Les transfuges (deux députés de l’ADQ/Mike Komisarek)
22 septembre 2009 à 10:16 | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentaireTags : ADQ, Auger, Komisarek, Montréal, Riedl, Toronto, transfuge
« TRANSFUGE. n.m. Celui qui, à la guerre, abandonne les troupes dont il fait partie pour passer à l’ennemi. Il se dit aussi, figurément, de Quiconque [sic] abandonne son parti pour passer dans le parti contraire. » Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition.
Mike Komisarek n’est pas à proprement parler un transfuge, mais dans l’esprit des partisans du Tricolore, c’est tout comme. Sa décision de passer aux Maple Leafs n’en faisait ni plus ni moins qu’un infâme aux yeux des adorateurs de la Sainte Flanelle. Pourquoi une telle hargne, alors que l’entente de l’ex-Glorieux Steve Bégin avec les tout autant détestés Bruins de Boston n’a soulevé aucune vague?
Il faut dire que Steve Bégin a été chassé de Montréal, et que le chemin du retour lui était barré. Komisarek, lui, a grandi dans l’organisation; on lui prédisait un brillant avenir et on fondait de grands espoirs en lui. Celui en qui on voyait un meneur, un pilier de l’équipe, le successeur de Saku Koivu, est parti comme un rat fuyant un navire en flammes.
En réalité, Komisarek était dans son bon droit lorsqu’il s’est entendu avec Toronto. Son contrat avec le Canadien était arrivé à terme, et aucune obligation juridique ne le retenait à Montréal. De plus, à la fin de la dernière saison, le rouquin, moralement épuisé, semblait avoir franchement besoin de changer de décor. Ce costume de capitaine qu’on lui avait taillé, peut-être n’en a-t-il jamais voulu. Toutefois, en politique comme au hockey, la perception est reine. Le seul fait qu’il ait choisi Toronto - Toronto! - a suffi pour le faire passer aux yeux de ses anciens partisans de futur capitaine à vil mercenaire uniquement motivé par l’argent.
Lorsque les membres d’une équipe passe chez le concurrent, peu importe les plus nobles raisons qu’ils peuvent donner, la seule motivation que leur prête le public est l’intérêt personnel, en particulier l’intérêt lucratif. C’est ce qu’ont découvert avec douleur les anciens députés de l’Action démocratique du Québec Pierre Michel Auger et André Riedl lorsqu’ils ont traversé la chambre, comme le dit l’expression, pour aller rejoindre le Parti libéral du Québec. Comme vous vous en souvenez sûrement, l’ADQ était en très mauvaise posture à ce moment-là, et le premier ministre Jean Charest n’attendait que cette occasion pour déclencher des élections générales et mettre son adversaire au plancher. Les deux députés ont eu beau plaider que l’ADQ était trop autocratique à leur goût, tant les chroniqueurs que les électeurs étaient convaincus qu’ils ne cherchaient qu’à conserver leur poste.
Qu’il ait été motivé par l’argent ou sincèrement inspiré par l’équipe, Komisarek a eu le bon sens de ne pas gaspiller de salive à se défendre. Il a laissé tomber avec philosophie : « c’est ça, la compétition, et ce qui rend le sport si formidable: tu passes constamment de héros à vilain ».
Alors, que doit faire le partisan? Lâcher prise et pardonner au gros défenseur, parce que c’est l’attitude la plus adulte à adopter? Ou laisser cours à sa rage et le huer aussi copieusement que s’il avait recouvert la statue de Maisonneuve de papier de toilette avant de partir?
En fait, il importe peu que la décision du défenseur soit légitime ou non. Le véritable enjeu est ailleurs : lorsqu’un joueur quitte pour une ville détestée, la terreur secrète des partisans (et fort probablement des joueurs) est de le voir revenir battre son ancienne équipe à son domicile même. Vous vous souvenez de Michael Ryder, n’est-ce-pas? Celui qui, lors de la série Montréal-Boston en 2008, faisait voler des avions de papier dans la galerie de presse, est revenu un an plus tard dans l’uniforme des Bruins infliger une cuisante humiliation à ses anciens coéquipiers. C’est pourquoi le 1er octobre, à Toronto, les joueurs du Tricolore ne peuvent montrer aucune pitié envers Komisarek : ils doivent l’écraser, l’aplatir en purée sur la bande, sans ménagement, sans état d’âme. Pas pour se venger. Simplement pour se convaincre, et convaincre leurs partisans, qu’ils ont surmonté son départ, et que la page Mike Komisarek est définitivement tournée.
Le soir de l’élection provinciale de 2008, les militants de l’ADQ, atterrés, voyaient leur parti ramené sous la barre des douze députés qui leur auraient assuré le statut de parti officiel. Mince consolation : le même soir, les « traîtres », Auger et Riedl, étaient mis à la porte par leurs propres électeurs.
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