L’image de marque (Stéphane Dion/Georges Laraque)
13 octobre 2009 at 9:31 | In Chroniques politiques | 2 CommentsTags: chef, Georges Laraque, Octane, Parti libéral du Canada, publicité, Stéphane Dion, vidéo
C’était trop beau pour être vrai : moins de vingt-quatre heures après la publication du billet sur l’incident de la « fillette », à l’occasion duquel ultraféministes et supermachos s’étaient affrontés, voilà que les ennemis jurés croisent le fer de nouveau à propos de la publicité que Georges Laraque a tourné pour la boisson énergétique Octane 7.0. Devant ce tir croisé, le dur de dur s’est empressé de hisser le drapeau blanc afin de limiter les dégâts. Merci, Monsieur Laraque, merci beaucoup. Vraiment, je n’en demandais pas tant.
J’aime bien Georges Laraque, un type à la fois articulé et spontané, qui fait voler en éclats plusieurs stéréotypes du hockey en pratiquant le yoga et le végétalisme et en prenant la défense des animaux. Tout cela n’a probablement aucune incidence sur son rendement en tant que joueur, mais la présence d’un tel homme est rafraîchissante parmi les douzaines de Malboro Men insipides qui peuplent les vestiaires de la LNH.
Laraque vient d’apprendre à la dure une des lois les plus importantes des relations publiques, qu’on pourrait appeler le « principe Madonna » : toujours contrôler son image de marque, du début à la fin. Lorsqu’il a tourné cette publicité, Laraque, selon ses propres dires, n’avait aucune idée de quoi aurait l’air le résultat final. Disons-le tout net, l’annonce ne vole pas haut : une escouade de marie-couche-toi-là exposent leur popotin, leurs lolos et leurs bouches de suceur cuivré1 en gros plan à la caméra, jusqu’à ce que le bon Georges vienne injecter un peu de testostérone sur les lieux en jouant au hockey avec elles. On retrouve dans cette annonce la « bimbo », modèle dominant dans le monde de la publicité, de la mode, de la musique, du cinéma et de la télévision, fantasme récurrent du jeune mâle en rut perpétuellement ciblé par les publicités des boissons alcoolisées. Dans ce cas-ci, toutefois, la caricature est si poussée qu’elle en frise le ridicule, au point que la vidéo s’est rapidement retrouvée sur le Sportnographe au grand délice des internautes hilares. On s’étonne qu’un homme intelligent comme Laraque se soit fait embarquer dans une telle bouffonnerie, sans même se renseigner sur le concept publicitaire. Espérons que dorénavant, son amour des bêtes ne lui fasse plus perdre tout réflexe de prudence.
L’ancien chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, a lui aussi été victime de la caméra, jusqu’à y perdre sa carrière politique. Le 3 décembre 2008, les stations de télévision du pays ont diffusé le discours à la nation du premier ministre conservateur Stephen Harper. La réplique de M. Dion devait suivre à peine une minute après. Cependant, c’est avec plus d’une heure de retard que les représentants du Parti libéral ont livré le DVD, non pas aux bureaux de CBC, comme prévu, mais dans les locaux de la tribune parlementaire, de l’autre côté de la rue. Au lieu de deux DVD contenant respectivement la version anglaise et la version française du discours, il n’y avait qu’un seul DVD avec les deux versions, ce qui a obligé les techniciens de CBC à faire des copies et à perdre ainsi 10 minutes supplémentaires. Le vidéo était pitoyable : le discours de M. Dion commençait abruptement, son teint tirait sur le rouge, et son visage, hors foyer, était cadré si serré qu’on ne voyait plus son cou. Une suite de cafouillages logistiques aurait été à l’origine de cette prestation désastreuse. En rétrospective, peut-être aurait-il dû jeter le DVD aux poubelles et s’excuser de l’impossibilité de remettre sa réplique à cause de problèmes techniques. Tant qu’à avoir l’air fou, aussi bien se taire.
Humilié d’un océan à l’autre, le chef de l’opposition, qui avait déjà annoncé sa démission en octobre, mais devait assurer l’intérim jusqu’à la nomination de son successeur au mois de mai suivant, a dû vider son bureau une semaine à peine après la diffusion de cette infernale vidéo qui a mis fin sur un couac désolant à sa longue carrière politique.
Georges Laraque n’en est pas là, fort heureusement. Il doit cependant retenir ce que l’entourage de Stéphane Dion aurait dû savoir : on n’est jamais trop prudent lorsqu’il s’agit de son image. Les médias, le public, les journalistes et l’équipe – qu’elle soit sportive ou politique – constituent déjà des facteurs impondérables. Par conséquent, il faut garder le contrôle de la seule chose sur laquelle on a un réel pouvoir : son image de marque. Gageons que l’homme fort du Canadien ne s’y laissera plus jamais prendre et qu’il gardera l’œil sur toutes les productions publicitaires ou autres auxquelles il acceptera de participer.
1Je m’excuse auprès des vaillants défenseurs du chevalier cuivré, ce sympathique petit poisson du Québec dont l’espèce est en péril. Autrefois appelé « suceur cuivré », il a heureusement été débarrassé de ce nom péjoratif et injurieux grâce aux efforts inlassables de ses partisans dévoués. Pour plus de renseignements, allez voir sa fiche sur le site Web du ministère des Ressources naturelles et de la Faune.
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Excellent placage (légal) dans la bande!
Commentaire par Shaman of Tanzania — 14 octobre 2009 #
Il est toujours amusant de voir les féministes s’épuiser à taper sur le mauvais clou. À un moment où un projet de loi (http://www.assnat.qc.ca/FRA/39legislature1/Projets-loi/Publics/09-f016.pdf) cherche, sous couvert de l’intégration, à donner primauté au droit à la religion sur l’égalité entre les sexes, elles s’attaquent à une pub sans conséquence. Alors qu’une joyeuse bande de jolie jeunes femmes s’amusent au hockey avec Georges Laraque, des juifs et des musulmans refusent de se faire servir par des femmes. Les « bimbos », jusqu’à preuve du contraire, le font volontairement. Elles ont choisi d’utiliser leur corps, tout comme un lutteur, un acteur où un travailleur de mine ont choisi de le faire. Est-ce si grave? Non. Par contre, où se trouvent les féministes lorsque l’avenir de l’égalité s’oppose aux intégristes de tout acabit?
Georges Laraque aura en effet apprit une leçon. Au Québec, le réel féminisme, celui qui défend les droits des femmes, a été remplacé par un féminisme de sainte-nitouches. Les féministes n’ont pas assez de couille pour affronter les mullah, imams et autres rabbins. Alors, elles s’en prennent à une mascotte sans importance plus reconnu pour sa bonhomie que pour son talent au hockey.
Je crois, au final, qu’elles sont aussi mal servies que Stéphane Dion. Elles vivent dans une perception mal cadrée et daltonienne de la réalité. Je me demande si elles devront aussi quitter leurs bureaux quand les religieux intégristes (est-ce un pléonasme?) auront plus de droits que nos filles.
Commentaire par Philip — 14 octobre 2009 #