La langue de travail et la langue du public
28 décembre 2011 à 9:52 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireTags : Aislin, Alex Kovalev, Alexander Semin, anglais, Blackhawks, Blues, Boston, Brian Gionta, Bruins, Canadiens, Capitals, Carey Price, Chicago, CROP, Détroit, français, Geoff Molson, Jaroslav Halák, Journal de Montréal, La PResse, langue, Lighning, marketing, Montréal, NHL Center Ice, Nordiques, Ottawa, Penguins, Perry Pearn, Pierre Gauthier, Pittsburgh, QMI, Québec, Randy Cunneyworth, Ray Lalonde, Red Wings, Saint-Louis, San Jose, Sénateurs, Sharks, Tampa Bay, The Gazette, Washington
« Un cadeau de Noël parfaitement bilingue pour Pierre Gauthier… » (Aislin, The Gazette, 21 décembre 2011
Depuis la nomination de Randy Cunneyworth comme entraîneur-chef intérimaire des Canadiens de Montréal, les passions se déchaînent. Les émotifs ne se trouvent pas que du côté des défenseurs de la langue française, mais aussi des adulateurs inconditionnels de la Flanelle, dont bien peu parviennent à argumenter sans tomber dans l’agressivité.
Je n’ai pratiquement pas entendu de critiques contre Cunneyworth lui-même, et pour cause : la plupart des gens ont pitié du pauvre Ontarien qui n’a pas demandé à se retrouver dans un tel imbroglio… et qui n’avait peut-être même pas la connaissance suffisante du terrain pour prévoir la controverse. La même excuse n’est valable ni pour Pierre Gauthier, ni pour Geoff Molson.
Intérim mon œil
Pourquoi s’offusquer de l’unilinguisme de Cunneyworth, s’il exerce ses fonctions que par intérim? Parce que, Gauthier étant Gauthier, presque personne n’a vraiment cru à cet « intérim » au départ. Gauthier a nommé Cunneyworth entraîneur-chef des Bulldogs de Hamilton, le club-école des Canadiens; Gauthier a promu Cunneyworth au rang d’entraîneur adjoint des Canadiens cette saison; Gauthier a renvoyé Perry Pearn, un autre entraîneur adjoint, et a augmenté les responsabilités de Cunneyworth. De toute évidence, le mot « intérim » n’était là que pour acheter du temps en espérant que quelques victoires feraient passer la pilule de l’unilinguisme. Il a fallu la colère du public pour que cet intérim se confirme.
Il n’y a pas suffisamment d’espace nécessaire ici pour réfuter tous les arguments fallacieux contre la nécessité du bilinguisme pour le poste d’entraîneur-chef des Canadiens. Allons-y donc pour l’un des arguments principaux, celui concernant les relations entre les joueurs et entraîneurs, d’une part, et le public, d’autre part. Ces relations commencent d’abord par les incontournables entrevues.
Don’t have anything to say, but will speak anyway
Pourquoi s’intéresser à la langue des entraîneurs et des joueurs, puisqu’il est supposé que ceux-ci ne disent jamais rien d’intéressant et rabâchent toujours les mêmes clichés? Je ne sais pas, mais ces « clichés » sont pourtant religieusement écoutés et scrutés à la loupe match après match par les journalistes et les amateurs. C’est rendu à un point tel que, pendant les arrêts de jeu, les entraîneurs et les joueurs répondent au micro alors qu’ils sont au banc! Leurs propos inintéressants semblent soudainement intéresser beaucoup de monde… Du coup, imaginez que seuls deux joueurs d’une équipe de l’extérieur du Québec puissent s’exprimer en anglais, et que les joueurs vedettes comme les entraîneurs ne puissent s’exprimer qu’en russe. Pensez-vous que les journalistes anglo-saxons suivraient longtemps les exploits de cette équipe? Poser la question, c’est y répondre.
Pour n’importe quelle entreprise et ses représentants, parler la langue de leurs clients et de leur public est une compétence indispensable. Dans les équipes de la LNH, même les joueurs russes sont capables, au bout d’un certain temps, de donner une entrevue en anglais; il n’y a qu’Alexander Semin (Capitals de Washington) qui n’y est parvenu qu’en septembre dernier, au début de sa sixième saison dans la LNH, et cette anomalie n’a pas manqué d’être soulignée à Washington.
Avec le français, il faut faire davantage de compromis. Avec l’internationalisation du hockey de la LNH et la fréquente permutation des joueurs, il est impossible que toute la formation tricolore s’exprime en français; ce ne l’est plus depuis des dizaines d’années, d’ailleurs. De toute façon, ce que la vaste majorité du public veut, c’est davantage de français, pas l’élimination de l’anglais.
La présence du français n’en demeure pas moins essentielle, même chez les joueurs et les entraîneurs. Plusieurs ont parlé de « respect » de la part d’une « institution » qui est « davantage qu’une entreprise », etc. J’ajouterais le plus important : le français fait surtout partie du fonds de commerce des Canadiens. Sous la férule du magicien Ray Lalonde, son service de marketing a exploité à fond la fierté canadienne-française et l’histoire des icônes francophones du Tricolore pour transformer une concession médiocre en formidable machine à sous. La leçon n’a jamais été totalement oubliée, puisque cette même équipe de marketing a été capable de faire apprendre quelques mots de français à Brian Gionta et à Carey Price à l’occasion du tournage d’annonces publicitaires (voir ici les progrès de Price en français).
Les joueurs saltimbanques
Ça fait longtemps qu’on nous répète que le travail des joueurs et des entraîneurs n’est pas de faire des relations publiques, mais de « gââââââââgner ». Pourtant, quand on sort de la bulle montréalaise, on se rend compte qu’ailleurs, les organisations et les joueurs ne ménagent pas leur salive pour séduire le public. Annonces télévisées, vidéos promotionnelles, distribution de billets de saison à la porte par les joueurs, concours et activités de socialisation avec les fans… Ailleurs qu’à Montréal, les joueurs vont à la rencontre de leurs partisans bien plus souvent qu’à l’occasion de la visite annuelle aux hôpitaux pédiatriques. Les Blackhawks de Chicago font rire le public avec leur interprétation loufoque des cantiques de Noël; les Sharks de San Jose dévoilent leurs « talents » professionnels hors de la sphère sportive; les Red Wings de Détroit se font acteurs, le temps du tournage d’annonces télévisées (ici et ici); huit joueurs des Blues de Saint-Louis enregistrent une lecture à voix haute du poème « ’Twas the night before Christmas », et ceux de leurs partisans capables d’identifier dans l’ordre les voix de ces joueurs ont la chance de gagner des billets pour des matchs en janvier. Dans quelle langue se font tous ces efforts de promotion? En anglais, bien sûr.
Bien avant le début de la controverse « Cunneyworth », les apologistes de la Flanelle ont affirmé préférer la compétence à la langue. Belle façon de se fourvoyer : la langue, autant celle de travail que celle du public, fait partie des compétences. Cette donnée fondamentale est souvent oubliée parce que dans presque toute la Ligue nationale de hockey, la langue de travail quotidienne (entraînements, parties, réunions) et la langue de promotion auprès du public est la même, l’anglais. Il n’y a qu’à Montréal (et peut-être bientôt à Québec) que la langue de travail n’est pas la même que celle de la majorité du public. Cet état de fait complique la situation, bien sûr, mais la langue du public n’en demeure pas moins aussi importante que la langue de travail. Grâce au travail monumental de Ray Lalonde et à quelques idoles adulées comme Alex Kovalev et Jaroslav Halák, cette importance a été gommée pendant des années; des joueurs moyens sont devenus des célébrités royales quasiment inaccessibles, tenus en serre chaude par l’organisation. Toutefois, il était inévitable que le voile se déchire tôt ou tard. Si les Canadiens ne veulent pas commencer la saison prochaine dans une fournaise infernale, ils doivent trouver rapidement des solutions.
La fin du déni
Il y a les fausses solutions, bien sûr, comme se reposer sur les sectaires de la Flanelle drapés dans la rectitude politique. Ces apologistes traitent les unilingues francophones d’attardés et les défenseurs du français de racistes et de xénophobes; ils nient la dimension promotionnelle du travail des joueurs et accusent les médias de faire tout un plat avec la langue. Pourtant, les sondages de QMI (Journal de Montréal) et de CROP (La Presse) confirment la colère de la majorité des amateurs face à l’attitude de Tricolore au sujet de la langue française. Ces tentatives de bâillonner les amateurs par la honte ne fonctionnent plus. Les Canadiens ne sont pas un groupe vedette de rock en tournée mondiale. Ils sont une entreprise québécoise dont la majorité de la clientèle est francophone.
Curieusement, les intransigeants des Canadiens affirment qu’ils n’ont pas à s’occuper de la langue française, puisqu’ils sont une entreprise privée. Comme si les entreprises privées présentes au Québec n’avaient aucune responsabilité concernant le français! Nulle entreprise ne peut ignorer le contexte social dans lequel elle évolue. D’un autre côté, chaque partisan qui quitte le Titanic tricolore pour se tourner vers une autre équipe se fait immanquablement traiter de « traître » par ces mêmes fanatiques intraitables, comme si l’« entreprise privée » qu’est le Canadien redevenait tout à coup une religion dont chaque apostat méritait la pendaison.
Voter avec son portefeuille
De plus en plus d’amateurs francophones de hockey, conscients de l’hypocrisie de la haute direction des Canadiens, s’affranchissent de cette pensée unique et offrent leur appui à une autre organisation. Ils observent plusieurs équipes pour diverses raisons : le nombre de francophones (Lighning de Tampa Bay, Penguins de Pittsburgh), la proximité de l’équipe (Sénateurs d’Ottawa, Bruins de Boston), ou même le transfert d’un joueur aimé (Blues de Saint-Louis). D’autres militent pour le retour des Nordiques. Grâce à Internet, à NHL Center Ice et au probable retour des Nordiques, le statut de monopole du Canadien commence à s’effriter, et l’arrogance de sa direction aussi. Puisque les Canadiens n’offrent officiellement plus cette dimension culturelle unique sur laquelle ils ont bâti leur fortune, il est normal que les amateurs soient de plus en plus tentés de « magasiner » ailleurs une équipe qui ne leur tient pas un double langage.
Le jugement de Dieu
23 décembre 2011 à 11:30 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Allan Walsh, amende, Blues, Boston, Brendan Shanahan, Bruins, Buffalo, Canadiens, Chris Stewart, Colin Campbell, commotion cérébrale, coup à la tête, Détroit, Devils, Drew Doughty, Duel, Gregory Campbell, Ivanhoé, Joe Vitale, Jordin Tootoo, jugement de Dieu, Kings, Kristopher Letang, LNH, Los Angeles, Martin Brodeur, Max Pacioretty, Milan Lucic, Montréal, Moyen-Âge, nashville, New Jersey, Niklas Kronwall, Norman Flynn, Paul Gaustad, Penguins, Pittsburgh, predators, Red Wings, Ryan Miller, Sabres, Saint Louis de France, Saint-Louis, Salomon, suspension, T.J. Oshie, Tim Thomas, Walter Scott

Joute médiévale. Image d’origine inconnue, tirée du blogue Courelle 2.
Au Moyen-Âge, il existait une tradition qui permettait aux gens de régler leurs conflits ou de laver leur réputation lorsque la loi ne pouvait pas les aider. Cette tradition s’appelait « le jugement de Dieu », car il s’agissait pour la ou les parties qui s’estimaient lésées ou calomniées de passer une épreuve qui, en cas de réussite, prouverait que Dieu estime leur cause juste.
Le jugement prenait plusieurs formes, dont l’une était le duel. Les deux personnes en conflit devaient s’affronter dans une joute à cheval ou en combat par l’épée, l’appui de Dieu envers le juste lui assurant la victoire. Si l’une des deux parties ne peut pas combattre (par exemple s’il s’agit d’une femme, d’un enfant ou d’un vieillard), il peut se faire représenter par un « champion », un preux chevalier qui combattra pour lui.
Le passage littéraire qui illustre le mieux cette tradition se trouve dans Ivanhoé, de Walter Scott. Publié au début du XIXe siècle, ce récit est situé dans l’Angleterre du roi Richard Ier, dit Cœur-de-Lion. Comme ce souverain réputé juste est parti en croisade, son maléfique frère Jean en profite pour usurper le trône et régner en despote. Au cours du récit, la belle juive Rébecca, injustement accusée de sorcellerie, demande le jugement de Dieu contre son accusateur. Le seul chevalier qui accepte de la défendre est Ivanhoé. Évidemment, le vaillant héros écrase son adversaire, pourtant un combattant réputé, et blanchit ainsi Rébecca de toutes les accusations pesant contre elle. Dieu s’est prononcé en faveur de Rébecca, et son persécuteur meurt de ses blessures, puni par le Seigneur d’avoir voulu la faire condamner à mort. La vérité et la justice ont vaincu le pouvoir et la corruption.
Complètement débile, dites-vous ? Vous allez objecter, avec raison, que Dieu ne prenait aucune part à ces règlements de comptes. N’importe quel nanti pouvait s’assurer les services d’un gros fier-à-bras pour régler ces querelles en son nom; Dieu n’était mentionné que pour satisfaire les superstitions religieuses de l’époque.
Les nouveaux chevaliers

Ces preux redresseurs de torts défendent la veuve et de l’orphelin sur la patinoire. Les fameux frères Hanson du film Slap Shot. Photo du journal The Star.
Pourtant, cette façon de raisonner n’est pas si différente de celle sous-jacente aux bagarres dans la Ligue nationale de hockey. Le scénario est habituellement le suivant : un joueur de l’équipe A en blesse un de l’équipe B par un coup illégal. Plus le coup est vicieux, plus la blessure est grave et plus le blessé est important pour l’équipe, plus l’offense est grande. Par conséquent, les coéquipiers exigent réparation par une bagarre. Si le joueur qui a infligé la blessure est vaincu, l’humiliation est censée lui servir de leçon. S’il est vainqueur, alors il ressort la tête haute, et ses accusateurs doivent se fermer la gueule à jamais. Évidemment, cette justice bestiale n’a aucune logique; le plus gros matamore de la Ligue pourrait tout aussi bien casser les jambes de qui bon lui semble, puis défoncer la figure de quiconque oserait lui en faire reproche.
Ce genre de règlement de comptes, proche de la vendetta, reprend pourtant de la vigueur dans la LNH. Il y a quelques temps, les Sabres de Buffalo se sont fait reprocher de ne pas avoir réglé le compte de Milan Lucic, des Bruins de Boston, lorsque celui-ci est entré en collision avec leur gardien vedette Ryan Miller et lui a causé une commotion cérébrale. Lucic n’a reçu aucune suspension pour ce coup, une décision controversée qui a amené certains à suggérer aux Sabres de réserver le même traitement au gardien de Boston à leur rencontre suivante. Ils ont plutôt envoyé leur « champion » de service, Paul Gaustad, se battre contre Lucic… qui lui a fichu une humiliante raclée. L’orgueil déjà bouffi des fans de Boston n’en a qu’enflé davantage. Cependant, même si Gaustad avait remporté ce duel, l’image du hockey n’en serait pas sortie grandie pour autant. Le jugement des poings est encore plus grossier que celui de Dieu.
Douze poids, trente-six mesures
Dès l’Antiquité, les civilisations ont ressenti le besoin de remplacer la justice privée, mue par la raison du plus fort, par une justice collective et procédurale, confiée à des juges indépendants et expérimentés. On pense entre autres au récit du roi Salomon, réputé le plus sage des souverains hébreux, et à l’histoire du roi français Saint Louis, qui a été le premier à tenter d’enrayer le duel médiéval expliqué ci-dessus. Les juges ne sont pas à l’abri de l’erreur, mais doivent toujours être impartiaux et de bonne foi. Le respect de cette autorité dépend de leur crédibilité, afin que l’ordre et l’équité puissent supplanter la tyrannie de la force brute.
Actuellement dans la LNH, les arbitres font office de policiers en distribuant des « contraventions », et Brendan Shanahan, vice-président et directeur des opérations hockey, remplit le rôle de juge dans les cas lourds en prononçant l’acquittement ou en décernant des suspensions ou des amendes. Shanahan est déjà beaucoup plus sévère que son prédécesseur, le pitoyable Colin Campbell. Malgré tout, les bagarres se poursuivent, et plusieurs joueurs continuent de distribuer des mises en échec dangereuses qui infligent des commotions cérébrales à leur victime.
De toute évidence, Shanahan n’arrive pas à se faire respecter. Il ne s’aide pas lui-même en manquant de constance dans les sentences décernées, comme le démontre Norman Flynn. Pendant les matchs hors-concours, Shanahan n’hésitait pas à donner des suspensions de cinq matchs et plus. Depuis que la saison régulière est commencée, il est devenu soudainement beaucoup plus débonnaire. De plus, il a du mal à justifier des sentences très variées pour des coups illégaux franchement similaires. Du coup, la LNH est encore accusée de favoritisme. Donnons-en un exemple : Chris Stewart, des Blues de Saint-Louis, reçoit une sentence méritée de trois matchs de suspension pour sa mise en échec illégale sur Niklas Kronwall, des Red Wings de Détroit; par contre, Drew Doughty, le défenseur étoile des Kings de Los Angeles, s’en tire avec une amende de 2 500 $US pour une mise en échec à peine moins dangereuse sur T.J. Oshie, des Blues. Apparemment, la Ligue a toujours autant de peine à sévir envers les joueurs vedettes. Du coup, ceux-ci continuent de faire ce qui leur chante en toute impunité.
En outre, de nombreux intéressés renâclent devant la nouvelle sévérité des suspensions. Martin Brodeur, des Devils du New Jersey, accuse carrément Shanahan de nuire à l’image du hockey, rien de moins. Max Pacioretty (Canadiens de Montréal), qui a cassé le nez de Kristopher Letang (Penguins de Pittsburgh) avec un coup d’épaule, se plaint que sa sentence est injuste. L’agent Allan Walsh traite la procédure de Shanahan de « kangaroo court » (tribunal fantoche). À la dernière réunion de directeurs généraux, certains d’entre eux ont accusé Shanahan d’être trop dur; d’autres, d’être trop mou. On voit bien que les dirigeants sont bien d’accord pour enrayer le fléau des coups à la tête… en autant que leurs protégés n’en subissent pas les conséquences.
Le résultat de cette cacophonie? Les joueurs n’ont pas plus confiance qu’avant en l’autorité de la LNH et continuent de faire régner leur propre justice. Lorsqu’il a annoncé que Milan Lucic ne serait pas suspendu pour sa charge contre Ryan Miller, Shanahan avait promis que sa décision surprenante n’encourageait surtout pas les joueurs à se livrer à une chasse aux gardiens. Pourtant, samedi dernier, c’était au tour de Jordin Tootoo (Predators de Nashville) de foncer sur Miller. Cette fois-ci, les Sabres n’ont pas attendu : ils ont foncé en meute sur Tootoo pour lui faire regretter son geste. Ils sentaient sans doute que Dieu appuyait leur juste cause. On sentait dans ce défoulement collectif un désaveu de l’autorité de Shanahan. Deux jours plus tard, Joe Vitale (Penguins de Pittsburgh) bousculait le gardien Tim Thomas (Bruins de Boston); les joueurs des Bruins lui ont aussitôt sauté dessus, et Gregory Campbell a engagé avec lui un combat qu’il a perdu. Bousculer Thomas aura donc été un pari gagnant pour Vitale. Mais pour la LNH et le hockey, ces incidents récents témoignent d’une régression vers la barbarie médiévale.
Des oursons pleurnichards
25 novembre 2011 à 1:47 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Blues, Boston, Brendan Shanahan, Brian Gionta, Bruins, Buffalo, Cam Janssen, Canadiens, Carey Price, Chris Stewart, Colin Campbell, Détroit, Devils, Directeur des poursuites criminelles et pénales, Infocrime, James Reimer, La PResse, Maple Leafs, Mark Recchi, Max Pacioretty, Milan Lucic, Montréal, New Jersey, Niklas Kronwall, Red Wings, Ryan Miller, Sabres, Saint-Louis, Toronto, Yves Boisvert, Zdeno Chara

J’avais de la sympathie pour les partisans des Bruins de Boston, ne serait-ce que pour la persévérance avec laquelle ils se manifestent sur la blogosphère francophone de hockey malgré toutes les injures de leurs éternels rivaux partisans des Canadiens de Montréal. À la lumière de récents évènements, cette sympathie commence à s’estomper. Nombre d’entre eux font des comparaisons disproportionnées pour défendre les gestes indéfendables de leurs favoris; d’autres (souvent les mêmes) crient comme des vierges offensées et atteignent le même niveau de braillage qu’ils attribuent aux fidèles de la Flanelle.
« Ton joueur est plus méchant que le mien »
Imaginez qu’un gars donne une volée à sa femme. Une vraie de vraie, avec coups de poing, coups de pieds et cassage de dents. La police arrive, et la femme, fâchée, donne une gifle au mari. Aussitôt, il piaille : « Regardez! Regardez, elle aussi elle est violente, pis elle se pose en victime! Pis a part de ça, c’est de sa faute, elle m’a provoqué! »
C’est un peu comme ça que plusieurs fans de Boston ont traité l’affaire Lucic-Miller. Dès que la vidéo où l’on voit Milan Lucic, des Bruins, entrer en collision avec Ryan Miller, des Sabres de Buffalo, a fait le tour des réseaux sociaux de hockey, ils se sont empressés de déterrer tous les cas pouvant ressembler de près ou de loin à de la jurisprudence en sa faveur :
- Oh! Regardez ce dégueulasse, cet épouvantable Brian Gionta, qui a assommé le pauvre James Reimer! Reimer dont ils se foutaient éperdument avant que son cas ne puisse leur servir. Gionta qui, tentant de se faufiler entre Reimer et un joueur des Maple Leafs de Toronto, “a perdu l’équilibre et a accidentellement accroché le gardien” :http://www.youtube.com/watch?v=ZOQXQQ38jFE.
- Hé, les partisans des Canadiens, gueule un autre de ces justiciers improvisés en noir et jaune, on en vous a pas entendus quand Chris Stewart, a envoyé Niklas Kronwall dans la bande! Bien sûr qu’ils ne se faisaient pas entendre : Brendan Shanahan, le préfet de discipline de la LNH, n’avait pas encore rendu sa décision (Stewart, des Blues de Saint-Louis, a fini par avoir une suspension de trois matchs bien méritée pour son geste envers le joueur des Red Wings de Détroit). Lucic, au contraire, avait déjà bénéficié de la clémence de Shanahan dans une décision qui relance les soupçons sur le traitement préférentiel dont bénéficieraient les Bruins.
Tenter de faire diversion des méfaits d’un joueur en attirant l’attention sur un autre est une tactique très courante de mauvaise foi. Transformer la victime en coupable en est une autre. Lucic n’a pas esquissé le moindre petit geste pour éviter Miller, et la collision lui a valu au moins une punition de deux minutes. Aussitôt, des partisans des Bruins ont concocté une toute nouvelle théorie, soit que le gardien qui sort de son trapèze peut être traité comme tous les autres joueurs, c’est-à-dire plaqué durement, sous prétexte qu’il est protégé comme un char d’assaut.
Hé, mes petits nounours, revoyez les vidéos des collisions entre Lucic et Miller, puis entre Gionta et Reimer. Avez-vous déjà remarqué à quel point les masques des gardiens tombent facilement de leur tête au moindre choc ? Ces masques sont conçus d’abord pour protéger leur visage des tirs. Le côté arrière de ces masques est très mince et lâchement fixé, pour leur permettre de le retirer facilement afin de boire à leur gourde. Ces masques ne sont pas conçus pour protéger les gardiens des mises en échec. Pour une bonne raison : les gardiens ne sont pas supposés se faire mettre en échec. Comme le dit le “règlement 69.4”http://www.nhl.com/ice/page.htm?id=26480 :
[traduction] Un gardien de but n’est pas “disponible au contact” uniquement parce qu’il joue à l’extérieur de sa zone. La pénalité appropriée doit être décernée dans tous les cas où un joueur en attaque entre inutilement en contact avec le gardien. Néanmoins, un contact accidentel est permis lorsque le gardien manipule la rondelle à l’extérieur de sa zone, pourvu que le joueur en attaque fasse un effort raisonnable pour l’éviter.
Lucic n’a pas, et n’a probablement jamais voulu éviter le contact avec Ryan Miller. Sous le choc, le masque de ce dernier est tombé, et Miller a subi une commotion cérébrale, comme Reimer d’ailleurs. Répétez après moi : pas-de-mise-en-échec-sur-les-gardiens, c’est clair?
Remarquez, les fans de Boston ne sont pas les seuls à avoir évalué l’affaire à travers une loupe déformante. Carey Price, des Canadiens, a lui aussi jugé que Lucic ne méritait pas de suspension. Son critère? Puisque Cam Janssen l’a frappé de la même façon il y a un an et demi, pendant un match contre les Blues de Saint-Louis, et n’a pas eu de suspension, alors Lucic ne méritait pas d’être suspendu lui non plus. Price oublie un détail : Janssen a bel et bien tenté de l’éviter lorsque les deux se sont précipités à toute vitesse l’un vers l’autre (Janssen a eu une pénalité mineure pour rudesse). Mais puisque Price n’a pas obtenu justice, Miller ne devrait pas l’obtenir non plus. Et pas un mot sur la sécurité des gardiens…
En passant, foutez-moi la paix avec le fait que je suis partisane des Blues de Saint-Louis; Janssen fait maintenant partie des Devils du New Jersey, alors il est vraiment le moindre de mes soucis. Et Stewart méritait vraiment d’être suspendu.

« Mon joueur est plus innocent que le tien »
Parlant de justice, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ne déposera pas d’accusation contre Zdeno Chara, des Bruins, pour son coup sur Max Pacioretty, des Canadiens. Évidemment, les partisans du hockey néandertalien se sont gargarisés de contentement, rappelant doctement à quel point les procédures d’enquête ont coûté du temps et de l’argent aux contribuables.
Perte de temps et d’argent? Ce n’est pas l’opinion d’Yves Boisvert, chroniqueur judiciaire de La Presse et plus fin connaisseur que vous et moi des conséquences d’interventions policières et d’enquêtes sur la société. Qu’il n’y ait pas de poursuite ne signifie pas que Chara soit innocent : ça signifie que le Directeur n’a pu obtenir suffisamment de renseignements pour bâtir un dossier suffisamment solide pour tenir le coup devant la procédure judiciaire favorable au prévenu. Le scandaleux laxisme de la Ligue, qui n’a pas suspendu Chara, a permis de de jeter suffisamment de flou juridique pour permettre au défenseur de s’en tirer à bon compte.
« Sauf que cette affaire est un des éléments qui ont amené la ligue à devenir plus sérieuse, et plus soucieuse de la sécurité des joueurs de hockey, écrit Boisvert. Elle a eu son petit effet civilisateur, pour ainsi dire. » Elle a aussi eu l’effet de rappeler que la loi s’applique partout, y compris sur les patinoires de la LNH. Que Chara ait senti la justice lui roussir les orteils a sûrement dû l’aider à réfléchir.
Oh! bien sûr que Chara n’a pas voulu blesser Max Pacioretty; c’est juste qu’avec la force employée pour lui envoyer la tête dans le poteau bordant la baie vitrée, on sentait bien qu’il s’en foutait. La négligence crasse peut être aussi criminelle que l’intention; au moins, celui qui veut blesser sait que c’est mal et qu’il risque de se faire punir. Celui qui s’en fout, au contraire, se pense au-dessus des règles. Après l’acte, sont venus les remords; mais Chara, qui venait d’être blanchi par le tristement célèbre Colin Campbell, aurait-il eu des regrets aussi vifs s’il n’avait pas fait l’objet d’une enquête policière? Sûrement que ses coéquipiers l’auraient aidé à se trouver des excuses; notamment le dégoûtant Mark Recchi, qui s’est vanté d’avoir effrontément menti à la presse pour détourner l’attention de son capitaine en insinuant que Pacioretty avait exagéré sa blessure. Une tactique qui, comme on l’a vu plus haut, est en train de faire des petits chez les partisans des Bruins. De plus en plus de ces partisans sont en train de copier les travers les plus détestables qu’ils reprochent aux partisans des Canadiens.
La seule (et profonde) bêtise de nombreux partisans montréalais, dans cette affaire, est d’avoir eu recours au 9-1-1 au lieu de passer par Infocrime pour porter plainte. Un petit truc simple, les amis : 9-1-1, c’est pour les urgences immédiates, genre quand quelqu’un risque de crever séance tenante. Quand l’offense et faite et qu’il s’agit d’en prévenir les policiers, c’est par Infocrime que ça passe. C’est le chemin que j’ai failli prendre le soir de ce malheureux incident; et c’est celui que je prendrai si j’apprends qu’un autre geste aussi sauvage a eu lieu. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Centre Bell, que la victime soit un joueur de hockey ou non. J’en fais une question de principe.
J’avais de la sympathie pour les partisans des Bruins, mais cette sympathie est en train de tourner au vinaigre. Le 22 février prochain, les Bruins rendront visite aux Blues qui, je l’espère, leur mettront la pâtée de leur vie. Avec une bonne mise en échec bien sentie sur Lucic ou Chara, ça se prendrait bien.
Un vent de fraîcheur se lève à Saint-Louis… euh, pas vraiment
11 novembre 2011 à 6:57 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireLes langues sales disent plutôt que c’est une odeur de moisi qui est entrée à Saint-Louis. L’entraîneur-chef des Blues, Davis Payne, l’un des plus jeunes de sa profession, a été remplacé par Ken Hitchcock, le deuxième plus vieux. Âgé de 59 ans, l’entraîneur aux neuf vies est reconnu pour ses méthodes à l’ancienne, son intransigeance, ses colères et ses multiples pertes d’emploi suivies d’autant de retours. Une chose est sûre, son embauche a fait du bruit. On savait Payne sur la sellette, mais on ne s’attendait pas à ce qu’il soit remplacé par un homme comme Hitchcock.
Le grand méchant loup
En effet, plusieurs font un parallèle entre Hitchcock et Andy Murray, le prédécesseur de Payne. La sévérité de Murray avec les jeunes joueurs était légendaire. Son intransigeance aussi : David Perron s’étant présenté au camp d’entraînement avec des patins blancs, il a exigé que le responsable de l’équipement les repeigne en noir pour qu’ils soient conformes à ceux du reste de l’équipe. (Pourtant, Alex Ovechkin porte bien des patins dorés, et personne ne le traite de Liberace.) Peu de gens s’attendaient à ce qu’un homme du même acabit prenne la barre d’une équipe aussi jeune. Mathias Brunet le qualifie de « tortionnaire psychologique », et François Gagnon affirme qu’il « perd le respect de ses joueurs en les invectivant sur tous les fronts ». De plus, quelques commentateurs s’inquiètent des tendances cannibales des joueurs de Saint-Louis, qui en sont à leur sixième entraîneur en quatre ans.
Le remède de cheval
Pourtant, c’est peut-être de cet entraîneur dont les Blues ont besoin en ce moment. Avec six victoires en treize matchs, ils sont à l’avant-dernière place de l’Association de l’Ouest. Mais là n’est pas le problème, puisque la saison est jeune. L’an passé à pareille date, ils dominaient, et pourtant ils ont fini par rater les séries. L’inverse aurait pu se produire.

Davis Payne, dans un rare moment d’émotion. Photo AFP/Getty Images, reprise de tvanouvelles.ca
Mais voilà, il fallait suivre les matchs des Blues pour comprendre que cette équipe a des problèmes de fonctionnement plus profonds qu’un simple début de saison trop lent. Décousue, sans structure apparente et privée de David Perron et d’Andy McDonald, l’attaque avait peine à produire. Des joueurs comme Chris Stewart et Patrik Berglund tardent à produire, et T.J. Oshie vient tout juste de se réveiller. La défensive est poreuse, et ses membres multiplient les bourdes. Le plus honteux est l’attaque massive : la pire de la LNH, elle faisait les gorges chaudes des journalistes et des fans. Personnellement, j’en étais rendue à grincer des dents quand un joueur adverse allait au cachot, car je sais que les Blues ont de meilleures chances de compter à forces égales qu’avec un homme en plus. Bref, pour des raisons qui nous demeurent obscures, Payne semblait incapable d’inculquer un quelconque système à ses joueurs. En fait, j’avais ouvertement demandé, il y a quelques jours, si les Blues ne feraient pas mieux de jouer la trappe pour se sortir la tête de l’eau.
Mes vœux auront été exaucés d’une drôle de façon : Hitchcock est effectivement un entraîneur au style défensif et rigide. Quant à l’attaque massive, il s’est engagé à régler ce problème en un entraînement seulement! C’est plutôt présomptueux, étant donné que Notre Seigneur lui-même a pris trois jours à ressusciter. Pourtant, hier matin, ce nouveau faiseur de miracles dirigeait son premier entrainement à la tête de l’équipe, et sera derrière le banc ce soir contre les Blackhawks de Chicago. On verra bien…

Ken Hitchcock à son premier entraînement des Blues. Vont-ils enfin comprendre le concept d’« avantage numérique »? Photo PC, reprise de RDS.ca
Encore les gardiens
Contrairement à ce que certains charognards aimeraient croire, les gardiens n’ont probablement rien à voir avec le renvoi de Davis Payne. En fait, contrairement à ma distinguée collègue, je crois sincèrement que les gardiens sont probablement le seul dossier que Payne a réussi à bien maîtriser.
Jaroslav Halák avait bien mal commencé sa saison : dès les premiers matchs, il semblait totalement hors de son assiette. En fait, que ce soit sur le banc ou devant le filet, il avait l’air catastrophé de celui qui vient tout juste de voir son chien se faire écraser en pleine rue. Zéro confiance. Quelques autres premiers gardiens connaissent un début de saison inquiétant, dont Roberto Luongo et Ilya Bryzgalov, qui s’est livré à une autoflagellation publique presque pénible devant les journalistes après une défaite de 9-8 contre les Jets.
Pourtant, Halák avait terminé la dernière saison de brillante manière après un parcours long et cahoteux. On le croyait adapté à sa nouvelle équipe et à son rôle de numéro un. Avait-il des ennuis personnels? La mort brutale de son ami et compatriote Pavol Demitra l’avait-elle affecté davantage qu’il ne voulait l’admettre? Les hypothèses (et la grogne) prenaient de l’ampleur sur les forums.
Lorsqu’un gardien connaît une de ces « grippes » de confiance, l’entraîneur ne cherche généralement pas trente-six solutions : il assoit son portier, avec Tylenol, NéoCitran et doudou, et envoie l’autre au filet. Payne a donc employé Brian Elliott, le temps qu’Halák reprenne ses esprits. À ses deux dernières sorties, on a revu le Halák qu’on connaissait : alerte, souple et concentré, il s’est attiré les éloges de ses coéquipiers et de la presse. Hélas, l’attaque retombait en panne, la défensive gaffait encore, et les deux rencontres se sont soldées par des défaites pour les Blues. Ses coéquipiers ont fait leur mea culpa, reconnaissant qu’ils devaient fournir un meilleur effort.
Que c’est bon de sortir d’Ottawa
Cette mésaventure a eu quand même un bon côté : elle a permis aux amateurs de Saint-Louis de découvrir Brian Elliott, leur deuxième gardien et ancien numéro un des Sénateurs, qui a survécu au sortilège qui affligeait à l’époque les portiers d’Ottawa. Vous savez, lorsqu’ils dépérissaient ou bien se blessaient à répétition? Brian Elliott était d’ailleurs devant le filet lorsque son substitut Pascal Leclaire, assis sur le banc, a reçu une rondelle sur la mâchoire. Le paroxysme de cette malédiction ridicule, qui semble aujourd’hui heureusement terminée.
Engagé au salaire minimum des joueurs pour un contrat à deux volets, autrement dit, pour un contrat de bouche-trou, Elliott s’est montré si solide que Payne a décidé de presser le citron pendant qu’il était temps. Elliott s’est donc bâti une fiche enviable de 5-1-0, récoltant même un blanchissage contre Vancouver. Il a également gagné la confiance de ses coéquipiers et des amateurs. A-t-il ravi le poste de numéro un à Halák? se demandaient certains. Minute, papillon, ont répondu les dirigeants, ainsi que des chroniqueurs comme Andy Strickland et Jeremy Rutheford : il est impensable que les Blues puissent passer à travers la saison sans une contribution majeure du Slovaque. En fait, Payne gérait ses gardiens en fonction des besoins du moment. Quant à Hitchcock, il a déjà annoncé que Halák serait devant le filet contre les Blackhawks, peut-être pour voir ce qu’il a dans le ventre.
Par ailleurs, Elliott est très bien placé pour comprendre ce que vient de vivre Halák : il se trouvait dans la même mélasse pas plus tard que février dernier! Il n’a pas eu le temps de redresser la situation, puisque peu de temps après, les Sénateurs liquidaient Elliott et plusieurs de leurs joueurs dans une vente de feu afin de procéder à une reconstruction. Le jeune homme a ensuite terminé une saison misérable avec l’Avalanche, avant de trouver une chance de rédemption chez les Blues. Par ailleurs, Elliott a aussi mangé ses croûtes avant de parvenir à la LNH : il a été repêché en neuvième ronde, en 2003, tout juste vingt positions après Halák.
Avec Halák en rétablissement et Elliott en belle forme, les gardiens sont le volet le moins inquiétant chez les Blues. Cette équipe talentueuse mais décousue doit intégrer un système et travailler avec constance. Évidemment, les retours de Perron et de McDonald seraient un soulagement. Hitchcock a été engagé par les Blues jusqu’à la fin de la saison pour remettre les Blues sur les rails. Après, on verra.
Cet article a été publié sur le réseau social Le Grand Club dans la journée de mardi. Depuis, les Blues ont gagné 3-0 contre les Blackhawks de Chicago, le gardien Jaroslav Halák récoltant son premier blanchissage de la saison; puis, ils ont perdu 2-1 en fusillade devant les Maple Leafs de Toronto, toujours avec Halák devant les buts. Je promets de mieux tenir ce blogue à jour et d’y publier mes billets en même temps que sur le Grand Club.
Par ailleurs, on m’a signalé que l’entraîneur Ken Hitchcock était sous contrat avec les Blues jusqu’à la fin de la saison 2012-2013, et non pas jusqu’à la fin de la présente saison comme l’indique ce billet. Mes excuses.
Affaire Chara : le refus de l’absurdité
7 novembre 2011 à 11:13 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : Boston, Bruins, Canadiens, Colin Campbell, coups à la tête, Gary Bettman, LNH, Max Pacioretty, Michael Cammalleri, Montréal, police, spvm, violence, Yves Boisvert, Zdeno Chara

Caricature de Serge Chapleau, La Presse
(Ajout : je précise que je suis partisane des Blues, pas du CH.)
Pardonnez-moi mon intervention tardive au sujet de l’affaire Chara, mais j’aimerais exprimer mon point de vue sur un aspect particulier de cet incident. Le premier match de la série Montréal-Boston me semblait un moment opportun pour réveiller votre indignation probablement assoupie.
Dès que j’ai vu la vidéo de l’incident sur Internet, ma réaction instinctive a été la suivante : cette affaire concerne la police, malgré ce qu’en pense mon confrère blogueur dont je respecte l’opinion, mais avec qui je suis en désaccord. Les images perturbantes de Max Pacioretty percutant le poteau de la baie vitrée et gisant inconscient sur le sol nous ont brutalement arrachés du contexte sportif. Il ne s’agissait plus de hockey, mais d’une affaire criminelle.
Je suis donc allée immédiatement sur le site Web du Service de police de la Ville de Montréal. Pendant que je fouillais sur ce site, je m’interrogeais sur la pertinence de ma démarche. Pourquoi une simple citoyenne porterait-elle plainte à la police sur la foi d’une simple vidéo d’un incident vu par des millions de téléspectateurs? En fait, je craignais que malgré l’horreur, personne n’oserait sortir cette affaire du contexte sportif et la soumettre officiellement aux autorités. Je me portais donc volontaire pour faire cette démarche.
Le refus de l’absurde
Est-ce le rôle d’un citoyen lambda de s’occuper de ce genre de chose? Ne devrait-il pas plutôt porter plainte lorsqu’un voisin bat son fils, qu’un récidiviste de l’alcool au volant conduit sans permis ou que qu’il est au courant d’autres méfaits? Cette belle question philosophique nous est posée par le blogueur que j’ai mentionné.
Ma réponse est la suivante : il n’y a pas de différence entre être témoin d’un méfait à la télévision et être témoin d’un méfait dans notre milieu. La loi et l’éthique nous obligent à dénoncer les situations inacceptables dont nous sommes témoins, quelles qu’elles soient. L’agression de Zdeno Chara sur Max Pacioretty et la violence d’un parent envers son enfant (ou n’importe quel autre crime de ce genre) sont sur le même plan et méritent le même traitement.
Michael Cammalleri exprime ce sentiment encore mieux que moi, d’un angle différent : « Ce qui me dérange, c’est le message qu’envoie la Ligue en ne suspendant pas Chara, a dit Cammalleri. C’est comme si l’on disait: c’est correct de tuer un gars, en autant que tu le tues à l’intérieur du cadre de nos règlements. »
Cammalleri touche un point crucial. Nous sommes témoins d’un phénomène surréaliste. Si quelqu’un pousse une autre personne dans la rue, et que cette personne s’assomme sur un poteau et s’effondre inconsciente, l’agresseur sera arrêté par la police, peut importe son intention. Mais lorsqu’un joueur en pousse un autre de façon à ce que sa tête porte sur le poteau de la baie vitrée, devant des millions de téléspectateurs, une pléthore de pseudo-experts s’acharnent à lui trouver des excuses. Ce n’est pas comme s’il fallait choisir entre signaler l’un ou l’autre; les deux incidents doivent faire l’objet d’une plainte.
C’est pourquoi les amateurs de hockey montréalais ont raison de s’indigner et d’exiger que la justice s’en mêle pour mettre fin à cette absurdité. Visionnez la vidéo de nouveau, au besoin, pour vous rappeler la violence de l’attaque. Que ce soir à la télévision ou dans la maison d’à côté, une agression reste une agression. Mes voisins sont des gens très tranquilles, qui ne m’ont pas donné de raison d’appeler la police. Néanmoins, si j’entends un jour mon voisin ou ma voisine donner une volée à son enfant, je serai responsable d’appeler la police. Lorsque Chara a accompli son geste devant des millions de téléspectateurs, j’ai senti que nous avions la responsabilité d’exiger l’intervention de la justice.
C’est pourquoi, ce soir-là, j’ai fouillé sur le site de la SPVM : parce que je refusais cette absurdité que les dirigeants de la LNH, Gary Bettman et Colin Campbell en tête, veulent nous enfoncer dans la gorge.
Au diable l’intention
Chara et Pacioretty avaient maille à partir depuis quelque temps déjà. On sait que Chara adore renverser ses adversaires par-dessus la balustrade qui sépare la patinoire des bancs des joueurs. Il aurait pu éviter ou retarder cette mise en échec inutile (Pacioretty n’avait plus la rondelle), mais il ne voulait pas manquer l’occasion de l’envoyer valser par-dessus bord, pour sa seule satisfaction égoïste et au mépris des risques. Et l’accident est arrivé.
Plusieurs soutiennent que Chara ne méritait aucune suspension parce qu’il n’avait pas l’intention de blesser Pacioretty. C’est pourquoi je trouve absurde de juger les voies de fait dans la Ligue nationale de hockey sur la simple question de l’intention. Les joueurs en sont rendus à se frapper sans retenue et sans précaution, insouciants des conséquences possibles sur leur victime. « Ce n’est pas ma faute, je n’ai pas voulu le blesser! » clament-ils. Ce principe déresponsabilise totalement les athlètes. Lorsqu’on conduit, il ne suffit pas de respecter le code de la route; il faut aussi porter attention aux piétons, aux cyclistes et aux autres conducteurs, qui ont eux-mêmes la responsabilité d’être prudents. On ne peut pas renverser un piéton avec indifférence sous prétexte qu’on a la priorité de passage.
La situation est devenue insoutenable dans la LNH. Les joueurs se donnent des mises en échec de façon irresponsable et s’en remettent à la simple chance en espérant que leur cible ne soit pas trop gravement blessée. Si elle l’est, ils s’en lavent complètement les mains. Cette négligence criminelle entre pairs a tenu David Booth, Marc Savard, David Perron, Sidney Crosby et bien d’autres joueurs à l’infirmerie pendant des mois. Et encore, on commence à peine à découvrir les conséquences à long terme des commotions cérébrales.
L’intention de blesser ne devrait pas être un critère obligatoire pour imposer une suspension. Les joueurs doivent être tenus responsables des conséquences de leurs gestes. La situation est d’autant plus absurde que dans le cas des bâtons élevés, les joueurs sont tenus responsables, peut importe leur intention. Du moment où leur bâton atteint, accidentellement ou non, le visage d’un adversaire, ils reçoivent une punition de deux minutes (et même de quatre minutes si la victime saigne). Ce même principe devrait s’appliquer aux mises en échec dangereuses.
Non à la sauvagerie
Par ailleurs, d’autres commentateurs ont voulu reporter la culpabilité sur le public; selon eux, les amateurs veulent du jeu rapide et physique, mais jouent aux vierges offensées lorsque des incidents surviennent. J’ose croire que la plupart des amateurs savent faire la différence entre une mise en échec robuste et un coup salaud, dangereux et inutile. Ça fait longtemps que les plaintes fusent de partout concernant le laxisme de la Ligue envers les joueurs qui ont gravement blessé Marc Savard, David Booth et d’autres encore. On veut du hockey, pas du meurtre. On veut des athlètes robustes, pas des agresseurs vicieux.
Des voix au sein même de la Ligue commencent à s’en prendre à ses dirigeants. Geoff Molson, le propriétaire des Canadiens, a fait preuve de cran en exprimant publiquement son désaccord. Les joueurs Joe Thornton et Henrik Sedin ont critiqué la décision de la LNH de ne pas suspendre Chara. Des commanditaires comme Via Rail et Air Canada ont exprimé leurs reproches. Ne vous laissez donc pas impressionner par des gens qui prétendent que les Québécois et les partisans des Canadiens sont des braillards. Il faut continuer à protester, à avoir recours à la justice si les dirigeants de la LNH continuent de faire la sourde oreille.
Et ne tentez pas de me faire croire que Chara ne pouvait pas empêcher Pacioretty d’entrer en collision avec ce poteau. Encore moins qu’il ne savait pas que le joueur devant lui était Pacioretty. Les services juridiques des Bruins lui ont probablement conseillé de raconter ce mensonge afin de se prémunir contre des poursuites. Qui est assez niais pour gober un tel bobard? Si le nez de Chara n’était pas déjà si gros, on croirait qu’il a enflé sous l’effet Pinocchio.
Prendre les bons moyens
Finalement, je n’ai pas écrit à la police de Montréal. Il fallait laisser ses coordonnées; ça ne m’aurait pas gênée, sauf que je devais partir à Saint-Louis quelques heures plus tard. Et si les autorités essayaient de me contacter, ne serait-ce que pour savoir quelle mouche m’avait piquée d’avoir fait un tel signalement? De plus, j’ai rapidement vu qu’Yves Boisvert battait déjà le tambour de rappel des autorités juridiques : j’ai donc jugé mon intervention inutile.
À Saint-Louis, j’ai appris que des centaines de personnes à Montréal avaient communiqué avec la police. D’un côté, j’ai été soulagée que cet incident ne soit pas banalisé. Par contre, pardonnez-moi d’être directe, c’était franchement stupide d’utiliser la ligne téléphonique 911 pour porter plainte. Faut-il vraiment expliquer que le 911 ne doit servir qu’aux urgences immédiates, lorsque la sécurité des gens est menacée de façon imminente? La police offre plusieurs moyens de communiquer avec elle, que ce soit par Internet (www.infocrimemontreal.ca) ou par téléphone, sans engorger le 911 d’appels inutiles.
Le renforcement d’un modèle
Malheureusement, ce mauvais choix de moyen a permis aux partisans de Bruins de ridiculiser ceux des Canadiens, eux qui n’attendaient probablement que cette occasion. Malheureusement pour les inconditionnels du Tricolore, mais malheureusement, surtout, pour ceux qui luttent contre la brutalité imbécile dans la LNH. Si les Bruins remportent la série, comme ce sera probablement le cas, les autres équipes en tireront une leçon : pour gagner, il faut jouer salaud. J’aurais aimé que les Bruins soient éliminés par les Canadiens, mais j’ose au moins espérer qu’ils ne passeront pas la deuxième ronde. Question de principe.
Rions un peu : les fans des Flyers dans l’eau chaude
7 novembre 2011 à 11:12 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : canucks, Flyers, Hockey Fights Cancer, Joe Thornton, Jonathan Toews, Montréal, Philadelphie, Pittsburgh, Puck Daddy, Ryan Miller, Saint-Louis, Sidney Crosby, vancouver, Zdeno Chara
Cet article a été publié le 18 octobre dernier dans le réseau social Le Grand Club. J’effectue présentement la mise à jour de ce blogue. Toutes mes excuses pour le retard.

La nouvelle est passée inaperçue à Montréal, mais elle a causé tout un émoi à Philadelphie. Mercredi dernier, les Flyers recevaient les Canucks de Vancouver pour leur premier match à domicile. L’écran géant a affiché les visages de trois joueurs : Sidney Crosby, capitaine des rivaux détestés de Pittsburgh, Ryan Miller, qui a donné du fil à retordre aux Flyers lors des dernières séries, et Jonathan Toews, capitaine de l’équipe qui a raflé la coupe Stanley aux Flyers en 2010. Spontanément, plusieurs partisans se sont mis à huer. Mais voilà, les trois joueurs apparaissaient dans une publicité de « Hockey Fights Cancer », la campagne annuelle de la Ligue nationale de hockey contre le cancer. Oups…
Voici la publicité en question :
Évidemment, l’occasion était bonne de casser du sucre sur le dos des fans sportifs de Philadelphie, qui ont déjà la plus mauvaise réputation de toute l’Amérique du Nord. Après tout, on parle des mêmes qui ont lancé des balles de neige au Père Noël en le huant. Cependant, le chroniqueur Puck Daddy a pris la défense des malheureux en invoquant des réflexes trop rapides envers des rivaux naturels.
Loin de moi l’idée d’accabler de honte nos amis partisans des Flyers présents sur ce site. Je trouvais seulement cocasse de voir le public d’un aréna se fourvoyer à ce point. Pour les consoler, rappelons que l’incident n’a pas empêché les Flyers d’avoir le dessus 5-4 sur les Canucks.
Morale de l’histoire : attendez deux secondes avant de huer un joueur, juste le temps de mesurer le contexte. Même si c’est Zdeno Chara apparaissant à Montréal, ou Joe Thornton à Saint-Louis…
Une virée à Saint-Louis
7 novembre 2011 à 10:59 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireIl y a quelques mois, du 9 au 11 mars, j’ai été à Saint-Louis, au Missouri. Le but premier de ce séjour était d’assister à la partie de hockey entre les Canadiens de Montréal et les Blues de Saint-Louis; j’ai raconté cette soirée dans un précédent billet. Laissez-moi maintenant vous raconter mes impressions de la ville comme telle.
Un peu d’histoire

Saint Louis in 1846, Henry Lewis (1846), Saint Louis Art Museum
Impossible de comprendre la présence de certains sites d’intérêt que j’ai visité sans connaître un peu l’histoire de Saint-Louis. Comme plusieurs villes du centre des États-Unis, notamment Détroit et la Nouvelle-Orléans, Saint-Louis a été fondée par des Français, dans ce cas-ci Pierre Laclède et son beau-fils Auguste Chouteau. Fondée en 1764 sur le bord du Mississippi, la ville a été nommée en l’honneur du roi Louis IX de France, dit Saint Louis. Le français est resté l’une des principales langues parlées et écrites jusque dans les années 1830. Ses racines françaises subsistent encore dans l’ancienne cathédrale et dans la topographie de la ville : de nombreuses rues et plusieurs quartiers et des rivières environnantes ont encore des noms français.
En 1803, Napoléon, empereur des Français, vend la Louisiane aux États-Unis. La porte est ouverte pour la conquête de l’Ouest. Pour les pionniers à la conquête du Far West, Saint-Louis était la dernière étape avant de partir pour les contrées inconnues dites « sans foi ni loi » (ce rôle de la ville est reflété dans quelques albums de Lucky Luke). C’est alors que la ville a gagné son surnom de « Gateway City », la « ville-passerelle ». De plus, Saint-Louis devient un important centre de commerce; son port sur le Mississipi est, au XIXe siècle, le deuxième en importance au États-Unis après New York. Au recensement de 1900, elle est la quatrième ville la plus peuplée du pays; En 1904, elle accueille simultanément les Jeux Olympiques et l’Exposition universelle (la même qui est venue à Montréal en 1967). Cette glorieuse époque de la ville est évoquée dans le film Meet Me in St. Louis, avec Judy Garland. L’essor industriel de la ville se poursuit pendant la première moitié du XXe siècle. Son développement industriel est à l’image de celui des États-Unis : vagues d’immigration d’Allemagne, d’Irlande et d’Italie, gangs criminels pendant la Prohibition, migration afro-américaine marquent son histoire. Des célébrités y sont nées, y ont vécu ou y sont enterrées :
- les poètesses Sara Teasdale et Maya Angelou, le dramaturge Tennessee Williams (qui y situa sa tragédie La Ménagerie de verre);
- les chanteuses Sheryl Crow et Josephine Baker, les musiciens Ike et Tina Turner, les jazzmen Miles Davis et Chuck Berry, les rappeurs Nelly et Akon;
- l’acteur Kevin Kline;
- le joueur de baseball Yogi Berra, l’athlète Jackie Joyner-Kersee, les hockeyeurs Pat LaFontaine et Paul et Yan Statsny, ces deux derniers étant nés à Québec mais ayant grandi à Saint-Louis pendant que leur père Peter y jouait pour les Blues;
- l’aviateur Charles Lindbergh (qui nomma son légendaire avion le Spirit of St. Louis en l’honneur de ses nombreux commanditaires de Saint-Louis);
- l’éditeur Joseph Pulitzer, créateur des prix Pulitzer récompensant les journalistes américains.
Depuis quelques décennies, Saint-Louis a perdu des plumes et se bat contre des problèmes communs à de nombreuses grandes villes, notamment l’étalement urbain, les pertes d’emplois causées par l’effritement de l’économie manufacturière, les tensions raciales (plus de la population de la municipalité de Saint-Louis est afro-américaine), et surtout l’effarante criminalité. En novembre dernier, une étude a placé Saint-Louis en tête de la liste des villes les plus dangereuses des États-Unis. Récemment, le St.Louis Post Dispatch lançait une carte interactive des meurtres, qui indique les endroits auxquels les meurtres de 2011 ont eu lieu.
Malgré tout, Saint-Louis a conservé quelques-uns de ses plus beaux fleurons économiques, dont les sièges sociaux de Monsanto et Energizer. Même après avoir été achetés par des multinationales, la brasserie Anhauser-Busch (qui fabrique la Budweiser) et le fabricant d’aliments pour animaux Purina ont conservé leurs sièges sociaux sur place. De plus, Saint-Louis s’est bâti une industrie enviable dans les soins de la santé.
Laissons maintenant de côté la chronique historique et entrons dans la ville. Comme nombre de mes photos sont mauvaises et que je n’ai pas toujours eu mon appareil photo à la main, je compte surtout sur les mots pour vous faire découvrir Saint-Louis.
Chapitre I : la traversée en MetroLink

Saint-Louis n’a pas de métro souterrain, mais un système de train de surface, le MetroLink, qui ressemble aux trains de banlieue. J’ai donc fait le trajet de l’aéroport Lambert-St.Louis à mon hôtel avec ce moyen de transport. Ma première impression n’a pas été favorable. Il faisait gris et froid. Le train circule dans des tranchées, et les alentours des stations sont épouvantablement négligés. Des parcs à ferraille pleins de voitures décrépites, des champs vagues, des immeubles vacants aux fenêtres défoncées… et de la brique rouge. Beaucoup de brique rouge. On aurait dit que le Seigneur s’est soulagé d’un énorme tas de briques rouges, et que les habitants de Saint-Louis n’ont eu que ça pour construire des bâtiments pendant plus d’un siècle. Quelle ville déprimante! me suis-je dit.
L’hôtel Sheraton du centre-ville est le mieux situé pour les amateurs de sports. Tout juste en face de la station Civic Station, à deux coins de rue du Scottrade Center et à quelques coins de rue à peine de l’Anhauser-Busch Stadium où jouent l’équipe de baseball des Cardinals, il offre un service courtois et satisfaisant. Cependant, il est à une certaine distance du centre-ville, ce qui est peut-être moins intéressant pour les touristes qui ne s’intéressent pas qu’au sport.
Downtown Sheraton, 400 South 14th Street, (314) 231-5007, www.sheratonstlouiscitycenter.com
Arrivée dans ma chambre, j’ai piqué un somme. Une bêtise, puisque j’avais décidé de faire le trajet de Montréal à Burlington en voiture de nuit et le reste en avion pendant la matinée, justement afin de profiter du reste de la journée. Mais voilà, j’étais trop crevée. Je me suis réveillée en fin d’après-midi et j’ai réservé au Rigazzi’s, l’un des restaurants italiens du quartier The Hill.
Chapitre II : Froid de loup et chocolat chaud

Puisque j’avais fait tout ce chemin, je refusai de me laisser décourager par ma première impression. J’ai donc marché jusqu’au centre-ville. Le temps froid et humide pénétrait jusqu’à la moelle des os. Les magasins étaient fermés, et les rues étaient vides.

Où sont les habitants? me suis-je demandée, habituée que j’étais à l’activité constante sur la rue Sainte-Catherine, à Montréal. Le centre-ville, petit mais coquet, est formé de quelques gratte-ciels d’un gris sombre, un heureux changement par rapport à la brique rouge. Des sculptures modernes agrémentent les places publiques. Malgré tout, je cherche encore la chaleur humaine.

C’est alors que j’ai fait ma première découverte, nichée dans une petite rue du centre-ville. Il s’agit d’un bar à chocolats. Oui, Mesdames et Messieurs, un comptoir où l’on déguste un chocolat comme d’autres un bon vin. Le Cafe Cioccolato importe son chocolat d’Europe et fabrique les pièces sur place. Attention, les chocolats sont classiques; la pièce la plus excentrique est un chocolat à la violette. On est loin ici des folies de Geneviève Grandbois avec ses chocolats au safran, à l’anis et au vinaigre balsamique.

« Il fait froid dehors? me demande le propriétaire. Assoyez-vous, je vais vous servir quelque chose qui va vous réchauffer. » Je m’assois dans un fauteuil somptueux en velours rouge, et il me sert les six chocolats que j’avais commandés avec un chocolat chaud onctueux. Un véritable chocolat chaud fait à partir de chocolat fondu, et non de chocolat en poudre. Ce breuvage rivalise avec le légendaire chocolat chaud servi au café Angelina, à Paris, un établissement de prestige établi depuis 1903. La chaleur et le goût crémeux me redonnent des forces.
Cafe Cioccolato, 816 Olive Street, (314) 345-1200, www.cafecioccolato.com
Ragaillardie par le divin breuvage, je continue ma promenade, mais l’obscurité n’est pas propice à apprécier la vue du Mississippi, ni celle des monuments.

La Gateway Arch, vue de nuit

Le Jackson Memorial, vue de soir
Je descends donc vers le sud, dans l’espoir de parvenir à l’antique quartier Soulard, où se trouvent la plupart des boîtes de jazz. J’ai sous-estimé la distance. Je me retrouve dans un quartier industriel désert et peu rassurant, aux alentours du complexe Purina, où se fabrique de la bouffe pour animaux. « Concealed weapons are prohibited within this area », lit-on sur les affiches accrochées aux grilles de l’usine. J’en déduis deux choses : que le port d’arme est permis au Missouri, et mieux encore, que le port d’une arme cachée est permis au Missouri. Voilà qui n’est guère rassurant. Je sens que je ne regarderai plus les passants de la même façon. Si ma mère voyait sa petite fille seule dans un quartier industriel désert d’une grande ville américaine, elle ferait toute une crise. Transie et piteuse, je retourne à mon hôtel et je demande un taxi pour me rendre au Rigazzi’s.

View of St. Louis, Joe Jones, vers 1932, Saint Louis Art Museum. Cette peinture de Saint-Louis donne une bonne idée de quoi a l’air le MetroLink.
Voici la suite du récit de mon séjour à Saint-Louis, le 9, 10 et 11 mars dernier. Aujourd’hui, je vous emmène à The Hill, le quartier italo-gastronomique, et au musée d’art de Saint-Louis, avec un petit tour en prime dans le Forest Park.
Chapitre III : Pizza et bocal à boisson
The Hill est la Petite Italie de Saint-Louis et un quartier gastronomique incontournable. L’immigration italienne a façonné ce quartier à partir de la fin du XIXe siècle. Encore aujourd’hui, la population est majoritairement italo-américaine. Le joueur de baseball Yogi Berra y a grandi et a travaillé au défunt restaurant Ruggeri. C’est à propos de ce restaurant qu’il a lancé un de ses plus fameux yogismes : « It’s so crowded nobody goes there anymore » (traduction : c’est tellement bondé que plus personne n’y va).
Le taxi m’y conduit donc par une nuit noire. Première surprise : le quartier est principalement constitué de maisons unifamiliales. On se croirait dans un quartier résidentiel de banlieue semblable à Brossard ou à Lévis. Deuxième surprise : les restaurants italiens y sont très près les uns des autres. Le Zia’s, le Charlie Gitto’s, le Dominic’s… comment autant de restaurants occupant la même niche peuvent-ils survivre? En fait, les restaurants italiens constituent une partie du fond de commerce. Contrairement aux lois habituelles du marché, un restaurant italien a tout intérêt à ouvrir ses portes à The Hill, près des autres restaurants italiens, plutôt que de s’installer dans un quartier ou il est le seul de son espèce. Ce phénomène ressemble à celui des boutiques de luxe qui se sont rassemblées sur la Cinquième Avenue.
Arrivée au Rigazzi’s, je suis un peu déçue. Je m’attendais à un restaurant huppé à cause de la critique élogieuse dans la revue de tourisme que j’ai consultée. Avec ses murs plaqués de bois et ses napperons en plastiques à carreaux rouges et blancs, l’établissement a l’air d’un restaurant familial des années 1950. En fait, le Rigazzi’s a ouvert en 1957 et récemment rénové, se vante d’être le plus vieux restaurant encore en affaires sur The Hill. Mais puisqu’il est réputé servir l’une des meilleures pizzas en Amérique, je m’attable. Aussitôt, je remarque une télévision diffusant la partie entre le Blues de Saint-Louis et les Blues Jackets de Columbus, je m’arrange pour changer de table avec l’aide du serveur. Malheureusement, ce n’était que les faits saillants, et le poste diffuse aussitôt après du basketball. Au moins, les Blues ont gagné.
J’ai commandé une pizza méditerranéenne, garnie d’olives vertes et noires, de fromage bleu, de poulet, de saucisse italienne et de fromage. La croûte mince était un peu trop cuite, mais la garniture était fabuleuse. Par contre, du fromage bleu et du poulet, c’est délicieux dans une pizza, mais ça remplit rapidement l’estomac. Je capitule après en avoir mangé la moitié.
Pizza méditerranéenne de Rigazzi’s avec verre de vin maison
Je découvre ensuite l’existence du « Frozen Fish Bowl », l’emblème de l’établissement. Il s’agit d’un bol sur pied de 32 onces de bières, dont le motif est gravé dans les fenêtres du restaurant.
Frozen Fish Bowl : 32 oz, soit deux pintes, d’une bière de votre choix. Photo provenant du site appartenant à Antique Warehouse
J’évalue le défi. 32 onces, ça veut dire 2 pintes. J’ai déjà bu un verre de vin rouge. Dans mon état de fatigue et après une demi-pizza avec fromage bleu, deux pintes sont suffisantes pour me faire dégueuler sur la banquette arrière du taxi en revenant à l’hôtel. Je décide de passer mon tour. En réglant l’addition, je demande au serveur de m’appeler un taxi et, à son grand étonnement, je refuse d’emporter le reste de la pizza dans une boîte.
Si vous allez manger à The Hill, rappelez-vous que les restaurants les mieux cotés ne sont pas nécessairement le plus chics. Tant mieux, d’ailleurs, parce que ça fait du bien de vivre une expérience gastronomique sans avoir à se mettre sur son trente-six et à vider son portefeuille.
Rigazzi’s, 4945, avenue Daggett, (314) 772-4900, www.rigazzis.com
Chapitre IV : Visite au musée
Le lendemain matin, j’ai commencé la journée par mes courses à la boutique True Blues, spécialisée dans la vente d’article des Blues de Saint-Louis. J’ai parlé de cette boutique dans un autre billet. Puis, je me suis rendue au Forest Park pour visiter le Saint Louis Art Museum.
Évidemment, on ne parle pas ici du Louvre de Paris, ni du Metropolitan Museum of Art de New York, ni de la Galerie des Offices de Florence. Le musée des beaux-arts de Saint-Louis est de calibre un peu plus élevé que celui de Montréal. On y trouve des œuvres du portraitiste de la Renaissance François Clouet, d’impressionnistes et de postimpressionnistes comme Monet, Degas, Manet, Pissarro, Van Gogh, Gauguin, Renoir Chagall, Pissaro et Matisse, sans compter cinq œuvres de Picasso et plusieurs du sculpteur Auguste Rodin. Il y a aussi trois momies égyptiennes; cependant, deux des sarcophages sont fermés, et le troisième n’est ouvert que pour laisser voir un autre sarcophage à l’intérieur. Par contre, des radiographies des momies sont affichées sur les murs.
Toutefois, ce sont les œuvres américaines qui retiennent surtout l’attention. Non seulement la peinture d’Henry Lewis dans la première partie de mon récit, mais aussi des œuvres de Georgia O’Keeffe et d’autres peintres dont les noms me rappellent le cours d’histoire de l’art que j’avais pris à l’université sur la peinture américaine d’après-guerre : Roy Lichtenstein, Jackson Pollock, Mark Rothko, Frank Stella, James Rosenquist, Andy Warhol, Barnett Newman. La plupart d’entre eux sont des peintres abstraits dont les œuvres sont souvent difficiles à apprécier, ce qui n’empêche pas plusieurs musées et collectionneurs de se les arracher à coups de millions de dollars.
Birch Trees at Dawn on Lake George, Georgia O’Keeffe, 1926, Saint Louis Art Museum. Photo prise sur le site appartenant à Art House Reproductions
Pendant ma visite, je croise à quelques reprises une classe d’enfants guidée par une enseignante d’apparence septuagénaire. Qui a dit que les enfants ne s’intéressaient pas à l’art? Il suffit de piquer leur curiosité de la bonne façon, devant la toile d’Henry Lewis représentant Saint-Louis en 1846, l’enseignante demande aux enfants quels édifices se sont ajoutés depuis. « L’arche! », s’exclame un gamin. « Le Jefferson Memorial », ajoute une de ses camarades. Je souris devant leur enthousiasme. Puis, l’enseignante explique comment un tableau donne une effet de tridimensionnalité lorsqu’on le regarde de côté. Les enfants se placent en ligne pour regarder, chacun à leur tour, ledit tableau en se collant au mur. Je me place en retrait en essayant de voir l’effet tridimensionnel. L’enseignante me dit, avec le sourire, que je dois me placer en ligne. Je me place donc à la fin de la file d’attente; comme certains enfants veulent revoir l’effet, ils se placent en ligne derrière moi. Ça me fait un drôle d’effet de me retrouver parmi une file d’écoliers, comme si j’étais moi-même revenue à l’école primaire.
Comme le temps pressait, je n’ai pas pu m’attarder autant que je l’aurais voulu. J’ai donc pris un taxi pour me rendre à ma prochaine étape, la Cathédrale-Basilique de Saint-Louis, dite la Nouvelle Cathédrale.
Saint Louis Art Museum, One Fine Arts Drive, Forest Park, (314) 721-0072, www.slam.org
En chemin, nous avons traversé le Forest Park, le joyau vert de Saint-Louis. Aménagé pour l’exposition universelle de 1904, il est plus grand que le Central Park de New York. Malheureusement, à cette époque de l’année, le temps gris et les arbres nus ne mettent pas ces espaces en valeur. Si les Blues font les séries l’an prochain, je me promets de revenir pour explorer le parc. Le chauffeur de taxi me montre le « Muny », « la plus vaste scène extérieure d’opéra au monde », me dit-il. Vérification faite sur Internet, le Municipal Theatre Association of St. Louis, surnommé le Muny, est la plus vaste scène extérieure des États-Unis exclusivement vouée à la présentation de comédies musicales. Le Forest Park contient aussi le zoo de Saint-Louis, l’un des plus réputés des États-Unis. Le zoo est reconnu pour son expertise et ses travaux sur la gestion et la conservation des espèces, ainsi que pour l’éducation du public. L’entrée est gratuite, mais certaines attractions sont payantes. Il y a également le Missouri History Museum, le Planétarium et le Jewel Box, une serre monumentale.
Chapitre V : Enfin l’Arche
Le lendemain du match (voir ce billet), je n’avais pas beaucoup de temps avant de prendre l’avion en après-midi. Je suis donc partie en direction du Jefferson Memorial Park.

Premier arrêt : l’Arche, monument célébrant le rôle clé de Saint-Louis dans la conquête de l’Ouest. Mon patron m’avait donné pour mission de découvrir si l’Arche pouvait se visiter, ou si ce mystérieux « demi-logo de MacDonald’s gris », comme il l’appelle, avait été tout bonnement planté là. Je ne suis pas architecte, mais je trouve que l’Arche donne vraiment de la gueule à la silhouette de Saint-Louis et la rend immédiatement reconnaissable, un peu comme la statue de la Liberté le fait pour New York.

Ici, la batterie de mon appareil photo m’a lâchée, alors vous devrez me croire sur parole. L’Arche a l’air dépouillée, mais une ouverture dans le sol se trouve au pied de chacune de ses extrémités. Ces ouvertures mènent vers un sous-sol gigantesque, dans lequel se trouvent plusieurs attractions. Vous pouvez acheter des billets pour une excursion en bateau sur le Mississippi, ainsi qu’une ascension par mini-train au sommet de l’Arche, que je n’ai eu malheureusement pas eu le temps de faire. Là se trouve également l’entrée du Museum of Westward Expansion, un musée consacrée à la conquête de l’Ouest, ainsi que quelques boutiques touristiques.
Gateway Arch, 11 Nord, 4e rue, http://www.stlouisarch.com/
Ensuite, j’ai visité l’ancienne cathédrale de Saint-Louis, située dans le même parc. Cette cathédrale, fondée par les Français, a été remplacée au XIXe siècle par la nouvelle située à quelques kilomètres à l’ouest. Laissée à l’abandon et même menacée par les pics de démolition, elle a été sauvée par un sursaut de conscience patrimonial des citoyens.
Honnêtement, la cathédrale a une valeur bien plus historique qu’esthétique. Elle a à peine la taille d’une église moyenne en pierre de Montréal, et sa décoration intérieure est semblable à celle de bien des églises québécoises. Et dire qu’elle a déjà abrité l’archidiocèse de toute la Louisiane française, c’est-à-dire à peu près tout le centre des États-Unis actuels!

Photo du site de la cathédrale, tirée de http://www.psichurch.com/churches/140stlouis/history.html
Après cette dernière étape, j’ai dû me résoudre à quitter pour l’aéroport. Je n’ai pas eu le temps, pendant ces quelques jours, de visiter l’ancien quartier français Soulard et le Lafayette Square, ni de traîner dans un club de jazz, ni de monter au sommet de l’Arche, ni de faire un tour sur le Mississippi. Je n’aurai pas le choix : je devrai revenir lorsque les Blues feront les séries. De plus, comme la température sera un peu plus clémente, je pourrai profiter du Forest Park, dont les arbres auront probablement leurs premiers bourgeons.
Basilica of Saint-Louis, King, 209, rue Walnut, http://www.psichurch.com/churches/140stlouis/
Bonne saison à tous les partisans des Blues et à tour les amateurs de hockey!
Le hockey des séries avant le débat des chefs? Mets-en!
12 avril 2011 à 9:51 | Publié dans Chroniques politiques | Laisser un commentairePhoto : André Pichette, La Presse, et PC, sur Cyberpresse
Le débat des chefs en français, initialement fixé au 14 avril, a été devancé au 13 pour ne pas entrer en concurrence avec le premier match de la série entre les Canadiens de Montréal et les Bruins de Boston. Depuis, on entend les soupirs de mépris de bien-pensants, Gilbert Lavoie du Soleil en tête, qui jugent qu’une partie de la population devrait revoir ses priorités (allez voir le blogue de M. Lavoie et prenez le temps de lire les commentaires, ça vaut la peine). N’en déplaise à ces bonnes âmes, si j’étais partisane de l’une des deux équipes en cause, je choisirais la partie sans hésiter.
J’ai milité six ans dans un parti politique provincial. Pendant cette période, j’ai été candidate à deux élections générales. Je n’ai toujours écouté les débats des chefs qu’avec un ennui profond. Un débat de chefs, c’est d’abord un match de boxe verbale où chacun ânonne les messages clés de son parti et tente de « boucher un coin » à un des autres chefs pour marquer des points. « Regarde ça, le chef du parti X a planté celui du parti Y! » De quoi parlaient-ils? Le public ne s’en souvient pas. Mais Chose a réussi à planter Machin. Yé. Je plains les chefs de parti qui doivent se plier à cet exercice, qui ne rend surtout pas justice à leur intelligence. Vous souvenez-vous du dernier débat entre les chefs fédéraux? Cinq personnes, plus l’animateur, autour d’une table ronde, n’ont réussi à offrir qu’une désolante cacophonie. Heureusement, cette formule a été mise à la poubelle en faveur du format traditionnel avec lutrin et échanges à un contre un.
Pour déterminer à qui ira mon vote, je préfère lire les plateformes électorales des partis. Les promesses ne sont que des promesses, mais les plateformes électorales (souvent disponibles sous forme de résumé) vous permettent de découvrir l’idéologie de chacun des partis et de déterminer lequel a les valeurs les plus proches des vôtres. Le débat télévisé, à la limite, peut donner des indices sur la maîtrise des dossiers de chacun des chefs de parti. Gilbert Lavoie lui-même mentionne dans un article le soin méticuleux avec lequel l’entourage de chaque chef choisit son habillement, y compris la cravate. Il cite Lucien Bouchard, ancien premier ministre du Québec, qui affirme que ces débats sombrent souvent dans l’insignifiance et l’ennui. Survoler les plateformes électorales ou lire leurs résumés vous prendra environ le même temps que suivre le débat lui-même.
Et le hockey? Malgré ses problèmes et les vices de la LNH, le hockey a encore ses beautés. Souvenez-vous comment les dernières séries étaient excitantes. Les Canadiens, une équipe fragile, menée par un gardien sous-estimé mais déterminé, sont parvenus à renverser l’équipe en tête du classement de la saison régulière, puis les derniers champions de la Coupe Stanley. Alors que la politique était dans un cul-de-sac, que l’économie était une source d’inquiétude, les dossiers de l’environnement, que les dossiers de l’environnement, de l’identité et de la langue n’allaient nulle part à cause de querelles stériles, le hockey était le seul domaine qui fournissait une source de joie collective. Cette année, la même équipe est menée par un gardien prometteur qui a encouru la colère des amateurs et qui a dû gagner sa rédemption. Un genre de brebis égarée rentrée au bercail. Une autre histoire inspirante!
La politique est plus importante que le hockey, certes. Mais un match de hockey des séries est plus important qu’un débat des chefs. Ce n’est pas un paradoxe, car il y a une grande différence entre la politique en général et le débat des chefs en particulier, tout comme le hockey en général et un match des séries.
Puisque le débat a été déplacé, je pourrai l’écouter en compagnie de mon copain, un partisan des Canadiens, qui ne sera pas privé de sa partie jeudi soir. Cependant, s’il y avait eu conflit d’horaire, la plupart des téléspectateurs auraient préféré le hockey. Avec raison, j’ose dire.
Pour consulter les plateformes des partis politiques fédéraux (en ordre alphabétique des partis) :
Bloc québécois :
Énoncé politique
Plate-forme complète (sans le cadre budgétaire
Cadre budgétaire
Nouveau Parti démocratique :
Résumé de plate-forme
Plate-forme complète
Parti conservateur :
Résumé de plate-forme
Plate-forme complète
Parti libéral :
Résumé de plate-forme
Plate-forme complète
Parti vert :
Résumé de plate-forme
Plate-forme complète
Une soirée au Scottrade Center
19 mars 2011 à 7:00 | Publié dans Non classé | 1 CommentaireTags : Andy Mcdonald, articles, Ben Bishop, Blues, Brian Gionta, Canadiens, Charles Glenn, Chris Stewart, Coupe Stanley, David Backes, Edgar Degas, Flyers, Gateway Arch, Gooey Butter Cake, hymnes nationaux, Jacques Martin, Jake Allen, Jaroslav Halák, Lars Eller, Louie, Mardi Gras, Matt D’Agostini, Max Pacioretty, Montréal, Oh When the Blues, Original Six, Paul Mara, Penguins, Peoria, Philadelphie, Pittsburgh, Rivermen, Ryan Reaves, Saint-Louis, Saint-Patrick, Scottrade Center, T.J. Oshie, Towel Man, Ty Conklin, Zdeno Chara
Le 10 mars dernier, j’ai eu la chance d’assister au match entre les Canadiens de Montréal et les Blues de Saint-Louis, au Scottrade Center. Malheureusement, mes photos ne sont pas très bonnes, alors j’espère que mes mots pourront vous transmettre une partie de l’enchantement de cette soirée.
Ma première visite a eu lieu le matin même, lorsque je suis allée faire des emplettes à la boutique. J’ai jasé avec le caissier, qui m’a mentionné avoir entendu parler des nouveaux fans des Blues au Québec, ainsi que de la terrible mise en échec de Zdeno Chara sur Max Pacioretty, et de l’enquête policière qui pourrait avoir lieu.
Voici quelques tee-shirts de joueurs. J’ai évidemment acheté celui de Jaroslav Halák. Comme vous pouvez le constater, Chris Stewart a rapidement monté en grade dans le service de marketing des Blues.

J’ai dû résister à ce tee-shirt avec de ravissantes roses bleues, ainsi qu’au sac fourre-tout juste à côté.

Il y a des articles pour ceux qui veulent afficher leur allégeance, mais qui ne portent pas très bien le bleu.

Enfin, comme nous étions deux jours avant la parade de la Saint-Patrick, les partisans des Blues pouvaient également se mettre au vert. J’ai vu plusieurs fans porter ces articles le soir du match.

Maintenant, pour les collectionneurs maniaques, voici respectivement les chapeaux en forme de tête-de-Louie, le grille-pain des Blues et la section pour animaux avec vêtements, gamelles et laisses pour vos amis à quatre pattes.
Chapeaux en tête-de-Louie :

Grille-pain :

Articles pour animaux :

Au total, j’ai pris un tee-shirt de Jaroslav Halák du modèle bleu foncé, celui avec le Gateway Arch sur le devant; deux épinglettes, un porte-clés et un drapeau pour ma voiture. Ce dernier achat est une véritable excentricité, mais je voulais savoir combien de temps il tiendrait sur ma voiture avant d’être arraché.
Je suis donc retournée à l’aréna le soir même. Ma photo du Scottrade Center ne rend pas justice à l’élégance de l’édifice, alors voici une photo repiquée du Web.

Une foule se dirige vers l’aréna; d’ailleurs, deux agents font la circulation autour du Scottrade Center avant et après les matchs. La photo ci-dessous a été prise après le match, alors que les derniers spectateurs attendaient de pouvoir traverser la rue :

J’assiste à une partie du réchauffement. Il y a un nombre respectable de fans du Canadien, dont quelques-uns s’approchent de la bande pour prendre des photos de Jaroslav Halák lorsque celui-ci laisse sa place à Ty Conklin devant le filet. J’étais dans la dernière rangée de la section 116 (en vert sur la carte ci-dessous), à une hauteur parfaite pour voir l’ensemble du jeu sans être trop loin.

Le Scottrade Center est un aréna chaleureux. Le public y est principalement composé de partisans de longue date qui appuient leurs favoris avec ferveur. Rien à voir avec les foules clairsemées du sud des États-Unis, qui semblent compter davantage de curieux d’un soir que de véritables connaisseurs.
Depuis la fondation du club en 1967, les Blues se sont enracinés dans la ville et ont adopté plusieurs traditions. J’ai la chance d’assister à la plus belle d’entre elles : la performance de la chanson Oh When the Blues par Charles Glenn, le chanteur officiel des Blues.
Glenn est la version locale de Charles Prévost-Linton, c’est-à-dire qu’il s’occupe habituellement des hymnes nationaux. Ce soir-là, cependant, des militaires canadiens et américains chantent les hymnes en l’honneur de la collaboration entre les armées du Canada et des États-Unis en Afghanistan. Rassurez-vous, l’hymne canadien était bilingue. Je remarque que quelques partisans des Canadiens tiennent des pancartes souhaitant bon rétablissement à Max Pacioretty et fustigeant Gary Bettman.
La partie commence enfin. On s’attendait à un duel de gardiens, mais les deux équipes au complet semblent intenses. J’ai lu par après les reportages mentionnant que les Canadiens étaient encore amorphes suite à l’incident Pacioretty. De mon siège, ça ne me semblait pas le cas. De la façon dont les joueurs bagarraient pour la rondelle, on aurait dit qu’ils semblaient davantage préoccupés par l’honneur de leur gardien respectif que les gardiens eux-mêmes! Rendons à Price ce qui lui revient : il a fait plusieurs arrêts splendides en première période. Et comme un bon gardien fait sa chance, il s’est fait sauver deux ou trois fois par les poteaux! De son côté, le quatrième trio des Canadiens a réussi à enfiler la rondelle derrière Halák. Mais l’infatigable David Backes réussit à niveler la marque sur un but bizarre, alors que Price a semblé perdre le contrôle de la rondelle.
Pendant la partie, je converse avec mes voisins, des natifs de Saint-Louis et partisans de longue date. Ils me posent quelques questions pour me mettre à l’épreuve; je les convaincs, grâce à ma connaissance des joueurs et de la position des Blues dans le classement, que je suis une authentique partisane. Mon voisin immédiat, Bill, me raconte avoir été déçu de l’échange de Lars Eller. Partisan depuis 1985, Bill a beaucoup de respect pour Halák, mais il ne comprend pas encore pourquoi les Blues se sont départis d’un attaquant prometteur pour prendre un autre gardien, surtout avec Ben Bishop et Jake Allen à Peoria. Je comprends ce qu’il ressent; après tout, lorsque Carey Price a été repêché en 2005, personne ne comprenait pourquoi les Canadiens avaient sélectionné un autre gardien alors qu’ils avaient besoin d’un gros centre. Halák aura encore besoin de temps pour gagner la confiance de l’ensemble du public de Saint-Louis.
Mes voisins me font remarquer une autre tradition locale : chaque fois que la cloche sonne pour souligner un autre but des Blues, un homme dans la section 314 fait tourner une serviette au-dessus de sa tête, puis au dernier son de cloche, la lance dans la foule. Cet homme, connu à Saint-Louis sous le surnom de Towel Man, accomplit religieusement son œuvre depuis 1990!
Au premier entracte, un hot-dog jumbo chèrement payé me sert de souper. Puis, dès le début de la deuxième période, les Blues s’affirment : Andy McDonald compte un but habile sur lequel Price ne pouvait rien. Paul Mara et Ryan Reaves tentent ensuite de mettre de l’action avec une bagarre qui tombe à plat. J’en profite pour envoyer le restant de mon Coke rejoindre le hot dog dans mon estomac.
Pendant ce temps, la mascotte Louie fait des siennes. Il se frotte le derrière sur l’épaule et le côté de la figure d’un partisan des Canadiens. Plus tard, un message à l’écran géant invite la foule à danser, puis montre des spectateurs en action au son de la musique. Un partisan des Canadiens danse particulièrement bien et avec entrain; Louie lui jette du maïs soufflé dessus, puis lui vide sur la tête un contenant gigantesque de maïs soufflé, presque aussi gros que lui-même. Enfin, il lui recouvre la tête et les épaules avec le contenant, sous les rires de la foule. Quelques minutes plus tard, l’énorme peluche bleue vient dans ma section et s’amuse avec les enfants (mon siège se trouvait juste devant la section réservée aux familles). J’attends mon tour, puis je fais un gros câlin au nounours. Mmmmmmmmmm, c’est doux, j’ai envie de le ramener à l’hôtel! Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de me faire prendre en photo avec lui.

Photo : Dallin Merrill, photo mise en ligne le 28 mars 2009, http://dallin-erin.blogspot.com/2009_03_01_archive.html
L’atmosphère n’est pas si harmonieuse sur la glace. David Backes et Brian Gionta s’accrochent. Backes tombe sur les genoux, et Gionta, frustré, lui donne un coup au visage avec son bâton qu’il tient à deux mains. Je suis déçue de ce geste : je croyais que Gionta avait meilleur caractère. De plus, ce petit coup survient à peine deux jours après que Max Pacioretty s’est fait assommer. Heureusement, le geste est sans conséquence pour Backes, mais Gionta va réfléchir deux minutes au cachot.
Au deuxième entracte, je reviens devant les comptoirs de bouffe. Les billets du Scottrade Center sont à bon prix, mais la bière, elle, est aussi chère qu’au Centre Bell. Une concession vend du Gooey Butter Cake, un dessert local qui fait la fierté de Saint-Louis. Comme je n’ai pas eu l’occasion d’en goûter, j’en commande un. Il s’agit en fait d’une version miniature du véritable « Gooey Butter Cake », un genre de crème pâtissière au goût prononcé de beurre, frite puis recouverte de sucre en poudre. Le mien était servi avec un petit plat de confiture. Heureusement qu’on me donne aussi des serviettes en papier pour essuyer les dégâts.
Trosième période. Une autre belle tradition du Scottrade Center est de diffuser une vidéo comparant Saint-Louis à la ville des visiteurs : célébrités, festivals, mets traditionnels… Tout ce que je me rappelle, c’est que le Mardi Gras de Saint-Louis a été opposé au festival Montréal en lumière, et la poutine au « Gooey Butter Cake ». Les deux sont aussi nocifs pour la santé, je vous le garantie. Je trouve sympathique que l’organisation des Blues donne un aperçu des autres villes de la Ligue nationale de hockey.
Les joueurs commençaient à s’essouffler à la fin de la deuxième période. Il était donc normal qu’ils se montrent un peu brouillons en troisième, avec des gestes imprécis. Pendant ce temps, mes voisins et moi-même devenons nerveux : nous nous disons que les Blues se sont assis trop souvent sur une mince avance avant de la laisser filer entre leurs doigts. C’est alors qu’arrive la surprise du match : Matt D’Agostini, un ancien des Canadiens complètement oublié dans le duel Price-Halák, compte un but de toute beauté aux dépens du Tricolore. Explosion de joie au Scottrade Center! Jacques Martin retire son gardien, mais ça ne fait que permettre à T.J Oshie d’ajouter un but à sa fiche en comptant dans un filet désert.
La partie est finie. Les joueurs donnent une accolade chaleureuse à Jaroslav Halák avant de saluer la foule et de retraiter au vestiaire. Halák, nommé première étoile du match, décrit un cercle sur la glace pendant que Louie fait des salamalecs devant lui. Il demeure ensuite au banc pour répondre aux questions d’un journaliste de la télévision. J’ai réussi à immortaliser ce moment à la manière d’Edgar Degas :
Plus tard, c’est avec le sourire broché d’une oreille à l’autre qu’il répondra aux questions de Renaud Lavoie, de RDS (merci à Mario pour la vidéo) :
Devant les comptoirs fermés, les partisans excités échangent leurs commentaires en sortant. Un groupe de partisans des Canadiens se fait huer en sortant d’une section. La foule s’écoule dans la rue sous la direction vigilante des agents de la circulation. Je prends en photo un groupe de partisans des Canadiens qui ont la mine basse; l’un d’eux me crie d’une voix amusée : « Paparazzi! Paparazzi! »
À l’hôtel, j’exulte. Les Blues ont gagné; Halák, sans avoir eu à se surpasser, a offert une solide performance. De son côté, Carey Price n’a pas a rougir de son travail; il a été le meilleur des siens dans la défaite. Et non, je n’ai pas dansé la danse de l’avantage numérique, même si j’en ai eu l’occasion. De toutes les traditions du Scottrade Center, c’est la seule que je n’aime pas.
Cependant, je suis sortie de l’aréna convaincue que les Blues ne devraient jamais déménager de Saint-Louis. Il s’agit de l’une des rares équipes de la LNH qui ont réussi à s’imprégner de l’atmosphère de leur ville et à se bâtir une culture propre, comme les Flyers, les Penguins et les Original Six. Tout ce qui leur manque, c’est une coupe Stanley. Avec la jeune équipe qui commence à éclore, ils seront à surveiller les prochaines saisons.
Jaroslav Halák doit réapprendre à gagner
19 mars 2011 à 7:00 | Publié dans Non classé | Laisser un commentaireTags : 110 %, Association de l’Est, Association de l’Ouest, Blue Jackets, Blues, Brian Gionta, Canadiens, canucks, Capitals, Carey Price, Columbus, David Perron, Détroit, Guy Carbonneau, Jaroslav Halák, Josh Gorges, Marc Denis, Michael Cammalleri, Montréal, Peoria, Red Wings, Roman Hamrlik, Saint-Louis, T.J. Oshie, Ty Conklin, vancouver, Washington
Cet article a initialement été publié le 19 novembre 2010 sur le site du Grand Club. Lorsque j’ai voulu mettre mon blogue à jour avec la publication du récit de ma soirée au Scottrade Center, je me suis rendue compte qu’il y manquait ce texte. Désolée de cet oubli. Pour ceux qui s’inquièteraient au sujet du gardien des Blues de Saint-Louis, il a retrouvé son aplomb et vient d’enregistrer son cinquième blanchissage de la saison face aux Kings de Los Angeles.
Après un début de saison brillant, les Blues de Saint-Louis se retrouvent maintenant dans une position délicate. Depuis la désastreuse défaite de 8-1 contre les Blue Jackets de Columbus, l’équipe se fait défoncer, et leur gardien numéro un, Jaroslav Halák, a accordé 19 buts à ses quatre derniers départs. Le gardien slovaque a-t-il perdu sa capacité à rebondir après une défaite, une caractéristique maintes fois célébrée à Montréal? Quelques méchantes langues de Montréal ont déjà annoncé que la « balloune » se dégonflait, et que le feu de paille était sur le point de s’éteindre.
Replaçons les choses dans leur contexte. Lors de la défaite contre Columbus, au cours de laquelle les patineurs de Saint-Louis avaient carrément pris congé, leur meilleur pointeur, T.J. Oshie, s’est fracturé la cheville. Il en a pour trois mois avant de revenir. Les Blues étaient déjà et sont toujours privés d’un autre attaquant clé, David Perron. Ajoutez-y les défenseurs Roman Polak et Barret Jackman, et vous obtenez une situation similaire à celle qui prévaudrait à Montréal si les Canadiens devaient se passer à la fois de Michael Cammalleri, de Brian Gionta, de Roman Hamrlik et de Josh Gorges. D’autres blessés sont revenus au jeu, mais l’autobus n’arrête pas de circuler entre Saint-Louis et Peoria, son club-école. Pourtant, les blessures n’expliquent pas à elles seules l’avalanche de buts accordés non seulement par Halák, mais aussi par Ty Conklin, son adjoint. Pourtant, Conklin est l’une des gardiens auxiliaires les plus réputés et a récolté un blanchissage pas plus tard que le mois dernier.
« Halák va se replacer le prochain match, répètent les amateurs de hockey qui l’ont connu à Montréal. Il l’a toujours fait. » Néanmoins, ce mantra ne fonctionne pas comme un ressort automatique; voilà les Blues viennent de subir cinq défaites, chacune plus inquiétante que la précédente.
Il faut avoir regardé au moins quelques-uns de ces matchs pour obtenir des éléments de réponse à ce blocage. Dans l’Association de l’Ouest, où le jeu est beaucoup plus ouvert et agressif que dans l’Est, Saint-Louis est l’une des équipes au caractère le plus défensif. Or, non seulement la défense a perdu deux de ses plus précieux membres, mais son esprit de corps même semble s’être érodé. Les Blues sont une équipe au fonctionnement capricieux : ils peuvent sortir en force pendant deux périodes, puis se désorganiser complètement en quelques minutes.
Au milieu de ce chaos, Halák lui-même se montre parfois imprévisible. Au cours des derniers matchs, tour à tour, il faisait des arrêts absolument brillants, subissait des buts sur lesquels il ne pouvait absolument rien, puis laissait passer des sapins inattendus. Il s’accroche et ne lâche jamais, mais semble parfois débordé et même ébranlé. Mercredi soir, en voulant balayer la rondelle, il l’a accidentellement envoyée dans son propre but. Cet incident aurait été cocasse si les Bleus avaient remporté la partie. D’ailleurs, les Blues, jusque là un peu endormis, ont été réveillés par ce but et ont joué comme des lions pendant plus de deux périodes, avant de se décomposer de façon spectaculaire.
L’an dernier, à Montréal, Halák a rarement subi deux défaites de suite. Et pour cause : dès qu’il en subissait une, on le clouait au banc! Et soudain, le voilà qui fait face à une séquence de défaites qui commence à s’allonger. Peut-il s’en sortir?
Un nouveau casse-tête
Faisons un retour dans le passé, plus précisément à Montréal, en janvier 2009. Carey Price est blessé à la cheville et Jaroslav Halák le remplace, secondé par Marc Denis. Le jeune gardien accorde des retours à la pelle, laisse passer de mauvais buts et entretient un pourcentage d’arrêt sous la barre des 90 %. Les fans expriment leur mécontentement, les commentateurs de 110 % se demandent quoi faire avec lui, et Guy Carbonneau, son entraîneur, dit publiquement : « S’il est honnête avec lui-même, il sait qu’il ne joue pas bien. Il doit se montrer plus fort mentalement. »
Quelques semaines plus tard, Halák remporte plusieurs victoires, puis se dresse devant les Canucks de Vancouver et arrache un blanchissage. La foule l’ovationne, il est louangé à 100 %, et Guy Carbonneau exprime sa satisfaction : « Il a apporté de la stabilité devant le filet » . C’est a partir de ce match que la réputation d’Halák à Montréal a pris son envol.
Je regardais Halák pendant la partie contre les Red Wings : il ressemblait à un élève perplexe devant sa copie d’examen, aux prises avec un problème de mathématiques particulièrement difficile. Depuis quelques mois, le gardien faisait penser à ces « geeks » qui résolvent des cubes Rubik machinalement, l’un après l’autre, tant ils en ont pris l’habitude. Halák gagnait la majorité de ses parties comme s’il résolvait la plus grande partie d’une caisse de cubes Rubik, les quelques cubes restants représentant ses défaites. Maintenant, on vient de lui enlever ses cubes Rubik pour les remplacer par un cahier complet de Sudoku. Voilà le nouveau casse-tête : comment fait-on pour remporter des parties avec une attaque qui ne compte presque pas, une défense poreuse et une équipe à la confiance fragilisée? Halák ne se plaint pas, Halák travaille à résoudre le problème. Mais cette fois, le problème est plus coriace, et la pensée magique « il va rebondir » ne suffit plus.
Une partie de la solution se trouve chez ses coéquipiers. Mercredi, malgré l’absence de joueurs importants et un jeu décousu, ils ont livré une belle bataille jusqu’au quatrième but des Red Wings de Détroit, qui est venu briser l’égalité. La défense s’est alors littéralement désintégrée, et les Wings sont venus importuner le gardien des Blues d’une manière qui rappelait les Capitals de Washington du printemps dernier. Au moins, on sait que les Blues peuvent montrer du caractère, mais ils doivent apprendre à jouer pendant 60 minutes, pour reprendre l’expression consacrée. De plus, l’interaction entre Halák et ses coéquipiers semblent un peu différente de celle qu’on voyait à Montréal. L’an dernier, Halák insufflait du courage à ses coéquipiers, alors que ces mêmes joueurs se montraient mous comme de la guenille devant Carey Price : une vraie équipe de Jekyll et Hyde. À Saint-Louis, toute la formation, attaquants, défenseurs et gardiens, vit et meurt d’un seul corps. Si un seul volet fait défaut, toute l’équipe échappe le match.
La saison dernière, Jaroslav Halák et Carey Price avaient des statistiques presque semblables, sauf une : le nombre de victoires. Les observateurs mentionnaient qu’Halák, à la différence de Price, trouvait le moyen de gagner. Il y a quelques jours à peine, Marc Denis, maintenant chroniqueur à RDS, affirmait que cette saison, Price apprenait à gagner. Maintenant qu’Halák se retrouve dans des circonstances différentes de celles qu’il a connues à Montréal, il doit prendre ces nouvelles données, résoudre le problème et réapprendre à gagner.
Peut-il le faire? Bien sûr que si. Il s’est déjà sorti de ce genre d’impasse.
Pendant ce temps, à Montréal…
Des admirateurs de Price se plaignent qu’Halák a toujours bénéficié de plus d’indulgence que son coéquipier après une contre-performance. La fatigue, les blessures des coéquipiers, le traitement salaud des adversaires… « Si c’était Price, vous lui seriez tombés sur la gueule », protestent-ils. L’an passé, cette différence de traitement était tout à fait normale. La mauvaise attitude de Price, attestée encore récemment par Marc Denis, nuisait à la confiance de ses coéquipiers et à ses propres performances; de son côté, même dans la défaite, Halák donnait toujours ce qu’il avait à donner.
Honnêtement, lorsqu’il vous arrive de devoir réparer la gaffe d’un collègue de travail, vous seriez indulgent s’il s’agit d’un travailleur habituellement efficace et aimable; par contre, s’il s’agit d’un employé geignard et peu porté sur l’effort, seriez-vous aussi clément? On récolte ce qu’on sème. Lorsque des fans de Price exigeaient qu’on fasse preuve de patience à son endroit, j’avais envie de répondre que je n’avais pas de patience pour les morveux. Qu’il ait 21, 25 ou 30 ans ne fait aucune différence. Le respect, ça se mérite.
Cette année, la situation se présente différemment pour Price. À cause de ses récents succès, bien entendu, mais surtout grâce à son changement d’attitude. Difficile de reconnaître le gardien qui, il y a six mois à peine, envoyait une rondelle au derrière d’un joueur des Capitals et écopait non pas d’une, mais de deux punitions pour conduite antisportive. Après quelques dizaines de taloches sur la gueule, Price a fini par comprendre ce que ses coéquipiers et les fans attendaient de lui et s’est comporté en conséquence. Ce n’est pas trop tôt, diront les cyniques. Peu importe : lorsqu’il connaîtra une séquence difficile, comme il arrive à tous les gardiens, les amateurs pourront enfin faire preuve de patience à son égard.
Parce que cette fois, il l’aura mérité.
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