, oui, déjà, commencé à remettre en question le jugement de Jacques Martin, selon une bonne vieille habitude des partisans du Canadien. Une habitude qu’ils partagent avec les militants du Parti Québécois.

À l’occasion de la démission du chef péquiste André Boisclair, chroniqueurs et caricaturistes se sont régalés de bons mots sur ce parti qui a la réputation de dévorer ses chefs. Depuis le départ en 1985 de René Lévesque, le chef fondateur, cinq autres ont démissionné, le plus souvent à la suite de dissensions internes. Les trois derniers, Bernard Landry, André Boisclair et Pauline Marois, se sont succédés entre 2001 et 2007. Pour comprendre un tel phénomène, il faut rappeler que le Parti québécois est avant tout une coalition. Divers groupes de militants y poussent chacun les intérêts qui leur tiennent à cœur : les uns veulent accélérer le processus d’accession à la souveraineté, les autres mettent en priorité la défense du français, ceux-ci sont avant tout des militants de gauche, ceux-là représentent les syndicats. De plus, le degré d’intransigeance varie d’un groupe à l’autre : si certains acceptent de mettre en veilleuse leur cause préférée, le temps que le parti reprenne suffisamment de place dans l’échiquier politique, d’autres ne sont prêts à aucun compromis.

Tous les chefs du Parti québécois ont été obligés de ménager ces différentes factions, car ces militants sont aussi de précieux bénévoles, prêts à travailler gratuitement sur le terrain; les « purs et durs » comme on les surnomme, dépensent une énergie folle pour « la cause », donc pour le parti. De plus, tout marginaux qu’ils soient, ces groupes peuvent facilement obtenir de la visibilité dans les médias friands de controverses. Le plus tapageur de ces groupes, le SPQ libre, a même obtenu droit de cité dans le parti. Au Parti libéral du Québec, si pointilleux quand il s’agit de l’obéissance, jamais on n’aurait toléré un tel « État dans l’État ». Même l’ADQ, pourtant moins sévère, aurait trouvé le moyen d’étouffer une telle initiative dans l’œuf. Que la dissension s’exprime, soit, mais dans les règles et le bon goût. D’ailleurs, le SPQ libre est réputé avoir obtenu la tête d’André Boisclair. Avant lui, Lucien Bouchard a claqué la porte en 2001, excédé des reproches qui lui étaient adressés au sein du parti par rapport à l’affaire Michaud. Après plusieurs années de querelles intestines, les « purs et durs » étaient venus à bout de la patience de l’un des premiers ministres les plus charismatiques que le Québec a connus.

Dans un vestiaire de hockey, il y a toujours « un tiers des joueurs qui ne t’aime pas, un tiers des joueurs qui t’aime et un tiers qui balance entre les deux », a expliqué Guy Carbonneau lors de la conférence de presse qui a suivi son congédiement du poste d’entraîneur-chef du Canadien. On lui avait demandé s’il y avait des « pommes pourries »; sans les nommer, M. Carbonneau a fait allusion aux joueurs qui allaient devenir autonomes sans compensation au mois de juillet suivant.

De l’aveu même de Georges Laraque, attaquant du Tricolore, lorsqu’une équipe va mal, il est plus facile de congédier l’entraîneur que les joueurs. De plus, le loquace ailier a confirmé un secret de Polichinelle : la saison dernière, l’équipe était divisée en clans. « Il y a des gars qui ne se parlaient pas, a raconté Laraque. Il y avait des cliques. Les Français ici, les Russes là, les Tchèques dans un coin, les Anglos dans l’autre. Les gars s’occupaient de leurs petites affaires sans jamais penser à l’équipe. »

Tout comme un premier ministre peut être plus populaire auprès de la population que dans son propre parti, un entraîneur peut être plus populaire auprès des partisans que de ses propres joueurs. Les partisans et de nombreux chroniqueurs ont jeté le blâme sur les joueurs, des « bébés gâtés millionnaires », et Guy Carbonneau a reçu une chaleureuse ovation au gala des Artis. Évidemment, on a fébrilement recherché les responsables de son éviction. Les chroniques des joueurnalistes, les blogues de fans et les commentaires connexes ont avancé les spéculations les plus probables comme les plus farfelues : Alex Kovalev, Carey Price, Andrei Markov… et même Mathieu Dandenault! Des mois après ce congédiement, on en discutait encore. Dans cette intrigue qui ressemblait à une mauvaise imitation des romans d’Agatha Christie, Saku Koivu a tenu le rôle de principal suspect. « Koivu a eu la tête d’un autre coach », persiflaient ses détracteurs. Comment, se disait-on, le capitaine pouvait-il toujours occuper ce poste alors que pas moins de six entraîneurs avaient été éjectés pendant son règne? Et puis, le fils du propriétaire n’était-il pas un ami proche du joueur finlandais? Malgré quelques plaidoyers en sa faveur, dont celui tout récent de Laraque, Saku Koivu a servi de coupable tout désigné à ceux qui en avaient besoin.

Guy Carbonneau n’est que le dernier de la longue suite d’entraîneurs qui se sont succédés derrière le banc des Canadiens. Avant lui, Jacques Demers, Mario Tremblay, Alain Vigneault, Michel Therrien et Claude Julien, pour ne nommer que ceux-là, ont été sacrifiés à l’indiscipline des joueurs et à la mauvaise humeur des partisans.

Pour l’instant, Jacques Martin est bien en selle. La chimie semble bien installée chez les joueurs, le système de l’entraîneur commence à produire des effets, l’équipe connaît une série de victoires… En tenant ses ouailles dans le droit chemin, Jacques Martin devrait piloter les Glorieux pendant un bon bout de temps.

Espérons-le, du moins, car ce serait triste si on commençait à plaisanter que le Canadien change plus souvent d’entraîneur que le Parti québécois change de chef. Ce serait encore plus triste si on commençait à plaisanter que le Parti québécois change plus souvent de chef que le Canadien change d’entraîneur.

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- Comme prévu, j’ai acheté le livre de Bob Sirois, Le Québec mis en échec, mais je n’ai pas encore eu le temps de le lire. Ma critique arrivera bientôt. Avant que le sujet soit passé de mode, j’espère.

- À l’instar de nombreux internautes, je trouve que la guerre des pro-Price et des pro-Halák, sur Internet, prend vraiment des proportions ridicules. Ça me rappelle les adolescentes d’il y a dix ans qui se chamaillaient pour déterminer qui, des Backstreet Boys ou de *NSYNC, était le meilleur boys band.

5 commentaires »

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  1. Comme à chaque fois un texte raffraichissant, une analyse pointue et pertinente. Un blog très agréable à lire, qui nous donne de la viande autour de l’os!! Merci!

    Mais tu es pour Price ou Halak?? hehe

    Moi je suis définitivement pro-halak!!

    • Je préfère Halák depuis longtemps, mais j’apprécie également Price, même si son avenir est encore incertain. Je suis contente de voir que les deux sont enfin pris au sérieux, même si l’une des conséquences de cette situation est la guéguerre stupide que se livrent leurs admirateurs respectifs.

  2. Je ne suis pas un fan de hockey. Je jette rapidement un coup d’oeil à la dernière page du JdM le matin, pour avoir un sujet de conversation avec mes collègues. En fait, ce que j’aime le plus du hockey, c’est cette chronique (ou la la, le têteux! mais c’est vrai!). Malgré tout, j’ai, hier soir, rêvé qu’il y avait un grand procès, devant jury, pour déterminer qui serait le gardien du CH. Or, j’étais l’avocat de Jaroslav Halak!

    On aura tout vu!

    Quand au parti québécois:

    Turning and turning in the widening gyre The falcon cannot hear the falconer; Things fall apart; the centre cannot hold; Mere anarchy is loosed upon the world, The blood-dimmed tide is loosed, and everywhere The ceremony of innocence is drowned; The best lack all conviction, while the worst Are full of passionate intensity. (Yeats)

    Je ne sais pas combien de temps cette coalition va paralyser la politique québécoise en dérapant les réels débats de société.

    Phil

    • Hilarant, le rêve!
      Sur le Grand Club, où je publie également mes textes, la guerre entre les pro-Price et les pro-Halák est si vive qu’un nouveau « parti » est né : celui des foutez-nous-la-paix-avec-les-gardiens-qu’on-puisse-respirer!
      Quant au Parti québécois, ce n’est pour moi qu’un autre parti de gérants qui utilise la « cause » que pour profiter gratuitement des bénévoles naïfs… lesquels le sont de moins en moins, d’ailleurs.
      Tant mieux si ma chronique t’amuse! c’est d’ailleurs son but premier, de divertir. Si tu veux discuter du Canadien avec ironie, je te recommande ce blogue, encore plus mordant que le mien : http://legrandclub.rds.ca/profils/chez_roland/page_profil.

  3. Un « tiers », vaut mieux que deux tu l’auras?


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