Les belles-mères (anciens chefs du PQ/anciens entraîneurs du CH)
25 septembre 2009 à 7:05 | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaireTags : belles-mères, Bernard Landry, Guy Lafleur, Jacques Demers, Jacques Parizeau, Jean Perron, Parti québécois
Les journalistes politiques ont donné le nom de « belles-mères » à ces anciens politiciens notoires qui se prononcent régulièrement sur les affaires publiques et, en particulier, celles de leur parti. L’expression a été utilisée pour la première fois en 1981 par Claude Ryan, alors chef du Parti libéral du Québec, lorsqu’il a expliqué qu’il ne voulait pas de l’ancien premier ministre Robert Bourassa comme candidat car il ne voulait pas de « belles-mères dans la maison ». Aujourd’hui, toutefois, l’expression fait davantage référence aux anciens chefs encore vivants du Parti québécois, dont certains ont plongé le PQ dans l’embarras en exprimant publiquement leur opinion personnelle sur des sujets chauds.
Les belles-mères sont agaçantes : elles jouissent d’une certaine notoriété et d’un fond de crédibilité, assez du moins pour avoir accès aux micros. Toutefois, comme elles n’ont plus d’attaches offficielles avec leur ancien parti, elles ne peuvent pas être contrôlées. Il n’y a guères de choses qu’un communicateur de parti politique ne craigne davantage qu’une belle-mère. Pendant la campagne électorale de 2003, l’ancien premier ministre Jacques Parizeau a mis son successeur, Bernard Landry, dans l’eau chaude avec des déclarations controversés sur ses fameux propos du soir du référendum de 1995. L’attaché de presse de Landry, Hubert Bolduc, s’est alors exclamé : « La première minute qu’il a voulu mettre l’ongle de l’orteil dans la campagne, qu’est-ce que j’ai dit? Quelqu’un dans ses culottes avec une enregistreuse! », ponctuant sa déclaration d’un juron bien senti. Ironiquement, Bernard Landry est lui-même devenu, peu de temps après, une belle-mère aussi loquace que Jacques Parizeau. D’autres belles-mères, notamment Lucien Bouchard et Pierre-Marc Johnson, se font toutefois plus discrètes.
Le Canadien possède lui aussi ses belles-mères, qui se sont fait entendre haut et fort pendant la rocambolesque saison du Centenaire. Les anciens entraîneurs Jean Perron à TQS (maintenant V), Pat Burns à CKAC et Jacques Demers au Réseau des sports ont tous une tribune en or pour critiquer la formation actuelle du Tricolore. Des trois, Jean Perron a certainement été le plus percutant lorsqu’il a publiquement dénoncé Carey Price, Chris Higgins et Sergei Kostitsyn, les fêtards impénitents du Canadien. Les belles-mères ont souvent dans leur carnet d’adresse d’excellentes sources de renseignements, et Jean Perron avait manifestement conservé celles de l’époque où il était entraîneur du Tricolore.
Évidemment, la nouvelle a provoqué la mauvaise humeur des trois larrons, mais aussi celle de Guy Carbonneau, alors entraîneur en poste au Canadien. Pour justifier son ingérence, Perron a raconté vingt fois plutôt qu’une qu’il avait lui-même perdu son poste d’entraîneur à cause de trois joueurs, Chris Chelios, Shayne Corson et Petr Svoboda, qui avaient percuté un lampadaire avec leur voiture alors qu’ils venaient de briser le couvre-feu. Perron a affirmé qu’il ne voulait pas que Carbonneau, son ancien joueur, connaisse le même sort. Les belles-mères ont aussi ça en commun : elles sont remplies de bonnes intentions. Lorsque Bernard Landry a exigé un moratoire sur l’implantation de la réforme scolaire, pourtant conçue et mise en place par son propre parti, il a dit s’inquiéter non pas en tant que politicien, mais que « grand-père qui a des enfants à l’école ».
D’autres ne se trouvent même pas d’excuses : mettez un micro sous le nez de Guy Lafleur, et il vous dira ce qui lui passe par la tête. Par exemple, avant même que Saku Koivu parte de Montréal, Lafleur l’invitait à faire ses valises et déclarait avoir déjà conseillé lui-même à Réjean Houle (le directeur général du Canadien de 1996 à 2000) de se débarrasser du petit Finlandais. Vous entendrez souvent de la bouche des belles-mères : « je vous l’avais bien dit ».
En politique comme au hockey, on râle contre les belles-mères, on les critique, on trouve leurs propos déplacés. Alors pourquoi ont-elles toujours autant de succès? Parce que, pour le public comme pour les journalistes, les belles-mères ont un avantage indéniable : elles font jaser. On peut toujours compter sur elles pour apporter de l’eau au moulin du potinage.
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